Nous savions qu'il s'agissait d'une question sacrée.
Des victimes durement éprouvées par les crimes qu'elles ont eu à subir étaient à l'assemblée générale annuelle du Conseil des églises pour la justice et la criminologie, en juin dernier 1997. Elles ont eu le courage de nous raconter leur histoire, de faire un bout de chemin avec nous, à la recherche de l'espoir au cour de la souffrance.
Nous avons d'abord écouté en silence quelques paroles de sagesse.
Les victimes ont besoin de reprendre le contrôle de leur existence. Elles doivent communiquer leur expérience et faire valoir leurs droits. Et, même si ce processus ne peut avoir lieu entièrement au sein du système de justice pénale, les représentants de ce dernier devraient autant que possible favoriser la guérison et non aggraver la douleur des victimes. Par conséquent, il faut absolument accroître les services offerts aux victimes à la suite d'un crime, créer des possibilités additionnelles de réparation de nature financière ou d'autres natures et donner l'occasion aux victimes de participer davantage au processus judiciaire traditionnel ou au nouveau processus qu'est la justice réparatrice. Malheureusement, l'expérience nous montre que le système judiciaire actuel, qui favorise la punition et la confrontation, se situe à contre courant de la justice réparatrice, qu'il soit axé sur le délinquant ou, comme certains le voudraient, sur la victime.
Ces deux derniers modèles ne sont pas mutuellement exclusifs. Dans les anciens textes hébreux des écritures saintes, qui sont à l'origine de notre tradition chrétienne, l'idéal du shalom est le but ultime de la création. Il consiste en l'existence de relations harmonieuses entre les êtres humains et avec Dieu. Or, le crime est l'antithèse du shalom. En tant que croyants, nous avons la difficile tâche d'appliquer la véritable justice, celle qui est plus « dure » que toutes et qui consiste à faire évoluer nos collectivités vers le shalom. Voilà une autre question sacrée.