Ce rapport consiste en un examen de la
documentation consacrée aux effets à court et
à long terme causés aux victimes ou aux
témoins de violence physique pendant leur enfance. Des
chercheurs ont posé comme hypothèse que les personnes ayant
vécu cette expérience sont plus susceptibles de devenir elles-mêmes des agresseurs.
C'est l'hypothèse du «cycle de la violence». Un examen des preuves empiriques a amené
Widom (1989) à conclure que la violence dans la famille d'origine augmentait
effectivement le risque qu'une personne devienne violente à l'âge adulte. Toutefois,
l'adoption d'un comportement violent par les victimes ou témoins de violence n'est pas
inévitable. De plus, les recherches dans ce domaine présentent de nombreuses lacunes
méthodologiques. Dans ce rapport, nous nous proposons de faire le point sur les
recherches relatives au «cycle de la violence» publiées postérieurement au résumé de
Widom, afin de déterminer si les problèmes décrits dans celui-ci ont été réglés
dans les enquêtes subséquentes. Nous décrivons les conséquences qu'entraîne le fait
d'avoir été victime ou témoin de violence chez les enfants, les adolescents et les
adultes.
Une bonne part des recherches au sujet de l'incidence de
la violence familiale sur les enfants ont porté sur des
échantillons établis par des organismes. Le
niveau actuel de violence manifestée par les parents y est évalué et mis en rapport
avec l'adaptation concurrente des enfants. Bien que des recherches de ce genre ne visent
pas directement à savoir si les enfants maltraités deviennent eux-mêmes des agresseurs,
elles sont utiles compte tenu des preuves selon lesquelles les enfants agressifs demeurent
agressifs lorsqu'ils deviennent des adultes. Il semble ressortir des études analysées
que le fait d'être victime de violence a des répercussions plus graves sur le
comportement que le fait d'être témoin d'actes de violence, la double expérience de
victime et témoin de violence représentant le prédicteur le plus puissant de
l'agression. Toutefois, beaucoup des défauts signalés par Widom (1989) quant au plan de
recherche se retrouvent toujours dans les enquêtes actuelles.
Les recherches portant sur des échantillons
composés d'adolescents et d'adultes présentent
aussi des problèmes méthodologiques. Un des
principaux problèmes est que les chercheurs font largement appel aux méthodes rétrospectives. En
outre, la plupart des recherches consacrées aux adolescents sont centrées sur la
question de la délinquance chez ceux qui ont été victimes ou témoins de violence,
même si les faits démontrent qu'un phénomène semblable à la violence conjugale se
manifeste chez les «couples» adolescents. Des lacunes méthodologiques ont empêché de
donner une interprétation définitive des résultats de recherche relatifs à la violence
dans les fréquentations, mais on a montré l'existence d'une relation entre des
antécédents de violence et l'adoption d'un comportement de violence.
Chez les adultes, on a constaté que le fait
d'avoir été à la fois victime et
témoin de violence familiale durant l'enfance
était associé à des actes de violence
familiale à l'âge adulte. Les recherches
menées auprès des
délinquants ont révélé que, dans une très forte proportion, les membres de cette
population avaient été victimes ou témoins de violence. Même si les limites des
études analysées empêchent de tirer des conclusions fermes quant à l'importance que
les intervenants du système de justice doivent attacher à cet aspect, cette constatation
souligne la nécessité d'offrir des programmes de traitement de la violence aux
délinquants, ce que le Service correctionnel du Canada fait déjà. Plus précisément
les personnes qui ont des antécédents de victimisation doivent être considérées comme
susceptibles de commettre des actes de violence et doivent être encouragées à
participer à des programmes axés sur la famille afin d'acquérir des techniques qui
constituent des solutions de rechange à la violence.
Pour tenter d'éclaircir la relation
entre les actes de violence dont une personne fait l'objet dans l'enfance et ceux qu'elle commet à l'âge
adulte, il faudrait que les futures recherches sur le «cycle de la violence» fassent
davantage appel aux méthodes prospectives et que l'on tienne compte de l'aspect
quantitatif dans l'étude de l'effet de la violence dont une personne a été témoin. Il
pourrait également être utile de mener des enquêtes sur les facteurs susceptibles d'empêcher des
personnes de répéter les actes de violence dont elles ont été témoins ou
victimes.