
PAR Djamila Amellal, agente de communication, Secteur des communications et de l’engagement des citoyens
Photos : Bill Rankin

Au cœur de l’Établissement Drummond à Drummondville, dans la région du Québec, les ateliers de textile de CORCAN commencent à tourner tôt le matin. Sur les 320 délinquants de cet établissement à sécurité moyenne, près de 90 délinquants, supervisés par le personnel du Service correctionnel du Canada (SCC), travaillent à produire divers articles et tenues pour les délinquants et le personnel du Service.
À l’une des extrémités de la cour de l’établissement, on aperçoit une grande bâtisse clairement identifiée grâce au logo de CORCAN. On y pénètre et on se retrouve dans la plus grande installation de CORCAN au sein d’un établissement du SCC. Au fur et à mesure qu’on avance dans un long couloir, on découvre sur la droite trois ateliers de textile dont les murs de vitre nous laissent voir le travail qui s’y accomplit. Dans le premier atelier, les délinquants, supervisés par leurs instructeurs, s’occupent à couper et à tailler différents tissus qui seront transférés dans les deux autres ateliers. On peut aussi reconnaître sur certaines de ces machines industrielles des polos et des jeans semi-finis. Dans le deuxième atelier, les délinquants sont occupés à fabriquer la chemise et le pantalon de cuisine des agents des services alimentaires ainsi que le jean et pantalon de cuisine des délinquants. Dans le troisième, ils produisent les sous-vêtements et les chemises des délinquants, ainsi que des sacs pour le congrès de justice pénale de Calgary. Le quatrième et dernier atelier qui se trouve sur la gauche est en fait un hangar de réception et d’envoi de marchandise : la matière première arrive là, elle est inspectée et est entreposée ou distribuée dans les ateliers. C’est également le point de départ des produits finis, qui sont inspectés, emballés, mis sur palette et livrés aux clients à l’extérieur. « La matière première vient de fournisseurs sélectionnés par Travaux publics et Services gouvernementaux et les produits finis sont essentiellement pour l’usage du SCC », explique Mme Lucienne Thibault, directrice adjointe aux Industries CORCAN et employée du SCC depuis 1984. « Ces produits sont livrés à Laval, à la Montée Saint-François, et sont acheminés par la suite dans le reste du Canada.»

Quand on demande à cette dame expérimentée comment elle arrive à faire travailler 90 délinquants dans le calme et le respect tout en étant productifs, Mme Thibault répond : « Dans les ateliers de CORCAN, nous avons des instructeurs dévoués, déterminés, qui aiment ce qu’ils font et qui travaillent de près avec le délinquant qui se découvre des talents et qui se sent valorisé. Il faut dire que la première journée, la motivation n’est pas toujours au rendez-vous; cependant, au fil du temps, il y a une fierté qui s’installe. Le délinquant comprend qu’il fabrique un produit fini qui se porte au Canada, et son estime de soi grandit alors. »

Monsieur Denis Courtois est instructeur dans les ateliers de CORCAN. Il est tailleur de formation et il travaille au SCC depuis 20 ans. « L’attirance pour le textile n’est peut-être pas naturelle pour eux. Je prends le temps nécessaire pour les former. Nous manipulons, aussi, bien des outils comme les ciseaux; par conséquent je les avertis dès le début que le contrôle de ces effets est bien strict. Les délinquants sont motivés par le salaire qu’ils perçoivent et ce travail les aide à faire passer le temps. Souvent, ils n’ont jamais travaillé, et lorsqu’ils se découvrent des talents ici, ils se sentent valorisés. Ils peuvent travailler dans le textile plus tard mais même s’ils changent de métier, on leur aura au moins donné de bonnes habitudes de travail comme la ponctualité, comment communiquer, comment travailler en équipe ainsi que le respect des autres et de soi. Ces compétences sociales sur lesquelles les employeurs dans la collectivité sont intransigeants s’acquièrent dans le cadre de cette production. »
Les délinquants participent à différents programmes dans l’établissement. Certains optent pour l’école, d’autres pour des programmes recommandés dans leur plan correctionnel. Selon la directrice adjointe, un bon nombre d’entre eux choisissent de travailler dans les ateliers de textile en raison de l’aspect financier. « Nous sommes un employeur exigeant mais on les paie et nous pensons à des moyens de les motiver davantage. Par exemple, au début, on les rémunère à 0,75 $/h. Après six mois d’emploi continu, on augmente leur salaire à 1 $/h. Le délinquant peut aller chercher un maximum de 70 $ aux deux semaines. C’est très motivant pour eux. »

Pendant que les instructeurs dans les ateliers sont occupés à former les délinquants et à produire, M. Pierre Doucet, instructeur mécanicien, au SCC depuis 17 ans, travaille à entretenir les quelques 150 machines qui outillent les ateliers. « Je sers d’instructeur de relève de temps à autre mais mon travail consiste à m’assurer, au quotidien, que les machines, qui sont assez sophistiquées, fonctionnent bien. Je les entretiens et s’il y a une panne, je dois absolument la réparer. C’est un travail à la chaîne et on ne veut pas bloquer un seul atelier ou travailleur. » Pour M. Doucet, le travail dans les ateliers de CORCAN permet non seulement de former et de préparer les délinquants à leur sortie dans la collectivité mais ce travail contribue également à renforcer la sécurité : « J’aime ce que je fais car j’ai le sentiment d’aider l’établissement et la société. Quand les délinquants sont occupés, il y a moins de place pour les ennuis. C’est également ainsi qu’on contribue indirectement à la sécurité dans l’établissement et dans la collectivité. »
Avec beaucoup de fierté dans la voix, Mme Thibault conclut : « Nous sommes une petite PME (Petite et Moyenne Entreprise) à l’intérieur des murs. On travaille de très près avec les programmes et avec la commission scolaire avec qui nous avons développé des attestations professionnelles qui sont reconnues dans la collectivité. Lorsque je regarde le progrès des délinquants dans les ateliers et que je vois les résultats de production au quotidien, je suis fière de ce qu’on accomplit. »
Tout ce travail qu’accomplit le personnel du SCC au quotidien afin de motiver et de guider les délinquants jusqu’à la réussite, indique que la force du Service c’est ce personnel, qui respecte la dignité des individus, qui croit réellement au potentiel de croissance personnelle des délinquants ainsi qu’à leur changement en citoyens respectueux des lois. ♦