1. Définition
Une délinquante sexuelle s'entend de toute délinquante sous responsabilité fédérale qui :
a été reconnue coupable d'une infraction sexuelle;
a été reconnue coupable d'une infraction non sexuelle mais ayant des motivations sexuelles (comme un meurtre accompagné d'agression sexuelle ou de voies de fait simples ayant fait l'objet d'une négociation de plaidoyer pour mettre fin à l'accusation d'agression sexuelle);
a admis avoir commis une agression sexuelle pour laquelle elle n'a pas été condamnée.
*Les infractions liées à la prostitution ne sont pas considérées comme des infractions sexuelles aux fins de ce protocole.
2. Identification
Après l'évaluation initiale effectuée au moyen des instruments standard prévus à cette fin, les délinquantes qui correspondent aux définitions ci-dessus seront désignées comme étant des délinquantes sexuelles aux termes des alinéas 1 (a), 1 (b) ou 1 (c) auprès des responsables de Programmes correctionnels et réinsertion sociale, à l'administration centrale .
Le psychologue de l'établissement, en collaboration avec un membre du personnel de l'évaluation initiale désigné, effectuera une évaluation spécialisée axée sur la délinquance sexuelle pour confirmer la désignation de délinquante sexuelle et fixer des objectifs de traitement.
L'expert désigné à l'administration centrale pour les délinquantes sexuelles sera consulté pour revoir les éléments des cas.
Si les parties s'entendent sur le fait que la personne répond à la définition de délinquante sexuelle, les mesures suivantes seront prises :
3. Évaluation
L'évaluation est la pierre angulaire de toute intervention et elle doit être effectuée en dedans de six semaines après que la personne a été désignée délinquante sexuelle et avant l'élaboration d'un plan correctionnel.
L'évaluation doit se faire à l'admission, avant, pendant et après le traitement, au cours du suivi et avant et après la mise en liberté.
À l'admission et une fois que la délinquante a été désignée délinquante sexuelle, il faut recueillir certains renseignements provenant de diverses sources, dont les suivantes :
les examens de dossiers;
les personnes avec lesquelles la délinquante a été en contact étroit;
les entrevues cliniques;
les test psychologiques/psychométriques;
l'évaluation du comportement, y compris les séances d'observation et les jeux de rôles;
une évaluation spécialisée sur la délinquance sexuelle.
Les examens de dossiers comprennent, sans s'y limiter :
les rapports pré-sentenciels/prédécisionnels;
les rapports de police;
les déclarations de la victime;
les rapports psychologiques et psychiatriques;
les motifs du juge lors de la détermination de la peine;
l'évaluation communautaire (EC);
les rapports d'évaluation ou de traitement précédents.
L'agent chargé du cas, avec la collaboration du psychologue, examinera le dossier, et tout particulièrement l'évaluation communautaire, et déterminera s'il convient de consulter davantage les personnes avec lesquelles la délinquante a été en contact étroit :
Les sources d'information possibles comprennent les entrevues ou les rapports ou autres documents d'information émanant des personnes suivantes :
les conjoints ou d'autres proches;
le personnel du réseau de la justice pénale;
l'agent de libération conditionnelle en communauté;
les professionnels de la santé mentale;
toute autre personne qui peut donner une perspective de plus sur la délinquante en cause.
Les entrevues cliniques avec le psychologue comportent une intervention de personne à personne et elles devraient être à demi structurées (voir l'annexe A pour l'entrevue semi-structurée).
Les tests psychologiques peuvent être utilisés pour recueillir des renseignements sur :
les facultés mentales (p. ex. : troubles d'apprentissage, capacité de lecture ou niveau du fonctionnement cognitif);
la personnalité;
le fonctionnement neuro-psychologique (déterminé par un spécialiste qualifié);
les attitudes et les distorsions cognitives;
les objectifs de traitement.
Les évaluations du comportement fondées sur des observations cliniques, effectuées par le psychologue ou des membres du personnel, ainsi que les rapports d'autosurveillance de la délinquante. Les jeux de rôles structurés peuvent être utilisés pour faire ressortir les fantasmes sexuels, le fonctionnement social et les habiletés de communication des délinquantes.
L'évaluation spécialisée de délinquance sexuelle devrait être axée sur les éléments suivants :
l'historique familial;
l'historique et le développement du comportement sexuel (en accordant une attention particulière aux premiers modèles, aux antécédents de violence physique, psychologique et sexuelle, au développement sexuel et aux relations sexuelles);
les attitudes et les distorsions cognitives;
les compétences sociales;
les antécédents médicaux (y compris les antécédents psychiatriques);
les antécédents criminels;
les infractions sexuelles précédentes;
les infractions violentes (non sexuelles) précédentes;
l'infraction sexuelle en cause (le sexe et l'âge des victimes et la nature de la relation de la délinquante avec la ou les victimes);
la présence d'un ou d'une complice et la nature de la relation avec cette personne;
le ou la complice a-t-il été accusé et, dans l'affirmative, quelle a été la décision prise à son égard ?
le rôle qu'a pu jouer l'alcool ou la drogue pendant la perpétration de l'infraction criminelle;
l'évaluation et les résultats du traitement effectués antérieurement et l'application des recommandations faisant suite au traitement;
la relation actuelle avec le partenaire/l'enfant si l'enfant a été la victime;
l'expressivité émotive;
l'autoréglementation émotive;
la présence de pensées ou de fantasmes déviants ainsi que leur intensité et leur fréquence.
Certaines de ces données peuvent être tirées de l'examen des dossiers, des entrevues structurées et des rapports d'autosurveillance. Les évaluations structurées, comme l'inventaire du niveau de surveillance (LSI) révisée peut être utilisée pour structurer l'entrevue, mais celle-ci ne devrait pas être assujettie à l'analyse du risque, puisque les données sur les délinquantes en général, et les délinquantes sexuelles en particulier, sont inadéquates. L'échelle de psychopathie révisée (PCL-R), le Guide d'évaluation du risque de violence (VRAG), le guide SORAG (Sex Offender Risk Ax Guide) et les autres mesures actuarielles n'ont pas été validées avec des échantillons de femmes, et ne constituent donc pas des instruments d'évaluation du risque fiables pour ce groupe.
Un rapport faisant la synthèse de l'évaluation initiale et de l'évaluation spécialisée de la délinquance sexuelle devrait être dressé par le psychologue de l'établissement dans les six semaines suivant l'admission de la délinquante.
Une fois l'évaluation terminée, le membre du personnel qui a effectué l'évaluation initiale et le psychologue de l'établissement élaboreront un plan correctionnel qui permettra de répondre aux besoins individuels de la délinquante et discuteront de ce plan avec l'expert désigné à l'administration centrale pour les délinquantes sexuelles. C'est à cette étape que les questions comme la durée de la peine, la durée du traitement et la fréquence des interventions thérapeutiques pour la délinquante devraient être débattues. S'il y a dans l'établissement plus d'une délinquante sexuelle, la thérapie de groupe devrait être l'option privilégiée.
Il faut porter une attention particulière et bien cerner les interventions qui sont pertinentes pour répondre aux besoins et aux risque des délinquantes, car on a abusé des programmes par le passé.
4. Rôles et responsabilités
L'évaluation des délinquantes sexuelles incombe au psychologue de l'établissement .
La professionnelle qui fait la prestation de la thérapie pour délinquantes sexuelles doit avoir compléter la formation de 5 jours et doit compléter un rapport post programme.
L'agent responsable du cas ( agent de libération conditionnelle ou intervenante de première ligne ) gère le cas, assure le suivi et fournit les mises à jour aux étapes cruciales de la peine.
L'expert désigné à l'administration centrale pour les délinquantes sexuelles, fournit des conseils et de la rétroaction aux équipes de gestion des cas, et facilite l'échange d'information entre les régions, les localités et les autres juridictions à travers le pays.
Si des problèmes psychiatriques ou des problèmes de santé physique surviennent, un psychiatre ou une infirmière peut être consulté à titre de membre de l'équipe de gestion des cas.
Pour ce qui est des délinquantes sexuelles autochtones, l'agent de liaison autochtone fera partie intégrante de l'équipe de gestion de cas.
L'agent de programmes se joindra à l'équipe de gestion du cas lorsque la délinquante prendra part aux programmes correctionnels recommandés.
La délinquante doit participer au processus de d'évaluation et de traitement selon ses capacités.
Élaboration du plan correctionnel et surveillance
Lorsque la peine est courte (soit inférieure à quatre ans), il faut donner les traitements requis de la façon la plus efficace possible, tout en tenant compte des besoins et sans sacrifier la qualité des interventions. Dans le cas des peines de courte durée, il serait raisonnable d'offrir la thérapie pour délinquantes sexuelles en même temps que les autres programmes correctionnels.
Si la peine est de plus de quatre ans, on suivra la stratégie générale de planification correctionnelle, mais il faudra prendre soin de prévoir une thérapie de maintien des acquis qui fera suite à la thérapie pour délinquantes sexuelles et espacer peu à peu les séances, à toutes les deux semaines, ensuite à tous les mois et à tous les deux mois. Des dispositions devront être prises pour mettre fin à la thérapie de maintien des acquis lorsque celle-ci ne répondra plus à un besoin clinique.
Dans le cas des délinquantes condamnées à une peine de longue durée, la thérapie de maintien des acquis devrait faire suite au traitement pendant une période définie pour être ensuite mise en veilleuse et reprendre à l'approche de la date de mise en liberté. La transition à la vie en société en serait ainsi facilitée.
L'élaboration du plan correctionnel (la fréquence et la durée de la thérapie pour délinquantes sexuelles, les programmes recommandés et la séquence des interventions) nécessitera au minimum la participation de l'agent chargé du cas, du psychologue de l'établissement et de l'expert désigné à l'administration centrale pour les délinquantes sexuelles. De la même manière, tout changement apporté au plan correctionnel nécessitera l'intervention de ces trois professionnels.
Phase 1
Les délinquantes sexuelles recevront une thérapie pour délinquantes sexuelles au début de la peine. La fréquence et la durée de la thérapie pour délinquantes sexuelles seront déterminées en fonction de chaque cas et établies avec la collaboration de l'expert désigné à l'administration centrale pour les délinquantes sexuelles. Elles seront fonction de l'évaluation serrée qui aura été faite des détails idiosyncrasies de chaque cas. La fréquence des interventions pourrait augmenter ou diminuer selon l'analyse clinique des cas.
La thérapie pour délinquantes sexuelles se compose d'un certain nombre de modules, qui seront donnés selon les besoins de chaque cas. Ces modules sont décrits ci-dessous.
Il a été établi que les éléments suivants permettent de répondre aux besoins à l'origine du comportement criminel des délinquantes sexuelles. La participation des délinquantes aux divers éléments de la thérapie doit être fondée principalement sur les besoins, car on ne dispose pas encore de variables de risque pour ce groupe.
Thérapie pour délinquantes sexuelles
On recommande de structurer le processus et d'établir des objectifs pour traiter de problèmes particuliers de chaque cas.
Autogestion
L'autogestion est l'intervention de base de la thérapie pour délinquantes sexuelles. C'est au cours de cette partie de la thérapie que les délinquantes apprennent à comprendre leur comportement, leur mode vie et les circonstances personnelles qui contribuent à leur délinquance sexuelle. Elles sont alors appelées à examiner les circonstances de leur vie en faisant leur autobiographie, à analyser leur comportement de délinquance sexuelle en étudiant leur cycle de délinquance et à dresser des plans pour gérer leur processus cognitif, leurs émotions et leur environnement de manière à éviter la récidive une fois réinsérées dans la société. L'autogestion commence par l'établissement de rapports et d'objectifs mutuels et elle est souvent désignée sous le nom 'd'alliance thérapeutique' - elle constitue un élément essentiel de toute intervention thérapeutique. Le module d'autogestion conduira à l'élaboration d'un plan de mise en liberté. La professionnelle qui fait la prestation de la thérapie pour délinquantes sexuelles et l'agent chargé du cas encourageront activement la délinquante à dresser un plan réalisable pour sa mise en liberté à l'approche des étapes cruciales de sa peine (p. ex. pour les visites familiales privées, les transfèrements et la mise en liberté, y compris les permissions de sortir et les placements à l'extérieur). L'autogestion est un module continu auquel sont intégrés tous les autres éléments de la thérapie (à savoir les processus cognitifs, l'excitation et les fantasmes déviants, l'autorégulation émotive, etc.) pour former un plan d'autogestion.
Pensées et fantasmes déviants
Les femmes qui commettent des infractions sexuelles n'ont pas toutes des pensées ou des fantasmes déviants. Toutefois, celles-ci doivent être évaluées individuellement, car la présence de telles pensées et de tels fantasmes peut constituer un facteur de risque. Il n'existe pas d'outil d'évaluation physiologique suffisamment discrets, économiquement applicables ou suffisamment valides pour cette population qui justifieraient un investissement dans la technologie appropriée. Il faut donc demander à chaque délinquante si elle a eu des pensées et/ou des fantasmes sexuels avant l'infraction, si elle était excitée sexuellement avant de commettre son infraction, ou pendant l'infraction, et si elle peut décrire les pensées ou les fantasmes sexuels qui sont liés à l'infraction.
Si la délinquante décrit des pensées ou des fantasmes sexuels en rapport avec l'infraction, le ou la thérapeute peut discuter de la nature de cette excitation et de son incidence sur la récidive future de la délinquante. Le thérapeute peut également discuter de la façon dont la délinquante peut reconnaître les signes avant-coureurs et apprendre à contrôler ces pensées et ces comportements qui en résultent. Les rapports d'autosurveillance devraient être établis au moins à toutes les deux semaines; la fréquence, l'intensité et le contenu des pensées et des fantasmes déviants et appropriés devraient y être consignés. Des techniques de contrôle des pensées et des fantasmes déviants seront convenues avec l'expert désigné à l'administration centrale pour les délinquantes sexuelles, qui aidera le thérapeute à concevoir une stratégie de traitement appropriée.
Sexualité, intimité et relations
Bon nombre des délinquantes qui commettent des infractions sexuelles ont vécu des relations familiales profondément dysfonctionnelles et ont souvent subi des abus physiques, sexuels et psychologiques. Beaucoup d'entre elles ont donc eu des problèmes dans leurs relations. Les délinquantes sexuelles peuvent également avoir commis leurs crimes en réaction à des partenaires dominateurs et violents (masculins ou féminins). Cette question fera l'objet d'une certaine analyse. L'examen des relations passées ainsi que des manques que ces relations ont causés et des atouts qu'elles ont apportés peut aider la délinquante à envisager diverses méthodes pour nouer des relations bienveillantes. La sexualité est examinée dans le contexte de la solitude et des déficits d'intimité.
Empathie/sensibilisation à la victime
Cette question peut ne pas être pertinente pour chaque délinquante et elle requiert des discussions, l'examen du dossier ainsi que l'observation de la délinquante au cours des séances et dans la vie quotidienne à l'unité pour déterminer s'il existe des déficits à cet égard. Un test de comportement, comme le test d'empathie comportementale (Williams et Khanna, 1990) ou un test psychométrique, comme le test d'empathie de Hogan (I960) peut éclairer les responsables sur la présence et l'importance de ce déficit. S'il n'y a pas d'empathie, un modèle en quatre étapes peut être présenté. Ce modèle est axé sur l'acquisition de compétences pour améliorer la perception, le processus cognitif, le processus émotionnel et la représentation mentale. La sensibilisation à la réalité de la victime comporte généralement une séance de remue-méninges sur les répercussions de l'agression sexuelle sur les victimes, la projection de films décrivant les expériences de victimes, la rédaction d'une lettre fictive d'excuses à la victime, la rédaction d'une lettre fictive donnant la perspective de la victime et des jeux de rôles. L'empathie peut interférer avec les distorsions cognitives et elle devrait réduire les fantasmes déviants ainsi que la tendance à commettre des infractions sexuelles.
Distorsions cognitives
Les délinquantes qui commettent des infractions sexuelles ne présentent pas toutes des distorsions cognitives au sujet de leurs victimes. La dynamique de la délinquance des femmes est très différente de celle des hommes et les hypothèses relatives à la présence, à la fréquence et à l'intensité des distorsions cognitives devraient être évaluées avant d'intervenir auprès d'elles. Une interrogation en douceur, la présentation de preuves (p. ex. au moyen de discussions, d'une bibliographie et de films) ainsi que l'examen d'autres perspectives peuvent susciter des changements dans la façon dont les délinquantes perçoivent les victimes.
Phase 2
Relation entre la thérapie pour délinquantes sexuelles et les autres programmes
Les délinquantes doivent poursuivre leur thérapie pour délinquantes sexuelles même lorsqu'elles entreprennent d'autres programmes; ce faisant, elles sont plus à même de relier les autres modules à la grande stratégie de gestion du risque décrite dans le module d'autogestion. Au cours de cette phase, la fréquence de la thérapie pour délinquantes sexuelles devrait être réduite tant sur le plan de la fréquence des interventions que sur celui de leur intensité.
Les ouvrages et autres documents publiés sur les délinquantes sexuelles révèlent qu'un certain nombre de programmes correctionnels permettent de répondre aux besoins communs de cette population. Toutefois, le plan correctionnel devrait comprendre seulement les programmes qui permettent de répondre aux besoins établis à l'évaluation initiale, qui sont pertinents pour la délinquante en cause et auxquels la délinquante participera seulement lorsque la dynamique de groupe permettra de lui offrir un support et de l'intégrer efficacement dans le groupe spécifique.
L'intervention offerte aux délinquantes sexuelles autochtones peut aussi être constituée de l'approche de guérison autochtone.
Une fois les besoins individuels établis (évaluation initiale), la délinquante est incitée, au moyen de son plan correctionnel, à prendre part à des programmes pertinents. Voici les programmes qui peuvent être utiles pour traiter les besoins à l'origine du comportement criminel ou les facteurs de réceptivité. Comme cela a été observé ci-dessus, la stratégie d'intervention sera élaborée par l'agent chargé du cas, le psychologue et l'expert désigné à l'administration centrale pour les délinquantes sexuelles, et elle visera à satisfaire aux besoins à l'origine du comportement criminel de la délinquante.
Compétences cognitives
Les critères de participation à ce programme peuvent comprendre l'impulsivité, des problèmes de planification logique et des difficultés à prendre de bonnes décisions. Il semble raisonnable de placer ce module en deuxième place, dans la séquence des programmes à suivre. Au cours de cette phase, l'agent chargé du cas et le psychologue devraient se rencontrer pour discuter du cas avec l'agent d'exécution du Programme d'apprentissage cognitif des compétences, comme cela est prévu dans les normes du programme.
Abus et traumatismes
Le traitement de la victimisation, même si ce dernier aspect n'est pas nécessairement un facteur criminogène, est considéré comme étant une question de réceptivité et peut aider à développer une empathie envers les victimes. Cet élément devrait constituer soit le premier soit le deuxième programme correctionnel, selon le rôle qu'ont joué les abus dans la vie de la délinquante. Si la femme a perpétré son infraction avec l'aide d'une autre personne et que la relation avec cette personne est perçue comme un facteur important dans l'infraction ou les infractions sexuelles commises, il serait alors plus approprié de faire suivre ce programme dès les premières étapes du plan correctionnel. Toutefois, si les abus ont été limités au début de la vie de la délinquante (et contribué ainsi moins directement au comportement délinquant), ce programme pourrait alors être présenté plus tard au cours du processus correctionnel. La majorité de femmes qui ont commis des abus sexuels ont été victimes elles-mêmes d'abus dès le début de leur vie et elles ont continué d'en subir longtemps par la suite. La professionnelle qui fait la prestation de la thérapie devrait s'assurer que la délinquante qui a elle-même subi des abus peut faire le lien entre son expérience personnelle et celle de sa ou ses victimes.
Toxicomanie
La majorité des femmes qui commettent des infractions sexuelles avouent consommer de l'alcool, de la drogue ou d'autres substances. Le problème de la toxicomanie devrait donc être traité assez tôt au début du processus correctionnel, car il a vraisemblablement été un facteur précurseur de délinquance. Là encore, la thérapie pour délinquantes sexuelles peut aider à faire le lien entre le comportement à problème des délinquantes et leur toxicomanie ainsi que la stratégie de gestion du risque de récidive.
Gestion des émotions
Un certain nombre de femmes qui commettent des abus sexuels éprouvent de graves difficultés à exprimer leurs émotions d'une manière appropriée. Dans certains cas, la colère, la déprime ou l'anxiété peuvent amener ces femmes à commettre des infractions sexuelles. Les programmes traitant de la gestion des émotions devraient être inclus dans le plan correctionnel si nécessaire.
Problèmes parentaux
Pour les délinquantes qui ont agressé leurs enfants et qui peuvent avoir l'autorisation d'avoir des contacts avec eux sous surveillance, ce programme peut répondre à des besoins évidents. Même si la délinquante a été retirée de sa famille, elle peut avoir une autre famille à un autre moment dans sa vie. Ce programme conviendrait donc pour la majorité des femmes qui ont commis des agressions sexuelles, étant donné que les problèmes parentaux ont habituellement commencé dans la famille d'origine et qu'ils continuent de jouer un rôle dans les infractions sexuelles commises contre d'autres personnes.
Programmes d'intégration communautaire
Un logement, un emploi, des activités récréatives pro-sociales et un réseau de soutien sont tous des éléments essentiels pour l'adaptation en société. Ce programme devrait être l'un des derniers que les délinquantes devraient suivre, car il comporte des liens naturels avec la mise en liberté. L'agent chargé du cas travaillera activement avec les délinquantes pour les aider à se doter de tous ces atouts avant leur mise en liberté.
Éducation et emploi
Même si la corrélation entre la délinquance et ces deux facteurs n'a été pas prouvée, il va de soi qu'il faut aider chaque femme à acquérir les compétences appropriées pour se réinsérer dans la société à sa libération. Ces deux facteurs peuvent être traités de façon constante tout au long de l'incarcération des délinquantes.
Il convient de souligner que la participation aux programmes appropriés est essentielle. Chaque programme décrit ci-dessus devrait faire l'objet d'une évaluation serrée pour déterminer s'il convient bien aux besoins de la délinquante. La participation à un trop grand nombre de programmes peut avoir un effet négatif.
Phase 3
Intervention de maintien des acquis
Toutes les délinquantes sexuelles qui ont suivi un traitement devraient avoir accès à un programme de maintien des acquis pour les aider à consolider les acquis réalisés au cours des interventions précédentes plus intensives. Une fois le plan correctionnel terminé, la thérapie pour délinquantes sexuelles prendra la forme d'interventions de maintien des acquis qui deviendront de moins en moins fréquentes avec le temps, c'est-à-dire une fois par semaine au départ, ensuite une fois toutes les deux semaines, jusqu'à une fois par mois. Dans le cas des femmes qui purgent une peine de longue durée, les interventions de maintien des acquis pourront être mises en veilleuse pour reprendre à l'approche de la date de mise en liberté. Cette diminution graduelle des interventions devrait inciter les délinquantes à se défaire de la relation thérapeutique. L'acquisition de cette indépendance à l'égard de la relation thérapeutique est aussi importante que la création initiale d'une alliance thérapeutique.
Les programmes de maintien des acquis mettent essentiellement l'accent sur le quotidien, les gains réalisés en cours de traitement, l'examen des facteurs de risque, les stratégies d'adaptation et les plans de mise en liberté. À mesure que la date de mise en liberté approche, les interventions de maintien seront axées sur des considérations pratiques et sur la faisabilité de son plan de mise en liberté et sur la gestion des facteurs de risque pertinents dans la collectivité. Le plan initial de prévention des rechutes peut devoir être revu et corrigé, mis à jour ou modifié d'une autre façon pour satisfaire à de nouvelles contingentes.
Planification de la mise en liberté
La délinquante aura élaboré un plan de mise en liberté pendant la thérapie pour délinquantes sexuelles. Ce plan fera l'objet de discussions avec l'agent chargé du cas, le psychologue de l'établissement et l'expert désigné à l'administration centrale pour les délinquantes sexuelles. Peuvent également participer à l'élaboration de ce plan l'agent qui sera chargé du cas dans la collectivité, une représentante de la Société Elizabeth-Fry, un psychologue qui travaille dans la collectivité, des groupes de soutien, la maison de transition où sera placée la délinquante à sa sortie, des employeurs et des membres de la famille de la délinquante. Autant dans la composante d'autogestion du plan correctionnel que dans les réunions avec l'agent chargé du cas, aucun effort ne doit être ménagé pour que ces plans soient réalistes et concrets ainsi qu'applicable à sa communauté.
Le psychologue en poste dans la collectivité sera appelé à rencontrer la délinquante et l'équipe de gestion de cas en établissement avant la mise en liberté. L'expert désigné à l'administration centrale pour les délinquantes sexuelles, continuera d'être consulté à la surveillance des délinquantes sexuelles.
Phase 4
Surveillance dans la collectivité
L'expert désigné à l'administration centrale pour les délinquantes sexuelles, tiendra des conférences de cas avec l'agent chargé du cas et le psychologue de la collectivité à tous les trois ou six mois ou lorsque les facteurs de risque changeront considérablement.
L'agent chargé du cas dans la collectivité et le psychologue en poste dans la collectivité devraient recevoir une description très détaillée des progrès réalisés pendant la thérapie pour délinquantes sexuelles et au cours de la participation à divers programmes ainsi qu'un rapport sur le rendement de la délinquante en établissement. Étant donné que le risque est un facteur dynamique, un certain nombre de facteurs peuvent influer sur la gestion du risque.
La délinquante a-t-elle suivi jusqu'au bout la thérapie pour délinquantes sexuelles ?
Peut-elle décrire la progression de son délit ?
A-t-elle élaboré un plan concret de prévention des rechutes ?
Peut-elle reconnaître les situations qui présentent un risque élevé ?
A-t-elle des stratégies concrètes pour réagir dans chaque cas ?
Est-elle en train de rétablir un rapport douteux ?
Participe-t-elle à la composante de maintien des acquis pour délinquantes sexuelles dans la collectivité ?
Se plie-t-elle aux conditions de la thérapie dans la collectivité ?
Se plie-t-elle aux conditions de la surveillance dans la collectivité ?
Des réponses négatives à ces questions laissent transparaître l'existence de problèmes à résoudre pour gérer le risque de récidive.
| Date de modification :
2007.12.27
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