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Les recherches sur la colère ont principalement été menées auprès de groupes accessibles de personnes de race blanche correspondant en général à des étudiantes universitaires issues soit de la classe moyenne soit de la classe sociale aristocratique (Thomas, 1993a). Alors que Thomas et al. ne sont arrivés à trouver aucune étude antérieure traitant de l'expérience quotidienne de la colère vécue chez les femmes noires (Thomas, 1993a, p.58), Bernard (1990) mentionne la discrimination raciale et ethnique comme lun des trois facteurs sociaux qui "augmente la probabilité dexcitation psychologique fréquente et intense... [qui à son tour] augmente directement la probabilité dagression coléreuse" (p.74). Cette étude inclut les femmes afro-américaines, ainsi que les femmes américaines dorigine chinoise.
Létude a démontré de façon inattendue quil ny a aucune différence entre les afro-américaines et les femmes de race blanche pour ce qui est de leur propension à se mettre en colère ou dans lexpression de leur colère. Ces résultats se révèlent assez surprenants puisque la colère chez les femmes noires est indiscutablement justifiée, sans oublier de rappeler la gravité historique qui entoure lexpérience douloureuse du racisme, et le fait que ces femmes continuent dêtre privées de leur droit de représentation. Deux explications ont été retenues pour ces constatations. Premièrement, la population de femmes noires étudiée appartenait à la classe moyenne de la société, et par conséquent avaient de grande chance de bénéficier en partie des mêmes avantages que les femmes blanches. Le deuxième critère sexplique par la forte proportion dengagement religieux parmi les femmes noires étudiées. Léglise à laquelle se rattache la population noire, était et reste encore aujourdhui un symbole de libération et de réconfort pendant les périodes critiques. À travers léglise, les femmes noires trouvent un sentiment de pouvoir et de puissance qui leur offrent la chance dêtre capable de maîtriser les conflits et la colère (Boyd, cité dans Thomas, 1993a). Selon Thomas, il serait imprudent de généraliser les conclusions de cette étude à dautres femmes noires. Elle suggère en revanche de faire appel à des enquêteurs et à des contrôleurs de collecte de données faisant preuve d'une certaine sensibilité culturelle, ce qui représenterait ainsi un atout pour des recherches ultérieures.
En sachant que limportance de lexpression des émotions dans la culture chinoise est minimisée, il semblait a priori évident dobtenir une proportion plus élevée du refoulement de la colère chez les femmes sino-américaines par rapport aux femmes blanches. Il faut dire que les recherches ne soutiennent pas cette supposition. Bien au contraire, les résultats de létude menée par Thomas donnent des constatations tout à fait opposées, puisque les femmes blanches ont révélé des niveaux supérieurs du refoulement de la colère. Quant aux femmes sino-américaines dorigine taiwanaise, leur propension à la colère chronique (propension à la colère) et à lexpression de la colère était plus élevée. Linterprétation donnée à ce niveau de propension élevé se rattache aux conséquences de la "sur-occidentalisation" (p.62). Cela sexplique par le fait que les femmes rejettent les valeurs traditionnelles et éduquent leurs enfants de façon à ce quils deviennent de vrais américains. Ces femmes peuvent également profiter dune plus grande liberté dexprimer leurs émotions en dehors du cadre de la famille par alliance et de toute la parenté. Dautres précautions ont été formulées quant à la généralisation de ces conclusions à dautres groupes de femmes dorigine chinoise. Comme pour les femmes noires, la participation denquêteurs faisant preuve de sensibilité culturelle était fortement conseillée pour permettre de meilleures conditions aux recherches ultérieures.
Outre cette étude, une recherche de la littérature n'a révélé aucune mention de la colère ressentie et exprimée par les minorités visibles et invisibles. Les femmes handicapées et les lesbiennes ne sont pas mentionnées dans la littérature. Il est important de constater la liste de catégories de femmes choisies pour les comparaisons effectuées dans l'étude de Thomas et Donnellan (1993) sur le stress et la colère : "les femmes qui travaillent et qui ne se sont jamais mariées, les femmes mariées sans enfant qui travaillent, les divorcées qui travaillent et qui ont des enfants, et les femmes qui travaillent qui sont à la fois mariées et mères d'enfants" (p.119). Les catégories choisies reflètent le silence qui règne dans l'ensemble de la littérature sur les femmes quant à l'expérience lesbienne. Étant donné les maintes pertes et le stress que connaissent les lesbiennes tous les jours (O'Neill et Ritter, 1992), leur absence en tant que sujets dans les études de la colère constitue un problème considérable.