Sondage sur les médecines douces en milieu correctionnel
Ralph C. Serin1
Direction de la recherche, Service correctionnel du Canada
Cherami Wichmann2
Services à la famille, aux enfants et aux adolescents, ministère de la Justice Canada
Un aspect important de lacorrectionnel et la mise en liberté sous condi- Loi sur le système tion est le mandat quelle confie au Service correction-nel du Canada de veiller à ce que chaque délinquant reçoive des services de santé comparables à ceux qui sont offerts dans la collectivité. Parallèlement à cette exigence, on observe des changements dans les appro-ches communautaires en soins de santé ainsi que des changements dans la population carcérale. Les thérapies complémentaires et parallèles jouent un rôle de plus en plus important dans la prestation des services de santé3. Ces thérapies sont considérées comme parallèles par la profession médicale parce que les médecins nont pas lhabitude de les pratiquer, parce quelles ne sont pas normalement utilisées comme principale méthode de traitement et parce quelles ne sont pas largement acceptées par les compagnies dassurance4. Une étude récente a révélé que 60 % des écoles de médecine intègrent maintenant les médecines parallèles à leurs programmes5.
En ce qui concerne les changements dans la population carcérale, deux facteurs attirent lattention, soit lâge et la diversité. Selon les estimations actuelles, la population carcérale comprendra un nombre proportionnellement plus grand de délinquants âgés, si bien quil y aura une répartition bimodale de jeunes délinquants et de délinquants âgés6. Ce changement entraînera des difficultés pour la prestation des services de santé aux délinquants7. On prévoit aussi que la proportion des délinquants autres que ceux de race blanche va augmenter de façon marquée, tant chez les hommes que chez les femmes, et que la population carcérale deviendra ainsi plus diversifiée. Ce facteur engendrera aussi des difficultés pour la prestation des services de santé aux délinquants8.
Il se peut que la connaissance des médecines douces et le soutien quon leur accorde varient selon lappartenance ethnique. En conséquence, il est possible que la demande de services de méde-cines douces augmente à mesure que la population carcérale se diversifiera. De même, en raison du vieillissement de la population carcérale, on pourrait vouloir utiliser des médecines douces pour soulager certains des symptômes somatiques liés au vieillissement et améliorer les soins pallia-tifs. En outre, avec lintérêt croissant que suscitent les médecines douces dans la collectivité, il est raisonnable de penser que les délinquants qui ont eu des expériences positives avec ces approches voudront continuer à recevoir ce genre de soins lorsquils seront incarcérés. Comme il sagit dune question relativement nouvelle, il faudra aussi élaborer des lignes directrices à propos de ces pratiques. Pour toutes ces raisons, il semblait opportun de faire un sondage auprès des responsables des soins de santé en milieu correctionnel afin de connaître leurs opinions sur les thérapies parallèles.
Nous présentons ici un résumé des conclusions dun sondage national sur les services de thérapie parallèle et complémentaire (MPC) qui a été effectué auprès de tous les pénitenciers fédéraux au Canada9. Les thérapies parallèles (ou médecines douces) désignent les traitements ou les interventions qui ne font pas partie de la médecine conventionnelle (allopathie). Les thérapies complé-mentaires sont des thérapies parallèles qui sont acceptées dans une certaine mesure par la méde-cine conventionnelle. De façon générale, les médecines douces et complémentaires ont certaines caractéristiques communes. Ces thérapies et les praticiens qui les utilisent se fondent sur une perspective holistique, cest-à-dire quils visent à traiter lindividu dans son entier et non uniquement la partie du corps atteinte. De plus, ils semploient à stimuler les capacités naturelles dautoguérison du corps. Enfin, il importe de se rappeler que les pratiques thérapeutiques non orthodoxes ont souvent des fondements tout aussi peu orthodoxes. Nous décrivons ci-dessous les différentes thérapies de MPC selon le classement utilisé dans létude conjointe de lUniversité York / Santé Canada (1999). Les cinq premiers groupes sont des composantes de systèmes de MPC, tandis que les quatre derniers sont des systèmes de soins traditionnels complets.
Demande de thérapies de MPC
Des 42 questionnaires envoyés aux établissements comportant une infirmerie, 39 ont été retournés, pour un taux de réponse de 92,9 %, et la majorité dentre eux avaient été remplis par le chef des Services de santé. On a demandé aux répondants de classer par ordre dimportance la demande actuelle dans le domaine des thérapies de MPC dans leur établissement. Les résultats sont présen-tés au Tableau 1. Malgré les différences entre les cinq régions du Service, la thérapie alimentaire a été classée au premier rang dans toutes les régions. La majorité des répondants ont déclaré quil y avait un besoin réel en thérapies de MPC, tant de leur point de vue (84 %) que du point de vue des détenus (80 %) et de celui des professionnels des soins de santé (70 %).
Dans toutes les régions, on a observé que les répondants avaient classé comme plus importante la demande liée aux thérapies les mieux connues. La demande associée à la médecine autochtone, par exemple, était plus forte dans les Prairies, où il y a un grand nombre de délinquants autochtones. En outre, la plupart des répondants (79 %) satten-daient à ce que la demande globale de MPC augmente avec le temps.
Tableau 1
Classement global des thérapies de MPC |
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| Forme de thérapie de MPC | Rang |
| Thérapie alimentaire | 1 |
| Psychothérapie | 2 |
| Herboristerie ou physiothérapie | 3 |
| Physiothérapie ou thérapie par le mouvement | 4 |
| Médecine autochtone | 5 |
| Naturopathie | 6 |
| Médecine traditionnelle chinoise | 7 |
| Thérapie énergétique | 8 |
| Médecine ayurvédique | 9 |
Les raisons invoquées pour expliquer laugmentation prévue de la demande étaient les suivantes (sans ordre particulier) :
Répercussions de la composition ethnoculturelle sur la demande de thérapies de MPC
Comme prévu, la plupart des répondants croyaient que la composition ethnoculturelle de la population carcérale aurait des répercussions sur la demande de thérapies de MPC (84 %). La raison le plus souvent invoquée était laugmentation du nombre de délinquants autochtones et, dans une moindre mesure, de délinquants dautres groupes minoritaires (p. ex. Africains et Asiatiques) qui ont recours aux MPC dans leurs collectivités. Toute-fois, plusieurs répondants ont fait remarquer que la croissance du nombre de délinquants âgés et les besoins particuliers des délinquantes pourraient aussi avoir une incidence sur la demande de thérapies de MPC.
Utilité des thérapies de MPC
Pour ce qui est de lutilité des différentes approches, les répondants considéraient quaucune de ces thérapies ne devrait toujours être utilisée en premier lieu. Cependant, une majorité de répondants ont fait remarquer que la thérapie alimentaire, la physiothé-rapie ou thérapie par le mouvement, et la psychothé-rapie pouvaient être très utiles pour le traitement dans certains cas (voir le Tableau 2). Il est intéressant de constater que plus du tiers des répondants ne connaissaient pas la médecine traditionnelle chinoise et quune majorité des répondants ne connaissaient pas la médecine ayurvédique. Malgré la proportion importante de délinquants autochtones au Canada, un peu plus du quart des répondants ne connais-saient pas la médecine autochtone.
Tableau 2
Utilité des thérapies de MPC pour le traitement des détenus |
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| Thérapie de MPC | Réponses les plus fréquentes |
| Thérapie alimentaire | Très utile dans certains cas (64 %) |
| Herboristerie ou phytothérapie | Utilité limitée (44 %) et Très utile (44 %) |
| Physiothérapie ou thérapie par le mouvement | Très utile dans certains cas (72 %) |
| Thérapie énergétique | Utilité limitée (33 %)28 % Ne connais pas |
| Psychothérapie | Très utile dans certains cas (80 %) |
| Médecine traditionnelle chinoise | Ne connais pas (33 %) et Utilité limitée (31 %) |
| Médecine ayurvédique | Ne connais pas (72 %) |
| Naturopathie | Très utile (44 %) et Utilité limitée (31 %) |
| Médecine autochtone | Très utile (51 %) et Ne connais pas (26 %) |
Offre de thérapies de MPC dans les établissements
Environ la moitié des répondants ont indiqué quon offrait une forme quelconque de thérapie de MPC dans leur établissement (51 %). Pour ceux qui ont répondu par la négative à cette question (n = 19), les raisons le plus souvent invoquées étaient labsence de politique, le manque de financement, le souci de la sécurité et la faible demande.
Dans les établissements où des thérapies de MPC étaient offertes (n = 20), ce sont la physiothérapie ou thérapie par le mouvement et la médecine autoch-tone qui étaient le plus souvent offertes, suivies de la thérapie alimentaire. La médecine ayurvédique nétait offerte dans aucun établissement, et un seul offrait la thérapie énergétique et la naturopathie.
Résumé
Les thérapies de MPC ont été intégrées au domaine du travail social10, au traitement psychologique11 et au traitement donné aux Autochtones12. Il est encourageant de constater, avec ce sondage, que les thérapies de MPC commencent à faire leur apparition dans le milieu correctionnel, puisquun peu plus de la moitié des établissements correctionnels offrent une forme quelconque de thérapie de MPC. En outre, la majorité des répondants déclarent quil existe actuellement un besoin en thérapies de médecine complémentaire et parallèle et jugent que la demande va augmenter avec le temps. On a cependant relevé dans une étude des mises en garde contre lacceptation non critique des thérapies de MPC13. De même, plusieurs approches semblent être considérées très utiles et très en demande, en partie parce que linformation sur ces approches demeure limitée, notamment à propos des méthodes autochtones. Enfin, les répondants ont souligné quil sera important délaborer des politiques qui guide-ront la pratique.
2. 284, rue Wellington, Ottawa (Ontario) K1A 0H8.
3. DAVIS, C. M. (dir.). Complementary therapies in rehabilitation, Thorofare, NJ, Slack Inc., 1997. Voir aussi ELIOPOULOS, C. (1999). Integrating conventional and alternative therapies, St. Louis, MO, Mosby Inc., 1999.
4. GREUB, B. L. et McNAMARA, J. R. «Alternative therapies in psychological treatment: When is a consultation with a physician warranted?» Professional Psychology: Research and Practice, vol. 31, no 1, 2000, p. 58-63.
5. WETZEL, M. S., EISENBURG, D. M. et KAPTCHUK, T. J. «Courses involving complementary/alternative medicine at US medical schools», JAMA: Journal of the American Medical Association, vol. 280, 1998, p. 784-787.
6. BOE, R. Looking toward 2017: Trends and scenarios for federal offenders, document présenté lors de la journée de la recherche du Bureau of Prisons, Albany, NY, 2002.
7. GAL, M. «La santé physique et mentale des délinquants âgés»,
Forum, Recherche sur lactualité correctionnelle, vol. 14, no 2, 2002, p.15-19.
8. BELL, A. et CRUTCHER, N. «Questions relatives à la santé des délinquants autochtones», Forum, Recherche sur lactualité correctionnelle, vol. 14, no 2, 2002, p. 20-24
9. On peut obtenir un exemplaire du sondage auprès du premier auteur.
10. LOVELAND COOK, C. A., BECVAR, D. S. et PONTIOUS, S. L. «Complementary alternative medicine in health and mental health: Implications for social work practice», Social Work in Health Care, vol. 31, no 3, 2000, p. 39-57.
11. Op. cit. GREUB et MCNAMARA, 2000.
12. GARRETT, M. T. et CARROLL, J. J. Mending the broken circle: treatment of substance dependence among Native Americans.
Journal of Counseling and Development, vol. 78, 2000, p. 379-388.
13. FRIEDMAN, H. «Cautionary notes to psychological practitioners promoting alternative healing through human nutrition», The Humanistic Psychologist, vol. 27, no 2, 1999, p. 255-260.