Cette page Web a été archivée dans le Web.
2001 No R-119
Nous tenons à remercier les diverses personnes qui ont prêté leur concours à laréalisation de la présente étude. Tout dabord, nous aimerions exprimer nosremerciements à Sandra Black, pour nous avoir aidés à sélectionner les casde TEM en vue de létude. Nous remercions aussi les représentants des servicesde santé régionaux pour leur aide dans lobtention de données pour chaquerégion. Enfin, nos remerciements sadressent également à Jason Wong,Nancy Sutton et Janice Milligan, dont lapport sest avéré crucial pourlorganisation et la clarification des données relatives aux dates de début detraitement et des renseignements connexes. Il naurait pas été possible deréaliser létude sans la contribution de toutes ces personnes.
Lhéroïne est une drogue puissante et extrêmement toxicomanogène. Desrecherches ont montré que le traitement dentretien à la méthadone (TEM)constitue lune des meilleures interventions contre la dépendance à lhéroïne. Cetraitement a notamment pour effet bénéfique de réduire la consommationdopiacés illicites, les comportements à risque en ce qui concerne la transmissiondu VIH, ainsi que les crimes liés à la drogue (Marsch, 1998). La recherchecorrectionnelle sur le TEM indique que ce traitement réduit également laconsommation dhéroïne par injection et le partage des seringues (Dolan et coll.,1998), favorise la participation à un programme de TEM après la mise en libertéainsi quà dautres traitements pour toxicomanes, et entraîne une réduction delusage de drogues et de lactivité criminelle (Magura et al., 1993).Dans la présente étude, on a comparé les résultats postlibératoires et lecomportement en établissement dun groupe de participants à un programmede TEM (groupe traité) à ceux dun groupe de délinquants dont un test pourlusage de la cocaïne sest révélé positif en établissement ou qui sont considéréscomme toxicomanes (le groupe témoin). Dans lensemble, on constate que lespremiers affichaient des taux de réincarcération inférieurs et quils étaientréincarcérés moins rapidement que les seconds. Pour une période de 12 mois,les délinquants du groupe témoin était plus susceptibles dans une proportion de28 % dêtre incarcérés à nouveau. En outre, les délinquants du groupe traitéétaient moins susceptibles de se trouver illégalement en liberté ou de violer unecondition dabstinence en consommant de lalcool pendant leur mise en libertésous condition. Bien que, dun point de vue statistique, on ait obtenu desrésultats similaires pour les deux groupes en ce qui a trait à la récidive ainsiquau nombre et aux types de nouvelles infractions, la tendance dégagée desdonnées laisse supposer un taux de récidive moins élevé chez le groupe traité.
Au chapitre du comportement en établissement, on a observé une réduction dutaux daccusations graves liées aux drogues et portées en établissement chezles délinquants du groupe traité après le début du traitement à la méthadone. Onpeut déduire ces résultats que, après le traitement, les délinquants du groupetraité faisaient moins de tentatives pour obtenir de la drogue et en consommaientmoins.
Les sujets du groupe traité étaient légèrement plus âgés que les délinquants dugroupe témoin et présentaient un risque un peu moins élevé, daprès lévaluationdes antécédents criminels. Plus de 80 % des délinquants traités appartenaient àla région de lOntario ou à celle du Pacifique. La répartition par région desmembres des deux groupes indique que cest dans la région du Pacifique quontrouvait les plus graves problèmes dhéroïnomanie, mais que la région desPrairies est peut-être celle où lon a le plus besoin daccroître la participationau TEM.
De façon globale, il ressort que la participation à un programme de TEM enétablissement a une incidence favorable sur lissue de la mise en liberté. Desrecherches supplémentaires sont toutefois nécessaires pour examiner desquestions comme la poursuite du traitement dans la collectivité et dautres effetspositifs du TEM pour la sécurité communautaire.
Lhéroïne compte parmi les drogues illicites les plus toxicomanogènes et les plustoxiques. On peut en devenir dépendant après en avoir consommé quelques foisseulement, et, une fois la dépendance installée, il est très difficile den cesser laconsommation. Parmi les effets nuisibles de la consommation dhéroïne,mentionnons la perte de contact avec la famille et les amis, la dépendance àlégard dun mode de vie criminel orienté vers lachat de cette drogue, ainsiquune grave détérioration de létat de santé. Les conséquences les plus gravessur le plan de la santé comprennent linfection par le VIH ou par le virus delhépatite C à cause du partage des seringues ou dautres accessoires destinés àlutilisation de drogues. Il sagit là de problèmes médicaux qui peuvent avoir degraves répercussions sur la santé et mener, en bout de ligne, à la mort.Il est extrêmement difficile de traiter lhéroïnomanie. Toutefois, les efforts pourcontrôler les effets de cette drogue en y substituant la méthadone et enstabilisant le comportement du toxicomane ont donné de bons résultats. Laméthadone est utilisée dans le cadre de traitements dans la collectivité depuis lemilieu des années 1960, et cest à Dole et Nyswander (1965) quon en doit lidée.Lune des premières utilisations de la méthadone en milieu correctionnel qui aété signalée sest faite à Lexington, dans le Kentucky, dans les années 1950. Ony a employé cette substance à titre de médicament expérimental pour traiter latoxicomanie à lhéroïne (Parrino, 2000). Au début des années 1970, on acommencé à administrer de la méthadone à des délinquants héroïnomanesincarcérés à Rikers Island, à New York (Magura, Rosenblum, Lewis et Joseph,1993). Cette substance a été utilisée par la suite dans dautres établissements(Darke, Kaye et Finlay-Jones, 1998; Dolan, Wodak et Hall, 1998; Motiuk,Dowden et Nafekh, 1999).
En janvier 1998, le Service correctionnel du Canada (SCC) a mis en uvre laphase I du Programme national de traitement dentretien à la méthadone, destinéaux délinquants sous responsabilité fédérale souffrant dune dépendance àlhéroïne ou à dautres opiacés (Service correctionnel du Canada, 1999). Cettepremière phase visait la continuation des traitements à la méthadonecommencés dans la collectivité. Le critère dadmissibilité a été élargi, de lobjectifde la continuation du traitement à une participation récente à un programmecommunautaire de TEM, de façon à compenser la lenteur du traitement des caspar le système judiciaire. Le programme national de TEM du SCC intègre lagestion médicale des délinquants et les programmes de traitement de latoxicomanie offerts en établissement et dans la collectivité.
En mars 1999, la phase 1 du programme national de TEM été modifiée afin quilsoit possible, dans des circonstances exceptionnelles, de fournir un traitement àla méthadone aux délinquants souffrant dune grave dépendance à lhéroïne quinétaient pas admissibles à ce programme (Service correctionnel du Canada,1999b). Ladmission est conditionnelle à la satisfaction des critères suivants :tous les traitements et programmes disponibles doivent avoir échoué, ladépendance doit continuer de mettre sérieusement en danger la santé dudélinquant et il doit être absolument nécessaire d'intervenir immédiatement(Service correctionnel du Canada, 1999).
Le programme national de TEM vise à réduire le plus possible les effetsnéfastes, sur le plan physique, psychologique, social et criminel, qui sontassociés à la consommation dopiacés, notamment la propagation du VIH etdautres maladies infectieuses dans les unités opérationnelles du SCC (Servicecorrectionnel du Canada, 1999).
En étudiant lincidence du TEM, on sera en mesure de déterminer ses effetsbénéfiques possibles ainsi que la contribution quil peut avoir à la sécurité dansla collectivité. Il sagit dun traitement coûteux qui nécessite des ressourcesfinancières et humaines considérables. En obtenant des renseignements sur lesrésultats du programme de TEM, les décideurs pourront mieux évaluer lesrépercussions éventuelles dun programme élargi capable de répondre auxbesoins des délinquants nayant pas encore suivi de TEM. La présente étudereprésente un premier pas vers la réunion de linformation nécessaire.
L'une des controverses soulevées par lusage de la méthadone touche le fait desubstituer à une drogue toxicomanogène une autre drogue de même nature.Cependant, contrairement à lidée fausse qui circule depuis longtemps et selonlaquelle la méthadone produit un grand nombre des effets nuisibles de lhéroïne,il a été démontré que cest une substance sûre au point de vue médical (Parrino,2000). Classée parmi les narcotiques à action brève, lhéroïne a un effetimmédiat et son action dure de quatre à six heures. On la consommegénéralement par injection, en la reniflant ou en la fumant. Inversement, laméthadone a une durée daction variant entre 24 et 36 heures, et elle estadministrée par voie orale (O'Brien, Cohen, Evans et Fine, 1992).
Contrairement à lhéroïne, la méthadone na pas deffet narcotique une fois quelétat du sujet est stabilisé et quon a trouvé la dose adéquate. En effet,lavantage de la méthadone dans le traitement des héroïnomanes tient au faitque son action élimine les symptômes de sevrage lorsque la concentration delopiacé (en loccurrence lhéroïne) dans lorganisme chute en deçà dun certainniveau. On a remarqué que le sevrage à la méthadone est moins difficile quecelui à lhéroïne; il se fait plus lentement et peut être contrôlé par une réductionprogressive de la dose (Parrino, 2000). Il en est ainsi parce que la méthadone etlhéroïne agissent toutes deux sur les récepteurs dopiacés. Dès lors, lorsquonassure une concentration constante de méthadone dans le sang, ces récepteurssont continuellement sollicités, et le sujet peut fonctionner normalement.
La substitution de la méthadone aux opiacés constitue la méthode la plusrépandue pour traiter lhéroïnomanie (Marsden, Gossop, Farrell et Strang, 1998).Il y a eu un certain débat relativement à la question de savoir si la méthadonedevrait être utilisée en vue dun traitement visant labstinence ou dans le cadredune approche axée sur lentretien. Caplehorn (1994) a examiné le problème enétudiant un échantillon de sujets participant à un programme de traitement de ladépendance à lalcool ou aux drogues. Daprès les résultats, ceux qui étaientinscrits à un programme orienté vers labstinence étaient passablement plussusceptibles de faire usage dhéroïne et damphétamines durant les deuxpremières années du traitement que ceux qui suivaient un programme axé surlentretien à long terme (Caplehorn, 1994). Il semble donc que lutilisation duneapproche fondée sur lentretien à la méthadone à long terme a ses méritescomparativement à un traitement à la méthadone visant labstinence.Des recherches ont aussi été menées afin de déterminer les effets de la doseadministrée et de la durée du traitement sur les résultats. De façon générale, ona établi que 60 milligrammes de méthadone par jour était la dose minimale pourassurer lefficacité du traitement. Bellin, Wesson, Tomasino, Nolan, Glick etOquendo (1999) ont comparé des délinquants à qui lon avait administré defortes doses (60 mg ou plus) pendant leur incarcération à dautres détenus quiavaient reçu de faibles doses, lobservation allant de la mise en liberté dans lacollectivité jusquau moment de la réincarcération. Il ressort que les détenusélargis qui avaient reçu des doses élevées de méthadone avaient moinstendance à être réincarcérés que ceux qui avaient pris des doses moindres, letemps écoulé avant la réincarcération sétablissant en moyenne à 253 jours et à187 jours, respectivement. Qui plus est, on a constaté que lusage de fortesdoses de méthadone favorisait une période de traitement plus longue, alors quelentretien avec de plus faibles doses (choix souvent imputable aux politiques envigueur plutôt quà une détermination de la dose au cas par cas) tendait à faireaugmenter le nombre dabandons (Ward, Mattick et Hall, 1992). En ce quiconcerne les effets de la durée du traitement sur les résultats, mentionnons queWard, Mattick et Hall (1992) sont arrivés à la conclusion quil existe un lien entrela durée de lentretien à la méthadone et le comportement après le traitement. Enoutre, les résultats des études menées sur la question laissent croire que deux àtrois ans dentretien à la méthadone sont nécessaires pour que deschangements comportementaux significatifs sopèrent. Toutefois, ils indiquentégalement que le fait de limiter arbitrairement la durée du traitement à laméthadone à une telle période a des conséquences néfastes (Ward, Mattick &Hall, 1992).
Par ailleurs, les chercheurs ont également établi quon obtenait de meilleursrésultats lorsquon combinait le TEM et la prestation de servicescomplémentaires (services médicaux, services de counselling fréquents et dequalité, ainsi que services financiers), notamment au chapitre du maintien entraitement ainsi que de la réduction de lusage de drogues et de la criminalité(Ward, Mattick et Hall, 1992). Par exemple, Simpson, Joe, Dansereau etChatham (1997) ont déterminé quun meilleur counselling et une période pluslongue à recevoir dautres services en plus du TEM donnaient des résultats plusprobants.
Des recherches ont démontré que le fait de traiter à la méthadone dans lacollectivité puis dinterrompre ladministration de cette substance au moment delincarcération augmentait les risques de partage de seringues (Shewan,Gemmell et Davies, 1994). Cette constatation montre que les programmesde TEM destinés aux détenus sont nécessaires pour lutter contre les effetsnuisibles de cette pratique sur la santé.
De nombreux chercheurs ont fait la preuve des effets favorables de laparticipation à un programme dentretien à la méthadone. Maddux et Desmond(1997), entre autres, ont déterminé que, chez les participants à un telprogramme, le nombre de jours de consommation de drogues par intraveineuse,la criminalité et le partage de seringues diminuaient de façon marquée, tandisque le nombre de jours dactivité productive augmentait entre le mois précédantladmission au programme et le mois précédant la fin de la première année detraitement. En outre, dans le cadre dune comparaison avec un échantillondhéroïnomanes et de polytoxicomanes, Parker et Kirby (1996) ont observé uneimportante réduction de lusage de drogues illicites et des crimes commis pourse procurer largent nécessaire à la consommation de drogues (vol et vol aveceffraction, par exemple) chez les participants à un TEM.
Magura et ses collaborateurs (1993) ont comparé un échantillon de délinquantshéroïnomanes de la ville de New York inscrits à un programme de TEM et ungroupe de référence formé de sujets souffrant de la même toxicomanie quiavaient suivi une cure de désintoxication de sept jours en milieu carcéral. Selonles résultats, les participants au programme étaient plus nombreux que lesdétenus du groupe de référence à demander de suivre un traitement à laméthadone ou un autre traitement pour toxicomanes après leur mise en liberté,et poursuivre le traitement après cinq mois de suivi. De plus, le fait dêtretoujours en traitement pendant le suivi entraînait une réduction de laconsommation de drogues et de la criminalité. Il convient également de soulignerque le programme de TEM en milieu carcéral affichait une plus grande efficacitépour ce qui est dassurer la continuation du traitement après la mise en libertéchez les délinquants qui suivaient déjà un TEM au moment de leur arrestation(Magura et al., 1993).
Dolan et ses collaborateurs (1998) ont réalisé une étude auprès de la populationcarcérale dune prison de la Nouvelle-Galles-du-Sud. Leurs résultats indiquentque les sujets qui suivaient un traitement dentretien à la méthadone accusaientdes taux passablement plus faibles en ce qui concerne linjection dhéroïne et lepartage de seringues. En outre, ils obtenaient des scores moins élevés, selonune échelle visant à mesurer les comportements présentant un risque dinfectionau VIH, que les délinquants soumis à un traitement de la toxicomanie plustraditionnel ou à un traitement à la méthadone de durée limitée.
Dans le cadre dune étude exhaustive, Coid et ses collègues (2000) ontdéterminé que la participation à un programme communautaire de TEMcontribuait à réduire la consommation de drogues illicites et lactivité criminelle,daprès les déclarations volontaires. Dans lensemble, les résultats montrent quela consommation dhéroïne avait diminué de 50 % six mois après le début dutraitement, même si on nobservait pas de changements dans la consommationillicite de méthadone, damphétamines, de barbituriques, de crack (cocaïnepurifiée), de cocaïne en poudre ou de cannabis, ou encore dans lusage debenzodiazépines à mauvais escient. De plus, on a constaté lexistence dun lienentre le traitement à la méthadone, dune part, et, dautre part, une réduction desrevenus tirés dactivités criminelles et du nombre darrestations signalées par lapolice pendant la période de traitement. Cependant, on a noté des différencesdans les répercussions du TEM sur la perpétration de diverses catégories decrimes. En effet, le nombre de vols avec effraction et de vols a chuté de moitié,et on a observé un effet encore plus marqué sur le trafic de drogues. Parcontraste, aucun changement na été enregistré relativement à la fréquence desactivités frauduleuses, des crimes commis pour pouvoir se procurer de la drogue(les crimes de vol avec agression, entre autres), du travail dans lindustrie dusexe et de lobtention davantages par des moyens illégaux en milieu de travail.Qui plus est, le TEM semble avoir eu des effets plus importants sur les sujetsaccusant une criminalité marquée, le taux de crime commis par ceux-ci affichantune chute spectaculaire.
Marsch (1998) a effectué une méta-analyse visant à examiner lefficacité desinterventions fondées sur lentretien à la méthadone. Ses résultats indiquent unrapport constant et significatif sur le plan statistique entre le TEM et uneréduction de lusage illicite dopiacés, des comportements à risque au chapitre dela transmission du VIH, ainsi que des crimes liés à la drogue et des crimescontre les biens. De façon plus particulière, soulignons que lincidence du TEMsest avéré modérée pour ce qui est de réduire la consommation illicite dopiacésde même que les crimes liés à la drogue et les crimes contre les biens, et queses effets allaient de minimes à modérés au chapitre de la réduction descomportements présentant un risque dinfection au VIH (Marsch, 1998).Il faut dire quil sest fait, au Canada et plus particulièrement auprès despopulations carcérales, peu de recherches sur lefficacité du TEM en ce quiconcerne la modification des comportements. Fischer, Gliksman, Rehm etMedved (1999), qui ont suivi pendant un an des consommateurs dopiacés dansla collectivité, ont réalisé lune des rares études canadiennes sur le sujet. Ils ontétabli que, par comparaison avec ceux qui suivaient un TEM, les sujets nontraités à la méthadone étaient beaucoup plus susceptibles de prendre part à desactivités illégales à des fins lucratives (52 % contre 2 %), de participer à desactivités liées à la vente de drogues sur le marché clandestin (56 % contre17 %), de consommer de lhéroïne (65 % contre 34 %), dautres opiacés (65 %contre 38 %) ou de lalcool (70 % contre 45 %), ou encore de faire usage debenzodiazépines (45 % contre 28 %). Bien quon ait observé chez lesparticipants à un TEM une tendance à moins utiliser les services de santé(services durgence et hospitalisation), celle-ci nétait pas significative au point devue statistique. De la même façon, le taux dincarcération et le nombredarrestations pour une infraction liée à la drogue ou une infraction contre lesbiens au cours de la dernière année étaient comparables chez les deux groupes.Il convient dinterpréter ces résultats à la lumière des limites de létude. Toutdabord, léchantillon visé se composait de consommateurs de drogues reconnusqui nétaient pas nécessairement des délinquants. Par conséquent, les résultatsconcernant les rapports avec le système de justice pénale pourraient êtredifférents si lon avait recours à un échantillon dindividus à risque plus élevé.Ensuite, pour les deux groupes, léchantillon était petit (29 sujets dans le cas desparticipants à un TEM, contre 40 pour le groupe de référence), ce qui a puminimiser limportance des corrélations examinées.
Stones (1999) a étudié un groupe de 37 délinquants canadiens sousresponsabilité fédérale qui avaient commencé un TEM dès leur mise en libertédans la collectivité. Selon les résultats de cette étude, 57 % (N = 21) desparticipants au TEM ont vu leur liberté révoquée pendant le traitement, tandisque chez 43 % dentre eux (N = 16), la liberté conditionnelle ou doffice avait étécouronnée de succès. La durée du suivi na toutefois pas été précisée. Il estencore plus important de mentionner que 65 % des délinquants suivant un TEMdans la collectivité avaient grandement atténué leur problème chronique deconsommation dhéroïne ou avaient carrément cessé den consommer. Il sagit làde résultats encourageants, mais il faut signaler que ces délinquants navaientcommencé le traitement à la méthadone quune fois dans la collectivité. Il estdonc possible que leur état nait pas encore été stabilisé dans les premierstemps qui ont suivi leur mise en liberté.
Tablant sur les travaux de Stones (1999), Motiuk et ses collaborateurs (1999) ontmené des recherches préliminaires sur les résultats postlibératoires dedélinquants ayant entrepris un programme de TEM du SCC pendant leurincarcération. Leur étude indique un taux de 8,6 % (N = 3) de réincarcérationdans un établissement fédéral chez ces participants. En outre, sur troisparticipants, lun avait été réincarcéré pour récidive, cest-à-dire en raison dunenouvelle infraction, et les deux autres, pour un manquement aux conditions deleur mise en liberté sous condition. Dans leurs conclusions, les auteursqualifiaient dencourageant le très faible taux de révocation de la liberté observéchez ces délinquants à haut risque (p. 4). Cependant, il faut rappeler que leursrésultats se fondaient sur un petit échantillon (N = 35) et sur une période de suivirestreinte, et que les auteurs ne faisaient aucune comparaison avec un groupetémoin de délinquants faisant usage dhéroïne, mais ne participant pas à unprogramme de TEM.
La présente étude vise à examiner lissue de la mise en liberté de délinquantsqui ont participé à un programme de TEM en établissement. Ceux-ci (le groupetraité) sont comparés à des délinquants dont un test pour usage de lhéroïnesest révélé positif en établissement ou qui sont reconnus comme toxicomanes,mais qui nont pas suivi de TEM (le groupe témoin). Selon les prévisions, lesdélinquants du groupe traité devraient passer plus de temps dans la collectivitéaprès leur mise en liberté que ceux du groupe témoin avant dêtre réincarcérés.
On veut également étudier les répercussions de la participation à un programmede TEM sur le comportement en établissement. De façon plus précise, on sepenche sur les manquements à la discipline et les périodes disolement avant etaprès le début du traitement. On prévoit une réduction des cas dinconduite etdisolement après le TEM.
Le groupe traité se composait de 303 délinquants qui participaient à unprogramme de TEM dans un établissement fédéral entre le 20 novembre 1996 etle 20 octobre 1999. Parmi ceux-ci, environ 62 % (187 délinquants) ont été libérésavant le 15 mai 2000 et ont servi aux analyses de suivi. La date de mise enliberté la plus reculée est le 19 novembre 1997, et la plus récente, le 8 mai 2000.En règle générale, il sagissait de délinquants qui présentaient un risque derécidive correspondant à environ 415,3 jours (nombre de jours dans la collectivitéentre la mise en liberté et la date butoir) (ET = 215,7), la moyenne étant de397 jours.
Pour faire une bonne recherche, il convient de comparer un groupe traité à ungroupe semblable qui ne suit pas de traitement. La meilleure façon de procéderconsiste à décider aléatoirement quels participants seront traités et lesquels nele seront pas. Elle nest cependant pas considérée comme éthique dans ledomaine de la recherche sur les traitements, ce qui veut dire que nous avons dûprocéder autrement. Ce qui est le plus difficile dans le choix dun groupe témoin,cest de trouver des gens qui ressemblent le plus possible au groupe traité sanstoutefois recevoir de traitements. Il arrive souvent quun groupe témoin idéal nepuisse pas être formé. Il faut alors faire des compromis entre la rigueurscientifique (des groupes qui correspondent parfaitement) et les avantagesquune comparaison peut apporter à une étude. Dautres études sur le le TEMont utilisé des groupes témoins formés de délinquants qui suivaient un autretraitement (Dolan et al., 1998; Magura et al., 1993). Il ny avait cependant pas degroupe de ce genre à notre disposition pour la présente étude. Nous avons doncdécidé que le groupe témoin serait formé de consommateurs connus dhéroïneayant un problème de toxicomanie. Nous nous sommes servis de résultats detests durine pour repérer les consommateurs dhéroïne, tandis que latoxicomanie était confirmée par lexamen des évaluations initiales desdélinquants.
Pour quun délinquant puisse être inclus dans ce groupe, on devait avoir trouvédans au moins un de ses échantillons durine des opiacés ou des opiacés A(métabolites dhéroïne) dans le cadre de tests au hasard et de tests cibléseffectués entre le 1er janvier 1998 et le 20 octobre 1999. Les délinquants dugroupe traité étaient bien sûr exclus. Pour confirmer la présence dun problèmede drogue, on a examiné les résultats de lévaluation initiale des délinquants(EID) ainsi que les plans correctionnels. Si le délinquant navait pas de problèmede toxicomanie selon ces données ou si les rapports relatifs aux analyses durineprécisaient quon lui donnait des comprimés de Tylenol avec codéine poursoulager la douleur, il ne pouvait faire partie du groupe témoin. Ce derniercomptait 215 délinquants, dont environ 52 % (112 délinquants) ont été libérésavant le 15 mai 2000 et pouvaient être visés par les analyses de suivi. La datede mise en liberté la plus reculée, chez ces derniers, était le 26 février 1998, et laplus récente, le 3 avril 2000. En général, le risque de récidive de ces délinquantsétait denviron 383 jours (ET = 202,7), la moyenne se situant à 364 jours. On nenotait pas de différences importantes dans la durée moyenne de lintervalledexposition au risque entre le groupe traité et le groupe témoin (t (1,297) = 1,28,ns).
Les données utilisées pour la présente étude provenaient de diverses sources, que nous énumérons ci-dessous.
Les responsables des soins de santé des cinq régions du SCC (Atlantique,Québec, Ontario, Prairies et Pacifique) nous ont fait parvenir leurs listes desdélinquants inscrits à un programme de TEM. Deux régions ont également fournidautres renseignements tels que la dose et la date du début du traitement.
Afin de sélectionner les délinquants destinés à former le groupe témoin, nousavons examiné les résultats des analyses durine. En vertu du programme deprises déchantillon durine, les délinquants peuvent faire lobjet de tests dedépistage visant à déterminer sils font usage de drogues illicites grâce à uneanalyse de leurs urines en vue dy déceler des métabolites de drogue. Lesanalyses peuvent se faire dans le cadre dun programme de tests effectués auhasard à des fins de surveillance ou lorsquon a des « motifs raisonnables » decroire quun délinquant consomme des substances intoxicantes. Environ 5 % detous les détenus sont soumis à de tels tests chaque mois dans le cadre desvérifications faites au hasard.
Des données démographiques concernant notamment lâge et la race de mêmeque le nombre et le type des infractions à lorigine de la peine actuelle, ainsi queles résultats de lévaluation initiale des délinquants (EID) ont été obtenus grâceau Système de gestion des délinquants (SGD). Ce dernier est un système dedossiers informatisés utilisé pour assurer le suivi de tous les délinquants endétention ou en liberté surveillée relevant du Service correctionnel du Canada.Le risque global découlant des antécédents criminels et les besoins desdélinquants sont évalués au cours de lEID, qui est effectuée peu aprèsladmission par un agent de libération conditionnelle de létablissement daccueil.Risque et besoins sont évalués selon une échelle à trois niveaux (élevé, modéréou faible). De plus, on évalue les délinquants en fonction de sept facteurscriminogènes, à savoir les fréquentations, lattitude générale, ladaptation à lacollectivité, lemploi, les relations conjugales et familiales, la stabilité personnelleet affective, ainsi que la toxicomanie.
On a également obtenu à laide du SGD de linformation sur les peines et lesinfractions antérieures, de même que dautres données importantes telles queles dates de mise en liberté et les dates dadmission.
Afin deffectuer une comparaison entre le groupe traité et le groupe témoin, dunepart, et, dautre part, la population carcérale en général, on a créé un ensemblede données relatives à tous les délinquants libérés en 1998 aux fins delétablissement de statistiques comparatives. On a eu recours à ces donnéesparce que seuls les délinquants du groupe traité et du groupe témoin qui ont étélibérés sont visés par le présent rapport. En effet, les caractéristiques desdélinquants libérés diffèrent souvent de celles des détenus parce que lespremiers comptent plus de délinquants purgeant de courtes peines, tandis quontrouve plus de délinquants purgeant une peine de longue durée chez lesseconds.
On a évalué lissue de la mise en liberté chez tous les délinquants libérés avantle 15 mai 2000, en fonction des réadmissions dans un établissement fédéral. Ence qui concerne le groupe traité, on prenait comme date de mise en liberté ladate de la première mise en liberté après le début du traitement à la méthadone.Si lon ne connaissait pas la date de début du traitement, la date de la premièremise en liberté après le 1erjanvier 1998 était retenue. Pour ce qui est du groupetémoin, la date de mise en liberté était celle de la première mise en liberté aprèslanalyse durine positive. Dans les cas où il y avait plusieurs analyses durinepositives, on a choisi une date au hasard.
Par réincarcération, on entend à la fois les réincarcérations pour manquementaux conditions de la mise en liberté et les réincarcérations dues à une nouvelleinfraction. On a également codé des renseignements supplémentaires tirés duSGD et concernant notamment la raison de la réincarcération (récidive et/ourévocation de la liberté) et le type de révocation.
Des données sur les mesures servant à évaluer le comportement enétablissement (par exemple le nombre et le type dactes dinconduite ainsi queles périodes disolement) ont également été extraites du SGED. En ce quiconcerne le groupe traité, linformation recueillie visait une période allant de sixmois, au plus, avant ladministration de la première dose de méthadone à sixmois, au maximum , après celle-ci. De la même façon, dans le cas du groupetémoin, on a recueilli des données concernant une période allant de six mois, auplus, avant lanalyse durine ayant révélé la présence dopiacés ou dopiacés A etde six mois, au maximum, après celle-ci. Étant donné quon ne disposait pas dedonnées relatives aux six mois ayant précédé le traitement et aux six moislayant suivi pour tous les délinquants, on a établi un nombre mensuel moyen àpartir des résultats.
Par ailleurs, on a examiné les accusations portées en établissement en fonctionde trois grandes catégories dinfractions : les infractions liées à la drogue, lesinfractions avec violence et les autres infractions. Les infractions disciplinaires enmatière de drogue englobaient la possession dalcool, de drogue oudaccessoires destinés à lutilisation de drogues; le fait de refuser de fournir unéchantillon durine; le fait davoir une analyse durine positive; le fait deconsommer des substances intoxicantes et le fait de participer à un trafic dedrogues. Les infractions avec violence comprenaient le fait dagir de façonirrespectueuse ou outrageante envers le personnel; les bagarres, les voies defait et les menaces à lendroit de membres du personnel ou de détenus; ainsique le fait de provoquer des troubles ou dy participer en vue de mettre en péril lasécurité. Toutes les autres infractions relativement auxquelles des accusationspeuvent être portées en établissement (désobéissance à une règle officielle ou àun ordre direct; possession ou commerce dobjets interdits; possession dobjetsnon autorisés ou volés; ou fait de causer des dommages à des biens ou de lesdétruire) étaient classées dans la catégorie des autres infractions.
Les données ont été analysées à laide du Statistical Analyses System (SAS),version 6.12 ou 8.01 (SAS, 1999). Les analyses statistiques comportaient desdistributions de fréquences et des tests de signification effectués au moyen dutest chi carré. On a eu recours à lanalyse de survie pour évaluer les résultatspostlibératoires. Celle-ci permet dévaluer le taux de survie (absence de mauvaisrésultats) à divers moments, tout en tenant compte de lintervalle dexposition aurisque.
À laide de tests t, on a comparé des variables continues telles que lâge et lenombre dinfractions pour les deux groupes. Les mesures relatives aucomportement en établissement ont été évaluées à deux reprises; on a donc faitappel à une analyse par mesures répétées.
Les résultats des analyses sont présentés en trois temps. Premièrement, onexamine les résultats postlibératoires, puis on compare les délinquants libérés dugroupe traité et ceux du groupe témoin en ce qui concerne le risque de récidiveet les facteurs criminogènes, le type dinfraction, ainsi que les donnéesdémographiques. Enfin, on étudie les changements de comportement enétablissement et dans la collectivité.
On a eu recours à des analyses de survie afin de comparer les délinquants dugroupe traité et ceux du groupe témoin sur le plan du temps passé dans lacollectivité sans être réincarcérés. Ces analyses permettent dutiliser plusefficacement les données disponibles et deffectuer un suivi plus long que lesautres méthodes lorsquon répartit les mises en liberté sur une plus longuepériode de temps, créant ainsi des périodes de suivi variables.Fournissant les résultats de lanalyse de survie, le Graphique 1 présente laproportion de délinquants qui sont demeurés dans la collectivité pour chacun desmois suivant la mise en liberté, jusquà concurrence de 28 mois. Les différencesdans les courbes des deux groupes sont statistiquement fiables (÷2(1) = 6,02,p < 0,05).
De façon générale, les délinquants du groupe traité affichaient un taux deréincarcération plus faible que ceux du groupe témoin et ils étaient réincarcérésplus graduellement, comme le montre la pente des courbes. Par exemple, onconstate que, environ 12 mois après la mise en liberté, 59 % des premiersnavaient pas encore été réadmis dans un établissement fédéral, alors que, chezles seconds, le taux de survie nétait que de 42 %. Après 24 mois, le groupetraité comptait 47 % de délinquants non réincarcérés, et le groupe témoin, 34 %.Le taux de succès du groupe témoin était inférieur de 13 points de pourcentage àcelui du groupe traité. En dautres termes, les délinquants du groupe témoinétaient de 28 % plus susceptibles dêtre remis en détention que ceux du groupetraité.
On a également établi la courbe de survie en ce qui concerne les nouvellesinfractions. Comme on peut le constater en étudiant le Graphique 2, il ny a entrele groupe traité et le groupe témoin quune légère différence dans le taux derécidive. Les écarts observés ne sont pas fiables sur le plan statistique(÷2(1) = 1,81, ns), mais les résultats mettent au jour des tendancesintéressantes. En effet, au cours des 12 premiers mois suivant la mise en liberté,on remarque que la proportion de délinquants commettant une nouvelleinfraction est relativement semblable pour les deux groupes, bien que lesdélinquants du groupe traité soient plus nombreux à ne pas avoir récidivé après12 mois (82 % pour le groupe traité, contre 76 % pour le groupe témoin). Ladifférence entre les deux groupes au chapitre du taux de survie saccentue dansles derniers mois : 24 mois après la mise en liberté, environ 74 % desdélinquants du groupe traité navaient pas encore commis de nouvelle infraction,contre 61 % pour le groupe témoin.
Les analyses effectuées à laide de périodes de suivi fixes permettent deprocéder à un examen plus exhaustif des raisons de la réincarcération. Lesdonnées présentées ci-dessous fournissent les résultats pour un suivi de sixmois et pour un suivi de douze mois. Il nest pas possible détablir des résultatspour plus de douze mois, étant donné le faible nombre de délinquants demeurésdans la collectivité plus de douze mois entre leur mise en liberté et la fin de lacollecte de données. Les réincarcérations ont été divisées en trois catégories,selon leur raison : réincarcération en raison dune révocation non liée à larécidive, réincarcération en raison dune révocation pour récidive etréincarcération en vertu dun mandat de dépôt. La réincarcération pourrévocation survient lorsque le délinquant se trouve sous surveillance dans lacollectivité à titre de libéré conditionnel et que sa liberté est révoquée par laCommission nationale des libérations conditionnelles. La réincarcération en vertudun mandat de dépôt a lieu lorsque le délinquant a purgé sa peine, maiscommet une nouvelle infraction, ce qui entraîne une nouvelle période dedétention dans un établissement fédéral.
Parmi les délinquants quon a pu suivre pendant au moins six mois, 71 % deceux du groupe traité sont demeurés dans la collectivité, contre 56 % seulementchez le groupe témoin (voir le Tableau 1). De plus, les délinquants du groupetraité étaient moins susceptibles de voir leur liberté révoquée à cause dunmanquement aux conditions de leur mise en liberté et de commettre unenouvelle infraction pendant quils se trouvaient dans la collectivité (révocationpour récidive ou en vertu dun mandat de dépôt). Les différences entre les deuxgroupes, en ce qui concerne les résultats postlibératoires pour une période fixede six mois, sont statistiquement fiables (÷2(3) = 8,03, p < 0,05).
|
|
|||
| Raison de la réincarcération | Groupe traité % (n) |
Groupe témoin % (n) |
X2 |
|---|---|---|---|
|
|
|||
| Pas de réincarcération | 70,8 (109) | 56,5 (52) | |
| Révocation pour manquement aux conditions | 16,9 (26) | 21,7 (20) | 7,96* |
| Révocation pour récidive | 7,8 (12) | 8,7 (8) | |
| Mandat de dépôt1 | 4,5 (7) | 13,0 (12) | |
|
|
|||
| Nombre de cas | 154 | 92 | |
|
|
|||
Tel que lindique clairement lanalyse de survie, on note chez le groupe traité unetendance beaucoup plus marquée (62 %) à être toujours dans la collectivitéaprès 12 mois que chez le groupe témoin (39 %). Conformément aux résultatsdes périodes de suivi de six mois, les délinquants du groupe traité risquaientmoins dêtre réincarcérés et de commettre une nouvelle infraction(réincarcération en raison dune révocation pour récidive ou en vertu dunmandat de dépôt) dans les 12 mois suivant leur mise en liberté (÷2(3) = 8,39,p < 0,05) (voir le Tableau 2).
|
|
|||
| Groupe traité % (n) |
Groupe témoin % (n) |
X2 | |
|---|---|---|---|
|
|
|||
| Pas de réincarcération | 61,7 (66) | 38,9 (21) | |
| Révocation non liée à une nouvelle infraction | 17,8 (19) | 29,6 (16) | 8,16* |
| Révocation pour récidive | 12,1 (13) | 14,8 (8) | |
| Mandat de dépôt1 | 8,4 (9) | 16,7 (9) | |
|
|
|||
| Nombre de cas | 107 | 54 | |
|
|
|||
Il existe un certain nombre de raisons pour lesquelles la liberté sous conditiondun délinquant peut être révoquée par la Commission nationale des libérationsconditionnelle. On trouve dans le Tableau 3 les résultats selon les raisons de larévocation. Il est important de souligner que plusieurs raisons peuvent être àlorigine de la révocation; les chiffres et les pourcentages présentés dans letableau ne peuvent donc pas être additionnés. Le fait de se trouver illégalementen liberté ainsi que le fait davoir violé une condition dabstinence enconsommant de la drogue constituaient les raisons de révocation les plusfréquentes chez les deux groupes. Cependant, les délinquants du groupe traitéavaient moins tendance à se faire révoquer leur liberté pour lune de ces deuxraisons. Ils étaient également moins susceptibles de faire lobjet dune révocationpour avoir violé une condition dabstinence en consommant de lalcool (2 %,contre 10 % pour le groupe témoin). Le taux de révocation pour récidive étaitdenviron 10 % au sein des deux groupes.
|
|
|||
| Raison | Groupe traité % (n) |
Groupe témoin % (n) |
X2 |
|---|---|---|---|
|
|
|||
| Récidive | 9,9 (18) | 9,9 (11) | 0 |
| Violation dune condition dabstinence (alcool) | 1,7 (3) | 9 (10) | 8,741** |
| Violation dune condition dabstinence (drogue) | 14,4 (26) | 20,7 (23) | 1,99 |
| Fait de se trouver illégalement en liberté | 8,8 (16) | 22,5 (25) | 10,67** |
| Violation de la consigne concernant les heures de rentrée | 2,2 (4) | 2,7 (3) | 0,071 |
| Dégradation du comportement | 3,3 (6) | 3,6 (4) | 0,021 |
| Autre manquement | 5 (9) | 5,4 (6) | 0,03 |
| Total des cas sans révocation | 33,1 (60) | 38,7 (43) | |
|
|
|||
| Nombre de cas | 181 | 111 | |
|
|
|||
On a également comparé les délinquants des deux groupes sur le plan dunombre et des types de nouvelles infractions. On na pas relevé de différencesignificative dans le nombre moyen de nouvelles infractions, chez les délinquantsayant récidivé, entre le groupe traité (3,1) et le groupe témoin (2,5)(t (1,48,7) = 0,83, ns).
Les résultats relatifs aux types de nouvelles infractions commises par lesdélinquants des deux groupes sont fournis dans le Tableau 4. Dans lensemble,ils ne diffèrent pas de façon significative dun groupe à lautre. Toutefois, lesdélinquants du groupe traité affichaient un taux de récidive inférieur à celui dugroupe témoin (17 %, comparativement à 23 %).
|
|
|||
| Infraction | Groupe traité % (n) |
Groupe témoin % (n) |
X2 |
|---|---|---|---|
|
|
|||
| Infraction avec violence1 | 8,3 (15) | 9 (10) | 0,05 |
| Vol qualifié | 5 (9) | 8,1 (9) | 1,17 |
| Infraction liée à la drogue | 3,3 (6) | 2,7 (3) | 0,092 |
| Infraction sans violence | 9,9 (18) | 16,2 (18) | 2,5 |
|
|
|||
| Total des délinquants récidivistes |
17,1 (31) | 23,4 (26) | |
|
|
|||
| Nombre de cas | 181 | 111 | |
|
|
|||
Comparativement au groupe témoin, les délinquants du groupe traité avaientmoins tendance à être réincarcérés, et leur réincarcération survenait moinsrapidement. En outre, ils étaient moins susceptibles de voir leur liberté souscondition révoquée du fait quils se trouvaient illégalement en liberté ou parcequils avaient violé la condition dabstinence (en consommant de lalcool). En cequi concerne les nouvelles infractions, ces mêmes délinquants étaient moinsnombreux à avoir récidivé que ceux du groupe témoin, mais on na pasenregistré de différence significative entre les deux groupes dans les courbesrelatives au temps de survie établies relativement aux nouvelles infractions. Deplus, les deux groupes avaient des résultats semblables au chapitre du nombreet des types de nouvelles infractions.
Dans la partie qui suit, on présente une description des délinquants du groupetraité et du groupe témoin qui ont été libérés pendant la période visée par létude.En comparant les deux groupes, on pourra mieux cerner les différences quipeuvent influer sur linterprétation des résultats ainsi que définir le profil desdélinquants qui participaient au programme de TEM, dune part, et, dautre part,celui des délinquants qui ny participaient pas, soit par choix, soit en raison desrestrictions établies pour la phase 1. Dans la mesure du possible, on aégalement comparé les délinquants du groupe traité à lensemble desdélinquants libérés en 1998 afin davoir une idée des différences qui existententre eux et lensemble des délinquants.
On trouvait dans le groupe traité moitié moins dAutochtones (10 %) que dans legroupe témoin (20 %), comme en témoigne le Tableau 5. En 1998, 19 % desdélinquants libérés étaient des Autochtones, ce qui indique que le groupe témoinest représentatif de la population des délinquants autochtones libérés. Toutefois,les Autochtones sont sous-représentés au sein du groupe traité par rapport à lapopulation des délinquants autochtones libérés en général.
|
|
|||
| Race | Groupe traité % (n) |
Groupe témoin % (n) |
X2 |
|---|---|---|---|
|
|
|||
| Autochtones | 9,5 (17) | 20,2 (22) | 6,61* |
| Non-Autochtones | 90,5 (162) | 79,8 (87) | |
|
|
|||
| Nombre de cas | 179 | 109 | |
|
|
|||
En ce qui concerne la répartition selon le sexe, les résultats, présentés dans leTableau 6, indiquent que le groupe traité et le groupe témoin ne différaient pasde façon significative. Les deux groupes comptaient entre 3 % et 6 % defemmes. Par comparaison, environ 3 % des détenus libérés en 1998 étaient desfemmes.
|
|
|||
| Sexe | Groupe traité % (n) |
Groupe témoin % (n) |
X2 |
|---|---|---|---|
|
|
|||
| Féminin | 3,3 (6) | 6,2 (7) | |
| Masculin | 96,7 (175) | 93,7 (105) | 1,41, ns |
|
|
|||
| Nombre de cas | 181 | 112 | |
|
|
|||
La moyenne dâge des délinquants du groupe traité était de 38 ans,comparativement à 34 ans chez les délinquants du groupe témoin. Commelindique le Tableau 7, les premiers étaient plus nombreux (68 %) à entrer dansla catégorie des plus de 35 ans, tandis que, chez les seconds, la majorité (59 %)faisaient partie des 35 ans ou moins. Les délinquants du groupe traité étaientégalement plus âgés que les délinquants libérés en général, dont lâge moyen aumoment de la mise en liberté se situait à 34 ans et parmi lesquels seuls 40 %avaient plus de 35 ans.
|
|
|||
| Âge | Groupe traité % (n) |
Groupe témoin % (n) |
Test statistique |
|---|---|---|---|
|
|
|||
| 25 ans ou moins | 3,5 (6) | 10,6 (11) | |
| Entre 26 et 35 ans | 28,8 (49) | 48,1 (50) | |
| Entre 36 et 45 ans | 49,4 (84) | 35,6 (37) | X2=22,01*** |
| 46 ans ou plus | 18,2 (31) | 5,8 (6) | |
| Moyenne (ET) | 38,3 (7,4) | 34,0 (6,5) | F=24,61*** |
|
|
|||
| Nombre de cas | 170 | 104 | |
|
|
|||
La répartition par région des cas appartenant au groupe traité et au groupetémoin est présentée dans le Tableau 8. La région du Pacifique comptait à peuprès 12 % de délinquants libérés en 1998, mais 40 % des délinquants du groupetraité et 34 % de ceux du groupe témoin appartenaient à cette région. Cesdonnées montrent clairement que cest dans la région du Pacifique quon trouvaitle problème dhéroïnomanie le plus grave, celle-ci affichant un nombre presquetrois fois plus élevé de sujets au sein du groupe témoin que ce à quoi on auraitpu sattendre, compte tenu de la proportion de délinquants libérés dans cetterégion en 1998. De plus, la région du Pacifique occupait le deuxième rangnational pour ce qui est du nombre de délinquants inscrits au programmede TEM, même si elle avait moins de participants que trois régions. LOntarioremportait la palme au chapitre du nombre de participants au programme, sesdélinquants représentant 42 % (79) des cas du groupe traité. Ensemble, lesdélinquants des régions de lOntario et du Pacifique formaient 81 % des tous lesparticipants au programme du pays.
Si lon trouvait dans lAtlantique et au Québec relativement peu de participantsau programme de TEM, le pourcentage de délinquants de ces régions faisantpartie du groupe témoin était également faible. Ces résultats révèlent quelhéroïnomanie ne constitue pas un problème majeur dans ces deux régions.Cependant, les délinquants de la région des Prairies, dont provenaient 26 % desdétenus libérés en 1998, comptaient pour à peu près 29 % des délinquants dugroupe témoin, mais pour 10 % de ceux du groupe traité seulement. Cettereprésentation plus importante au sein du groupe témoin laisse croire quelhéroïnomanie est un problème majeur dans cette région, mais que laccès auprogramme de TEM y est restreint. Toutefois, il nest pas possible, en se fiantuniquement à ces données, de déterminer si laccès au programme esteffectivement plus limité dans les Prairies ou si ces résultats sont attribuables aufait que les délinquants de cette région ne demandent pas à participer auprogramme ou voient leur demande rejetée. Dans le cadre de la phase 1 duprogramme national de TEM, il doit y avoir dans la collectivité les servicesnécessaires à la prestation du traitement avant lincarcération, ce qui nestpeut-être pas le cas dans les Prairies.
|
|
|||
| Région | Groupe traité % (n) |
Groupe témoin % (n) |
X2=22,01*** |
|---|---|---|---|
|
|
|||
| Atlantique | 2,1 (4) | 4,5 (5) | |
| Québec | 6,4 (12) | 8 (9) | |
| Ontario | 42,2 (79) | 25 (28) | 22,97*** |
| Prairies | 9,6 (18) | 28,6 (32) | |
| Pacifique | 39,6 (74) | 33,9 (38) | |
|
|
|||
| Nombre de cas | 187 | 112 | |
|
|
|||
|
|
|||
| Infraction | Groupe traité % (n) |
Groupe témoin % (n) |
X2 |
|---|---|---|---|
|
|
|||
| Meurtre ou infractionconnexe | 5,3 (10) | 7,1 (8) | 0,39 |
| Infraction sexuelle | 0 (0) | 7,7 (8) | 13,86***1 |
| Voies de fait | 18,3 (32) | 23,1 (24) | 0,93 |
| Vol qualifié | 49,1 (86) | 56,7 (59) | 1,50 |
| Autre infraction avec violence | 22,9 (40) | 38,5 (40) | 7,77** |
| Infraction liée à la drogue | 40,6 (71) | 35,6 (37) | 0,69 |
| Infraction sans violence | 37,7 (66) | 33,6 (35) | 0,47 |
| Toutes infractions avec violence confondues | 66,3 (116) | 84,6 (88) | 11,15*** |
|
|
|||
| Nombre de cas | 175 | 104 | |
|
|
|||
Les niveaux de risque et de besoins des délinquants à ladmission sontcomparés dans le Tableau 10. Il appert que les délinquants du groupe traitéprésentent un risque découlant des antécédents criminels légèrement moindreque ceux du groupe témoin. Toutefois, en ce qui concerne le niveau de besoins,il ny a pas de différence significative entre les deux groupes. Comparativement àlensemble des détenus libérés en 1998, les délinquants du groupe traitéaffichent un niveau de risque semblable, tandis que le niveau du groupe témoinest supérieur. Les deux groupes ont des besoins plus importants que lapopulation des délinquants libérés en général.
|
|
|||
| Groupe traité % (n) |
Groupe témoin % (n) |
X2 | |
|---|---|---|---|
|
|
|||
| Niveau de risque | |||
| Faible | 11 (19) | 2,9 (3) | |
| Moyen | 41,3 (71) | 36,5 (38) | 7,84* |
| Élevé | 47,7 (82) | 60,6 (63) | |
| Niveau de besoins | |||
| Faible | 2,9 (5) | 0 (0) | |
| Moyen | 32,0 (55) | 31,7 (33) | 3,12 |
| Élevé | 65,1 (112) | 68,3 (71) | |
|
|
|||
| Nombre de cas | 172 | 104 | |
|
|
|||
Des résultats plus détaillés au sujet de sept facteurs criminogènes évalués sontprésentés dans le Tableau 11. On relève beaucoup de similitudes entre legroupe traité et le groupe témoin à ce chapitre, sauf en ce qui concerne lesrelations conjugales et familiales, moins fréquemment recensées comme facteurcriminogène chez les délinquants du groupe traité (58 %) que chez ceux dugroupe témoin (71 %).
|
|
|||
| Facteur | Groupe traité % (n) |
Groupe témoin % (n) |
X2 |
|---|---|---|---|
|
|
|||
| Fréquentations | 83,2 (144) | 84,6 (88) | 0,09 |
| Attitude | 66,5 (115) | 68,3 (71) | 0,09 |
| Adaptation à la collectivité | 76,3 (132) | 72,1 (75) | 0,60 |
| Emploi | 78,6 (136) | 81,7 (85) | 0,39 |
| Relations conjugales/familiales | 58,4 (101) | 71,1 (74) | 4,55* |
| Stabilité personnelle/affective | 87,3 (151) | 94,2 (98) | 3,45 |
| Toxicomanie | 97,7 (169) | 92,3 (96) | 4,541 |
|
|
|||
| Nombre de cas | 173 | 104 | |
|
|
|||
Les comparaisons effectuées entre les délinquants du groupe traité et ceux dugroupe témoin révèlent que les premiers étaient plus âgés, comptaient moinsdAutochtones et présentaient un risque un peu moins élevé que les seconds.Toutes les autres analyses indiquent que les groupes étaient relativementsemblables et, partant, adéquats pour létablissement de comparaisons. Enoutre, les résultats indiquent que les participants au programme de TEMproviennent surtout du Pacifique et de lOntario, tandis que, selon les donnéesrelatives au groupe témoin, il semble que lhéroïnomanie constitue un problèmemajeur en Ontario, dans les Prairies et dans la région du Pacifique. Par ailleurs,le nombre de consommateurs dhéroïne décelés au moyen dun test durinepositif était relativement faible dans les régions de lAtlantique et du Québec.
Le comportement des délinquants en établissement avant et après le débutdu TEM a été évalué en fonction des cas dinconduite et des périodesdisolement. La durée des périodes visées avant et après le traitement varie,allant jusquà un maximum de six mois; les données ont donc été converties enun taux (ou une incidence) mensuel afin dassurer luniformité de lévaluation. Ona employé lanalyse de la variance par mesures répétées pour vérifier lesdifférences entre le groupe traité et le groupe témoin ainsi quentre les deuxpériodes visées (avant et après le début du traitement), et linteraction entre cesdeux facteurs. Les résultats figurent dans le Tableau 12.
On a noté des différences entre les deux groupes relativement à plusieursvariables, mais la seule dissemblance associée à la participation au TEM a traitaux accusations graves liées à la consommation de drogues. Le groupe traité aenregistré passablement moins de mises en accusation dans létablissement autotal, moins daccusations graves portées dans létablissement et moins depériodes disolement imposé, mais on na pas remarqué de différences dans cesvariables entre ces deux groupes lorsquon a comparé leurs résultats avant etaprès le début du traitement, à une exception près, toutefois. En effet, nonseulement comptait-on moins daccusations graves liées à la consommation dedrogues chez le groupe traité, mais on y a également noté une réductionstatistiquement fiable de ce type daccusations entre la période qui a précédé ledébut du traitement (0,11) et celle qui la suivi (0,08). Par comparaison, on aobservé chez le groupe témoin une augmentation des accusations graves liées àla consommation de drogues (0,16 à 0,41) durant ce même laps de temps.Daprès ces résultats, il se pourrait bien que les délinquants admis auprogramme de TEM commencent à modifier leur comportement avantdentreprendre le traitement ou que ceux qui font une demande pour se fairetraiter et sont acceptés ont moins de problèmes de comportement enétablissement. En effet, les changements de comportement antérieurs au TEMfont peut-être partie de la démarche personnelle menant au choix de suivre letraitement.
|
|
|||||||
| Mesure | Groupe traité | Groupe témoin | F (groupe) |
F (fréquence) |
F (fréquence/groupe) |
||
|---|---|---|---|---|---|---|---|
| Avant M (ET) |
Après M (ET) |
Avant M (ET) |
Après M (ET) |
||||
|
|
|||||||
| Total des mises en accusation dans létablissement |
0,37 (1,26) |
0,34 (0,67) |
0,91 (5,79) |
0,79 (1,04) |
5,48* | 0,12 | 0,04 |
| Total des accusations graves |
0,17 (0,48) |
0,16 (0,38) |
0,49 (3,80) |
0,54 (0,83) |
6,33* | 0,03 | 0,03 |
| Total des accusations mineures |
0,20 (0,82) |
0,17 (0,44) |
0,42 (2,16) |
0,25 (0,47) |
3,14 | 1,41 | 0,72 |
| Accusations graves liées à la consommation de drogues |
0,11 (0,41) |
0,08 (0,23) |
0,16 (0,24) |
0,41 (0,80) |
30,5*** | 10,32** | 18,15*** |
| Accusations graves liées à une infraction avec violence |
0,01 (0,07) |
0,04 (0,23) |
0,14 (1,90) |
0,03 (0,09) |
0,75 | 0,43 | 0,99 |
| Autres accusations graves |
0,04 (0,19) |
0,04 (0,14) |
0,16 (1,90) |
0,05 (0,14) |
1,09 | 0,66 | 0,64 |
| Accusations mineures liées
à la consommation de drogues |
0,01 (0,04) |
0,01 (0,08) |
0,01 (0,07) |
0,01 (0,06) |
0,02 | 0,05 | 0,57 |
| Accusations mineures liées
à une infraction avec violence |
0,02 (0,07) |
0,03 (0,14) |
0,03 (0,12) |
0,03 (0,08) |
0,38 | 0,68 | 1,33 |
| Autres accusations mineures | 0,17 (0,81) |
0,13 (0,37) |
0,38 (2,14) |
0,21 (0,41) |
3,01 | 1,69 | 0,54 |
| Périodes disolement sollicité |
0,11 (0,25) |
0,12 (0,13) |
0,03 (0,09) |
0,08 (0,22) |
1,88 | 0,68 | 0,29 |
| Périodes disolement non sollicité |
0,19 (0,17) |
0,19 (0,17) |
0,29 (0,32) |
0,35 (0,38) |
3,68 | 0,32 | 0,28 |
|
|
|||||||
Selon des recherches antérieures, la participation au programme de TEM produitde nombreux effets bénéfiques pour lindividu comme pour la société (Fischer etcoll., 1999; Maddux et Desmond, 1997; Marsch, 1998; Stones, 1999). Dans lecadre de la présente étude, on a examiné plus en détail lincidence de laparticipation à un programme de TEM en établissement en comparant, avant etaprès le début du traitement, deux groupes de délinquants du point de vue desrésultats postlibératoires et du comportement en établissement. Comme prévu,les délinquants du groupe traité étaient moins nombreux à être réadmis dans unétablissement fédéral, et leur réincarcération survenait moins rapidement. Cesrésultats montrent la nécessité de commencer le TEM en établissement.Parmi les délinquants dont on avait révoqué la liberté, que ce soit ou non enraison dune nouvelle infraction, ceux du groupe témoin étaient beaucoup plussusceptibles dêtre illégalement en liberté ou de violer la condition dabstinenceen consommant de lalcool. Dans le cas des nouvelles infractions, les courbesrelatives à la survie dans la collectivité, le nombre dinfractions commises et letype de nouvelles infractions étaient comparables chez les deux groupes.Pour sassurer que les comparaisons des groupes étaient fiables, on a évalué lesdélinquants sur le plan des caractéristiques démographiques, des infractions àlorigine de la peine actuelle, et du risque et des besoins. Dans lensemble, on anoté peu de différences significatives, ce qui laisse supposer que lesconstatations tirées des résultats sont valables.
Enfin, on a comparé à deux reprises (avant et après le début du TEM) le groupetraité et le groupe témoin du point de vue de leur comportement enétablissement; on voulait déterminer si le TEM avait des effets favorables sur lecomportement des participants durant leur incarcération. De façon globale, on aconstaté peu de différences, sauf en ce qui concerne le nombre daccusationsgraves liées à la drogue portées chaque mois. Au fil du temps, on a observéchez les délinquants du groupe traité une réduction des accusations liées à ladrogue, alors que, chez les délinquants du groupe témoin, on a vu ces dernièresaugmenter. Ces résultats semblent indiquer que, après le début du TEM, lesdélinquants traités participent moins à la sous-culture de la drogue(consommation de drogues, tentatives pour obtenir de la drogue et trafic dedrogues). En ce qui a trait aux périodes disolement, les délinquants du groupetraité ont passé moins de temps en isolement non sollicité que ceux du groupetémoin, et ce, avant et après le début du TEM.
Bien que ces résultats ne permettent pas de conclure de manière certaine que laméthadone contribue à atténuer les comportements nuisibles en établissement,ils laissent supposer que les comportements négatifs des délinquants traités à laméthadone restent à tout le moins limités pendant le traitement. Qui plus est, ona relevé une réduction des comportements liés à une participation à lasous-culture de la drogue chez les délinquants du groupe traité, par comparaisonavec le groupe témoin.
Il est fort probable que lincidence du programme de TEM sur les délinquants soitsous-estimée dans la présente étude. On a sélectionné les délinquants dugroupe traité sans tenir compte de la durée de leur participation au programme,de la proximité de la date de leur mise en liberté ni de leur participation à desprogrammes connexes. Par ailleurs, on na pas vérifié sils avaient participé à unprogramme de TEM après leur mise en liberté. De plus, le groupe traité secomposait essentiellement de délinquants qui avaient, pendant un certain tempsau cours de leur incarcération, suivi un TEM. Enfin, la période de suivi du groupetraité était plus longue que celle du groupe témoin.
Même en tenant compte de ces limites, on constate que les délinquants dugroupe traité ont obtenu de meilleurs résultats que les délinquants du groupetémoin. Sil est possible de démontrer, malgré les conditions minimales établiespour linclusion dans le groupe traité, que la participation au programme de TEMa une incidence, il est probable que des données plus complètes sur le niveaude participation ainsi que la participation à un programme communautairede TEM montreraient des résultats encore plus probants en ce sens. Cesquestions seront abordées dans le cadre de recherches ultérieures.
Les résultats de la présente étude portent à croire que la participation à unprogramme de TEM a un effet favorable sur les résultats postlibératoires auchapitre de la réincarcération. Il est important de souligner, à la lumière de cetteconclusion, que le Service correctionnel du Canada pourrait donc dépensermoins à long terme pour les délinquants traités. Les coûts du programme deTEM en établissement pourraient être compensés par les économiesquentraînerait le séjour prolongé sans problème des délinquants dans lacollectivité comparativement aux délinquants qui nont pas suivi un programmede TEM. Lexécution de programmes de TEM en établissement pourraitégalement réduire les coûts liés au traitement des infections au VIH ou àlhépatite C.
Il convient de mentionner que dautres mesures concernant les résultatspostlibératoires doivent être examinées pour avoir une idée plus globale delincidence de la participation au programme de TEM sur le comportement desdélinquants après leur mise en liberté. Ces mesures peuvent comprendre lerecours aux services de santé, lemploi et la toxicomanie, ainsi que diversesautres mesures. On se penchera sur cette question dans le contexte dune étudeultérieure.
On a observé peu de différences dans le comportement des délinquants pendantleur incarcération. Ce résultat est peut-être attribuable à une absence réelledincidence ou à limpossibilité, étant donné les mesures actuelles servant àévaluer le comportement en établissement, de déceler des changements aucours dune période de six mois. Par surcroît, il se peut que les délinquants ayantdemandé à sinscrire au programme de TEM doivent attendre un certain tempsavant le début du traitement, ce qui pourrait avoir influé sur les résultats.Cependant, on a noté une différence quant aux accusations graves liées à ladrogue (possession dalcool, de drogues ou daccessoires destinés à lutilisationde drogues, ou consommation de substances intoxicantes, par exemple). Plusprécisément, on a constaté une réduction des activités liées à la drogue chez lesdélinquants héroïnomanes traités à la méthadone, tandis que, au fil du temps,ces activités augmentaient chez les délinquants du groupe témoin. Ce résultat ades implications sur le plan du comportement en établissement. De façon plusparticulière, il suppose que si les délinquants traités à la méthadone participentmoins à la sous-culture de la drogue, ils courront probablement moins derisques, et le personnel qui sen occupe également.
Il convient de noter que la présente étude na examiné que les mises enaccusation dans létablissement et les périodes disolement et quon na pasétudié dautres mesures, notamment au chapitre de la participation auprogramme. Par exemple, les délinquants du groupe traité ont peut-être accruleur capacité de concentration, ce qui leur permettrait de participer davantage àdes activités utiles (emploi, études, traitement, etc.). On examinera dans le cadredune étude ultérieure lincidence de la participation au programme de TEM surces autres comportements en établissement, selon la perception du personnel etdes délinquants.
Fait des plus importants, la présente étude a montré que le programme de TEMa des effets favorables incontestables, les plus importants se produisant après lamise en liberté. Il sera nécessaire deffectuer dautres recherches pour évaluerplus en détail dans quelle mesure le TEM suivi en établissement se poursuitaprès la mise en liberté et comment ce facteur influe sur le comportement à longterme des héroïnomanes.
BELLIN, B., WESSON, J, TOMASINO, V., NOLAN, J., GLICK, A. et OQUENDO, S. «High dose methadone reduces criminal recidivism in opiate addicts», Addiction Research, vol. 7, no 1, 1999, p. 19-29.
CAPLEHORN, J. R. M. «A comparison of abstinence-oriented and indefinite methadone maintenance treatment», The International Journal of the Addictions, vol. 29, 1994,p. 1361-1375.
COID, J., CARVELLl, A., KITTLER, Z., HEALEY, A. et HENDERSON, J. Opiates, Criminal Behaviour, and Methadone Treatment, 2000, Site Web : http://www.homeoffice.gov.uk/rds/index.htm.
DARKE, S., KAYE, S. et FINLAY-JONES, R. «Drug use and injection risk-taking among prison methadone maintenance patients», Addictions, vol. 93, no 8, 1998, p. 1169-1175.
DOLE, V. P. et NYSWANDER, M. «A medical treatment for diacetylmorphine (heroin) addiction», Journal of the American Medical Association, vol. 193, 1965, p. 80-84.
DOLAN, K. A., WODAK, A. D. et HALL, W. D. «Methadone maintenance treatment reduces heroin injection in New South Wales prisons», Drug and Alcohol Review,vol. 17, 1998, p. 153-158.
FISHER, B., GLIKSMAN, L, REHM, J., DANIEL, N. et MEDVED, W. «Comparing opiate users in methadone treatment with untreated opiate users: Results of a follow-up study with a Toronto opiate user cohort», Canadian Journal of Public Health, vol. 90,1999, p. 299-303.
MADDUX, J. F. et DESMOND, D. P. «Outcomes of methadone maintenance 1 year after admission», Journal of Drug Issues, vol. 27,1997, p. 225-238.
MAGURA, S., ROSENBLUM, A., LEWIS, C. et JOSEPH, H. «The effectiveness of in-jail methadone maintenance», The Journal of Drug Issues, vol. 23, 1993, p. 75-99.
MARSCH, L. A. «The efficacy of methadone maintenance interventions in reducing illicit opiate use, HIV risk behavior and criminality: A meta-analysis», Addictions, vol. 93,1998, p. 515-532.
MARSDEN, J., GOSSOP, M., FARRELL, M. et STRANG, J. «Opioid substitution: Critical issues and future directions», Journal of Drug Issues, vol. 28, 1998,p. 243-264.
MOTIUK, L., DOWDEN, C. et NAFEKH, M. Enquête préliminaire sur un programme de traitement d'entretien à la méthadone (TEM) à l'intention des détenus sous responsabilité fédérale, Ottawa, ON, Service correctionnel du Canada, 1999.
O'BRIEN, R., COHEN, S., EVANS, G. et FINE, J. The encyclopedia of drug abuse (2nd ed.), New York, NY, Facts on File, 1992.
PARKER, H. et KIRBY, P. Dans Methadone maintenance and crime reduction on Meyserside, B. Webb (dir.), Londres, GB, Crown, 1996.
PARRINO, M. W. «Methadone treatment in jail», American Jails, may-june 2000,p. 9-12.
SAS INSTITUTE INC. Statistical Analysis System (SAS), Version 6.12, Cary, NC, 1997.
SAS INSTITUTE INC. SAS Procedures Guide, Version 8. Cary, NC, 1999. SERVICE CORRECTIONNEL DU CANADA Faits et chiffres sur le service correctionnel fédéral. Ottawa, ON, Travaux publics et Services gouvernementaux, 1999a.
SERVICE CORRECTIONNEL DU CANADA Programme national de traitement d'entretien à la méthadone - Phase I. Trousse documentaire et d'information,1999b.
SHEWAN, D., GEMMELL, M. et DAVIES, J. B. «Behavioural change among drug injectors in Scottish prisons», Social Science and Medicine, vol. 39, 1994, p. 1585-1586.
SIMPSON, D. D., JOE, G. W., DANSEREAU, D. F. et CHATHAM, L. R. «Strategies for Improving Methadone Treatment Process and Outcomes», Journal of Drug Issues, vol. 7, no 2, 1997, p. 239-260.
STONES, G. Dynamic and static predictors of methadone maintenance treatment compliance among forensic clients, thèse de maîtrise soumise au Department of Applied Psychology, University of Toronto, Ontario Institute for Studies in
Education, Toronto, ON, 1999.
WARD, J. MATTICK, R. P. et HALL, W. Key issues in methadone maintenance treatment, New South Wales, Australie, National Drug and Alcohol Research Centre, University of New South Wales Press, 1992.