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Entre nous

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VOL. 31, No 3

Des partenariats et des emplois
pour appuyer la réinsertion sociale

PAR Djamila Amellal, Ph.D, agente de communication, Secteur des communications et de l’engagement des citoyens

Photos : Bill Rankin et reproduite avec la permission de Peter Daniels

Marcel Kabundi et Bill Staubi (tous deux avec des foulards oranges autour de la tête), membres du Comité de la diversité du SCC rencontrent les leaders de la communauté sikh d’Ottawa afin de discuter de questions ethnoculturelles et des droits des délinquants de la communauté sikh./ Marcel Kabundi et Bill Staubi (tous deux avec des foulards oranges autour de la tête), membres du Comité de la diversité du SCC rencontrent les leaders de la communauté sikh d’Ottawa afin de discuter de questions ethnoculturelles et des droits des délinquants de la communauté sikh.

Aujourd’hui plus que jamais, la transition en toute sécurité des délinquants dans la collectivité ainsi que la réinsertion sociale réussie de ces derniers requièrent non seulement une préparation à la sortie en libération conditionnelle dès le début de la peine mais aussi la création de partenariats au sein de la collectivité qui accueillera les délinquants. C’est cet ultime objectif que le SCC poursuit jour après jour, en bâtissant des ponts avec différents groupes de la communauté.

Le gestionnaire national des programmes ethnoculturels, M. Marcel Kabundi, nous entretient sur la question et sur les réalisations actuelles et futures, liées plus particulièrement aux délinquants ethnoculturels.

« Bâtir des ponts et établir des partenariats avec la collectivité et la communauté des gens d’affaires, en particulier, est au cœur de la Mission du SCC, déclare M. Kabundi. C’est pour cela qu’en 2005, suite à l’aide financière fournie par Patrimoine Canada, nous avions organisé une conférence à Toronto intitulée Bâtir des ponts avec les communautés ethnoculturelles. Cette conférence a été un franc succès car elle a permis de sensibiliser la communauté des gens d’affaires à la réalité de ceux qui quittent les établissements avec un casier judiciaire, leur appartenance culturelle et une formation acquise au cours de leur séjour derrière les murs. Les retombées positives de la conférence sont nombreuses et incluent, entre autres, un guide fort utile qui fournit une liste de compagnies pour appuyer la recherche d’emplois des délinquants à leur sortie en libération conditionnelle. »

Une initiative parmi tant d’autres

La conférence de Toronto a atteint son objectif puisqu’elle a non seulement sensibilisé les communautés ethnoculturelles au potentiel de cette nouvelle main-d’œuvre mais a également ouvert la voie à plusieurs partenariats avec les gens d’affaires. Le partenariat conclut entre le SCC et l’entreprise Full Circle Bicycles en est un bon exemple.

Full Circle Bicycles est l’entreprise d’un Canadien d’origine trinidadienne établi à Mississauga en Ontario. Son propriétaire, M. Peter Daniels, a signé une entente avec le SCC pour offrir une formation professionnelle de conseillère technique en entretien automobile aux délinquantes de l’Établissement Grand Valley pour femmes à Kitchener, en Ontario. Une formation dans un domaine non traditionnel, réclamée par les délinquantes. « Je suis très heureux de pouvoir faire partie de ce projet innovateur et d’apporter une petite contribution à la sécurité du public parce que les délinquantes ainsi formées acquièrent une compétence professionnelle recherchée, ce qui leur donne la chance de se trouver un emploi rapidement. Ce projet me tient à cœur. Pour des raisons pratiques, nous avons décidé que les représentants de l’entreprise se déplaceront en établissement pour assurer la formation théorique et pratique des délinquantes à différents niveaux. Cette formation durera près de 3 à 6 mois selon le niveau des candidates et la nature des matières enseignées. Les délinquantes recevront un certificat au terme de leur formation. Par la suite, étant donné que l’entreprise recrute toujours des employés formés, à leur sortie en libération conditionnelle, les mêmes délinquantes pourront postuler pour obtenir un emploi au sein de cette entreprise ou dans d’autres entreprises semblables. Cet emploi, on espère, les motivera et facilitera leur retour progressif et sécuritaire dans la collectivité, garantissant indépendance financière et sentiment de fierté et d’accomplissement. »

La détermination paie

Tel que prévu au plan d’action qui a suivi la première conférence, M. Kabundi, un homme au savoir visionnaire, s’est attelé à la tâche ardue de trouver le financement nécessaire à la réalisation d’une multitude de projets, similaires au projet Full Circle Bicycles. La détermination paie et le SCC, dans le cadre du programme Accroître la capacité du SCC de traiter avec les communautés interculturelles et les délinquants ayant des antécédents culturels différents, se voit octroyer, par le ministère du Patrimoine canadien, des fonds d’une valeur de 400 000 $ sur trois ans. Le protocole d’entente à peine signé, les fonds commencent déjà à générer des initiatives dignes de mention, liées à la réinsertion sociale des délinquants ethnoculturels. Parmi celles-là, le programme KARIBU retient l’attention.

Le programme KARIBU, un programme réfléchi et juste

Les fonds alloués par le ministère du Patrimoine canadien ont permis de continuer sur la lancée de la conférence intitulée Bâtir des ponts. Ainsi, une deuxième rencontre aura lieu un peu plus tard cette année et, dans le cadre de cette dernière, le programme KARIBU, un travail de longue haleine fondé sur la recherche en criminologie et les données relevées par les comités consultatifs ethnoculturels partout au Canada, sera dévoilé aux participants.

Le programme KARIBU (un terme swahili qui signifie « bienvenu ») est le fruit de la collaboration de M. Kabundi avec le psychologue de renommée internationale et le président du Comité national consultatif ethnoculturel, le professeur Emerson Douyon.

«Le professeur Douyon et moi-même, précise M. Kabundi, travaillons d’arrache-pied à la production du programme KARIBU, expressément destiné aux délinquants ethnoculturels. Celui-ci prend en considération bien des détails contenus dans la Directive du commissaire 767 (CD 767) afin de répondre de façon efficace et appropriée aux besoins des délinquants. KARIBU est un programme complet qui inclut également un chapitre relatif aux délinquants qui seront déportés à un moment donné de leur peine car non citoyens canadiens. »

En plus de ce programme tant attendu, d’autres outils fort utiles feront partie de l’ordre du jour de la conférence, entre autres un répertoire des employés du SCC qui parlent plusieurs langues et qui peuvent aider, en tant que médiateurs culturels, dans différents contextes de la vie carcérale tels que lors de l’évaluation initiale à l’admission en établissement ou en cas de conflits. On espère aussi pouvoir établir une liste de champions d’affaires ethnoculturels qui accepteront d’engager des délinquants des communautés ethnoculturelles à leur sortie en libération conditionnelle. « Ces derniers renforceront les objectifs en s’engageant de façon officielle à donner une seconde chance à ces délinquants qui font face à plusieurs obstacles à leur sortie, d’abord à cause de leur casier judiciaire et, ensuite, à cause de leur répérabilité physique », précise M. Kabundi.

Cette conférence à laquelle sont invités plusieurs partenaires de la collectivité, des professionnels et des modèles des communautés ethnoculturelles du Canada, demeure également un moyen de sensibiliser à la mission du SCC et d’indiquer aux membres de la collectivité combien le SCC valorise leur apport et leur rôle auprès des libérés sous condition, en vue d’assurer la sécurité de tous.

Tous les chemins mènent à Rome

Monsieur Kabundi, fort de ses 20 années d’expérience au SCC et de sa carrière en magistrature dans son pays d’origine, le Congo, nous apprend qu’il a emprunté d’autres chemins pour relever les défis. Il a personnellement sollicité l’appui du Conseil canadien des chefs d’entreprises (CCCE), une association du patronat canadien qui regroupe les dirigeants des entreprises canadiennes de premier plan, afin de les sensibiliser à la situation des délinquants ethnoculturels en libération conditionnelle qui font face à la discrimination en matière d’emploi dans la collectivité. « L’intégration ne se fait que par l’emploi, ajoute-t-il, alors la seule issue consiste à informer et à éduquer la collectivité des gens d’affaires qui peuvent prêter main forte. La sensibilisation se fait dans l’intérêt des délinquants, celle du SCC et de la sécurité de tout le public. »

Peter Daniels
Peter Daniels

Alors que le travail continue pour préparer d’autres réalisations à dévoiler lors de la conférence, les appuis continuent d’affluer. On apprend, entre autres, que le vice-président exécutif du CCCE, M. David Stewart-Patterson, a confirmé sa participation à la conférence. Fier de son intuition juste de l’avenir, M. Kabundi, ajoute : « Nous sommes sur la bonne voie. Petit à petit, nous nous rapprochons de nos objectifs et je demeure optimiste. On doit renforcer les partenariats déjà existants et on doit en établir d’autres. Il faut sensibiliser et éduquer car il faut que les gens comprennent qu’il est de notre devoir de contribuer et que nous avons tous un rôle à jouer. Nous devons apporter chacun une brique pour reconstruire les murs brisés et créer un milieu de vie harmonieux et respectueux de notre diversité. Il ne faut pas hésiter à aller vers eux si on veut arriver à des résultats. Nous avons une obligation morale de nous entraider et de donner une seconde chance à ceux et celles qui le méritent. C’est cela, selon moi, le sens de la responsabilité collective et de la solidarité sociale. »♦

 

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