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Entre Nous

VOL. 30, No.3

Un régime pour sacs à ordures

Un projet régional qui fait le poids

PAR Paul Provost, M.Sc., coordonnateur national, Programmes de protection de l’environnement

Paul Provost

Avec tous les efforts et les sacrifices que cela implique, qui commencerait un régime amaigrissant sans d’abord se peser ? Sans connaître avec une certaine précision d’où l’on part, il est difficile de se fixer un but réaliste ! Puis comment mesurer continuellement nos progrès ? Pour déterminer si un programme de réduction des déchets solides destinés à l’enfouissement atteint ses objectifs, il est donc pertinent de peser ce que l’on jette !

Quoique l’évaluation du volume de déchets soit pratique courante, elle ne constitue pas une méthode de mesure très fiable et précise puisque, par exemple, le degré de compaction des déchets peut changer les données sans qu’il y ait une véritable réduction des quantités. Ainsi, pour évaluer les progrès attribuables à la mise en œuvre de programmes de recyclage ou de compostage institutionnels, il faut se donner les moyens d’apprécier le rétrécissement en poids de nos sacs à ordures. La région du Québec a misé sur une approche novatrice appuyée par une technologie simple mais fiable : une balance portative pour camion à ordures.

Pas facile de réduire

Avec la Stratégie de développement durable (SDD) 2003, la cible de réduction de l’élimination des déchets solides dans les décharges a été fixée à 1,3 kg/occupant/jour d’ici mars 2007, soit une réduction de 20 p.100 par rapport à l’année de référence 2000 où la quantité de déchets enfouis était estimée à 1,6 kg/occupant/jour pour l’ensemble du SCC. Cible ambitieuse dans la SDD 1997, soit 0,6 kg/occupant/jour, elle fut relâchée à 1,0 kg/occupant/jour dans la SDD 2000. Certes, au fil de la dernière décennie, nous avons constaté comment il n’est pas facile – sur le plan corporatif – de réduire les rebuts que nous produisons. Nous devons également reconnaître que la gestion des déchets demeure un dossier peu attrayant pour le commun des mortels. Malgré l’engouement initial en faveur de la mise en œuvre de programmes de récupération et de recyclage en établissement, le maintien des mesures implantées s’est avéré particulièrement exigeant avec le temps. Les projets de compostage sont tout aussi complexes en plus de s’être révélés de véritables défis à soutenir, notamment à cause des faibles coûts généralement associés à l’enfouissement des déchets au Canada.

Alors pourquoi s’acharner sur la réduction des déchets destinés aux décharges ? D’abord pour des raisons environnementales puisque l’enfouissement des déchets crée des sites contaminés et pollue les eaux souterraines (et éventuellement celles de surface) en plus d’émettre des gaz à effet de serre (GES) qui contribuent aux changements climatiques. Et ensuite pour des incitatifs économiques : le recyclage des matières résiduelles est en général bien moins onéreux que l’exploitation de la matière vierge et il conserve de l’énergie (ce qui réduit indirectement d’autres sources de GES), de l’eau et un nombre incommensurable de ressources naturelles, parfois non renouvelables.

Projet régional de pesée des déchets solides, Services techniques, Région du Québec. Des agents en environnement, devant le Centre fédéral de formation. De gauche à droite : Christian Ringuet (stagiaire), Benoit Richer, Élizabeth Baril, Martin Sarault et Michel Thessereault
Projet régional de pesée des déchets solides, Services techniques, Région du Québec. Des agents en environnement, devant le Centre fédéral de formation. De gauche à droite : Christian Ringuet (stagiaire), Benoit Richer, Élizabeth Baril, Martin Sarault et Michel Thessereault

Peser pour mieux gérer

Pour s’enligner dans la bonne voie puis gérer les progrès en matière de conservation d’eau et d’énergie, les décisions puis les actions peuvent s’appuyer sur des lectures de compteurs d’eau, d’électricité, d’huile et de gaz naturel. Mais pour les déchets solides, il faut tout simplement trouver une façon de les mesurer avec un certain degré de précision. Sur ce, certains établissements ont exigé à même leur contrat de disposition des déchets que l’entrepreneur pèse les rebuts sur une base préétablie. D’autres ont plutôt opté pour la conduite d’audits sur les déchets tandis que les services techniques régionaux (STR) au Québec ont proposé le recours à une balance portative et transférable entre établissements dans le but de peser les camions à ordures régulièrement. Sous la surveillance de l’équipe régionale de l’environnement, le projet a débuté à l’automne 2005, à la grande satisfaction des établissements qui se devaient d’implanter un système de mesure des déchets en réponse aux critères d’imputabilité reliés à cette cible environnementale.

Enfin, il est vrai qu’il peut paraître étrange d’avoir à peser nos déchets, mais dites-vous bien que là où la science s’arrête, l’incertitude prend racine. Or le temps est venu de consolider, chiffres à l’appui, les réalisations du SCC en matière de réduction des déchets solides. C’est, en fait, un impératif incontournable afin de mieux orienter les initiatives à venir. Cet aspect environnemental nous concerne tous. Sinon, on ne saura jamais vraiment où se situe notre performance corporative ni, en fait, de quoi l’on parle. ♦

 

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