« Au cour de la plupart des religions se trouvent les principes fondamentaux de la compassion et de la justice, qui permettent de guérir, de réconcilier et d'établir la paix. Comme il est précisé dans le Coran : « Craignez Allah, maintenez la concorde entre vous. »(8:1)1
La justice réparatrice « envoie un message clair : elle condamne le comportement inacceptable tout en apportant du soutien au délinquant [et à la victime]. » La justice réparatrice vise essentiellement à en arriver à un équilibre entre la voie de la justice et la voie de la compassion.2
Il y a trente et un ans, un agent de probation idéaliste inspiré par sa foi mennonite a donné à un adolescent perturbé la chance de rencontrer ses victimes et de réparer ses torts, au lieu de lui imposer un châtiment plus traditionnel. Ils sont devenus tous les deux des pionniers de la justice réparatrice, un concept qui nous permet de percevoir les criminels et la criminalité d'une façon différente.
Russ Kelly, qui était âgé de 18 ans en 1974, a déclaré ce qui suit : « Je cherchais querelle à tout le monde. J'étais en colère contre le monde entier. Si j'avais été en prison, je serais devenu encore pire et mon cour se serait endurci. La justice réparatrice a donc fait une grande différence dans ma vie. »3
La foi constitue une composante qui permet de renforcer les traditions et la culture de tous les peuples. Intégrée de façons saines, la foi vise à fournir des chemins à suivre pour créer une société forte y compris un engagement envers la responsabilité sociale. Par conséquent, je crois que les groupes confessionnels jouent un rôle particulier pour renforcer l'avenir de nos collectivités. Dans un pays aussi diversifié que le Canada et fondé sur le respect pour tous, les personnes appartenant à divers groupes culturels ou religieux sont invitées à laisser leur foi, les valeurs culturelles (p. ex. la Charte canadienne des droits et libertés) et leurs croyances sous-tendre leurs relations avec autrui. Plus nous comprenons et respectons les questions liées à la justice et à la criminalité dans notre vie quotidienne, plus nous trouverons des moyens de renforcer notre vie commune.
La justice réparatrice peut être considérée comme une façon d'appeler les groupes confessionnels à participer à un dialogue animé sur la justice pénale. Le « cercle » interconfessionnel rassemble des personnes de différentes traditions confessionnelles qui s'engagent à trouver des solutions. Le cercle constitue pour eux une ressource qui permet d'approfondir leur compréhension et d'accroître leur coopération. Il peut s'agir d'un cercle indépendant ou d'un cercle qui part de structures existantes, tels que des groupes interconfessionnels ou des associations de quartiers. Les rassemblements peuvent servir à explorer et à apprendre au moyen d'un respect mutuel dans la poursuite d'objectifs communs.
Voici une approche pour en apprendre davantage sur la justice réparatrice5 : choisir certains versets de textes sacrés des participants et les examiner en tenant compte d'une question liée à la justice qui touche la collectivité, tel que le vandalisme ou l'intimidation. La « méthode d'étude suédoise » consiste à prendre trois simples symboles pour décrire les questions que le groupe pourrait se poser vis-à-vis les textes sacrés et les principes de la justice réparatrice en vue d'atteindre une meilleure compréhension et orientation. Par exemple, au moyen d'un point d'interrogation, d'une flèche et d'une image d'une chandelle allumée, le groupe pourrait commencer en récitant une courte prière interconfessionnelle, se diviser en petits groupes pour examiner les questions et se rassembler pour discuter des orientations possibles. Chaque symbole représente une question directrice :
La discussion aurait probablement pour effet une compréhension commune de la façon dont chaque personne contribue au sens de bien-être et de sécurité dans la collectivité et, en fin de compte, aux solutions créatives, coopératives et positives.
Avec l'appui des autorités de justice locales, des membres de la collectivité de Renfrew (Ontario) se sont rassemblés pour former un cercle de justice réparatrice. Dans ce contexte ils ont examiné un cas d'introduction par effraction où quatre garçons ont été accusés d'avoir détruit systématiquement un certain nombre de voitures antiques qui étaient entreposées. Les garçons avaient démarré certaines voitures et en ont embouti d'autres. Ils ont ensuite vidé le contenu d'extincteurs à l'intérieur des voitures, causant plus de 10 000 $ de dommage. Lorsqu'ils ont été confrontés par les propriétaires des voitures, qui étaient en colère, les garçons ne pouvaient pas expliquer leur comportement et se sont mis à pleurer. à l'étape de recours de la discussion, on a révélé que tous les garçons habitaient avec des mères de famille monoparentale qui faisaient leur possible pour élever seules les garçons et leurs frères et sours. En bout de ligne, un des propriétaires qui était en colère auparavant a dit aux garçons : « Si jamais vous avez besoin de parler de vos préoccupations ou de vos problèmes, je suis là pour vous. N'oubliez surtout pas ça. » à titre d'animateur du cercle, je croyais que nous avions tous été témoins d'un changement d'avis et du début d'un processus de guérison pour les participants du cercle et pour l'ensemble de notre collectivité.
Le défi que nous devons tous relever consiste à considérer le comportement criminel au sein de nos collectivités comme des occasions de guérir afin d'accroître la responsabilisation, le respect, le pardon et le changement.
1 L'extrait est tiré de « Le Saint Coran et la traduction en langue française du sens de ses versets » des copies du Saint Coran en provenance de l'ambassade de L'Arabie saoudite.
2 Marc Forget, tel que raconté à Don Butler dans le cadre de la série sur la justice réparatrice publiée dans The Ottawa Citizen, le 11 septembre 2004.
3 Russ Kelly, "How a drunken rampage changed legal history", par Don Butler, The Ottawa Citizen, série sur la justice réparatrice, le 11 septembre 2004.
4 Ce qui suit constitue une adaptation d'un texte publié plus tôt par Ron Hunt, un prêtre anglican qui participe activement à des activités ocuméniques et interconfessionnelles en Ontario depuis de nombreuses années. Ron fournit une formation sur la justice réparatrice et a animé de nombreux cercles. Pour de plus amples renseignements sur la justice réparatrice d'une perspective interconfessionnelle, cliquez sur le lien suivant : http://www.csc-scc.gc.ca/text/prgrm/chap/faith/index-fra.shtml
5 Voir Les repères de la justice réparatrice du Comité central mennonite, repris avec permission http://www.csc-scc.gc.ca/text/prgrm/chap/faith/index-fra.shtml