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Les délinquants en tant que ressources pour la Lprévention du crime

Ed Buller et Pennie Louttit1
Groupe de la politique correctionnelle autochtone, Solliciteur général Canada

Nous sommes maintenant très peu nombreux dans conscience que personne ne constitue un «surplus» pouvant être mis de côté. Nous devons également recon-naître que l’exclusion d’une collectivité représente la pire façon de résoudre un problème.»

l’heure actuelle, on compte plus de 2227 Autochtones Àincarcérés dans des établissements fédéraux2. Cela signifie que nous, le peuple autochtone, perdons en tant que collectivité plus de 20 siècles d’existence chaque année compte tenu du nombre de délinquants autochto-nes incarcérés dans les établissements correctionnels fédéraux.

On commence à reconnaître graduellement que les personnes qui possèdent peut-être le plus de connaissan-ces en matière de prévention du crime sont les délin-quants qui ont vécu l’expérience du milieu criminel, et que ces connaissances sont sous-exploitées. La décou-verte progressive de la culture et de la spiritualité autochtones a fait comprendre à de nombreux délin-quants que le crime et l’incarcération affaiblissent le peuple autochtone en tant que nation. En plus de donner une nouvelle orientation à leurs propres vies, ces délin-quants cherchent également à rompre le cycle destructeur de l’emprisonnement chez les jeunes Autochtones.

Le Groupe de la politique correctionnelle autochtone (GPCA) étudie des moyens de mettre à contribution les délinquants sous responsabilité fédérale pour qu’ils partagent leurs expériences et agissent à titre de con-seillers auprès des jeunes Autochtones à risque élevé, y compris ceux qui sont atteints du syndrome d’alcoolisa-tion fœtale (SAF) et ceux qui participent à des programmes pour jeunes à risque élevé. Ces délinquants peuvent également jouer le rôle de mentors auprès des autres délinquants mis en liberté dans la collectivité. Le GPCA gère l’Initiative sur les services correctionnels communau-taires destinés aux Autochtones (ISCCDA), s’occupe des affaires autochtones liées à l’Approche correctionnelle judicieuse au ministère du Solliciteur général et gère la composante Services correctionnels communautaires autochtones et prévention du crime de la Stratégie nationale sur la sécurité communautaire et la prévention du crime. Le GPCA essaie et évalue des approches novatrices en matière de justice réparatrice qui sont axées sur la collectivité et qui visent à guérir les délinquants autochtones.

Le volet Services correctionnels communautaires autoch-tones et prévention du crime est axé sur les politiques et s’inscrit dans le cadre de la Stratégie nationale sur la sécurité communautaire et la prévention du crime.

Entre 2002 et 2005, le GPC Amettra en  œuvre des projets suivants: Faire en sorte que les délinquants autochtones deviennent des ressources dans les milieux urbains grâce à une approche fondée sur les «choix et conséquences» etintervenir auprès des enfants et des familles des délinquants autochtones pour empêcher que le cycle de la délin-quance ne se perpétue d’une génération à l’autre.

Lorsque le GPCA étudie une question pouvant avoir une incidence sur les collectivités autochtones, il rassemble une petite équipe composée de membres des collectivités autochtones pour discuter d’une question ou d’un problème particulier et pour décider en concertation de l’orientation que suivra le GPCA. En 2002, le Groupe a eu recours à cette méthode pour répondre aux questions suivantes concernant la mise à contribution des délin-quants dans des projets de prévention du crime chez les jeunes:

  • Quels délinquants devraient participer à ces projets et comment seront-ils sélectionnés et formés?
  • La participation à ce projet devrait-elle se faire de façon individuelle ou en équipe (p.ex., avec la police)?
  • Comment faire en sorte qu’un projet qui cible les jeunes soit le plus efficace possible?
  • Comment des délinquants peuvent-ils agir à titre de mentors pour soutenir d’autres délinquants libérés vivant des moments très pénibles?
  • Doit-on adopter des approches différentes en fonction du sexe des jeunes/ délinquants?
  • Doit-on élaborer des modèles différents pour les projets réalisés en établissement, en milieu urbain ou dans la collectivité?
  • Quelle forme prendrait ces différents modèles et comment fonctionneraient-ils?
  • Comment ces projets seraient-ils évalués?
  • Que devrait comprendre le manuel (ou les manuels) de formation?
  • Quelle contribution devrait/ pourrait apporter un établissement, un organisme ou une collectivité?
  • Combien coûterait la mise en œuvre d’un projet pilote?
  • Comment pourrait-on adapter les projets pour les inclure aux programmes continus qui sont déjà offerts grâce aux établissements, aux organismes ou à la collectivité?

Le consensus de rassemblement a été le suivant : dans le cadre de leur processus de guérison personnel, les délinquants doivent assumer la responsabilité des infractions qu’ils ont commises. L’acceptation de cette responsabilité se traduit en partie par la capacité de reconnaître que l’acte criminel commis constitue un abus de confiance. En travaillant auprès des jeunes, les délinquants peuvent se racheter et renforcer la collectivité à laquelle ils ont causé du tort par le passé. L’information concernant ce rassemblement a été consignée dans un rapport publié enfévrier2003dans la Collection sur les Autochtones duGPCA pour que des personnes autres que les participants au rassemblement puissent poursui-vre les délibérations3.

Pour éprouver cette approche, le GPCA a conclu une entente avec les Nishnawbe-Aski Legal Services (NAN), un organisme sans but lucratif situé sur la réserve de la Première nation de Fort William, près de ThunderBay, en Ontario. Les NAN frent auxmembres des 49 Pre- of mières nations qui font partie des Nishnawbe-aski un vaste éventail de services liés au domaine juridique, notamment en matière de conseil juridique, d’éducation du public et de réforme du droit.

La Aboriginal Circle Healing Lodge Society est une société sans but lucratif qui gère un pavillon de ressourcement traditionnel situé àMission, en Colombie-Britannique, et qui se consacre aux délinquants libérés de l’établissement correctionnel fédéral deMission. Cette société permet ces délinquants de bénéficier de l’enseignement traditionnel, de la guérison traditionnelle, d’un service de counseling et d’acquérir de l’autonomie fonctionnelle et des aptitudes professionnelles.

En vue de rompre le cycle de la destruction, ces deux projets permettront de tirer profit de l’expérience des délinquants grâce à une approche fondée sur les «choix et conséquences» qui donne davantage de moyens aux jeunes à risque ou aux jeunes qui ont déjà eu affaire au système de justice pénale. Grâce aux concepts liés aux cercles d’influence et à l’approche en matière de justice réparatrice, ces projets favoriseront un milieu de soutien tant pour les jeunes que pour les ex-délinquants. Ces projets favoriseront une meilleure compréhension des besoins des délinquants et des jeunes autochtones à risque élevé qui vivent en milieu urbain, et permettront de mieux répondre à ces besoins.

La mise en œuvre de ces projets se déroulera au cours des 24 mois à venir. Les informations obtenues grâce à ces projets pilotes, combinées à des recherches et à des discussions plus poussées concernant la mise à contribution des délinquants dans la prévention du crime, permettront au GPCA de planifier la rédaction d’un guide à l’intention des personnes et des organismes qui désirent s’engager dans la prévention du crime, dans la réinsertion sociale des délinquants et dans la mise à contribution des délinquants pour prévenir le crime. Le deuxième domaine d’intervention de la stratégie de prévention du crime du GPCA consiste à travailler avec les enfants et les familles des délinquants pour empêcher la continuité transgénérationnelle du cycle de la délin-quance. Pour mettre à l’épreuve cette approche, le Groupe a entrepris de collaborer avec le Grand conseil de Prince Albert (GCPA). Le GCPA intervenait déjà de différentes façons en matière juridique et correctionnelle, notamment grâce à des programmes de médiation, de déjudiciarisation, de mesures de rechange, de probation, d’imposition de sanctions communautaires ainsi qu’aux cercles de guérison. Le GCPA administre également un pavillon de ressourcement spirituel. Quinze personnes, y compris un Aîné, composent le personnel de ce pavillon d’une capacité d’accueil de 30 places. Ce pavillon est axé sur l’auto-guérison grâce à la spiritualité, à la culture et aux programmes autochtones. Les programmes offerts tiennent compte de l’aspect spirituel, mental, physique et émotif du processus de guérison. Le pavillon de ressour-cement spirituel du GCPA offre un milieu adéquat aux délinquants qui désirent suivre un processus de guérison axé sur la tradition autochtone. Les infrastructures existantes seront exploitées pour la mise en œuvre du projet qui vise à empêcher que le cycle de la délinquance ne se perpétue d’une génération à l’autre, compte tenu de la capacité d’accueil de cet organisme et des préoccupa-tions soulevées par ce dernier concernant la nécessité de favoriser une réinsertion sociale accrue chez les délin-quants, en particulier avec l’aide des familles et des victimes.

C’est également dans ce pavillon de ressourcement spirituel que sera mis en œuvre le Projet de réintégration des délinquants autochtones dans leur famille - Renforcer les liens entre les délinquants, leurs enfants et leurs familles. Le GCPA élaborera et mettra en œuvre un projet pilote pour intervenir auprès des enfants et des familles des délin-quants autochtones qui vivent en milieu urbain. Ce projet, qui vise à empêcher que le cycle de la violence ne se perpétue d’une génération à l’autre, apportera un soutien à la famille en la considérant comme un tout. Le projet débute lorsque le délinquant est incarcéré et se termine six mois après. Il favorise un milieu communau-taire de soutien et permet au délinquant de tabler sur les progrès réalisés au cours du processus de guérison suivi en incarcération. Ce projet contribue à mieux comprendre les besoins des délinquants autochtones, de leurs enfants et de leurs familles, et à répondre à ces besoins. Une évaluation officielle du projet sera effectuée, et les résultats seront publiés en 2006dans la Collection sur les Autochtones du GPCA.

Comme toutes les initiatives qui bénéficient du soutien du Groupe de la politique correctionnelle autochtone, ces deux projets ont été conçus pour appuyer l’élaboration des politiques au sein du portefeuille du Solliciteur général. De plus, ces projets témoignent de la façon dont le peuple autochtone, grâce à un retour aux traditions, s’attaque au pro-blème de la surreprésentation de ses membres dans le système correctionnel et encourage les gens, les familles et les collectivités à mener des vies plus saines.


1. 340, avenue Laurierouest, Ottawa (Ontario) K1A 0P9.

2. Données fournies par le Service correctionnel du Canada, 2002.

3. 22 personnes provenant de tout le Canada ont assisté à ce rassemblement, représentant le gouvernement et la collectivité aussi bien au niveau rural qu’urbain.