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Lorsquelles sont mises en liberté, les délinquantes se heurtent doublement à des difficultés. Quelles soient ou non des criminelles, les femmes font face à une discrimination dans la société simplement parce quelles sont des femmes, et elles sont considérées comme des citoyens de second ordre. Elles sont soumises à une violence physique, psychologique, sexuelle et économique que traduisent par exemple des taux élevés de violence familiale, des taux de rémunération inférieurs et des perspectives demploi moins intéressantes que celles qui soffrent aux hommes (Levine, 1989, p. 235-236). Les femmes qui, en plus, ont des antécédents criminels, font face à des difficultés énormes lorsquelles doivent retourner dans la société après une période dincarcération.
Quant aux femmes autochtones et à celles qui appartiennent à des minorités visibles, elles connaissent une forme de discrimination supplémentaire fondée sur leur origine raciale. Durant leur incarcération, par exemple, les femmes autochtones se trouvent aliénées de leur collectivité et confrontées à lindifférence à légard de leur culture et de leurs traditions. Après leur mise en liberté, elles ne trouvent guère daide au sein de leur collectivité pour répondre à leurs besoins particuliers en tant que femmes et en tant quAutochtones (Griffiths et Verdun-Jones, 1989, p. 472). Outre des taux catastrophiques de violence physique et sexuelle et de toxicomanie, une faible scolarisation et une grande pauvreté, les femmes autochtones se heurtent à un racisme systémique et sur le plan individuel qui nie leur ethnicité et détruit leur identité (LaPrairie, 1993). On sattend à ce quelles sassimilent à la culture canadienne blanche et on ne sattache guère à létablissement de services communautaires qui feraient contrepoids aux programmes traditionnels.
Comme on a pu le constater depuis une décennie, il existe un urgent besoin de services conçus expressément pour répondre aux besoins particuliers des femmes purgeant une peine fédérale. Les rares services offerts aux femmes ont été liés aux services destinés aux hommes, les besoins des femmes nétant pas considérés comme différents. Ainsi que Sugar et Fox lont fait observer, les femmes incarcérées à la Prison des femmes qui ont demandé des services de counseling parce quelles avaient été victimes dexploitation sexuelle, de viol et de violence familiale ont régulièrement été dirigées vers le pénitencier pour hommes de Kingston pour y suivre des programmes de traitement avec ceux qui représentaient leurs agresseurs (1990, p. 3). De plus, les programmes conçus à lintention des femmes ont systématiquement été basés sur des modèles de traitement pour hommes (SCC, 1994b). Cest donc dire que les organismes correctionnels ont toujours laissé pour compte les besoins des femmes. Létablissement de principes et de critères pour des programmes efficaces à lintention des femmes constitue une démarche récente. Cest ce qui explique que ces principes en soient au stade initial de mise en oeuvre.