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Une invitation à la justice

Une invitation du Comité interconfessionnel de l'aumônerie du Service correctionnel du Canada

Contrairement à bien d'autres pays, le Canada est un endroit paisible et sûr. Nous sommes fiers de cette paix et sécurité, mais en même temps, l'indignation croissante du public contre les effets de la criminalité sur la société nous préoccupe tous. Nous sommes témoins de la souffrance que ressentent les nombreuses victimes d'actes criminels. Cette situation nous incite à envisager une justice qui traite le crime en toute honnêteté et en toute équité, une justice qui contribue à la guérison des personnes, des familles et de la société dans son ensemble. La peur et l'indignation qui nous rongent nuisent à notre bien-être collectif et à notre tissu social.

La croissance de la population carcérale est le signe que l'on recourt trop à l'incarcération pour résoudre les problèmes d'ordre criminel et social. S'il faut reconnaître le besoin réel de nous protéger de certains délinquants représentant un risque immédiat pour la société, l'emprisonnement comme châtiment est une forme de justice coûteuse et astreignante qui est manifestement inefficace comme moyen dissuasif : le taux de récidive traduit également un niveau insuffisant de guérison et de réadaptation chez les délinquants. Les besoins des victimes en matière de guérison et de sécurité ne sont pas comblés. Les interventions trop simplistes utilisées pour régler ces enjeux, dont le fondement se trouve être essentiellement le désir de paraître dur avec les criminels, ne donneront pas les résultats escomptés puisque notre société, dans l'ensemble, ne peut guérir que lorsque les délinquants, leurs victimes et la société en général font l'expérience de la guérison. La forme de justice actuellement appliquée ne marche pas, et la souffrance et la peur continuent d'augmenter.

Nous savons que nous ne sommes pas les seuls à voir la nécessité d'une nouvelle orientation. Nous appuyons et encourageons les efforts de bon nombre de représentants du gouvernement, de ceux qui étudient la justice pénale, et les citoyens qui se dévouent pour la justice qui répare les torts, satisfait les besoins, transforme et guérit les personnes et les collectivités touchées. Nous appuyons les principes de la justice réparatrice qui, enracinés dans les saintes Écritures et les traditions, ont été négligés depuis longtemps, mais qui sont maintenant en voie d'être redécouverts et remis en valeur.

Bien que nous représentions différents groupes confessionnels, nous avons en commun le désir de mettre sur pied des sociétés où seraient prônées la justice, la bienveillance et la compassion, et qui trouveraient leur force dans les relations interpersonnelles caractérisées par la santé et la complétude. C'est pourquoi nous sommes unis dans notre vision qu'il est nécessaire d'aller au delà des modèles de justice axés surtout sur la punition en réponse au crime ou à la malfaisance. Nous croyons au contraire qu'il serait pertinent d'établir une forme de justice réparatrice et de justice transformatrice qui pemettrait aux victimes d'actes criminels, aux délinquants et à l'ensemble de la collectivité de guérir, de se rétablir et de retrouver la paix intérieure.

Voilà ce que nous en pensons, car la justice réparatrice nous permet de trouver des solutions plus créatives et plus satisfaisantes. Elle permet de changer de cap et de mettre l'accent sur la guérison des blessures que les crimes ont causées chez les victimes, les délinquants et les collectivités. Nous encourageons les efforts que tous les paliers de gouvernement déploient pour appliquer les principes de la justice réparatrice dans des programmes comme les services aux victimes, la médiation entre la victime et le délinquant, la déjudiciarisation, les solutions de rechange aux peines traditionnelles et les cercles de détermination de la peine, la restitution ainsi que les programmes communautaires de prévention, de traitement et de réinsertion. À l'heure actuelle, les besoins sont beaucoup plus grands que les services fournis; il faudra élaborer de nombreux programmes et projets pour pouvoir remplacer l'incarcération par d'autres mesures plus humaines et plus efficaces.

Nous encourageons tout le monde à amorcer un cheminement sous le signe de l'espoir et de la guérison auquel la justice réparatrice nous convie tous. Nous travaillons et nous prions pour le rétablissement des collectivités, où les relations entre les gens deviennent ce que Dieu voulait qu'elles soient. C'est un chemin difficile et exigeant qui fait passer de la peur à l'espoir, de la vengeance à la réconciliation, de la haine au pardon. La justice réparatrice ne minimise jamais l'importance des effets du crime, ne les excuse pas ni ne les oublie. Le pardon et la réconciliation impliquent un amour libérateur, le choix de continuer malgré la souffrance, un choix qui ne réduit en aucune façon l'énormité de la faute.

La justice réparatrice peut aider à réduire la souffrance pour favoriser la guérison, mais elle ne doit jamais être imposée à quiconque. Si elle est adoptée librement, elle peut avoir un effet profond et durable sur les personnes et les collectivités. Nous cherchons Shalom (la paix), l'harmonie et la sécurité pour tous afin que la vengeance et la souffrance cèdent le pas à la réconciliation et à la guérison.

Nous croyons que la recherche d'une justice vraie et satisfaisante est liée pour toujours à la croissance spirituelle de toutes les personnes concernées. À l'inverse, la surincarcération - typique d'un esprit vengeur et d'une mentalité répressive - durcit l'âme de notre pays.

Groupes confessionnels et gouvernements du Canada, en tant que Comité interconfessionnel, nous faisons appel à vous pour que vous adoptiez la justice réparatrice comme un moyen puissant de changer des attitudes et des vies. Nous croyons que la justice réparatrice peut et doit être appliquée à un large éventail de cas, et non pas simplement aux crimes de moindre gravité, ceux dont les tribunaux ne se préoccupent pas habituellement.

Nous reconnaissons l'ampleur de la tâche. S'ajoutent à ce défi les pressions économiques et politiques qui élargissent le fossé entre les riches et les pauvres. Le défi consiste à envisager avec courage le manque de mesures préventives et les forces économiques et politiques qui ont une incidence sur toute la collectivité.

La justice réparatrice a besoin de l'appui des gouvernements et d'un public réceptif, compréhensif et compatissant, afin de créer un lieu favorable à son épanouissement.

Nous nous engageons à créer, dans nos lieux de culte, nos foyers et nos collectivités, l'environnement où les buts de la justice réparatrice pourront croître et s'épanouir. Nous vous implorons, vous les gouvernements et les groupes confessionnels du Canada, de conjuguer vos efforts avec les nôtres pour diriger notre pays sur la voie d'une justice plus créative et satisfaisante pour le bien de tous les Canadiens et Canadiennes.

Semaine de la justice réparatrice 2007
Contactez-nous : Madame Sandra Duguay
La secrétaire de direction du Comité interconfessionnel
duguayls@shaw.ca
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