
© Margot Van Sluytman
Ceux qui veulent chanter trouvent toujours une chanson.
– Proverbe suédois
La violence insensée dont est mort mon père, Theodore Van Sluytman, à Toronto, en 1978, m'a complètement anéantie. À seize ans, je me préoccupais essentiellement de mes notes, de mes boutons d'acné et du volley-ball. Lorsqu'un imposant policier m'a annoncé la mort de mon père, ma vie a changé. À tout jamais.
J'avais l'impression d'être enracinée dans l'angoisse et la douleur et de ne pouvoir avancer sans traîner avec moi toute la peine du monde. Ma taille importait peu. À cette époque, guérir de cette angoisse n'était même pas envisageable. On pouvait guérir un genou éraflé ou un os fracturé, mais personne ne comprenait ce que pouvait vouloir dire guérir un cœur brisé, et ne plus jamais revoir le monde sans être paralysé par une angoisse silencieuse, par l'incompréhension la plus totale.
De façon simple, profonde et subtile, j'ai entrepris le chemin de la guérison. Les mots, autrement dit la lecture et l'écriture, m'ont sauvée, et m'ont ultimement redonné vie. On m'a donné une chance unique de communiquer avec le délinquant qui a tué mon père. Et j'ai choisi de saisir cette chance et de me lancer.
Je sais maintenant en quoi consistent les mots justice réparatrice et je peux leur donner plusieurs significations différentes. Je sais maintenant en quoi consistent le rétablissement de l'équilibre et la transformation. Et je sais aussi que personne ne peut dire à quelqu'un comment se sentir. Personne ne peut pénétrer dans l'intérieur, l'histoire ou la vie de quelqu'un. Le cheminement de la guérison est une affaire personnelle.
Je ne crois pas qu'il y en ait parmi nous qui soient exemptés de la douleur brutale et sauvage. Mais je crois qu'en faisant preuve de compassion, envers nous et envers les autres, nous pouvons faire place aux prémisses d'un dialogue, un dialogue difficile certes, mais nécessaire si l'on veut pénétrer dans nos vies en ayant comme optique de trouver ou de créer de nouvelles normales pou vant inclure un regain d'espoir, avec le temps.
Je suis remplie d'une immense gratitude parce que l'homme qui a tué mon père se sent concerné par ce qu'il a fait. Ses gestes et ses paroles en témoignent, et cela est important pour moi. C'est un des aspects de la justice réparatrice et de l'espoir. Un seul.
Glen Flett et moi nous sommes rencontrés. Les mots de Ram Dass évoquent bien ce moment que nous avons échangé, dans un rituel d'espoir et de transformation :
Toi et moi sommes la force de la transformation dans ce monde. Nous sommes la conscience qui définira la nature de la réalité vers laquelle nous nous dirigeons.
Cet échange me fait me questionner sur ma manière de participer comme force de transformation. Un fort sentiment d'être soutenue continue de m'habiter. En vous communiquant cet essai, je me sens soutenue. Vous l'êtes aussi. J'ai réalisé que nous avions le choix de donner et de recevoir de la bonté et de l'espoir lorsque j'ai compris que la vie nous demande toujours, comme le disait Gandhi, de prendre part au changement que nous voulons observer. Nous pouvons trouver les chansons dont nous avons besoin, nous pouvons même les écrire. Et nous en avons besoin d'un grand nombre, d'un très grand nombre de chansons.
Inscrivez-vous au symposium sur la Justice réparatrice qui aura lieu à l'Hôtel Delta, Kitchener, Ontario, le 19 et 20 novembre 2008 http://www.cjiwr.com/