Un changement s'opère actuellement dans notre système de justice pénale. Dans de nombreuses collectivités à travers le pays, on peut observer le début de ce changement.
Un juge d'Edmonton, en Alberta, a récemment condamné un groupe de jeunes à tourner un film vidéo après les avoir déclarés coupables pour avoir agressé et battu une femme prise pour une prostituée.
Un jeune homme, qui avait conduit sa voiture dans un état d'ébriété après une soirée dansante à l'école, a reçu l'ordre de parler aux élèves d'écoles secondaires alors que l'épave de la voiture dans laquelle son ami avait péri était exposée devant l'école.
Un groupe de règlement extrajudiciaire des différends en Ontario, qui organise des rencontres entre la victime, le délinquant et les membres de la famille, visant à résoudre le conflit et à déterminer des mesures de réparation adéquates, s'occupe de quelque 200 cas de jeunes contrevenants chaque année, et, selon les premières indications, le taux de récidive est très, très bas.
Les programmes du mode alternatif de règlement des conflits favorisent la compréhension et la guérison, et ils mettent l'accent sur le rétablissement de la relation plutôt que sur le châtiment du délinquant. Cela ne veut pas dire pour autant que le délinquant « s'en tire ». Pour de nombreux délinquants, il est plus difficile « d'assumer la responsabilité » que d'accepter un châtiment imposé.
De nombreux juges canadiens utilisent cette approche afin de rendre les délinquants plus responsables des crimes qu'ils commettent et de leur donner la possibilité d'assumer la responsabilité de leurs erreurs et de faire amende honorable à la collectivité.
Cette approche à l'égard de l'administration de la justice permet également à la victime de se faire entendre au lieu de voir son rôle limité au témoignage devant la cour. Lorsqu'un délinquant a admis d'avoir commis un acte répréhensible, la victime peut lui demander - pourquoi moi ? et souvent obtenir une réponse satisfaisante qui éloigne la peur éprouvée par de nombreuses victimes - que cela ne se reproduise.
L'approche en question est appelée « justice réparatrice » - un processus entamé au Canada en 1972 lorsque deux jeunes mennonites ont eu l'idée d'un meilleur moyen de rendre justice : faire en sorte que justice soit rendue en tenant compte de l'importance de chaque personne.
NOTRE SYSTÈME DE JUSTICE EST PUNITIF. SI VOUS ENFREIGNEZ UNE LOI, VOUS êTES PUNI.
« Pour rendre justice d'une façon différente, il faut voir la criminalité d'un autre oil. La criminalité n'est pas qu'une dérogation à la loi. Il s'agit presque toujours d'une rupture, à l'intérieur des personnes et entre elles, d'une fracture ou d'une déchirure de la vie de la collectivité qui s'accompagne habituellement de conséquences réelles et douloureuses pour les victimes, les délinquants, leurs familles et les autres membres de la collectivité. Il peut également s'agir d'un symptôme d'une blessure sociale qui révèle une inégalité ou une dysfonction structurale ou systémique. »
Quand il y a un crime, il y a toujours une victime. La victime a peur, elle est en colère et a généralement connu une perte et d'importantes perturbations dans sa vie.
De l'autre côté, il y a un délinquant : la personne qui a trahi la confiance et qui a fait tort, qui a fait subir des perturbations ou a causé un dommage irrémédiable à la collectivité. Le délinquant est la personne responsable de la rupture d'une relation. Le mot « délinquant » est employé pour désigner les gens qui ont brisé une relation, et, dans ce sens, nous sommes tous des délinquants. Le mot ne se veut pas péjoratif.
Et puis, il y a nous, toi et moi - la collectivité. Le crime entraîne une séparation. La collectivité est déchirée; nous nous élevons l'un contre l'autre. La rupture s'installe entre nous, et il faut guérir la plaie infligée à la collectivité et nous demander peut-être si nous sommes en quelque sorte responsables de ce qui s'est passé.

Dans le cas de crimes très violents, les journaux et la télévision nous présentent les faits qui sont fournis aux médias, la plupart du temps, par la police. Nous avons rarement l'occasion d'entendre le point de vue de la victime ou du délinquant - du moins avant le procès qui a lieu des années après la perpétration du crime, lorsque la plupart des gens veulent simplement savoir « quelle peine a été infligée au délinquant ».
Souvent, nous sommes bouleversés en apprenant la rapidité avec laquelle le délinquant peut sortir de la prison - parce que nous sommes généralement d'avis que la personne devrait rester derrière les barreaux plus longtemps - sans trop savoir pendant combien de temps - et nous ne pensons jamais à ce qu'on devrait faire avec le délinquant, une fois que celui-ci sera remis en liberté.
Peut-on dire qu'une telle approche sert la justice Peut-être pourrions nous réexaminer ce que nous entendons par la justice et demander : La justice signifie-t-elle toujours un châtiment ?
Nous pourrions peut-être considérer le crime et la manière dont nous le traitons, et nous demander si c'est vraiment la meilleure façon de le faire. Peut-être pourrions-nous chercher à guérir la victime, le délinquant et la collectivité ? Ce genre de guérison s'appelle « réparation ».
C'EST QUOI, AU JUSTE, LA JUSTICE RéPARATRICE ? ET POURQUOI DEVRIEZ-VOUS Y ATTACHER DE L'IMPORTANCE ?
La justice réparatrice part du principe que « le crime blesse; la justice doit guérir ». La justice réparatrice est marquée par la collaboration et l'inclusion. Elle donne lieu à la participation des victimes, des délinquants et des membres de la collectivité touchés par le crime.
La justice réparatrice constitue « une approche de justice, une philosophie définie par un ensemble de valeurs comprenant, notamment, la responsabilité des actes commis, l'accueil, l'ouverture, le respect, l'espérance et la guérison ».
« Le respect de la dignité de chaque personne touchée par la perpétration d'un crime est le fondement des valeurs qui sous-tendent l'approche relative à la justice réparatrice. Elle vise en priorité à satisfaire les besoins de tous les participants sur le plan humain et à leur permettre d'exprimer leurs pensées et leurs sentiments dans un climat d'ouverture et en toute franchise. Le but est d'établir un climat de compréhension, de favoriser la responsabilité et de permettre la guérison. »
Dans son livre Changing Lenses, Howard Zehr, un grand penseur du domaine de la justice réparatrice, explique : « Le processus de justice réparatrice permet au délinquant d'assumer concrètement la responsabilité de son comportement nuisible, de comprendre les causes de ce comportement et ses effets sur les autres, de changer son comportement et d'être accepté de nouveau par la société.
Il permet à la victime de poser des questions, de recevoir des réponses, de comprendre, d'expliquer l'incidence du crime sur elle-même et les autres et de contribuer à l'obtention d'un résultat. Ce processus peut faire en sorte que la victime reçoive des excuses, une indemnité, des services ou toute autre forme de réparation. Il permet à la victime de chercher à tourner la page dans un climat de sécurité.
Enfin, le processus de justice réparatrice permet à la collectivité de faire valoir ses valeurs et ses attentes, de comprendre les causes sous-jacentes de la criminalité et de déterminer ce qui peut être fait pour réparer le préjudice causé. De cette façon, il contribue au mieux-être de la collectivité et peut éventuellement réduire la criminalité. » (Zehr-1990)
L'application de la justice réparatrice consiste à trouver des moyens de réunir la victime et le délinquant pour qu'ils puissent s'entendre, s'écouter et guérir ainsi que comprendre ce qui s'est passé et, dans la mesure du possible, pourquoi c'est arrivé.
Une rencontre victime-délinquant est toujours précédée d'un énorme travail. La conférence - parfois appelée « cercle » - dans le cadre de laquelle la victime et le délinquant se retrouvent en présence l'un de l'autre est préparée par des personnes bien formées et possédant beaucoup d'expérience.
Il s'agit là, habituellement, de réunions très éprouvantes et chargées d'émotions, aussi bien pour la victime que pour le délinquant. La blessure est généralement apaisée, et le processus de guérison commence.
CANADA JOUE LE RôLE DE CHEF DE FILE - à L'éCHELLE NATIONALE ET INTERNATIONALE
L'approche de justice réparatrice a, pour la première fois, été adoptée à Elmira, en Ontario, lorsqu'un agent de probation a demandé s'il n'y avait pas de meilleur moyen de traiter des cas de vandalisme graves survenus dans cette collectivité.
Un groupe de garçons déchaînés a ravagé la ville pendant plusieurs heures en saccageant des voitures et en brisant des vitres. Normalement, ce genre de comportement est puni par une peine d'emprisonnement. Mark Yantzi a pensé qu'il devait y avoir une meilleure façon de faire et il a demandé au juge d'ordonner aux garçons de rencontrer leurs victimes, de s'excuser et de réparer les préjudices causés.
Mark voulait ramener ces adolescents à ce qu'ils étaient censés être. Il refusait de croire qu'il s'agissait juste de vandales et que leur emprisonnement pourrait être véritablement utile. Il voulait que les garçons assument la responsabilité de leurs actes, qu'ils rencontrent les victimes, qu'ils s'excusent et qu'ils réparent les dégâts.
Le Code criminel ne prévoyait pas alors ce genre de décision, mais un juge courageux d'une petite ville ontarienne a pris le risque et a opté pour une solution différente.
Les jeunes hommes ont dû parler à leurs victimes, leur expliquer ce qu'ils avaient fait et payer ensuite les dommages causés. Ils ont dû accepter la responsabilité de leurs actes. Assumer la responsabilité et se faire pardonner s'est avéré être un remède très, très puissant.
Lorsque le Canada a présidé le Conseil économique et social des Nations Unies, l'ONU a adopté une Déclaration des principes de base sur l'utilisation des programmes de justice réparatrice dans les affaires criminelles. Le document, préparé par l'équipe dirigée par des Canadiens, a été adopté par l'ONU pratiquement dans sa totalité. L'expérience du Canada dans le domaine de la justice réparatrice sert de modèle à l'échelle internationale.

Notre système de justice punitif n'exige pas du délinquant qu'il assume la responsabilité de ses actes. La seule chose que le délinquant ne fait pas habituellement est plaider coupable. Les délinquants plaident « non coupable » même s'ils sont coupables de toute évidence, dans l'espoir de pouvoir s'en tirer pour une considération d'ordre technique ou en espérant qu'un témoin ne se présentera pas et que leur cas sera rejeté par le tribunal.
Si l'accusé plaide parfois coupable, c'est parce que le système est tellement oppressif que les chances d'avoir une audience en bonne et due forme sont très minces; l'accusé décide de plaider coupable car il veut simplement en finir. Si un délinquant n'est pas prêt à assumer la responsabilité de ses actes, il continuera d'enfreindre la loi - non seulement la guérison n'a pas alors lieu, mais encore tout le monde en sort plus blessé.
Lorsque nous envoyons des hommes et des femmes à la prison, la principale raison est qu'ils purgent la peine qui a été déterminée dans une salle d'audience. Le Service correctionnel du Canada est responsable du délinquant jusqu'à l'expiration de la peine imposée par le tribunal. Pendant qu'ils purgent leur peine, les délinquants suivent des programmes conçus pour les aider à maîtriser la colère, à lutter contre l'alcoolisme et la toxicomanie et à améliorer leurs compétences cognitives, mais le but premier de l'emprisonnement est de punir.
Est-ce que cela veut dire que nos mauvaises actions ne devraient jamais entraîner aucune conséquence ? Bien sûr que non ! Lorsque quelqu'un cause un tort à une autre personne, ne voulons-nous pas que le coupable comprenne ce qu'il a fait, qu'il le regrette et qu'il s'excuse ? Qu'est-ce qui se passe après les excuses ? Réparer les torts est la prochaine étape, et puis, assumer la responsabilité de ses actes pour que le processus de guérison puisse commencer. Le châtiment ne sert pas à guérir.
Cependant, c'est exactement ce que nous faisons lorsque nous rendons justice. En réponse au crime, nous infligeons la souffrance. Cela se passe en notre nom, pour notre compte, au moyen de notre argent en tant que contribuables.
« Nous administrons le châtiment, observe John Lampen de l'Irlande du Nord, parce qu'on nous a appris que l'humiliation et la souffrance sont au cour de la justice et que le mal doit être contenu par la sévérité plutôt que par l'amour et la compréhension.
On représente la Justice comme une déesse aux yeux bandés, qui tient une balance. Le processus de justice pénale va au-delà des différences sociales, économiques et politiques, en essayant de traiter tous les délinquants comme égaux devant la loi. Le processus favorise le traitement des inégaux comme des égaux, ce qui constitue peut-être la plus grande injustice. »

Nous obtenons comme résultat un processus qui enlève aux personnes et à la collectivité l'administration de la justice et qui la transmet à une énorme machine bureaucratique ayant des intérêts en place. On encourage ainsi notre tendance à remettre des problèmes entre les mains des professionnels.
Zehr en est venu à la conclusion que la justice punitive était répréhensible du point de vue moral et spirituel, et qu'elle faisait défaut. Il a reconnu qu'un changement dans le paradigme se faisait sentir et qu'un nouveau modèle du traitement du crime et de la justice se formait. Zehr a entrevu une approche réparatrice de la justice.
Dans le cadre de l'approche punitive que nous adoptons actuellement à l'égard de la justice pénale, les blessures et les besoins de la victime et du délinquant sont négligés. De plus, les préjudices peuvent s'aggraver.
Zehr voulait savoir pourquoi les véritables besoins des personnes touchées par le crime - qu'il s'agisse de la victime ou du transgresseur - semblaient être tellement négligés dans le processus de justice pénale ? Pourquoi la peine imposée semble être la seule chose qui compte ?
La réponse qu'il a trouvée réside, en partie, dans la façon dont nous comprenons le crime et la justice. Il ne semble pas exister une seule interprétation des concepts du crime et de la justice - il paraît que la meilleure chose que nous puissions faire est de qualifier les points de vue de conservateurs ou de libéraux.
Les conservateurs modérés veulent apparemment un châtiment rapide, certain et dur alors que les libéraux se préoccuperaient davantage des droits et de la situation du délinquant.
NOUS FAISONS DE GRANDES HYPOTHÈSES. COMPRENONS-NOUS POURQUOI ?
Si nous analysons de plus près nos sentiments, les différences entre les opinions conservatrices et libérales ne sont pas finalement si grandes que ça. Les hypothèses et les interprétations formulées par la plupart d'entre nous transcendent les étiquettes de conservatrices et de libérales. Lorsque nous qualifions quelque chose de crime, un certain nombre d'hypothèses de base semblent façonner notre opinion.
Nous considérons que la culpabilité doit être établie.
Le coupable doit être puni.
Le châtiment suppose nécessairement le fait d'infliger une souffrance.

La justice se mesure au moyen de ce processus. La question de la culpabilité est le pivot de notre processus de justice pénale. Nos efforts visant à rejeter la faute sur quelqu'un nous orientent vers le passé, ce qui nous empêche de réfléchir sur ce que nous pouvons faire pour résoudre les problèmes créés par l'infraction ou pour changer les conditions ayant causé l'infraction.
La culpabilité et le châtiment constituent les deux pivots du système de justice. Les délinquants doivent souffrir pour les souffrances qu'ils ont causées. Seul le fait d'infliger une souffrance peut rétablir un équilibre.
PILOTE AUTOMATIQUE !
Nombreux sont ceux qui ont recours à l'expression biblique « Oil pour oil », qui est vraiment une fausse interprétation de ce qu'on entendait par cela. Nous l'utilisons pour justifier les conditions difficiles d'un séjour en prison.
Lorsque l'Ancien Testament disait « oil pour oil », il voulait dire qu'il y avait des limites - un oil pour un oil, mais pas plus.
Jésus rejette plus tard cet argument, dans l'évangile selon saint Matthieu, lorsqu'il dit : - « Vous avez appris qu'il a été dit : Oil pour oil, dent pour dent. Eh bien moi, je vous dis de ne pas riposter au méchant. « Il semble que nous n'ayons pas entendu ce que Jésus avait dit.
La justice réparatrice a été décrite comme une grande idée, considérée comme une principale transformation dans l'application de la justice, qui s'opère à l'échelle mondiale.
Zehr a laissé entendre que nous sommes en plein changement de modèle et que nous commençons à adopter une approche réparatrice au lieu d'une approche punitive à l'égard de la justice.
Le changement de modèle signifie des changements dans notre façon de penser. Il fut une époque où les philosophes croyaient que la planète Terre était le centre de l'univers. Les plus grands penseurs de l'époque y croyaient. Aujourd'hui, nous sommes mieux avisés.
Les paradigmes, ou les modèles dont nous disposons, façonnent non seulement notre manière de voir le monde physique, mais également notre manière de voir le monde sur le plan social, psychologique et philosophique. Le modèle utilisé nous fournit les moyens qui nous servent à comprendre différents phénomènes. Le modèle que nous utilisons détermine la façon dont nous définissions nos problèmes, ce qui constitue un point de départ pour les solutions que nous considérons comme appropriées.

Le châtiment est ce qui, selon nous, changera le comportement. Même si les preuves montrent que ce n'est pas vrai, nous continuons de punir.
POURQUOI LAISSONS-NOUS PASSER LA CHANCE DE GUéRIR ET POURQUOI CONCENTRONS-NOUS SUR LE CHÂTIMENT ?
Il n'est pas nécessaire de punir; une société peut guérir sans punir. En parlant de ce que l'Afrique du Sud a dû faire pour prévenir le déchirement de la société lorsque la majorité noire avait formé le gouvernement, l'évêque Desmond Tutu a expliqué : « Notre pays a choisi une voie mitoyenne d'accorder une amnistie individuelle en échange de la vérité. »
« Certains diront : où est la justice ? Et nous répliquons que la justice punitive n'est pas la seule façon de rendre justice. Il y a aussi la justice réparatrice... Nous avons découvert que le fait de raconter leurs histoires permettait aux gens de guérir. »
L'essentiel de la justice réparatrice consiste en ce que les parties touchées directement par le crime participent au processus de recherche d'un règlement. En racontant leurs histoires les gens entament le processus de guérison.
Est-ce que cela veut dire qu'il suffit que le délinquant s'excuse et qu'il se fasse pardonner ? Non, - toutefois, « la plupart des gens sont d'avis que le système de justice doit essayer de réparer les dommages causés par l'acte criminel commis; que nous devons faire participer les parties directement affectées par le crime au règlement de la situation; que nous devons amener le délinquant à assumer la responsabilité intime de ses actes et à reconnaître que les êtres humains vivent fondamentalement en relation les uns avec les autres. »
De nombreux crimes sont commis parce qu'il n'y a pas de sentiment d'appartenance. La plupart des délinquants ne se voient pas comme une partie d'une collectivité plus grande où les uns prennent soin des autres.
Si vous êtes prêt à admettre qu'un crime entraîne le besoin de guérison - et si vous êtes d'avis qu'il n'y a pas beaucoup de place pour la guérison dans le processus de justice punitive à laquelle nous avons actuellement recours - nous pouvons commencer à parler d'une approche réparatrice à la justice.

L'une des premières choses que nous apprenons lorsque nous commençons à penser « réparation » est de prendre soin les uns des autres.
Les hommes et les femmes incarcérés dans nos prisons ont jadis été des bébés - ils ont probablement été baptisés comme tous les autres bébés que nous faisons baptiser dans les églises d'un bout à l'autre du pays - et puis, quelque chose est allé de travers.
Tout a peut-être commencé avec l'intimidation à l'école. Puis, il y avait de petits mensonges - peut-être de petits vols. Nous connaissons tous les premiers indices. Nous voyons ces choses arriver.
Un parent seul, dépourvu d'amour et d'affection - et si l'on ne connaît pas l'amour, il très difficile d'aimer les autres - a souvent un enfant qui manque de soins et de stabilité sur le plan émotionnel, ce qui est essentiel à la croissance équilibrée.
Les privations matérielles lorsqu'un parent perd son emploi en raison de mesures de compression des coûts des entreprises visant à maintenir les cours des actions pour que nos fonds de pension s'accroissent.
Un parent qui travaille tard plusieurs jours par semaine pour devenir un partenaire dans un cabinet d'avocats ou d'experts-comptables, ou pour pouvoir se payer un chalet ou une maison plus grande.
Des histoires de chevet jamais racontées; des imaginations jamais développées.
Ces enfants, ces cadeaux - commencent à perdre leur chemin. Et nous, en tant que collectivité, commençons à effiler les bords de notre tissu social, et les gens tombent entre les fils desserrés du filet qui, selon nous, est là pour nous sauver lorsque nous glissons et tombons.
En prenant soin les uns des autres, nous créons une communauté - un endroit où nous pouvons grandir et devenir ce que sommes vraiment censés être.

Dans la première lettre de saint Jean, on peut lire : Petits enfants, n'aimons pas en paroles et avec la langue, mais en actions et avec vérité.
La justice réparatrice se sert de l'approche canadienne aux problèmes sociaux. Notre système de soins de santé, nos politiques concernant le bien-être collectif, les allocations familiales, notre décision de supprimer la peine de mort et notre système de radiotélévision nationale constituent des exemples d'une approche de responsabilité mutuelle.
Nous sommes une société compatissante avec un héritage autochtone qui peut nous apprendre beaucoup sur la guérison. La justice réparatrice est un moyen de créer un système de justice pénale qui guérit; un système qui répare au lieu de punir. C'est faire en sorte que justice soit rendue en tenant compte de l'importance de chaque personne.