Alain Ferron est prêre et Aumônier en milieu carcéral
Le ministère pastoral en milieu carcéral est un ministère de présence, d'écoute et de compassion. Il est totalement centré sur la personne. la personne qui se retrouve à l'écart de la société. Ce ministère en est un également de guérison, de pardon, voir même de réconciliation. Il appelle au rétablissement des liens entre la personne détenue et la communauté.
Depuis plus de cinq ans, j'exerce un pastorat en milieu pénitentiaire. à mon arrivée à l'établissement de La Macaza, situé dans les Hautes Laurentides, des familles et des proches de détenus m'ont interpellé face la Justice Réparatrice : une approche centrée sur la médiation et la réparation et qui favorise la restauration des liens sociaux.
Convaincu de la pertinence de cette « nouvelle approche », j'acceptais de m'investir et de collaborer à la création d'un projet avec la participation d'intervenants, de bénévoles et de détenus. Ensemble, dans un esprit collectif et soucieux du consensus, nous avons mis sur pied un programme de conscientisation et d'éducation en milieu carcéral : le projet « Arc-en-ciel ». Celui-ci est axé sur le rapprochement entre le détenu et les membres de son réseau naturel (famille et proches). étant communautaire, le programme offre l'espace permettant de rétablir les liens (sociaux, humains, spirituels), là où il y a eu offenses et délits. Il tend vers une communauté fondée sur le respect et la dignité de chaque personne, et plus spécifiquement de la personne blessée.
Ce programme n'est qu'un premier pas dans le long processus de guérison et de restauration de l'équilibre social. Il faut mentionner que la victime est au cour des préoccupations de la Justice Réparatrice. Le projet « Arc-en-ciel » affirme qu'en plus des victimes touchées directement par le geste délictuel, plusieurs personnes, de façon indirecte, en sont affectées profondément. Le délit commis, par son onde de choc, produit un impact néfaste sur l'environnement social, incluant le réseau naturel de la personne délinquante. Offert en milieu carcéral, le programme permet une expérience communautaire conduisant le détenu à la responsabilisation et à la réparation, si possible, des torts causés. Il soutient ses proches touchés et blessés par le délit et l'incarcération, dans leur recherche et leur cheminement vers la guérison. Il permet la participation active des bénévoles qui au nom de la communauté et de la collectivité s'engagent à restaurer la société.
Le projet « Arc-en-ciel » s'inspire des cercles de guérison autochtones. Cela présuppose donc qu'il incombe à la communauté de voir à la résolution des problèmes liés au crime et de chercher à rebâtir le tissu social. Les cercles de guérison favorisent une approche holistique, c'est-à-dire touchant et englobant les différentes sphères de l'expérience humaine : physique, affective, psychologique, sociale et spirituelle. Ces cercles proposent une approche inclusive, c'est-à-dire cherchant à réintégrer la personne délinquante au sein de la communauté. Le milieu autochtone, porteur d'une longue tradition en ce domaine, suggère des voies possibles de guérison et de réconciliation communautaires.
Ce projet social et pastoral est éminemment évangélique car il fait place aux pauvres, aux blessés et aux pécheurs publics et repentants. La communauté de Foi devient un lieu privilégié d'ouverture et d'accueil, offrant l'espace aux personnes brisées ou blessées, « aimables ou moins aimables ».
Le programme a été donné une fois au pénitencier. Son actualisation a demandé discernement et prudence, mais nous pouvons déjà affirmer que l'expérience vécue a été riche et demeure des plus prometteuses. L'évaluation rendue par les détenus, les proches et les bénévoles est très positive. Les objectifs visés sont atteints. Le défi de poursuivre l'expérience est de taille mais il vaut la peine d'être relevé. L'un des participants s'exprimait ainsi : "La Justice Réparatrice exige la volonté de regarder ses propres erreurs et le désir profond de "panser-penser" la société".