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Rapport de synthèse

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Étude comparative des versions française et anglaise du Questionnaire informatisé sur le mode de vie

No. B-09

John R. Weekes,
Susan A. Vanderburg,
et
William A. Millson

Division de la recherche
Recherche et développement correctionnel Service correctionnel du Canada

Avril 1995

Résumé

Le Questionnaire informatisé sur le mode de vie, ou QIMV, a été initialement rédigé en anglais (voir Robinson, Fabiano, Porporino, Millson et Graves, 1992; Skinner, 1994). Lorsque le Service correctionnel du Canada a adapté le QIMV pour l'utiliser auprès de la population carcérale, il l'a fait traduire à l'intention des délinquants francophones. La question de savoir si la version traduite du QIMV est fiable, valide et bien adaptée aux délinquants francophones est importante, tant sur le plan théorique que sur le plan opérationnel. Dans le présent rapport, nous examinons certains aspects de cette question en comparant les structures psychométriques respectives des versions française et anglaise, en évaluant les réactions des délinquants francophones (N=1 333) et anglophones (N=4 453) qui ont rempli le QIMV, et en examinant la nature et les caractéristiques des problèmes de toxicomanie respectifs des délinquants francophones et anglophones. On a fait remplir le QIMV aux délinquants dans le cadre du processus habituel d'évaluation initiale, au cours des premières semaines de leur incarcération.

Le degré de cohérence interne était semblable dans les deux versions. Nos résultats indiquent clairement que la structure du QIMV est presque identique dans les deux langues. Plus précisément, l'analyse factorielle des mesures de dépistage des problèmes d'alcool et de drogue a révélé que les versions française et anglaise du Questionnaire sont très comparables. Enfin, les réactions recueillies auprès des délinquants qui ont expérimenté cet instrument sont extrêmement positives et très semblables dans les deux groupes - francophone et anglophone.

Nos analyses de la gravité des problèmes d'alcool, des problèmes de drogue et de l'indice combiné de la gravité des problèmes de toxicomanie ne révèlent pas de dissemblance spectaculaire entre les deux groupes de délinquants, bien que nous y avons relevé un certain nombre de différences sur le plan des caractéristiques de la consommation d'alcool et de drogue.

En résumé, la présente étude vient compléter les travaux de recherche effectués antérieurement sur le QIMV (p. ex., Robinson, Porporino et Millson, 1991; Vanderburg, Weekes et Millson, 1994; Weekes et al., 1993) et confirme l'utilité des deux versions du QIMV comme moyen d'évaluer précisément les problèmes de toxicomanie chez les délinquants, peu importe leur appartenance culturelle et linguistique.

TABLE DES MATIÈRES

  • RÉSUMÉ
  • LISTE DES FIGURES
  • INTRODUCTION
  • MÉTHODE
  • Répondants au QIMV
  • Mode d'administration du QIMV
  • RÉSULTATS
  • Comparaison des propriétés psychométriques des versions française et anglaise du QIMV
  • Fiabilité interne des mesures de dépistage des problèmes de toxicomanie
  • Structure factorielle des mesures de dépistage des problèmes de toxicomanie
  • Réactions des délinquants
  • Nature et gravité des problèmes de toxicomanie chez les délinquants francophones et anglophones
  • Consommation d'alcool
  • Consommation de drogue
  • Consommation combinée d'alcool et de drogue
  • CONCLUSION
  • BIBLIOGRAPHIE

LISTE DES FIGURES

Figure 1 Gravité des problèmes d'alcool

Figure 2 Gravité des problèmes de drogue

Figure 3 Gravité des problèmes d'alcool et de drogue combinés

Introduction

Il est primordiale déterminer avec précision la nature et la gravité des problèmes d'alcool et de drogue chez les délinquants pour pouvoir élaborer des plans de traitement efficaces (voir Fabiano, 1993). En 1990, le Service correctionnel du Canada (SCC) a amorcé la mise en service à l'échelle nationale du Questionnaire informatisé sur le mode de vie, ou QIMV, qui lui sert d'outil d'évaluation initiale des problèmes de toxicomanie dans chacun de ses établissements, d'un bout à l'autre du Canada. C'est la Fondation de recherches sur la toxicomanie qui a conçu le QIMV original (voir Skinner, 1994). Le SCC l'a modifié pour qu'il reflète les particularités de la population carcérale en permettant d'évaluer de façon précise le comportement criminel des répondants et d'analyser la corrélation entre la consommation d'alcool ou de drogue et la criminalité.

Le QIMV comprend des mesures uniformisées des problèmes de toxicomanie - le Test de dépendance envers l'alcool, ou TDEA (voir Hodgins et Lightfoot, 1989; Skinner et Horn, 1984), et le Test de dépistage de l'abus de drogue, ou TDAD (Skinner, 1982). La version du QIMV qui a été élaborée par le SCC à l'intention des délinquants comporte une section importante consacrée à des questions concernant d'une part les actes criminels pour lesquels le délinquant est actuellement incarcéré et ses antécédents criminels, et d'autre part les liens éventuels entre la toxicomanie et le comportement criminel. En outre, le QIMV vise à évaluer l'efficacité du traitement suivi antérieurement pour un problème de toxicomanie, le degré de motivation des répondants à l'égard du traitement, ainsi que divers autres aspects se rapportant au mode de vie - santé physique et mentale, relations sociales, niveau d'études, emploi et situation financière. Le QIMV est maintenant utilisé dans la plupart des établissements du SCC. Le lecteur désireux d'obtenir plus de précisions peut consulter le rapport publié récemment par Robinson, Fabiano, Porporino, Millson et Graves (1993).

On peut se demander si un instrument uniformisé d'évaluation tel que le QIMV convient à des délinquants d'origines culturelles et linguistiques différentes. En effet, des répondants issus de cultures autres que celle du groupe en fonction duquel l'instrument a été élaboré risquent de donner une interprétation et, par le fait même, une réponse très différentes à des questions particulières. En fait, Van de Vijver et Poortinga (1982) font observer que les constructs psychologiques sous-jacents à un test qui a été traduit ne sont pas toujours identiques à ceux du test original en raison de différences culturelles. D'où la nécessité d'effectuer une recherche fondamentale en vue de déterminer si un instrument ou un test particulier peut convenir à des personnes issues de milieux culturels différents. C'est ainsi que la Division de la recherche et des statistiques a effectué récemment une étude de l'utilisation du QIMV auprès des délinquants autochtones - un groupe qui diffère du reste de la population carcérale sur le plan de l'appartenance linguistique et culturelle (Vandeburg, Weekes et Millson, 1994). Cette étude a révélé que le QIMV convenait aux délinquants autochtones.

Une autre question importante est celle de l'exactitude de la version française destinée aux délinquants francophones. Environ 30% des détenus sous responsabilité fédérale sont incarcérés dans la province du Québec (Solliciteur général, 1994), dont la majorité sont francophones. Le QIMV a été traduit en français, mais fi reste à déterminer si les versions française et anglaise de l'instrument sont comparables, et si la version française convient à des répondants canadiens francophones. En fait, des études récentes confirment la nécessité de valider les tests et instruments de mesure qui ont été conçus à l'intention d'une clientèle ou d'un groupe particulier (p. ex., les délinquants anglophones), mais qui ont été traduits dans une autre langue (p. ex., le français). Une telle validation s'impose pour s'assurer que la traduction est juste, et que la version traduite de l'instrument permet de mesurer les mêmes phénomènes et constructs que l'original (Bourque, Blanchard et Vézina, 1990; Pelletier et Vallerand, 1990; Vallieres et Vallerand, 1990; Vézina, Landreville, Bourque et Blanchard, 1991). Par exemple, les instructions fournies aux répondants pour l'utilisation de certains instruments peuvent être difficiles à traduire fidèlement parce qu'elles sont trop techniques ou complexes. Les répondants risquent alors de mal interpréter l'objet et la nature de l'exercice.

En outre, il peut arriver que le processus de traduction fausse ou fasse disparaître le sens caché d'une question particulière ou le concept qu'elle vise à examiner. En conséquence, les chercheurs doivent recourir à diverses techniques statistiques pour s'assurer que la traduction reflète fidèlement le sens du texte original, qu'il n'y a pas de différences significatives entre les deux versions du test, et que l'instrument est intact sous sa forme traduite.

Nous avons donc vérifié la fiabilité et la validité de la version française du QIMV à partir d'un vaste échantillon de délinquants francophones. Nous avons d'abord examiné la structure psychométrique des principaux tests de dépistage des problèmes de toxicomanie (soit le TDEA et le TDAD). Ensuite, nous avons analysé les réponses fournies par les délinquants à un certain nombre de questions visant à recueillir leurs impressions au sujet du QIMV. Enfin, nous avons comparé les données obtenues sur la nature et la gravité des problèmes de toxicomanie et du comportement criminel, à l'aide d'un échantillon de délinquants qui avaient rempli le QIMV, version française, et d'un groupe de délinquants anglophones qui avaient rempli le QIMV, version anglaise.

Méthode Répondants au QIMV

L'échantillon utilisé pour constituer la base de données de la présente étude se composait de 5 786 délinquants sous responsabilité fédérale (5 690 hommes et 96 femmes) ayant répondu au QIMV dans le cadre du processus courant d'évaluation initiale auquel sont soumis tous les détenus au cours des premières semaines de leur incarcération. Au total, 1 333 délinquants francophones (soit 23% de l'échantillon) ont rempli le QIMV, version française, et 4 453 délinquants anglophones (soit 77% de l'échantillon) ont rempli la version anglaise. Au moment de l'administration du test, l'âge moyen des répondants francophones était de 30 ans (ET=8,40 ans), la gamme d'âges allant de 18 à 69 ans. Chez les répondants anglophones, l'âge moyen était de 30 ans (ET=8,98 ans), la gamme d'âges allant de 18 à 68 ans.

Mode d'administration du QIMV

Les délinquants prenaient place devant un micro-ordinateur et remplissaient le QIMV en répondant à des questions à choix multiple qui leur étaient présentées à l'écran. Ils travaillaient sous la supervision d'un membre du personnel de l'établissement ayant reçu la formation nécessaire pour administrer et superviser les tests du QIMV. Le Questionnaire est conçu pour donner immédiatement aux répondants une idée de leurs résultats à l'aide de graphiques faciles à interpréter qui leur sont présentés à l'écran à divers moments clés de l'exercice. À la fin de la séance, les délinquants recevaient une copie-papier du résumé de leurs résultats qu'ils conservaient pour l'étudier par eux-mêmes. Une deuxième copie était envoyée à leur agent de gestion de cas en établissement, qui s'en servait pour élaborer un plan de traitement.

Résultats Comparaison de la structure et des propriétés psychométriques des versions française et anglaise du QIMV

Comme on l'a mentionné précédemment, plusieurs instruments uniformisés de dépistage des problèmes d'alcool et de drogue ont été incorporés au QIMV. Le TDEA comporte 25 questions visant à évaluer la gravité du problème de dépendance envers l'alcool chez le répondant. Le TDAD est un test en 20 questions permettant de déterminer le nombre et la gravité des problèmes liés à la consommation de drogue.

Étant donné que le QIMV est utilisé principalement pour évaluer la gravité des problèmes de toxicomanie chez les délinquants et pour déterminer le programme de traitement dont ils ont besoin, on a porté une attention particulière, dans les analyses qui suivent, à la nature des réponses fournies aux tests de dépistage de problèmes d'alcool et de drogue.

Fiabilité interne des mesures de dépistage des problèmes d'alcool et de drogue. On a évalué la fiabilité du QIMV en vérifiant la cohérence interne des versions française et anglaise du TDEA et du TDAD. La statistique de fiabilité (coefficient alpha de Cronbach) était élevée, tant pour le TDEA (0,94) que pour le TDAD (0,87), dans le cas des délinquants francophones qui ont rempli le QIMV, version française, comme dans celui des délinquants anglophones qui ont rempli le QIMV, version anglaise (TDEA=0,96; TDAD=0,88). Ces données semblent indiquer que les instruments utilisés pour dépister les problèmes d'alcool et de drogue sont presque identiques dans les deux versions et sont uniformément fiables.

Structure factorielle des mesures de dépistage des problèmes d'alcool et de drogue. Nous avons procédé à des analyses factorielles séparées du TDEA et du TDAD présentés dans les versions française et anglaise du QIMV. L'analyse factorielle est une technique statistique sophistiquée qui est utilisée pour examiner la structure sous-jacente aux questionnaires et aux autres méthodes de mesure psychométrique (Tabachnick et Fidell, 1989). Elle consiste à grouper des questions procédant du même construct en facteurs communs qui peuvent servir d'échelles.

Les résultats de ces analyses indiquent que la structure factorielle des facteurs primaires (c'est-à-dire ceux qui sont à l'origine de la plus forte proportion de variance) était très semblable pour les deux groupes de délinquants - francophones et anglophones. En fait, les résultats d'un test de la comparabilité des facteurs effectué ultérieurement (Everett et Entrekin, 1980) confirmaient que la structure factorielle des facteurs primaires étaient presque identiques pour les deux groupes de délinquants. En d'autres termes, le TDEA et le TDAD génèrent des données semblables concernant les problèmes d'alcool et de drogue éprouvés respectivement par les délinquants francophones et les délinquants anglophones. C'est une raison de plus de conclure qu'en général, le QIMV permet de se faire une idée juste des problèmes de toxicomanie chez les délinquants francophones et anglophones, et que ces deux groupes de répondants interprètent de la même manière les questions des tests de dépistage.

Réactions des délinquants

Nous avons également examiné les réponses fournies par les délinquants à une série de questions posées à la fin de la séance au sujet de leurs impressions sur le QIMV. Les réactions des délinquants qui avaient rempli le questionnaire dans sa version française étaient sensiblement les mêmes que celles des délinquants ayant utilisé la version anglaise. Qui plus est, elles étaient extrêmement positives, ce qui confirme les résultats d'autres enquêtes menées précédemment sur le QIMV (p. ex., Robinson, Porporino et Millson, 1991; Vanderburg, Weekes et Millson, 1994).

Plus précisément, nous avons constaté qu'environ 94% des délinquants anglophones et 97% des délinquants francophones affirmaient avoir bien compris les instructions et les questions, de même que l'information obtenue en retour sur leurs habitudes de vie. Par ailleurs, 80% des francophones et 79% des anglophones estimaient que l'exercice n'avait pas été trop long, et 79% des francophones et 80% des anglophones n'avaient eu aucune difficulté à remplir le QIMV à l'ordinateur. La grande majorité, 92%, des délinquants francophones et 76% des délinquants anglophones jugeaient que le QIMV leur donnait une idée claire de leurs habitudes de vie. Environ 4 répondants sur 5 dans les deux groupes ont affirmé avoir appris quelque chose sur eux-mêmes en remplissant le QIMV. Enfin, 94% des délinquants francophones et 90% des délinquants anglophones ont indiqué que l'exercice leur avait plu; 94% des francophones et environ 87% des anglophones se sont déclarés prêts à encourager un ami à remplir le QIMV.

Nature et gravité des problèmes de toxicomanie chez les délinquants francophones et anglophones

Consommation d'alcool. La proportion de délinquants qui ont indiqué avoir un problème d'alcool était sensiblement la même dans les deux groupes, soit 50,3% chez les francophones et 53,5% chez les anglophones. On a ensuite classé les délinquants des deux groupes dans l'une ou l'autre des catégories suivantes correspondant au degré de gravité de leurs problèmes d'alcool : "aucun problème d'alcool", "problèmes légers", "problèmes modérés" et "problèmes graves". La proportion de délinquants rentrant dans chacune de ces quatre catégories est illustrée à la figure 1. Comme le montre clairement cette première figure, bien que la proportion de délinquants rentrant dans l'une ou l'autre des catégories varie légèrement d'un groupe à l'autre (p. ex., 8,9% des délinquants anglophones ont des problèmes d'alcool graves contre 3,2% des délinquants francophones), les écarts entre les deux groupes sur le plan de la gravité des problèmes d'alcool ne sont pas assez importants pour mettre en question la validité du TDEA ou pour avoir une incidence sur les ressources de traitement.

Les résultats obtenus pour les délinquants francophones et anglophones étaient comparables en ce qui concerne une série de variables liées à leur consommation d'alcool. Par exemple, nous n'avons pas constaté de différences entre les deux groupes lorsque nous avons examiné la relation entre la gravité des problèmes d'alcool et d'autres facteurs connexes : l'âge auquel la consommation d'alcool a commencé; l'âge auquel la consommation d'alcool est devenue régulière (soit au moins une fois par semaine); l'âge auquel la décision d'arrêter de consommer de l'alcool a été prise (en parlant de la dernière tentative s'il y en a eu plusieurs); et le nombre de tentatives faites pour ne plus consommer d'alcool.

Nous avons ensuite mis en corrélation les questions traitant de la consommation d'alcool et diverses mesures portant sur les relations sociales, le niveau d'études, l'emploi, la situation financière afin de relever les différences éventuelles entre les deux groupes de délinquants. Nous avons constaté que, comparativement à leurs homologues francophones, les délinquants anglophones ayant un passé criminel chargé étaient plus susceptibles de gaspiller leur argent en alcool. Les anglophones étaient également un peu plus enclins que les francophones à boire jusqu'à sombrer dans l'inconscience. En outre, nous avons noté une relation plus étroite chez les délinquants anglophones entre les symptômes visibles de l'ivresse (p. ex., le fait de trébucher, de tituber ou de marcher de travers) et un certain nombre de facteurs connexes - la capacité de reconnaître les problèmes associés à l'abus d'alcool, la capacité de reconnaître que l'on a besoin d'aide, la volonté de suivre un traitement la probabilité qu'il y ait eu consommation d'alcool le jour où l'infraction a été commise, et le nombre d'actes criminels commis sous l'empire de l'alcool.

Consommation de drogue. Au total, 52,5% des délinquants francophones et 46,4% des délinquants anglophones ont indiqué avoir des problèmes de drogue. La figure 2 illustre la répartition des répondants des deux groupes dans l'une ou l'autre des quatre catégories correspondant au degré de gravité de leurs problèmes d'alcool ("aucun problème de drogué", "problèmes légers", problèmes modérée" et "problèmes graves"). On n'a constaté aucune différence significative entre les délinquants francophones et les délinquants anglophones sur le plan de la gravité des problèmes de drogue.

La relation entre le degré de gravité des problèmes de drogue (mesuré par le TDAD) et un certain nombre de facteurs connexes variait selon que les répondants étaient francophones ou anglophones. Par exemple, on a constaté une relation plus étroite chez les anglophones que chez les francophones entre la fréquence de la consommation d'héroïne au cours des six mois précédant l'arrestation et la gravité des problèmes de drogue. En d'autres termes, les délinquants anglophones ayant des problèmes de drogue plus graves étaient plus susceptibles d'avoir consommé de l'héroïne au cours de la période précitée que leurs homologues francophones.

Fait intéressant à noter, il n'y avait pas de différence entre les deux groupes de délinquants sur le plan de la relation entre la gravité des problèmes de drogue et d'autres facteurs connexes - l'âge auquel la consommation de drogues a commencé; l'âge auquel la décision d'arrêter de consommer de la drogue a été prise; et le nombre de tentatives faites pour se libérer de la dépendance de la drogue.

Consommation combinée d'alcool et de drogue. Comme l'illustre la figure 3, nous n'avons constaté aucune différence entre les deux groupes lorsque nous les avons classés en fonction de leur score le plus élevé, obtenu soit au TDEA, soit au TDAD. La proportion de délinquants francophones et de délinquants anglophones qui ont admis avoir des problèmes de toxicomanie (problèmes d'alcool, problèmes de drogue ou problèmes d'alcool et de drogue) suffisamment graves pour justifier un traitement en bonne et due forme était identique (69%).

Conclusion

Dans la présente étude, nous avons choisi de nous concentrer sur les composantes du QIMV qui sont les plus utiles au personnel des établissements (c'est-à-dire les agents de gestion des cas) pour l'élaboration de plans de traitement personnalisés. Cette étude ne visait pas à proprement parler à évaluer la validité concourante du QIMV par rapport à d'autres instruments de mesure des problèmes de toxicomanie, mais les résultats présentés révèlent néanmoins que la version française du Questionnaire peut être utilisée auprès des délinquants francophones pour obtenir des données interprétables sur la nature et la gravité des problèmes d'alcool et de drogue qui soient très semblables à celles qui sont recueillies auprès des délinquants anglophones qui ont rempli le QIMV dans sa version anglaise.

Nous avons abouti à cette conclusion pour trois grandes raisons. Premièrement, nous avons constaté que les propriétés psychométriques des versions française et anglaise du QIMV étaient pour ainsi dire identiques. Deuxièmement, le degré de cohérence interne des instruments de dépistage des problèmes d'alcool et de drogue était élevé. Troisièmement, la structure factorielle des deux instruments utilisés pour déceler les problèmes d'alcool et de drogue chez les délinquants était très semblable. Fait important à noter, les résultats obtenus concernant le TDEA concordent avec les conclusions de recherches effectuées récemment, qui confirment la validité et la cohérence de ce test lorsqu'il est administré à des délinquants (Hodgins et Lightfoot, 1989). À notre connaissance, le TDAD n'a jamais été évalué en profondeur sur le plan de sa validité lorsqu'il est utilisé auprès de populations carcérales faisant l'objet d'études cliniques.

En outre, les commentaires recueillis auprès des délinquants francophones et anglophones au sujet de leur expérience du QIMV étaient très positifs. Une autre raison de conclure que le QIMV est utile non seulement comme moyen d'obtenir des données essentielles pour le personnel des établissements concernant la nature des problèmes de toxicomanie des délinquants, mais également comme outil d'auto-apprentissage permettant aux délinquants de mieux connaître leurs habitudes de vie et leur comportement. Par ailleurs, les délinquants semblent prendre plaisir à l'exercice, qui les change peut-être des méthodes plus conventionnelles comme l'entrevue ou le questionnaire à remplir à la main.

Il se peut que, dans certains cas, le QIMV rende le processus d'évaluation plus utile en fournissant aux délinquants de l'information en retour sur leurs problèmes de toxicomanie, ce qui peut les amener à reconnaître l'existence de ces problèmes.

Nous avons dégagé les mêmes tendances des réponses fournies par les délinquants francophones et anglophones aux tests de dépistage et aux autres questions incorporées au QIMV se rapportant à leur comportement actuel en matière de consommation d'alcool et de drogue, à leur comportement passé dans ce domaine et à leur comportement criminel.

Bien que la répartition des résultats obtenus relativement au degré de gravité des problèmes d'alcool, des problèmes de drogue et des problèmes d'alcool et de drogue combinés soit systématiquement la même dans les deux groupes de délinquants, nous avons relevé certaines différences entre les répondants qui ont rempli le QIMV, version française, et ceux qui ont utilisé le Questionnaire dans sa version anglaise. Ainsi, dans l'ensemble, nos résultats indiquent que les délinquants anglophones ont davantage de problèmes d'alcool et de drogue que leurs homologues francophones. Il serait prématuré, à notre avis, d'en tirer des conclusions définitives, mais il reste que ces résultats sont peut-être l'indice de différences culturelles en matière de consommation d'alcool et de drogue.

Nous n'avons dégagé aucune tendance particulière dans la structure psychométrique des tests de dépistage des problèmes de toxicomanie ni aucune anomalie dans d'autres variables se rapportant à la toxicomanie et au comportement criminel qui nous amène à mettre en question l'utilisation du QIMV, version française, auprès des délinquants francophones. En conclusion, le QIMV demeure une méthode efficace, précise et économique d'évaluer les problèmes de toxicomanie chez les délinquants anglophones et francophones. Qui plus est, les constatations présentées dans ce rapport, combinées aux résultats de recherches effectuées récemment qui confirment la validité du QIMV auprès des délinquants autochtones (voir Vanderburg, Weekes et Millson, 1994), donnent à penser que le QIMV peut être présenté dans ses versions anglaise et française à des délinquants issus de divers milieux culturels et linguistiques.

Bibliographie

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Weekes, J. R., (1993). Exposé présenté lors de la réunion de la Société canadienne de psychologie, Montréal (Québec).

Figure 1

Gravité des problèmes d'alcool (TDEA)

Délinquants anglophones
Délinquants francophones
Pourcentage
Degré de gravité des problèmes
Aucun problème
Problèmes légers
Problèmes modérés
Problèmes graves

Figure 2

Gravité des problèmes de drogue (TDAD)

Délinquants anglophones
Délinquants francophones
Pourcentage
Degré de gravité des problèmes
Aucun problème
Problèmes légers
Problèmes modérés
Problèmes graves

Figure 3

Gravité des problèmes d'alcool et de drogue combinés

Délinquants anglophones
Délinquants francophones
Pourcentage
Degré de gravité des problèmes
Aucun problème
Problèmes légers
Problèmes modérés
Problèmes graves