Les prédicteurs de la révocation de la liberté sous condition chez les délinquantes toxicomanes
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Rapport de recherche Ce rapport est également disponible en anglais. Pour obtenir des copies supplémentaires, veuillez vous adresser à la Direction de la recherche, Service Correctionnel du Canada, 340 avenue Laurier ouest, Ottawa (Ontario) K1A 0P9. 2002 No R-133
Les prédicteurs de la révocation de la liberté sous condition chez les délinquantes toxicomanes
Résumé
Paul Verbrugge Division de la recherche Service correctionnel du Canada Novembre 2002 Lobjet de cette étude était de déterminer les prédicteurs de la révocation de la liberté sous condition accordée aux délinquantes toxicomanes. Léchantillon était composé de femmes purgeant une peine fédérale qui avaient été libérées sous condition entre 1995 et 2000 et chez lesquelles, au moment de leur évaluation initiale, on avait diagnostiqué un problème de toxicomanie. Pour les besoins de létude, la liberté sous condition englobait la semi-liberté, la libération conditionnelle totale et la libération doffice. Plusieurs variables indépendantes ont été examinées : lâge, le type dinfraction à lorigine de ladmission, le traitement de la toxicomanie et lÉchelle dintervention dans la collectivité (EIC; Motiuk et Porporino, 1989b). Trois types déchec de la liberté sous condition ont été étudiés : a) la révocation générale, b) la révocation à la suite dune nouvelle infraction et c) la révocation à la suite dune nouvelle infraction avec violence. La révocation était définie comme un renvoi en détention dans un établissement fédéral, après une mise en liberté et avant la date dexpiration du mandat. Le niveau de base de la révocation générale était élevé (48 %), celui de la révocation à la suite dune nouvelle infraction était moyennement élevé (16 %), et celui de la révocation à la suite dune nouvelle infraction avec violence était faible (4 %). Dans la plupart des cas, les variables ayant permis de prévoir les résultats avec le plus de précision étaient également associées à la variable la plus générale de la révocation. Lâge présentait une corrélation négative importante avec la révocation. Plusieurs types dinfraction à lorigine de ladmission avaient une corrélation positive avec la révocation, entre autres le vol, diverses infractions sans violence et le vol qualifié. Cinq des sept domaines de lEIC affichaient une corrélation importante avec la révocation : lemploi, les fréquentations, la toxicomanie, ladaptation à la collectivité et lattitude générale. Les notations générales des besoins et du risque sur lEIC ont également révélé lexistence dune corrélation moyenne avec la révocation de la liberté sous condition. Le fait davoir suivi jusquau bout un traitement des toxicomanies navait pas de lien avec le résultat de la liberté sous condition. Une rétro-analyse de régression logistique a permis de ramener la liste des variables prédictives à six : lâge, la notation générale des besoins sur lEIC, lemploi, le domaine de la toxicomanie, lattitude et lincarcération à la suite dun vol, dune fraude ou dune introduction par effraction. Les résultats de létude donnent à penser que la prévision du résultat postlibératoire chez les femmes toxicomanes peut être améliorée en portant attention aux facteurs de risque et aux besoins évalués. Table des MatièresTable des Matières Introduction Méthode Résultats Analyses Examen de la question Tableau 1. Pourcentage et fréquence des conditions imposées au moment de la mise en liberté Tableau 2. Nombre de conditions imposées par région Tableau 5. La révocation en fonction du risque, des besoins et de lâge Liste des figuresFigure 1. Type dinfraction à lorigine de lincarcération Figure 2. Besoins cernés dans les domaines de lEIC Figure 3. Type dinfraction à lorigine de la réincarcération Figure 4. Révocations selon la notation du risque sur lEIC et selon la variable de résultats Figure 5. Révocations selon la notation des besoins sur lEIC et selon la variable de résultats IntroductionLa majorité des délinquantes sous responsabilité fédérale bénéficient dune libération conditionnelle et finissent de purger leur peine sous surveillance dans la collectivité. Trois grandes possibilités de mise en liberté soffrent à la délinquante qui purge une peine dincarcération : la semi-liberté, la libération conditionnelle totale et la libération doffice. Avant que la délinquante puisse se prévaloir de lune ou lautre de ces formes de mise en liberté, il faut évaluer la probabilité quelle commette une autre infraction avant lexpiration de sa peine. Dans le cadre de programmes correctionnels efficaces, le principe du risque veut que la récidive puisse être prévue avec plus dexactitude lorsque les facteurs criminogènes sont pris en considération (Andrews et Bonta, 1998). Ce principe peut être appliqué à différentes sous-populations de délinquants, mais la pertinence de certains facteurs de risque et de certains besoins variera probablement. Espérant cerner les prédicteurs de léchec de la liberté sous condition, la présente étude a cherché à déterminer les facteurs de risque ainsi que les besoins chez la sous-population des délinquantes toxicomanes sous responsabilité fédérale. Une méta-analyse réalisée par les chercheurs Gendreau, Little et Goggin (1996) a révélé que des facteurs tels que les compagnons antisociaux, les connaissances antisociales, la personnalité antisociale, les antécédents criminels et la toxicomanie étaient quelques-uns des prédicteurs les plus exacts de la récidive criminelle. Cependant, les échantillons de la majorité des études réalisées à ce jour étaient constitués entièrement ou principalement dhommes. Certains chercheurs ont dit craindre que les résultats détudes portant sur des échantillons masculins ne soient généralisés, cest-à-dire étendus aux délinquantes (Funk, 1999; Blanchette, 2001). Dans lensemble, les données disponibles indiquent que bon nombre de facteurs associés à la récidive chez les hommes peuvent également servir à prévoir la récidive chez les femmes. Ainsi, des chercheurs ont découvert quen général la récidive ou la réincarcération des délinquantes est reliée à des problèmes touchant les facteurs criminogènes importants que sont la formation et lemploi (Blanchette, 1996; Blanchette et Motiuk, 1995; Brown, Serin et Motiuk, sous presse; Rettinger, 1998; Simourd et Andrews, 1994), les relations matrimoniales ou familiales (Blanchette et Motiuk, 1995; Brown et coll., sous presse; Dowden et Andrews, 1999; Rettinger, 1998; Simourd et Andrews, 1994), les fréquentations antisociales (Blanchette, 1996; Blanchette et Motiuk, 1995; Brown et coll., sous presse; Dowden et Andrews, 1999; Rettinger, 1998; Simourd et Andrews, 1994), et les attitudes antisociales (Blanchette, 1996: Brown et coll., sous presse; Dowden et Andrews, 1999; Rettinger, 1998; Simourd et Andrews, 1994; Walters et Elliot, 1999). Il a cependant été constaté que certaines variables associées à la récidive chez les délinquants nétaient pas toujours reliées à la récidive chez les femmes. À titre dexemple, Funk (1999) a découvert que les variables prédictives de la récidive (pondérées en fonction de la gravité) ne se recoupaient pas totalement dans les échantillons de jeunes contrevenants américains de sexe masculin et féminin. Plus particulièrement, des facteurs prédicteurs de la récidive chez les garçons, tels quun comportement indésirable à lécole, un mauvais groupe damis, un âge plus précoce et la fréquence des infractions antérieures (pondérées en fonction de la gravité) ne permettaient pas vraiment de prévoir la récidive chez les filles. En outre, les variables prédictives de la récidive dans léchantillon de filles, tels que lenfance maltraitée et la fréquence dinfractions antérieures contre la personne (pondérées en fonction de la gravité) nétaient pas associées à la récidive dans léchantillon de garçons. De plus, la combinaison des prédicteurs dans le seul modèle féminin expliquait mieux la variation de la récidive dans léchantillon des filles que lensemble des prédicteurs du modèle exclusivement masculin nexpliquait la variation de la récidive dans léchantillon des garçons. Dautres chercheurs ont découvert que certaines variables, qui ne sont pas associées à la récidive masculine, permettent de prévoir la récidive chez les femmes. Ainsi, Blanchette et Motiuk (1995) ont rapporté quune tentative de suicide antérieure était un important prédicteur de la récidive avec violence. Bonta, Pang et Wallace-Capretta (1995) ont, pour leur part, constaté que les femmes récidivistes étaient plus nombreuses que les non-récidivistes à avoir déjà tenté de sautomutiler. En plus de soulever des questions au sujet de léquivalence des facteurs de risque chez les hommes et les femmes, certaines recherches donnent à penser que les délinquantes aux prises avec des problèmes de toxicomanie présentent des facteurs de risque et ont des besoins différents de ceux des femmes non toxicomanes. Dowden et Blanchette (1999) affirment que, comparativement à leurs homologues non toxicomanes, les délinquantes toxicomanes sont beaucoup plus nombreuses à se voir attribuer une cote de sécurité plus élevée et obtiennent des cotations plus hautes en ce qui a trait au risque statique (p. ex. les antécédents criminels) et aux facteurs criminogènes (p. ex. les fréquentations, les attitudes, lemploi et les relations matrimoniales ou familiales). Les différences entre les taux de récidive chez les femmes toxicomanes et chez les femmes non toxicomanes ne sont pas statistiquement fiables, peut-être à cause de la petite taille de léchantillon (N = 74 délinquantes mises en liberté). Cependant, dautres chercheurs ont constaté que, de manière générale, la toxicomanie est associée à la récidive criminelle ou à la réincarcération (Brown et coll., sous presse; Dowden et Brown, sous presse; Rettinger, 1998). La présente étude sintéresse exclusivement aux délinquantes toxicomanes et aux variables qui peuvent expliquer leur défaut de se conformer aux conditions qui leur sont imposées au moment de leur mise en liberté. Lefficacité du traitement de la toxicomanie pour réduire la récidive na pas encore été clairement démontrée dans les études sur les délinquantes. Dans leur méta-analyse, Dowden et Andrews (1999) ont découvert que le fait que les programmes soient axés ou non sur la toxicomanie navait pas de corrélation significative avec les réductions de la récidive (r = -0,01). Ceci porte à croire que le traitement de la toxicomanie ne se traduit pas toujours pas par des réductions de la récidive chez les délinquantes. Cependant, Dowden et Blanchette (1999) ont constaté, dans un échantillon de 44 délinquantes pour lesquelles un traitement de la toxicomanie avait été recommandé, que les 27 femmes qui avaient suivi un tel traitement affichaient un taux beaucoup plus faible de récidive que leurs homologues non traitées. Dans la présente étude, les taux de révocation de la liberté sous condition ont été comparés entre les femmes qui avaient terminé et celles qui navaient pas terminé un programme de traitement de la toxicomanie durant leur incarcération. En plus de cerner les prédicteurs de la récidive et les principaux facteurs de risque, les auteurs de la présente étude ont cherché à savoir si les méthodes dévaluation, la participation au traitement, les variables démographiques et les conditions de la surveillance avaient un lien avec la révocation de la liberté sous condition chez les délinquantes toxicomanes. Léchantillon était composé de 483 délinquantes qui purgeaient ou avaient récemment purgé des peines fédérales, sous la surveillance du Service correctionnel du Canada (SCC). Un problème de toxicomanie avait été constaté chez toutes ces femmes lors de leur évaluation initiale. Toutes avaient été mises en liberté sous condition entre le 1er janvier 1995 et le 31 décembre 2000 : 73 % dentre elles étaient en semi-liberté (n = 353); 9 % avaient obtenu une libération conditionnelle totale (n = 41) et 18 % avaient été libérées à la date de leur libération doffice (n = 89). Lâge moyen des femmes au moment de leur mise en liberté était de 32,63 ans (écart type = 8,08); elles avaient entre 18 et 57 ans. Un fort pourcentage des femmes composant léchantillon étaient de race blanche (58%), 35 % étaient Autochtones, 5 % étaient de race noire et 20 % appartenaient à dautres groupes ethniques. Les femmes autochtones, qui forment environ 20 % de la population féminine purgeant une peine fédérale, sont manifestement surreprésentées dans cet échantillon. Près de la moitié des délinquantes ont été mises en liberté dans la région des Prairies 48 %; 30 % dans la région de lOntario; 15 % dans la région de lAtlantique; 6 % dans la région du Québec; et 1 % dans la région du Pacifique. La surreprésentation des femmes mises en liberté dans la région des Prairies est attribuée au fait que la plupart des femmes autochtones incarcérées dans un établissement fédéral purgent leurs peines dans cette région. Il faut souligner que léchantillon de délinquantes sur lequel porte cette étude recoupe considérablement léchantillon utilisé par Dowden, Serin et Blanchette (2001). Compte tenu des liens qui existent entre lÉchelle dintervention dans la collectivité (Motiuk et Porporino, 1989a) et la révocation de la liberté sous condition, les conclusions de la présente étude ne sont pas une réplique indépendante des conclusions de létude de Dowden et coll. Infractions à lorigine de lincarcération Le type dinfraction à lorigine de lincarcération a été établi à laide des données sur la gestion des délinquants (SGD; système de classement automatisé du SCC). Chaque infraction à lorigine de linfraction a été codée en fonction de lune des catégories distinctes suivantes : a) drogue (p. ex possession, trafic), b) fraude, vol, introduction par effraction, c) infractions diverses sans violence (p. ex. inobservation dune ordonnance de la cour, conduite en état débriété, etc.), d) voies de fait (p. ex. voies de fait, voies de fait causant des lésions corporelles, etc.), e) vol qualifié, f) agression sexuelle, g) homicide (p. ex. meurtre, homicide involontaire coupable, infanticide), h) infractions diverses avec violence (p. ex. infractions avec utilisation darmes à feu, enlèvement). Il convient de faire remarquer que même sil sagit de catégories distinctes, les délinquantes incarcérées ont souvent commis plus dune infraction. Échelle dintervention dans la collectivité (EIC) LEIC, appelée auparavant Échelle dévaluation du risque et des besoins dans la collectivité (Motiuk & Porporino, 1989b), est utilisé par les agents de libération conditionnelle pour évaluer le risque de récidive des délinquants mis en liberté sous condition et pour déterminer le niveau dappui de la collectivité et les ressources de surveillance nécessaires. LEIC est appliquée avant la mise en liberté du délinquant dans la collectivité et, par la suite, à tous les six mois, jusquà la date dexpiration du mandat du délinquant. Les analyses réalisées dans le cadre de la présente étude nont utilisé que les scores obtenus par la délinquante sur lEIC au moment de sa mise en liberté. LEIC permet de réaliser une évaluation générale du risque et des besoins. Lappréciation du risque est fondée sur les facteurs statiques qui sont associés à une inconduite future (p. ex. les infractions antérieures). Elle qualifie le risque de « faible », « moyen » ou « élevé ». Comme la expliqué Motiuk (1997a), la notation attribuée peut être le résultat a) de lapplication de lÉchelle dinformation statistique sur la récidive (Nuffield, 1982); b) dune décision de la Commission des libérations conditionnelles ou c) dun examen indépendant du dossier. La reconnaissance de besoins « faibles », « moyens » ou « élevés » à laide de lEIC tient compte de la présence de facteurs criminogènes dynamiques (p. ex. avoir des amis antisociaux, afficher des attitudes antisociales). Cette notation sappuie sur limpression générale qua le juge du niveau de besoins des délinquants, après étude de sept domaines de besoins : a) lemploi, b) les relations matrimoniales et familiales, c) les fréquentations et les relations sociales, d) la toxicomanie, e) ladaptation à la collectivité, f) lorientation personnelle et affective, et g) lattitude générale. Un score global, sur une échelle de quatre points, est attribué à chacun des sept domaines de besoins : 1) « élément de succès en vue de la réinsertion sociale » (qui ne sapplique pas aux domaines de lorientation personnelle et affective et de la toxicomanie); 2) « aucun besoin damélioration »; 3) « un certain besoin damélioration »; et 4) « besoin considérable damélioration ». Pour les besoins de la présente étude, léchelle de classement a été réduite et les scores ont été divisés en indicateurs dichotomiques révélant la présence ou labsence dun besoin. Motiuk et Porporino (1989b) ont fait la preuve de la validité de lÉchelle dévaluation du risque et des besoins dans la collectivité, en appliquant celle-ci à un échantillon de délinquants. Les facteurs de risque statiques et dynamiques ont tous les deux été pris en considération. Les délinquants classés dans la catégorie risque élevé / besoins élevés affichaient des taux plus supérieurs de récidive et de révocation de la liberté sous condition que les délinquants classés dans la catégorie risque faible / besoins faibles. Dans le même ordre didées, Dowden, Serin et Blanchette (2001) ont réuni des données établissant la validité de lEIC pour les délinquantes. Lexistence dun problème dans chaque domaine de besoins (à lexception du domaine des relations matrimoniales et familiales) est associée à des taux plus élevés de récidive générale. Cest la Commission nationale des libérations conditionnelles qui détermine la nature et le nombre de conditions qui sont imposées à un délinquant lors de sa mise en liberté. Pour la présente étude, les catégories de conditions suivantes ont été utilisées : a) éviter certaines personnes, b) éviter certains endroits, c) sabstenir de consommer des substances intoxicantes, d) obtenir une consultation psychologique, e) observer les conditions dun traitement, f) autre. Il sagit de catégories distinctes, mais bien des femmes se voient imposer plus dune condition au moment de leur mise en liberté. Une variable dichotomique, « traitement » versus « absence de traitement », a été créée. Le traitement a été défini comme le fait davoir suivi jusquau bout un programme de traitement de la toxicomanie durant la période dincarcération ayant précédé directement la mise en liberté. Les programmes de traitement de la toxicomanie comprenaient Alcooliques anonymes, le Programme prélibératoire pour toxicomanes, le programme de traitement, de prévention de la rechute et de suivi dans la collectivité (Choix), le Programme pré-libératoire en toxicomanie (ALTO) et le programme dentretien à la méthadone. Révocation de la liberté sous condition On peut parler de révocation de la liberté sous condition lorsquune femme est réincarcérée dans un établissement fédéral après une période de liberté sous condition et avant la date dexpiration de son mandat. On dit quil y a eu révocation à la suite dune nouvelle infraction lorsquune femme voit sa liberté sous condition révoquée après avoir commis une nouvelle infraction comportant des gestes de violence interpersonnelle (p. ex. un vol qualifié, des voies de fait, etc.). À souligner la présence dun recoupement des variables de résultats; ainsi, une femme dont la liberté sous condition avait été révoquée à la suite dune « nouvelle infraction avec violence » se voyait également attribuer les variables plus générales qui permettent de prévoir la révocation. Toute linformative relative à lévaluation et à la révocation a été tirée du SGD. Nous avons commencé par sortir les dossiers de toutes les délinquantes auxquelles une mise en liberté sous condition avait été accordée entre janvier 1995 et décembre 2000. Lorsquune délinquante avait été mise en liberté plus dune fois au cours de la période visée, seul le dossier concernant sa première mise en liberté était retenu pour les analyses. Deuxièmement, seules les délinquantes chez qui lévaluation initiale avait révélé lexistence dun problème de toxicomanie (Évaluation initiale des délinquantes, Motiuk, 1997b) ont été retenues dans léchantillon. Troisièmement, les dossiers ne faisant pas mention de tous les résultats obtenus sur lEIC ont été retirés. Le comportement postlibératoire de la plupart des délinquantes a fait lobjet dun suivi à compter de la date de leur mise en liberté sous condition jusquà la fin de leur peine ou jusquà leur première récidive. La période de suivi étant très brève, il a été constaté que certaines délinquantes navaient ni récidivé ni fini de purger leur peine; ces délinquantes ont été surveillées pendant au moins un an après leur mise en liberté. La période moyenne de suivi des délinquantes non récidivistes (n = 250) a été de 685 jours (écart type = 315). Celles qui ont vu leur liberté sous condition révoquée (n = 233) ont été réincarcérées en moyenne après 247 jours (écart type = 210). RÉSULTATSInfractions à lorigine de lincarcération La figure 1 indique le pourcentage de délinquantes qui ont été incarcérées après avoir commis des infractions de différentes catégories. La moitié (50 %) des délinquantes faisant partie de léchantillon ont commis uniquement des infractions sans violence, 21 % ont commis exclusivement des infractions avec violence et 29 % ont perpétré à la fois des infractions avec et sans violence.
Figure 1. Type dinfraction à lorigine de lincarcération
Pourcentage de léchantillon (N = 483) dans la catégorie dinfraction à lorigine de lincarcération. Les catégories dinfractions sont distinctes mais les délinquantes ont souvent commis plus dune infraction, ce qui explique pourquoi la somme des pourcentages est supérieure à 100.
Échelle dintervention dans la collectivité LEIC comprend un volet « risque » et un volet « besoins ». Les notations générales du risque se répartissaient ainsi : 31 % de risque faible (n = 148), 48 % de risque moyen (n = 232) et 21 % de risque élevé (n = 103). La répartition des notations générales des besoins était la suivante : 7 % de besoins « faibles » (n = 32), 56% de besoins « moyens » (n = 273) et 37 % de besoins « élevés » (n = 178). Les pourcentages de délinquantes faisant partie de léchantillon, chez lesquelles des besoins ont été constatés dans les sept domaines de lEIC, sont présentés à la figure 2. Il est intéressant de souligner que plus des trois quarts des délinquantes dont les dossiers ont été retenus éprouvent des problèmes dans les domaines de lemploi et de lorientation personnelle et affective. Étant donné quun problème de toxicomanie avait été détecté chez toutes les délinquantes lors de leur évaluation initiale, il était plutôt étonnant de découvrir que lEIC navait permis de constater un problème de toxicomanie au moment de la mise en liberté que chez 80 % des délinquantes faisant partie de léchantillon. Des analyses ont été réalisées afin de déterminer si les différences observées étaient attribuables au fait que certaines délinquantes avaient totalement réglé ce problème grâce au traitement suivi en établissement. Il y avait effectivement une corrélation faible, mais statistiquement significative, entre le fait davoir suivi un traitement en établissement et le fait de ne pas avoir de problème de toxicomanie au moment de la mise en liberté, f = 0,10, c 2 (1, N = 483) = 5,10, p < 0,05.
Figure 2. Besoins cernés dans les domaines de lEIC
Traitement de la toxicomanie durant la période dincarcération Plus de la moitié des délinquantes faisant partie de léchantillon ont suivi jusquau bout un ou deux programmes de traitement de la toxicomanie pendant leur période dincarcération : 58 % ont complété un programme ou plus (n = 278) et 42 % nont complété aucun des programmes de traitement de la toxicomanie (n = 205). Toutes les femmes comprises dans léchantillon avaient été libérées sous condition dun établissement fédéral de détention. Le tableau 1 décrit les types de conditions imposées au moment de la mise en liberté et précise la mesure dans laquelle chacune de ces conditions est courante. Les conditions le plus souvent imposées consistent à se soumettre au régime de vie que prévoit un traitement, à éviter la compagnie de certaines personnes et à obtenir une consultation psychologique dans la collectivité. Seulement 10 % des femmes étaient assujetties à une ordonnance de non-consommation de substances intoxicantes; cest là un constat surprenant puisquun problème de toxicomanie avait été constaté chez toutes ces femmes lors de leur évaluation initiale. Le plus souvent, une seule condition leur avait été imposée; le nombre moyen de conditions imposées sélevait à 2,55 (écart type = 1,67); le nombre de conditions imposées variait de 0 à 8. Tableau 1. Pourcentage et fréquence des conditions imposées au moment de la mise en liberté
Il est intéressant dexaminer et comparer le nombre de conditions imposées par région. Seulement quatre femmes avaient été mises en liberté dans la région du Pacifique; comme elles ne formaient pas un groupe suffisamment nombreux, elles ont été exclues de léchantillon constitué pour les besoins de ces analyses. Le tableau 2 présente le nombre moyen de conditions imposées ainsi que la somme des classements par région. Les résultats du test de Kruskal-Wallis, lanalogue non paramétrique à lanalyse de la variance, indiquaient quau moins une des régions différait des autres eu égard au nombre moyen de conditions imposées, c 2 (3, N = 479) = 276,53, p < 0,001. Dautres comparaisons ont été établies entre les classements afin de dégager les différences régionales. Comme lindique le tableau 2, les femmes mises en liberté dans la région de lOntario devaient observer beaucoup plus de conditions que celles appartenant aux trois autres groupes; et les femmes mises en liberté dans la région des Prairies avaient beaucoup moins de conditions à respecter que celles provenant des trois autres régions. Tableau 2. Nombre de conditions imposées par région
À la fin de la période de suivi (n = 72), environ la moitié des délinquantes (52 %) avaient réussi à purger le reste de leur peine sous surveillance dans la collectivité (n = 180) ou à vivre dans la collectivité pendant au moins un an après leur mise en liberté. Les autres femmes faisant partie de léchantillon (48 %, n = 231) avaient été réincarcérées dans un établissement fédéral à la suite de leur mise en liberté sous condition. Environ un tiers (32 %) des délinquantes avaient vu leur liberté sous condition révoquée après avoir commis une nouvelle infraction (n = 75). Le taux de révocation de la liberté sous condition à la suite dune nouvelle infraction était généralement de 16 %. La figure 3 décrit les types de nouvelles infractions perpétrées par les femmes durant leur période de liberté sous condition. Comme il fallait sy attendre, la majorité des délinquantes avaient été réincarcérées après avoir commis des infractions diverses sans violence : cette catégorie dinfractions comprenait le manquement aux conditions de la libération. Seulement un quart des délinquantes qui avaient commis une nouvelle infraction avaient eu recours à la violence interpersonnelle (n = 19) et plus de la moitié de ces infractions avec violence comprenaient un vol qualifié. Le taux de révocation de la liberté sous condition à la suite dune nouvelle infraction avec violence était généralement de 4 %.
Figure 3. Type dinfraction à lorigine de la réincarcération
Pourcentages du type dinfraction à lorigine de la réincarcération à lintérieur du Les aspects examinés dans la présente étude ont permis aux chercheurs danalyser les facteurs permettant de prévoir la révocation de la liberté sous condition chez les délinquantes ayant des antécédents de toxicomanie. Plusieurs variables indépendantes ont été étudiées, notamment le type de mise en liberté, lâge, la notation sur lEIC, linfraction à lorigine de lincarcération, le traitement de la toxicomanie durant la période dincarcération et le nombre de conditions imposées au moment de la mise en liberté. Trois variables indépendantes ont été utilisées : la révocation, la révocation à la suite dune nouvelle infraction et la révocation à la suite dune nouvelle infraction avec violence. Type de liberté sous condition Les taux de révocation ne varient pas en fonction du type de liberté sous condition accordé c 2 (2, N = 483) = 1,97, ns. Dans le groupe des délinquantes bénéficiant dune semi-liberté, 46 % ont vu leur liberté sous condition révoquée (n = 162); dans celui des délinquantes ayant obtenu une libération conditionnelle totale, 54 % ont fait lobjet dune révocation de liberté sous condition (n = 22); 53 % des délinquantes libérées à la date de leur libération doffice ont été réincarcérées dans un établissement fédéral (n = 47). Des résultats semblables sont constatés en ce qui a trait à la révocation de la liberté sous condition à la suite dune nouvelle infraction et dune nouvelle infraction avec violence. Les pourcentages de révocations de la liberté sous condition ne différaient pas selon la région de mise en liberté c 2 (3, N = 479) = 4,94, ns : Atlantique, 58,1 %; Québec, 51,9 %, Ontario, 42,9 %; et Prairies, 46,3 %. Là encore, les cas en provenance de la région du Pacifique nont pas été inclus dans lanalyse parce que seulement quatre délinquantes ont été mises en liberté dans cette région (et les quatre, soit 100 %, ont vu leur liberté sous condition révoquée). Dans le même ordre didées, aucune différence na été observée en ce qui concerne la révocation à la suite dune nouvelle infraction ou dune nouvelle infraction avec violence. Lâge à lépoque de la mise en liberté présente une forte corrélation avec la révocation. Les délinquantes plus âgées lors de leur mise en liberté voient moins souvent leur liberté sous condition révoquée, rb = -0,19, p < 0,001; et sont également moins nombreuses à être réincarcérées à la suite dune nouvelle infraction, rb = -0.11, p < 0,05. Toutefois, il nexiste pas de corrélation importante entre lâge et la révocation de la liberté sous condition à la suite dune nouvelle infraction avec violence, rb = -0,06, ns. Infraction à lorigine de lincarcération Le tableau 3 indique les corrélations entre le type dinfraction à lorigine de lincarcération et la révocation de la liberté sous condition. Le prédicteur le plus précis de la révocation est une condamnation pour vol, fraude ou introduction par effraction. Il existe une corrélation modérée entre diverses infractions sans violence et tous les types de révocation de la liberté sous condition. Le fait que le vol qualifié soit linfraction à lorigine de lincarcération est faiblement corrélé avec la révocation et avec la révocation à la suite dune nouvelle infraction, et moyennement corrélé avec la récidive avec violence. Lorsque lhomicide est linfraction à lorigine de lincarcération, la probabilité de révocation de la liberté sous condition est plus faible.
Échelle dintervention dans la collectivité La figure 4 indique le pourcentage de délinquantes qui ont vu leur liberté sous condition révoquée, dans les groupes cotés à risque faible, moyen et élevé sur lEIC. Comme prévu, les taux de révocation augmentent sensiblement du groupe à risque faible au groupe à risque élevé; cette tendance générale est observée pour toutes les variables de résultats. Dans lensemble, la notation du risque sur lEIC présente une corrélation significative avec la révocation, d de Somer = .18, z = 4,94, p < 0,001; une corrélation modérée avec une nouvelle infraction, d = 0,08, z = 3,21, p < 0,01; et une faible corrélation avec une nouvelle infraction accompagnée de violence, d = 0,04, z = 2,72, p < 0,01.
Figure 4. Révocations selon la notation du risque sur lEIC et selon la variable de résultats
La figure 5 indique le pourcentage de délinquantes dont la liberté sous condition a été révoquée, dans les différents groupes de notation des besoins sur lEIC (besoins faibles, moyens et élevés), en fonction de chacune des variables de résultats. Là encore, la tendance linéaire est visible pour chaque variable de résultats. Il existe une corrélation modérée entre la notation des besoins sur lEIC et la révocation de la liberté sous condition, d = 0,20, z = 5,07, p < 0,001; et une forte corrélation entre la notation des besoins sur lEIC et la révocation de la liberté sous condition à la suite dune nouvelle infraction, d = 0,06, z = 2,17, p < 0,05. Il a cependant été impossible de démontrer lexistence dune corrélation statistiquement significative entre la notation des besoins sur lEIC et la révocation de la liberté sous condition à la suite dune nouvelle infraction avec violence, d = 0,02, z = 1,28, ns. Figure 5. Révocations selon la notation des besoins sur lEIC et selon la variable de résultats
Le tableau 4 présente les corrélations (f ) entre les domaines de besoins de lEIC et les variables de résultats relatifs à la révocation. Plusieurs des domaines de besoins de lEIC semblent avoir une faible corrélation avec la révocation; cest le cas notamment de la formation et de lemploi, des fréquentations, de la toxicomanie, de ladaptation à la collectivité et des attitudes. Dans le même ordre didées, lemploi et ladaptation à la collectivité nont quune modeste corrélation avec la révocation de la liberté sous condition à la suite dune nouvelle infraction. Aucune corrélation importante nest constatée entre les domaines de besoins de lEIC et la révocation de la liberté sous condition à la suite dune nouvelle infraction avec violence. Cela na toutefois rien détonnant, étant donné le faible pourcentage de révocations de la liberté sous condition à la suite dune nouvelle infraction avec violence.
Traitement de la toxicomanie durant la période dincarcération Lachèvement dun programme de traitement de la toxicomanie durant la période dincarcération nest pas associé à des taux plus faibles de révocation de la liberté sous condition, c 2 (2, N = 483) = 0,53, ns. Dans le groupe des délinquantes qui nont suivi aucun programme de traitement, 50 % ont vu leur liberté sous condition révoquée; dans le groupe de celles qui ont suivi un programme de traitement ou plus, 46 % ont été réincarcérées dans un établissement fédéral. Dans le même ordre didées, le fait davoir terminé un programme de traitement de la toxicomanie na pas de corrélation importante avec des pourcentages plus faibles de révocation de la liberté sous condition à la suite dune nouvelle infraction ou dune nouvelle infraction avec violence. Nombre de conditions imposées au moment de la mise en liberté Aucune des catégories de conditions particulières na de lien avec la révocation de la liberté sous condition. Dans le même ordre didées, le nombre de conditions imposées na pas de corrélation avec la révocation de la liberté sous condition, d = 0,06, z = 1,55, ns. Chez les femmes auxquelles aucune condition (ou une seule) navait été imposée, 41 % ont vu leur liberté sous condition révoquée; 55 % de celles à qui deux ou trois conditions avaient été imposées ont été réincarcérées dans un établissement fédéral; et 49 % de celles à qui quatre conditions ou plus avaient été imposées au moment de la mise en liberté ont vu leur liberté sous condition révoquée. Des résultats semblables ont été obtenus en ce qui a trait aux variables « nouvelle infraction » et « nouvelle infraction avec violence ». Analyse de régression logistique de toutes les variables significatives Une rétroanalyse de régression logistique a été réalisée afin de conserver uniquement les variables permettant de prévoir la révocation de façon particulière. Toutes les variables présentant une corrélation avec la révocation de la liberté sous condition ont été incluses dans lanalyse. Les six variables qui ne contribuaient pas sérieusement au modèle ont été retirées dans lordre suivant : les fréquentations, ladaptation à la collectivité, les diverses infractions sans violence à lorigine de lincarcération, un vol qualifié à lorigine de lincarcération, un homicide à lorigine de lincarcération, la notation du risque sur lEIC. Le modèle définitif se compose de six prédicteurs : lâge au moment de la mise en liberté (corrélation négative); la notation des besoins sur lEIC; lemploi; la toxicomanie; lattitude; et les infractions de vol, de fraude et dintroduction par effraction qui sont à lorigine de lincarcération. Ce modèle permet de prévoir la révocation avec passablement de précision, rapport des vraisemblances c 2 (5, N = 483) = 82,61, p < 0,001. Le R2 estimé du modèle définitif est de 0,16. Les prévisions établies à laide de ce modèle se sont révélées moyennement justes; 72,6 % des délinquantes avaient été correctement classées, alors que 26,4 % navaient pas été classées dans la bonne catégorie. Le tableau 5 présente les coefficients de régression, les tests X2 de signification, les rapports de cote, et les intervalles de confiance de 95 % pour chacun des sept prédicteurs. Tableau 5. La révocation en fonction du risque, des besoins et de lâge
examen de la question La présente étude avait pour objectif de cerner les facteurs prédicteurs de la révocation de la liberté sous condition chez les femmes toxicomanes. Lexamen de la question consistera tout dabord à commenter les taux de base de révocation, puis sintéressera à chacun des facteurs examinés dans le cadre de la présente étude. Dans léchantillon constitué (48 %), le taux de base de révocation est considérablement plus élevé que celui rapporté par Belcourt, Nouwens et Lefebvre (1993; 22 %). Deux facteurs peuvent expliquer cette différence. Premièrement, léchantillon de Belcourt et coll. était composé de délinquantes qui navaient jamais été incarcérées auparavant dans un établissement fédéral. Notre échantillon comprenait des femmes qui avaient vécu plusieurs périodes dincarcération dans ce type détablissement. Les deux échantillons présentaient donc des différences quant aux antécédents criminels. Deuxièmement, léchantillon de Belcourt et coll. avait été constitué à partir de la population carcérale générale de délinquantes sous responsabilité fédérale. Notre échantillon comprenait uniquement des femmes toxicomanes qui présentent un risque plus élevé de récidive que celles qui nont pas de problèmes de toxicomanie (Dowden et Blanchette, 1999). Lâge au moment de la mise en liberté Une corrélation négative existe entre lâge au moment de la mise en liberté et la révocation : un âge plus avancé est associé à une probabilité plus faible de révocation de la liberté sous condition. De plus, dans le modèle de régression, lâge au moment de la mise en liberté est très utile pour prévoir la révocation de la liberté sous condition. Ces résultats sont compatibles avec ceux de létude de Bonta et coll. (1995) qui ont découvert que lâge lors de ladmission et lâge à lépoque de lentrevue prélibératoire étaient reliés à la récidive dans léchantillon de délinquantes purgeant une peine fédérale. Belcourt et coll. (1993) ont aussi signalé lexistence dune corrélation entre lâge et la récidive. En revanche, Funk (1999) na pas découvert de lien entre lâge et la révocation de la liberté sous condition. Toutefois, cette dernière étude portait sur un échantillon de jeunes délinquantes dont la plage dâge était réduite. Celle-ci nétait probablement pas suffisante pour mettre au jour une corrélation entre lâge et la révocation de la liberté sous condition. Sur lensemble, il semble que lâge soit un facteur de risque important chez les délinquantes toxicomanes. Le type de mise en liberté na pas de lien avec la révocation de la liberté sous condition : les taux de révocation, de révocation à la suite dune nouvelle infraction et de révocation à la suite dune nouvelle infraction avec violence restent les mêmes pour chaque type de mise en liberté. Par contre, Belcourt et coll. (1995) ont constaté que les délinquantes libérées sous condition étaient beaucoup moins enclines à récidiver, comparativement aux délinquantes détenues jusquà la date de leur libération doffice. Ces constatations différentes sexpliquent difficilement. Lorsque lon a affaire à des femmes toxicomanes, il est peut-être plus difficile de prendre de bonnes décisions, fondées sur le pouvoir dappréciation des professionnels, en matière de mise en liberté. Conditions imposées au moment de la mise en liberté Les résultats indiquent lexistence décarts régionaux dans le nombre de conditions imposées aux délinquantes : cest en Ontario que le nombre de conditions imposées est le plus élevé, et dans la région des Prairies quil est le plus faible. Les écarts régionaux dans le nombre de conditions imposées ne semblent pas être reliés aux niveaux de risque ou de besoins. Les auteurs présument que cette variation est attribuable aux différences entre les organes décisionnels. Fait intéressant, la nature et le nombre de conditions imposées au moment de la mise en liberté nont pas de corrélation avec les taux de révocation. On sattendait à une corrélation positive entre le nombre de conditions imposées et la non-révocation de liberté sous condition : que les délinquantes à risque élevé seraient assujetties à de plus nombreuses conditions, quelles seraient plus étroitement surveillées, augmentant ainsi leurs chances de ne pas récidiver. Cette hypothèse na pas été confirmée. Une étude ultérieure pourrait peut-être approfondir cette question en sintéressant à la nature et au nombre de conditions par rapport aux raisons précises de révocation de la liberté sous condition. Nous avons observé avec intérêt quun nombre relativement peu élevé de femmes toxicomanes devaient observer des conditions relatives aux drogues et à lalcool. Ce fait contredit lidée que les délinquantes aux prises avec des problèmes de toxicomanie risquent fort de voir leur liberté sous condition révoquée à cause des conditions qui leur sont imposées relativement à ces problèmes. Linfraction à lorigine de lincarcération Plusieurs liens intéressants ont été observés entre linfraction à lorigine de lincarcération et la révocation de la liberté sous condition. Le fait davoir commis une infraction telle quun vol, une fraude ou une introduction par effraction est un prédicteur moyennement précis de la révocation de la liberté sous condition et de la révocation à la suite dune nouvelle infraction. Dans le même ordre didées, la catégorie des infractions diverses sans violence est également associée à la révocation de la liberté sous condition. Il nexiste pas de corrélation entre une infraction en matière de drogue et la révocation de la liberté sous condition. Le vol qualifié est le seul type dinfraction avec violence qui présente une corrélation positive avec la révocation. Fait digne de mention, lhomicide est associé à des taux plus faibles de réincarcération. Lanalyse de régression logistique indique que linfraction à lorigine de la peine actuelle telle quun vol, une fraude ou lintroduction par effraction, est le prédicteur le plus précis des types dinfractions, et quelle englobe les aspects prédictifs des autres variables concernant linfraction à lorigine de lincarcération. Ces constatations rejoignent celles de Belcourt et coll. (1995) qui ont découvert lexistence dune corrélation positive entre la récidive et les infractions contre les biens et le vol qualifié, qui sont à lorigine de lincarcération. Ces chercheurs ont observé une corrélation négative entre la révocation de la liberté sous condition et le fait davoir été reconnu coupable de meurtre. Dans le même ordre didées, Bonta et coll.(1995), dont létude portait sur un échantillon de délinquantes, ont découvert quun vol qualifié, à lorigine de la peine actuelle, était un prédicteur assez juste de la récidive, tandis que lhomicide présentait une corrélation négative avec la récidive. Les résultats obtenus portent à croire quun simple indicateur de « gravité de linfraction à lorigine de la peine actuelle » nest peut-être pas un indicateur de risque qui convient aux délinquantes toxicomanes. Plutôt que de soupeser la gravité du crime, il serait peut-être plus utile de classer les infractions selon quelles ont été motivées ou non par un gain monétaire (en excluant les infractions en matière de drogue). Cette variable pourrait être particulièrement importante chez les femmes qui ont un grave problème de toxicomanie parce quelles ont alors de la difficulté à se trouver un emploi et parce que leur consommation de substances intoxicantes leur coûte cher. Une telle hypothèse est séduisante et nécessitera la réalisation dune enquête plus poussée auprès dun échantillon composé de femmes qui ont un problème de toxicomanie, et de femmes qui ne sont pas aux prises avec ce genre de problème. LÉchelle dintervention dans la collectivité Dowden et Blanchette (1999) ont découvert que les délinquantes toxicomanes avaient davantage de besoins que les délinquantes non toxicomanes, et que leurs niveaux de besoins étaient généralement plus élevés; les résultats de la présente étude vont dans le même sens. Dans notre échantillon de femmes toxicomanes, les taux de prévalence de besoins dans six des sept domaines de lEIC sont supérieurs à ceux dun échantillon mixte de délinquantes; cest exactement ce quavaient constaté Dowden et coll.(2001). Étant donné quun problème de toxicomanie avait été détecté chez toutes les délinquantes lors de leur évaluation initiale, il est plutôt étonnant de découvrir quun problème de toxicomanie na été constaté, au moment de leur mise en liberté, que chez 80 % des femmes faisant partie de léchantillon. Les résultats indiquent que les différences entre lévaluation initiale et lévaluation au moment de la mise en liberté sexpliquent en partie par le fait quun certain nombre de délinquantes ont réglé leur problème de toxicomanie grâce au traitement suivi en établissement. Il est également possible que les délinquantes aient trouvé une solution à leur problème sans suivre de traitement. Les différences peuvent aussi être attribuables au processus dévaluation. Des faits différents ont peut-être influencé lévaluation initiale et lévaluation précédant la mise en liberté. Enfin, les intervenants qui ont évalué les mêmes faits lors de lévaluation initiale et au moment de la mise en liberté ne sentendaient peut-être pas sur la notation appropriée. Une autre recherche, portant cette fois sur la fiabilité inter-évaluateurs du processus dévaluation initiale et de lEIC, pourrait sans doute aider à tirer cette question au clair. Cinq des sept domaines de besoins de lÉchelle dintervention dans la collectivité ont une forte corrélation avec la récidive : lemploi, les fréquentations, la toxicomanie, ladaptation à la collectivité et lattitude générale. Les notations générales du risque et des besoins sur lEIC sont également des prédicteurs moyennement précis de la révocation de la liberté sous condition. Ces résultats concordent largement avec ceux de Dowden et coll. (2001) qui ont examiné la validité prédictive de lEIC en lappliquant à un échantillon de délinquantes. Une exception à cette règle : dans leur échantillon, le domaine de lorientation personnelle et affective permettait de prévoir la révocation de la liberté sous condition, mais cet échantillon nétait pas composé de femmes toxicomanes. Les analyses de régression indiquent que la plupart des domaines de lEIC sont des prédicteurs indépendants de la révocation. Pris individuellement, le niveau de risque global et le domaine de ladaptation à la collectivité ne facilitent pas la prévision de la révocation de la liberté sous condition. Les résultats indiquent que ces deux variables recoupent considérablement le niveau global de besoins. La présente étude na pas permis détablir une corrélation entre le traitement de la toxicomanie et la révocation de la liberté sous condition. Cette constatation rejoint celles détudes antérieures (Bonta et coll., 1995; Dowden et Andrews, 1999). Dowden et Blanchette (1999) ont affirmé quil existait une corrélation entre le fait de suivre un traitement de la toxicomanie et la baisse des niveaux de récidive; toutefois, cette corrélation nest apparue quaprès avoir restreint léchantillon aux seules délinquantes chez qui un problème de toxicomanie a été repéré et pour lesquelles un traitement a été recommandé. Si nous avions opté pour une démarche similaire, sans doute aurions-nous pu obtenir des résultats semblables. Pourtant, le fait davoir suivi un traitement de la toxicomanie, sous une forme ou sous une autre, durant la période dincarcération, ne semble pas être un prédicteur de la réussite de la liberté sous condition chez les délinquantes toxicomanes. ConclusionLes résultats de la présente étude indiquent que les pratiques actuelles en particulier lutilisation de lEIC sont efficaces dans la sous-population des délinquantes toxicomanes. Ces résultats viennent corroborer lopinion selon laquelle la toxicomanie nest quun facteur de besoin parmi bien dautres et quil faut tenir compte des autres facteurs criminogènes connus pour prévoir lissue de la mise en liberté. BIBLIOGRAPHIEAndrews, D. et J. Bonta (1998). The Psychology of Criminal Conduct, 2e édition, Anderson Publishing Co., Ohio. Belcourt, R., T. Nouwens et L. Lefebvre (1993). « La récidive chez les délinquants », Forum Recherche sur lactualité correctionnelle, vol. 5, n° 3, p. 10-14, Ottawa (Ontario). Blanchette, K. (1996). The Relationship between Criminal History, Mental Disorder, and Recidivism Among Federally Sentenced Female Offenders, Mémoire de maîtrise non publié, Université Carleton, Ottawa (Ontario). Blanchette, K. (2001). Classifying female offenders for effective intervention: Application of the case-based principles of risk and need, Étude très détaillée non publiée, Université Carleton, Ottawa (Ontario). Blanchette, K. et L. L. Motiuk (1995). 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