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La toxicomanie demeure une source de préoccupation importante en ce quiconcerne presque toute la population carcérale. Pas moins de 70 % des délinquantset délinquantes sont aux prises avec un problème de toxicomanie.En 1994, le Service correctionnel du Canada (SCC) a commencé à considérer letraitement de la toxicomanie comme une priorité pour les femmes, ce qui a abouti àla création dun programme national un an plus tard. Ce programme constituait unpremier pas important, mais ladoption dun nouveau modèle simpose, cest-à-diredun modèle conçu spécialement pour les femmes, qui privilégie des pratiques exemplaires dans le traitement de la toxicomanie. Dans ce contexte, un modèle spécialement conçu pour les femmes sous-entend un environnement créé parl'intermédiaire de l'établissement, du personnel et des programmes qui reflètent lacompréhension des réalités de la vie des femmes et est sensible à leur spréoccupations.
Des experts ont prodigué des conseils et des consultations ont eu lieu dans lesétablissements pour délinquantes, ce qui a permis de proposer un cadredintervention. Le modèle présenté dans ce document se veut une réponse systémique aux programmes sinspirant de la vision initiale incluse dans La créationde choix, le rapport du Groupe détude sur les femmes purgeant une peine fédérale(1990). Il a été conçu avec la conviction quun programme est plus efficace quand ilrejaillit sur le milieu carcéral. La création dun nouveau programme de traitement dela toxicomanie ouvre la voie à un changement de culture dans les établissements pour femmes. La coordination du programme et la formation constituent la clé de sonsuccès.
Ce document fait un tour dhorizon de la réflexion qui a abouti au modèle proposé. Ilcommence par résumer lhistoire récente des programmes de traitement de latoxicomanie à lintention des délinquantes, puis décrit le processus de révision etsattarde sur limportance du rôle dun programme intégré pour un milieucommunautaire en santé. Il est ensuite question des théories influentes et le tout setermine par une description détaillée des modules du programme. Le documentdécrit un processus en cours, et lélargissement de la consultation devrait entraînerdes changements.
Du temps et des ressources seront nécessaires pour que le modèle idéal proposédevienne réalité. Au départ, certaines composantes peuvent être utilisées de façonautonome et dautres peuvent être intégrées à des initiatives similaires, comme lestravaux en cours en vue de ladoption dune «stratégie correctionnelle judicieuse».
Au cours des dix dernières années, les programmes de traitement de la toxicomanieà lintention des femmes ont été influencés par un certain nombre de facteursimportants. La recherche, la politique et les programmes décrits ci-dessous ontouvert la voie aux travaux en cours.
La toxicomanie parmi les délinquantes est une source de préoccupation majeure. Aucours des dix dernières années, des études importantes, dont celles de Lightfoot etLambert (1991; 1992), Shaw et al. (1991), et Fabiano (1993), ont parlé du rôlesignificatif de la toxicomanie dans la vie de la plupart des délinquantes. Nous savonsaussi que la toxicomanie touche presque tous les aspects de leur vie, dont leursituation juridique, leur vie familiale et professionnelle, et leur santé. Dans une étudeplus récente, Dowden et Blanchette (1999) ont examiné les caractéristiques desfemmes toxicomanes et confirmé ce que dautres avaient déjà observé, à savoir queces femmes éprouvent beaucoup plus de problèmes liés à leurs fréquentations, àleurs attitudes, à leur emploi et à leur situation conjugale ou familiale. Elles sont parexemple deux fois plus portées à ne pas avoir dadresse stable, elles sont maloutillées pour gérer le stress et elles sont plus nombreuses à avoir été hospitaliséespour des problèmes psychologiques. Nous savons aussi que le taux de récidive deces femmes est plus élevé et que ce taux diminue énormément quand ellesparticipent à un programme de traitement de la toxicomanie.
La création de choix a jeté les bases des formes de traitement à leur intention qui ontsuivi. Les grands principes établis par le Groupe détude (pouvoir de contrôler sa vie,choix valables et responsables, respect et dignité, environnement de soutien, responsabilité partagée) sont devenus la source dinspiration des programmesdestinés aux femmes, y compris en matière de toxicomanie. Le programme detraitement de la toxicomanie était lun des quatre programmes «de base» élaboréspuis offerts dans les établissements. Le SCC a conçu ces programmes de base pour répondre aux «facteurs qui ont joué un rôle dans le comportement criminel» et a faiten sorte quils soient offerts dans tous les établissements (Stratégie des programmes correctionnels à lintention des femmes purgeant une peine fédérale, 1994).
Le premier programme national de traitement de la toxicomanie a vu le jour en 1995.Un volet communautaire sy est greffé en 1997. Les deux programmes, quisinspiraient largement du modèle de changement (Prochaska, DiClemente etNorcross, 1994), proposaient une réponse privilégiant laction axée sur les femmes etla toxicomanie. En 1998, un programme plus intensif, Solutions, a été mis à lessai àléchelle régionale. Depuis 1995, près de 500 femmes ont participé à cesprogrammes partout au pays.
À la fin de 1999, le SCC a demandé à un groupe dexperts nationaux etinternationaux dévaluer les programmes de traitement de la toxicomanie existants àlintention des femmes. Informés des principes établis dans La création de choix, legroupe a procédé à un examen en profondeur des trois programmes offerts (enétablissement, dans la collectivité et programme intensif). Tout en reconnaissant lavalidité des efforts entrepris jusque-là, ils ont constaté des lacunes sur le plan duprocessus et du contenu et recommandé lélaboration dun modèle de traitement pluscomplet. Ils ont proposé une formule qui verrait à ce que le programme :
Selon les experts, le traitement doit être multidimensionnel pour être efficace, donctenir compte à la fois de lintervention (cognitive, affective et comportementale) et delenvironnement (sécurité des lieux, établissement de liens et pouvoir de contrôler savie).
Avec ces éléments en tête, le groupe d?experts a également fait ressortir ces besoins :
En général, les membres du groupe d?experts ont insisté sur le fait que, pour maximiser l?efficacité du traitement, le programme de traitement de la toxicomanie doit créer un milieu qui permet aux femmes d?intégrer de l?information et des comportements nouveaux à leurs propres expériences de vie.
Le SCC a accepté les conclusions du groupe d?experts et a pris la décision de proposer un nouveau modèle de programme de traitement de la toxicomanie. Plusieurs membres du groupe continuent de participer au projet à titre de conseillers, pour s?assurer que les techniques et les résultats de recherche les plus récents sont intégrés au programme.
Dans un premier temps, la Direction, le personnel chargé des programmes et desfemmes purgeant une peine de ressort fédéral de chacun des établissementsrégionaux ont été consultés. Parmi les délinquantes interrogées, certainescommençaient leur traitement, dautres lavaient terminé avec succès et dautresencore avaient été incarcérées de nouveau à la suite dun écart ou dune rechute.Les deux groupes (personnel et délinquantes) ont parlé de leur expérience parrapport aux programmes existants ainsi que des points à considérer dans laconception dun nouveau modèle.
Cette consultation a permis de constater que bien des femmes ont tiré avantage desprogrammes de traitement de la toxicomanie existants. Cependant, ces programmesne sont pas parvenus à combler certaines lacunes.Les extraits suivants dentrevues avec des délinquantes donnent un aperçu de la viede ces femmes tout en faisant état des forces et des faiblesses des programmesexistants.
Ma vie était très différente avant (...) mon conjoint était violent et j?ai été victime de violence. Le programme m?a permis d?accepter ma réalité (...). Au lieu d?insister pour que j?arrête, on m?a dit quels étaient mes choix.
Le modèle de changement m?a aidée à prendre mes responsabilités, à séparer la personne du geste (...). La drogue n?était que la pointe de l?iceberg.
Il y a des limites à ce qu?on peut partager avec le personnel (...). Quand je suis partie, j?avais encore besoin de counseling.
Je ne savais pas comment la drogue agissait sur mon corps (...)
C?est vraiment un programme de base (...) proposer de prendre un bain au lieu de s?injecter de la drogue dans le bras est une vraie blague (...) il faudrait approfondir.
J?ai commencé quand j?avais 12 ans (...) au pensionnat (...). Je portais tous les malheurs d?autrui sur mes épaules (...). Je suis en voie de guérison maintenant (...). J?ai besoin de pratique (...). Il faut du temps pour tout assimiler.
Je déteste les mises en situation mais c?est ce qui me permet d?apprendre (...). Je dois trouver un lieu où je pourrai poursuivre mes efforts quand je sortirai.
Mon mari est mort (...) et je me suis tournée vers la cocaïne (...). Le programme aide mais ne va pas assez loin.
Dommage que personne ne m?ait montré une photo d?un rein pourri quand j?étais sobre.
Le personnel doit comprendre (...) ils ne savent rien de la toxicomanie (...). Mon père m?a piquée quand j?avais 8 ans.
Quand je consomme je maigris et je me sens belle (...) Les femmes se collent aux étiquettes qu?on leur attribue.
J?ai suivi le programme et me revoici (...). Je me pensais à l?abri mais j?ai succombé à la pression des autres (...). Un suivi est requis (...) il devrait y avoir un volet pour celles qui reviennent (...) nous sommes dans un autre état d?esprit.
Je n?ai pas osé dire à mon agent de libération conditionnelle que j?ai pris du Tylenol 3.
Je ne suis pas de programme actuellement (...) un programme devrait être offert en permanence, même s?il est animé par un pair (...) les expériences de vie me motivent (...). On parle peu des relations et de la façon dont ma consommation affecte mon entourage.
Ces commentaires font écho à bien des points soulevés par le personnel et legroupe dexperts et appuient de façon convaincante la création dun programmecapable de répondre à une foule de questions et besoins complexes.Bien des recommandations du personnel et des femmes se rapportaient auxprogrammes, le reste ayant trait à linfrastructure de soutien. Ces suggestions ontpermis dorienter de façon stratégique lélaboration dun nouveau modèle detraitement de la toxicomanie.
Les recommandations ci-dessous devraient être appliquées aux programmes :
Les recommandations visant à consolider l?infrastructure sont tout aussi importantes :
Cette consultation a permis dobtenir un apport essentiel pour la prochaine étape dela mise en uvre dun programme de traitement de la toxicomanie à lintention desfemmes. Les experts, le personnel du SCC et les délinquantes sentendent sur lebesoin de changement. Leur évaluation des programmes existants et leursrecommandations se rejoignent. Leur adhésion générale à la mise en uvre duneséquence de traitements polyvalents, à lintérieur dun cadre dintervention conçuspécialement pour les femmes et qui incorpore les meilleures pratiques tirées demodèles théoriques crédibles, est on ne peut plus éloquente.
Tel que mentionné précédemment, le programme de traitement de la toxicomanie estlun des quatre programmes de base offerts dans les établissements pour femmes.Ces établissements sont uniques, car ils ont été conçus à lorigine en réponse à lavision et aux principes mis de lavant dans La création de choix, qui comprenaientnotamment létablissement de «communautés en santé» comme moyen depromouvoir lépanouissement physique, psychologique et personnel.Le cadre dintervention proposé à légard de la toxicomanie reprend délibérément leconcept de communauté. Il sagit daméliorer et dintégrer le programme de manièreà renforcer le «milieu» culturel ou communautaire.
Tout en maintenant le cap sur la toxicomanie, il est possible de mettre en place unprocessus dynamique et évolutif qui permettrait de passer de programmes séparés àun système interdépendant. Bien épaulée, cette interdépendance peut fournir lélannécessaire pour aller au-delà de la structure et du contenu du programme et fairechanger les choses.

Phase 1 : Illustration des programmes de base offerts actuellement à lensemble desdélinquantes (compétences psychosociales, survivantes de traumatismes,alphabétisation et traitement de la toxicomanie). Ces programmes proposés danstous les établissements sont relativement constants. Ils sont également perçuscomme des entités séparées et certains les trouvent même contradictoires.
Phase 2 : Illustration dune relation entre les programmes. Dans cette illustration, lesprogrammes sont intégrés et interdépendants. Le contenu se chevaucherait àdessein et un engagement serait possible à différents niveaux. Cest ce genre deconnexion entre les programmes qui ouvre la voie au développement de laconscience communautaire.
Phase 3 : Illustration dun modèle bien déployé où le milieu communautaire estdevenu un point de convergence autour duquel évoluent des programmes intégrés etinteractifs qui lui servent de structure de soutien. Les modules des programmes ontun dénominateur commun et sont facilement interchangeables dun programme àlautre.
Lincitation à la «connexion» avec dautres programmes de base pourrait êtrelamorce dun changement de culture. Les femmes vivant dans les milieux touchés pourraient participer à dautres programmes qui intégreraient les mêmes thèmes.Elles appliqueraient leurs nouvelles connaissances et aptitudes sur une base personnelle et sociale et assumeraient conjointement la responsabilité de leurévolution et de leur épanouissement. Les activités préconisant lintégration communautaire, comme les rencontres communautaires, lanimation par les pairs etle partage du contenu et des buts du programme, sont proposées comme moyensdétendre lapprentissage à léchelle communautaire. Le renforcement proviendrait dumilieu qui finirait par devenir la principale source dinspiration des interventions et ducontenu du programme.
Le modèle proposé pour le programme de traitement de la toxicomanie (Phase 2) est multidimensionnel. Il incorpore des formes de soutien formelles et informelles, tout enprivilégiant une approche holistique et intégrée. Le programme est conçu de manièreà utiliser lenvironnement pour favoriser ladoption dun mode de vie sain etresponsable. Cette phase de développement peut éventuellement permettredaccroître le niveau dintervention et defficacité du programme et du milieu carcéral(Phase 3). Ce processus prendra du temps à évoluer. La cohésion communautairene peut être imposée. La structure proposée en est une qui favorise une évolutionvers ce but.
Lorientation proposée, qui se rapporte à la fois au programme et au processus, ades répercussions plus grandes pour les programmes en général. Le modèle peutêtre mis en place progressivement et il est concevable que certains modules nesoient pas liés à dautres au départ. Ce qui est essentiel à cette étape précise, cestle soutien général et lengagement envers lorientation proposée.
Bien des théories influentes appuient le programme de traitement de la toxicomanie proposé. Mais aucune ne fournit à elle seule toutes les réponses et les explicationsaux questions touchant les délinquantes en particulier. Pour reprendre les proposdun gestionnaire : « cest la qualité du mélange qui permet ladoption de pratiquesexemplaires». Certaines théories concernent la toxicomanie seulement tandis quedautres fournissent un cadre de référence pour mieux comprendre les femmes etleur développement. Le programme de traitement de la toxicomanie continuera desinspirer des modèles existants utilisés pour favoriser le changement et le fairedurer, aussi bien à létape de la reconnaissance du problème quà la suite dun écart.Lun des enjeux les plus importants sera sans aucun doute délargir notre champ deréflexion pour y inclure une solution thérapeutique aux émotions et aux traumatismesvécus par les femmes ayant un problème de toxicomanie.Voici une brève description des théories ayant le plus dinfluence et de leurpertinence pour la population desservie. La liste est loin dêtre exhaustive mais aideà mieux cerner limportance de ladoption dun cadre théorique intégré.
La réduction des méfaits occupe une place de choix parmi ces théories. Bien que cesoit plutôt un cadre conceptuel, la réduction des méfaits comporte plusieurs théories.Elle vise principalement à réduire les effets négatifs liés à la consommation dalcoolet de drogues. Le principe derrière cette théorie est que pour certaines personnes,labstinence à vie nest pas un but raisonnable ou réaliste. Dans certaines situations,lenseignement aux délinquantes de stratégies visant à réduire la consommation oules méfaits quelle cause est à la fois pertinent et stimulant. Tel que susmentionné,labstinence demeure la solution à long terme recommandée pour certaines femmes(en plus dêtre une prescription juridique). Dans dautres cas, il importe avant toutdéliminer leur consommation de crack, mais il est possible que ces femmes puissentun jour prendre un verre à loccasion. En raison de la grande importance quelleaccorde au choix responsable, la réduction des méfaits cadre bien avec les principesafférents aux programmes de base.
Lintégration est essentielle. Le programme de traitement de la toxicomanie doitproposer à la fois un apprentissage cognitif et une forme de thérapie intensivepermettant aux femmes daborder des questions de nature affective associées à leurtoxicomanie. Au lieu de traiter ces deux aspects séparément, le modèle proposécherche à les concilier.
Le traitement cognitivo-comportemental est bien connu en milieu correctionnel etsest avéré très efficace pour changer les schémas de pensée et de comportement. Ilpermet aux délinquants dacquérir les aptitudes requises pour la résolution deproblèmes, les prises de décisions, la pensée rationnelle, etc. Les programmes ettechniques qui y sont associés conviennent aussi aux femmes. Bon nombre dedélinquantes interrogées ont parlé des changements qui se sont opérés dans leurfaçon de penser et de limportance de mettre leurs nouvelles aptitudes en pratique.Elles ont également soulevé un autre besoin, «le besoin daller plus en profondeur».Les femmes disent consommer de la drogue et de lalcool en réaction à la douleurémotive, à la violence, au traumatisme, à leurs relations, à leurs responsabilitésparentales et à leur peine. Répondre à ces questions exige un processus plusintensif et il est plus efficace quand il est offert par des conseillers ou des cliniciensdûment formés dans un climat de confiance propice au soutien. Les commentairesdes femmes au sujet de limage corporelle, de la socialisation et de nombreusesautres questions propres aux femmes ont également été pris en compte. Pourrépondre efficacement aux questions précitées, les interventions devront être à lafois cognitivo-comportementales et thérapeutiques.
Ces dernières années, le développement de la femme a fait lobjet de nombreuses analyses conceptuelles. Daucuns sont même davis que certains nouveaux conceptscomme la théorie de lactualisation de soi dans les relations interpersonnelles (outhéorie relationnelle) remettent en cause nos notions sur le développement humain(Miller, 1986, et Jordan et al., 1991). La théorie relationnelle sattarde sur lesdifférences entre les sexes dans lexpérience et la construction du soi. Pour lesfemmes, la première expérience du soi est relationnelle, en ce sens que le soisorganise et se développe dans le cadre de relations. Cette théorie est trèsdifférente des modèles de développement traditionnels masculins qui mettentlaccent sur lautonomie, la séparation et lindépendance. Pour les femmes,létablissement et le maintien de «connexions» représentent une force. Le groupedexperts a proposé que la théorie relationnelle sapplique à tous les aspects duprogramme.
Le modèle de changement élaboré par Prochaska, DiClemente et Norcross ainfluencé énormément notre conception du traitement de la toxicomanie. Il a aussifait ses preuves dans dautres domaines (tabagisme, troubles de lalimentation,traitement de langoisse et de la dépression) et est maintenant utilisé dune façonplus générale pour le développement communautaire et le changementorganisationnel. Ce modèle propose essentiellement un cadre dintervention auprèsdes personnes prêtes à changer et de celles qui ne le sont pas. Le typedintervention des animateurs est établi en fonction de six étapes (précontemplation,contemplation, préparation, action, maintien et stabilité). Les entrevuesmotivationnelles constituent un outil très important pour les utilisateurs de ce modèle.Le nombre de délinquantes qui ont besoin dêtre préparées ou motivées illustre defaçon éloquente la pertinence de cette approche. Ce modèle est au cur même desprogrammes de traitement de la toxicomanie existants et continuera de jouer un rôlede premier plan dans la mise en uvre du nouveau programme.
Dautres théories entreront en jeu par rapport à des questions bien précises. Maisune chose est sûre : un programme denvergure doit répondre à la pluralité desbesoins dune manière qui englobe des interventions touchant les aspects cognitifs,affectifs et comportementaux, tout en créant un milieu sûr et stimulant.
Le modèle ci-dessous a été préparé plus tôt cette année en consultation avec lecomité consultatif du programme. Il va dans le sens de lorientation déjà décrite ettente détablir une connexion entre les modalités du programme et le milieu quereprésente létablissement.
Conformément à lesprit et à lintention de La création de choix, lobjet du programmede traitement de la toxicomanie pour les femmes purgeant une peine de ressortfédéral est le suivant :
Donner la possibilité aux femmes de choisirun mode de vie sain à la lumière de leur expériencedans le cadre dun programme de rétablissement détaillé,intégré et conçu spécialement pour les femmes.
Les principes suivants ont été élaborés en réponse aux questions et sources depréoccupation quont révélées les consultations avec la direction des établissements,le personnel chargé des programmes et les délinquantes. Ils appartiennent à troiscatégories : 1) fonctionnement, 2) prestation, 3) gestion et soutien, et ils visent àorienter les efforts touchant tous les aspects de lélaboration, de la mise en uvre etde lévaluation du programme.
Le tableau ci-dessous illustre la structure proposée du programme de traitement dela toxicomanie. Il fait notamment état des composantes de base offertes aux femmespendant toute la durée de leur peine. Il établit aussi un lien avec dautres activités nerelevant pas du programme comme tel. Cette forme dintégration est lorientationproposée pour encourager le développement de la conscience communautaire dansle cadre du programme, ou la convergence de lintervention et du milieu.
| Admission |
|
Prélibération/mise en liberté/DEM | |||
| Engagement initial |
Éducation et prétraitement |
Volet thérapeutique intensif Volet cognitif/affectif |
Suivi (établissement) |
Suivi (collectivité) |
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|---|---|---|---|---|---|
1-2 séances (dans les 72 premières heures) |
8 séances 2 par se |
20 séances 2 par sem. |
20 séances 2 par sem. |
Continu ? chaque semaine (cycle de 20 sem.) |
|
| Transition - 4 séances | |||||
| Groupe de soutien formé de pairs (ouvert à toutes) | |||||
| Rencontres communautaires (ne relèvent pas du programme |
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|
|
Mesure et évaluation |
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Coordination du programme : La plupart des établissements ont des mécanismes enplace pour assurer la coordination du programme. Bon nombre ont trouvé desmoyens novateurs daméliorer la communication et le soutien. Il est recommandé deles reconnaître officiellement et de les valoriser dans la mesure du possible. On nesaurait surestimer limportance de ce rôle. Le développement de la conscience communautaire sarticule autour de lintégration du programme. Le renforcement dece rôle est essentiel au succès de lorientation générale proposée.
Engagement initial : Les connexions établies dans les 48 à 72 premières heuresen couragent énormément les changements positifs. Les prises de contact à cetteétape posent les jalons des interventions futures. Le moment est propice au soutienet à la communication dinformation, et ces connexions constituent une bonne façonde maintenir un climat positif. Le recours au soutien par les pairs en collaboration ounon avec le personnel est recommandé. Le soutien serait fourni par des femmesayant terminé leur traitement et réputées aptes à assumer ce rôle.Les femmes qui viennent dêtre admises peuvent avoir besoin de subir unedésintoxication, mais elles sont rares à ladmettre. Le modèle propose dappuyerouvertement les possibilités de désintoxication et de les lier au programme detraitement de la toxicomanie. Il reconnaît aussi que les écarts et les rechutes sonttoujours possibles pendant la durée de la peine. Il est recommandé que celanentraîne pas automatiquement le placement en isolement ou lexclusion duprogramme. Ce peut être en fait loccasion idéale de se pencher sur le cycle de ladépendance.
| Engagement initial et intervention | Durée | Fréquenc |
|---|---|---|
|
Objet:
Informer les femmes qui viennent d?être admises dans
l?établissement de l?existence d?un programme de traitement
de la toxicomanie, les soutenir et les orienter vers la
communauté.
Moment propice
ou fréquence:
Prestation:
Contenu:
|
1 h 30
|
1 ou 2
séances |
Désintoxication : Cet aspect n?entre pas dans le mandat du programme de traitement de la toxicomanie. Un protocole à cet égard est tout de même proposé en collaboration avec les services de santé, afin de répondre de façon conséquente à ce besoin.
Éducation et prétraitement : Cette composante sera offerte à toutes les femmes admises dans l?établissement. Les études indiquent que la majorité des délinquantes ont des problèmes de toxicomanie. Même si elles ne souffrent pas d?un problème de dépendance grave, elles peuvent tirer profit d?un enseignement s?y rapportant abordant aussi un éventail de questions liées à la consommation de drogue et d?alcool. Par exemple, les femmes qui font le trafic de stupéfiants constatent souvent leur méconnaissance des effets de la drogue sur les usagers. D?autres y voient l?occasion de parler des problèmes de dépendance dans leur famille (parents, conjoint, frères et soeurs, enfants) et de l?influence qu?ils ont exercée dans leur vie. Cette composante est propice aux entrevues motivationnelles et aux activités de prétraitement. Pour certaines femmes, le programme de traitement de la toxicomanie s?arrêtera là et leur aura permis d?être sensibilisées davantage à la question et d?acquérir des habilités d?adaptation. Elles comprendront également mieux les difficultés de leurs compagnes qui nécessitent un traitement intensif, ce qui devrait favoriser le soutien par les pairs.
L?éducation en matière de drogue et d?alcool étant le fil conducteur, des liens importants seront créés avec les services de santé. Cette adjonction répond en fait aux préoccupations croissantes exprimées à l?égard des maladies infectieuses, de la grossesse, du SAF/EAF, de la médication, etc. Là encore, des efforts seront faits pour incorporer le soutien par les pairs et des outils d?autogestion.
Toutes les femmes recevront des documents d?information et d?évaluation portant sur le programme de rétablissement intensif avant de terminer la composante Éducation et prétraitement.
| Éducation et prétraitement | Durée | Fréquenc |
|---|---|---|
|
Objet:
Véhiculer à toutes les femmes les connaissances et les
renseignements nécessaires sur les effets de l?alcool et des
drogues dans leur vie.
Moment propice
ou fréquence:
Prestation:
Contenu:
|
1 heure
|
8
séances
|
Mesure et évaluation : Une série complète doutils serait utilisée pour a) déterminerladmissibilité et b) évaluer lefficacité du programme et la satisfaction à son endroit.Certains outils (p. ex., test visant à déterminer la gravité) seraient interchangeablesd une composante à lautre tandis que dautres ne se rapporteraient quà une composante en particulier.
Des instruments et outils conçus spécialement pour les femmes seraient utilisésdans la mesure du possible pour mesurer la motivation, le désir de changer, lagravité, les profils de consommation, lampleur des problèmes et conséquences liésà la consommation, et la réceptivité.
Certains instruments seront auto-administrés pendant la composante Éducation etprétraitement, favorisant du même coup la mutualité du processus. Si le délai estraisonnable (p. ex., moins de 60 jours), il ne sera pas nécessaire de répéter les tests.
Des entrevues structurées, ainsi que des tests qui seront administrés au début et à lafin de chaque composante, seront conçus afin de sassurer que les femmes participent activement au processus et reçoivent une rétroaction et des justifications pour toutes les décisions relatives au programme. La satisfaction du client seramesurée. Le processus dévaluation sera le plus concis possible et on essaieradéviter les doubles emplois et ladministration de tests non pertinents.
| Mesure et évaluation | Durée | Fréquenc |
|---|---|---|
|
Objet: Mesure
dans les 30 jours suivant la fin du module sur le
prétraitement et évaluation tout de suite après
chaque module
Moment propice
ou fréquence:
Prestation:
Contenu:
|
Entrevues
et tests au
début et à la fin des composantes - 1 h Notation et rétroaction (0,5 heure) |
1 ou 2
séances
par module |
Programme thérapeutique intensif : Cest le volet «traitement» du programme. Lesfemmes suivraient ce module une fois le volet éducatif terminé et à la suite duneévaluation détaillée de la gravité du problème et du désir de suivre un traitement. Enayant recours aux meilleures pratiques et en sinspirant de diverses théories, letraitement serait offert à deux groupes qui se compléteraient. La théorie relationnellesappliquerait au premier groupe et une approche cognitivo-comportementale audeuxième (voir Théories influentes).
Idéalement, les deux groupes suivraient le programme en même temps et auraientun contenu et des buts communs. Cette façon de faire constitue une occasion idéalede répondre aux besoins connexes à différents niveaux.
| Modules du volet émotif cognitif | Durée | Fréquenc |
|---|---|---|
|
A. Aspect émotif (travail individuel et
en groupe)
Objet:
Proposer aux femmes un milieu sûr, propice à l?exploration de
soi et à l?examen des questions sous-jacentes qui ont un lien
avec la toxicomanie.
Moment propice
ou fréquence:
Prestation:
Contenu:
|
2 heures de
travail en groupe +
0,5 heure de travail individuel (par semaine) |
10
|
|
B. Volet cognitivo-comportemental
Objet: Aider
les femmes à acquérir les connaissances et les
compétences nécessaires pour changer leur
comportement, leurs attitudes et leurs croyances à
l?égard de leur consommation de drogue et d?alcool.
Moment propice
ou fréquence:
Prestation:
Contenu:
|
2 heures de
travail
en groupe + 0,5 heure de travail individuel (début, milieu, fin) |
10
|
Soutien permanent (suivi) : Le besoin d?assurer un soutien permanent à la suite du traitement est clairement établi dans la documentation sur la prévention des rechutes. À quelques rares exceptions près, les femmes qui se remettent à consommer de l?alcool ou des drogues disent qu?elles ont succombé quand leur programme de traitement a pris fin. Certains établissements proposent des programmes de suivi, mais ils ont une durée limitée et se terminent bien avant la remise en liberté des femmes. Cette absence de soutien officiel augmente sensiblement les risques de rechute au cours de cette période. Des problèmes similaires surgissent après la mise en liberté lorsque les femmes tentent de s?inscrire à des programmes communautaires. Leur nom s?ajoute à de longues listes d?attente, ou encore elles sont obligées de participer à des programmes mixtes qui sont souvent incompatibles avec le modèle proposé en établissement.
Un programme de suivi permanent est proposé à la suite du traitement; il se poursuivrait pendant toute la durée de la peine (en établissement et dans la collectivité). Il s?agirait d?un programme ouvert avec un contenu structuré s?inspirant à la fois des volets thérapeutiques et cognitifs.
Une coanimation est proposée entre le personnel et des femmes ayant terminé le programme et jugées aptes à assumer ce rôle. Les femmes purgeant des peines plus longues sont les mieux placées pour assurer une continuité et un leadership. On pourrait aussi leur demander d?assurer l?animation du groupe de soutien formé de pairs décrit plus loin.
Au mieux, le programme de suivi s?adressera à des groupes, mais il peut être aussi offert en régime individuel. Une fois libérées, les femmes pourraient continuer à suivre le même programme en groupe ou individuellement (si la formation d?un groupe s?avère difficile). Dans la mesure du possible, une coanimation avec des délinquantes en liberté conditionnelle est recommandée. L?instantanéité du soutien est essentielle.
La création de groupes communautaires a déjà soulevé des problèmes en raison du nombre relativement faible de femmes. Il est toutefois possible que le caractère permanent du groupe proposé atténue ce problème associé aux groupes qui se succèdent.
| Soutien permanent (suivi) ? Établissement et collectivité | Durée | Fréquenc |
|---|---|---|
|
Objet:
Favoriser un rétablissement durable en fournissant un soutien
permanent dans l?établissement et au sein de la
collectivité.
Moment propice
ou fréquence:
Prestation:
Contenu:
|
2 heures de
travail en groupe +
0,5 heure de travail individuel (par semaine) |
10
|
Transition : En plus du suivi, des séances prélibératoires sont recommandées dansles quatre semaines précédant la mise en liberté. Ces séances individuelles servirontde rappel à un moment particulièrement critique. Tel que mentionné précédemment,les risques de rechute sont très élevés au cours de cette période.
| Transition (séances prélibératoires) | Durée | Fréquenc |
|---|---|---|
|
Objet: Préparer
les femmes à quitter l?établissement et à
réintégrer la société.
Moment propice
ou fréquence:
Prestation:
Contenu:
|
1 heure
|
4
séances
|
Soutien par les pairs : La création dun groupe de soutien formé de pairs favoriseraladoption de stratégies en matière de leadership, de soutien mutuel et dautogestion.Le groupe complétera le travail du personnel et favorisera létablissement dunréseau dentraide nentrant pas dans le cadre structuré du programme. Ce groupe disposera ainsi dun énorme potentiel de renforcement dune culture communautaire positive.
Le groupe de soutien formé de pairs sera continuellement à la disposition desfemmes aux prises avec un problème de toxicomanie. Elles pourront se tourner verslui pour obtenir certains types de matériel et de ressources. Les femmes ayant terminé le programme de base et coanimé les séances de suivi pourraient êtreinvitées à animer ce genre de groupe. La formation et la supervision sont des composantes essentielles de toute activité de soutien par les pairs. **Il pourrait êtrebon de former officiellement un nombre prédéterminé de délinquantes quand leprogramme sera mis à lessai et tout de suite après. Les liens avec les autres programmes de soutien par les pairs seront examinés pendant lélaboration dumodule.
| Soutien par les pairs ? Groupe permanent | Durée | Fréquenc |
|---|---|---|
|
Objet: Assurer
un soutien continuel dans un milieu qui permet aux femmes d?examiner
et d?utiliser les ressources et les renseignements pertinents
à leur rétablissement.
Moment propice
ou fréquence:
Prestation:
Contenu:
|
90 minutes
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Une fois
par
semaine 20 semaines |
Rencontres communautaires : Sans être intégrées dans la structure officielle du programme de traitement de la toxicomanie, ces rencontres sont proposées pour promouvoir un milieu positif. Cette composante est essentielle à la définition du contexte. Les rencontres devraient tourner autour du concept de «communautés en santé» et se tenir au moins une fois par mois. Idéalement, une brève rencontre hebdomadaire réunissant le personnel et les femmes et visant entre autres à consolider les valeurs communautaires, à souligner les réalisations et à favoriser l?entraide, permettrait de réaffirmer les objectifs communs et d?améliorer la communication. Les rencontres se veulent une forme de soutien positif et ne devraient pas servir d?exutoires aux récriminations. Pareille déviation risque de nuire au but visé et d?entraîner des tensions et une lutte de pouvoir. Les rencontres communautaires vont dans le sens de l?intérêt manifesté envers l?intégration des programmes et le développement de la conscience communautaire.
| Rencontres communautaires ? Création du milieu | Durée | Fréquenc |
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Objet: Contribuer
à l?établissement d?un milieu communautaire qui
encourage un mode de vie sain dans une optique holistique.
Moment propice
ou fréquence:
Prestation:
Contenu:
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2 heures
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Hebdomadaires/
mensuelles |
Ce cadre dintervention exhaustif servira de base à lélaboration du contenu détailléde chacun des modules. Un programme pilote régional est prévu pour le début del'an prochain. Une deuxième réunion avec le comité consultatif aura lieu à lautomneafin dexaminer le programme au complet. Un second programme pilote national estprévu pour lautomne 2002.
Une démarche parallèle sera nécessaire pour mesurer les répercussions surlinfrastructure de soutien (p. ex., formation, prestation extérieure de services,coordination du programme). Les échanges et la collaboration avec les services desanté et de santé mentale auront aussi une grande importance. Létablissement depetits groupes de travail chargés de tâches bien précises sera peut-être nécessaireau cours des prochains mois pour faire progresser les choses.
Tel que mentionné précédemment, les objectifs dinitiatives similaires comme laStratégie correctionnelle judicieuse pourraient être intégrés au programme dunefaçon ou dune autre.