
PAR G. Chartier, agent de communication, Secteur des communications et de l'engagement des citoyens

Au cours de la dernière décennie, le Service correctionnel du Canada (SCC) a connu une hausse importante du nombre de délinquants admis dans le système correctionnel fédéral qui souffrent de troubles de santé mentale. Depuis 1997, le nombre de délinquants de sexe masculin présentant des troubles de santé mentale à l'admission est passé de 7 % à 12 %. De plus, 25 % des femmes incarcérées actuellement présentaient ce type de problèmes à l'admission.
Pour faire face efficacement à ce défi et pour garantir la sécurité des collectivités de tout le Canada, le personnel des bureaux de libération conditionnelle et des centres correctionnels communautaires (CCC) s'emploie à établir des partenariats au niveau local tandis qu'au niveau national, le SCC prend des mesures pour fournir le nouveau personnel et la formation nécessaires.
Le résultat sera une initiative à l'échelle du pays ayant des effets positifs au niveau local.
L'expression « délinquants souffrant de troubles de santé mentale » englobe les personnes atteintes non seulement de maladies mentales comme la maladie bipolaire ou la schizophrénie, mais aussi présentant des problèmes comme l'ensemble des troubles causés par l'alcoolisation fœtale, la maladie d'Alzheimer, l'hyperactivité avec déficit de l'attention, les troubles de la personnalité, les problèmes résultant des blessures à la tête et d'autres troubles qui peuvent avoir une incidence sur le fonctionnement d'une personne. Ce groupe de délinquants est, parmi la population sous la garde du SCC, celle qui a connu la plus forte hausse au cours de la dernière décennie.
« Cette hausse pèse fortement sur le SCC qui doit assurer des services », affirme la Dre Andrea Moser, gestionnaire de l'Initiative sur la santé mentale dans la collectivité à la Direction des services de santé du SCC. Psychologue de formation, la Dre Moser a été gestionnaire dans les Programmes de réinsertion sociale et les Services de santé à l'administration centrale ces dix dernières années. Elle a commencé sa carrière au Centre régional de traitement de l'Ontario, où elle dispensait des services psychologiques aux délinquants souffrant de troubles de santé mentale.
Aux termes de la loi, il nous incombe de dispenser des services de santé aux délinquants et de favoriser leur réinsertion sociale en toute sécurité. Nous devons nous occuper de leurs besoins en santé mentale, car cela contribue à leur réinsertion sociale. Dans plusieurs cas, leurs troubles de santé mentale expliquent la présence de ces personnes dans le système correctionnel », reconnaît la Dre Moser.
Parmi les personnes qui s'occupent des délinquants souffrant de troubles de santé mentale, mentionnons l'agente de libération conditionnelle, Sue Bruff, du Bureau de libération conditionnelle de St. John's (Terre-Neuve-et-Labrador). Comme il n'y a pas de pénitencier fédéral dans cette province, Mme Bruff se déplace souvent vers les établissements du SCC situés dans la partie continentale de la région de l'Atlantique pour rencontrer des délinquants souffrant de troubles de santé mentale qui vont être mis en liberté.
Mme Bruff fait partie de l'équipe pluridisciplinaire de gestion des cas. Cette équipe réunit d'autres membres du personnel du SCC, notamment un agent de libération conditionnelle principal, un psychologue sous contrat, des infirmières en psychiatrie des Services ambulatoires ainsi qu'une équipe de professionnels de la santé mentale des Services communautaires Stella Burry (SBCS), une organisation communautaire locale bien présente dans les collectivités de Terre-Neuve-et-Labrador.
Ainsi nommés pour honorer une pionnière de l'enseignement et du service social de Terre-Neuve, les SBCS dispensent des services de logement, de counseling, d'éducation et de recherche d'emploi. Cet organisme est un partenaire essentiel pour la réinsertion sociale sans danger des délinquants souffrant de troubles de santé mentale, dans toutes les collectivités de la province.
L'un des services, assuré par des travailleurs de soutien, consiste à aider individuellement des délinquants à améliorer leurs aptitudes de base pour qu'ils soient capables de faire la cuisine, élaborer un budget, faire des courses, gérer leur médication, se présenter à leurs rendez-vous et faire respecter leurs droits.
« Les SBCS maintiennent un appui à long terme pour ces délinquants libérés, même après qu'ils ont fini de purger leur peine, fait observer Sue Bruff. Une fois qu'ils bénéficient des réseaux de soutien en place, on remarque une baisse du nombre d'admissions en psychiatrie et en prison. »
Des partenaires communautaires comme les SBCS, l'hôpital psychiatrique Waterford et les services gouvernementaux de la province à St. John's ainsi que la Société John Howard, la Société Saint-Léonard, l'Armée du Salut et d'autres organismes communautaires de tout le Canada aident à répondre aux besoins en santé mentale des délinquants dans la collectivité.
« Le personnel de l'hôpital Waterford connaît le genre de travail que nous faisons et a intégré une stratégie de séjours à court terme dans sa planification générale. Nous savons que nous pouvons passer par leur système d'urgence et obtenir que des délinquants soient vus rapidement. Il est possible qu'un court séjour ou un ajustement de la médication soit tout ce dont certains délinquants aient besoin », précise Clara Rendell, directrice du Bureau de libération conditionnelle de St. John's et du CCC de Terre-Neuve.
L'un des éléments principaux de l'Initiative sur la santé mentale dans la collectivité (ISMC), lancée en 2005, consiste en une amélioration de la planification de la mise en liberté pour les délinquants ayant des troubles de santé mentale qui sortent des établissements du SCC. Quatorze travailleurs sociaux cliniques (planificateurs de la remise en liberté) ont été engagés dans tout le pays pour dispenser des services de planification complets aux délinquants libérés des centres régionaux de traitement et des établissements réguliers pour hommes et pour femmes. De plus, 15 travailleurs sociaux cliniques et 15 infirmières en santé communautaire sont engagés pour dispenser des services de santé mentale aux délinquants en liberté surveillée qui ont des troubles de santé mentale. Ainsi, on aidera les délinquants à se mettre en rapport avec le soutien communautaire et on établira les bases des services dont ils auront besoin quand ils seront mis en liberté.
« Le travail de planification de la libération effectué par les travailleurs sociaux complète, sans la remplacer, la tâche de l'agent de libération conditionnelle, affirme la Dre Moser. Une planification de la libération bien pensée et bien exécutée constitue un facteur positif pour la réinsertion sociale. En même temps, nous devons nous efforcer de trouver les services disponibles dans la collectivité.
« Ceux qui travaillent aux postes de travailleur social clinique et d'infirmière ou d'infirmier en santé mentale en milieu communautaire travaillent directement auprès des délinquants souffrant de troubles de santé mentale qui sont mis en liberté, déclare la Dre Moser. Il y aura un dialogue entre les planificateurs de la mise en liberté, les établissements et des responsables de la collectivité où le délinquant sera libéré afin de favoriser une transition sans heurt. »
Selon Clara Rendell, c'est grâce à l'ISMC que le Bureau de libération conditionnelle de St-John's a pu engager une infirmière de santé mentale en milieu communautaire et un travailleur social à temps plein. Elle ajoute que l'ISMC assure le financement d'un contrat pour les services d'un psychiatre; le psychiatre reçoit en clinique une fois par mois.
Aussi appropriés et efficaces que puissent être les services dispensés aux délinquants souffrant de troubles de santé mentale pendant leur incarcération, ceux-ci se heurtent à des difficultés supplémentaires lorsqu'ils se réinsèrent dans la collectivité.
Madame Rendell, qui a commencé comme agente de libération conditionnelle à St. John's, a vu les efforts réalisés au cours des années pendant lesquelles elle a travaillé dans la collectivité auprès des délinquants souffrant de troubles de santé mentale.
« Nous avons commencé, il y huit ou neuf ans, par cerner un besoin particulier. »
Madame Rendell et ses collègues ont repéré une lacune dans les services offerts aux délinquants souffrant de troubles de santé mentale qui retournaient dans la collectivité. « Avant la détermination de leur peine, ces délinquants étaient suivis par plusieurs organismes - probablement cinq ou six » nous dit-elle.
« Il est également important, ajoute-t-elle, de reconnaître qu'un détenu ayant des troubles de santé mentale aura besoin de services après la fin de sa peine. Quand il sortira de prison, il serait bon qu'il ait déjà été en contact avec des sources de soutien dans la collectivité. »
Pour relever ce défi, le SCC a créé un partenariat avec des organismes locaux afin que le délinquant possède des éléments de soutien lorsqu'il est remis en liberté ou qu'il a fini de purger sa peine.
« Pour cela, il faut assurer une continuité qui commencerait quand le délinquant est encore en établissement », déclare Mme Rendell.

La formation est un élément important pour le personnel de première ligne du SCC qui travaille, avec les nouveaux spécialistes en santé communautaire, à la communication de renseignements et à la transmission de moyens efficaces pour s'occuper des délinquants souffrant de troubles de santé mentale.
À cette fin, le SCC a mis à l'essai un programme de formation de deux jours pour le personnel de première ligne dans la collectivité. Cette formation serait offerte sur une base régulière l'année prochaine.
« Nous espérons pouvoir donner une formation à un plus grand nombre d'employés, déclare la Dre Moser. Les choses iront mieux pour le personnel s'il comprend les questions de santé mentale et apprend à travailler efficacement avec des délinquants souffrant de troubles de santé mentale. »

« Nous souhaitons que cette initiative de mise en place de nouveau personnel qui travaille dans la collectivité, poursuit la Dre Moser, améliore la capacité de créer des liens entre le SCC et les autres organismes qui dispensent des services en santé mentale dans la collectivité. »
« Ce type de relations avec la collectivité est réellement important quand on œuvre auprès d'une population qui a des besoins en santé mentale, nous indique Mme Rendell. C'est ainsi que se font les connexions.
« Comme nous tendons tous vers le même but, l'important c'est de travailler ensemble.
« On y arrive », répond-elle.♦