La dignité de chaque personne est un don à la communauté
Margot Lavoie se veut être le reflet de la pensée des membres du Comité pour la Semaine de la justice réparatrice de Winnipeg. Elle est la directrice du Bureau des oblats pour la justice et la paix, à Winnipeg, et la coordonnatrice du Comité de la justice réparatrice de Winnipeg(Manitoba).
Pour les chrétiens, l'Ancien et le Nouveau Testament comportent de nombreux textes qui traitent de la façon de vivre en communauté.
En effet, les Actes des apôtres (2,44-47) décrivent la façon dont les nouveaux chrétiens vivaient à cette époque. Il semble que le sens de la justice, le respect, le partage et la générosité étaient des valeurs fondamentales. L'esprit communautaire avait préséance sur l'individualisme. Lorsqu'un acte répréhensible était commis, les membres de la collectivité tenaient des consultations, et une grande importance était accordée aux « consultations avec les aînés ».
Les évangiles font état de nombreux enseignements et récits portant sur les valeurs qui guidaient les chrétiens dans leur vie, dont voici certains exemples :
- Les béatitudes;
- Le « Notre Père »;
- L'enseignement de Matthieu (5,21-48) : faire la paix avec les autres (plutôt que d'intenter des poursuites !); leçons sur la vengeance, la générosité, l'amour de son prochain (même, et surtout, à l'égard de ses ennemis ou de ceux qui nous ont fait du mal); la façon de juger les autres et ce que nous devons faire si « notre frère a péché contre nous » (Matthieu 18,15-18);
- La multiplication des pains et des poissons : les membres de la communauté ont la responsabilité de s'occuper les uns des autres. Ceux qui avaient de la nourriture devaient en faire profiter les autres, les disciples devaient partager leur repas et s'occuper de recevoir la foule, etc.;
- Les fils prodigues, Zachée, le voleur crucifié : le pardon, le repentir et la vie nouvelle.;
- La femme qui commet l'adultère : des indices portent à croire que Jésus connaissait bien la complexité et la complicité qu'implique la relation entre les individus et leur communauté (rien n'est tout noir ou tout blanc);
- La femme d'origine syro-phénicienne qui souhaitait que Jésus guérisse sa fille, mais dont celui-ci a rejeté la demande, parce qu'elle n'était pas fille d'Israël. Cette situation particulière a permis à Jésus d'approfondir et de réévaluer la compréhension qu'il avait de sa propre mission ! (Il est venu pour aider tous les hommes, sans distinction.)
Ce ne sont que quelques exemples d'écrits parmi tant d'autres portant sur l'enseignement des disciples de Jésus. Les textes nous dépeignent souvent Jésus sous les traits d'un homme profondément touché et bouleversé par ceux qu'il rencontre, et plus particulièrement par ceux qui sont méprisés, craints et mis de côté par les autres membres de la collectivité. Jésus nous demande d'ouvrir nos yeux et notre cour afin de découvrir le réel visage de Dieu et le trésor qui sommeille en chacun de nous. La dignité d'une personne est un cadeau. Ce cadeau doit être découvert, puis chéri et entretenu avec soin, et ce pour le bien de l'ensemble de la collectivité. Malgré le mal commis, et peut-être même particulièrement lorsque des situations malheureuses se produisent, la collectivité doit chercher à mettre à jour ces trésors cachés !
Des exemples du pouvoir de la justice réparatrice
Il existe de multiples exemples faisant état du pouvoir de la justice réparatrice, dont en voici deux :
Récemment, j'ai eu la chance de discuter avec un aumônier ouvrant en milieu carcéral, qui me racontait l'histoire de deux femmes qui, chaque semaine, partaient de leur réserve (située à une heure et demie de route) pour rendre visite à un jeune homme de leur collectivité. Dans le cadre de cercles de justice réparatrice, ces deux femmes travaillaient également avec les membres de la famille du jeune homme et les membres de la collectivité afin que ceux-ci soit prêts à recevoir le jeune homme lors de son retour à la maison et que ce dernier soit préparé en vue de faire face à ceux qu'il avait blessés.
Il y a deux ans, trois jeunes ont mis le feu à un bâtiment appartenant à une communauté religieuse. Ces jeunes étaient tous âgés de moins de douze ans. La directrice du centre communautaire ouvrait déjà depuis de nombreuses années auprès des citoyens de sa collectivité, dont elle s'était gagné le respect et la confiance. Elle et d'autres membres de la collectivité ont rencontré les familles des jeunes, la police communautaire et les membres de la communauté religieuse, et ils en sont venus à la conclusion qu'il était important de collaborer afin de faire de cette malheureuse situation une occasion de guérison et de transformation pour la collectivité. L'heure du rassemblement communautaire est finalement arrivée, et tous se sont entendus pour que les jeunes rencontrent les membres de la communauté religieuse afin de discuter. Ainsi, après de nombreux efforts consacrés de part et d'autres, les jeunes se sont rendus à la messe du dimanche où (terriblement nerveux) ils se sont adressés à la foule rassemblée pour cette occasion. Apparemment, tout le monde a eu la larme à l'oil lors de cette séance, et même ceux qui, au départ, étaient véritablement furieux et intransigeants ont été touchés par la compassion. « Ils sont si petits et si fragiles », fut l'un des commentaires entendus à cette occasion.
« Dieu, infiniment aimant, pardonne-nous nos offenses comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés ! »