Questions relatives à la santé des délinquants autochtones
Amey Bellet Nicole Crutcher1
Direction de la recherche, Service correctionnel du Canada
Au Canada, les Autochtones représentent environ 2 % de la population adulte2, tandis que les délinquants autochtones constituent une proportion de 17 % du nombre total de détenus sous responsabilité fédérale3.Les nombreux problèmes de santé que connais-sent les détenus autochtones sont actuellement une source de préoccupation pour le Service correctionnel du Canada (SCC). Cet article propose un résumé des ouvrages sur les maladies physiques transmissibles et non transmissibles qui touchent les délinquants autochtones et se penche sur dautres facteurs préoccu-pants dans le domaine de la santé des Autochtones. La majorité des ouvrages dont il est question portent sur les Autochtones en général, car très peu détudes ont été réalisées sur la santé des délinquants autochtones en particulier. Soulignons que la majorité des études concernent les membres des Premières nations et les Inuits, et quune minorité concerne les Métis.
Taux de mortalité, causes de décès et espérance de vie
En 1999, Santé Canada a rapporté quen 1996-1997, les peuples des Premières nations et les Inuits de lEst du Canada, des Prairies et des provinces de lOuest affichaient des taux de mortalité près de 1,5 fois supérieurs au taux national de 1996. Les trois principales causes de décès des membres des Premières nations et des Inuits étaient les maladies cardiovasculaires (système circulatoire), le cancer, les lésions trau-matiques et les empoisonnements4. Plus précisé-ment, les membres des Premières nations et les Inuits risquaient environ 6,5 fois plus que la population totale du Canada de mourir de lésions traumatiques et dempoisonnements5. Il ny avait aucun renseignement sur les causes de décès chez les Métis.
Selon Santé Canada, lespérance de vie des Autochtones était inférieure à celle de lensemble de la population canadienne. En 1998, lespérance de vie des «Indiens inscrits de sexe masculin» était de 69 ans, par rapport à 75 ans pour les hommes de la population canadienne générale. Pour les «Indiennes inscrites», lespérance de vie était de 77 ans, par rapport à 81 ans pour les femmes de la population canadienne générale6.
Maladies physiques non transmissibles
La plus grande partie des études qui ont été réalisées sur les maladies physiques non transmissibles chez les Autochtones portent sur le diabète et le cancer; dautres portent sur les maladies cardiovasculaires, larthrite et le rhumatisme.
Selon lEnquête auprès des peuples autochtones de 1991, cest chez les Premières nations que le taux de prévalence du diabète non insulino-dépendant, ou de type II, est le plus élevé (6 %); viennent ensuite les Métis (6 %) et les Inuits (2 %). Le taux national pour la population canadienne générale (3 %) était plus faible que celui quon trouvait chez les Autochtones, sauf chez les Inuits7. Cependant, cest peut-être parce quau sein de ce dernier groupe, certains diabétiques ne sont pas au courant de leur état ou nont pas fait lobjet dun diagnostic.
Comme il ny a pas de collectes systématiques ou régulières de données selon lappartenance ethni-que, il est difficile dévaluer lincidence du cancer chez les Autochtones. Toutefois, une étude a permis de conclure que les Inuits des Territoires du Nord-Ouest étaient plus susceptibles dêtre atteints dun cancer du poumon, du col de luté-rus, du nasopharynx ou des glandes salivaires, et moins susceptibles davoir un cancer du sein, de lutérus, de la prostate et du côlon que lensemble de la population canadienne8.
Deux études récentes ont examiné la prévalence des maladies cardiovasculaires au sein de la population autochtone du Canada. Les résultats de la première étude indiquent que le taux de morta-lité associé aux maladies du système circulatoire chez les Premières nations et les Inuits des Terri-toires du Nord-Ouest est plus faible que celui de la population canadienne générale9. Par opposition, la deuxième étude a révélé que la prévalence des problèmes cardiaques chez les Premières nations et les Inuits était près de trois fois supérieure à la moyenne nationale (23 % et 8 % respectivement). Cette conclusion était la même pour les hommes et les femmes et pour tous les groupes dâge10.
LEnquête régionale sur la santé des Premières nations et des Inuits a examiné la prévalence de larthrite et du rhumatisme chez les Premières nations et les Inuits. Le rapport indique que les Inuits souffrent darthrose et de polyarthrite rhumatoïde dans la même proportion que la population générale, mais on retrouve une incidence plus élevée darthrose chez les Premières nations, et ce chez les hommes et les femmes et pour tous les groupes dâge. Par ailleurs, les Inuits sont plus susceptibles davoir dautres troubles rhumatismaux comme le syndrome de Reiter11.
Daprès les conclusions, il semble que les Autoch-tones risquent plus de souffrir dun certain nom-bre de maladies physiques non transmissibles. Beaucoup de ces maladies peuvent être provo-quées ou aggravées par les mauvaises habitudes alimentaires, la sédentarité, le stress, lanxiété et lusage excessif du tabac, qui sont des caractéristi-ques de la population carcérale. Le SCC a fait des efforts pour améliorer la santé physique des délinquants, en mettant par exemple des salades au menu et en offrant des activités physiques et de loisirs. Cependant, il faudra prendre dautres mesures si lon veut soulager les problèmes de santé existants et réduire le risque que dautres problèmes se développent.
Maladies physiques transmissibles
Plusieurs chercheurs ont étudié lincidence du Virus de limmunodéficience humaine (VIH), du Syndrome dimmunodéficience acquise (sida), de la tuberculose (TB) et de lhépatite. Bien que des études aient été réalisées sur des populations de délinquants dans ces domaines, on ne sest pas penché particulièrement sur le cas des délinquants autochtones.
Le VIH/sida a affligé considérablement la population autochtone au Canada. Selon Santé Canada, le nombre annuel de cas déclarés de sida au sein des nations autochtones a augmenté régulièrement de 1991 à 2000. La proportion de cas déclarés est passée de 1 %, avant 1990, à 11 % en 1999 et à 9 % en 2000. Il est important de souligner que ces chiffres représentent la proportion des cas déclarés de sida, et non des cas de VIH, et que de nombreu-ses personnes peuvent être porteuses du VIH pendant plusieurs années avant que la maladie soit diagnostiquée. Un examen des nouveaux cas déclarés de VIH a révélé que les Autochtones sont surreprésentés. Parmi les personnes déclarées séropositives pour le VIH, il y avait une proportion plus élevée de femmes autochtones, dans tous les groupes dâges, et dAutochtones âgés de 20 à 29 ans, par rapport aux non Autochtones12.
Relativement peu de chercheurs se sont penchés sur la prévalence de la tuberculose au sein de la population autochtone. Cependant, il est connu que le taux global de tuberculose au Canada sest stabilisé en 1989, avec environ 7 cas pour 100 000 habitants. Malheureusement, le taux de tuberculose dans la population autochtone a continué daugmenter pour sétablir à 70 cas pour 100 000 habitants en 199513. En outre, ces taux sont particulièrement élevés dans les régions les plus éloignées et les plus au nord14. Jusquà présent, on na pas examiné le taux de tuberculose chez les Métis. Depuis 1998, on connaît la prévalence de la tuberculose pour la population carcérale fédérale et le personnel de correction grâce à la mise en place du Système de dépistage de la tuberculose. Un rapport du SCC a révélé quun délinquant sur cinq qui sont entrés dans le système correctionnel fédéral en 1998 était porteur dune tuberculose-infection. De plus, les délin-quants autochtones nés au Canada avaient un taux de séropositivité au test cutané à la tuberculine deux fois supérieur à celui des non Autochtones nés au Canada15.
Il y a aussi très peu détudes sur la prévalence de lhépatite parmi la population autochtone. Une étude réalisée au Canada a décrit en détail une éclosion dhépatite A dans une petite collectivité autochtone. Bien quon ait réussi à contenir la maladie, lincident a montré à quel point cette maladie pouvait se propager rapidement dans une petite région éloignée16. Santé Canada a estimé à 1 477 le nombre dAutochtones doublement infectés par lhépatite C et le VIH. Selon ces données, la majorité des personnes co-infectées (56 %) vivent en Colombie-Britannique17.
Ces conclusions ont une grande importance pour les opérations et les programmes correctionnels. En effet, les établissements correctionnels constituent un milieu où les risques dinfection sont plus élevés. Les délinquants ont davantage de comportements à risque élevé, comme lusage de drogues injectables, le tatouage et les bagarres. Étant donné que les maladies transmissibles se propagent facilement, il faut absolument analyser la prévalence de ces maladies au sein de la population carcérale et se pencher sur cette question si lon veut arriver à réduire et à contenir les maladies au moyen du traitement et de léducation.
Autres problèmes de santé
Dautres facteurs affectent directement la santé des Autochtones, dont la toxicomanie, le tabagisme, le suicide et la maladie mentale. Lincidence de la consommation excessive dalcool, de la consommation de drogues et de linhalation de solvants semble être beaucoup plus élevée dans certaines collectivités autochtones que dans dautres parties du Canada. Ceci est particulièrement vrai pour les jeunes Autochtones, qui présentent un risque de 2 à 6 fois plus élevé davoir des problèmes dalcool que les jeunes non-Autochtones. En outre, on a laissé entendre que les hommes autochtones sont plus susceptibles de faire une consommation excessive dalcool, tandis que les femmes autoch-tones sont plus susceptibles de consommer des drogues. On a également observé des cycles dépisodes de consommation excessive dalcool dans certaines collectivités autochtones18.
En raison de la fréquence de la consommation excessive dalcool chez les Autochtones, la prévalence du Syndrome dalcoolisation ftale (SAF) et des effets de lalcoolisation ftale (EAF)19 dans cette population a causé des inquiétudes. Une étude portant sur une réserve des Premières nations au Manitoba a révélé quil y avait environ 100 cas de SAF ou de EAF pour 1 000 naissances. Par contraste, le taux de SAF dans les pays occidentaux est denviron 0,33 cas pour 1 000 naissances20.
Une enquête de 1996 sur la consommation dalcool et de drogues dans les Territoires du Nord-Ouest a permis de conclure que les Autochtones de 15 ans et plus était presque trois fois plus susceptibles de consommer de la marijuana ou du hachisch, et trois fois et demie plus susceptibles de consommer du LSD, des amphétamines, de la cocaïne ou de lhéroïne. De plus, les répondants autochtones âgés de 15 ans et plus étaient 11 fois plus susceptibles dinhaler des solvants ou des aérosols que les répondants non autochtones. En outre, les répon-dants autochtones de lenquête étaient presque 24 fois plus susceptibles de faire un usage abusif de solvants que les habitants du reste du Canada21.
En ce qui concerne les Autochtones dans la population carcérale, des études ont clairement montré quils ont des besoins élevés dans le domaine de la toxicomanie. Ainsi, dans une Enquête sur les délinquants autochtones, la majorité des répon-dants ont dit avoir fait un abus précoce de lalcool (58 %) et des drogues (60 %)22. En outre, on a défini chez une forte proportion dAmérindiens (93 %), dInuits (93 %) et de Métis (91 %) des besoins liés à la toxicomanie au moment de leur admission dans un établissement correctionnel fédéral23.
La forte consommation de nicotine est fréquente dans les collectivités autochtones. En 1997, 62 % des membres des Premières nations et des Inuits du Labrador de plus de 15 ans étaient des fu-meurs. Ce taux est deux fois plus élevé que le taux de fumeurs dans la population canadienne géné-rale (29 %). Le taux de fumeurs chez les Autochto-nes ne semble pas à la baisse, puisque le taux de tabagisme na pas changé depuis lEnquête auprès des peuples autochtones de 199124.
En 1994, le Groupe détude sur le suicide au Canada a classé les Autochtones parmi les groupes à haut risque suicidaire25. Une étude sur les Innus de Terre-Neuve a révélé un taux de suicide de 178 pour 100 000 habitants. Le taux de suicide dans la population du Canada était de 12 pour 100 00026. De même, une étude rétrospective du suicide réalisée au Manitoba et couvrant les années 1988 à1994 a révélé que le taux de suicide était plus élevé chez les Autochtones (31,8 pour 100 000) que chez les non-Autochtones (13,6 pour 100 000)27. Suivant la même tendance que dans la population générale, les délinquants autochtones sont surreprésentés parmi les délinquants qui se suicident ou tentent de se suicider. Par exemple, un examen des suicides des délinquants dans les pénitenciers fédéraux canadiens a montré que même si la majorité des suicidés étaient de race blanche (89 %), 9 % des victimes étaient des Autochtones. De plus, une étude sur les tentatives de suicide chez les délinquants de sexe masculin a aussi révélé que la majorité des tentatives de suicide ont été commises par des délinquants de race blanche (81 %). Toutefois, les délinquants autochtones représentaient 15 % des tentatives de suicide29.
En plus des problèmes de santé comme la toxico-manie et le suicide, une étude épidémiologique a montré quil y a un niveau élevé de problèmes de santé mentale chez les Autochtones du Canada30. Selon les résultats de lEnquête régionale sur la santé des Premières nations et des Inuits, 17 % des parents autochtones ont déclaré que leurs enfants avaient plus de problèmes affectifs ou comportementaux que les enfants non autochtones du même groupe dâge. Ces problèmes augmentaient sensiblement avec lâge31. Cependant, de nombreuses études de recherche sur la santé mentale ne fournissent que des estimations sommaires plutôt que les taux réels, et elles ne donnent que très peu dinforma-tion sur des troubles déterminés.
Beaucoup de ces facteurs, comme le tabagisme et la toxicomanie, peuvent compliquer et exacerber des problèmes de santé déjà présents. En outre, dautres problèmes de santé peuvent engendrer des pensées suicidaires et entraîner lapparition de troubles mentaux chez les délinquants. Graduelle-ment, on a pris des mesures et commencé à offrir des traitements pour alléger les problèmes de santé des Autochtones : présence dAînés, programmes de traitement de la toxicomanie, sueries et autres cérémonies spirituelles. Toutefois, il faut continuer la recherche sur ces problèmes de santé, car on sait que les délinquants autochtones présen-tent des besoins variés et ne posent pas les mêmes risques que les délinquants non autochtones.
Conclusion
Il est évident que nous disposons de très peu détudes sur la santé des Autochtones au Canada. La plupart des études sont axées sur certaines collectivités autochtones ou sur les jeunes Autoch-tones, ou encore sur différents groupes dâge ou sur les hommes ou les femmes. De plus, les auteurs de ces études nont pas examiné égale-ment la prévalence des problèmes de santé chez les trois groupes autochtones. Ils se sont penchés surtout sur les Premières nations et les Inuits. Cependant, il est manifeste que les nombreux problèmes liés à la santé des Autochtones en général sont intensifiés pour les Autochtones incarcérés dans les établissements correctionnels. Les délinquants autochtones ont peut-être un accès plus facile aux services médicaux que les Autochtones vivant dans les réserves et en région rurale, mais cela ne signifie pas que nous compre-nons parfaitement leurs besoins diversifiés et complexes dans le domaine de la santé ni quils ont recours aux services qui leur sont offerts. Encore aujourdhui, les délinquants autochtones risquent plus que les délinquants non autochtones davoir, de propager et de contracter des maladies, surtout dans un milieu qui est caractérisé par la sédentarité, la violence, le stress et, parfois, les logements insalubres. Il a été clairement démontré quil faut poursuivre les recherches sur toutes les questions liées à la santé des délinquants autoch-tones. Ces études pourraient aider les services de santé à contribuer à lélaboration et à laméliora-tion des programmes déducation et des modèles de traitement et ainsi favoriser la réinsertion sociale des délinquants autochtones.
2. STATISTIQUE CANADA.Recensement du Canada, Ottawa, ON, auteur, 1966.
3. TREVETHAN, S., TREMBLAY, S. et CARTER, J.The Over-Representation of Aboriginal People in the Justice System,Ottawa, ON, Centre canadien de la statistique juridique, 2000.
4. Comprend les accidents intentionnels comme le suicide et lhomicide et les non intentionnels comme les accidents de véhicule et la noyade.
5. SANTÉ CANADA.La santé des Premières nations et des Inuits au Canada Un second diagnostic, Ottawa, ON, auteur, novembre 1999.
6. Op. cit. SANTÉ CANADA, Novembre 1999.
7. STATISTIQUE CANADA.Enquête auprès des peuples autochtones de 1991 : langue, tradition, santé, habitudes de vie et préoccupations sociales,Ottawa, ON, auteur, 1993.
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10. YOUNG, T. K., ONEIL, J. D., ELIAS, B., LEADER, A., READING, J. et McDONALD, G.Les maladies chroniques : enquêtes régionales sur la santé réalisées par les Premières nations et les Inuits, Ottawa, ON, Enquêtes régionales sur la santé réalisées par les Premières nations et les Inuits, Comité de direction, 1999.
11. Op. cit. YOUNGet al., 1999.
12. SANTÉ CANADA. «Le VIH et le sida chez les peuples autochtones du Canada : une question pressante»,Actualités en épidémiologie sur le VIH/sida, 2001, disponible au www.hc-sc.gc.ca/hpb/lcdc/bah/epi/aborig_e.html
13. FANNING, A. «Tuberculosis: Introduction»,Canadian Medical Association Journal,vol. 160, no 6, 1999, p. 837-839.
14. FANNING, A. «Tuberculosis: Control of the disease among Aboriginal People in Canada»,Canadian Medical Association Journal,vol. 162, no 3, 2000, p. 351-355.
15. SERVICE CORRECTIONNEL DU CANADA.Rapport sur la lutte antituberculeuse dans les pénitenciers fédéraux canadiens 1998, Ottawa, ON, auteur, 1998.
16. SANTÉ CANADA. «Lhépatite A dans lintérieur nord de la Colombie-Britannique : une éclosion dans une collectivité des Premières nations»,Relevé des maladies transmissibles au Canada,vol. 26-19, no 1, 2000, disponible au www.hc-sc.gc.ca/hpb/lcdc/ publicat/ccdr/00vol26/rm2619fa.html
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18. HELWIG, D. «NWT residents are accident prone, live shorter lives»,Canadian Medical Association Journal,vol. 162, no 5, 2000, p. 681-683.
19. Op. cit. SANTÉ CANADA, novembre 1999.
20. Syndrome dalcoolisation ftale (SAF) : ensemble précis danomalies associées à la consommation dalcool pendant la grossesse. Effets de lalcoolisation ftale (EAF) : présence de certaines des caractéristiques du SAF, mais pas toutes, lors-quune exposition prénatale à lalcool a été confirmée.
21. NORTHWEST TERRITORIES BUREAU OF STATISTICS.1996 Northwest Territories Alcohol and Drug Survey: Rates of Use for Alcohol, Other Drugs and Tobacco, 1996.
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