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Documents et rapports

Rapport sur les aumôneries communautaires

INTRODUCTION

But

Les aumôneries communautaires ont fait leur entrée dans le secteur correctionnel voici quelques années. Des changements apportés récemment à leur mode de financement leur ont donné une plus grande visibilité.

Le présent rapport est le premier regard global porté sur le programme des aumôneries communautaires. Il expose la nature de ce programme, décrit certaines mesures d'efficacité et présente des recommandations pour améliorer la direction, les mécanismes d'imputabilité et la prestation des services des aumôneries communautaires.

Nous avons préparé ce rapport en fonction de trois groupes d'intervenants particulièrement visés par le programme : les gestionnaires du SCC affectés à sa mise en œuvre, les aumôniers communautaires et leurs conseils de direction relativement à leurs tâches de planification des activités, et les divers groupes confessionnels en ce qui concerne la réinsertion des délinquants dans leurs rangs.

Appui du Conseil du Trésor

Le Conseil du Trésor a accordé au Service correctionnel du Canada (SCC), pour l'année financière 1994-1995, la somme de 500 000 $ en crédits additionnels pour le financement de nouvelles initiatives appelées « aumôneries communautaires ». Cette somme sera ramenée à 400 000 $ en 1995-1996 et à 300 000 $ en 1996-1997. Jusqu'ici, ces initiatives avaient été financées au titre des contributions, mais des compressions avaient compromis cette source de fonds. Compte tenu de la présente situation fiscale, l'octroi de ces fonds nouveaux montre bien que le SCC et le Conseil du Trésor voient ce programme comme capable de contribuer substantiellement aux objectifs du SCC, de l'État et de la société canadienne en général et comme conforme à la manière dont le gouvernement veut fournir ses services.

Dans une présentation au Conseil du Trésor, le SCC disait que « le crime est un problème de société, qu'il faut traiter avec des stratégies d'envergure et à longue portée. Les administrations gouvernementales à tous les niveaux ainsi que les organisations privées et les particuliers doivent assumer leurs responsabilités en la matière et œuvrer en partenariats pour que fonctionne bien une stratégie coordonnée de prévention du crime. (...) Les aumôneries communautaires concrétisent les efforts accomplis par les églises et les organismes confessionnels pour établir un réel partenariat avec le Service correctionnel du Canada en vue d'assurer une réinsertion sans risque des ex-détenus dans la collectivité. »

Renseignements généraux

Le programme a pris naissance en réponse à une question simple et pourtant difficile : « Qui accueillera les ex-détenus et poursuivra le travail entrepris par les aumôniers dans les établissements? » [ Entre Nous, avril 1991, p.8.] De là est née la notion d'aumônerie communautaire, c'est-à-dire d'un ministère qui fasse le lien entre les ressources communautaires et les ex-détenus ainsi que leurs familles. Commencée durant les années 1980, l'initiative n'a pas cessé de grandir, si bien qu'il existe actuellement 23 aumôneries réparties dans tout le pays. Diverses réunions ont été tenues pour encourager et stimuler les aumôniers communautaires dans l'accomplissement de leur tâche. En décembre 1990 a eu lieu à Aylmer, Québec, une réunion de représentants de ces aumôneries venus de Vancouver, Victoria, Calgary, Edmonton, Prince Albert, Saskatoon, Winnipeg, Toronto, Kingston, Montréal, Fredericton, Moncton, Saint-John et Halifax. En 1992, les aumôniers communautaires ont été désignés comme chaînon important d'intervention aux premières lignes de la lutte contre la violence familiale. En juin de cette année-là, ces aumôniers se sont réunis à Aylmer, Qué., pour un stage de formation. La plupart des aumôniers communautaires ont assisté à des réunions régionales tenues à l'intention des aumôneries institutionels et ils ont également assisté aux deux dernières conférences triennales nationales des aumôniers du SCC.

Méthode suivie

Nous avons rendu visite à toutes les aumôneries communautaires. Nous y avons rencontré l'aumônier et des représentants du conseil de direction de l'aumônerie. Nous avons également assisté à certaines des activités de ces aumôneries. Bien souvent, nous avons eu des consultations avec des représentants des bureaux locaux de libération conditionnelle et nous avons obtenu des renseignements des aumôniers régionaux responsables de l'administration des contrats.

Même si nous avons rendu visite à toutes les aumôneries communautaires, nous avons décidé de ne pas faire état de chacune dans notre rapport. L'aumônerie communautaire de Coverdale (pour les femmes) a récemment fait l'objet d'une évaluation globale réalisée par Margaret Shaw, aux termes d'un contrat passé avec le Secrétariat du ministère du Solliciteur général. La ligne Contact Helpline, qui fait l'objet d'un petit contrat avec la région de l'Ontario, a été étudiée dans le cadre de l'aumônerie communautaire de Toronto.

Les questions clés se sont précisées à mesure que nos recherches avançaient. Les questions posées aux aumôneries quand nous avons commencé nos visites ont changé en cours de route. Le rapport a pour but de présenter une vue d'ensemble du programme et de définir des repères pour servir à la planification et à des évaluations futures.

Dans certaines parties du rapport, nous avons jugé commode de désigner les aumôneries par des codes [ Ces chiffres sont basés sur les codes financiers en usage au SCC pour chaque région : 200 pour la région de l'Atlantique, 300 pour le Québec, 400 pour l'Ontario, 500 pour la région des Prairies et 800 pour la région du Pacifique.] , dont la clé est donnée au tableau suivant :

codes financiersnoms
2001 St. John's Community Chaplaincy, Terre-Neuve. En association avec le Conseil chrétien de réconciliation.
2002 Halifax Community Chaplaincy, N.-É. Un projet de Metro Christian Prison Volunteers.
2003 Tri-County Community Chaplaincy. Un projet de Daybreak Prison Ministries, New Glasgow, N.-É.
2004 Community Chaplaincy for Ex-Offenders, Sydney, N.-É.
2005 Coverdale Community Chaplaincy, Halifax, N.-É.
2006 Charlottetown Community Chaplaincy, Î.P.-É.
2007 Community Chaplaincy for Ex-Offenders, Moncton, Inc.
2008 Saint John Community Chaplaincy, N.-B.
2009 Fredericton Community Chaplaincy, N.-B.
2010 Action Ministries, Seal Cove, Grand Manan, N.-B.
2011 Community Chaplain, Kingston, N.-É.
3001 Entrée Libre, Maison de ressourcement pour ex-détenus, Montréal, Qc.
4001 Toronto Community Chaplaincy, Ont.
4002 The Bridge, Hamilton, Ont.
4003 Project Reconciliation, Kingston, Ont.
4004 Contact Helpline, Toronto, Ont.
5001 Community Ministry with Ex-Offenders (C.M.E.O.), Winnipeg, Man.
5002 Community Chaplaincy of Saskatoon, Sask.
5003 Prince Albert Community Chaplaincy, Sask.
5004 Edmonton Community Chaplaincy, Alb.
5005 Bridge Ministries, Calgary, Alb.
5006 Red Deer and District Community Chaplaincy, Alb.
8001 Victoria Community Chaplaincy, Alb.

Les groupes confessionnels et le système de justice pénale

Les groupes confessionnels se sont toujours préoccupés des questions de justice en général et de justice pénale en particulier. Nombre d'auteurs ont montré que le progrès d'un système de justice pénale était solidaire d'une bonne compréhension, par les groupes confessionnels, de la nature de la justice et de la collectivité. L'histoire abonde en exemples remarquables de groupes confessionnels voués à la réinsertion des ex-détenus dans leur milieu et dans la société en général. Autrefois, les membres de l'ordre des Trinitaires s'offraient en rançon pour la libération des prisonniers. Les Quakers ont énormément contribué à la théorie pénitentiaire contemporaine et s'appliquent encore activement à son progrès. L'Armée du Salut a toujours œuvré auprès des prisonniers, pendant et après leur détention. Les Mennonites ont fait un travail de pionnier en matière de visites et de justice réparatrice.

Le gouvernement canadien partage depuis longtemps avec les organismes confessionnels les coûts d'un grand nombre d'initiatives de ce genre.

Dans les milieux confessionnels, des intervenants importants se font les défenseurs du développement social. Au Canada, le Conseil des églises pour la justice et la criminologie [Voir par exemple Update/À jour , automne 1994, « Youth Justice: A Better Direction for our Country »; ibid ., printemps 1994: « The churches and Criminal Justice: The Challenge »; L. Berzins:« Is Legal Punishment Right? », CCJC, 1993.] est à l'avant-garde de ceux qui préconisent une conception de la prévention du crime qui soit axée sur le développement social. John Perkins [John M. Perkins. The Concept of Christian Community Development , Fondation John M. Perkins, 1581 Navarro Ave., Pasadena, CA 91103 (non daté). Le rév. Perkins a dirigé une conférence sur le développement communautaire en octobre 1994 pour les membres de la communauté confessionnelle de la région de Toronto. (Renseignements recueillis lors de cette conférence.)] , qui a été conseiller de deux présidents des États-Unis en matière de lutte contre la pauvreté et qui a œuvré avec succès comme animateur de développement communautaire auprès des Autochtones de Mendenhall, Jackson et Northwest Pasadena, énonce en matière de développement communautaire les principes suivants : répondre aux besoins perçus, inclure dans le mandat spirituel l'action sociale, les questions économiques et les questions de justice, vivre parmi les pauvres, intégrer les gens au groupe confessionnel dans un esprit de réconciliation, redistribuer les ressources de manière à permettre aux pauvres de se réaliser, promouvoir la formation de responsables locaux qui resteront dans le groupe et tout faire dans le cadre d'un groupe confessionnel enrichissant. L'initiative des aumôneries communautaires est nouvelle en ce sens qu'elle vise expressément à faire le pont entre ceux qui œuvrent spirituellement pendant la détention et ceux qui le font après la mise en liberté. Elle offre la possibilité de mobiliser un vaste réseau de relations bienveillantes, caractéristique des groupes confessionnels. Certaines des aumôneries communautaires actuelles ont été fondées avant que le gouvernement commence à aider financièrement ce type d'initiative. D'autres ont vu le jour après, mais toutes ont les mêmes raisons d'être et offrent des avantages similaires.

L'investissement de l'État

La plupart des fonds octroyés par l'État aux aumôneries communautaires étaient à l'origine puisés dans l'enveloppe des contributions. Pour les années 1992-1993 et 1993-1994, les crédits versés à ces aumôneries au titre des contributions se sont répartis comme suit [ Les aumôneries communautaires de Moncton, Saint-John, Fredericton et Toronto étaient alors financées par le budget de fonctionnement et d'entretien et ne sont pas comprises dans ces chiffres.] :

Région 1992-93 1993-94
Atlantique 46 000 $ 41 400
Québec 15 000 13 500
Ontario 17 000 15 300
Prairies 73 800 65 777
Pacifique 0 0

Les nouveaux crédits accordés aux aumôneries communautaires stabilisent leur financement pour une période de trois ans, ce qui a libéré le reste du budget des contributions pour d'autres initiatives. Pour financer les aumôneries communautaires, les régions du SCC ont reçu les crédits de fonctionnement et d'entretien ci-après (le tableau présente également les sommes prévues pour 1995-1996) :

Région 1994-1995 1995-1996
Atlantique 150 000$ 140 000
Québec 55 000 40 000
Ontario 70 000 60 000
Prairies 140 000 130 000
Pacifique 30 000 25 000
AC (r-d) 55 000 5 000

Appréciation

Les personnes qui œuvrent dans les aumôneries communautaires méritent notre gratitude pour leurs services, qu'elles dispensent avec bienveillance et persévérance. Il y a parmi ces gens de nombreux bénévoles (dont certains sont des employés du SCC), des ex-détenus résolus à aider leurs semblables, sans oublier les membres des conseils de direction de ces aumôneries et, bien entendu, les aumôniers eux-mêmes. À Winnipeg, Byron a abandonné, il y a des années, le confort de sa charge pastorale pour œuvrer auprès des ex-détenus défavorisés, réduisant ainsi de beaucoup son revenu personnel. Au Nouveau-Brunswick, Zane a récemment mis son bateau de pêche au nom d'une autre personne afin de pouvoir rester à terre pour aider les ex-détenus au besoin, tout en permettant à son bateau de continuer à prendre la mer. À Victoria, Judi et Marv continuent d'œuvrer dans ce type de travail après une vie entière au service des défavorisés. À Montréal, Claude, un employé du SCC, a pris sa retraite par anticipation pour faire du travail pastoral auprès des ex-détenus, réduisant de beaucoup son revenu. À Edmonton, Laurie a mis la main sur l'épaule d'un client à forte carrure qui menaçait de s'attaquer à tous ceux qui étaient sur les lieux et l'a reconduit avec amour jusqu'à la porte, pour que puisse se poursuivre l'importante réunion qui était en cours.

CONCLUSIONS DE L'ÉTUDE

Appui du public

On aurait pu penser que les aumôniers communautaires devaient œuvrer dans un climat hostile. L'opinion publique est actuellement défavorable aux détenus et aux ex-détenus. « Le nombre de détenus dans les établissements fédéraux est de plus en plus élevé et les peines sont plus longues, ce que souhaitent les Canadiens. » [Le commissiaire John Edwards, Entre Nous, v ol. 19, no 4, décembre 1994.] Des mesures législatives récentes favorisent un allongement de la durée des peines. La libération conditionnelle est moins souvent accordée. De plus en plus de détenus sont mis en liberté à la date d'expiration du mandat. Le réseau des services sociaux est lourdement grevé par les compressions budgétaires et l'accroissement de la demande en services. Les détenus mis en liberté sans surveillance ou sans l'avantage d'un foyer de transition peuvent se retrouver dans une situation très difficile. L'ex-détenu qui cherche de l'aide trouve peu de voix amies. Mais on constate que l'inverse se produit aussi. Les aumôneries communautaires sont vues par le public comme une initiative très valable. Les médias leur donnent des comptes rendus favorables. Lors du défilé de Noël dans le comté de Pictou, auquel ont assisté des milliers de spectateurs [The Evening News , 21 novembre1994, p.3], le char allégorique patronné par le Daybreak Prison Ministry de New Glasgow a remporté le prix du char le plus original et celui du meilleur thème religieux. On pourrait difficilement demander un meilleur appui. À Edmonton, capitale d'une province qui n'est pas particulièrement connue comme pro-socialiste, des politiciens viennent parfois à l'aumônerie communautaire pour connaître une autre facette du monde actuel.

Objectifs / Raison d'être

Les aumôneries communautaires ont une raison d'être qui peut s'entendre de trois manières.

Premièrement, la prévention du crime et le maintien de la paix dans la collectivité exigent de tenir l'ex-détenu loin de la rue quand il y a danger de récidive. Certains aumôniers communautaires consacrent une partie de leurs efforts à organiser des activités pour tenir les ex-détenus occupés, dans un lieu sûr. Les centres de jour, les lieux où ils peuvent aller boire un café, les activités du soir et les excursions de camping se prêtent bien à cet objectif.

Par ailleurs, la prévention du crime et le maintien de la paix dans la collectivité exigent que soient définis certains besoins et que l'on y réponde. Si les besoins sont bien définis, leur satisfaction peut permettre à l'ex-détenu de fonctionner positivement dans la collectivité. La collectivité et lui ont des besoins à satisfaire. L'ex-détenu a besoin d'une éducation et d'une formation pour fonctionner dans la collectivité. On peut offrir au délinquant (et à sa famille) divers services, p. ex. counseling individuel, groupes de soutien et de croissance personnelle, activités de loisirs, offices religieux, services directs, intervention (pour les vêtements, le logement, les aliments, l'emploi, les services juridiques, l'assistance sociale, etc.). La collectivité (y compris la famille du délinquant) doit apprendre comment intégrer l'ex-détenu dans ses rangs et doit travailler à éliminer la pauvreté et les conditions d'exploitation qui font voir sous un jour attrayant une réponse criminelle à ces situations. Tous les aumôniers communautaires offrent des activités dans le cadre du «Dimanche du prisonnier et de la prisonnière» et prennent la parole, à l'occasion, devant des groupes de la collectivité.

Vue sous un autre angle, la raison d'être des aumôneries communautaires est centrée sur les relations. Certes, les relations occupent une place importante dans les deux points de vue susmentionnés, mais ici, elles sont primordiales. Les gens qui œuvrent dans cette optique parlent d'édification de la collectivité et de réconciliation. Les besoins sont ici satisfaits dans le cadre de la collectivité plutôt que par l'intermédiaire d'un fournisseur de services opérant de l'extérieur [John McKnight, directeur d'un programme d'études communautaires à l'Université Northwestern de Chicago, énonce divers effets secondaires nocifs que peuvent avoir des fournisseurs de services sur un groupe donné (à l'instar d'un médicament sur une personne): les intéressés finissent par être connus pour leurs déficiences plutôt que pour leurs talents, l'argent va aux dispensateurs du service et non aux personnes dans le besoin, l'exercice actif des devoirs de citoyen recule devant la compétence professionnelle et enfin, les services se regroupent pour former des environnements globaux. (Propos tenus sur les ondes de la CBC, lors de l'émission Ideas des 3, 10 et 17 janvier 1994.) Les nouveaux types de partenariats que l'État cherche à établir cherchent à tenir compte de ces énoncés.] . Tant l'ex-détenu que la collectivité victime de ses agissements criminels reconnaissent consciemment le tort causé par les crimes commis (ce qui permet par la même occasion de prendre conscience d'autres situations de victimisation antérieures), pansent la plaie le mieux possible et passent à une nouvelle étape de leur vie ensemble. Bien des collectivités sont devenues des foyers de colère, en partie à cause de la criminalité, et semer la paix est leur faire un don précieux. Une collectivité qui cultive la réconciliation ouvre la porte à des rapports bienveillants qu'elle peut établir, de manière à ce que les délinquants et ceux qui œuvrent auprès d'eux puissent profiter de la force intérieure et de la bienveillance de ses membres. Les relations bienveillantes ouvrent les portes à une pratique de la justice et de la réconciliation. Les aumôneries communautaires qui adoptent cette perspective consacrent beaucoup de temps à l'établissement de relations. Les aumôneries communautaires se concentrent sur différentes priorités, qui reflètent dans une certaine mesure leur manière d'interpréter leur raison d'être. Il est utile de comparer les efforts qu'elles consacrent à leurs activités, par rapport à ceux qu'elles consacrent à l'édification et à l'entretien d'une vaste gamme de relations.

Recommandation 1: Que les aumôniers communautaires, les membres des conseils de direction des aumôneries et divers interventants-clès, y compris des représentants des bureaux de libération conditionnelle se réunissent pour préciser les diverses façons de comprendre la raison d'être d'une aumônerie communautaire et pour réfléchir sur ce qui en découle pour le travail de l'aumônerie.

Activités

Les aumôneries communautaires offrent à des clients variés un vaste éventail d'activités à des moments importants de leur vie.

Les groupes cibles sont les détenus, les ex-détenus, leurs conjoints (de droit ou de fait), leurs familles, la collectivité, leurs victimes ainsi que les jeunes à risque. Dans le cas des victimes et des jeunes à risque, on n'en est encore qu'au stade de la conception, dans quelques aumôneries seulement, mais ces deux groupes correspondent bien à la raison d'être de ces aumôneries.

Certaines aumôneries communautaires ciblent un groupe plutôt qu'un autre en raison d'une compétence particulière en ce domaine, de dons spéciaux ou pour d'autres raisons. Deux collaboratrices d'une aumônerie œuvrent auprès des familles par choix, ce qui est aussi le cas d'au moins deux collaborateurs. Certaines aumôneries récentes (et plus petites) concentrent pour le moment leurs efforts sur les détenus, cherchant à établir avec eux une relation qui puisse se continuer après qu'ils auront recouvré la liberté. Une aumônerie communautaire œuvre auprès des jeunes à risque, domaine qui se rattache au but initial ayant présidé à sa fondation, soit bien avant qu'elle ait commencé à recevoir de l'aide de l'État. Une autre s'est mise à œuvrer auprès des victimes après une rencontre de l'aumônier avec un groupe de victimes.

Le moment où l'activité à lieu, dans le cycle correctionnel du délinquant, est un facteur important à considérer. L'activité peut avoir lieu en prison peu de temps avant la mise en liberté, ou au moment de la mise en liberté (à un ou deux jours près), ou encore durant la période de surveillance (liberté conditionnelle ou liberté surveillée), ou bien après la date d'expiration du mandat.

Le travail auprès des conjoints et des familles se fait tout au long du cycle correctionnel et les besoins varient durant cette période. Le travail auprès des ex-détenus après la date d'expiration du mandat est de plus en plus important et de plus en plus exigeant. Les autorités correctionnelles sont conscientes du risque que comporte la mise en liberté de certains détenus à la date d'expiration du mandat quand il n'existe pour eux aucune possibilité de soutien ou de surveillance dans la collectivité. Elles sont heureuses de l'aide que peut leur offrir une aumônerie communautaire. La mise en liberté de certains détenus est entourée de beaucoup de publicité et les risques d'échec ont une incidence sur le travail d'une aumônerie.

Il existe plusieurs catégories d'activités : counseling, travail de groupe, centres de jour, aide directe, offices religieux, action d'intervention, éducation communautaire et travail en établissement.

La formation des bénévoles est une forme importante d'éducation communautaire. À Saint-John's (Terre-Neuve), cette activité a été un facteur clé pour vaincre la résistance à l'ouverture d'un CCC dans la ville. C'est une activité qui exige de l'énergie et beaucoup de détermination. Une fois formés, les bénévoles assument un rôle dirigeant dans les activités de l'aumônerie et sont en mesure de conclure des alliances dans leurs milieux respectifs. Certains bénévoles sont aussi d'anciens détenus. À Kingston, des bénévoles font partie du personnel : certains sont d'anciens clients, d'autres des employés de bonne volonté. Certains bénévoles assument des tâches bien définies pendant une durée déterminée, sans rémunération.

Le tableau ci-après énumère les activités accomplies dans l'ensemble des aumôneries communautaires, par catégories. Les activités sont choisies par les aumôneries en fonction des besoins perçus chez les clients et de la capacité de l'aumônerie à les dispenser. Aucune aumônerie n'offre toutes les activités énumérées. On trouvera la liste des activités de chacune dans la deuxième partie. Certaines aumôneries se concentrent sur un nombre restreint de clients; tandis que d'autres sont en mesure d'offrir un éventail plus étendu d'activités. En général, ce sont les aumôneries constituées en réseau avec d'autres organismes qui peuvent offrir le plus vaste éventail d'activités. On ne peut pas toujours dire qui, de l'aumônerie ou des organismes du réseau, conduit telle ou telle activité, mais pour les dirigeants et les bénéficiaires, cela n'a pas d'importance. 'activité est disponible et l'aumônerie y participe étroitement.

Liste des activités
  • Counseling
  • Éducation communautaire
  • Travail de groupe
  • Centres de jour
  • Offices religieux
  • Travail en établissement

Recommandation 2:Que les aumôniers, les membres des conseils de direction et les dirigeants clés des aumôneries tiennent compte de cette liste quand ils planifient leurs activités.

Recommandation 3:Que soit dispensée une formation aux bénévoles de manière à ce que les programmes qui donnent de bons résultats (programme « Overcomers », « Faire face », prévention des rechutes, préparation à la vie active, etc.) soient davantage utilisés.

Recommandation 4: Que les aumôniers communautaires soient informés de la stratégie correctionnelle qu'il adoptée le SCC pour faire concorder les programmes avec les besoins des délinquants.

Maillages

Les aumôniers communautaires sont en mesure d'établir des relations là où d'autres organismes pourraient avoir de la difficulté à le faire. Les gens qui évoluent dans une optique spirituelle, s'ils ne sont pas exempts de toute critique, sont ordinairement perçus comme des artisans de paix et de sécurité. Ce « préjugé initial d'artisan du bien » facilite les efforts accomplis pour établir des relations étendues.

Les aumôneries communautaires ont accès au milieu confessionnel, soit à tout le moins au groupe confessionnel dont le l'aumônier est membre. Mais bien souvent, leur activité déborde de beaucoup ce cadre, s'étendant à divers groupes, p. ex. coalitions, organismes d'églises sœurs ou organisations paraconfessionnelles. L'aumônerie communautaire de Toronto a parrainé une conférence sur le thème « La foi et le crime » pour permettre un dialogue entre le plus grand nombre possible d'intervenants dans le secteur confessionnel. L'accès dont bénéficient les aumôneries communautaires s'étend même à certains milieux confessionnels qui diffèrent radicalement du leur. L'aumônier communautaire de Toronto (qui est de confession baptiste) a trouvé un accueil chaleureux chez les dirigeants de la communauté musulmane parce qu'ils se sont sentis une volonté spirituelle commune à œuvrer pour les défavorisés.

La « filière spirituelle » permet également aux aumôneries de nouer des relations dans le secteur industriel (souvent par l'entremise d'un membres du conseil de direction de l'aumônerie). De cette façon, on augmente les chances de trouver de l'emploi aux ex-détenus, donc de les intégrer au monde du travail.

Les aumôniers communautaires ont également accès aux détenus et aux ex-détenus grâce à leurs relations avec les aumôneries des établissements pénitentiaires ou, mieux encore, grâce à la publicité qu'on leur fait de bouche à oreille. À New Glasgow, N.-É., Ray, lui-même un ancien détenu, tient un énorme dépôt de vêtements fonctionnant à plein temps pour les familles des détenus et des ex-détenus. Ses clients ont confiance en lui et estiment qu'il comprend leurs besoins.

Les aumôneries communautaires ont divers accès à des organismes publics et parapublics où ils peuvent intervenir en faveur des besoins de leurs clients. Des politiciens albertains (ordinairement très conservateurs) viennent à l'aumônerie communautaire d'Edmonton pour connaître une autre facette du monde actuel. L'aumônerie de Calgary a de si bons rapports avec la police qu'elle a pu trouver un policier pour calmer un délinquant sexuel qui était en liberté depuis sa DEM et lui présenter un autre aspect de la police. Ce délinquant était dans une colère rageuse et sur le point de récidiver à cause du traitement que lui avait infligé un autre agent de police.

L'aumônerie communautaire d'Edmonton, fortunée de compter dans son personnel des gens qui s'y connaissent en informatique, est tellement convaincue de l'importance de relier en réseau les groupes confessionnels et autres œuvrant en matière de justice pénale qu'elle a mis au point un logiciel qui aide ces organismes à communiquer par courrier électronique.

Les aumôneries qui ont peu de relations avec l'extérieur perdent un précieux moyen d'action pastorale et se privent de l'une des ressources les plus importantes qui soit à leur disposition. Nous donnons ci-après une liste nombreuse de relations ou de maillages établis dans le cadre du programme. On trouvera à la deuxième partie la liste pour chaque aumônerie.

Exemples de maillages établis par les aumôneries communautaires

SECTEUR PRIVÉ

Milieu confessionnel

• Églises, synagogues, mosquées, etc.:Église catholique, Armée du Salut, Mennonites, Église unie du Canada, Église anglicane, Église morave, Pentecôtistes, Groupes baptistes, Vineyard Christian Fellowship, New Life Christian Center, Christianview Church, Evangel Temple, Community Christian Organization, Church of the Nazarene, Alliance chrétienne et missionnaire, Église presbytérienne, Community Churches, Evangelical Fellowship of Canada, Église évangélique luthérienne au Canada, Église méthodiste, Conseil des imams, Cornerstone Free Church, Mustard Seed Churches,

• Organisations paraconfessionnelles

Gedeon Bible Society, Coalition of Prison Evangelists, Coverdale Community Chaplaincy (pour femmes), 700 Club, Daybreak Prison Ministries, Cons for Christ, Women in the Shadows (WITS), Cursillo movement, The Bridge Brampton, Connecting Link, Broken Shackles, Vision mondiale, Divers médias (Catholic Register, Canadian Baptist, Christianity Today), Wesley Urban Ministries, Canadian Christian Festival, Saskatoon Native Circle, Edmonton Center City Church Corporation, M2W2, Services sociaux catholiques, Community Justice Ministries, , Christian Motorcyclists,

• Coalitions: Conseil chrétien de réconciliation, Ministères locaux, Autres aumôniers communautaires, Conseil des églises pour la justice et la criminologie, Comité de la semaine des prisonniers, Groupe de travail sur la foi et le crime, Baptist Urban Ministers, Toronto Inner City Ministries, Women Elders.

• Groupes individuels: Groupes de prière. Médecin qui dispense des conseils et fournit des locaux.

Ex-détenus: Services fournis par des ex-détenus dans certaines organisations.

Organismes sans but lucratif:Sociétés John Howard, Hope Fondation, Harbour Light, YMCA, Légion canadienne, Trillium Foundation, Hamilton Foundation, Seventh Step Society, Sociétés Elizabeth Fries, Bridge House, Lifers' In-Reach Program, Foyers de transition, AA, NA, EAA, Friendship Inn, Centre culturel des aborigènes Métis, Conseil tribal, Excalibur, Society for the Retired, Banques d'alimentation, Dépôts de vêtements, Maison Tearman (pour femmes violentées), Centraide, Centres de détresse-secours, Garderies d'urgence, Services de counseling pour les Autochtones, Edmonton Community Preparation and Integration Project, Club Optimiste, Elks.

Établissements d'enseignement: Université Acadia, Université du Nouveau-Brunswick, Université de Moncton, Écoles locales, Queen's Theological College, Association canadienne pour la pratique et l'éducation pastorales, Projet « Alternatives à la violence ».

Industrie: Quality Dry Cleaners, BFI Waste Disposal, Sobeys, MacHomes Trucking, Fishing Boats, les câblodistributeurs, City TV, le journal Spectator de Hamilton, Reimers Trucking, Winner Industries, J&H Enterprises, Flexicost, Rhode Construction, Marlborough Inn, Precision Digital Imaging.

SECTEUR PARAPUBLIC

Établissements de soins de santé: Infirmiers et infirmières de santé publique, Alternatives en santé mentale, Programmes pour les conjoints, Hôpital de l'Alberta, Hôpital Royal Alexander, Centre Calder (pour alcooliques et toxicomanes), Poundmakers Lodge, Calgary Urban Project Society.

SECTEUR PUBLIC

Police: Edmonton, Calgary, Moncton.

Services sociaux: Aide juridique, Assistance sociale, Interval House, Bien-être de l'enfant, Société de protection de l'enfance.

Développement des ressources humaines - Centres d'emploi

Conseils municipaux: Comité d'action sociale, Bureau de bénévolat.

Établissements correctionnels (SCC et autres): Divers centres de détention provinciaux et divers pénitenciers fédéraux.

Services correctionnels communautaires (SCC et autres): Bureaux fédéraux et provinciaux de libération conditionnelle, Centres correctionnels communautaires, Établissements résidentiels communautaires.

Recommandation 5: Que les aumôniers communautaires, les membres des conseils de direction et les dirigeants clés des aumôneries examinent les maillages qui les relient à l'ensemble de la collectivité pour voir s'il n'y aurait pas lieu de les élargir, de les concentrer ou de les réactiver.

Recommandation 6: Que le SCC encourage les aumôneries communautaires à participer au système ENABLE de courrier électronique en voie d'élaboration à l'aumônerie communautaire d'Edmonton.

Considérations financières

En plus des sommes que leur verse le SCC, les aumôneries communautaires reçoivent des fonds du secteur privé et, en certains cas, d'autres administrations gouvernementales. Elles bénéficient également d'un volume substantiel d'apports en nature, sous forme de travail bénévole ou par l'entremise de leurs maillages avec divers autres organismes dont l'activité touche de près à la mission des aumôneries communautaires.

Les revenus provenant du SCC se conjuguent bien aux ressources fournies par le secteur privé pour permettre toute une série d'activités destinées aux ex-détenus, comme le montre de façon frappante le graphique ci-après [Ces données sont fondées sur les chiffres fournis par les aumôneries (quand ils existaient) et sur les estimations des aumôniers quant aux apports en nature de diverses sortes. Voir les données détaillées à l'appendice.] .

Recommandation 7: Que des représentants des aumôneries communautairesse réunissent pour élaborer une stratégie de financement à long terme. Le graphique suivant est plus détaillé. Il montre les autres sommes reçues par les aumôneries, une estimation des prestations en nature de l'aumônier (temps et rémunération de l'aumônier comparés à la rémunération d'un aumônier d'établissement pénitentiaire), le travail fourni par les bénévoles (estimé à une moyenne de 10 $ l'heure), la valeur des autres dons en nature, (p. ex. locaux gratuits ou loyers subventionnés, aliments, vêtements, meubles, etc.) et enfin les avantages que retire l'aumônerie communautaire de ses alliances avec d'autres organisations.

La clientèle

On obtient une autre perspective du bien que peuvent faire les aumôneries communautaires si l'on examine leur clientèle. Mais cette clientèle n'est pas facile à décrire. Tous les aumôniers communautaires tiennent des registres, mais leur nature varie d'une aumônerie à l'autre. L'une consigne le nombre total des rencontres effectuées, une autre le nombre d'heures de travail fournies, une troisième les diverses activités parrainées, etc. Cette diversité n'a pas de quoi surprendre, car il n'est pas facile de préciser les éléments à considérer quand on veut étudier la clientèle des aumôneries communautaires.

Chaque aumônerie reçoit des clients sur une base régulière et d'autres sur une base occasionnelle, ce qui donne une approche quantitative. Mais le sens de ces termes dépend de celui qui tient le registre. « Régulièrement » peut signifier une fois par semaine, deux fois par semaine, voire deux fois par mois; « occasionnellement » peut aussi bien signifier une fois par semaine qu'une fois par année. Il n'y a pas d'uniformité dans la façon dont les aumôneries consignent la fréquence des rencontres. Certaines aumôneries introduisent un élément qualitatif en distinguant entre rencontre significative et rencontre « en passant ». Dans le premier cas, la rencontre implique une relation où l'ex-détenu a bien saisi sa situation et amorcé un changement. Une rencontre « en passant » implique que ce type de relation n'existe pas encore, mais la rencontre concourt néanmoins à développer la confiance nécessaire à toute relation importante. Là encore, la subjectivité de chaque évaluation rend la comparaison difficile d'une aumônerie à l'autre. Il serait intéressant de savoir combien de clients sont visés par ces rencontres en l'espace d'un an. Aucun des aumôniers visités ne tenait ce genre de statistique. Chaque aumônier pouvait faire une analyse raisonnable de la « charge de travail » assumée par l'aumônerie à un moment donné, mais aucun ne se sentait assez sûr pour l'extrapoler sur une année entière. Certaines rencontres régulières se répètent pendant trois mois, tandis certaines rencontres occasionnelles se renouvellent sur plusieurs années. En outre, il arrive souvent que la rencontre soit présidée par quelqu'un d'autre que l'aumônier. Les aumôneries communautaires ne sont pas que des organismes dans et de la collectivité : elles sont elles-mêmes de petites collectivités où bien d'autres personnes sont susceptibles d'établir une relation avec un client. Cela tient aux nombreux maillages qui relient les différents projets et au rôle important que jouent les bénévoles et les familles des clients. Ces rencontres ne sont pas consignées. Leur dénombrement serait utile pour évaluer l'efficacité des projets. Il serait intéressant de savoir combien de détenus compte la clientèle des aumôneries communautaires (car un grand nombre des rencontres ont lieu en prison), combien de clients font l'objet d'une surveillance judiciaire extra-carcérale, combien ont dépassé la date d'expiration du mandat et combien purgent ou ont fini de purger une peine sous responsabilité fédérale ou sous responsabilité provinciale. Il serait intéressant aussi de connaître le profil des ex-détenus qui bénéficient le plus de ces aumôneries communautaires, si tant est que ce type de profil existe. Enfin, il serait intéressant de savoir combien parmi les clients sont des membres de la famille du délinquant et quelle est leur répartition (parents, conjoints, enfants). Une partie de la clientèle d'une aumônerie communautaire se compose de personnes qui ne sont ni des détenus, ni des anciens détenus, ni des membres de leur famille. Il s'agit des membres des groupes confessionnels locaux et des citoyens en général, sur lesquels est axé le travail d'éducation communautaire des aumôneries. Compte tenu de ce qui précède, une analyse adéquate de la clientèle des aumôneries communautaires devrait faire l'objet d'une étude distincte. On peut se faire une idée de la clientèle potentielle des aumôneries en considérant les données qui suivent. Mais ce sont des données qui procèdent de mesures contestables, d'hypothèses hésitantes et de définitions floues. Dans les huit aumôneries communautaires qui ont accepté d'estimer leur clientèle, les rencontres régulières ou occasionnelles avec les détenus, les ex-détenus et les membres de leurs familles représentaient au total environ 4 375 personnes. En faisant une moyenne et en extrapolant pour les 23 aumôneries communautaires, on obtient une clientèle totale de 12 600 personnes.

Recommandation 8: Que les équipes de gestion des aumôneries communautaires recommandent des lignes directrices concernant la collecte de données sur la clientèle du programme.

EXPOSÉ

Une occasion unique

La double relation qui rattache une aumônerie communautaire à son groupe confessionnel et à la mission du SCC représente une occasion unique. Le mandat spirituel d'une aumônerie est une clef qui ouvre bien des portes. Il est bien reçu même par des organismes confessionnels différents de celui de l'aumônier et par des gens (p. ex. dans certains groupes de victimes) qui, sans être nécessairement définis ou engagés sur le plan spirituel, interprètent l'engagement spirituel de l'aumônerie comme une garantie de respect de la personne. Une compréhension éclairée et sympathique du rôle de maintien de la paix dévolu au SCC peut aider ces groupes à collaborer plus efficacement.

Les partenariats avec l'État

Il s'opère actuellement des changements fondamentaux qui favorisent la présence de l'État dans diverses types de partenariats [On peut lire un exposé sur les partenariats de l'État dans un article de A. Rodal et N. Mulder intitulé Partnership, devolution and power-sharing: issues and implications for management, paru dans Optimum - The Journal of Public Sector Management , hiver 1993, vol. 24-3, p. 27 à 48, et dans un autre article de A. Rodal paru dans le même numéro sous le titre Managing Partnerships, p. 49 à 63.] . Les aumôneries communautaires sont un bon exemple de ce que cela implique. Ces aumôneries décident elles-mêmes leurs priorités et leurs modes de fonctionnement. Elles sont indépendantes de l'État. Mais un partenariat est avantageux pour les deux parties. L'investissement relativement faible de l'État dans ces aumôneries produit des effets positifs pour les uns et les autres. Les aumôneries communautaires sont en étroites relations tant avec le délinquant qu'avec la collectivité qui le reçoit. Elles sont donc bien placées pour analyser les problèmes de réinsertion de l'ex-détenu dans la société et trouver des solutions. Elles sont proches des milieux atteints par le crime et peuvent les aider à en vaincre les conséquences néfastes. Comme dans tout partenariat, « les citoyens, en tant que principaux intéressés, peuvent et devraient jouer ici un rôle des plus actifs » [Rodal et Mulder, op. cit., p.30.] . De son côté, l'État peut apporter à une aumônerie communautaire ses connaissances en matière de justice pénale, sous forme de conseils et à titre de ressource.Les aumôneries communautaires peuvent mobiliser des bénévoles pour un vaste éventail de services en vue du bien commun, une caractéristique importante d'un grand nombre de partenariats de l'État [Ibid. , p. 31 ] . Leurs maillages aux ramifications étendues peuvent apporter au programme global du gouvernement une perspective qu'il lui serait peut-être difficile d'obtenir autrement [Ibid.] . De son côté, la perspective de l'État peut enrichir les activités d'une aumônerie communautaire. En ces temps de compression des ressources, un partenariat avec une aumônerie communautaire offre l'avantage de relier l'État à une vaste gamme de ressources communautaires. Par ailleurs, la participation de l'État incite les groupes confessionnels à prendre l'initiative, ce qui diminue d'autant le risque assumé par le gouvernement.

Les mécanismes d'imputabilité

Les aumôneries communautaires ont divers mécanismes redditionnels.

Toutes ont un conseil de gestion, qui peut être soit un conseil de direction, soit un conseil consultatif (Toronto et Calgary). Ces conseils sont comptables des activités de l'aumônerie et ils prennent leur rôle très au sérieux.

Toutes les aumôneries communautaires sont rattachées à un groupe confessionnel, qui a ses structures et ses normes. L'aumônier rend personnellement compte à ce groupe et le travail de l'aumônerie doit lui être acceptable. Quoique le groupe confessionnel n'assume qu'occasionnellement la responsabilité formelle du travail d'une aumônerie, une dimension d'imputabilité n'en existe pas moins dans sa relation avec cette aumônerie, par l'entremise de la personne de l'aumônier.

Certaines aumôneries communautaires sont chapeautées par une organisation de maillage plus vaste, p. ex. le Conseil chrétien de réconciliation dans la région de l'Atlantique. Cet organisme assume un certain degré de responsabilité pour ses groupes membres, intervenant pour améliorer une situation quand elle laisse à désirer.

Le Comité interconfessionnel de l'aumônerie, qui agit à titre consultatif auprès du SCC en matière religieuse et spirituelle, a un rôle à jouer dans la mise en œuvre du programme des aumôneries communautaires, et son mandat lui confère une fonction redditionnelle en la matière.

Les aumôneries communautaires ont également des obligations envers leur propre clientèle. Quand quelque chose ne va pas dans une aumônerie communautaire, le problème se traduit par une perte d'énergie, alors que cette énergie pourrait être appliquée à une intervention efficace. Résultat : baisse de rendement et une clientèle qui n'est pas heureuse. Au lieu d'un service axé sur l'amélioration de la situation et le développement communautaire, on reste cantonné dans le statu quo.

Les partenariats avec les aumôneries communautaires sont un exemple parmi d'autres de divers partenariats conclus récemment avec l'État et qui sont devenus d'importants moyens d'influence. Ces partenariats « ouvrent de nouveaux canaux d'imputabilité, notamment à la collectivité ou aux groupes représentés par les différents partenaires » [Ibid , p. 37] .

Les procédures d'imputabilité ont été depuis le début liées aux paiements mensuels, d'une façon linéaire. Les factures donnent le nombre d'heures de travail accomplies, le nombre de visites ou de rencontres effectuées, le nombre d'heures de surveillance accomplies par les bénévoles, des données sur l'administration du programme, etc. Cette approche a pour inconvénient de ne pas tenir compte des importants éléments qualitatifs qu'impliquent l'édification d'une relation et le développement communautaire et de ne pas montrer dans quelle mesure une aumônerie communautaire répond aux besoins, aux normes et aux comportements des gens qu'elle représente. Il y a d'autres manières de procéder. Le modèle appliqué aux aumôneries institutionelles semble être plus approprié comme moyen de regrouper les divers mécanismes d'imputabilité. L'intervalle de temps utilisé devrait être beaucoup plus long que le système de facturation mensuelle et les divers mécanismes d'imputabilité devraient être mis en rapport les uns avec les autres.

Recommandation 9: Que les accords conclus par le SCC avec les aumôneries communautaires précisent les mécanismes d'imputabilité que l'aumônerie doit appliquer.

Recommandation 10: Que les aumôniers régionaux réunissent périodiquement les responsables redditionnels de chaque aumônerie communautaire pour qu'ils puissent échanger leurs préoccupations et leurs suggestions.

Les rôles de direction

La direction d'un organisme est toujours un défi, surtout dans ce type de partenariat. Elle exige des gens « possédant des qualités de chef et les attitudes, la compétence et la formation voulues pour pouvoir communiquer avec les intéressés et établir un consensus autour de ce qu'ils estiment être conforme au bien public » [Ibid.] . Un aumônier communautaire efficace doit être capable d'influence sur une grande variété de partenaires. Les membres du conseil de direction d'une aumônerie communautaire jouent un rôle dirigeant qui est important, tant comme membres du conseil qu'individuellement dans leurs milieux respectifs. Les groupes confessionnels ont besoin de cadres dirigeants et les aumôniers communautaires peuvent y jouer un rôle majeur. Dans ces groupes, il y a des gens qui éprouvent des sentiments de colère. C'est en partie de ces groupes qu'est venue la résistance manifestée contre les nouvelles prisons pour femmes et contre les établissements résidentiels communautaires pour délinquants sous surveillance. Mais d'autres voix se font entendre, qui prêchent la paix et la réconciliation. Des aumôniers communautaires l'ont fait parfois, avec succès, ou ont su éclairer les porteurs de ce message et les aider à se faire entendre dans les conférences qu'ils ont organisées.Du côté de l'État, la direction imprimée au programme par la Division de l'aumônerie (du SCC) a consisté à préciser et à promouvoir la raison d'être des aumôneries communautaires, à produire une vidéocassette, à expliquer le programme lors de dîners-bénéfices ou devant des groupes restreints, à répondre aux besoins quand c'était possible et à faciliter les communications entre les aumôneries communautaires. La Division a permis aux aumôneries de profiter des programmes de formation dispensés dans le cadre de l'Initiative de lutte contre la violence familiale, qui s'étale sur l'ensemble de l'appareil gouvernemental. Elle pourrait peut-être faire plus, p. ex. dispenser sur demande une formation d'orientation et aider à améliorer les communications entre les aumôneries communautaires. Mais l'État évite d'assumer directement un rôle dirigeant [En général, une intervention directe de l'État est de moins en moins acceptable. Il naît dans la collectivité un nombre croissant de centres d'autorité et de responsabilité qui sont plus proches des gens directement concernés par un problème. On a pu conserver un rôle dirigeant dans des domaines importants (p. ex. facilitation, ou élaboration des politiques) en consultant les intéressés et en favorisant une large participation à la recherche des solutions. Voir ibid , p.38 - 39.] .

Recommandation 11: Que les aumôniers communautaires, les représentants des conseils de direction des aumôneries, ainsi que les gestionnaires du SCC se réunissent pour améliorer leurs communications et leurs moyens d'atteindre les objectifs fixés et pour examiner leurs différents mécanismes d'imputabilité.

Les religions non chrétiennes

Toutes les aumôneries communautaires existantes sont rattachées à un groupe confessionnel chrétien, mais elles offrent leurs services indistinctement à quiconque a besoin d'elles. Aucune ne s'adresse qu'à des chrétiens engagés. L'aumônerie communautaire de Toronto s'est appliquée à nouer des relations avec les communautés musulmanes et juives. Celle de Saskatoon s'efforce résolument de servir les Autochtones, en tenant compte de leurs cadres spirituels. Cette jonction de l'enracinement spirituel et de l'ouverture aux besoins humains est essentielle au succès d'une aumônerie communautaire et l'on peut prévoir que des aumôneries communautaires non chrétiennes bénéficieront bientôt elles aussi d'un appui de la collectivité.

Critères de sélection

Les critères suivants devraient présider aux accords de partenariat conclus entre le SCC et les aumôneries communautaires : potentiel de direction présent dans l'aumônerie, existence de liens étroits entre cette aumônerie et un groupe confessionnel, capacité de dispenser une variété de services appropriés, aptitude à établir des relations au sein de la collectivité et consentement à fonctionner dans un cadre d'imputabilité complexe.

CONCLUSION

Les aumôneries communautaires impressionnent par la grande diversité des activités qu'elles offrent aux détenus, aux ex-détenus et à leurs familles, et plus encore par leur aptitude à établir des relations avec une grande variété d'associations communautaires pour former des réseaux de soutien et de réconciliation en vue de combattre le crime. Les sommes investies par l'État sont multipliées plusieurs fois par les dons en argent et en nature qu'une aumônerie communautaire reçoit de la collectivité et des particuliers. Les aumôneries communautaires offrent une autre perspective face à la voix plus répandue de ceux qui réagissent au crime en réclamant une augmentation des punitions. Les aumôneries communautaires sont aimées par la collectivité, qui les voit comme une présence capable de faire du bien.

Cependant, il leur est très difficile de survivre sans l'aide de l'État. Aucune n'a réussi à devenir entièrement autonome financièrement.

Le lecteur est invité à lire, dans la deuxième partie du rapport, les exposés qui y sont présentés sur certaines aumôneries communautaires. Il y acquerra une perspective plus précise de ces aumôneries et une idée plus concrète de cette initiative.

LISTE DES RECOMMANDATIONS

Recommandation 1(p.9): Que les aumôniers communautaires, les membres des conseils de direction des aumôneries et divers interventants-clès, y compris des représentants des bureaux de libération conditionnelle se réunissent pour préciser les diverses façons de comprendre la raison d'être d'une aumônerie communautaire et pour réfléchir sur ce qui en découle pour le travail de l'aumônerie.

Recommandation 2 (p.12): Que les aumôniers, les membres des conseils de direction et les dirigeants clés des aumôneries tiennent compte de la liste d'activités (page 11) quand ils planifient leurs activités.

Recommandation 3 (p.12):Que soit dispensée une formation aux bénévoles de manière à ce que les programmes qui donnent de bons résultats (programme « Overcomers », « Faire face », prévention des rechutes, préparation à la vie active, etc.) soient davantage utilisés.

Recommandation 4(p.12): Que les aumôniers communautaires soient informés de la stratégie correctionnelle qu'a adoptée le SCC pour faire concorder les programmes avec les besoins des délinquants.

Recommandation 5(p.15): Que les aumôniers communautaires, les membres des conseils de direction et les dirigeants clés des aumôneries examinent les maillages qui les relient à l'ensemble de la collectivité pour voir s'il n'y aurait pas lieu de les élargir, de les concentrer ou de les réactiver.

Recommandation 6(p.15): Que le SCC encourage les aumôneries communautaires à participer au système ENABLE de courrier électronique en voie d'élaboration à l'aumônerie communautaire d'Edmonton.

Recommandation 7(p.16): Que des représentants des aumôneries communautaires se réunissent pour élaborer une stratégie de financement à long terme.

Recommandation 8(p.18): Que les équipes de gestion des aumôneries communautaires recommandent des lignes directrices concernant la collecte de données sur la clientèle du programme.

Recommandation 9(p.21): Que les accords conclus par le SCC avec les aumôneries communautaires précisent les mécanismes d'imputabilité que l'aumônerie doit appliquer.

Recommandation 10(p.21): Que les aumôniers régionaux réunissent périodiquement les responsables redditionnels de chaque aumônerie communautaire pour qu'ils puissent échanger leurs préoccupations et leurs suggestions.

Recommandation 11(p.22): Que les aumôniers communautaires, les représentants des conseils de direction des aumôneries, ainsi que les gestionnaires du SCC se réunissent pour améliorer leurs communications et leurs moyens d'atteindre les objectifs fixés et pour examiner leurs différents mécanismes d'imputabilité.

DOCUMENTS CITÉS

John Edwards, commissaire du SCC. Entre Nous, vol. 19, no 4, décembre 1994.

McKnight, John. "Community and its Counterfeits", interview à l'émission radiophonique Ideas diffusée sur les ondes de la CBC, les 3,10 et 17 janvier 1994.

Naklik Productions. Friends on Main Street, Community Chaplaincy with Ex - Offenders, Ottawa, Ontario, 1991.

Perkins, John M. The Concept of Christian Community Development, John M. Perkins Foundation, 1581 Navarro Ave., Pasadena, CA 91103 (non daté).

Rodal, Alti et Mulder, Nick. "Partnerships, devolution and power-sharing: issues and implications for management", dans Optimum - The Journal of Public Sector Management, Hiver 1993, vol. 24-3, p. 27-48.

Rodal, Alti. "Managing Partnerships", dans Optimum - The Journal of Public Sector Management, Hiver 1993, vol. 24-3, p. 49-63.

Shaw, Margaret. Evaluation of the Coverdale Community Chaplaincy Project (version provisoire), Secrétariat du ministère du Solliciteur général, 1994.