J'ai eu la chance de participer au programme de réconciliation en tant que délinquant. J'y suis allé parce que je croyais que cela pouvait aider les victimes. Ce que je ne savais pas, c'est à quel point tous les participants en profitent.
J'avais pensé prendre part à ce genre de rencontre il y a quelques années au moment où je participais à un programme pour les délinquants sexuels. Dans le cadre de ce programme, j'avais fait des exercices d'empathie pour les victimes. Cependant, c'est la possibilité d'une rencontre avec des victimes d'agression sexuelle qui m'a incité à tenter la réconciliation. Je me suis porté volontaire, avec quelques autres délinquants, pour faire connaissance avec un groupe de femmes et répondre à des questions sur le programme de traitement. Par suite de la rencontre, j'ai vu l'importance que représentait pour les victimes intéressées l'occasion de rencontrer un délinquant pour se réconcilier, en quelque sorte.
Au cours du traitement, je me suis rendu compte de mon besoin d'admettre les conséquences qu'a eues ma violence sexuelle sur mes victimes. Au moment de commettre l'infraction, je réussissais à dépersonaliser ma victime, ce qui m'empêchait d'avoir connaissance de la victimisation que je causais. à mon avis, l'un des aspects les plus importants du traitement consistait à nous enseigner l'empathie envers les victimes. J'ai lu plusieurs livres écrits par des victimes, vu des films portant sur l'agression sexuelle et la victimisation, rédigé un document du point de vue de ma victime, écouté les récits de victimes et, comme je l'ai mentionné précédemment, rencontré d'autres victimes. Bref, tous ces exercices m'ont permis de ressentir de l'empathie envers les victimes. J'ai sans cesse songé au traumatisme grave que j'avais infligé; j'avais honte et me culpabilisais de mon comportement sexuel violent.
Même si l'enseignement de l'empathie envers les victimes est important et m'a permis de jeter les bases, c'est en rencontrant ma victime face à face que j'ai vraiment ressenti de l'empathie. Le fait d'entendre de la bouche de la personne que j'ai victimisée les répercussions dont je suis responsable s'est révélé être de loin l'expérience la plus difficile jusqu'à ce moment. à mon avis, il n'existe pas d'expérience plus difficile pour un délinquant qu'une telle rencontre.
Grâce à ma participation au programme de réconciliation entre la victime et l'agresseur, j'ai vu à quel point l'expérience profitait à tous les intéressés. L'objectif principal du programme et sa préoccupation sont axés sur l'apaisement de la victime et, en second lieu, sur les avantages qu'en retirent les délinquants et les autres participants. Ma récompense, et je suis convaincu qu'il en est de même pour les autres participants, a été d'être témoin des sentiments de liberté retrouvée et d'apaisement ressentis par la victime. L'expérience m'a également fait prendre conscience du cadeau que la victime m'a donné par le courage dont elle a fait preuve à notre rencontre et le récit qu'elle a fait des durs événements qui l'ont terrorisée. Je ne pourrai jamais louer assez les bienfaits de cet exercice auquel prennent part les deux parties décidées à se rencontrer. Ma victime en a tiré un apaisement évident; pour ma part, en tant que délinquant, j'ai ressenti de la joie et de l'estime d'avoir rendu le service le plus satisfaisant de toute ma vie.
Larry T., communiqué par Initiatives de justice communautaire, Langley, C.-B.