« Le gâteau volé », une histoire écrite par Melissa Miller, raconte comment un enfant réagit après qu'on lui a fait du tort. Elle a pour objet d'aider les enfants à réfléchir sur les notions de réconciliation et de pardon, qui sont importantes dans le système carcéral.
Si la situation s'y prête, inviter les enfants de 3 à 8 ans à venir à l'avant et à s'asseoir près de la personne qui va conter l'histoire. Celle-ci doit en connaître tous les détails pour pouvoir la raconter plus ou moins de mémoire. Les illustrations rendent l'histoire plus vivante pour les enfants.
En guise de conclusion, les questions posées aux enfants les aident à faire le lien entre l'histoire et leur quotidien.
« Julie devient une bonne bête de la forêt » par Melissa Miller est un conte pour enfants inspiré de la parabole du bon Samaritain. Les illustrations d'animaux rendent l'histoire plus vivante. On peut s'en servir pour alimenter la réflexion sur la façon dont on doit se conduire envers les personnes qui souffrent ou ont été victimes d'un crime.
Si la situation s'y prête, inviter les enfants de 3 à 8 ans à venir à l'avant et à s'asseoir près de la personne qui va conter l'histoire. Celle-ci doit en connaître tous les détails pour pouvoir la raconter plus ou moins de mémoire. Les illustrations rendent l'histoire plus vivante pour les enfants.
« Le gâteau volé » et « Julie devient une bonne bête de la forêt » qui suivent, font partie d'une trousse documentaire utilisé à l'occasion du Dimanche de la justice criminelle, qui a été préparée par Melissa Miller et David Worth, du Comité central mennonite (Ontario) en février 1983.
Matthieu s'en allait à l'école en sifflotant. Il avait plu pendant la nuit, et il s'amusait à sauter au beau milieu des flaques d'eau qui restaient sur le trottoir, bien au sec dans ses bottes de caoutchouc.
Dans sa boîte à lunch, il y avait un gâteau au chocolat, avec du chocolat fondant à l'intérieur et un glaçage au chocolat sur le dessus. Son dessert favori!
Matthieu s'arrêta près d'une flaque d'eau, devant la maison des Lepage. Il se prépara à sauter pour atterrir en plein milieu de la flaque. Comme il se mettait en position, il entendit des pas, derrière lui, qui se rapprochaient rapidement. Il vit du coin de l'oil une silhouette, juste au moment où sa boîte à lunch lui était arrachée des mains.
"Hey!" s'écria Matthieu, comme la personne prenait la fuite. Effrayé, Matthieu se mit à courir aussi. Mais en reconnaissant le blouson rouge de la personne, il ralentit l'allure et regarda tristement sa boîte à lunch disparaître.
La personne habillée du blouson rouge était Alexis Crevier, le plus costaud et le plus rapide de tous les élèves de la 3e année. C'était la troisième fois qu'il s'emparait de la boîte à lunch de Matthieu. Matthieu savait où il la retrouverait, alors qu'il débouchait sur la rue Principale, juste devant l'école. Sa boîte à lunch serait cachée au fond d'un trou, dans le mur de pierre entourant l'école; elle serait intacte, sauf que son dessert aurait disparu.
Matthieu avait déjà essayé auparavant de courir après Alexis, mais sans réussir à le rattraper. Il avait également tout raconté à la maîtresse, mais elle lui avait dit de régler çà avec Alexis. Alexis n'avait manifestement pas envie de régler çà.
Matthieu tourna le coin et vit sa boîte à lunch cachée au fond du trou, dans le mur de pierre. Il s'avança, la ramassa et l'ouvrit. Il y avait son sandwich au beurre d'arachide et miel, sa pomme et ses carottes. Mais pas de petit gâteau.
Il marcha lentement jusqu'à l'école, se sentant triste et découragé. Que faire?
Toute la journée durant, il réfléchit au problème. Il pensait encore à Alexis et au gâteau volé en rentrant chez lui. Pendant le souper, il fut tellement silencieux que son père lui demanda à deux reprises ce qui n'allait pas. Il répondit : "Oh, rien.". Il voulait trouver une solution tout seul.
Mais ce n'est qu'au moment d'aider sa mère à préparer sa boîte à lunch pour le lendemain que Matthieu sut ce qu'il allait faire.
Il raconta tout à sa mère et lui confia ce qu'il voulait faire. Sa mère lui dit "Lorsqu'une personne fait quelque chose de mal, il y a toujours quelque chose en-dedans qui la rend malheureuse." Elle ajouta que son idée était bonne et l'aida dans ses préparatifs.
Cette nuit-là, quand Matthieu se glissa sous les couvertures, il se sentait bien comme il ne l'avait jamais été depuis qu'Alexis lui avait volé son dessert la première fois. Il s'endormit en pensant à son plan.
Le lendemain matin, Matthieu se dépêcha d'aller à l'école. Il fut l'un des premiers à arriver dans la salle de classe. Il posa sa boîte à lunch sur la table, au fond de la pièce, l'ouvrit et prit deux des quatre biscuits aux grains de chocolat qu'il y avait mis la veille, puis referma la boîte.
Il se dirigea vers le bureau d'Alexis et y déposa les deux biscuits, avec une note qui disait : "Salut, Alexis. de Matthieu.", puis retourna à son siège.
Alexis arriva juste après la sonnerie de la cloche et gagna son bureau à la hâte. Matthieu était assis trop loin de lui pour pouvoir voir son expression lorsqu'il découvrit les biscuits.
Après le lunch, Matthieu se dirigea vers la table où Alexis mangeait habituellement avec ses copains.
"Salut", dit Matthieu.
"Salut", répondit Alexis. Il avait l'air peu sûr de lui.
"Tu veux faire une partie à la récré?", lui demanda Matthieu. Il avait en mains sa balle et son gant.
"Euh. non, répondit Alexis. J'ai autre chose à faire."
"OK", fit Matthieu et il se détourna pour s'en aller.
"Peut-être une autre fois", ajouta Alexis.
"Ouais, peut-être", répondit Matthieu et il crut voir un sourire sur les lèvres d'Alexis.
Julie, un raton laveur à l'épaisse fourrure, vivait avec sa famille au fond d'une vaste forêt, bien au chaud dans un arbre creux des plus confortables. Julie avait des yeux noirs et brillants, une longue queue touffue rayée de noir et de brun.
Ses compagnons de jeu étaient Sabrina, un rossignol plein d'entrain, et Dany, un écureuil roux des plus bavard. Ensemble, ils jouaient des heures durant dans la forêt.
Une journée d'été, Julie et ses amis jouaient au chat perché dans un vieux chêne immense. Sabrina était "le chat". Julie et Dany se cachaient sous un épais rideau de feuilles du chêne. Juste au moment où Sabrina aperçut la queue rayée de Julie dépassant d'une feuille et toucha Julie, les trois animaux entendirent un faible grognement, comme la plainte de quelqu'un qui a mal.
"Qu'est-ce que c'était?", demanda Dany, un peu effrayé.
"Grimpons jusqu'à la cime, pour mieux voir", dit Julie.
Les trois animaux se précipitèrent tout en haut du chêne, où branches et feuilles s'éclaircissaient. De là, ils voyaient presque toute la forêt. Ils regardèrent tout autour, de leurs yeux perçants, mais ne virent personne.
"Peut-être n'avons-nous rien entendu, en fait, suggéra Dany. Peut-être que c'était le vent qui soufflait dans les pins."
à cet instant, ils entendirent à nouveau le grognement, plus fort cette fois. Sabrina s'exclama : "Regardez, c'est un membre de la famille Moufette." Julie et Dany regardèrent dans la direction qu'elle indiquait. Oui, il y avait bel et bien une petite moufette, couchée entre un gros rocher et le sentier, à une courte distance du chêne.
La moufette avait l'air mal en point. Elle gisait par terre en tenant sa tête entre ses pattes de devant.
Les trois amis se regardèrent. Ils ne savaient que faire. Leurs parents leur avaient appris qu'il fallait venir en aide aux animaux blessés. C'était là l'une des règles de conduite d'une "bonne bête de la forêt".
Mais porter assistance à une moufette?! Voilà qui demandait réflexion. Personne n'aimait les moufettes. Personne ne jouait avec elles ni ne leur adressait la parole. Julie ne savait pas exactement pourquoi il en était ainsi. Elle avait entendu certains se moquer de leur dos rayé. C'est vrai que cela avait l'air bizarre : les moufettes étaient les seuls animaux de la forêt à avoir des rayures sur le dos. Julie avait aussi entendu parler d'une odeur épouvantable qu'elles pouvaient dégager. Alors, elle se tenait loin des moufettes.
Comme les trois animaux contemplaient la moufette du haut du chêne, ils virent un ours avancer à pas pesants le long du sentier.
"Ouf!", dit Dany. En voilà un qui saura quoi faire."
Les ours étaient très respectés dans la forêt. Ils racontaient des histoires au sujet du grand aigle qui protégeait la forêt et ses habitants. Souvent, ils montraient aux autres comment devenir une "bonne bête de la forêt". Alors celui-là porterait certainement assistance à la moufette blessée.
Nos jeunes amis regardèrent l'ours s'approcher de la moufette. L'ours vit la moufette, ralentit le pas et. prit ses jambes à son cou!
"Je n'arrive pas à y croire!", s'exclama Dany.
Julie et Sabrina étaient surprises, elles aussi. Elles croyaient qu'un ours, la bonne bête de la forêt par excellence, viendrait en aide à un animal blessé.
"Qu'allons-nous faire?, demanda Dany. On ne peut tout de même pas la laisser là!"
"Et si on se fait asperger?, questionna Sabrina. Personne ne nous adressera plus la parole ni ne jouera avec nous."
Mais juste à cet instant, la plainte se fit entendre à nouveau. La moufette avait l'air vraiment mal en point. Julie se mit à descendre de l'arbre. "Je vais voir ce que je peux faire. Elle a besoin d'aide."
"Mais, et si.", bredouilla Sabrina.
"Je dois courir ce risque, répondit Julie. Tu n'es pas obligée de me suivre si tu ne le veux pas."
"Je viens avec toi, dit Dany; et Sabrina suivit.
Ils regagnèrent rapidement la terre ferme et se dirigèrent en hâte vers la moufette blessée. Julie s'agenouilla à côté d'elle pour qu'elle puisse la voir. "Bonjour, moufette, dit-elle, nous sommes venus t'aider."
"Oh, bonjour, murmura la moufette. Figurez-vous que deux loups m'ont sauté dessus du haut de ce rocher. Ils m'ont battu et m'ont volé mon dîner."
" Où as-tu mal?", demanda Julie parce que ses parents lui posaient toujours cette question quand elle était malade.
"Ma tête me fait mal. Elle saigne. Et ma patte est enflée. Je ne pense pas être capable de m'appuyer dessus pour marcher."
"Nous allons t'aider, répéta Julie. Ne bouge pas."
Julie et ses amis s'activèrent alors : ils partirent chercher des feuilles, des baies sauvages et de l'eau fraîche. Ils écrasèrent les baies pour en faire un onguent qu'ils firent pénétrer dans la coupure. Ils trempèrent les feuilles dans l'eau et les appliquèrent sur la coupure et sur la patte enflée.
"Je me sens mieux maintenant", dit la moufette, qui s'appelait Michel.
Il se faisait tard, et les animaux devaient rentrer chez eux.
"Michel, nous allons t'aider à rentrer chez toi, à moins que tu ne souhaites venir chez nous?"
"Il vaudrait mieux que je rentre chez moi, répondit Michel. Mes parents doivent être inquiets."
Julie et Dany aidèrent Michel à marcher pour qu'il n'ait pas à mettre son poids sur sa patte enflée. Sabrina volait devant eux pour repérer les racines et les pierres qui risquaient de les faire trébucher.
Ils eurent tôt fait de ramener Michel chez lui, au terrier des moufettes. Ils l'aidèrent à se coucher et parlèrent à ses parents. Mme Moufette les remercia d'avoir secouru son fils. "Revenez jouer avec lui lorsqu'il se sentira mieux", ajouta-t-elle.
Nos trois amis dirent au revoir à la famille Moufette et prirent le chemin du retour. Ils se sentaient tout ragaillardis et avaient chaud au cour, comme lorsqu'on vient de boire une bonne tasse de chocolat chaud avec des guimauves.
Et c'est ainsi que Julie apprit comment on devient une "bonne bête de la forêt".