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Entre nous

VOL. 32, No 2

L’obligation de diligence

PAR le Dr. John Jones, expert-conseil, valeurs et éthique

D<sup>r</sup> John Jones, expert-conseil en valeurs et éthique. Il est l’auteur du livre intitulé Reputable Conduct: Ethical Issues in Policing and Corrections (3<sup>e</sup> édition)
Dr John Jones, expert-conseil en valeurs et éthique. Il est l’auteur du livre intitulé Reputable Conduct: Ethical Issues in Policing and Corrections (3e édition)

Je me suis d’abord intéressé au concept d’obligation de diligence lorsque j’ai assisté à la présentation d’un policier dans le cadre d’une conférence sur l’éthique.Celui-ci a raconté aux personnes présentes combien sa vie personnelle avait écopé de l’exercice de ses fonctions professionnelles en tant qu’agent d’infiltration. La présentation en question était loin d’être parfaite, et on discernait sans peine chez le conférencier des signesmanifestes d’anxiété et de détresse.L’agent de police a expliqué qu’il s’était immergé profondément dans son travail pendant longtemps et qu’il venait tout juste de refaire surface. Il affirmait être trèsmal en point,autant sur le plan psychologique qu’affectif,que sonmariage s’était soldé par un échec et qu’il ne voyait plus ses enfants.

Au terme de son exposé, il demanda : « Est-ce que mon employeur a la responsabilité de recoller les pots cassés ? » Bien que, dans son cas, il soit question du service de police, son questionnement interpelle assurément chacun d’entre nous.

En effet, l’interrogation est assez percutante et elle nous conduit droit au cœur du concept d’obligation de diligence dans le contexte du Service correctionnel du Canada (SCC). Certains aspects du travail accompli au SCC, qu’il s’agisse ou non des fonctions du personnel de première ligne, peuvent avoir de graves conséquences sur notre personne. Certes, les employés de première ligne ont des défis particulièrement difficiles à relever,mais le domaine correctionnel peut avoir une incidence sur tous lesmembres du personnel, quels que soient leur niveau ou les fonctions qu’ils occupent au sein de l’organisation.

Ce qui suit a pour objet de stimuler davantage la réflexion sur cette question.

Malheureusement, dans la littérature, l’obligation de diligence s’entend presque invariablement de la responsabilité légale que nous avons à l’endroit de nos clients, soit les délinquants, leurs familles, les victimes, etc. Il y a fort peu demention de la diligence dont nous devrions – et je pèse mes mots – faire preuve les uns envers les autres. Et ce qui m’apparaît de plus en plus clairement, c’est que plus le travail est ardu et potentiellement préjudiciable, plus nous sommes durs les uns à l’endroitdes autres.

Le stress en milieu de travail

Dans un rapport récemment publié par Léger Marketing sur le sujet du stress en milieu de travail, on indiquait que 55% des travailleurs vivent de l’anxiété, se montrent irritables avec leurs collègues, sont sur la défensive, éprouvent de la colère, ont des sautes d’humeur ou se sentent impuissants ou coincés. L’enquête menée a également révélé que 52% des travailleurs estiment que le stress dans leur milieu de travail les amène à se montrer impatients,à procrastiner, à s’emporter, à se retirer ou s’isoler des autres, à négliger ses responsabilités et à donner un rendement médiocre. Et d’après l’expérience que j’ai acquise dans le domaine de la justice au cours des 30 dernières années, autant comme avocat qu’à titre d’observateur dans le cadre de différentes activités de formation et de recherche, j’avancerais que les chiffres pour ceux et celles qui œuvrent dans le système de justice sont sans doute plus élevés encore. Ça fait apparemment partie des règles du jeu. Il s’agit d’un travail exigeant qui peut être lourd de conséquences.

Alors que peut-on espérer ? En gros,d’abord,que nous nous soucions les uns des autres, ensuite,que notre organisation se soucie de nous. Permettez-moi d’aller un peu plus loin. Individuellement et collectivement, nous avons une responsabilité morale dans ce sens. C’est une obligation de diligence. Nous nous devons tous d’être attentifs au bien-être mental et physique des autres.

Avons-nous une obligation de diligence les uns envers les autres ?

Je me souviens d’une lettre particulièrement émouvante adressée à cette philosophe bien connue, Ann Landers. La missive était écrite par la veuve d’un policier. L’agent de police avait récemment perdu la vie dans l’exercice de ses fonctions en raison d’une collision automobile. Le défunt mari avait été aux prises avec un problème d’alcoolisme pendant de nombreuses années, et ses collègues avaient toujours gardé le secret, pensant lui rendre service en agissant ainsi. Or, au moment de l’accident fatal, il avait bu. « Ceux que mon mari considérait comme ses meilleurs amis, avait écrit la femme, se sont en fait avérés ses ennemis. » Avons nous une obligation de diligence les uns envers les autres ? Je répondrais par l’affirmative. Nous en acquittons-nous toujours ? Probablement pas.

Alors, comment pouvons-nous, autant individuellement que collectivement, commencer à assumer cette responsabilité ? Voici quelques suggestions : efforçons-nous de faire preuve de respect dans l’ensemble de nos relations de travail; engageons-nous tous à faire de notre environnement de travail un contexte positif malgré sa nature essentiellement négative; employons-nous à créer un milieu de travail éthique et sûr pour les personnes. Il nous faut réfléchir davantage à ce que nous disons et nous préoccuper plus de l’effet que nos paroles produisent sur les autres. Ce n’est vraiment pas sorcier. C’est le simple bon sens.

Qu’en est-il des erreurs que nous faisons ?

Et qu’en est-il des erreurs que nous faisons ? Bien entendu,dans le domaine correctionnel, il y a des erreurs que nous ne devons pas passer sous silence. Toutefois,dans une organisation éthique caractérisée par une philosophie d’attention, ne devrait-on pas voir des bévues commises une première fois à cause d’unmanque d’expérience comme autant d’occasions favorisant l’apprentissage et la croissance, plutôt que comme l’irréparable qui appelle un certain châtiment ? Nous devons nous demander où nous nous situons dans cette conception. C’est une question délicate, mais ellemérite d’être posée.

Je vous laisse avec ces quelques pensées. À mon avis, une organisation a la responsabilité morale et légale d’assurer à ses employés l’obligation de diligence et ce, pas seulement en temps de crisemais à tout moment. Tout simplement parce que c’est la chose à faire. Nous devons appuyer le personnel sur le terrain afin de lui permettre d’accomplir son travail encore plus efficacement qu’à l’heure actuelle. Nous devons soutenir nos employés. Nous devons reconnaître que leurs vie, aspirations et objectifs personnels revêtent une importance indéniable. Ce faisant, nous favorisons le rendement professionnel de ces mêmes employés. Et finalement, à tous les échelons de l’organisation, il nous faut instaurer un climat de respect et de courtoisie entre les personnes.

Si l’obligation de diligence ne commence pas chez nous, où commence-t-elle?

Si vous avez des idées ou des commentaires à formuler relativement à cet article, veuillez les communiquer à Roger Pharand, conseiller principal en matière de valeurs et d’éthique.

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