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Services d'aumônerie

Déclaration de la Conférence nationale des aumôniers 1997

INTRODUCTION

UN MOMENT SPÉCIAL

Essayer de décrire cette conférence, c'est comme tenter d'attraper un rayon de soleil dans une bouteille. Occasion unique et spéciale, elle était remarquable en ce sens qu'on y a mis l'accent sur le processus dynamique plutôt que sur son contenu thématique. Pour certains participants, l'événement a constitué une étape mémorable dans l'évolution des conférences de l'aumônerie.

TOUS DES BÂTISSEURS DE PONTS

La construction de ponts exige de la réflexion, un dur labeur et des prières. On découvre un besoin, et le pont est construit d'une multitude de façons, par de nombreuses personnes qui travaillent de différentes manières. Grâce à la conférence, une confiance, une transparence et un enthousiasme accrus imprègnent le mouvement vers un travail d'équipe efficace, la réinsertion des délinquants sans danger pour le public et une justice réparatrice.

RIEN DE FACILE

Le travail et la pastorale en milieu carcéral peuvent être complexes et durs. On s'en est d'autant mieux rendu compte qu'à la fin de la conférence, trois collègues ont appris que des situations extrêmement pénibles les attendaient à leur retour. Pour conclure la réunion, nous avons offert des prières pour notre monde, notre travail et pour soutenir nos collègues en difficulté.

PROCHAINES ÉTAPES

Le présent rapport devrait servir à cerner les priorités et à trouver l'énergie nécessaire pour s'y attacher. Il sera utile à la direction de l'Aumônerie, aux participants aux réunions régionales d'aumôniers, aux bénévoles, aux aumôniers communautaires et aux participants aux réunions multidisciplinaires.

" QUELQUES PONTS EN CONSTRUCTION "
le rév. Pierre Allard

1. Approche multidisciplinaire : Nous serons appelés à offrir une perspective spirituelle et authentique pour aller avec les perspectives de nombreux autres spécialistes. Une collaboration accrue nécessitera une authenticité accrue, et nous devrons être en mesure de rendre compte de ce que nous faisons et de comment nous le faisons.

2. Familles : La famille est un aspect qui est beaucoup trop négligé au sein du système correctionnel. La création du Regroupement canadien d'aide aux familles des détenu(e)s (RCAFD) me semble une initiative très prometteuse et je m'attends à ce que les aumôniers jouent un rôle encore plus important dans les relations avec les familles.

3. Chefs provinciaux de l'Aumônerie : La ligne de démarcation de deux ans semble de plus en plus arbitraire lorsqu'on la regarde d'un point de vue spirituel. Nous avons " tellement en commun ", nous devrions nous efforcer d'élargir considérablement nos domaines de coopération.

4. Milieu universitaire : J'espère sincèrement que, dans quatre ou cinq ans, les facultés de théologie qui n'offriront pas encore de cours sur la justice réparatrice se sentiront isolées. C'est un domaine qui avance rapidement et on peut se réjouir du fait que le sénat académique de l'Université Queen's doit décider, au mois d'août 1997, de la possibilité d'offrir une maîtrise en théologie entièrement axée sur les questions relatives à la justice pénale dans une perspective de justice réparatrice.

5. Justice réparatrice : En 1991, l'Aumônerie du SCC a été décrite comme " recherchant la justice réparatrice ". Au cours des prochaines années, nous devrons faire une réflexion en profondeur sur ce qu'est la justice réparatrice. Celle-ci peut constituer un merveilleux pont pour rejoindre les Autochtones et les autres groupes confessionnels puisque nous recherchons tous la justice dans le respect de nos écritures sacrées.

6. Créer des liens au niveau de la rue : Nous devons prendre conscience de l'augmentation du nombre de jeunes qui vivent dans la rue. Beaucoup de ces jeunes de la rue se retrouveront un jour en prison. Nous mettrons rapidement en place des aumôneries communautaires dans chaque ville où le besoin se fait sentir. La voie à suivre pour un effort conjoint de prévention passe par la recherche de ministères de la rue et l'établissement de partenariats avec eux.

7. Aumôniers-écrivains : Nous ne pouvons attendre que les théologiens (ou d'autres) écrivent sur la pratique de la pastorale au sein des prisons et à l'extérieur. Nous devons créer notre propre expertise et encourager ceux qui sont doués avec les mots à rédiger des réflexions, des ouvrages, des articles, etc. Ce que Dieu a fait en nous vaut la peine d'être raconté.

8. Ex-délinquants : Plus que jamais, les ex-délinquants qui réussissent bien peuvent contribuer à notre approche pastorale générale de manière significative. Nous devons apprendre d'eux, marcher avec eux pour les encourager et, ensemble, reformuler nos stratégies pastorales.

9. Pont international : Nous avons déjà reçu beaucoup, nous sommes donc maintenant appelés à donner en retour. Notre réseau international s'élargira considérablement au cours des prochaines années. La proposition de renouvellement de formation (Jeffrey Moduwa, de Papouasie Nouvelle-Guinée, est parmi nous) n'est qu'un exemple de ce qu'il est possible d'accomplir lorsque les gens coopèrent. Les partenariats entre pays sont souhaitables, alors pourquoi ne pas s'échanger des aumôniers et profiter ainsi d'une croissance et d'un apprentissage mutuels?

Voilà certains des ponts que j'envisage... Les plans pour chacun de ces ponts en sont à des stades différents d'avancement, mais ils sont tous en voie de devenir des ponts fiables et solides.

Mme Lucie McClung

Je vous remercie, c'est toujours un plaisir de passer du temps avec des gens qui ont à cœur la mission du SCC. Vous avez fortement soutenu la mission dès son entrée en vigueur en 1989 et je dois dire que nous continuons à compter sur votre appui.

Il est important de se rappeler que la mission est aujourd'hui sensiblement la même que ce qu'elle était en 1989. Les seuls ajustements faits à l'énoncé de mission ont servi à mieux faire ressortir le caractère juridique de notre travail, comme le reflète la Loi sur le système correctionnel et la mise en liberté sous condition (LSCMLC).

En effet, au Canada, nous sommes chanceux puisque l'essentiel de ce que nous faisons en matière correctionnelle est en fait prévu par la loi. Ce que nous, en tant que spécialistes du domaine correctionnel, croyons important concorde avec ce que le gouvernement (donc les Canadiens) nous demande de faire.

" Encourager et aider activement les délinquants à devenir des citoyens respectueux de la loi " constitue en fait la loi du pays. Il s'agit d'une politique sociale, d'un principe important, vital pour l'essence même de ce qu'est être Canadien, qui reflète ce que nous croyons essentiel de protéger en tant que société canadienne saine. Affirmer que nous sommes chanceux d'avoir une correspondance entre la loi et notre propre stratégie correctionnelle n'équivaut pas à dire qu'il s'agit d'une tâche facile. Cela ne revient pas non plus à dire que tout ce que nous faisons est parfait ou que nous ne pourrions ou ne devrions pas faire mieux.

Nous croyons que nous pouvons et devons nous améliorer dans le domaine de la réalisation de nos efforts et nous reconnaissons que nous ne pouvons atteindre nos objectifs sans aide.

Nous avons besoin d'aide. Nous ne pouvons y arriver seuls. Je n'ai aucune gêne à vous demander votre aide parce que je sais que vous partagez les mêmes valeurs que nous au sujet du potentiel de chaque être humain. Lorsque nous parlons d'un délinquant, nous parlons en fait d'un être humain en sérieuses difficultés. Je sais que, pour vous, créer des partenariats et établir des contacts est une tradition, et que vous recherchez et trouvez beaucoup de gens à qui vous faites appel dans la collectivité. Je sais aussi que vous êtes toujours à la recherche de nouvelles occasions. Je suis au courant, par exemple, du concept des cercles de soutien (que nous allons d'ailleurs appuyer financièrement pour en explorer les possibilités d'expansion), du centre de ressourcement à l'établissement de Springhill et de nombreux autres sujets dont vous avez, je crois, discuté entre vous au cours de la semaine.

De quoi avons-nous besoin? Nous avons quelques idées qui ont été rassemblées dans le rapport du groupe de travail sur la réinsertion sociale. Ce rapport ne représente pas l'ensemble des réflexions faites en matière de réinsertion sociale sans risque. Certains diront même qu'il est trop centré sur les problèmes de gestion (et ils ont raison), mais c'était justement là l'intention : nous avions quelque chose à régler. Nous devons maintenant nous concentrer sur le côté humain de la réinsertion sociale, ce qui ne peut se faire dans les bureaux de l'administration centrale; on ne pourra y arriver qu'en allant directement rencontrer les délinquants.

J'aimerais vous suggérer certains domaines où je crois que nous avons besoin de votre aide, mais il ne s'agit pas d'une liste exhaustive :

A) Besoin de créer une atmosphère d'énergie et d'encouragement dans nos unités. Cela peut sembler un peu surprenant... Notez que je n'ai aucun doute quant à l'engagement du personnel dans notre mission. Toutefois, avec l'ampleur des problèmes auxquels nous faisons face, nous pouvons, au fil des ans, devenir... paralysés. L'aspect humain n'est pas à négliger et, parfois, un simple mot d'encouragement est le coup de pouce nécessaire.

Ce que nous faisons au cours de nos interventions, c'est principalement donner de l'énergie. Nous devons donc en avoir un peu nous même avant de pouvoir en donner aux délinquants pour les aider dans leurs efforts pour s'améliorer.

B) Nous avons besoin de partenaires " bruyants ". Des partenaires :

  • qui parlent au nom de ce que nous faisons;
  • qui sont avec nous dans les meilleurs moments comme dans les pires;
  • qui recherchent la justice - j'applaudis d'ailleurs la décision du Comité interconfessionnel de lancer un " appel public à la justice ";
  • qui nous rappelleront que nous ne sommes pas seuls dans notre entreprise;
  • qui nous apprendront comment devenir de meilleurs partenaires, avec vous et avec d'autres dans la collectivité;
  • qui nous aideront à assister les délinquants à surmonter leurs difficultés particulières.

J'aimerais dire quelques mots sur ce qui pourrait être considéré comme un problème : la confidentialité. Je respecte votre position par rapport à la confidentialité et j'aimerais même la comprendre pour mieux tirer profit de votre expérience et de vos connaissances dans le domaine de l'aide auprès des personnes incarcérées. Je vous invite à faire une réflexion sur la façon de resserrer les liens entre les divers intervenants qui agissent auprès d'une personne.

Pour terminer, j'aimerais qu'il n'y ait aucun doute quant à l'engagement du SCC à continuer ses efforts pour en arriver à améliorer le processus de réinsertion sociale tout en assurant la sécurité. Nous nous sommes engagés à assurer la liaison avec les collectivités canadiennes et j'aimerais vous remercier pour votre appui et la qualité de notre partenariat, qui est basé sur le respect.

Mme Mary Jo Leddy (consultante en immigration et auteure)
(Notes)

Toute société tend à se trouver une raison d'être en combattant ses ennemis. Avec la chute de l'Union soviétique, il faut trouver de nouveaux ennemis à combattre. L'utilisation massive des prisons pour incarcérer des criminels et des immigrants non désirés peut être envisagée dans cette perspective.

Un système de justice qui se concentre sur les droits individuels ne peut mener qu'à une société divisée, une société composée de cloisons et de garnisons plutôt que de ponts vers la liberté. Nous devons créer de nouveaux liens qui sont à la fois holistiques et universels, qui ramènent les gens à la société dans son ensemble.

DISCUSSION PLÉNIÈRE FINALE

FIN DE LA PREMIÈRE PHASE DE CONSTRUCTION

1. Il y a un besoin pour une participation accrue des services de pastorale au dialogue des autres intervenants correctionnels.

2. Il y a lieu d'améliorer nos liturgies et notre capacité de dialogue multiconfessionnelles.

3. Nous devons accroître notre sensibilité aux besoins propres à chacun selon le sexe.

4. Les aumôniers communautaires ont besoin d'appui.

5. La formation devrait être un développement professionnel durant lequel l'accent est mis sur les valeurs plutôt que sur l'acquisition d'habiletés.

6. Les personnes qui prônent l'abolition des prisons ont des choses à nous enseigner.

7. Nous devons contribuer à faire avancer la cause de justice pour les Premières nations et l'amélioration des relations entre Aînés autochtones.