Rapport du Groupe de travail sur la sécurité
5.2 RESPECT
Dans un cadre institutionnel, les sous-cultures des détenus et du personnel peuvent être exploitées soit pour favoriser le changement soit pour le prévenir. De fait, une grande partie des changements préconisés dans le présent rapport sont fondés sur le jeu de ces forces.
Aujourdhui, il existe un grand nombre de sous-cultures chez les détenus. La population carcérale de chaque établissement a sa culture dominante et ses sous-cultures. Les sous-cultures des détenus peuvent être positives. Elles peuvent par exemple encourager les détenus à participer aux programmes qui ciblent les facteurs criminogènes pertinents. Dans certains établissements, il existe une sous-culture négative qui complique le fonctionnement des programmes. Le principal problème, évidemment, se retrouve dans les établissements à sécurité élevée. Certains délinquants sidentifient fortement à une sous-culture criminelle au sein de la collectivité, et ils conservent cette appartenance après leur entrée à létablissement. Leur attitude négative face à lautorité alimente une lutte de pouvoir avec le personnel, ce qui perturbe le fonctionnement de létablissement. Le paradoxe, cest quun tel comportement de la part des détenus accroît linsistance du personnel à exercer un contrôle, qui, par le fait même, renforce la sous-culture négative chez les détenus. Un cycle de renforcement négatif sétablit alors, et il est très difficile à briser.
Il est toutefois encourageant de constater que le puissant « code du détenu » négatif des dernières décennies sest considérablement assoupli en raison de nombreux facteurs : limportance accrue des programmes, des occasions plus nombreuses deffectuer des choix personnels, des incitations à participer aux programmes et notamment des possibilités de libération conditionnelle, larrivée dagents de correction de sexe féminin et les interactions du personnel à de nombreux niveaux. Ce que nous pouvons tirer de tout cela, cest que nous avons réussi à apporter des changements considérables à la sous-culture des détenus et que nous navons donc pas besoin de considérer que linfluence de ces sous-cultures échappe à nos moyens de contrôle. Il nous faut simplement veiller à ce que le personnel ait les compétences, lintérêt et la motivation nécessaires pour effectuer les changements qui simposent.
Par ailleurs, il existe de nombreuses sous-cultures au sein du personnel au sein de nos établissements. Le personnel du Service correctionnel du Canada est aussi diversifié que le Canada lui-même. Il comprend les employés de ladministration centrale nationale et des administrations régionales, ceux de toutes les installations de conceptions diverses et de niveaux de sécurité variés, et ceux qui uvrent au sein de la collectivité. Il est formé dagents de correction, denseignants, dinstructeurs datelier, de personnel de soutien, de psychologues, dagents de libération conditionnelle, daumôniers et de bien dautres spécialistes ayant des formations et des expériences diverses.
Le personnel est dans une large mesure responsable de la « culture » du Service, et il est en retour affecté par cette culture. Linfluence quexerce la culture varie, par son intensité et son caractère positif ou négatif, selon les régions, les établissements et les unités de travail.
La valeur fondamentale 3 de la Mission précise :
« Nous estimons que le personnel du Service constitue sa force et sa ressource principale dans la réalisation de ses objectifs, et nous croyons que la qualité des rapports humains est la pierre angulaire de sa Mission. »
Les principes directeurs et les objectifs stratégiques se rapportant à cette valeur fondamentale font ressortir limportance de tous les membres du personnel pour la réalisation de notre Mission.
Ces dernières années, le Service sest efforcé de veiller à ce que le personnel soit plus représentatif de la population canadienne. Larrivée dagents de correction féminins, dAutochtones et de membres de minorités visibles a apporté une contribution positive à la culture du Service.
Le cadre de sécurité idéal repose sur le respect. Nous devons élaborer une « culture du respect » dans lensemble du Service pour espérer réaliser notre Mission. De fait, la Mission exige de nous le « respect de la primauté du droit », et la valeur fondamentale 1 de lénoncé de Mission précise :
« Nous respectons la dignité des individus, les droits de tous les membres de la société et le potentiel de croissance personnel et de développement des êtres humains. »
5.2.1. Une culture du respect
Le Canada, en tant que pays, a bien des motifs de fierté. La caractéristique principale de la culture canadienne est peut-être ce que lon a appelé l« unité dans la diversité ». Le Canada est composé de nombreux peuples distincts les Premières nations, les descendants des premiers colons et les représentants dun éventail de plus en plus large de cultures et dorigines ethniques, de religions, de langues et de coutumes. Pourtant, pour lessentiel, nous présentons au monde entier un modèle de société harmonieuse et soucieuse du bien commun. Le respect est la base de cette harmonie respect les uns envers les autres, respect des différences et respect de la primauté du droit.
Le Service correctionnel du Canada devrait dans une large mesure refléter la société canadienne et ses valeurs et, ce faisant, nous deviendrons un modèle pour la collectivité de la justice pénale, au pays et à létranger. Nous pouvons y parvenir en épousant le concept de « justice réparatrice ». Ce concept est de plus en plus accepté dans de nombreuses régions du monde. Il a récemment été appuyé par la Cour suprême du Canada et fera lobjet de discussions à loccasion dune importante conférence des Nations Unies, lan prochain. Il sagit dun concept qui vient à point nommé. Appliqué intégralement, il aurait un effet considérable sur notre Service pour le personnel, les délinquants et tous ceux qui ont des rapports avec nous.
La justice réparatrice nous offre un nouveau paradigme pour nous attaquer au crime et à la victimisation. Elle reconnaît que lorsquun crime est commis, des personnes en souffrent et quil faut rétablir les choses. En élargissant la définition du crime de façon à englober plus que linfraction, la justice réparatrice encourage la participation volontaire des victimes, des délinquants et de la collectivité à des processus qui ouvrent la porte à l'imputabilité, à la guérison et à la réinsertion du délinquant dans la collectivité. Au cur de la justice réparatrice se trouve le principe du respect un respect véritable pour tous, au moment même où ce respect est le plus difficile : à la suite dun crime. De cette façon, les principes de la justice réparatrice peuvent sappliquer à toutes les interactions humaines, et non pas seulement lorsquun crime a été commis. Le système correctionnel est depuis longtemps reconnu comme une "entreprise humaine" -- compte tenu des nombreuses interactions entre les membres du personnel, entre les délinquants et entre le personnel et les délinquants. Ces interactions sont au cur de notre activité. Il nous faut nous traiter mutuellement avec respect. Lorsquil y a conflit et le conflit accompagne inévitablement les interactions nous devons le régler de façon réparatrice de façon à ce que les individus se sentent respectés.
« Le Service correctionnel est laffaire de tout le monde. Pratiquement chaque interaction personnelle a un effet cumulatif profond sur toute lorga-nisation. »
- Peter Glynn
Les approches de la justice réparatrice ont de nombreux défenseurs au SCC. Cette façon de penser a dabord été adoptée par laumônerie, puis par le personnel et des partenaires extérieurs travaillant à élaborer de nouvelles stratégies pour les délinquants autochtones et les femmes. Les preuves que la justice réparatrice porte fruit se trouvent dans les cercles de soutien, qui ont été mis au point par les aumôniers communautaires et les groupes confessionnels à lintention des délinquants sexuels dont le mandat était expiré. On le retrouve aussi dans les pavillons de ressourcement de la région des Prairies et dans la philosophie sous-jacente aux installations réservées aux femmes purgeant une peine fédérale.
En outre, la Division de la justice réparatrice et règlement des différends a rédigé un document intitulé, Justice réparatrice Cadre de référence (mai 1998), dans lequel on explique de quelle façon les principes et les procédés de la justice réparatrice pourraient influer sur le travail du SCC, y compris toute une section sur la façon dont la pensée réparatrice pourrait contribuer à lavènement de lieux de travail et de milieux correctionnels plus sains et plus sûrs. La même année, les auteurs dun rapport commandé par la Division de laide aux employés, de la santé et de la sécurité ont présenté des recommandations similaires quant aux stratégies de règlement des différends intégrées quil faut mettre en uvre pour que règne le respect dans les lieux de travail.
Entre autres exemples de linfluence que la justice réparatrice exerce déjà sur le fonctionnement du SCC, mentionnons lutilisation de processus décisionnels basés sur le consensus au sein de divers comités nationaux, le recours à des procédés innovateurs pour le règlement des différends dans les établissements, la mise au point de stratégies intégrées de règlement des différends dans de nombreux établissements, la participation du personnel, des délinquants et de membres de la collectivité à des groupes de discussion sur la justice réparatrice.
Pour cette raison, un grand nombre de membres du personnel sont en mesure de donner lexemple de léquité et de la justice aux délinquants qui leur sont confiés. Si les principes de la justice réparatrice sont pleinement intégrés dans notre Service, les personnes qui assurent le leadership à cet égard devront être habilitées à assurer le leadership au SCC.
Recommandation : Que le Service adopte les principes de la justice réparatrice, comme le veut la Mission, à titre de base du changement pour linstauration dune « culture du respect ».
Recommandation : Que soit créée une culture qui aborde de façon positive les conflits, grâce à la définition de procédés de prévention et de règlement des différends fondés sur les principes de la justice réparatrice et ce, pour tous les conflits :
- Différends entre membres du personnel
- Différends entre délinquants
- Différends entre membres du personnel et délinquants
- Différends faisant intervenir dautres participants à notre entreprise
5.2.2. Rôle du SCC à légard des victimes
Par le passé, le SCC navait guère de rôle à assumer relativement aux victimes. La Loi sur le système correctionnel et la mise en liberté sous condition a maintenant confié au Service une responsabilité officielle qui consiste à fournir de linformation aux victimes, sur demande. Il est proposé que le SCC élargisse sensiblement les services aux victimes des délinquants qui lui sont confiés. Le SCC devrait adopter une approche réparatrice qui aide tous les membres du personnel à répondre aux demandes de renseignements des victimes de façon respectueuse, en vue de favoriser le processus de guérison. Cette approche guiderait tous nos contacts avec les victimes, y compris la diffusion de linformation, le renvoi aux organismes de soutien communautaire compétents et (ou) un soutien pour faciliter le processus de justice réparatrice auquel peut participer le délinquant. Le SCC doit saisir les occasions qui se présentent de favoriser les processus de guérison.
Diverses contraintes poussent le SCC à revoir ses rapports avec les victimes, dont le soutien à une redéfinition de son rôle face aux victimes. Un certain nombre de rapports internes et externes, y compris le rapport du Comité permanent de la justice et des droits de la personne et le rapport intitulé Les droits de la personne dans le milieu correctionnel communautaire ont ébranlé la position du SCC dans ce domaine. En réponse, le SCC sefforce actuellement de mettre au point une stratégie destinée aux victimes et qui comprendra des directives.
Pour illustrer leffet de la justice réparatrice sur le travail du SCC auprès des victimes, mentionnons un projet pilote financé par le SCC à Winnipeg. Le projet de réinsertion communautaire réparatrice a été dans une large mesure réorienté à la suite dun exposé sur les préoccupations des groupes de victimes. En utilisant les processus coopératifs et en respectant les opinions des groupes de victimes, le projet sera mieux à même de traiter avec respect les victimes de crimes graves. Les objectifs du programme sont maintenant élargis pour englober les besoins et les points de vue des victimes.
Recommandation : Que le SCC examine à fond ce quil peut faire de plus pour répondre aux besoins des victimes et des collectivités en quête d'aide et de guérison.
5.2.3. Rôle de lagent de correction
Tout au long de lévolution du Service, divers rôles ont été attribués aux agents de libération conditionnelle, aux chefs dunité, aux surveillants correctionnels et à une foule dautres spécialistes. Si une certaine spécialisation est inévitable dans notre société de plus en plus complexe, il ne faut pas oublier que lagent de correction a pour mandat de créer un milieu sûr dans lequel il peut sacquitter efficacement de ses fonctions. Lagent de correction exerce énormément dinfluence et assume dimportantes responsabilités relativement à la culture du lieu de travail. Il est malheureux dapprendre que de nombreux agents de correction ne se sentent pas appréciés, déplorent le peu de latitude qui leur est donné et expriment un sentiment dimpuissance. Il faut trouver des façons de remédier à cette situation afin que les agents de correction soient habilités et appréciés et que, par conséquent, ils éprouvent un sentiment de fierté et destime de soi. Nous croyons que lagent de correction doit être reconnu comme un professionnel en matière de procédures de sécurité, de gestion des personnes et de règlement des différends. Nous sommes davis que ces fonctions forment lessentiel du processus de gestion de cas, et que si lon n'excelle pas à ce niveau les risques en matière de sécurité, de santé et de réinsertion sont tout simplement trop grands. Lagent de correction est notre expert en première ligne. Il a avec les délinquants des contacts essentiels à la réussite (ou à léchec) de lorganisation. Nous sommes convaincus quil faut redéfinir son rôle de façon à reconnaître la valeur inhérente de ses fonctions. Cela dit, il ne faut pas pour autant oublier le rôle des CO2 en matière de rédaction de rapports sur lévolution des cas en vue dun transfèrement ou dune permission de sortir. De fait, nous appuyons tous les efforts visant à renforcer ce rôle. Ce que nous souhaitons souligner sans ambiguïté, cest quil existe un lien naturel entre la sécurité, en particulier la sécurité active, et le processus de gestion de cas. Lun est largement tributaire de lautre.
Nous sommes aussi convaincus que les CO2 ont un rôle essentiel à jouer pour ce qui est du règlement des différends au sein de leur unité. Le CO2 doit être habilité à résoudre des problèmes quotidiens à lunité. Nous nous inspirons de lexpérience des agents de correction du Royaume-Uni à cet égard.
Nous croyons aussi quil est impérieux détablir un système valable et reconnu de sélection et de formation du personnel d'expérience pour quil ait loccasion d'uvrer, en tant que guide et mentor, avec le personnel nouvellement arrivé. Cette mesure favoriserait considérablement les éléments positifs de la sous-culture du personnel.
Recommandation : Que le rôle de lagent de correction soit redéfini en fonction de son rôle essentiel comme professionnel des règles de sécurité, de la résolution de problèmes, des rapports interpersonnels, y compris le règlement des différends, et de la gestion de cas.
Recommandation : Quun système daccréditation soit mis sur pied pour que le personnel expérimenté puisse faire office de guide et de mentor auprès des membres du personnel nouvellement nommés ou promus.
5.2.4. Uniformes
Tous sentendent sur le rôle de luniforme dans la société contemporaine. Dans certains pays, luniforme est porté avec fierté par tout le personnel, à tous les niveaux. Par contre, certains perçoivent luniforme comme un obstacle aux bonnes relations entre le personnel et les délinquants. Quelles que soient les opinions qui ont cours, on sentend généralement pour dire que luniforme actuel devrait être amélioré et que, ce faisant, on contribuerait à relever le moral et lestime de soi.
Recommandation : Quun comité national soit créé, auquel siégeraient des membres du SESG, et quil soit chargé dexaminer luniforme actuel du SCC et la politique qui sy rapporte.
5.2.5. Confiance, valeurs, attitudes et déontologie
Tous les lieux de travail créent une culture qui leur est propre et qui influe sur le comportement du personnel. La culture du lieu de travail peut favoriser un sentiment dappartenance et didentification à lobjectif global de lorganisation ou, au contraire, un sentiment daliénation, si le personnel a limpression de ne pas être respecté, de ne pas être consulté au sujet des changements et de navoir aucun intérêt à légard du succès de lorganisation. On considère que la sous-culture a sur le personnel plus dinfluence dans les milieux correctionnels, en raison de facteurs comme le danger physique, la difficulté de traiter avec une clientèle hostile, les attentes déraisonnables et contradictoires de la part de la population et linterdépendance des membres du personnel en matière de sécurité. Tout cela contribue à un fort sentiment de « solidarité » parmi les employés. Le personnel hiérarchique doit percevoir les surveillants et le personnel administratif comme des membres de la même équipe, qui travaillent pour atteindre des buts communs. Si le personnel peut épouser lobjectif de lorganisation et avoir le sentiment de participer à sa réalisation, il percevra les surveillants comme des facilitateurs et des ressources mises à sa disposition. Si, par contre, il nadopte pas les objectifs de lorganisation, il aura tendance à faire bloc car il percevra les délinquants, la direction et parfois même la population comme des « ennemis ». Ce sentiment daliénation apparaît souvent lorsque la sous-culture des détenus est plus forte. Les deux cultures peuvent sinfluencer et se renforcer mutuellement, au détriment des deux, ce qui entrave lacceptation des valeurs de la Mission.
« Tout ce que nous faisons accroît ou réduit nos chances de parvenir à aider un délinquant. »
- Ken Petersen
Parfois, des membres du personnel font face à un dilemme moral Est-ce quils doivent suivre le groupe en dépit de leurs principes personnels ou sen tenir à leurs propres valeurs, au risque de saliéner le groupe? Lestime de soi et le sentiment de bien-être dun individu peuvent être positivement ou négativement modifiés par la façon dont ce conflit moral est réglé. Il est donc important, dans lintérêt du personnel et des délinquants ainsi que dans lintérêt de lorganisation, détablir un climat où le personnel peut conserver ses propres valeurs morales tout en éprouvant un sentiment dappartenance. Pour ce faire, il faut une certaine force de caractère, et nous devons trouver des moyens daider tout le personnel à cet égard.
« Si vous ne saisissez pas les occasions qui soffrent, le mal lem-portera chez les délinquants. Il ny a pas de moyen terme. »
- Ken Petersen
Recommandation : Que la formation déontologique fasse partie intégrante de la formation initiale et du perfectionnement, pour tous les membres du personnel, afin de mieux faire comprendre les questions déontologiques et les compétences nécessaires pour régler les conflits moraux.
Recommandation : Que chaque unité de travail établisse un processus, un « forum déontologique » par exemple, pour étudier les questions déontologiques et contribuer à créer un climat où les individus seront en mesure deffectuer des choix personnels qui correspondent à notre Mission.
5.2.6. Aider les employés à régler des problèmes personnels et familiaux
Si des employés éprouvent des problèmes personnels et familiaux (p. ex., difficulté à combattre le stress, voir quun membre de la famille a des problèmes, toxicomanie, problèmes conjugaux), ils seront incapables de donner leur plein rendement. Dans lintérêt du personnel, et dans celui de lorganisation, il convient doffrir des services de counselling opportuns et faciles daccès. Des plans daide aux employés sont en place, mais le Groupe de travail croit que ces plans doivent être améliorés pour mieux correspondre aux besoins des employés et de leurs familles. Il faut que le service soit totalement confidentiel, facile à utiliser et gratuit pour lemployé.
Recommandation : Quun programme plus complet daide aux employés et à leurs familles soit offert à tout le personnel, à titre confidentiel et gratuit, et que lon puisse sy adresser spontanément.
5.2.7. Améliorations des installations
Si lorganisation reconnaît la valeur de son personnel, elle sefforcera daméliorer les aires qui lui sont réservées centres de conditionnement physique et de formation, salles de breffage, aires de repas et de travail pour créer un climat propice à la fierté professionnelle et à lestime de soi. Signalons que nous avons trouvé cet aspect mis en valeur dans certains pays où lon considère généralement que linvestissement à cet égard indique clairement au personnel à quel point on lestime.
Recommandation : Que des améliorations soient apportées aux installations existantes ou intégrées aux nouvelles installations, pour le conditionnement physique et la formation du personnel, les breffages, les coins repas et les aires de travail. Des membres du personnel devraient participer au processus de planification.
5.2.8. Habilitation du personnel
Le personnel, à tous les niveaux, éprouve souvent un sentiment dimpuissance. La loi et la politique, ainsi que notre vulnérabilité aux critiques de la population, peuvent faire naître une prudence qui inhibe la créativité et linnovation.
Le personnel doit sentir quon lappuie sil agit de bonne foi, même si les résultats ne sont pas ceux qu'on attendait. Nous devons veiller à ce que la loi et la politique soient connues et respectées. Nous devons aussi indiquer clairement que la loi et la politique nous donnent la latitude nécessaire pour exercer une certaine discrétion professionnelle, et que lesprit dinitiative sera respecté et encouragé.
Dans cette équation, il est important de veiller à consulter et à informer le personnel sur tous les aspects de nos opérations quotidiennes. Les séances dinformation de quart, les réunions et les séminaires du personnel, les discussions officieuses nous devons continuellement chercher à informer le personnel et à le faire participer au processus décisionnel. Notre secteur dactivité ne cesse dévoluer, et cela nous offre de nombreuses occasions de faire participer et dhabiliter tous les membres du personnel.
Un autre aspect a un effet direct sur lhabilitation du personnel, et cest la capacité de prendre des décisions qui se répercutent directement sur la conduite des détenus. Ailleurs dans le présent document, nous avons préconisé la création dunités spécialisées au sein détablissements à plusieurs niveaux. Nous voulons insister ici sur le fait que les unités spécialisées nous permettront de déplacer des détenus assez rapidement vers des unités qui conviennent mieux à leurs besoins. Cette mesure ne nécessite ni transfèrement ni isolement préventif.
5.2.9. Statut demployeur distinct
Le Service correctionnel du Canada est assujetti à la Loi sur les relations de travail dans la fonction publique et à la Loi sur lemploi dans la fonction publique. Ces Lois déterminent lorientation dun large éventail dorganismes qui composent la fonction publique du Canada.
Le Service correctionnel du Canada assume en outre un rôle unique et les gestionnaires voient parfois leur capacité de répondre à des exigences particulières inhibée par les exigences de lois qui sappliquent à tous les autres ministères. Des solutions efficaces dans le contexte propre au Service sont parfois interdites ou extrêmement complexes. Le SCC a, sur la vie dautrui, plus de pouvoirs que la plupart des autres ministères fédéraux. On pourrait soutenir que plus les responsabilités déléguées sont importantes, plus lobligation de l'imputabilité doit être stricte dans une société libre et démocratique. Si la LEFP et la LRTFP conviennent à la plupart des ministères, des exigences spéciales peuvent être justifiées dans le cas du SCC en raison de son niveau de responsabilités sur la vie dautrui. Il se peut que le « statut demployeur distinct » permette au SCC dinstaurer une « culture de la responsabilité » appropriée.
Recommandation : Que le Comité de direction examine la question du statut demployeur distinct pour déterminer s'il y a lieu de l'étudier plus longuement !