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Des exemples vivifiantes

Des réflexions sur le theme :
« De l'expérience naît la sagesse »

I

Judi Morin, SSA (ou sour de Ste-Ann), Victoria (C.-B.)

En tant que croyants, de quoi avez-vous été témoins lorsque vous avez cherché à intégrer les principes de la justice réparatrice dans votre vie au cours de vos rapports avec les ex-détenus ou les détenus, le personnel, les victimes et les membres de la collectivité en général ? Décrivez comment vous avez grandi personnellement ou vu les autres grandir ou être transformés au moment où leur vie a été touchée.

En apprenant et en enseignant La communication non violente : un langage pour la justice réparatrice, j'ai pu constater le gaspillage d'une énorme quantité d'énergie qu'entraînent le blâme, les pensées de revanche et la colère. Par contre, je peux voir comment, lorsque nous accordons une attention particulière aux besoins des deux parties au moment de l'acte et pendant la période de guérison, nous pouvons utiliser notre énergie limitée pour cerner les besoins des victimes et des délinquants et y satisfaire. Lorsque les besoins des deux parties sont satisfaits, la liberté que celles-ci ressentent est une expérience merveilleuse à vivre ou à témoigner.

Nommez la leçon la plus importante (sagesse) que vous avez tirée de l'application des principes de la justice réparatrice dans votre vie et votre ministère ? Vous avez peut-être acquis cette sagesse par suite d'une erreur que vous avez commise ou observée...

La justice punitive est trop dispendieuse et est simplement inefficace. Martin Luther King Jr. avait dit, « Vous n'avez aucune influence sur les personnes qui ressentent le mépris que vous affichez à leur égard ». Dans le cadre de la justice punitive, nous méprisons ceux qui sont punis parce que nous disons qu'ils « le méritent » et nous limitons par le fait même notre influence qui les aide à grandir.

Au moment de l'examen de la différence que la justice réparatrice a faite dans votre vie et celle des autres, exprimez un espoir que vous caressez et une action que vous êtes prêt à réaliser en prévision de l'avenir.

Quels sont les défis auxquels vous continuez de faire face pour intégrer les principes de justice réparatrice dans tout votre être et toutes vos actions ?

Le plus gros défi consiste à me rappeler à porter une attention particulière à mes propres besoins (en tant que victime) plutôt qu'à la justification de ma souffrance et aux besoins de l'auteur du crime (la liberté d'une honte débilitante, une façon d'obtenir une restitution, de se faire entendre et respecter comme être humain en dépit de l'acte terrible que j'ai commis, une façon de répondre aux besoins sous jacents auxquels je tentais de satisfaire lorsque j'ai commis cet acte de manière à ne pas contrecarrer les besoins des autres, de pouvoir exprimer les sentiments que je ressens) et plutôt qu'au recours au blâme, à la honte et au rejet.
Je suis de plus en plus convaincue que si nous voulons que les gens grandissent, nous devons changer non seulement notre méthodologie, mais aussi notre intention et nos croyances à l'égard des personnes qui nous ont fait du tort ou qui ont fait du tort à d'autres.

II

Joan M. R. Jolin, Windsor (Ontario)

Je suis psychothérapeute retraitée, ayant fait des études comme travailleuse sociale. Je détiens un baccalauréat en service social de l'Université King's College, qui fait partie de l'Université de Western Ontario, à London (Ontario). J'ai aussi obtenu quatre crédits en vue d'obtenir une maîtrise à l'Université de Windsor.

Pendant 15 ans, j'ai travaillé avec des adultes, des hommes et des femmes, qui ont survécu une agression sexuelle pendant leur enfance.

J'ai siégé au Conseil d'administration de la Maison St.-Léonard à Windsor pendant plus de 12 ans, soit de septembre 1991 à juin 2003. De 1995 à 1997, j'étais présidente du Conseil. Je suis actuellement membre du Comité d'aumônerie.

Mon fils était incarcéré dans un établissement fédéral de mars 1985 à janvier 1988. Il a ensuite habité à la maison St.-Léonard à Windsor pendant six mois. Il a purgé sa peine de cinq ans en liberté conditionnelle dans la collectivité. Sa liberté conditionnelle a pris fin en 1990. En janvier 2005, il a obtenu une réhabilitation.

En tant que croyants, de quoi avez-vous été témoins lorsque vous avez cherché à intégrer les principes de la justice réparatrice dans votre vie au cours de vos rapports avec les ex-détenus ou les détenus, le personnel, les victimes et les membres de la collectivité en général ?

Décrivez comment vous avez grandi personnellement ou vu les autres grandir ou être transformés au moment où leur vie a été touchée.

J'ai grandi de plusieurs façons. J'en ai appris beaucoup sur notre système de justice et sur le processus que doit suivre un détenu une fois qu'il est admis dans un établissement et ensuite une fois qu'il est libéré dans la collectivité. J'ai vu ce qui se produit lorsque les gens se séparent en deux groupes - « eux » et « nous » - au lieu de voir la vérité spirituelle : nous ne formons qu'un tout, nous provenons tous de la même Source et y retournons tous. En nous fermant les yeux, nous faisons souffrir les détenus et les ex-détenus, ainsi que leurs familles. Nous volons leur humanité, et leur réinsertion sociale est très difficile, souvent parce que leurs familles les ont reniés.

Je crois, et mon fils le croit aussi, que l'amour et le soutien qu'il a reçus de sa famille, de la Maison St. Léonard et maintenant de sa femme et de ses fils, ainsi que sa pratique de l'Aïkido, le réconfortent. J'ai l'impression qu'il s'en est tiré. C'est important puisqu'il aura toujours peur, non seulement du crime qu'il a commis, mais de son expérience en prison.

Mon fils habite dans la collectivité depuis presque 20 ans comme un citoyen respectueux de la loi. Il occupe un bon emploi, il a une maison et une voiture, il est marié et a des enfants. Il s'intéresse à la vie communautaire. Il sait que, bien qu'il ait purgé sa peine " tout seul " en prison, c'est l'appui qu'il a reçu qui l'a aidé à survivre.

J'ai aussi eu l'occasion de travailler avec de nombreux condamnés à perpétuité, que j'ai appris à connaître personnellement et qui travaillent maintenant comme intervenants accompagnateurs. Les intervenants accompagnateurs retournent dans les établissements pour aider les détenus à vivre en prison et à préparer leur libération. Ils aident les familles des détenus. Les intervenants accompagnateurs assument un éventail de tâches qui visent à maintenir un lien entre les détenus et la collectivité. Il s'agit d'un exemple concret que même les délinquants condamnés à perpétuité seront vraisemblablement libérés dans la collectivité. Ils sont la preuve que nous avons tous la capacité de changer, de vivre une vie « normale ». Et non seulement une vie « normale », mais une vie au service de la collectivité.

Nommez la leçon la plus importante (sagesse) que vous avez tirée de l'application des principes de la justice réparatrice dans votre vie et votre ministère? Vous avez peut-être acquis cette sagesse par suite d'une erreur que vous avez commise ou observée...

La leçon la plus importante que j'ai tirée : la compassion. Et de cette compassion naît l'appel à servir (Matthieu 25:40).

Cette sagesse a été acquise directement à la suite de l'expérience qu'a vécu mon fils. Elle a aussi été acquise lorsque j'ai accepté mes responsabilités concernant l'éducation de mon fils. J'ai vu que la façon dont je l'ai élevé pourrait avoir contribué à son infraction. Il s'agissait d'une des périodes les plus difficiles de va vie. En possédant cette responsabilité, je me suis permis de changer et de faire avancer ma relation avec mon fils.

J'ai aussi appris qu'il est important de ne pas cacher la vérité et garder des secrets. En raison de la nature du crime qu'a commis mon fils, tout le monde n'était pas au courant du fait que mon fils était en prison. Cependant, de nombreux amis et membres de la famille connaissent les détails du crime qu'a commis mon fils et de son incarcération subséquente. Cette connaissance crée un équilibre délicat lorsqu'on laisse le passé de côté, comme il se doit, et qu'on s'engage sur la voie de l'avenir, avec le pardon de Dieu et en embrassant les nombreuses joies de la vie. En acceptant la réalité du crime qu'a commis mon fils et de son incarcération, nous ouvrons la voie de communication entre nous. Il ne faut pas cacher la vérité.

Au moment de l'examen de la différence que la justice réparatrice a faite dans votre vie et celle des autres, exprimez un espoir que vous caressez et une action que vous êtes prêt à réaliser en prévision de l'avenir.

J'espère que les gens constateront que nous ne faisons pas partie de groupes distincts, mais que nous formons un tout. J'espère qu'ils se regarderont dans un miroir et qu'ils verront un visage humain, capable de tout compte tenu des circonstances de leur vie, tout comme le visage de chacun de nous. Les nazis ont peut-être commis des actes monstrueux contre leurs prochains, mais ils étaient humains et auraient pu faire d'autres choix.

Je vais continuer de travailler à la maison St.-Léonard, à Windsor afin de partager mon histoire et de faire ce que je peux pour aider.

Quels sont les défis auxquels vous continuez de faire face pour intégrer les principes de justice réparatrice dans tout votre être et toutes vos actions ?

Je ne peux pas oublier la chose même que je désire - que chacun de nous, quoi que nous ayons fait, sommes des êtres humains. Cela est devenu nettement évident pour moi lorsque j'ai visité l'établissement Frontenac dans le cadre d'une conférence de la Société St.-Léonard qui a eu lieu récemment à Bolton. Le détenu à qui notre petit groupe avait parlé, dans la petite chapelle, avait été accusé et déclaré coupable d'un crime horrible, très médiatisé à l'époque. Je connaissais son mon. Je connaissais les détails du crime qu'il avait commis. Je ne l'aimais pas et je l'ai dis à un des intervenants accompagnateurs. J'ai continué de le critiquer vigoureusement même si je voyais la souffrance dans les yeux de l'intervenant face à mon intolérance. J'avais fait ce que je déplore. Je l'avais considéré comme un objet.

Lorsque j'ai vu ce vieil homme fragile assis dans un fauteuil roulant, la cicatrice d'une chirurgie à cour ouvert qui dépassait de l'ouverture de son chandail à manches courtes, mes préjugés ont disparu, mon cour s'est ouvert, et j'ai demandé le pardon de Dieu pour mon manque de compassion. Dieu m'a pardonné. Plus tard, j'ai demandé à l'intervenant accompagnateur de me pardonner lui aussi. Il m'a pardonné.

C'est grâce au pardon que nous montrons aux autres notre volonté de cultiver une relation avec eux. Le pardon, c'est la source de l'amour qui prend sans cesse des risques. L'amour nous donne le courage de tendre notre main aux autres et de les inviter à marcher avec nous. Seul l'amour peut vaincre la peur.