Lorne Freake, un aumônier communautaire, nous fait part de ses réflexions sur le ministère de justice réparatrice.
Justice réparatrice ... une perspective divine
Nos salutations du Nord-Ouest du Nouveau-Brunswick où l'aumônerie communautaire bilingue pluriconfessionnelle est vivante et en forme !
Comme aumônier communautaire, je crois que dans un monde où abondent le crime, l'hostilité, la peur et la corruption politique autant chez nous qu'à l'étranger, on pourrait se demander s'il vaut la peine d'essayer de régler les problèmes contemporains liés à la justice. Cependant, comme chrétien, je suis sûr que la cause de la justice en vaut le coup et que le Divin nous oblige à y prendre part. Parfois, nous, comme chrétiens, nous nous préoccupons de doctrines et de dogmes; au lieu de nous préoccuper à garder la foi, mieux vaut essayer de la transmettre par des moyens pratiques, en aidant les autres à la trouver, surtout ceux qui ont des démêlés avec le système de justice pénale. « Si la spiritualité englobe tout ce qui nous rend humains, le soin spirituel ne se traduit pas en doctrines et en dogmes, mais dans la capacité fondamentale qu'ont les humains d'entrer dans le monde des autres et de réagir au niveau des sentiments. »1
Notre mission comme « élus » ne consiste pas seulement à défendre la justice, mais à faire passer les questions liées à la justice au premier plan non seulement au cours de la Semaine de la justice réparatrice mais pendant toute l'année. Avec les difficultés et déceptions liées à notre système de justice actuel, il est parfois plus facile de se retirer, de se cacher dans son petit monde et d'adopter le slogan « que sera, sera ». Toutefois, le Divin nous appelle tous à prendre part au dialogue, non seulement dans notre milieu mais dans toutes les voies qui s'ouvrent à nous.
Dans le monde contemporain, que l'on soit citoyens dans la rue, étudiants en théologie dans un séminaire, personnel du système correctionnel (agents policiers, avocats, juges, etc.) ou délinquants incarcérés, le terme « justice » a différentes connotations. Les notions de justice sont souvent complexes et ambiguës, c'est bien le moins qu'on puisse dire ! Et qualifier la justice de réparatrice, c'est compliquer davantage les choses.
J'affirme que la justice réparatrice relève de l'esprit réparateur de Dieu. Le prophète Michée dans l'Ancien Testament transmet ces réflexions divines et rappelle à l'humanité ce que l'éternel recherche de sa part : « . que l'on agisse selon la justice, que l'on aime la miséricorde, et que l'on marche humblement avec son Dieu » (Michée 6:8)2. L'apôtre Saint Jean du Nouveau Testament nous rappelle que l'esprit réparateur de Dieu s'est incarné dans le Christ qu'il décrit comme étant « plein de grâce et de vérité ». (Jean 1.14)
Suivant le prophète Michée, il est ma thèse que la justice réparatrice consiste en trois éléments essentiels :
Tout d'abord, je crois qu'il existe d'autres moyens d'agir selon la justice qui sont aussi simples que l'a, b, c.
La réunion avec le délinquant, qui a eu lieu au pénitencier, était présidée par le gestionnaire du cas. Sa conjointe et sa mère étaient présentes, ainsi que moi même comme aumônier communautaire. Ce fut une rencontre très utile où le délinquant a reconnu sa culpabilité, quoiqu'il ait plaidé " non coupable " pour le crime pour lequel il a été incarcéré. Dans ses propres mots, il a demandé pardon à la victime qui le lui a accordé. Je crois que la victime se sentait libérée qu'enfin la vérité s'était fait jour. C'était comme si le délinquant et la victime éprouvaient une sorte de liberté sur le plan émotif. Même si la victime ne trouvait pas de justification pour le crime, sa compréhension des circonstances qui y ont abouti l'a libérée et aidée dans son cheminement vers la guérison.
Le deuxième principe de la justice réparatrice est la compassion ou la miséricorde. Ici le prophète Michée introduit un composant émotif, le fait d'être compatissant à l'égard de quelqu'un. Selon le prophète, il faut traiter les gens avec miséricorde, se mettre à la place de l'autre. Si on était dans la même situation, on lui aurait demandé miséricorde; il faut donc être miséricordieux à son égard. Dans le Sermon sur la Montagne, Jésus n'a-t-il pas dit : « Heureux ceux qui ont pitié des autres, car Dieu aura pitié d'eux » (Matthieu 5:7) ? Souvent, dans les situations où on se sent lésé, on demande justice; toutefois, dans les situations où on est l'auteur du mal, on demande miséricorde !
Ceci me rappelle Richard (pas le nom réel), une personne en liberté conditionnelle sous responsabilité fédérale ayant passé les huit derniers Noëls en prison. C'était son premier Noël à l'extérieur de la prison. Richard avait fait beaucoup trop de victimes au cours de sa longue carrière comme expert en intro. Il ne pouvait même pas se rappeler toutes ses victimes, et n'avait aucune idée par où commencer pour se racheter. Moi aussi, comme aumônier communautaire, je me rendais compte de mon incapacité à l'aider à faire face à ses problèmes. Richard a admis qu'il n'a pas été condamné pour tous les vols qu'il avait commis et, tous deux, nous ignorions comment il pourrait réparer le tort qu'il avait commis. Pour finir, il a décidé d'oublier le passé et, avec l'aide de Dieu, de la collectivité et de sa famille, d'essayer de changer l'avenir.
Il avait obtenu la permission d'avoir ses enfants pour Noël, mais comme ils vivaient avec leur mère dans une ville à 100 Km de distance Richard n'avait pas de moyen de transport. Par un jour de tempête, j'ai accompagné Richard et sa nouvelle conjointe de faite dans la ville où habitent ses enfants pour qu'ils les ramènent passer Noël chez lui. Je lui ai prêté 50 $ pour acheter des cadeaux aux enfants, somme qu'il a remboursée. C'est ce que le Seigneur nous demande de faire : aimer la miséricorde et la mettre en pratique.
Le troisième élément de la justice réparatrice est l'humilité. Il ne s'agit pas d'une tentative de changement de l'ordre social, mais d'un changement de soi; ce qui est très bien illustré dans la Prière de la sérénité :
Que peut-on changer ? Sinon soi-même. L'humilité est donc la capacité de vouloir changer, en arrivant à la table de justice réparatrice. On peut changer avec l'aide du Christ qui lui seul est immuable; lui seul qui ne change pas! L'humilité nous permet de voir ce qui peut ne pas être notre réalité. Roger (pas le nom réel) était comblé de honte lorsqu'il a compris la douleur qu'il a causée à sa fille en l'agressant sexuellement. Il a ressenti davantage un sentiment de grande humilité lorsqu'il a appris qu'un groupe de soutien communautaire était là (grâce à l'aumônerie communautaire) pour l'aider à sa sortie de prison. L'humilité permet à une personne de changer par ce qu'elle voit, ce qu'elle entend, ce qu'elle dit, ce qu'elle fait et ce qu'elle ressent. D'après moi, l'humilité engendre la transparence et même une certaine vulnérabilité. L'humilité c'est permettre à l'éternel de nous changer et de changer la façon dont nous concevons notre réalité et dont nous agissons à l'égard des autres.
En conclusion, il y a essentiellement trois éléments de justice réparatrice, selon les écritures de Michée. Il doit y avoir des ouvres de justice concrètes, un amour de la miséricorde visible et des preuves pratiques d'humilité. En réfléchissant à la justice réparatrice, continuons de chercher à comprendre ses principes et à trouver des possibilités de les mettre en pratique.
1 Janet Meyer, brochure du collège des aumôniers
2 Les citations bibliques sont une traduction libre de la New International Version.