Nous étions à notre sixième et dernier rencontre RDV (Rencontre Détenus-Victimes) avec les quatre femmes victimes d'inceste et les trois détenus incarcérés pour la même raison. Tous des inconnus au début du RDV, nous étions au moment ou les détenus partagent ce qu'ils aimeraient faire comme réparation à leur victime.
Jean-Jacques Goulet
Coordonnateur, Centre de services de justice réparatrice,
*médiation pénale et résolution de conflits
Lorsque les victimes ont remercié les délinquants de leur honnêteté et de leur sincérité en parlant de leurs crimes, un des délinquants a répondu, " Je vous remercie d'être venu et je me sens choyé que vous m'avez écouté ". Cet énoncé peut sembler très simple, mais il s'agit de la première fois en dix ans que ce détenu parle de son crime à des gens de la collectivité. Ces derniers ne sont pas des professionnels qui tentaient simplement de monter un dossier d'information qui servira lors de l'audience de libération conditionnelle. Ces gens de la collectivité, ce sont des victimes qui ont pris le temps d'écouter son histoire et le profond regret qu'il tient dans son esprit d'avoir commis son crime. Il a dit qu'après la troisième rencontre, il s'est mis à croire qu'un jour, il serait capable de retourner dans la société et deuxièmement, qu'il y a aussi peut-être certains gens qui pardonnent et qui font preuve de compassion.
L'isolement que présente la vie dans une prison permet facilement aux délinquants de se cacher, mais fait aussi en sorte qu'ils peuvent se sentir très seuls. Pendant cinq semaines, les victimes se sont rendues à cet endroit isolé pour s'asseoir avec les délinquants et ainsi ont aidé celui-ci en particulier à vaincre sa peur de retourner dans la collectivité et de passer à d'autres choses, aussi effrayant que cela puisse paraître.