Cette page Web a été archivée dans le Web.
Les paragraphes qui suivent décrivent les étapes à suivre pour réaliser sur une période de six mois une étude visant principalement à déterminer, le plus clairement possible, les facteurs ou les caractéristiques des délinquants pour lesquels le processus de réinsertion en collectivité est, selon le cas, un « succès » ou un « échec ».
Étape no 1 : Définition de la notion de « réinsertion réussie »
Un délinquant devrait avoir passé au moins cinq ans en liberté conditionnelle totale dans la collectivité pour que sa réinsertion en collectivité soit considérée comme étant un succès. Tel n'est pas le cas d'un délinquant au terme de sa période de semi-liberté, car il est soumis à de nombreuses vérifications ou conditions indépendantes de sa volonté. D'après l'expérience, une période de cette durée est généralement requise pour que la réinsertion du délinquant soit complète et constructive et qu'on juge qu'il contribue à la société. Le critère de « succès » doit toutefois être relativement souple. Ainsi, le fait de ne pas être réincarcéré pour une nouvelle infraction pourrait être considéré comme un succès. De plus, on pourrait ne pas tenir compte de certaines infractions mineures (p. ex., au code de la route) qui ne nécessitent pas une réincarcération. Il faudrait cependant tenir compte des manquements aux conditions de la mise en liberté, en établissant toutefois une catégorie distincte pour les besoins de la recherche. Ainsi, la réinsertion de l'auteur d'un manquement aux conditions ne serait considérée ni comme un succès ni comme un échec, mais le rôle et la nature des manquements aux conditions doivent faire l'objet d'une étude.
Étape no 2 : Examen complet de la documentation
L'examen devrait permettre de comparer la situation du Canada à celle d'autres pays; de dégager les constantes observées par le passé au Canada ou à l'étranger (s'il existe des données à cet égard); de déterminer d'autres caractéristiques ou éléments associés à la réinsertion des délinquants purgeant une peine d'emprisonnement à perpétuité ou de longue durée qui n'ont peut-être pas encore été pris en considération. Il devrait porter uniquement sur la libération des délinquants purgeant une peine d'emprisonnement à perpétuité ou de longue durée.
Étape no 3 : Recherche empirique - collecte et analyse de données
Sommaire de la recherche (conclusions)
La recherche devrait permettre de dégager les facteurs associés au succès ou à l'échec de la réinsertion en collectivité des condamnés à perpétuité et des délinquants purgeant une peine de longue durée. Ces facteurs entrent dans trois catégories :
1) les caractéristiques démographiques, c'est-à-dire les données qui ne changent pas (âge, sexe, race, etc.);
2) les caractéristiques sociologiques, sur lesquelles nous pouvons peut-être influer, comme la santé mentale, l'employabilité, etc.;
3) l'image que les délinquants se font d'eux-mêmes et les éléments qu'ils considèrent comme ayant été les plus importants pour leur retour dans la collectivité.
On pourra ainsi se faire une idée de la situation du délinquant à trois étapes particulières de sa peine, soit à son entrée dans le système fédéral, à sa libération et plusieurs années plus tard.
Chacune de ces catégories devra être analysée dans le rapport final pour permettre de déterminer si les divers ensembles de facteurs sont en corrélation et de préciser leur mode d'interaction. La mise en évidence des facteurs déterminant le succès ou l'échec de la réinsertion constituera le plus important résultat de la recherche.
Intégration des résultats au processus de gestion globale
Le facteur essentiel de l'intégration des résultats de la recherche aux opérations est que la recherche doit être conçue dès le départ en tenant compte de cette exigence, ce que le Groupe de travail a tenté de faire. Les résultats devraient permettre de classer les facteurs qui influent le plus sur le succès de la réinsertion en collectivité des condamnés à perpétuité et des délinquants purgeant une peine de longue durée. Ces résultats devraient également confirmer l'existence de différences marquées entre ce groupe de délinquants et d'autres groupes purgeant des peines de courte durée ou d'une durée déterminée. Les programmes, les politiques et les procédures visant les délinquants qui purgent une peine d'emprisonnement de longue durée ou à perpétuité ne diffèrent guère de ceux qui visent les délinquants purgeant des peines plus courtes et il en est ainsi depuis longtemps. Or, les résultats de la recherche pourraient indiquer qu'ils devraient être différents. Il faudrait porter une attention particulière aux trois éléments suivants :
1) Programmes en établissement et placement pénitentiaire - Lorsque les facteurs les plus importants seront connus, il devrait être possible d'effectuer une meilleure planification correctionnelle pour des catégories ou des groupes particuliers de délinquants. Ainsi, on pourra peut-être découvrir que les méthodes efficaces de gestion des cas ne sont pas les mêmes pour les condamnés à perpétuité que pour les délinquants purgeant une peine de longue durée. Il est possible également de constater que les antécédents criminels constituent un facteur important et qu'il faut peut-être concevoir des programmes différents à l'intention des délinquants qui ont peu d'antécédents criminels ou pas du tout, et de ceux dont les tendances criminelles sont bien ancrées. Les résultats de la recherche devraient également fournir de l'information utile sur laquelle sera fondé le calendrier des interventions de la gestion des peines.
La race, le sexe, l'âge et l'état de santé détermineront les méthodes de gestion et de planification que nous allons adopter à l'égard de certains groupes de délinquants. Si l'on constate que les facteurs qui déterminent le succès de la réinsertion des délinquant diffèrent d'un groupe à l'autre, cette constatation devrait se traduire par l'élaboration d'un éventail de programmes et de politiques pénitentiaires mieux adaptés à chaque groupe.
2) Politiques de mise en liberté - S'il existe une corrélation entre le processus de mise en liberté (libération structurée et progressive ou libération plus rapide en moins d'étapes) et la réinsertion sociale réussie, il convient d'examiner les politiques actuelles pour déterminer si elles sont conformes aux résultats de la recherche. Mentionnons, par exemple, la réticence de la Commission nationale des libérations conditionnelles à octroyer des semi-libertés de type 5 - 2 avant l'admissibilité à la libération conditionnelle totale : la recherche confirmera-t-elle le bien-fondé de l'application de cette politique à tous les types de cas? Peut-être pourra-t-on mieux faire valoir la nécessité d'apporter des modifications à la loi si la recherche révèle que certaines questions n'y sont pas abordées ou qu'elles y sont traitées de façon inadéquate. Ainsi, le délai entre la date d'admissibilité à la semi-liberté et à la libération conditionnelle totale (3 ans) pour les condamnés à perpétuité pourrait ne pas être considéré comme étant un facteur contribuant au succès de réinsertion.
3) Ressources et programmes dans la collectivité - Nous devons savoir quels programmes, services et conditions de vie offerts dans la collectivité ont le plus contribué au succès de la réinsertion des délinquants. L'établissement du plan correctionnel doit également se faire en fonction des résultats de l'étude. Nous devons aussi déterminer s'il y a lieu de recourir à des méthodes particulières pour certains groupes d'âge, les membres de groupes minoritaires ou les femmes. Les personnes qui travaillent auprès des condamnés à perpétuité ou des délinquants purgeant une peine de longue durée dans la collectivité auraient avantage à connaître les résultats de la présente étude dans la mesure où ils s'appliquent aux différents profils des délinquants, ainsi que le succès ou l'échec possible des diverses interventions correctionnelles.
Il est recommandé que le cadre des recherches portant sur les facteurs de la réinsertion en collectivité des condamnés à perpétuité et des délinquants purgeant une peine de longue durée soit établi en fonction du cadre proposé par le Groupe de travail.