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Entre nous

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VOL. 31, No 1

Les maladies infectieuses et les délinquants autochtones

Capacité accrue d’intervenir efficacement auprès des délinquants issus des Premières nations et des délinquants métis et inuits

RENSEIGNEMENTS FOURNIS PAR les Services de santé, Opérations et programmes correctionnels, Service correctionnel du Canada

Le taux de maladies transmissibles par le sang ou transmises sexuellement dans les populations carcérales du monde est beaucoup plus élevé que dans la population en général. Habituellement, ce taux dépend de divers facteurs, notamment de la consommation de drogues injectables, du taux d’infection des consommateurs de drogues injectables dans la collectivité, des comportements sexuels à risque élevé et du partage d’équipement de tatouage non stérilisé.

À la fin de l’exercice 2004, le nombre de cas signalés de VIH/sida au sein du système correctionnel fédéral canadien était de 188, soit une prévalence globale de 1,43 %. Au cours du même exercice, 3 303 détenus purgeant une peine sous responsabilité fédérale ont obtenu des résultats positifs pour l’hépatite C, soit 25,2 % de la population carcérale (24,8 % des hommes et 37,6 % des femmes).

Dans l’ensemble, on estime que le taux d’infection au VIH parmi les détenus est de 7 à 10 fois plus élevé que dans la population canadienne, alors que la prévalence de l’hépatite C est de 25 à 30 fois plus élevée.

Les données de routine sur la santé des Autochtones dans la population canadienne ne sont pas recueillies ni ne sont disponibles pour les délinquants autochtones du SCC; par conséquent, il est impossible de déterminer la prévalence précise des maladies infectieuses dans les populations autochtones. Cependant, dans 30 % des rapports de cas sur les groupes ethniques disponibles, les Autochtones représentaient une proportion de 18,8 % en 1998 et de 25,5 % en 2003. Ces données découlent de rapports de diagnostics plutôt que de l’incidence de l’infection au VIH. L’interprétation s’avère donc difficile en raison du manque important de données. Néanmoins, les données laissent croire à un taux d’infection au VIH plus élevé chez les Autochtones au Canada.

Les données nationales de surveillance du VIH ne font état que des personnes examinées, chez qui l’on a diagnostiqué le VIH et dont les données ont été envoyées à l’Agence de santé publique du Canada. Par conséquent, les données de surveillance ne décrivent pas la portée totale de l’épidémie. Cependant, on procède à des calculs à partir de ces données et d’autres sources de données en vue d’estimer le nombre total de personnes atteintes du VIH (prévalence) et le nombre de nouveaux cas d’infection au VIH (incidence). En 2002, on estimait à 3 000 ou 4 000 le nombre d’Autochtones séropositifs au Canada, soit de 5 à 8 % de tous les cas de VIH diagnostiqués au pays, et à entre 250 et 450 le nombre de nouveaux cas, soit de 6 à 12 % des nouveaux cas au Canada. Ces données sont importantes puisque les Autochtones ne représentent qu’environ 3,3 % de la population canadienne, alors que leur proportion au SCC est de 17 %; il est donc clair que les Autochtones sont surreprésentés.

Une stratégie à long terme

Ce chandail a été conçu par un détenu autochtone de l’Établissement Westmorland, grâce à un financement du Programme d’initiatives spéciales du SCC. Le Programme donne l’occasion à des détenus d’organiser des activités et des projets sur la prévention du VIH (et d’autres maladies infectieuses) à l’intention d’autres détenus. Le message inscrit sur le chandail est rédigé en anglais, en français, ainsi qu’en micmac et en malécite.
Ce chandail a été conçu par un détenu autochtone de l’Établissement Westmorland, grâce à un financement du Programme d’initiatives spéciales du SCC. Le Programme donne l’occasion à des détenus d’organiser des activités et des projets sur la prévention du VIH (et d’autres maladies infectieuses) à l’intention d’autres détenus. Le message inscrit sur le chandail est rédigé en anglais, en français, ainsi qu’en micmac et en malécite.

Au cours des dernières années, le SCC a adopté une approche stratégique à long terme en ce qui concerne les maladies infectieuses chez les délinquants, notamment une étroite collaboration avec l’Agence de santé publique du Canada et Santé Canada, ainsi que des programmes de sensibilisation pour les détenus et le personnel sur les maladies infectieuses et les drogues. Les mesures de réduction des méfaits au SCC comprennent la fourniture de condoms, de digues dentaires, de lubrifiants à base d’eau, d’eau de Javel pour nettoyer le matériel d’injection, de tatouage et de perçage corporel, ainsi qu’un programme de traitement à la méthadone.

Au moment de leur admission dans l’établissement et au cours de leur incarcération, les détenus sont invités à passer des tests de dépistage du VIH/sida, de l’hépatite A, B et C, des maladies transmises sexuellement et de la tuberculose. Ceux qui obtiennent des résultats positifs pour l’une ou l’autre de ces maladies infectieuses ont accès à des spécialistes et à des traitements médicaux.

Le Programme d’éducation et d’entraide par les pairs autochtones (PEEPA)

Ce programme, mis en œuvre dans les cinq régions et dans la plupart des établissements, est un nouveau programme éducatif portant sur le VIH/sida, l’hépatite C et d’autres maladies infectieuses auxquelles sont confrontés les délinquants autochtones. Le principal objectif consiste à former les détenus autochtones à devenir des pairs aidants dans leur établissement.

Le PEEPA se distingue du Programme de counseling et d’éducation par les pairs (CEP) en intégrant des pratiques de guérison traditionnelles autochtones : sueries, purification par la fumée et participation régulière des Aînés à titre de guides spirituels. Cette approche met l’accent sur l’équilibre mental, spirituel, physique et émotif nécessaire à une guérison complète.

La formation sur le PEEPA est offerte par une infirmière formée par un organisme autochtone de services liés au sida ou par le coordonnateur régional de la santé. La formation fournit aux participants des renseignements médicaux à jour sur les maladies infectieuses, leur enseigne les habiletés requises pour diriger des séances d’information avec les pairs, les sensibilise aux mesures de réduction des méfaits et les renseigne sur les principes du CEP, notamment la confidentialité, une approche sans jugement, ainsi que le respect du mode de vie et des points de vue d’autres personnes. On choisit des bénévoles parmi les participants qui terminent la formation. L’un d’entre eux est retenu comme pair principal et devient coordonnateur du programme; son poste est rémunéré.

Le coordonnateur de la santé chez les Autochtones dans la région des Prairies, M. Curtis Charney, mentionne qu’il s’agit d’un nouveau programme intéressant. M. Gil L. Carriere, coordonnateur national de la santé chez les Autochtones au SCC, croit fermement que ce programme permet au SCC de progresser dans la lutte contre les maladies infectieuses. La grande réussite du Programme est attribuable au dur travail des coordonnateurs de la santé chez les Autochtones au SCC, des employés régionaux chargés de la santé, des partenaires autochtones, et particulièrement des Aînés, des pairs agissant comme coordonnateurs et des bénévoles.

Des liens avec la collectivité

La création et le maintien de liens solides avec la collectivité autochtone se révèlent des éléments essentiels dans le cadre de cette initiative; ils font partie de l’engagement du SCC à mettre à contribution les partenaires de la collectivité tout au long de la peine du délinquant. Le SCC a réussi cette intégration en travaillant avec les organismes autochtones lorsqu’il était possible de le faire et en conservant une communication ouverte avec la collectivité.

Curtis Charney, coordonnateur régional de la santé, région des Prairies
Curtis Charney, coordonnateur régional de la santé, région des Prairies

M. Charney mentionne que « les partenaires de la collectivité autochtone continueront de jouer un rôle important dans la réussite incontestable du Programme au cours des prochaines années ».

Pour sa part, Mme Jane Whiting, coordonnatrice de la santé des Autochtones dans la région du Pacifique, indique que, dans cette région, « on a de grands objectifs en matière de santé des Autochtones pour l’ensemble des huit établissements et du pavillon de guérison. Le Programme a été conçu précisément pour susciter l’intérêt des Autochtones de la côte ouest. »

Elle ajoute : « La région du Pacifique offrira le Programme et y ajoutera une composante qui traite du diabète, du cancer, de la nutrition et du mieux-être fondamental. Ainsi, les délinquants autochtones seront sensibilisés à de nombreuses questions relatives à la santé qui pourraient les toucher eux-mêmes ou leur collectivité. »

M. Charney, Mme Whiting et d’autres personnes ont travaillé fort pour les Autochtones. Le programme de formation est un exercice en constante évolution puisque de nouveaux détenus entrent dans nos établissements et d’autres en sortent dans le cadre de diverses formes de mise en liberté. Les coordonnateurs passent souvent un mois sur la route, se déplacent d’un établissement à l’autre, créent des liens avec les coordonnateurs régionaux pour les maladies infectieuses, les chefs des Services de santé et les Aînés, et s’assurent que tous les éléments du nouveau programme se déroulent bien. ♦

 

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