Les drogues, lalcool et la criminalité : Profil des détenus fédéraux canadiens
Serge Brochu, Marie-Marthe Cousineau et Michaël Gillet1
Centre international de criminologie comparée, Université de Montréal
Louis-Georges Cournoyer2
Département de psychoéducation et de psychologie, Université du Québec
Kai Pernanen3
Department of Public Health and Caring Sciences, University of Uppsala
Larry Motiuk4
Direction de la recherche, Service correctionnel du Canada
Il est souvent fait mention dans la documentation scientifique dune association statistique entre la consommation dalcool, de drogues illicites et la criminalité. Cependant, on trouve peu dinformation permettant destimer limportance de cette relation et de la préciser.
La consommation de substances psychoactives se caractérise par deux propriétés importantes, soit une éventuelle intoxication et la dépendance. Ces deux propriétés renvoient respectivement aux modèles psycho-pharmacologique et économico-compulsif tentant dexpliquer la relation drogue-crime.5 Le premier modèle associe lusage et lintoxication à une diminution de la performance des fonctions cognitives et de contrôle donnant libre cours, entre autres, aux pulsions agressives et à la violence. On réfère ainsi souvent aux théories de la désinhibition. Le deuxième modèle fait référence à lénorme pression économique qui repose sur les épaules dun consommateur dépendant de certaines drogues, et à la nécessité dexercer des activités criminelles lucratives dans le but de se procurer largent nécessaire à la consommation.
Cet article explore les liens entre la consommation dalcool, de drogues illicites et la criminalité, en cherchant à les préciser en tenant compte dune part du type de substances et dautre part du type de criminalité en question.
Méthodologie
Tout délinquant nouvellement admis dans un pénitencier canadien est invité à répondre au Questionnaire informatisé sur le mode de vie (QIMV). Le temps nécessaire pour compléter ce questionnaire est dune durée approximative de deux heures. Linstrument denquête explore ainsi différentes sphères de la vie du détenu avant son incarcération : létat de santé, les relations avec la famille, les amis, la communauté, la consommation de drogue et dalcool, et le profil criminel dur répondant. Le Tableau 1 résume les principales dimensions couvertes par le QIMV.
Tableau 1
Principales sphères de la vie des détenues explorées par le QIMV |
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| Santé | Relations sociale |
Consommation de drogues |
Consommation d’alcool |
Activités criminelles |
| Nutrition | Conjoint | Initiation | Initiation | Initiation |
| Activités physiques | Famille | Au cours de la vie | Au cours de la vie | Au cours de la vie |
| Tabagisme | Amis | Impact sur différentes sphères de la vie | Impact sur différentes sphères de la vie | Impact estimé de l’alcool/ drogues sur le crime |
| Habitudes de sommeil | Communauté | Profil avant 18 ans | Profil avant 18 ans | Nombre de crimes |
| Santé physique | Profil des 6 derniers mois avant l’arrestation pour la peine actuelle | Profil des 6 derniers mois avant l’arrestation pour la peine actuelle | Crime le plus sérieux pour la peine actuelle | |
| Santé mentale | Profil 28 jours avant l’arrestation | Profil 28 jours avant l’arrestation | ||
| Test de dépistage de l’abus de drogue ( TDAD) | Échelle de dépendance à l’égard de l’alcool ( EDEA) | |||
| Traitement | ||||
Robinson, Porporino et Millson ont testé la fiabilité et la validité de certaines composantes de linstrument sur un échantillon de 503 détenus et ont conclu que celui-ci présente de bonnes propriétés psychométriques et quil montre une concordance élevée avec linformation issue des dossiers des détenus.6
Le groupe détude
Depuis le début des années 1990, le QIMV est normalement rempli directement à lordinateur par tous les délinquants admis dans un établissement fédéral canadien. Il est ainsi possible de faire état des résultats sy rapportant pour une population carcérale de 8 598 détenus admis dans lensemble des établissements à travers le Canada, entre 1993 et 1995, années retenues pour notre étude en fonction du fait quil sagit des années pour lesquelles linformation a été le plus systématiquement saisie sur lensemble du territoire.
Le QIMV comporte des questions sur la perception de linstrument par le détenu. Les réponses apportées par les détenus à ces questions révèlent que la tâche qui consiste à remplir le questionnaire sest avérée «facile» pour 80 % dentre eux, «un peu difficile» pour 16 % dentre eux, et «assez difficile» ou «vraiment difficile» pour 4 % dentre eux. Le questionnaire na pas semblé trop long pour 81 % des participants tandis que 12 % dentre eux lont trouvé «trop long» et 7 % lont dit «trop court». Plus de la moitié (53 %) des participants affirment avoir «vraiment bien» compris les instructions et les questions, 42 % estiment les avoir comprises «assez bien» alors que 5 % ne les auraient «pas très bien» comprises. La très grande majorité des participants (91 %) rapportent avoir aimé remplir le questionnaire et 90 % affirment quils encourageraient un ami à participer.
Linstrument permet de dresser le portrait des caractéristiques sociodémographiques et personnelles des nouveaux admis (tous des hommes) contenus dans cette banque de données. Ainsi on constate que près dun nouveau détenu sur cinq (18,0 %) est né à lextérieur du Canada et que plus du quart (26,2 %) nappartiennent pas au groupe ethnique/racial des blancs. Les délinquants autochtones constituent 5,9 % des nouvelles admissions tandis que les hommes de race noire y sont représentés dans une proportion de 9 %, et les asiatiques dans une proportion de 2,8 %. Lâge moyen des détenus admis durant la période à létude est de 32 ans et lâge médian de 30 ans, pour un écart-type de 9,7 ans; 4 % ont moins de 20 ans alors que 13 dentre eux ont plus de 70 ans; 6 % affirment navoir jamais fréquenté lécole tandis quun 7 % additionnel indiquent avoir complété 6 années ou moins de scolarité.
Profils de consommation dalcool et de drogues chez les détenus
Le profil au cours de la vie
Létude révèle un usage abondant dalcool et de drogues illicites au moins une fois au cours de la vie. En effet, 95,1 % des détenus indiquent avoir consommé au moins une fois de lalcool dans leur vie (âge moyen dinitiation : 14,5 ans, écart-type 4,3 ans) tandis que 62,7 % en ont fait un usage régulier (âge moyen de la consommation régulière : 18 ans, écart-type 4,7 ans). Quatre détenus sur cinq (80,5 %) avouent par ailleurs avoir consommé des drogues illicites au moins une fois dans leur vie (âge moyen dinitiation : 16,4 ans, écart-type 5,9 ans) et plus de la moitié (52,1 %) en avoir fait un usage régulier, à raison dau moins une fois par semaine pendant une certaine période (âge moyen de consommation régulière : 17,7 ans, écart-type 5,7 ans). Le temps écoulé entre lusage expérimental des drogues illicites et son usage régulier est inférieur (1,3 année) à celui de lalcool (3,5 années). Si le cannabis est la drogue dinitiation la plus fréquente (dans 85,6 % des cas), il reste que 4,1 % des détenus ont déclaré avoir débuté leur consommation de drogues avec la cocaïne et près de 1 % avec lhéroïne qui se classent parmi les substances les plus onéreuses sur le marché.
Lusage récent dalcool et de drogues illicites
Les trois-quarts des détenus indiquent avoir consommé de lalcool au moins une fois durant les six mois précédant leur arrestation, ce qui est aussi le cas pour 56,8 % des détenus au cours des quatre semaines qui ont précédé leur arrestation. La moitié des détenus révèlent par ailleurs avoir consommé des drogues illicites au moins une fois durant les six mois précédant leur arrestation, et 45,8 % au cours des quatre semaines qui ont précédé leur arrestation.
Les consommateurs de drogues illicites (19,1 %) savèrent plus nombreux à en prendre chaque jour ou presque que les usagers dalcool (13,3 %). Les consommateurs quotidiens des deux substances simultanément se faisant beaucoup plus rares (5,7 %). Le cannabis, la cocaïne et lhéroïne sont respectivement les trois substances illicites les plus consommées de façon quasi quotidienne, seule ou en combinaison avec lalcool, par les consommateurs de drogues (Voir le Tableau 2). Ainsi, près de la moitié des détenus admis en pénitencier durant la période à létude (44,4 %) admettaient consommer de lalcool au moins une fois par semaine, de même que plus du tiers (33,7 %) révélaient faire usage de drogues à la même fréquence et près dun détenu sur cinq (18,1 %) avouaient faire un usage quotidien à la fois de drogue et dalcool. La drogue la plus consommée à cette fréquence, seule ou en combinaison avec lalcool, était le cannabis (24,5 % des détenus) suivie de la cocaïne (17,9 %) et des tranquillisants (6,4 %). Lhéroïne comptait pour sa part 6,4 % dadeptes sur une base au moins hebdomadaire au sein de la population étudiée.
Tableau 2
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Rapport des detenus concernant la frequence de leur
consommation de substances psychoactives durant les 6 derniers mois precedant I’arrestation |
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Chaquejour ou presque |
Au moins 1 fois par semaine |
|
| Alcool | 13,3% |
44,4% |
| Drogues+ alcool | 5,7% |
18,1% |
| Drogues | 19,1% |
33,7% |
| – cannabis* | 10,8% |
24,5% |
| – cocaine* | 9,0% |
17,9% |
| – heroine* | 2,7% |
4,2% |
| – tranquillisants* | 2,1% |
6,4% |
| * Ces mtegories ne sont pas mutuellement exdusives. | ||
Lusage de drogues et dalcool le jour du crime le plus sérieux
Voyons maintenant quel type de crime est associé avec lutilisation de drogues particulières le jour même où fût commis le crime faisant lobjet de la peine la plus longue (dans le cas de multiples sentences) pour la dernière admission de chacun des détenus en pénitencier (voir le Tableau 3).
Tout dabord, la moitié des détenus affirment navoir rien consommé du tout le jour du crime. Par contre, 21 % rapportent avoir consommé de lalcool, 16 % des drogues illicites et 13 % les deux. Les crimes violents paraissent davantage associés avec la consommation dalcool au cours de la journée de linfraction que les autres infractions. En effet, les détenus condamnés pour voies de fait (38 %), homicides (31 %) ou agressions sexuelles (30 %) sont proportionnellement plus nombreux que les auteurs dautres délits à révéler un usage dalcool, seul, le jour de linfraction.
Tableau 3
Proportion de détenus qui rapportent avoir consommé de l’alcool, des drogues illicites ou les deux le jour de la commission du crime le plus important pour lequel ils ont été incarcérés , par type de crime |
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Alcool |
Drogues lillicites |
Les deux |
Aucune substance |
|
| Conduite avec facultés affaiblies | 83% |
1% |
10% |
6% |
| Voies de fait | 38% |
9% |
22% |
31% |
| Homicides | 31% |
8% |
19% |
42% |
| Infractions sexuelles | 30% |
3% |
11% |
55% |
| Vol par effraction | 20% |
24% |
12% |
44% |
| Vols | 19% |
30% |
17% |
34% |
| Vols avec violence | 15% |
25% |
17% |
44% |
| Fraude | 10% |
10% |
2% |
78% |
| Infractions liées á la drogue | 5% |
18% |
6% |
72% |
| Total | 21% |
16% |
13% |
49% |
Les conduites avec facultés affaiblies pour leur part sont quasi systématiquement associées à une consommation dalcool le jour de linfraction (83 % alcool seulement auxquels sajoutent 10 % des cas associés à une consommation combinée dalcool et de drogue), lassociation conduites avec facultés affaiblies et drogues illicites se faisant beaucoup plus rare (seulement 1 % des cas pour drogues seules et 10 % pour drogues et alcool).
Lusage de drogues illicites, seules ou en combinaison avec lalcool, la journée de linfraction est quant à elle plus fortement associée à une criminalité acquisitive : les auteurs de vols (47 %), vols avec violence (42 %) et vols par effraction (36 %) se révélant proportionnellement plus nombreux que les auteurs dautres types dinfractions à affirmer avoir consommé une drogue illicite (seule ou en combinaison avec lalcool) au cours de la journée.
Enfin, notons que les fraudes et les infractions liées aux drogues apparaissent majoritairement commis par des personnes nayant consommé ni alcool ni autres drogues. Probablement que la nécessité de bien paraître, dêtre crédible et serein lorsquon commet une fraude incite ces contrevenants (du moins 78 % dentre eux) à nuser daucune substance de façon à ne pas éveiller de soupçons. Il peut enfin paraître surprenant,à première vue, de noter que 72 % des détenus qui ont commis un crime relié à la drogue indiquent navoir consommé aucune substance le jour de linfraction. Il faut bien comprendre que les détenus condamnés à une peine de pénitencier relativement à une infraction liée à la drogue sont généralement des personnes impliquées dans le trafic, la culture ou limportation de grandes quantités de drogues, et pas nécessairement de consommateurs de ces drogues.
Limportance de lintoxication dans les activités criminelles
Lassociation entre les drogues illicites, lalcool et la criminalité peut sexpliquer, en partie, par lintoxicationde linfracteur.7 En effet, une personne intoxiquée pourrait subir des perturbations cognitives importantes qui feraient en sorte quelle agit différemment que lorsquelle est à jeun. Aucune question dans le QIMV ne permet didentifier clairement le niveau dintoxication des répondants au moment de commettre leur infraction. Toutefois, il est possible destimer la proportion de crimes reliés à lusage de substances psychoactives.
Ainsi, on a vu précédemment que 21 % des répondants mentionnaient avoir consommé de lalcool le jour de linfraction, 16 % affirmaient avoir consommé des drogues illicites et 13 % disaient avoir consommé à la fois de lalcool et des drogues illicites. Pour certaines personnes, cependant, lusage dune substance psychoactive fait partie de leur style de vie et peu de jours se terminent sans une consommation quelconque de leur part comment en témoigne le Tableau 2. Il est difficile, dans ce cas, dattribuer lacte criminel à la consommation. Une question du QIMV permet toutefois daffiner notre compréhensionde cette association drogue-crime alors quon demande au répondant sil estime quil aurait commis le délit ayant conduit à la sentence la plus longue lui ayant été dernièrement imposée, sil navait pas fait usage du produit. A cette question, 79 % des usagers dalcool, 77 % des usagers de drogues illicites et 86 % des usagers dalcool et de drogues indiquent quils nauraient pas commis leur délit neut été de cet usage. Ces pourcentages constituent donc des facteurs de réduction pouvant être appliqués à la proportion de crimes commis par des usagers associée à la consommation de substances psychoactives. La dernière colonne du Tableau 4 indique la proportion de crimes pouvant être associée à lusage de substances psychoactives, une fois ce facteur de réduction appliqué.
Tableau 4
Proportion des crimes associés à l’usage d’alcool et de
drogues illicites ou les deux |
|||
| Substances | Proportion des |
Facteur de correction |
Proportion corrigée des à crimes associés l’usage |
| Alcool | 0,21 |
0,79 |
0,17 |
| Drogues | 0,16 |
0,77 |
0,12 |
| Les deux | 0,13 |
0,86 |
0,11 |
Dentrée de jeu, il faut préciser, quaprès correction, 60 % des crimes napparaissent pas associés à lusage de substances psychoactives. Ensuite, la proportion de crimes associée à lusage dalcool seul semble légèrement plus importante que celle associée à la consommation de drogues illicites seules (17 % versus 12 % après correction). Aceci sajoute une proportion de 11 % des crimes qui seraient associés à la consommation combinée dalcool et de drogues illicites. Il est intéressant de noter que cest dans ce dernier cas que le moins grand nombre de détenus indiquent quils auraient commis le crime même sils navaient consommé aucune substances psychoactives.
Par ailleurs, lusage nest pas le seul facteur pouvant expliquer lassociation entre la consommation dalcool, de drogues illicites et la criminalité.
Limportance de la dépendance dans les activités criminelles
Une autre explication du lien entre la criminalité et lusage de substances psychoactives provient de la dépendance qui peut sétablir et du besoin dargent quelle entraîne pour y pourvoir. La criminalité peut alors constituer un moyen de se procurer largent nécessaire à la consommation de drogues et dalcool (modèle de relation économico-compulsive).
Les résultats obtenus à laide de lÉchelle de dépendance à légard de lalcool (EDEA) et du Test de dépistage de labus de drogue (TDAD) incorporés au QIMV permettent destimer que 7 % des détenus présenteraient des signes de dépendance à lalcool, 22 % aux drogues illicites et 6 % à lalcool et aux drogues illicites.
Toutefois, ce ne sont pas toutes les personnes dépen-dantes qui commettraient leur crime pour se procurer leur drogue. Une question du QIMV explore cette dimension en demandant directement aux répondants sils ont commis leur infraction dans le but de se procurer alcool ou drogue pour leur consommation personnelle. Cette question permet destimer que 2 % des infractions ont été commises par des personnes dépendantes dalcool; 11 % des crimes sont le fait de personnes dépendantes des drogues cherchant un moyen de se procurer une substance illicite et 6 % des infractions sont commises par les dépendants à lalcool et aux autres drogues dans le but de satisfaire cette dépendance.
Notons quil existe ici un risque de compter deux fois une association drogue-crime pour un même événement. En effet, une personne peut avoir commis une infraction pour obtenir une drogue alors même quelle était en état dintoxication. On ne peut donc pas additionner simplement les détenus avouant un usage au moment de linfraction à ceux qui indiquent avoir commis leur crime dans le but de se procurer la drogue pour connaître la proportion de crimes liés aux drogues. Lintersection entre ces deux groupes est, en effet, fort importante. Si on exclut du groupe des dépendants affirmant avoir commis leur crime dans le but de se procurer leur substance ceux qui rapportaient avoir fait un usage dune substance au moment de linfraction (déjà comptés), il ne reste respectivement que 2 %, 1 % et 3 % des détenus qui viennent grossir les rangs des cas des crimes reliés à la dépendance à lalcool, une drogue illicites ou les deux. En bout de course, 17 % des crimes les plus importants commis par les détenus nouvellement admis dans les établissements fédéraux du Canada, entre 1993 et 1995, paraissent associés à lalcool seul, 13 % aux drogues illicites seules et 14 % à lalcool et aux drogues pour un total de 44 % des crimes associés à lusage ou à la dépendance à une substance psychoactive (voir le Tableau 5).
Tableau 5
Proportion des crimes associés à l’usage et à la dépendance
à l’alcool, aux drogues illicites ou aux deux |
|||
| Substances | Proportion corrigée des crimes associés à l’usage |
Proportion des crimes a ssociés à la dépendance |
Proportion des crimes associés aux facteurs combinés : intoxication dépendance |
| Alcool | 0,17 |
0,02 |
0,17 |
| Drogues illicites | 0,12 |
0,11 |
0,13 |
| Les deux | 0,11 |
0,06 |
0,14 |
| Total | 0,40 |
0,19 |
0,44 |
Conclusion
Les résultats discutés plus haut indiquent que la consommation de substances psychoactives est importante chez les détenus, et quen dépit dune très grande prévalence de consommation récente de drogues illicites, lalcool demeure la substance la plus populaire avant lincarcération.
Plus précisément en lien avec le crime pour lequel ils ont reçu la plus longue sentence, la moitié des détenus indiquent avoir été sous linfluence dalcool, de drogue ou même des deux le jour du crime. Cest la consommation dalcool, seule ou en combinaison avec une drogue illicite, qui savère la plus fréquente. Lalcool paraît lié aux crimes les plus violents, ceux qui soulèvent le plus dintérêt et dinquiétude dans la société. En accord avec Roth, nous en concluons quil ne faut pas exclure une évaluation minutieuse de la consommation dalcool lors de lexamen du lien entre le crime et les substances qui altèrent la pensée.8 Sagissant de lusage de drogues illicites au cours de la journée de linfraction, la cocaïne tient le haut du pavé parmi les drogues illicites les plus consommées, bien avant le cannabis. Bien sûr, les propriétés de chacune des substances jouent un rôle considérable dans le choix dune drogue à consommer avant un délit. La cocaïne, par ses propriétés stimulantes, répond probablement mieux aux besoins du contrevenant. Dans lévaluation du lien drogue-crime, il importe toutefois de tenir compte du fait quune certaine proportion des détenus faisant usage dune substance au moment du délit admettent quils auraient commis le crime même sils navaient pas été sous cette influence.
Il faut également tenir compte du fait que le besoin dargent semble également associé à certaines activités criminelles des consommateurs, la cocaïne et lhéroïne en particulier, savérant des drogues chères sur le marché noir. La criminalité serait ici commise dans un but lucratif, de manière à pouvoir se procurer la drogue nécessaire à sa consommation. À linstar de Hunt, on peut ainsi concevoir que la consommation ne constitue pas le seul facteur qui explique le lien sétablissant entre drogue et criminalité.9 Dautres éléments tels le prix dune substance en relation avec les revenus des usagers et le niveau de dépendance de ceux-ci doivent être considérés. Encore ici, il ne faut pas croire que toute criminalité commise par une personne dépendante à une drogue est nécessairement commise dans le but de se procurer sa drogue.
En somme, sil apparaît évident quun lien entre la consommation dalcool, de drogues illicites et la criminalité se dégage de cette étude, il ressort aussi que lassociation entre les psychotropes et le crime peut prendre plusieurs formes. Tout dabord, lintoxication par la substance peut jouer un rôle sur les fonctions cognitives et ainsi faciliter lagir délictueux et parfois même exacerber les comportements agressifs de lindividu. Acet égard, on constate que lusage dalcool, plus que celui des drogues illicites, se trouve associé à la délinquance et, dans bien des cas, à une criminalité violente. Pour sa part, lorsque la dépendance aux drogues illicites est associée à la criminalité; il sagit souvent dune délinquance lucrative. Il y a alors tout lieu de croire que les problèmes financiers associés à la dépendance envers une drogue qui se transige à des prix élevés sur le marché illicite motive le recours à une criminalité lucrative.
2. PavillonAlexandre-Taché, B. P. 1250, succursale B, Hull (Québec) J8X 3X7.
3. Uppsala Science Park, 751 88 Uppsala, Suède.
4. 340, avenue Laurier Ouest, Ottawa (Ontario) K1A 0P9.
5. BROCHU, S. Drogue & criminalité. Une relation complexe. Montréal, QC, Presses de lUniversité de Montréal, 1995.
6. ROBINSON, D., PORPORINO, F. et MILLSON, W. Profils de consommation de drogues et dalcool chez les détenus sous responsabilité fédérale : Évaluation faite à laide du Questionnaire informatisé sur le mode de vie, Rapport de recherche R-11, Ottawa, ON, Service correctionnel du Canada, 1991.
7. BROCHU, 1995.
8. HUNT, D. E. «Drugs and Consensual Crimes: Drug Dealing and Prostitution» dans Drugs and Crime, M. TONRY, & J. Q. WILSON, édit., Chicago, IL, The University of Chicago Press, 1990, p. 259 à 302.
9. ROTH, J. A. Psychoactive Substances and Violence. Rockville, National Institute of Justice-Research in Brief. U.S. Department of Justice, 1994.