Accréditation des programmes correctionnels canadiens et des unités où ils sont exécutés
Audrey Concilio1
Accréditation des programmes, Service correctionnel du Canada
Depuis plus dune décennie, le Service correctionnel du Canada (SCC) élabore des programmes fondés sur la recherche pour réduire les risques de récidive chez les délinquants libérés. Ces programmes constituent maintenant lun des principaux moyens dintervention auxquels le SCC a recours pour « inciter activement et aider les délinquants à devenir des citoyens respectueux des lois »2.
Des établissements et des bureaux de libération conditionnelle partout au Canada offrent désormais ces programmes aux délinquants. Les recherches effectuées ou commandées par le SCC étayent la conviction selon laquelle ces programmes atteignent les buts visés dans de nombreux cas. À ce moment-ci, il est important de veiller à ce que les programmes et la manière dont ces derniers sont exécutés soient de la meilleure qualité possible.
Pour remplir son mandat, qui consiste à protéger le public en assurant la réinsertion sociale sans risque des délinquants, le SCC doit sassurer que ses interventions sont efficaces et être en mesure de démontrer au public et à ses partenaires que ses programmes sont ultramodernes.
Contexte
Le concept daccréditation des programmes a été élaboré à lorigine par lunité chargée des programmes pour délinquants du Her Majestys Prison Service (HMPS) de lAngleterre et du Pays de Galles au milieu des années 1990. Ce concept visait dabord à démontrer la transparence des travaux du directeur exécutif relevant du Ministre. Lun des principaux indicateurs de rendement du Directeur exécutif traite du nombre de délinquants ayant réussi des programmes accrédités. Le HMPS préconise les programmes fondés sur des théories solides et sur de fortes indications empiriques de leurs effets sur le taux de récidive.
Le programme daccréditation a été adopté et adapté par le Scottish Prison Service (SPS) peu de temps après pour servir deux fins : il sagissait dune façon de démontrer la transparence des travaux du Directeur exécutif et de diffuser des programmes de qualité dans lensemble du système.
Compte tenu de nos connaissances sur la conception et le fonctionnement des processus daccréditation du HMPS et du SPS, nous avons fait une proposition à un groupe international dexperts3. Le SCC a invité ces derniers à se réunir à Québec (Canada) en octobre 1997. La proposition, approuvée par les invités, demandait ladoption dune approche daccréditation au SCC, laquelle comprendrait deux étapes distinctes :
1. Les programmes seraient accrédités par un comité dexperts internationaux, qui se servirait de critères inspirés de ceux du HMPS.
2. Des équipes composées demployés du SCC procéderaient, à laide de normes approuvées dans le cadre du programme daccréditation, à une vérification des unités où les programmes sont exécutés.
Le comité de Québec était davis que cette approche cadrerait mieux avec les réalités du SCC sans atténuer la rigueur du processus. On estimait aussi que les critères du HMPS devaient être modifiés pour les rendre plus conformes à la terminologie canadienne et à la stratégie de programmes plus vaste du SCC.
En février 1998, le Comité de direction du SCC a approuvé les propositions appuyées par le comité dexperts de Québec visant une approche en deux étapes. La responsabilité du processus daccréditation a été attribuée au Commissaire adjoint, Évaluation du rendement, pour démontrer labsence de lien de dépendance avec la Direction des programmes.
Processus daccréditation
Un processus daccréditation des programmes a donc deux composantes différentes, mais dimportance égale. Dans un premier temps, on évalue la qualité de la conception du programme, y compris des éléments comme la formation et le soutien du personnel, laide prévue après le programme de même que les plans dévaluation et de recherche. Dans un deuxième temps, on évalue la qualité de lexécution du programme, y compris le respect du concept, la suffisance du soutien par la gestion et la liaison avec la gestion du cas particulier. À tous les égards, un des éléments clés du succès est la transparence cest-à-dire que toutes les personnes qui participent au processus ou qui sont touchées par celui-ci sont bien renseignées sur le processus et sur son fonctionnement.
Pour évaluer la qualité de la conception dun programme, il faut dabord établir ou choisir des critères. Dans le cadre de laccréditation des programmes, on tente dutiliser des critères issus de comptes rendus de recherche. Il faut également définir lefficacité du point de vue des résultats plutôt que de produits. Par le passé, nos approches en matière de mesure du rendement mettaient laccent sur les produits par exemple, les politiques en place. Lefficacité doit cependant être mesurée par les résultats, soit la réduction du taux de récidive, la réduction de la gravité des infractions ou laccroissement des périodes sans perpétration de crime.
Critères daccréditation
À la suite de consultations avec le comité dexperts de Québec et du dialogue continu avec les gestionnaires de laccréditation du HMPS et du SPS, le SCC a emprunté les dix critères utilisés par le HMPS et, en tenant compte des conseils des membres de notre comité dexperts et de notre expérience, les a modifiés pour obtenir les huit critères actuels :
Les trois premiers critères nécessitent une justification théorique bien documentée :
1. Modèle de changement explicite et empirique
2. Ciblage de facteurs criminogènes
3. Méthodes efficaces
Les deux critères suivants visent à évaluer les éléments essentiels de la conception et du contenu du programme :
4. Approche axée sur lacquisition de compétences
5. Prise en compte de la réceptivité
Les deux critères suivants traitent de lintégration des besoins du délinquant relativement à son comportement criminel aux étapes suivantes de sa peine :
6. Intensité du programme
7. Suivi des délinquants
Le dernier critère traite de la continuité de lexamen :
8. Suivi et évaluation continus
Une fois les critères déterminés, il importe de décider qui seront les évaluateurs. Pour que le processus ait de la crédibilité à linterne et à lexterne, le SCC a établi quatre critères importants pour la sélection des membres du comité : compétences, indépendance, équilibre et internationalisme.
Les experts qui se sont réunis à Québec ont offert de jouer un rôle continu dans le processus daccréditation au SCC. On a donc décidé que les comités daccréditation des programmes correctionnels seraient composés de trois membres du comité original et de trois membres experts dans le domaine du programme faisant lobjet de lexamen (par exemple, programmes de traitement de la toxicomanie).
Évaluation des programmes
La question suivante concernait la méthode dévaluation. En raison du grand nombre et de la diversité des programmes exécutés par le SCC ou donnés en sous-traitance, on a décidé de créer des comités daccréditation distincts pour chacune des grandes catégories de programmes : compétences cognitives, toxicomanie, prévention de la violence, violence familiale et délinquants sexuels. Luniformité est assurée par lassignation du même président à tous les comités, par le recours aux mêmes critères pour tous les types de programme et par la participation de certains membres au sein de plus dun comité.
Pour chaque programme examiné, les membres du comité ont au moins quatre heures pour lire le dossier et la documentation. Il incombe au responsable du programme de préparer le dossier. Ce dernier doit essentiellement comprendre trois éléments : une description du fonctionnement du programme, une description de la façon dont le programme répond à chacun des huit critères et des citations à lappui. Les responsables doivent également fournir les manuels du programme, le manuel du participant, les manuels de formation du personnel, les outils dévaluation et les résultats de toutes les évaluations et les recherches effectuées par rapport au programme.
À la fin de la séance de lecture, le président mène une discussion visant à soulever toute question ou préoccupation que les membres pourraient avoir. Pour améliorer lapproche, on a décidé de prévoir, pour chaque programme examiné, une période au cours de laquelle les membres du comité peuvent poser des questions aux responsables du programme. Lorsque possible, les membres du comité auront loccasion de visiter les unités où le programme est exécuté. À la suite de leur discussion avec les responsables du programme, les membres du comité se réunissent à huis clos et évaluent le programme en fonction des huit critères. Il y a trois résultats possibles :
Une fois lévaluation terminée, de la rétroaction de vive voix et un rapport détaillé écrit sont donnés aux responsables du programme.
Lorsquun comité accorde laccréditation, un certificat indiquant que laccréditation est valide pendant cinq ans est remis.
Cette occasion de consulter de tels experts sur les nouveaux concepts en matière de programmes est une partie importante du processus. Bref, un comité se réunit normalement pendant cinq jours pour examiner trois ou quatre programmes et être consulté par rapport à un ou plusieurs nouveaux programmes.
Comment les unités sont-elles accréditées ?
Comme il a été mentionné précédemment, le processus daccréditation compte deux étapes. La première consiste en laccréditation du programme. La deuxième est laccréditation des unités (en établissement ou dans les bureaux de district) où est exécuté le programme. Même si le programme nest exécuté quà un seul endroit, le processus compte quand même deux étapes.
Si le programme est accrédité, il passe à la deuxième étape laccréditation des unités où il est exécuté. Si le programme ne répond pas aux critères de façon satisfaisante, soit les responsables apportent les changements nécessaires et soumettent le programme à lexamen dun autre comité, soit le SCC cesse dexécuter le programme. Les normes intégrées au 8e critère visent à évaluer la qualité de lexécution du programme. Ces normes intégrées guident le processus daccréditation des unités.
Le SCC a décidé de profiter du processus daccréditation des unités pour offrir une occasion de perfectionnement au personnel chargé des programmes en les exposant à lexécution des programmes dans dautres régions du Canada. Les équipes dexamen sont dirigées par un membre de la Direction de lévaluation du rendement à lAdministration centrale du SCC. Les équipes comprennent également deux agents de programmes expérimentés de différentes régions.
Les équipes passent jusquà deux jours à lunité. Avant la visite, une bonne partie de la documentation est recueillie au moyen de notre système automatisé de gestion des délinquants. Une fois sur les lieux, les équipes se reportent à des dossiers de délinquants et à des documents relatifs au programme, et passent en entrevue des employés et des délinquants pour évaluer lunité en fonction des normes. À la fin de la visite, les équipes informent les gestionnaires de lunité des résultats et soumettent un rapport au comité national daccréditation des unités. Si léquipe de vérification nappuie pas laccréditation, le gestionnaire local doit soumettre un plan de mesures correctives.
Comités nationaux daccréditation des unités
Puisque plusieurs équipes procédaient à des évaluations daccréditation, le SCC a décidé de créer un comité interne appelé Comité national daccréditation (CNA) des unités pour veiller à ce que les normes soient appliquées de façon uniforme et pour évaluer, puis accepter ou faire modifier les plans daction. Ce groupe est présidé par la personne responsable des comités daccréditation des programmes correctionnels. Il est composé notamment de deux cadres supérieurs du SCC responsables des programmes, du directeur, Vérification et accréditation, et du gestionnaire, Accréditation des programmes.
Le Comité national daccréditation joue quatre rôles dimportance égale. Premièrement, il examine les rapports sur les unités pour assurer luniformité des évaluations et recommande au Commissaire du SCC daccorder laccréditation, sil y a lieu. Deuxièmement, il examine les plans daction puis les accepte ou exige que des modifications y soient apportées.
Troisièmement, il sert dorgane dappel au cas où le gestionnaire dune unité estimerait que son unité na pas été évaluée justement. Quatrièmement, il formule des recommandations en vue de la modification et de la clarification des normes relatives aux programmes, des critères dévaluation et des méthodes dévaluation.
Après examen du rapport sur lunité et du plan daction du gestionnaire local, le CNA recommande laccréditation ou ordonne un examen plus approfondi pour sassurer que le plan daction est mis en uvre. Une fois quun plan daction est approuvé par le CNA, un examen de suivi est prévu. Cet examen sert à vérifier que le plan daction a été mis en uvre et que les résultats visés ont été atteints. Le personnel de lÉvaluation du rendement de chaque région effectue cette vérification. Les résultats de la vérification sont fournis au CNA, qui, compte tenu des observations soumises, peut soit modifier la cote attribuée en fonction des normes, soit demander des informations supplémentaires. Ce processus se poursuit jusquà ce que toutes les normes soient respectées. Une fois que les normes daccréditation sont suffisamment respectées pour justifier laccréditation, la CNA en fait la recommandation au commissaire du Service correctionnel du Canada. Laccréditation est valide pendant trois ans.
Lorsquune unité reçoit laccréditation, un certificat officiel est présenté au gestionnaire de celle-ci.
Résultats à ce jour
Le premier comité daccréditation des programmes correctionnels a été créé en mai 1998. Son domaine dexpertise était les programmes de compétences cognitives. Depuis, dix comités traitant de divers types de programmes ont été créés. Trente-et-un experts de douze pays différents ont siégé à ces comités. Ils provenaient duniversités, de services correctionnels et dhôpitaux, de même que dorganismes privés et publics.
Les comités ont examiné 22 programmes aux fins de laccréditation, qui a été accordée à 16 dentre eux. En plus dexaminer des programmes à cette fin, les comités sont également consultés au sujet de programmes dont on envisage la mise en uvre. Des consultations de la sorte ont été tenues à huit reprises. Elles devraient augmenter les chances de succès des nouveaux programmes.
Depuis novembre 1998, les unités où sont exécutés les programmes accrédités font lobjet dexamens. En 1998, cinq programmes ont été accrédités. Une équipe de vérification a choisi 40 établissements pour hommes qui feraient lobjet dun examen. Au mois de décembre 2000, une équipe de vérification avait examiné 36 établissements et soumis 35 rapports de vérification à lexamen du Comité national daccréditation. Finalement, 35 unités ont été accréditées pendant trois ans par le Commissaire du Service correctionnel du Canada.
De plus, une équipe de vérification avait choisi dexaminer 19 bureaux de district. À compter de mars 2000, une équipe de vérification a examiné 14 bureaux de district, et 13 rapports de vérification ont été soumis à lexamen du Comité national daccréditation. Finalement, le Commissaire du Service correctionnel du Canada a accordé une accréditation de trois ans à 13 bureaux.
En décembre 2001, les examens daccréditation ont été interrompus en attendant lexamen des normes relatives aux programmes et du processus de vérification. Le SCC a alors décidé quil était nécessaire dintégrer les normes de programmes pour assurer lévolution de lélaboration et de laccréditation des programmes.
En avril 2003, le Comité de direction du SCC a approuvé les normes de programmes intégrées. Un nouvel outil de vérification3 a été élaboré, et des essais ont été effectués. Les examens des unités reprendront durant lexercice 2004-2005.
1 340, avenue Laurier Ouest, 5e étage, Ottawa (Ontario) K1A 0P9. Pour obtenir davantage dinformation sur laccréditation des programmes au Service correctionnel du Canada, veuillez communiquer avec la Direction de la vérification et de laccréditation des programmes ou avec lauteur par courriel à concilioau@csc-scc.gc.ca.
2 Service correctionnel du Canada, Énoncé de mission.
3 Le groupe dexperts était composé de : Ed Wozniak, directeur de la recherche et de lévaluation, Scottish Prison Service, R.-U.; Gerry Gaes, directeur de la recherche, Federal Bureau of Prisons, É.-U.; Larry Solomon, National Institute of Corrections, É.-U.; Beth Grothe Nielson, professeure de criminologie et de droit, Université dAarhus, Danemark; Edward Zamble, professeur de psychologie, Université Queens, Ontario, Canada; Maggie Hodgson, consultante, programmes de traitement pour Autochtones, Alberta, Canada; Danny Clark, Her Majestys Prison Service, R.-U.