Adrio König
Personne ne peut vivre sans espoir. C'est pour cela que nous disons que sans espoir, le cour ne survivrait pas. Une vie sans espoir est une vie dénuée de sens. Celui qui perd espoir risque de perdre courage au point d'envisager le suicide ou encore de devenir un être craintif, agressif. Cela arrive non seulement aux indigents et aux malades en phase terminale, mais aussi aux riches et aux puissants.
L'évangile, qui est un message d'espoir, a donc quelque chose à offrir à chacun de nous. Le Dieu de la Bible est appelé le Dieu de l'espoir (Romains 5, 15, 13), et de ceux qui vivent sans lui, on dit qu'ils sont sans espoir (éphésiens 2,12).
Espérer, cela veut dire regarder vers l'avenir, attendre quelque chose de bon, du moins quelque chose de meilleur que ce que nous avons. Cela est une expérience motivante, qui ajoute à notre volonté de vivre. Ceux qui n'attendent rien perdent en définitive tout sens à leur vie...
Il y a différentes formes de « petits » espoirs, qui dépendent des circonstances de chacun. Certains reposent sur notre réseau social ou nos habiletés personnelles. Un prisonnier fondera par exemple son espoir sur ce réseau social, sur l'existence d'un emploi, sur la présence d'une famille et d'amis qui l'aideront, sur la possibilité d'une formation future. Son espoir peut aussi dépendre de ses circonstances personnelles, comme son âge, ses qualités, ses capacités ou ses dispositions personnelles (son optimisme, son honnêteté, le fait d'avoir un bon dossier comme détenu). Tous ces facteurs peuvent contribuer à l'optimisme ou au pessimisme du prisonnier ou de n'importe qui.
Clairement, les différentes formes d'espoir ne sont pas toutes justes. S'il est vrai que l'espoir motive et encourage, il est aussi vrai que l'on peut être motivé et encouragé à faire du mal par un espoir injuste. Un prisonnier peut espérer que son prochain vol de banque soit plus réussi que son dernier. Un gardien de prison peut espérer qu'on ne découvre pas qu'il a accepté un pot-de-vin. Dans ces formes d'espoir, l'injustice s'ajoute à l'injustice, et cela peut même mener à de grands « cas de réussite ».
Outre ces diverses formes de petits espoirs, il y a le grand espoir, celui que nous donne l'évangile.
Le « grand » espoir se distingue d'un petit espoir par le fait qu'il ne dépend pas des circonstances. En réalité, l'espoir fleurit souvent mieux dans de très mauvaises circonstances (Actes 16, 25; même si le mot espoir n'y est pas utilisé, le sens à tirer est évident). Cette forme d'espoir dépend uniquement de Dieu, du Christ, et elle est liée au salut.
En général, le grand espoir est l'espoir et la confiance en Dieu, dans le Christ. La confiance en Dieu suscite une attitude positive envers la vie. Grâce à Dieu, nous pouvons faire face à la vie avec optimisme, attendre de bonnes choses de l'avenir et faire contre mauvaise fortune bon cour.
Le grand espoir peut aussi être plus précis. Dieu intervient de façon précise dans notre vie. Qu'est-ce que cela signifie pour le prisonnier qui se trouve dans une situation désespérée ou pour l'aumônier qui est confronté à un retranchement ?
Si vous suivez le Seigneur, si vous acceptez ce schème de valeur, vous pouvez avoir confiance que le Seigneur respectera sa promesse de salut, qui consiste dans le pardon, la guérison, la libération, la bienveillance et bien d'autres aspects.
(extraits d'un discours donné lors de la conférence de l'Association internationale des aumôniers de prison, Kroonstad, Afrique du Sud, août 2000)
Michael J. Pryse
Aux jours sombres des années 1940, trois prisonniers de guerre s'évadent de leur camp. L'un d'entre eux est grièvement blessé durant l'évasion. Le jour, les deux autres le cachent du mieux qu'ils peuvent et, la nuit, ils le transportent sur leurs épaules. Ils arrivent finalement dans une minuscule église paroissiale française. Touché par leur grand besoin, le curé les mène à une cachette sûre, mais le blessé perd ses forces et meurt pendant la nuit.
Comme les trois hommes avaient été très proches, les deux survivants veulent assurer à leur compagnon un enterrement convenable et demandent donc au vieux prêtre s'il n'y a pas un terrain dans le cimetière qui se trouve à l'arrière de l'église. Le bon vieil homme hoche la tête: « Votre ami était un protestant », dit-il doucement en expliquant que seuls les catholiques peuvent être enterrés dans ce terrain consacré. Il déclare à regret qu'il n'a pas établi les règles, mais qu'il doit les respecter. « Mais nous pourrions l'enterrer ici, juste de l'autre côté de la petite clôture », dit-il généreusement. Les amis du défunt en conviennent. C'est mieux que rien. Des funérailles simples sont organisées, mais le vieux prêtre semble toujours étrangement insatisfait.
Le lendemain matin, avant de partir à la première lueur du jour, les hommes vont jeter un dernier regard au lieu où ils ont enterré leur ami. à leur grand étonnement, tout semble avoir changé. La fosse, qui était à l'extérieur de la clôture, se trouve maintenant à l'intérieur. Comment cela a-t-il pu se produire? Il leur suffit d'un moment pour comprendre ce qui s'est produit. Pendant la nuit, la vieille clôture avait été déplacée.
C'est alors que le vieux prêtre leur explique, tout penaud : « Votre ami ne pouvait pas être enterré dans le cimetière, explique-t-il. C'est la règle. Mais je ne connais pas de règle qui empêche de déplacer la clôture! Et si, ce faisant nous sommes unis avec un autre enfant de Dieu, je suis certain que le Seigneur comprendra et sourira. ».
Jésus aussi déplace des clôtures et incite constamment ses fidèles à définir d'une manière plus large l'étendue de son étreinte. à la grande consternation des religieux de son époque, Jésus définissait le royaume de Dieu d'une manière très vaste, décrivant une communauté de grande diversité qui englobait un vaste éventail de personnes : hommes et femmes, juifs et païens, Samaritains et Romains, riches et pauvres, religieux et non religieux. C'était là un message à la fois difficile et exigeant à entendre.
Il en va de même pour nous. Nous avons naturellement tendance à considérer le royaume de Dieu dans une optique de « somme nulle » où le gain d'une personne signifie nécessairement la perte de quelqu'un d'autre. Pour élargir notre définition de ceux qui font partie et de ceux qui sont exclus du royaume de Dieu, nous devons renoncer à notre propre sentiment d'exclusivité, notre sentiment d'être spécial. Nous craignons qu'en définissant d'une manière trop large l'étreinte de Dieu, nous allons nécessairement y perdre quelque chose.
Jésus nous invite à aller au-delà de cette vision. Dans l'économie de Dieu, il n'y a pas de somme nulle. La grâce divine ne connaît aucune limite en dehors de celle que nous créons ou que nous choisissons. Bien que l'église ait choisi, à différents moments de son existence, d'insister sur divers aspects du royaume de Dieu, à notre époque et dans notre contexte, je crois que nous sommes appelés à prendre conscience de la vaste étendue de ce royaume. Je crois que nous sommes appelés à aller au-delà de la sécurité de nos définitions faciles de ceux qui font partie et de ceux qui sont exclus du royaume de Dieu et à suivre la lumière de la présence du Christ pour aller là où cette lumière nous mène et vers ceux auxquels elle nous mène.
Déplacer des clôtures, c'est là une tâche à laquelle nous sommes tous invités à participer de nos jours. Dans la mesure où nous répondons à cette invitation, nous devenons des partenaires de Dieu pour donner une plus vaste manifestation au royaume du ciel.
(L'auteur est un évêque de l'église luthérienne évangélique du Canada, texte tiré d'un bulletin en 2000.)
Rod Carter
Lorsque les délinquants demandent pardon et que les victimes luttent pour racheter le passé, il est possible de rétablir l'harmonie dans une collectivité brisée, même après une grave perte ou tragédie. Il existe de nombreuses définitions de la justice réparatrice. Celle qui me plaît vient d'un rabbin : la justice réparatrice consiste à s'occuper des blessures et des besoins des victimes et des blessures et des besoins des délinquants de façon à favoriser leur guérison et celle de la collectivité.
Ces initiatives viennent de la reconnaissance du fait que puisque la criminalité est issue de la collectivité, les solutions doivent aussi venir de celle-ci. Elles sont ingénieuses et extrêmement utiles : les modèles de pairs-conseillers dans les écoles, par exemple, visent à combattre l'humiliation et l'intimidation. Le modèle de règlement des différends est utile entre propriétaires et locataires, chefs d'entreprises et travailleurs. Les modèles de réconciliation entre victimes et délinquants se sont révélés extrêmement efficaces. Les cercles de soutien permettent aux bénévoles d'encadrer les délinquants sexuels qui ont purgé leur peine, de les tenir strictement responsables de leurs actes, tout en s'occupant d'eux.
Aumônier dans un pénitencier, j'ai suspendu mon document de réhabilitation sur un mur de mon bureau pour indiquer à tous les visiteurs que la disposition à accorder une deuxième chance et à pardonner fait partie de notre humanité comme société.
Celui qui commet un crime trahit la collectivité en vandalisant la paix. Les torts doivent donc être avoués. Il faut donc, dans le cadre de la justice réparatrice, lancer l'invitation à dire la vérité d'une façon non accusatoire. Cela exige un engagement à réparer autant que possible les torts qui ont été commis en dédommageant la victime, en s'excusant ou en prenant d'autres mesures réparatrices. Le délinquant doit accepter sa responsabilité. Une ferme détermination et un réseau de soutien aident à combattre la ré cidive. Comme l'a déclaré Malcolm X : « Ce n'est pas d'avoir été un criminel qui est honteux, mais de le demeurer. »
(Le révérend Rod Carter contribue de façon régulière à la publication de l'église unie du Canada, The Observer, extrait de l'édition de novembre 2000.)
Bo Gajda
Qu'arriverait-il si nous accueillions nos frustrations, nos douleurs et nos peines comme un visiteur qui a quelque chose à nous apprendre ? Qu'arriverait-il si nous essayions un peu de voir comment nos cassures peuvent nous aider à croître ? Que pourrions-nous apprendre des éléments de notre vie qui sont encore imparfaits, incomplets ? Après une vie de négligence, de violence, de peur et de douleur, les êtres, tout comme les tulipes qui sortent du sol après avoir supporté tout l'hiver le fardeau de la neige, se cherchent un nouveau soi, un nouveau départ dans la vie.
Le printemps est un cadeau du Dieu créateur et rédempteur, qui nous montre par la nature que nous pouvons passer de l'état d'ennui et de lassitude que constitue notre hiver intérieur à un nouvel état d'exaltation et d'espoir, dans l'attente de la vie qui renaît au printemps. Mais il faut comprendre, accepter (même accueillir) l'importance de la douleur, de la souffrance, y compris la mort intérieure du soi égoïste, pour éclore et jaillir dans une vie nouvelle. La foi est ce qui nous donne le courage de surmonter notre peur de laisser derrière nous un passé révolu et de nous réjouir de l'ouverture et du début d'une vie qui nous mène à un plateau supérieur.
(Bo Gajda est aumônier à l'établissement de Rockwood, Manitoba, Canada; extrait de son bulletin, avril 2001)
Michael Peers
Un de mes collègues a déjà raconté l'histoire d'une généticienne lauréate du Prix Nobel, Barbara McLintock, qui a consacré toute sa vie à étudier des épis de maïs. Lorsqu'un intervieweur lui a demandé comment elle menait ses travaux scientifiques, elle a répondu : « Je suppose que la seule façon de l'expliquer est de dire qu'il faut s'appuyer sur l'épi de maïs. » Si nous nous mettons dans la voie de Dieu, si nous nous appuyons en quelque sorte sur Dieu, je crois qu'un élément du royaume de Dieu prendra racine en nous.
« .Guérison, réconciliation. » Il y a une différence entre ces deux mots. Supposons que vous vous êtes gravement coupé. Un onguent aidera à apaiser la douleur tandis que des bandages contiendront l'écoulement du sang. Avec le temps, une gale se formera et elle finira par disparaître. C'est ce qu'on appelle la guérison. Mais la blessure laisse une cicatrice qui ne disparaît jamais. On ne peut donc jamais l'oublier. Mais on peut l'accepter et croître. La réconciliation, c'est lorsqu'on sait que nos cicatrices n'exercent plus aucun pouvoir sur nous, qu'elles ne peuvent plus nous mettre en colère, nous faire peur ou nous intimider.
Dieu sait qu'il y a énormément de blessures. Les événements tragiques qui surviennent dans le monde, les blessures que nous subissons dans notre propre foyer, les blessures qui laissent des cicatrices dans notre âme exigent la guérison et la réconciliation. Aider les autres à guérir et guérir soi-même, réconcilier les autres et être réconcilié, cela doit être au cour de notre vie. Les écritures nous apprennent que pour voir le Christ ressuscité, nous devons voir les blessures qu'il porte. C'est en tendant la main pour toucher à ces blessures que nous pouvons commencer une « vie nouvelle ». Nous ne pouvons pas, nous ne devons pas laisser pour compte les malheurs qui nous touchent dans notre église, notre société, notre communauté humaine. Nous devons plutôt les examiner dans toute leur profondeur, nous appuyer sur eux et voir comment ils peuvent devenir source de vie nouvelle.
(L'auteur est primat de l'église anglicane du Canada, extrait de Ministry Matters, volume 8, no 1, Hiver 2001)
Rick Prashaw
Vous vous souvenez de Joseph ? Le rêveur, l'homme au manteau multicolore, préféré de son père, beau et intelligent et, pour toutes ces raisons, détesté par ses 11 frères. Mais Joseph n'est peut-être pas aussi intelligent que cela, lui qui interprète ses rêves comme étant des signes que ses frères doivent s'incliner devant lui et l'honorer parce que Dieu a de grandes desseins pour lui. Ses frères complotent son meurtre. Puis, après y avoir bien réfléchi, ils se disent qu'il vaut mieux le vendre comme esclave en égypte pour 20 pièces d'argent. Et voilà le point où nous en sommes dans notre lecture.
Les frères et le père sont dans une bien mauvaise posture : ils souffrent de famine sur leur terre. En quête des faveurs du pharaon, les frères arrivent à la cour d'égypte où ils sont confrontés par Joseph. « Mon père vit-il toujours ? », demande ce dernier, qui n'a pas vu son père et sa famille depuis de nombreuses années. Que dit la Genèse ? « Ses frères ne pouvaient pas le comprendre. Ils étaient renversés de le voir. » C'est là peu dire. Ils se voyaient probablement comme condamnés à mort, sachant que le frère qu'ils avaient vendu avait accédé à un poste puissant à la cour. Que fait Joseph ? Il leur dit la vérité. « Vous m'avez vendu comme esclave », dit-il. Il nomme leur crime. I l leur fait face. Mais il sait aussi qu'il a des choix. Il parvient aussi à voir la main de Dieu dans tout ce qui s'est produit. Il ne leur fera pas de mal. Il les laissera vivre. Avec son frère Benjamin, il pleure pour ceux qui sont unis par un même père et une même mère, Jacob et Rachel.
Il rachète la situation par cette forme d'amour, cette forme ultime de justice. Incroyablement, son amour redonne à ses frères leur voix pour qu'ils puissent parler avec lui alors qu'ils étaient auparavant pétrifiés de peur.
Soyons bien clairs. Lorsque Dieu manifeste sa miséricorde envers nous malgré nos torts, il ne suspend pas ou ne reporte pas son besoin de justice; les êtres humains considèrent parfois la justice et la miséricorde comme des opposés. En réalité, Dieu applique un sens plus élevé et complet de justice. La miséricorde devient un moyen de faire justice. C'est l'exemple que nous donne le Christ sur la croix.
La communauté chrétienne doit respecter le sens du pardon. Le pardon est une invitation plutôt que quelque chose que l'on peut imposer aux gens. Nous victimisons les êtres qui ont déjà été blessés lorsque nous les condamnons parce qu'ils ne sont pas capables maintenant ou bientôt de pardonner. Pouvons-nous apprendre, comme communauté de foi, à les inviter à ces eaux, à les inviter à marcher ou à s'asseoir avec ceux qui ne sont pas prêts à pardonner? Rien n'est plus difficile que de pardonner. Le pardon ne sert jamais à minimiser, à excuser ou à oublier ce qui s'est produit. J 'ai lu récemment l'observation d'une victime, qui compare sa démarche constante vers le pardon à la douche quotidienne qu'il faut prendre pour se laver. Cela me plaît. J e sens, dans mon propre cheminement, que la réconciliation est quelque chose de très difficile à atteindre, qui prend beaucoup de temps et qui exige beaucoup de travail. Nous devons aussi apprendre à être bons envers nous-mêmes, à nous pardonner. C'est effectivement ce qui était le plus difficile à faire pour cette victime qui avait eu une centaine de bonnes raisons de dire à sa fille de revenir de l'école à pied, cette journée fatale, plutôt que d'attendre qu'elle aille la chercher. Nous sommes tous tiraillés par des questions de ce genre.
(Extrait d'une homélie proclamée à St. John's Anglican Church, Ottawa, Canada, le dimanche 18 février 2001)
Chris Marshall
L'histoire du Christ sur la croix est l'histoire du Christ qui assume pleinement la misère humaine et le mal afin de révéler le vrai visage de Dieu et de parvenir à la rédemption universelle. Qu'est-ce que cela signifie dans la pratique?
Premièrement, l'histoire de la croix nous invite à comprendre la justice et la conquête de la douleur. Le recours à l'incarcération comme moyen de faire face à la criminalité repose sur l'hypothèse que la justice exige des quantités égales de souffrance - oil pour oil, dent pour dent, coup pour coup, douleur pour douleur. Souvent, l'oeuvre de la croix est expliquée de cette façon. Selon le modèle pénal d'expiation, le Christ a souffert le châtiment exigé par la loi de Dieu pour gagner notre liberté. La justice de Dieu exigeait une quantité égale de douleur, soit la douleur du châtiment pour la douleur du péché.
Mais à mon avis, cette façon de voir met l'accent à la mauvaise place. Il est vrai que le Christ a souffert en conformité avec la justice de Dieu; toutefois il ne s'agissait pas de la douleur du châtiment divin, mais plutôt de la douleur de notre aliénation par rapport à Dieu, de notre assujettissement au mal et de notre condition déterminée par le péché et contrôlée par la mort. Il l'a fait pour nous libérer du mal et susciter la guérison dans notre vie. Dieu n'a pas puni le Christ pour satisfaire sa justice. La justice de Dieu a plutôt été satisfaite par le fait que le Christ a accompli ce qui était nécessaire pour conquérir le mal et rétablir le bien.
Autrement dit, la justice de Dieu est une justice réparatrice plutôt que punitive ou rétributrice. Ce sont le pardon, la guérison et la réconciliation, plutôt que le sang, les sueurs et les larmes qui satisfont cette justice. La vraie justice se manifeste lorsque l'oppresseur est renversé, que l'opprimé est libéré et que l'ordre est rétabli. C'est ce qui se produit sur la croix. Les pouvoirs oppressifs de la loi, du péché et de la mort sont vaincus; les pêcheurs sont libérés et réconciliés avec Dieu; la « paix est faite » avec le ciel sur la terre (Romains 5,1; éphésiens 2,14-18). Bref, l'ordre est rétabli.
Cela s'applique également au domaine de la justice pénale. Dans le monde entier, les gouvernements utilisent des mécanismes de douleur (comme les prisons) comme instruments de justice. Certes nécessaires dans certains cas, les prisons ne permettent ordinairement pas de parvenir à la vraie justice. La vraie justice signifie la conquête de la douleur et non pas simplement l'administration de la douleur. Lorsqu'un acte criminel est commis, il faut trouver un moyen de faire face à la douleur ainsi causée et de la contrer, par le repentir, le dédommagement, la réadaptation et, si possible, la réconciliation.
La croix garantit que nous pouvons trouver Dieu au cour de la douleur actuelle. La douleur fait partie de notre condition humaine. La souffrance résulte ordinairement d'une perte ou d'une privation. Il peut s'agir de la perte d'un être aimé ou d'une relation, de biens ou de la santé, d'espoirs ou d'ambitions, de l'innocence ou de l'enfance, de la dignité personnelle.
Il va sans dire que les victimes d'un crime grave subissent une perte énorme, soit la perte de leur bien-être physique et psychologique, éventuellement la perte d'un très cher ami ou d'un membre bien-aimé de leur famille. Les auteurs du crime souffrent également. Ils subissent une dégradation morale et spirituelle, l'emprise de la culpabilité et du remords et, s'ils se font prendre, un châtiment.
La personne qui est prisonnière d'une douleur perpétuelle, comme victime ou comme agresseur, vit l'enfer. Pour recouvrer sa liberté et son intégralité, l'être blessé doit faire face à sa douleur et faire le deuil des pertes qu'il a subies. Il doit traverser la vallée de la mort tout en espérant que ce faisant, il pourra trouver le repos, et même découvrir que Dieu l'accompagne et qu'il partage ses peines et porte sa douleur.
Je crois que le plus grand défi auquel une personne peut être confrontée est celui de trouver Dieu au cour de la douleur. Mais l'histoire de la croix nous garantit que cela peut se produire. La foi chrétienne affirme que le vrai visage de Dieu se révèle dans la mort de Jésus. Avec la mort de Jésus, nous disent les évangélistes, le voile du temple se rompt en deux et Dieu nous est entièrement révélé. C'est au cour de la douleur et du besoin humains que l'on connaît le plus Dieu. C'est lorsque la force humaine cède que l'on découvre Dieu; Dieu se trouve dans la lie de la société; il est présent aux extrémités de la désolation humaine.
La présence de Dieu dans notre douleur ne rend pas celle-ci moins difficile à supporter. Toutefois, elle lui donne un sens, elle nous donne la force de la traverser et l'espoir d'en guérir. Cela nous amène à la troisième leçon de la croix : l'espoir de voir la douleur disparaître, de voir nos larmes essuyées, de vaincre la mort, de voir abolis à tout jamais le deuil, les pleurs et la douleur (Révélations, 21,1-4).
(Extrait d'un discours donné à la conférence de l'Association internationale des aumôniers de prison, Kroonstad, Afrique du Sud, 25-30 août 2000)
Paul Verryn
Un des principaux messages d'espoir de ce passage est qu'il faut franchir des ponts, traverser la mer pour découvrir une culture étrangère, une autre race. Il est très clair pour nous, surtout en Afrique du Sud, qu'une des principales tâches à laquelle nous devons nous employer, comme membres de différentes races, est de poursuivre notre cheminement dans la vie des uns et des autres avec compassion, compréhension et respect. Sinon, il nous sera impossible de construire une nation.
Cela constitue une pièce maîtresse de la voie de Jésus : renoncer aux préjugés et être déterminé à atteindre ceux qui ont été laissés pour compte et qui sont impossibles à atteindre. Cette détermination, cette décision à franchir le Rubicon constitue l'essence même de l'espoir pour l'humanité.
Jésus traverse le lac et rencontre un être dépossédé, brisé, fou, seul. Il franchit la ligne de séparation entre les races pour aller dans un territoire contaminé et il apporte la liberté, la guérison, la sainteté et la dignité. C'est là un signe d'espoir accessible à tout être humain.
(Extrait d'une homélie proclamée lors de la conférence de l'Association internationale des aumôniers de prison, Kroonstad, Afrique du Sud, août 2000)
Pour pratiquer la justice réparatrice.
Concentre-toi sur les torts causés par le crime plutôt que sur les règles qui ont été enfreintes.
Préoccupe-toi autant des victimes que des délinquants, en les associant les unes et les autres au processus de justice.
Travaille au rétablissement des victimes, en les amenant à prendre elles-mêmes le contrôle et en répondant à leurs besoins tels qu'elles les perçoivent.
Appuie les délinquants tout en les encourageant à comprendre, à accepter et à s'acquitter de leurs obligations.
Reconnais que, même si les obligations peuvent être difficiles pour les délinquants, elles ne devraient pas viser à les faire souffrir.
Offre, au besoin, des possibilités de dialogue, direct ou indirect, entre la victime et le délinquant.
Trouve des moyens valables de mettre la collectivité à contribution et de réagir aux bases du crime dans la collectivité.
Encourage la collaboration et la réinsertion sociale plutôt que la coercition et l'isolement.
Songe aux conséquences involontaires de tes gestes et de tes programmes.
Fais preuve de respect à l'égard de toutes les parties : les victimes, les délinquants et tes collègues dans le domaine de la justice.