Les programmes pour toxicomanes du Service correctionnel du Canada : PPT, ALTO et Choices
Cathy Delnef1
Direction de la recherche, Service correctionnel du Canada
Àpartir de la fin des années 1980, la création et la mise en uvre de trois grands programmes de traitement de la toxicomanie ont constitué un élément important des efforts du Service correctionnel du Canada (SCC) pour offrir aux délinquants toxicomanes sous responsabilité fédérale au Canada des traitements efficaces et de qualité. La conception de chaque programme se fondait sur les principes dun traitement correctionnel efficace et sur un modèle dintervention qui établissait un rapport entre les évaluations des besoins liés à la toxicomanie et les méthodes empiriques servant à lélaboration de programmes pour toxicomanes. Les trois grands programmes en question sont le Programme prélibératoire pour toxicomanes (PPT), le Programme de traitement, de prévention de la rechute et de suivi dans la collectivité (connu sous le nom de Choices) et le Programme prélibératoire en toxicomanie (appelé ALTO). Dans cet article, nous décrivons ces programmes ainsi que les caractéristiques de leurs participants. Nous présentons également un résumé dune évaluation des résultats des programmes sur le plan de leur efficacité.
Contexte
La mise en uvre du PPT et des programmes Choices et ALTO sinscrivait dans la foulée dun effort délibéré du SCC pour revoir la stratégie de ses programmes de réinsertion sociale. Les responsables de la planification des programmes au sein du Service se rendaient de plus en plus compte que la toxicomanie représentait un facteur criminogène important chez les délinquants sous responsabilité fédérale. Les données relatives à la proportion de délinquants aux prises avec des problèmes de toxicomanie ainsi que les résultats des recherches sur le lien entre la toxicomanie et lactivité criminelle sont deux facteurs déterminants qui ont poussé le SCC à mettre sur pied son Groupe détude sur la réduction de la toxicomanie, en 1989.2 Dans son rapport final, le Groupe recommandait que le SCC adopte une approche globale pour sattaquer au problème de la toxicomanie.
Après le dépôt du rapport du Groupe détude, la Division de lélaboration des programmes du SCC a présenté un Modèle pour la prestation dun traitement en toxicomanie.3 Lun des principes de base sur lesquels reposait ce modèle résidait dans la reconnaissance du fait que les programmes pour toxicomanes savéraient essentiels à la réalisation de lobjectif général de réinsertion sociale des délinquants en tant que «citoyens respectueux des lois». Ainsi, on considérait les interventions visant à lutter contre la toxicomanie comme des outils importants pour la réduction de la récidive. Le modèle axait donc le traitement sur le délinquant, dont la toxicomanie était considérée comme un facteur criminogène. La sélection des délinquants aux fins des interventions devait se faire en fonction dune évaluation systématique faisant appel à une technologie permettant de différencier adéquatement les délinquants à leur admission, selon la gravité de leur problème de toxicomanie. Plus les programmes de traitement de la toxicomanie du SCC évoluaient, plus lévaluation des délinquants devenait un élément crucial. Les concepteurs de programmes ont soutenu de façon convaincante que des techniques éprouvées dévaluation de la toxicomanie basées sur lauto-évaluation devaient être utilisées à létape de laiguillage vers les programmes puis périodiquement tout au long du traitement pour mesurer les résultats obtenus par les délinquants.4
Les techniques employées pour réaliser les interventions auprès des toxicomanes constituent également une composante centrale du modèle proposé. On a reconnu que les nombreuses méthodes de traitement fondées sur des preuves defficacité empiriques se trouvaient parfois en opposition avec dautres approches plus répandues au sein de la communauté des intervenants en toxicomanie. Fait plus important encore, il y avait relativement peu de programmes faisant appel à des techniques reconnues dans la littérature relative aux traitements correctionnels.
Miller a été le premier à passer en revue un certain nombre détudes menées dans des conditions contrôlées et indiquant que les nouvelles approches savéraient prometteuses par rapport à des traitements plus traditionnels.5 En même temps que les tendances empiriques sinstallaient, on croyait de plus en plus que les criminels étaient en général dexcellents candidats pour les traitements en toxicomanie. Cest dans ce contexte que le PPT et les programmes ALTO et Choices ont été élaborés et mis en uvre en tant que solutions de rechange faisant appel à des méthodes davant-garde dans le cadre des programmes correctionnels pour répondre aux besoins des délinquants toxicomanes sous responsabilité fédérale.
Les trois programmes se fondent principalement sur un modèle dintervention contre la toxicomanie axé sur lapprentissage social. À ce chapitre, mentionnons que les modèles théoriques ayant servi à la conception des programmes savèrent conformes au modèle dominant utilisé par le SCC, tant dans les établissements que dans la collectivité, pour ses interventions auprès des délinquants en ce qui a trait à diverses catégories de facteurs criminogènes.
Programme prélibératoire pour toxicomanes
Ce programme sadresse aux délinquants aux prises avec des problèmes de toxicomanie allant de modérés à graves. On la mis en uvre dans un grand nombre détablissements du SCC dans les régions de lAtlantique, de lOntario, des Prairies et du Pacifique (le Québec ayant recours au programme ALTO).
Au départ, le PPT a été évalué, sur le plan de sa capacité à influer sur les résultats obtenus par les délinquants, grâce aux pré-tests et aux post-tests. Cette première expérience pilote dévaluation du programme réalisée auprès des délinquants sous responsabilité fédérale indiquait que les participants faisaient des progrès importants au chapitre de lacquisition de connaissances relatives aux drogues, ainsi que de ladoption dattitudes adéquates vis-à-vis de la consommation dalcool et de drogues.6 En outre, les participants ont formulé des commentaires favorables relativement à leur degré de satisfaction à légard du programme. Après cette évaluation initiale, on a revu le programme de manière à tenir compte de la rétroaction fournie par les participants et par les chefs déquipe responsables de lexécution du programme.
La version révisée du PPT, soit celle qui est utilisée actuellement au SCC, a fait lobjet dun projet pilote en 1989, dans la région de lOntario.7 Lévaluation comportait un examen des changements observés entre le pré-test et le post-test, ainsi quune étude de linformation qualitative concernant le processus lié au programme. Il ressortait que les participants avaient opéré des changements très favorables par rapport à de nombreuses mesures (attitude à légard de la consommation dalcool et de drogues, connaissances et attitudes en ce qui concerne lemploi,ainsi que résolution de problèmes). En ce qui a trait aux autres mesures (notamment les connaissances au sujet des drogues, la communication et lassertivité), on na enregistré aucune tendance significative allant dans le sens des résultats escomptés. Tout comme dans le cadre de la première expérience pilote, les commentaires des participants révélaient une attitude très favorable à légard du programme. Létude se fondait sur un très petit échantillon de détenus (n = 15) ayant participé au programme à létablissement Joyceville, en Ontario.
Dans le cadre dune autre étude, on a élargi la portée de lanalyse afin dinclure les variables liées aux résultats postlibératoires dans lévaluation du PPT.8 Cette étude faisait appel à un échantillon beaucoup plus important (n = 283) de participants ayant suivi le programme à létablissement de Bath, en Ontario, entre 1990 et 1992. Lun des aspects importants de létude résidait dans lutilisation de données sur la récidive dans le cadre de lanalyse de linformation sur les résultats du pré-test et du post-test. Les auteurs ont pu démontrer que les participants au PPT qui affichaient les meilleurs résultats étaient également ceux qui réussissaient le mieux après leur mise en liberté.
En règle générale, les premières recherches menées au sujet du PPT ont abouti à des résultats très positifs. Les données recueillies semblent indiquer que les participants font, grâce à leur participation au programme, des pro-grès importants en ce qui concerne les diverses mesures liées aux objectifs du PPT. En 1999, T3 Associates a réalisé une étude en vue dexaminer lincidence des programmes pour toxicomanes du SCC sur plusieurs résultats escomptés.9 Létude visait notamment lefficacité du programme daprès les données de lauto-évaluation des clients, loctroi de la mise en liberté ainsi que les résultats postlibératoires tels quévalués à laide des dossiers officiels sur la récidive. On voulait également évaluer dans quelle mesure les résultats obtenus dans le cadre du programme permettaient de prévoir les résultats postlibératoires.
Participants au programme
La base de données nationale sur les participants au PPT analysée par T3 Associates contenait 2 731 dossiers de délinquants au moment de la dernière étude dévaluation. Léchantillon comprenait tous les participants au programme pour lesquels linformation concernant les évaluations et les résultats obtenus dans le cadre du programme avait été entrée dans la base de données nationale du SCC. Parmi les délinquants inscrits au PPT, 2 432 lavaient suivi jusquau bout. En 1994-1995 et en 1995-1996, la région de lOntario a enregistré les taux les plus élevés en ce qui concerne la participation au PPT, soit 39,9 % et 42,7 %, respectivement. Venaient ensuite la région de lAtlantique, avec des taux de 46,7 % et de 32,2 %, puis celle des Prairies, dont les taux étaient de 37,8 % et 30,8 %, et enfin la région du Pacifique, qui affichait des taux de 34,9 % et 30,8 %.
Les taux de participation étaient nettement inférieurs en 1996-1997. Les régions de lAtlantique et de lOntario avaient les taux de participation les plus faibles (7,6 % et 12,9 %, respectivement), alors que la région du Pacifique enregistrait le plus fort taux de participation (30 %), suivie de la région des Prairies (26,9 %) (12,9 %).
Caractéristiques des participants
Lâge moyen des participants au PPT était de 32 ans environ, et la majorité dentre eux (64,8 %) avaient entre 20 et 34 ans. En outre, on comptait presque 17 % dAutochtones. Par ailleurs, plus dun tiers (36,7 %) des participants avaient fait une 9e ou une 10e année, alors que 41,1 % dentre eux avaient terminé leur 11e, 12e ou 13e année. La durée moyenne de la peine était de 4,2 ans, et 7,9 % des participants purgeaient une peine demprisonnement à perpétuité. Selon lévaluation du risque au chapitre de la récidive, près de 35,5 % des participants présentaient un faible risque, 39 %, un risque modéré, et 25,5 %, un risque élevé.
Types dinfractions
T3 Associates a divisé les participants au PPT en fonction du type dinfraction le plus grave selon la hiérarchie suivante : crime avec violence, vol qualifié, infraction en matière de drogue, introduction par effraction/vol avec effraction, et autres infractions. Ainsi, un délinquant condamné pour crime avec violence et pour vol qualifié était classé dans la catégorie des infractions les plus graves, soit celle des crimes de violence. Selon les résul-tats obtenus avec cette approche, 48,4 % des participants étaient incarcérés pour avoir commis un crime de violence (p.ex., voies de fait ou agression sexuelle), tandis que 24 % purgeaient une peine demprisonnement en raison dun vol qualifié, 12,1 %, en raison dune introduction par effraction ou dun vol par effraction, et environ 10 %, en raison dune infraction liée aux drogues.
Gravité du problème de toxicomanie
Daprès les résultats obtenus à laide du Test de dépendance envers lalcool (TDEA), du Test sur les problèmes liés à la consommation dalcool (TPLCA) et du Test de dépistage de labus de drogue (TDAD), utilisés en tant quindices pour mesurer la gravité du problème de toxicomanie chez les participants, on constate que 40 % à 45 % des délinquants compris dans léchantillon déclaraient avoir des problèmes dalcool allant de modérés à graves, tandis que 59,4 % dentre eux affirmaient souffrir de problèmes de drogue allant également de modérés à graves. On a créé un indice composite à cinq niveaux relatif à la gravité des problèmes de toxicomanie pour classer les délinquants en fonction du problème (alcool, drogue ou les deux) dont le degré de gravité était le plus élevé selon lun ou lautre des trois instruments de mesure. Cet exercice a donné les résultats suivants : 12,8 % des délinquants étaient aux prises avec de légers problèmes de toxicomanie, tandis que 33,8 % éprouvaient des problèmes modérés, 36,2 %, des problèmes importants, et 14,1 %, des problèmes graves. Fait intéressant à noter, selon les évaluations, 3 % des délinquants de léchantillon navaient pas de problème dalcool ou de drogue.
Pris dans leur ensemble, ces résultats indiquent quenviron 85 % des participants présentaient des problèmes dalcool, de drogue ou encore dalcool et de drogue dont la gravité était suffisante pour justifier leur participation au PPT. Les autres 15 % ontété admis au programme en raison de renseignements supplémentaires provenant dautres sources (dossiers de cas, entrevues, etc.) daprès lesquels ils semblaient être de bons candidats pour le programme.
Résultats obtenus par les participants
Grâce à leur participation au programme, les délinquants ont poussé plus loin leur connaissance des conséquences de la consommation dalcool ou de drogues. Ils ont également acquis une meilleure compréhension de la façon dont les autres pouvaient être touchés par leur problème, ainsi quune meilleure capacité à refuser lorsquils se voyaient offrir de telles substances. De plus, ils ont accru leur capacité de communiquer avec leurs pairs au sujet de la gestion de leurs problèmes de toxicomanie et amélioré leurs compétences en matière de résolution de problèmes, compétences nécessaires pour contrôler un comportement de toxicomane.
Résultats postlibératoires
Lune des importantes séries de résultats présentées par T3 Associates avait trait aux effets combinés ou interactifs de la participation simultanée au PPT et à dautres programmes du SCC. En effet, les participants au PPT qui suivaient dautres programmes pour toxicomanes dans la collectivité, comme ceux des Alcooliques Anonymes (AA) ou «Névrosés anonymes» [Neurotics Anonymous (NA)], obtenaient de meilleurs résultats que ceux qui ne prenaient part à aucun autre programme de ce genre. Il semble que, combiné au programme des AA ou des NAou encore à dautres programmes communautaires du même type, le PPT favorise une réduction de la récidive.
Au total, on a jugé que 1 216 des participants au PPT pouvaient être inclus dans léchantillon de suivi. Seuls les délinquants dont le moment de la mise en liberté permettait un suivi postlibératoire dau moins 12 mois ont été retenus. Les résultats postlibératoires ont été répartis selon trois catégories, en fonction de la participation au PPT, la première catégorie regroupant tous les participants, la deuxième, les participants ayant terminé le programme, seulement, et la troisième, ceux qui ont abandonné avant la fin du programme. Les taux relatifs aux nouvelles condamnations variaient considérablement lorsquon comparait les résultats des délinquants qui avaient suivi le programme jusquau bout et ceux des participants qui ne lavaient pas terminé. En effet, on notait chez les premiers moins de nouvelles condamnations (15,1 %) que chez les seconds (19,7 %). On a également observé une réduction de 53 % des nouvelles condamnations pour infraction avec violence.
En ce qui concerne les données relatives aux différences entre les divers sous-groupes de délinquants, cest chez les participants ayant les plus graves problèmes de toxicomanie et le plus faible niveau de risque que le PPT a eu les effets les plus marqués au point de vue de la récidive. Les délinquants violents qui participaient au PPT ont aussi très bien réagi au programme (9,4 % de nouvelles condamnations chez les participants, contre 16,7 % chez les délinquants du groupe de référence, auxquels ils étaient comparés).
Constatations
Il semble que le PPT donne des résultats mesurables susceptibles de contribuer de façon importante aux efforts déployés par le Service correctionnel du Canada pour assurer la réinsertion sociale des délinquants. Trois grandes conclusions se dégagent :
Programme ALTO
Le programme ALTO a été conçu à lintention des délin-quants francophones en vue de leur offrir une intervention semblable au Programme prélibératoire pour toxicomanes (PPT). Il a été mis en uvre dans tout le Québec en tant que principal programme pour toxicomanes destiné aux délinquants des établissements de cette région. Ces deux programmes sadressent aux délinquants qui sont aux prises avec de graves problèmes de toxicomanie et chez qui le comportement criminel est lié à la consommation dalcool ou de drogues. La durée des programmes est à peu près la même, et tous deux visent, dans la mesure du possible, les délinquants pouvant être admissibles à la mise en liberté dans six mois.
Participants au programme
La base de données nationale sur les participants au programme ALTO contenait les dossiers de 1 250 délinquants au moment de la dernière étude dévaluation.10 Cet échantillon comprenait tous les participants au programme pour lesquels linformation relative aux évaluations et aux résultats obtenus dans le cadre du programme avait été entrée dans la base de données nationale du SCC.
Caractéristiques des participants
Lâge moyen des participants au PPT était de près de 31 ans, et la majorité dentre eux (70,4 %) avaient entre 20 et 34 ans. En outre, on comptait presque 2 % dAutochtones. La durée moyenne de la peine était de 4,6 ans, et 6,4 % des participants purgeaient une peine demprisonnement à perpétuité. Selon lévaluation du risque sur le plan de la récidive, seuls 16 % des participants présentaient un faible risque, alors que 40,4 % posaient un risque modéré, et 43,3 %, un risque élevé.
Types dinfraction
Les types dinfraction ont été classés de la même façon que pour les participants au PPT. Ainsi, daprès les résultats, 38,2 % des participants au programme ALTO étaient incarcérés en raison dun crime de violence, 35,8 %, en raison dun vol qualifié, 12,4 % en raison dune introduction par effraction ou dun vol par effraction, et 12 %, en raison dune infraction liée aux drogues.
Gravité du problème de toxicomanie
Un examen des résultats relatifs à la gravité des problèmes dalcool obtenus grâce au Test de dépendance envers lalcool (TDEA) a révélé que 21,5 % des délinquants de léchantillon déclaraient navoir aucun problème dalcool, alors que 54,5 % signalaient des problèmes légers, 14,4 %, des problèmes modérés, 6,7 %, des problèmes importants, et 2,9 %, des problèmes graves. Par ailleurs, les réponses des délinquants au Test sur les problèmes liés à la consommation dalcool (TPLCA) ont donné les résultats suivants : 27 % des répondants ont affirmé navoir aucun problème dalcool, 24,8 % déclaraient avoir «certains» problèmes à ce chapitre, 16,8 % disaient avoir «pas mal» de problèmes, et 31,4 %, «beaucoup» de problèmes. Enfin, les résultats relatifs à la gravité des problèmes de drogue obtenus grâce au Test de dépistage de labus de drogue (TDAD) se répartissaient comme suit : 6,9 % des répondants navaient aucun problème de drogue, alors que 15,9 % éprouvaient des problèmes légers, 26,5 %, des problèmes modérés, 35,7 % des problèmes importants, et 15 %, des problèmes graves.
En utilisant les résultats du TDEA, du TPLCAet du TDAD, on peut conclure quentre 25 % et 30 % des délinquants environ étaient aux prises avec des problèmes dalcool dont la gravité allait de modérée à grave. En outre, les participants éprouvant des problèmes de drogue allant de modérés à graves représentaient un pourcentage extrêmement élevé, soit 77,2 %. Quant au PPT, on a établi pour lui un indice composite à cinq niveaux de gravité en ce qui concerne les problèmes de toxicomanie. Celui-ci a produit les résultats qui suivent : 10,6 % des délinquants avaient de légers problèmes de toxicomanie, 26,6 %, des problèmes modérés, 44,1 %, des problèmes importants, et 16,6 %, des problèmes graves. Il est intéressant de noter que 2,1 % des délinquants de léchantillon navaient ni problème dalcool, ni problème de drogue selon les évaluations.
Au total, on constate quenviron 85 % des participants souffraient de problèmes dalcool, de drogue ou encore dalcool et de drogue suffisamment graves pour justifier leur participation au programme ALTO. Les 15 % restants ont été admis au programme en raison de renseignements supplémentaires provenant dautres sources.
Résultats obtenus par les participants
Les statistiques révèlent que les délinquants ont connu de nettes améliorations en ce qui a trait à chacune des mesures visées par les tests. Ils ont appris à mieux connaître les effets de la consommation dalcool ou de drogues. Ils ont acquis une meilleure compréhension de la dépendance à légard de ces substances, ainsi que des compétences leur permettant de prévenir la rechute. Enfin, ils ont aussi appris à mieux se maîtriser au chapitre de la consommation dalcool ou de drogues et à avoir une meilleure perception de leur capacité dapporter des changements à cet égard.
Résultats postlibératoires
Au total, on a considéré que 589 des participants au programme ALTO pouvaient être inclus dans léchantillon de suivi. Comme pour le PPT, on a retenu les cas où le moment de la mise en liberté permettait un suivi postlibératoire dau moins 12 mois. Environ la moitié des participants au programme ALTO (50,9 %) ont été réincarcérés au cours de la période de suivi de 12 mois. Parmi ceux-ci, plus de un cinquième (22,2 %) lont été en raison dune nouvelle condamnation. Chez les participants ayant terminé le programme, on note une proportion moindre (21,6 %) de nouvelles condamnations comparativement au taux observé (31, 6 %) chez ceux qui ont abandonné avant la fin du programme.
Comparaison avec les participants au PPT
Étant donné les similitudes entre les deux programmes, on a examiné les caractéristiques des délinquants ayant participé au programme ALTO et celles des participants au PPT. Les conclusions ressortent de cette comparaison :
Daprès les résultats, les participants au programme ALTO étaient généralement des délinquants à risque plus élevé ayant des besoins plus importants par comparaison avec les participants au PPT.
Programme Choices
On a créé cette initiative à titre de programme national pour toxicomanes anglophones, pour loffrir dans les régions de lAtlantique, de lOntario, des Prairies et du Pacifique. Il vise à sattaquer aux problèmes de toxicomanie allant de légers à plutôt modérés et sadresse aux délin-quants libérés sous condition dans la collectivité. Si le PPT a été le principal point de référence des efforts déployés pour évaluer lefficacité des programmes offerts aux toxicomanes par le SCC à léchelle nationale, le programme communautaire Choices, a fait quant à lui lobjet dune étude dévaluation au cours du premier projet pilote visant sa mise à lessai.11 Il importe de souligner que le programme Choices comprend deux composantes, à savoir un volet intensif offert soit pendant une semaine, à raison de journées complètes, soit pendant deux semaines, à raison de demi-journées, ainsi quune phase de suivi, qui dure 12 semaines à raison dune journée par semaine. Seuls les participants qui terminent avec succès le volet intensif peuvent assister aux séances de suivi.
Participants au programme
La base de données sur les participants au programme Choices analysée par T3 Associates contenait 724 dossiers de délinquants au moment de la réalisation de létude. Léchantillon comprenait tous les participants pour lesquels linformation concernant les évaluations et les résultats obtenus dans le cadre du programme avait été entrée dans la base de données nationale du SCC.
Caractéristiques des participants
Lâge moyen des participants au programme Choices était de 30 ans environ, et la majorité dentre eux (70,5 %) avaient entre 20 et 34 ans. En outre, on comptait presque 11 % dAutochtones, dont 2,9 % sétaient volontairement déclarés Métis, et 7,6 %, Indiens dAmérique du Nord. Par ailleurs, plus de un tiers (34,5 %) des participants avaient fait une 9e ou une 10e année, alors que 42,9 % dentre eux avaient terminé la 11e, la 12e ou la 13e année. La durée moyenne de la peine était de 3,5 ans, et 1,8 % des participants purgeaient une peine demprisonnement à perpétuité. Selon lévaluation du risque au chapitre de la récidive, près de 31,3 % des participants présentaient un faible risque, 43,6 %, un risque modéré, et 25,5 %, un risque élevé.
Types dinfraction
On a classé les types dinfraction selon les mêmes catégories que pour le PPT et le programme ALTO. Les résultats indiquent que 35,2 % des participants au programme Choices étaient incarcérés pour avoir commis un crime de violence, alors que 26,2 % purgeaient une peine demprisonnement en raison dun vol qualifié, 16,6 %, en raison dune introduction par effraction ou dun vol par effraction, et environ 17 %, en raison dune infraction liée aux drogues.
Gravité du problème de toxicomanie
Les résultats obtenus grâce au TDEArévèlent que 33,8 % des participants au programme Choices considéraient navoir aucun problème lié à lalcool, alors que 42,4 % dentre eux ont indiqué des problèmes légers à cet égard, 12,6 %, des problèmes modérés, 7,4 %, des problèmes importants, et 3,8 %, des problèmes graves. Les réponses au TPLCAont donné les résultats suivants : 34,5 % des répondants affirmaient ne pas avoir de problèmes dalcool, 28,4 % déclaraient avoir «certains» problèmes à ce chapitre, 14,8 % disaient avoir «pas mal» de problèmes, et 22,2 %, «beaucoup» de problèmes. Enfin, les réponses au TDAD se répartissaient comme suit : 14,1 % des répondants déclaraient navoir aucun problème de drogue, alors que 28,3 % disaient éprouver de légers problèmes à ce chapitre, 23,8 %, des problèmes modérés, 22,1 %, des problèmes importants, et 11,7 %, des problèmes graves.
En utilisant les résultats du TDEA, du TPLCAet du TDAD à titre dindices de la gravité du problème de toxicomanie, on peut conclure quentre 25 % et 30 % des délinquants environ étaient aux prises avec des problèmes dalcool allant de modérés à graves. En outre, 57,6 % (pourcentage très élevé) éprouvaient des problèmes de drogue de même gravité. En ce qui concerne lindice composite à cinq niveaux, les résultats sont les suivants : 22,9 % des délinquants souffraient de légers problèmes de toxicomanie, 27 %, de problèmes modérés, 32,7 %, de problèmes importants, et 13,6 %, des problèmes graves.
Pris dans leur ensemble, ces résultats indiquent quenviron 95 % des participants présentaient des problèmes dalcool, de drogue ou encore dalcool et de drogue dont la gravité était suffisante pour justifier leur participation au programme Choices. Les autres 5 % ont été admis au programme en raison de renseignements supplémentaires provenant dautres sources.
Résultats obtenus par les participants
Les résultats indiquent que le programme Choices a réussi à accroître les connaissances des participants relativement aux effets et aux conséquences de lusage de drogues ou dalcool. Il leur a aussi permis dacquérir certaines compétences essentielles pour quils puissent à lavenir exercer un contrôle sur leur consommation ou sabstenir de consommer.
Résultats postlibératoires
Au total, 536 participants au programme Choices pouvaient être inclus dans léchantillon de suivi. On a retenu les délinquants dont le moment de la mise en liberté permettait un suivi dau moins 12 mois. Environ deux participants au programme Choices sur cinq (42,5 %) ont été réincarcérés pendant les 12 mois de suivi. Le taux de nouvelles condamnations était de 14,6 %. Les délinquants qui ont terminé le programme affichaient un taux de réincarcération beaucoup plus bas (40,3 %) que ceux qui ne sétaient pas rendus jusquau bout (57,1 %). Chez les participants ayant terminé la phase de suivi, on notait un taux de réincarcération de 22,7 %, comparativement à un taux de 51 % chez ceux qui ne lavaient pas finie.
Lightfoot et Boland ont déterminé que les participants au programme Choices avaient fait des progrès importants entre le pré-test et le post-test en ce qui concerne quatre des six mesures psychométriques utilisées pour évaluer les résultats obtenus grâce au programme (connaissances relatives à lalcool, attitudes à légard de la consommation dalcool ou de drogues, compétences en matière de résolution de problèmes et connaissances relatives à la prévention de la rechute).
Laps de temps dans la collectivité
Lévaluation des délinquants appartenant au groupe de référence et classés comme nayant pas de problèmes ou de légers problèmes indique un taux de réincarcération beaucoup plus élevé pendant les huit premiers mois de la période de suivi. Chez les participants ayant terminé la phase de suivi du programme, on observe une tendance inverse, cest-à-dire un taux déchec plus élevé vers la fin de cette période. En examinant les résultats relatifs aux délinquants accusant des problèmes de toxicomanie modérés, on constate que les délinquants du groupe de référence étaient généralement réincarcérés plus rapidement que les participants au programme Choices. Les taux de survie dans la collectivité des délinquants souffrant de problèmes de toxicomanie importants ou graves montrent que ces participants passaient plus de temps dans la collectivité avant dêtre réincarcérés que ceux de léchantillon de référence.
2. SERVICE CORRECTIONNELDU CANADA.Groupe détude sur la réduction de la toxicomanie : Rapport final. Ottawa, ON, 1991.
3. FABIANO, E. A. Élaboration dun modèle pour la prestation dun traitement en toxicomanie, Ottawa, ON, Service correctionnel du Canada, 1993.
4. WEEKES, J. R., MOSER, A. E. et LANGEVIN, C. M. Assessing Substance Abusing Offenders for Treatment, Ottawa, ON, Service correctionnel du Canada, 1997.
5. MILLER, W. R. «The effectiveness of treatment for substance abuse : Reasons for optimism», Journal of Substance Abuse Treatment, vol. 9, 1992, p. 93-102.
6. LIGHTFOOT, L. O. et BARKER, J. A field test of the revised Substance Abuse Pre-Release Program : Joyceville Institution, Ottawa, ON, Service correctionnel du Canada, 1989.
7. BARKER, J.An evaluation of the Substance Abuse Pre-Release Program at Joyceville Institution. Thèse de maîtrise non publiée, 1990.
8. MILLSON, W. A., WEEKES, J. R. et LIGHTFOOT, L. O. Le Programme prélibératoire pour toxicomanie : Analyse des résultats intermédiaires et postlibératoires. Rapport de recherche R-40, Ottawa, ON, Service correctionnel du Canada, 1995.
9. T3 Associates. Évaluation des résultats de la participation aux programmes de traitement de la toxicomanie du SCC : OSAPP, ALTO et Choices, Rapport final, Ottawa, ON, Service correctionnel du Canada, 1999.
10. T3 Associates, 1999.
11. LIGHTFOOT, L. O. et BOLAND, F. J. Developing an Evaluation Framework for Choices, Kingston, ON, document non publié, 1994.