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Rapports de recherche

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Prises d'otages impliquant des détenues : profil et enquête exploratoire

2004 NoR-143

TABLE DES MATIÈRES

Kelly Taylor
&
Jillian Flight

Direction générale de la recherche Service correctionnel du Canada
Septembre 2003

Le présent rapport est également disponible en anglais. This report is also available in English. It can be obtained from the Research Branch, Correctional Service of Canada, 340 Laurier Ave., West, Ottawa , Ontario , K1A 0P9 . Pour obtenir d'autres exemplaires du présent rapport, veuillez vous adresser à la Direction de la recherche, Service correctionnel du Canada, 340, avenue Laurier Ouest, Ottawa (Ontario), K1A 0P9

REMERCIEMENTS

Le présent rapport n'aurait jamais vu le jour sans l'aide des personnes suivantes à qui nous exprimons notre plus entière gratitude.

Nous remercions le comité consultatif constitué de Kelley Blanchette, Lori MacDonald, Lisa Watson, Kathy Dafoe, Donna McDonagh, Chris Manuge, Jeff Earle, Hélène Naud, Cindy Cooper, Janice Woytiuk et Bonita Roth, pour la rétroaction précieuse et judicieuse que ces personnes nous ont fournie aux différentes étapes du projet.

Nous remercions également les directeurs et le personnel des établissements de l'ensemble du Canada, trop nombreux pour les nommer tous. Votre coopération et votre aide à toutes les étapes de la mise en œuvre du projet nous ont véritablement permis d'aller de l'avant.

Merci également à Amey Bell pour son aide extraordinaire dans la réalisation des entrevues et pour son expertise rédactionnelle. Merci aussi à Paul Verbrugge et à Nathalie Gingras qui nous ont aidés à transcrire les entrevues, à Joy Irving pour l'aide qu'elle nous a apportée pour codifier les rapports d'enquête ainsi qu'à Antonia Sly pour sa compétence en rédaction.

Nous aimerions également remercier Kelley Blanchette qui a mis la main au texte au cours des dernières étapes du projet et Ralph Serin qui nous a suggéré la terminologie appropriée quand rien n'allait plus.

Un merci tout particulier aux nombreux membres du personnel et aux femmes qui ont accepté d'être interviewés dans le cadre de ce projet. Votre participation et vos opinions ont été essentielles au succès et à la réalisation du rapport.

SOMMAIRE

Dans l'espoir d'élaborer une base documentaire sur les femmes auteures de prises d'otages qui purgent une peine dans un établissement du Service correctionnel du Canada, de mieux comprendre de tels incidents et les besoins de ces femmes, et d'informer la direction des nouvelles unités de garde en milieu fermé de tout le Canada, nous avons examiné 12 prises d'otages qui ont eu lieu sur une période de trois ans (soit du mois de mars 1999 au mois d'avril 2002). Des entrevues ont été menées auprès de 26 membres du personnel et de huit détenues et l'information a été codifiée à partir des rapports d'enquêtes nationales et régionales et du Système de gestion des délinquants (SGD).

Les résultats de notre étude ont permis de déceler des similitudes et des différences dans les recherches qui existent actuellement sur les femmes et les hommes qui prennent des otages. Par exemple, l'examen des rapports d'enquête liés à chaque incident a révélé que les femmes, contrairement aux hommes, sont plus susceptibles de prendre des otages avec d'autres que d'agir seules. Cependant, à l'instar des hommes (Mailloux et Serin, 2002), les femmes sont susceptibles d'utiliser une arme.

Les constatations montrent également que les prises d'otages menées par des femmes sont généralement des incidents à caractère à la fois expressif et pragmatique. Plus précisément, il semble que ces prises d'otages, même si elles comportent de nombreuses revendications et de nombreux besoins à satisfaire en échange de la remise en liberté de l'otage, semblent être un " cri d'alarme " ou une tentative, pour les auteures, d'amener les gens à les écouter. Le rapport fait en outre ressortir des catégories préliminaires concernant les femmes qui prennent des otages, lesquelles semblent appartenir à l'un des trois groupes suivants : " chefs de file délibérées ", " auteures accessoires " et " participantes accidentelles ".

Bien que l'étude ait été restreinte par le peu d'information disponible, elle a quand même réussi à approfondir les connaissances dans le domaine. Selon les constatations qu'il a été possible de dégager, la recherche sur les hommes preneurs d'otages ne devrait pas être appliquée directement aux femmes, à moins de le faire avec une extrême prudence. L'étude a en outre permis d'établir une classification préliminaire des femmes qui prennent des otages, classification qui pourrait servir à l'élaboration de politiques et de programmes d'intervention et de prévention. De plus, plusieurs éléments ont été mis en lumière qui pourraient aider à alerter le personnel au risque que peut représenter une femme dans ce domaine. Malgré la taille restreinte de l'échantillon, les entrevues menées auprès de personnes ayant déjà été mêlées à une prise d'otages ont permis de suppléer aux limites des études antérieures, c'est à dire l'utilisation des données tirées du Système de gestion des délinquants (SGD) et des rapports d'enquête. Néanmoins, bien que le présent rapport ne cherche pas à permettre d'autres extrapolations, de nombreuses questions y sont soulevées et pourraient faire l'objet de recherches futures, et des suggestions y sont formulées concernant des politiques et des programmes.

TABLE DES MATIÈRES

REMERCIEMENTS

SOMMAIRE

LISTE DES TABLEAUX

LISTE DES FIGURES

INTRODUCTION

Services correctionnels pour femmes au Canada : un bref historique
Prise d'otages : examen de la documentation

MÉTHODOLOGIE

RÉSULTATS

Profil des auteures de prises d'otages
Profil des incidents
Extraits d'entrevues avec des femmes qui ont pris des otages
Jours précédant l'incident
Dynamique de groupe
Signes précurseurs
Motivation
Perception des auteures de prises d'otages
Processus de résolution et de négociation
Extraits d'entrevues avec des membres du personnel mêlés à des prises d'otages
La journée de l'incident
Dynamique de groupe
Signes précurseurs
Motivation
Perception du personnel
Processus de résolution et de négociation

ANALYSE

Sommaire des constatations
Signes précurseurs
Dynamique de groupe
Motivations
Perception des dommages
Méthodes de négociation et de résolution
Autres constatations intéressantes
Gestion des prises d'otages
L'hétérogénéité des comportements lors des prises d'otages
Cibler le comportement
Pas uniquement des chefs et des participantes
Orientations pour de futures recherches
Recommandations
Obstacles
Conclusion

BIBLIOGRAPHIE

ANNEXE

ANNEXE A : Protocole d'entrevue
ANNEXE B : Rapports d'enquête
ANNEXE C : Guide de codage

LIST OF TABLES

Tableau 1: Durée de la peine et proportion de la peine purgée au moment de la prise d'otages
Tableau 2: Infractions antérieures dont font état les antécédents criminels en tant qu'adultes et que ces détenues ont en commun
Tableau 3: Infractions pour lesquelles ces détenues sont actuellement incarcérées et qu'elles ont en commun
Tableau 4: Pourcentage de femmes ayant des besoins dynamiques – Auteures de prises d'otages par opposition à la population carcérale générale (novembre 2001)
Tableau 5: Motivation et potentiel de réinsertion : les auteures de prises d'otages par opposition à la population carcérale générale (novembre 2001)

LIST OF FIGURES

FIGURE 1: Répartition des incidents par établissement Error! Bookmark not defined.
FIGURE 2: Répartition des incidents par année

INTRODUCTION

Afin que soit exploitée au maximum la capacité des délinquants de se réinsérer dans la collectivité en toute sécurité et afin d'améliorer les conditions de santé et de vie de chaque unité opérationnelle, les auteures de la présente étude examinent divers aspects des prises d'otages qui ont eu lieu dans les établissements pour femmes. Avant d'aborder le phénomène des prises d'otages chez les détenues, elles présentent un bref rappel du milieu correctionnel des femmes.

Services correctionnels pour femmes au Canada : un bref historique

En 1989, le Groupe d'étude sur les femmes purgeant une peine fédérale a été créé pour examiner les préoccupations depuis longtemps soulevées au sujet du traitement inéquitable réservé aux délinquantes. Ses travaux se sont soldés, en 1990, par la production du rapport intitulé La création de choix. II y était recommandé de fermer la Prison des femmes, où étaient incarcérées à l'époque toutes les femmes purgeant une peine de ressort fédéral au Canada, et de créer quatre établissements régionaux destinés aux femmes ainsi qu'un pavillon de ressourcement pour les femmes autochtones. Ainsi, entre 1995 et 1997, cinq nouveaux établissements régionaux ont vu le jour et toutes les femmes purgeant une peine de ressort fédéral au Canada y ont été transférées.

En 1996, après plusieurs évasions et autres incidents, le Service correctionnel du Canada (SCC) a décidé qu'en raison de son comportement perturbateur, de ses risques élevés d'évasion, de ses besoins en santé mentale et des risques pour le public, un petit groupe de femmes avait besoin d'un encadrement et d'un contrôle plus rigoureux que ce qui était offert dans les établissements régionaux. Il a donc transféré ces femmes, qui étaient incarcérées dans les établissements régionaux, vers des unités isolées dans des établissements pour hommes comme le pénitencier de la Saskatchewan, l'établissement de Springhill et le Centre régional de réception.

Fait à signaler, la majorité des prises d'otages qui font l'objet de l'étude se sont déroulées dans ces unités. Le Service correctionnel du Canada était toutefois conscient du caractère problématique de telles unités. En 1999, le solliciteur général Lawrence MacAulay annonçait la mise en place de la Stratégie d'intervention intensive prévoyant la modification et l'expansion des unités améliorées existantes dans les établissements régionaux pour y accueillir les délinquantes dites à sécurité maximale. Pour sa part, le SCC amorçait la mise en œuvre de l'intervention intensive en milieu fermé, et des unités de vie en milieu structuré étaient construites dans chaque établissement régional pour les femmes dites à sécurité moyenne et minimale aux prises avec des problèmes de santé mentale nécessitant un soutien plus intensif.

On a donc ouvert ce type d'unités dans les établissements régionaux dès décembre 2001 et, le 16 janvier 2003, le solliciteur général, Wayne Easter, présidait à la cérémonie d'ouverture de la première nouvelle unité de garde en milieu fermé à l'établissement pour femmes Nova de Truro, en Nouvelle Écosse. L'ouverture d'une telle unité à l'établissement pour femmes d'Edmonton a eu lieu en février 2003, et celle de l'établissement pour femmes de Joliette, en avril 2003; on prévoit ouvrir ce genre d'unité à l'établissement Grand Valley pour femmes au printemps 2004. La recherche actuelle éclaire la stratégie de gestion des détenues dans les nouvelles unités de garde en milieu fermé dans les établissements régionaux et fait partie d'une évaluation exhaustive de ces unités actuellement en voie d'élaboration.

Prise d'otages : examen de la documentation

Bien que rares, les prises d'otages ont inévitablement des conséquences physiques et psychologiques désastreuses. La majeure partie de la recherche portant sur le phénomène des prises d'otages est surtout centrée sur les hommes et a été menée dans des cadres politiques ou terroristes ou dans le système de justice pénale du Canada (Furr, 1994; Williams, 1995; Nouwens, 1995; Mailloux et Serin, 2002). À ce jour, on a peu étudié les femmes qui prennent des otages dans un milieu correctionnel. Afin d'enrichir cette base restreinte de documentation, la présente étude se concentre sur les femmes qui ont pris des otages dans des établissements correctionnels fédéraux au Canada1 ainsi que sur le personnel qui travaille quotidiennement avec ces femmes.

La recherche menée à ce jour, qui porte principalement sur les hommes au sein du système de justice pénale, fait ressortir l'importance de la motivation sexuelle et de son lien avec la prise d'otages. Furr (1994) a laissé entendre que les techniques traditionnelles de négociation peuvent ne pas convenir à toutes les prises d'otages, surtout celles à motivation sexuelle, et avance, entre autres, que les personnes ayant déjà agressé sexuellement des membres du personnel sont susceptibles de faire de même avec des otages. Furr soutient en outre que cela est particulièrement vrai dans le cas des délinquants sadiques sexuels, des violeurs psychopathes ou des personnes animées par une colère profonde.

Selon Williams (1995), la motivation sexuelle est une nouvelle tendance des délinquants qui séquestrent illégalement des femmes. À son avis, les responsables de telles actions agissent en général seuls, prennent une seule victime, ont 35 ans en moyenne. Elle précise qu'il s'agit de délinquants violents ou sexuels qui ont besoin d'être traités pour des pulsions sexuelles et qui purgent des peines de plus de six ans. Nouwens (1995) insiste, elle aussi, sur l'agression sexuelle et son lien avec les prises d'otages. Elle signale que souvent il n'y a pas de signes précurseurs d'une prise d'otages, que le délinquant n'a pas fait l'objet d'un suivi adéquat avant l'incident et que le personnel n'a pas su réagir efficacement durant l'incident. Toutes les recherches mentionnées ci dessus ont probablement présidé à la création de protocoles de sélection et ont permis d'insister, à des degrés divers, sur l'élaboration de politiques.

Souhaitant répéter les constatations de recherches antérieures mais avec un échantillon plus vaste, Mailloux et Serin2 (2002) ont mené une étude exploratoire sur les agressions sexuelles durant les prises d'otages et les séquestrations. Fait intéressant, ils ont constaté que les preneurs d'otages ne sont pas nécessairement différents de la population carcérale générale; à leur avis, le fait d'avoir déjà pris des otages, de refuser les traitements et d'avoir demandé un transfèrement, tout cela allié à un tempérament colérique, constituent des éléments précurseurs potentiels. En outre, tout en soutenant que la nature des motivations offre une information utile pour déterminer les signes précurseurs d'une prise d'otages et en insistant sur l'importance des services psychologiques offerts durant ces incidents, Mailloux et Serin estiment que les descriptions traditionnelles des motivations (sauf les changements personnels) ne s'appliquent pas à un échantillon plus vaste. Plus précisément, l'évasion, l'ennui et le désir d'attirer l'attention, la détresse psychiatrique et l'agression sexuelle (SCC, 1998) n'ont pas été retenus comme facteurs de motivation pour leur échantillon. De plus, les constatations de Mailloux et Serin ne correspondent pas aux descriptions des preneurs d'otages données par Snider et Bally (sans date) qui les voyaient comme des terroristes, des antisociaux, des complexés ou des malades mentaux.

Incapables de reproduire de nombreuses constatations antérieures, Mailloux et Serin (2002) soutiennent qu'il faut faire preuve d'une extrême prudence lorsqu'on crée des instruments de sélection, car il est possible de se tromper en classant des délinquants à des niveaux de risque plus élevé que ne le justifie leur état (Mailloux et Serin, en voie d'édition). Il importe de signaler que les constatations suivantes ont été répétées dans leur étude :

  • dans une certaine mesure, la plupart des preneurs d'otages planifient l'incident;
  • ils agissent en général seuls;
  • ils utilisent une arme;
  • ils prennent une seule victime en otage;
  • ils sont surtout incarcérés pour des infractions violentes;
  • ils ont déjà effectué des prises d'otages;
  • les violeurs sont plus souvent impliqués dans des agressions sexuelles.

Conformément aux travaux précédents, ces deux auteurs insistent sur la nécessité d'adopter des stratégies d'intervention tenant compte de la probabilité d'une agression sexuelle lorsqu'un délinquant sexuel (surtout un violeur) prend un otage. Signalons que Mailloux et Serin ont également révélé que " ... toutes proportions gardées, les agresseurs étaient plus souvent des délinquantes que des délinquants " (p.14).

La nécessité de poursuivre la recherche sur les prises d'otages semble évidente; nous savons peu de choses sur les femmes qui prennent des otages, hormis qu'un nombre proportionnellement plus élevé d'entre elles sont impliquées dans de tels actes, ce qui, à notre avis, justifie l'importance de la présente recherche. D'après les enquêtes préliminaires, les prises d'otages à motivation sexuelle s'appliquent très peu dans le cas des femmes. En outre, les motivations traditionnelles qui sous tendent les prises d'otages ont été remises en question pour les hommes; on doit aussi s'interroger sur leur applicabilité aux femmes.

La recherche effectuée par Noesner et Webster (1997) fournit des preuves qui pourraient nous aider à comprendre et à traiter les femmes qui décident de prendre des otages. Noesner et Webster (1997) répertorient deux types de comportements (pragmatique et expressif) et trois types de stratégies de gestion (négociation, gestion de la situation de crise, et assaut tactique et à risque élevé) (Noesner, 1999) dont il faut tenir compte lorsqu'on examine les prises d'otages ou qu'on intervient lors de tels incidents. Le comportement pragmatique serait axé sur un but, tandis que, dans le cas du comportement expressif, il s'agirait d'attirer l'attention. Différentes stratégies de gestion devraient être employées selon la nature du comportement affiché. Plus précisément, on devrait recourir à la négociation lors d'un incident pragmatique et à l'intervention de crise dans un incident expressif. Les incidents à risque élevé devraient faire appel à une stratégie de gestion incluant le déploiement d'une équipe tactique. On estime que les distinctions entre les caractéristiques du comportement pragmatique par rapport au comportement expressif pourraient s'appliquer dans le cas de femmes qui prennent des otages, et seront prises en compte dans le présent rapport.

Pour les besoins du rapport, la définition d'une prise d'otages est la suivante :

  1. Toute personne (employé, visiteur ou détenu) retenue contre sa volonté par un ou des détenus qui veulent s'évader, obtenir des concessions ou atteindre d'autres objectifs comme faire connaître une cause particulière. Il peut s'agir d'un acte bien prémédité ou impulsif; et
  2. Tout incident se soldant par la tenue d'une enquête nationale ou régionale sera considéré comme une prise d'otages.

Le rapport porte sur les prises d'otages perpétrées par des détenues sous responsabilité fédérale, qui se sont produites au cours d'une période de trois ans3 , soit du mois de mars 1999 au mois d'avril 2002. Douze prises d'otages ont eu lieu durant cette période, cinq se soldant par une enquête nationale, cinq par une enquête régionale. Deux rapports d'enquête n'étaient pas encore terminés au moment de la rédaction du présent document. Les dix enquêtes achevées ont porté sur un total de 15 femmes; au moment de la collecte des données, 11 étaient incarcérées, une était morte, une était en liberté conditionnelle et deux avaient fini de purger leur peine.

1 Comprend également les établissements où sont incarcérées les femmes purgeant une peine de ressort fédéral en vertu d'ententes d'échange de services.

2 À noter que cette étude incluait une prise d'otages effectuée par une femme et en impliquant quatre autres.

3 L'objectif initial était d'effectuer un examen sur cinq ans, mais on a constaté une rupture dans les incidents entre 995 et 1999.

MÉTHODOLOGIE

Compte tenu de la taille restreinte de l'échantillon, la stratégie de recherche fait surtout appel aux méthodes qualitatives pour établir le profil des femmes et décrire les circonstances. À l'étape préliminaire du projet, un comité consultatif constitué de personnes bien au courant du problème des prises d'otages dans les établissements a été mis sur pied. Ainsi, des psychologues, des infirmiers et des infirmières, des gestionnaires d'unité, des agents de libération conditionnelle, des négociateurs, des représentants du Secteur des délinquantes, le directeur de la Recherche sur les délinquantes, le directeur des Affaires des détenus et l'enquêteur principal se sont réunis pour participer à l'élaboration du projet de recherche et en préciser les paramètres4 .

Les commentaires apportés durant la réunion du comité consultatif nous ont permis de mettre au point les protocoles d'entrevue à utiliser avec les détenues qui ont pris des otages et le personnel (voir annexe A). Les rapports d'enquêtes régionales et nationales (voir annexe B), disponibles au moment de l'élaboration du document, ont été recueillis et codifiés (voir annexe C pour le guide de codage). L'information qui n'était pas fournie dans les rapports d'enquête a été tirée du Système de gestion des délinquants (SGD), une base de données nationale utilisée pour faire le suivi des interactions du délinquant avec le système canadien de justice pénale.

Au cours de l'été 2002, nous avons visité les établissements canadiens ayant déjà été le théâtre d'une prise d'otages par une détenue ou qui accueillaient des femmes ayant déjà été impliquées dans ce genre d'incident. Nous avons également sollicité la participation des détenues et du personnel qui avaient été mêlés à de tels incidents ou qui voulaient donner leur opinion sur les prises d'otages. Huit des 11 femmes incarcérées au moment des entrevues ont accepté de participer à la recherche. Vingt six membres du personnel ont fait de même : soit dix agents de correction, quatre infirmières en santé mentale, trois psychologues, trois agents de libération conditionnelle et un directeur adjoint, un négociateur, un agent de sécurité préventive de l'établissement, une infirmière, un surveillant correctionnel et un agent de programme. Les détenues et les membres du personnel ont été invités à signer un formulaire de consentement éclairé par lequel ils acceptaient, entre autres, que l'entrevue soit enregistrée sur bande sonore.

4 Mike Webster, spécialiste canadien des négociations en cas de prise d'otages, a été invité à faire partie du comité consultatif. Malheureusement, d'autres engagements l'en ont empêché.

RÉSULTATS

Comme nous l'avons précisé, 12 prises d'otages avaient déjà eu lieu au moment de la période d'enquête (soit de mars 1999 à avril 2002). La plupart ont eu lieu dans la région des Prairies, neuf s'étant en effet produits dans l'unité des femmes du pénitencier de la Saskatchewan. Les trois autres se sont produits au Centre psychiatrique régional (CPR), au Centre correctionnel pour femmes de Burnaby (CCFB) et au Pavillon de ressourcement Okimaw Ochi (PROO).

Figure 1 : Répartition des incidents par établissement

Figure 1 : Répartition des incidents par établissement

En ce qui concerne le déroulement de ces prises d'otages, soulignons qu'en décembre 1999, pas plus de six mois ne s'étaient écoulés entre les incidents, plus de la moitié (7 sur 12) s'étant produits à un ou deux mois d'intervalle. Avant 1999, il y a eu interruption des prises d'otages, le dernier incident remontant à 19955 . Fait à remarquer, la majorité des incidents (10 sur 12) se sont déroulés en 2000 et 2001. Ce phénomène peut être attribué à une espèce de contagion. En outre, durant la période à l'étude, les femmes disposaient de peu de programmes, mais certains éléments de la stratégie d'intervention intensive ont été mis en œuvre en 2002 et ils se sont accompagnés d'une diminution du nombre de prises d'otages. La figure 2 indique la répartition des incidents par année.

5 Au moment de la rédaction du présent document, le dernier incident remontait à un an.

Figure 2 : Répartition des incidents par année

Figure 2 : Répartition des incidents par année

 

Profil des auteures de prises d'otages

Les détenues avaient en moyenne 25,6 ans (minimum = 19, maximum = 43) comparativement à la population carcérale générale dont l'âge moyen est 35,2 ans. Huit d'entre elles sont célibataires, six sont reconnues comme ayant un conjoint de fait et une est séparée. Douze des 15 femmes (80 %) sont Autochtones, tandis que les autres (20 %) sont de race blanche. Si l'on considère la population carcérale générale, 25 % des femmes sont Autochtones alors que 63 % sont de race blanche. Ces détenues purgent une peine moyenne d'environ 4,5 ans (soit de deux à 11 ans), à l'exclusion de celles qui purgent une peine d'emprisonnement à vie. Au moment de la plus récente prise d'otages, elles avaient purgé en moyenne 40 % de leur peine (à l'exclusion des condamnées à l'emprisonnement à vie) (soit de 6 % à 88 %). Le tableau 1 présente une ventilation de la durée des peines et la proportion de la peine purgée. Seules trois détenues (20 %) purgent une peine d'emprisonnement à vie.

Tableau 1 : Durée de la peine et proportion de la peine purgée au moment de la prise d'otages

Auteure de la prise d'otages

Incident no

Durée de la peine

Pourcentage de la peine purgée

A

1

Perpétuité – Peine minimale

10 mois de la peine

 

2

Perpétuité – Peine minimale

17 mois

 

3

Perpétuité – Peine minimale

19 mois

 

4

Perpétuité – Peine minimale

27 mois

 

5

Perpétuité – Peine minimale

35 mois

B

1

2 ans

46 %

 

2

2 ans

50 %

 

3

3 ans, 11 mois, 29 jours

41 %

C

1

6 ans

11 %

 

2

7 ans, 4 mois

14 %

 

3

7 ans, 4 mois

23 %

D

1

10 ans, 6 mois

16 %

 

2

11 ans

20 %

E

1

2 ans, 10 mois

88 %

F

1

3 ans, 5 mois, 30 jours

7 %

G

1

2 ans, 14 jours

58 %

H

1

2 ans

71 %

I

1

Perpétuité – Peine maximale

10 mois de la peine

J

1

4 ans, 3 mois, 26 jours

54 %

K

1

5 ans, 6 mois

6 %

L

1

Perpétuité – Peine minimale

13 ans

M

1

7 ans

68 %

N

1

2 ans, 16 jours

35 %

O

1

2 ans, 3 mois

74 %

 

Le tableau 2 porte sur les infractions antérieures qu'ont en commun ces détenues et dont fait état leur dossier criminel, tandis que le tableau 3 porte sur les infractions pour lesquelles elles sont actuellement incarcérées et qu'elles ont en commun.

Tableau 2 : Infractions antérieures dont font état les antécédents criminels en tant qu'adultes et que ces détenues ont en commun

Type d'infraction

Nombre de femmes et d'infractions

Nonrespect d'une ordonnance d'engagement

9/15

Omission de comparaître

8/15

Voies de fait

9/15

Nonrespect d'une ordonnance de probation

6/15

Vol de moins de 5 000 $

6/15

Prostitution

5/15

Détenue illégalement en liberté

5/15

Possession de biens obtenus par des moyens criminels

4/15

Obstruction au travail d'un agent de la paix

6/15

 

Tableau 3 : Infractions pour lesquelles ces détenues sont actuellement incarcérées et qu'elles ont en commun

Type d'infraction

Nombre de femmes et d'infractions

Défaut de se conformer

7/15

Possession d'une arme

4/15

Méfait

5/15

Agression d'un agent de la paix

5/15

Voies de fait graves

4/15

Vol de moins de 5 000 $

4/15

Agression armée

4/15

Défaut de comparaître

4/15

Trafic d'une substance répertoriée

5/15

 

Dans le cadre du Système d'évaluation initiale des délinquants (SEID) (Motiuk, 1997), les besoins criminogènes d'un délinquant sont déterminés à l'aide de l'instrument de définition et d'analyse des facteurs dynamiques (IDAFD)6 . L'IDAFD tient compte de différents aspects de la personnalité du délinquant et de ses conditions de vie. Les données sont groupées en sept domaines cibles, avec des indicateurs multiples pour chacun : situation matrimoniale et familiale (31 indicateurs), orientation personnelle et émotive (46 indicateurs), toxicomanie (29 indicateurs), emploi (35 indicateurs), interaction sociale et fréquentations (11 indicateurs), fonctionnement dans la collectivité (21 indicateurs) et attitude (24 indicateurs)7 . Après examen des sept domaines cibles, comparativement à la population carcérale générale, les femmes qui prennent des otages ont des niveaux plus élevés de besoins dans tous les domaines.

6 La création de l'instrument de définition et d'analyse des facteurs dynamiques (IDAFD) repose sur la Stratégie d'évaluation du risque et des besoins dans la collectivité (SERBC), mise au point par L. Motiuk et F. Porporino et appliquée par le SCC en 1990.

7 Voir l'Instruction permanente (IP) 700-04 du Service correctionnel du Canada pour une liste complète des indicateurs.

Tableau 4 : Pourcentage de femmes ayant des besoins dynamiques – Auteures de prises d'otages par opposition à la population carcérale générale (novembre 2001)

Type de besoin

Auteure de prises d'otages (n = 15)

Population générale (n = 306)

Situation matrimoniale et familiale

100 %

69 %

Situation personnelle et émotive

100 %

92 %

Toxicomanie

93 %

71 %

Emploi

93 %

61 %

Fréquentations

87 %

58 %

Fonctionnement dans la collectivité

60 %

39 %

Attitude

47 %

36 %

 

Le niveau de motivation est une autre question examinée lors de l'évaluation initiale d'un délinquant. Le classement général repose sur une évaluation des critères suivants (Service correctionnel du Canada, 1999) :

  1. la prise de conscience que son mode de vie, son comportement et les conséquences qui en découlent posent un problème;
  2. la mesure dans laquelle il s'accommode du problème et de ses répercussions sur sa vie;
  3. la mesure dans laquelle il se sent personnellement responsable du ou des problèmes;
  4. sa disposition à changer;
  5. la mesure dans laquelle il possède les compétences nécessaires;
  6. la mesure dans laquelle il possède les connaissances requises pour modifier son comportement;
  7. le niveau d'appui dont il bénéficie de l'extérieur (de sa famille, de ses amis ou d'autres membres de la collectivité);

On dit qu'un délinquant a un faible niveau de motivation s'il rejette carrément la nécessité de changer ou s'il ne veut pas participer aux programmes recommandés. On dit qu'il y a niveau moyen de motivation lorsqu'il n'accepte pas complètement l'évaluation globale du SCC, mais participe aux programmes recommandés ou à d'autres interventions. Il y a motivation élevée lorsque le délinquant se motive et aborde activement les domaines problématiques (Service correctionnel du Canada, 1999).

Le potentiel de réinsertion sociale est déterminé au moment de l'admission, et de nouvelles évaluations sont effectuées avant la mise en liberté. Trois mesures sont examinées pour déterminer le potentiel de réinsertion sociale des femmes : les risques statiques décelés lors de l'évaluation initiale des délinquants (EID), les besoins dynamiques et la désignation du niveau de sécurité fait à l'EID (échelle de classement sécuritaire). Il existe trois niveaux de potentiel de réinsertion sociale (faible, moyen, élevé), le niveau élevé indiquant une plus grande probabilité de réussite (Service correctionnel du Canada, 1999a). La réévaluation du potentiel de réinsertion sociale repose sur l'analyse des progrès du détenu réalisés sur les plans suivants : interventions fondées sur des facteurs statistiques, interventions fondées sur des facteurs dynamiques, cote de sécurité et niveau de motivation (Service correctionnel du Canada, 1999).

La motivation et le potentiel de réinsertion (avant l'incident) pour les détenues qui prennent des otages sont examinés au tableau 5. Fait intéressant à signaler, on n'a relevé chez aucune d'entre elle une motivation élevée ou un potentiel élevé de réinsertion sociale.

Tableau 5 : Motivation et potentiel de réinsertion : les auteures de prises d'otages par opposition à la population carcérale générale (novembre 2001)

Auteures de prises d'otages (n = 15)
Population générale
(n = 326)

Faible

Moyen

Faible

Moyen

Élevé

Motivation

27 %(n = 4)

73 % (n = 11)

13 % (n = 42)

48 % (n = 156)

39 % (n = 128)

Potentiel de réinsertion

67 %

(n = 10)

33 %

(n = 5)

24 %

(n = 79)

43 %

(n = 141)

33 %

(n = 106)

 

Quand on examine les antécédents carcéraux de ces femmes, on constate que les transfèrements sont communs. Chacune d'elles a commis plusieurs infractions durant l'incarcération et ces infractions lui ont valu, en retour, des sanctions disciplinaires. Elles ont également participé à des programmes et ont travaillé durant leur incarcération. L'évaluation montre qu'environ la moitié des femmes se tirent bien d'affaire dans leurs programmes et qu'elles effectuent bien leur travail tandis que l'autre moitié semblent acquérir des compétences lorsqu'elles participent aux programmes, mais sont incapables d'appliquer ces compétences à des situations à l'extérieur de la classe. D'après les rapports d'enquête, la participation et la motivation de ces détenues semblent se détériorer au fur et à mesure qu'elles purgent leur peine.

Parmi les autres éléments intéressants qui ressortent des rapports d'enquête, mentionnons les antécédents de comportement suicidaire et d'automutilation, les troubles de l'humeur et de la personnalité, le syndrome d'alcoolisation fœtale, une forte probabilité de récidive une fois la personne remise en liberté, et les antécédents de toxicomanie.

Profil des Incidents

Ce profil a été établi à partir des données tirées des rapports d'enquête. Il est important de noter que ces rapports reposent sur de l'information recueillie au moment où les incidents se sont produits, ou durant la période entourant ces incidents; cette information est donc de nature dynamique et ne reflète pas nécessairement l'état actuel de ces femmes ou des établissements visés. En outre, au moment de la rédaction du présent document, deux rapports d'enquête concernant les incidents les plus récents n'avaient pas été achevés et n'ont donc pas été pris en compte dans certains des profils suivants.

Quand on étudie les prises d'otages, on remarque que les femmes sont plus susceptibles de prendre des otages avec d'autres que d'agir seules : neuf des 11 incidents examinés impliquaient plus d'une responsable. Les victimes de ces prises d'otages étaient à la fois des membres du personnel et des détenues. Des membres du personnel ont été pris en otage dans six des incidents, et des détenues, dans quatre. Dans un cas, il n'y avait pas d'otage véritable, mais les circonstances justifiaient quand même un rapport d'enquête. La majorité des prises d'otages perpétrées par des détenues sont également susceptibles d'impliquer l'utilisation d'une arme, car dans dix des 11 incidents, une arme a été utilisée, notamment des chaînes, du verre, des rasoirs, des ciseaux, des câbles d'ordinateur, des couteaux de fabrication artisanale, des rallonges, des ceintures, des stylos et des poids et haltères. Lors des prises d'otages, les détenues ont réclamé, entre autres, des médicaments, des cigarettes, du café, des produits d'hygiène féminine, de la nourriture, de l'argent, des clés de voiture, un plus grand nombre de programmes et des soins de santé, et la possibilité de faire des appels téléphoniques. On leur a accordé du café, des produits d'hygiène féminine, des médicaments, des cigarettes et des aliments, et l'autorisation de faire des appels. Quelques détenues ont soutenu que des " concessions " sous forme de hamburgers et de pizzas sont offertes par les négociateurs et ne sont pas une exigence de la part des femmes.

Quand on examine les méthodes utilisées par les détenues, barricader le secteur semble être l'une des approches les plus souvent utilisées, par exemple, à l'aide de meubles de bureau et de cadres de lit. Elles ont aussi fait éclater des fenêtres avec des poids libres, allumé des incendies au moyen de draps et de couvertures et pris leur victime comme bouclier humain. Lorsqu'on examine le délai d'intervention du négociateur, on constate que dans six des dix incidents, un négociateur était sur place en moins de 30 minutes. Dans deux des incidents, il est arrivé immédiatement et, dans deux autres cas, son arrivée n'a pas été notée étant donné la brièveté des incidents.

Selon les rapports d'enquête, la moitié des incidents s'accompagnent de signes précurseurs : antécédents de prise d'otages, augmentation de la consommation de drogues, déstabilisation du milieu et détérioration du comportement, menaces de prise d'otages proférées ou mimées, augmentation des incidents disciplinaires, plaintes au sujet des futures victimes ou attentions inhabituellement amicales. De plus, les règlements concernant les menottes peuvent ne pas être appliqués et le personnel peut avoir peur de traiter avec des détenues craignant que ses décisions ne soient critiquées par la direction. Signalons que même dans les cas où aucun signe précurseur n'a été remarqué, on a recueilli de l'information qui peut être interprétée comme tel. Par exemple, on a " l'impression " que quelque chose est sur le point de se produire. On assiste à des altercations verbales entre le personnel et la détenue en cause ou on entend des rumeurs de prise d'otages.

Les rapports d'enquête font également état de " signes précurseurs concernant la gestion dans les établissements ". Dans huit des dix incidents, de tels signes n'ont pas été relevés, mais l'ont été dans les deux autres cas. Voici les signes précurseurs concernant la gestion de l'établissement qui ont été décelés : la détenue n'avait pas été placée dans l'unité appropriée, la victime était une détenue ayant des besoins spéciaux difficiles à combler, il était impossible d'isoler une rangée à cause de la configuration physique de l'unité et le personnel faisait preuve de plus en plus de souplesse à l'égard des procédures de sécurité dans l'espoir de prévenir les affrontements. Une fois de plus, même si, selon ces rapports, la majorité des incidents n'étaient pas précédés de signes avant-coureurs touchant la gestion de l'établissement, les éléments suivants ont été mentionnés dans les rapports et peuvent être pertinents : pénurie de personnel; absence de menottes sur place; ignorance, de la part des agents, des les niveaux de sécurité de l'auteure de la prise d'otage; absence de formation centrée sur les femmes; peur de traiter avec des détenues; menace de prise d'otages non signalée ou qui n'a pas fait l'objet d'accusations et absence d'uniformité dans les activités courantes de l'unité.

Extraits d'entrevues avec des femmes qui ont pris des otages

Nous n'avions rien... Nous avons besoin d'aide... Nous avons besoin de soutien, d'être entendues.

Je n'insisterai jamais assez sur les programmes. Il y a beaucoup de femmes en colère ici. La violence est normalisée. Je veux des programmes, c'est très important.

Si on vous traite comme un animal, il y a des chances que vous agissiez comme un animal.

Nous connaissons les conséquences, mais n'avons pas d'autre choix... Toutes les autres options ont échoué.

Les autorités ne voulaient rien faire, j'ai donc dû porter l'affaire à un autre niveau.

J'ai dû demander quelque chose parce qu'ils nous transfèrent de toute façon. Ç'aurait paru futile de ne pas le faire, donc j'ai demandé un appel téléphonique. Les demandes sont la seule façon d'obtenir des transfèrements.

Je voulais [un transfèrement], donc j'ai pris un otage.

Je voulais simplement attirer l'attention sur l'unité des femmes purgeant une peine fédérale, leur dire c'est votre produit, c'est ce que vous avez créé.

Je ne vais pas essayer de justifier les prises d'otages, mais je veux que les gens comprennent qu'il y a des raisons pour lesquelles nous faisons cela et que si ça ne change pas, IL Y AURA d'autres victimes.

Ces citations, tirées directement des entrevues menées auprès des femmes qui ont pris des otages, expriment le désespoir, la frustration, la crainte et des besoins. Quand on a demandé à la détenue qui a fait la dernière déclaration quelles étaient les " raisons " qui l'avaient poussée à agir ainsi, elle a répondu que ces incidents sont causés par les opérations de l'unité et le manque de routine, de compréhension, de programmes, de patience et de respect. Au moment des entrevues, 11 de ces femmes étaient incarcérées et huit d'entre elles ont accepté de participer à une entrevue. Leur message est transmis dans les pages suivantes.

Jours précédant l'incident

Les femmes ont été invitées à faire des commentaires généraux sur les jours précédant l'incident et sur la prise d'otages comme telle. Certaines ont décrit l'incident avec très peu d'émotion; d'autres se sont mises en colère et se sont plaintes de lacunes (p. ex., programmes, structures, appels téléphoniques, transfèrements) ou de problèmes qu'elles doivent affronter (environnement néfaste, façon dont elles sont traitées par le personnel, isolement, violation des droits, obligation de vivre avec des femmes qui se mutilent). Dans le cas des incidents planifiés, les femmes semblaient éprouver un certain malaise, du stress ou de l'appréhension avant l'incident. Elles ont aussi dit que même lorsque l'incident n était pas planifié, " ça se sentait dans l'air ". Lorsqu'on leur a demandé si elles avaient vécu une expérience difficile au cours des jours qui ont précédé l'incident, cinq des huit femmes ont répondu par l'affirmative et ont parlé de suicide (d'une détenue), de l'anniversaire de leur enfant, d'une grossesse et d'un enfant retiré du programme mère enfant 8.

8 En février 2003, le Service correctionnel du Canada a publié un bulletin d'orientation à la suite de l'enquête nationale sur la prise d'otages au Pavillon de ressourcement Okimaw Ohci. Toute décision de mettre un terme à la participation au programme mère-enfant et de retirer un enfant de l'établissement doit être suivie d'une réévaluation du risque que la mère peut présenter pour elle-même et pour les autres.

Dynamique de groupe

Comme nous l'avons mentionné, la majorité (9 sur 11) des incidents comptaient plus d'une responsable. Il est donc important de reconnaître l'impact de la dynamique de groupe et le rôle qu'elle joue. On a demandé à chaque détenue si elle était le chef de l'incident. Nous avons trouvé intéressant sans pour autant en être étonnées, de voir les femmes hésiter à admettre avoir joué ce rôle. Seulement deux ont admis fermement avoir été " chef ". En général, les femmes impliquées disent qu'elles étaient " au même niveau ", " à part égale " ou qu'elles " participaient à 50-50 ".

Un autre élément intéressant, c'est ce que pensent les femmes de la participation de plus d'une détenue à une prise d'otages. La majorité (7 sur 8) reconnaît que cela est utile. Voici leurs commentaires :

Avec autant de monde, on ne sait jamais ce qui va se produire. On ne peut pas contrôler ce que les autres vont faire.

C'est plus facile, ça semble plus amusant parce que nous sommes toutes ensemble.

Si vous pouvez convaincre plus d'une personne de faire quelque chose, cela indique qu'il y a un problème.

Plus de pouvoir.

Peut être néfaste et plus il y a de gens, plus il faudra attendre avant d'être amenées devant les tribunaux.

Le nombre donne une certaine force, mais s'il n'y a qu'un garde, cela ne cause pas de problèmes, autrement vous avez besoin d'aide.

Cela ajoute au feu de l'action, les choses sont plus chaotiques et plus dangereuses. On constate que certaines des autres femmes sont sur le point de perdre la tête.

On leur a demandé si elles étaient plus à l'aise en agissant seule ou avec d'autres. La moitié (4 sur 8) ont dit qu'elles préféraient agir avec d'autres. Deux détenues ont avoué préférer agir seules, tout en laissant entendre qu'il y a des avantages à agir avec d'autres, une a dit que cela dépendait de la situation, et une dernière a dit qu'elle agit indépendamment des autres.

Lorsqu'on leur a demandé dans quelle mesure elles avaient planifié l'incident, la majorité (6 sur 8) ont admis avoir fait une certaine planification. En général, les femmes ont dit avoir effectué peu de planification. Un seul incident a été décrit comme étant purement spontané.

Signes précurseurs

Sept détenues ont dit qu'elles sentaient des changements dans leurs comportements ou leurs activités courantes avant la prise d'otages. La réponse la plus souvent donnée par la moitié (4 sur 8), était qu'elles " se tenaient tranquilles " avant un tel incident. Dans la même veine, certaines ont dit " être repliées sur elles mêmes ", " se sentir déprimées " et " s'en foutre ". Par contre, elles ont indiqué qu'elles éprouvaient de la " colère ", le besoin de " parler davantage " et même " d'informer " les autres (de l'incident). Il n'est donc pas étonnant de voir qu'une des femmes a reconnu faire en général l'objet d'un nombre accru d'accusations disciplinaires avant un tel incident et une autre a dit qu'elle tente " de faire semblant que je ne mijote rien ". Une femme, et cela est intéressant, a dit : " C'est un cycle pour moi, dix mois, c'est ça. "

Dans l'espoir de déterminer le problème le plus fréquent perçu par les femmes, on leur a demandé ce qui aurait pu être fait pour empêcher la prise d'otages. Seulement une a dit que rien n'aurait pu être fait tandis qu'une autre a reconnu qu'" à ce moment là " rien n'aurait pu être fait, mais qu'" avant l'incident ", des mesures auraient pu être prises. Les deux réponses les plus fréquentes concernaient la nécessité d'être entendues (3 sur 8) et d'être mieux traitées par les gardes (3 sur 8). Les détenues veulent faire savoir aux gens que le milieu est malsain (suicides et automutilations) et " se rapproche de plus en plus de l'atmosphère qui régnait à la Prison des femmes ". Une détenue a toutefois souligné que " les choses sont en train de s'améliorer ". Voici d'autres commentaires entendus :

Nous avons besoin de programmes, de plus de temps avec les psychologues et de plus de temps dans la cour d'exercice.

Pas d'isolement total de plus de 24 heures.

Politiques et procédures claires et uniformes.

J'aurais pu en parler à quelqu'un, je le savais à l'avance, mais je ne voulais pas moucharder.

Communication au sujet de certaines choses [quand allons nous voir nos enfants].

Transfèrements. Il nous faut un changement d'atmosphère.

Nous avons posé des questions aux femmes sur leur état d'esprit immédiatement avant l'incident. Les réponses allaient de la colère au désespoir, en passant par la frustration, la folie, une poussée d'adrénaline, la fébrilité, la tristesse, l'inquiétude et la panique. Une détenue a déclaré prévenir le personnel quand elle va prendre un otage (à noter que cette femme est différente de celle qui a dit faire la même chose plus tôt). Quand on leur a demandé de parler du climat qui régnait dans l'établissement ou l'unité à l'approche de l'incident, la moitié (4 sur 8) a eu de la difficulté à répondre, mais l'autre moitié a répondu que l'atmosphère était morose et amère, très tendue, négative (manque de respect les unes envers les autres) et finalement assez froide. Une des femmes a clairement indiqué qu'" on ne sait jamais quand les choses vont se produire, c'est comme une jungle ici, tout peut arriver, on ne sait jamais ", et une autre a déclaré que " les prises d'otages ont lieu n'importe quand ".

La majorité des femmes (5 sur 8) ont dit qu'en général, le secteur n'est pas choisi à l'avance, c'est simplement une question pratique. Quelques unes (3 sur 8) ont cependant insisté sur l'importance des portes, plus spécifiquement, sur l'utilisation d'une salle n'ayant qu'une seule porte, " repérer les portes et prévoir son coup ", et le fait de voir des portes ouvertes comme une " occasion ". Une autre a dit que le fait d'être " dans la rangée pendant le punch 9 " constituait aussi une bonne occasion.

Quand nous avons discuté des victimes, la majorité (5 sur 8) ont dit qu'elles ne sont pas choisies à l'avance, mais qu'elles sont simplement victimes par hasard. Seules deux femmes ont dit que durant un incident en particulier, la victime (une détenue) avait été choisie à cause de ses attitudes racistes, et une autre a dit que la victime avait été choisie à l'avance, mais qu'elle ne savait pas pourquoi.

9  Le terme anglais « punch » est un terme de slang qui fait référence à une mesure de sécurité prise par des agents de correction dans le cadre de laquelle on procède à un compte informel des détenues à des périodes précises pour assurer la sécurité et du personnel et des détenues.

Motivation

Le raisonnement qui sous tend de tels gestes et qui pousse les femmes purgeant une peine de ressort fédéral à prendre un otage est de toute évidence pertinent. Dans le but d'obtenir les réponses les plus significatives, nous avons posé les mêmes questions aux détenues, mais de différentes façons. Par exemple, que vouliez vous? Quels résultats attendiez vous de la prise d'otages? Que pensiez vous en retirer? À votre avis, qu'allait il vous arriver?

Dans l'ensemble, et ce qui confirme les messages présentés plus haut, deux éléments principaux font surface lorsque que sont examinés les mobiles d'une prise d'otages. L'un concerne le milieu carcéral (programmes, isolement total, isolement préventif, etc.), la façon dont sont traitées les détenues (l'accent étant mis sur les gardes) et le désir d'être entendues (4 sur 8). Le deuxième concerne des demandes plus tangibles comme les appels téléphoniques, les cigarettes (décrites également comme des " demandes stupides ") et les transfèrements (4 sur 8). Certaines détenues (3 sur 8) ont dit avoir pris des otages pour obtenir des médicaments. Les autres éléments mentionnés comprennent, entre autres, l'attention des médias, le counseling et la réadaptation, des changements administratifs et la possibilité de voir leur enfant.

La majorité des détenues semblent être tout à fait au courant des conséquences disciplinaires que peut avoir leur geste car elles ont dit s'attendre à être placées en isolement ou être accusées. Fait intéressant, deux femmes ont dit qu'elles s'attendaient à être " battues " ou à être " maltraitées " (par le personnel).

Dans l'espoir de déterminer comment ces détenues se sentent après un tel incident, on leur a demandé de parler de ce qu'elles ont vécu une fois que tout a été fini (et on les a incitées à donner des exemples personnels ou émotifs quand elles se concentraient davantage sur les mesures disciplinaires). La moitié des (4 sur 8) ont déclaré n'avoir subi aucun changement émotif, mais deux ont admis que l'un des incidents avait effectivement eu sur elles des répercussions de portée émotionnelle, l'une disant qu'elle était devenue suicidaire et qu'elle avait commencé à se mutiler. D'autres ont répondu : être " désolée d'avoir frappé un membre du personnel ", n'avoir " aucun regret ", s'être coupée de toutes ses émotions, d'avoir éprouvé de la " colère " particulièrement pour ne pas avoir obtenu un transfèrement, d'être étiquetée comme " trouble fête " après l'incident, et d'être traitée " durement " ou " méchamment " par les gardes.

Nous leur avons posé la question suivante : " Maintenant que vous avez pris un otage, êtes vous plus ou moins susceptible de le refaire? " Les réponses ont varié :

  • La moitié des femmes (4 sur 8) ont dit qu'elles seraient moins susceptibles de prendre un otage à nouveau :
    • Cela n'a jamais été mon truc ".
    • Je ne le referais jamais ".
    • Si je le refaisais, je serais incarcérée plus longtemps et [mon enfant] vieillit ".
    • " J'aurais besoin d'une cause meilleure et plus solide. Je ne veux pas prendre le risque d'être déclarée délinquante dangereuse ou de me faire tuer ".
  • Trois ont dit qu'elles seraient plus susceptibles de refaire la même chose :
    • Cela ne se ferait que dans certaines circonstances. " Un environnement néfaste, par exemple, " on peut changer le décor, mais pas l'environnement ".
    • Dans ma situation, plus susceptible, je les ai déjà prévenus, laissez moi sortir de l'isolement, transférez-moi ".
    • La troisième femme n'a donné aucune raison.
  • La dernière femme a dit que cela dépendait :
    • Après avoir expliqué que sa situation est actuellement bonne et qu'elle ne prendrait donc pas d'autres otages, elle a aussi dit " cela dépend ", le fait d'être détenue la rendrait " pas gentille ".

Perception des auteures de prises d'otages

Dans le but de mieux comprendre la réflexion des femmes sur la peur, les torts psychologiques ou physiques infligés durant une prise d'otages, plusieurs questions cherchaient à évaluer leur perception. Naturellement, pour celles qui ont été impliquées dans plus d'une prise d'otages, les réponses ont varié selon l'incident, mais lorsque cela était possible, on leur a demandé de faire des commentaires généraux.

Lorsqu'on leur a demandé de parler des répercussions de l'incident en tant que tel, il a semblé qu'à moins qu'il ne se soit soldé par de graves blessures physiques, les détenues étaient portées à minimiser les conséquences qu'une prise d'otages peut avoir sur les victimes. Seules quelques unes (3 sur 8) ont fait part de leurs réflexions sur la victime de façon à montrer qu'elles comprenaient toutes les conséquences. Plus précisément, elles ont utilisé les mots suivants dans leurs descriptions : " traumatisée ", " terrifiée ", " blessée physiquement ", " perturbée mentalement ", " flashbacks ", " dommages à long terme ", " j'imagine ". Fait intéressant, la moitié des femmes (4 sur 8) ont paru ambivalentes au sujet des conséquences. Par contre, seulement une femme, même si elle reconnaissait l'impact sur les victimes - " j'ai vu l'expression sur leur visage " - semblait remettre en question la légitimité des prétentions des victimes en disant que les victimes " en remettent"... ", " elles exagèrent ", " elles obtiennent une indemnisation " et " elles se posent en victimes, en chialant ".

Soulignons que les incidents ne comportaient pas tous des dommages physiques à la victime. Cependant, lorsque cela nous a paru approprié, et lorsque nous leur avons demandé de déterminer le niveau de tort physique infligé, les femmes ont semblé être assez informées. Elles ont réussi à se souvenir précisément de ce qu'elles avaient fait à la victime. Dans un cas, la détenue a dit que c'était nécessaire " pour être prise au sérieux ". Quand on considère la peur provoquée (non seulement chez la victime, mais aussi chez le personnel en poste au moment de l'incident et chez les autres détenues), il n'est pas étonnant que toutes les femmes sauf une (7 sur 8) aient dit que la peur qu'elles provoquent est assez grande.

Les femmes ont abordé la question des torts psychologiques de la même façon qu'elles ont abordé celle des répercussions en général. C'est à dire que la moitié (4 sur 8) semblait reconnaître avoir infligé des torts psychologiques tandis que l'autre moitié semblait en être inconsciente. Cela se reflète dans les commentaires suivants : " elles vont toujours s'en souvenir, tout comme un traumatisme qu'endure un enfant, elles ne l'oublieront jamais " et " sans compter les effets à long terme qu'on ne découvre jamais "; d'autres ont fait les commentaires suivants : " en cour, elles font semblant d'avoir des troubles psychologiques ", et " personne n'a subi de dommages psychologiques ".

Le comité consultatif créé pour le présent projet a insisté sur l'importance de déterminer si le simple fait de savoir que d'autres prises d'otages avaient déjà eu lieu avait augmenté la probabilité qu'une femme décide d'en faire autant. La majorité des femmes (5 sur 8) étaient au courant d'autres prises d'otages qui s'étaient produites avant l'incident auquel elles avaient participé, mais seulement deux ont dit que cela avait influencé leur décision. Voici certains commentaires de celles qui ont dit qu'elles ne seraient pas influencées par les prises d'otages antérieures : " je ne me laisse pas facilement influencer ", " en prison, il faut suivre le courant " et " ça dépend du type de personne... quand on est en dedans depuis assez longtemps, et qu'on doit composer avec toute cette m___e, on le fait parce qu'on y croit, pas parce qu'on nous dit de le faire ".

Afin de déterminer si le fait de vivre une situation semblable influencerait les perceptions des femmes, les chercheurs leur ont demandé si elles avaient déjà été prises en otage ou avaient vécu une situation semblable. Six des femmes ont dit que ce n'était pas leur cas et deux ont répondu par l'affirmative. Une a décrit une " invasion chez elle " lorsqu'elle était " dehors ", continuant d'expliquer qu'elle " comprend toutes les émotions que vivent les gens, je comprends la peur ". L'autre a dit qu'elle avait été " otage d'une relation qui a duré des [durée non précisée] années ". Cela ne semble cependant pas avoir eu un impact systématique sur les réponses données dans le reste de l'entrevue.

Processus de résolution et de négociation

Deux questions portaient sur le processus de résolution et de négociation, la première sur les préférences des femmes à propos des négociateurs. La réponse la plus surprenante a été l'importance de la " confiance " mentionnée par sept des huit femmes qui ont dit que c'était une caractéristique essentielle du processus de négociation. La majorité des détenues (5 sur 8) ont dit préférer ne pas faire affaire avec un psychologue. Quelques unes (3 sur 8) ont dit que durant la négociation, elles préfèrent traiter avec la personne " responsable ", et certaines (2 sur 8) ont parlé de l'importance du respect dans ce processus. Pour ce qui est du sexe de la personne qui négocie, la majorité des femmes (5 sur 8) ont dit que c'est sans importance pour elles, mais deux ont indiqué qu'elles préfèrent traiter avec des femmes (" plus facile de parler avec elles " et " les hommes essaient de vous dominer "). Seulement une détenue a dit préférer traiter avec un homme parce que les hommes " vous laissent tranquilles ".

Préfèrent elles connaître la personne qui négocie? Ici, les réponses ont varié :

  • Trois ont dit préférer traiter avec quelqu'un qu'elles ne connaissent pas, peut être quelqu'un de l'extérieur de l'établissement.
  • Deux préfèrent traiter avec des personnes de leur connaissance.
  • Deux préfèrent quelqu'un qui occupe un poste d'autorité.
  • Une a dit que cela n'avait vraiment pas d'importance.

Parmi d'autres éléments de réflexion concernant les négociateurs, mentionnons l'importance d'une personne " aimable et compréhensive ", " quelqu'un qui travaille pour les détenues " (Société Elizabeth Fry, par exemple) et la présence des " médias " parce qu'" avec le SCC, les enregistrements finissent par se perdre, il y a toujours du temps d'enregistrement qui manque".

On a demandé aux femmes ce qui aurait pu être fait pour résoudre l'incident plus rapidement, mais leurs réponses sont très peu éclairantes, mis à part le fait qu'elles préfèrent, elles aussi, que les incidents soient réglés le plus rapidement possible. Certaines (3 sur 8) ont simplement dit qu'il faut " leur donner ce qu'elles veulent ". Une a suggéré de faire des concessions plus rapidement, " appels téléphoniques et cigarettes, par exemple " et une autre a dit qu'il fallait suivre l'échéancier déterminé par l'auteure de la prise d'otages ou le négociateur. En outre, elles ont dit vouloir être prises davantage " au sérieux " et trouver " un moyen terme " avec le négociateur. Une détenue a effectivement répondu que " le négociateur et le personnel du SCC peuvent empêcher que les otages ne soient blessés ". Ce commentaire concernait les délais et la durée des incidents.

L'entrevue s'est terminée en donnant aux femmes la possibilité d'envisager comment elles pouvaient faire face à des situations semblables à l'avenir. Voici un résumé de leurs réflexions :

Je me retirerais, tout simplement.

Je ne sais pas... pas en prenant un otage... mais je m'assurerais de foutre le bordel.

J'irais m'enfermer dans ma cellule. Je ne veux pas participer à cela.

Je ne sais pas. Le mois dernier, j'ai vécu une situation semblable... je ne voulais pas paniquer ou rien, j'ai simplement pleuré.

J'ai plus à perdre maintenant... Je ne veux pas risquer d'être étiquetée délinquante dangereuse... J'occupe mon temps et mon esprit... J'ai besoin de routine... sans elle, c'est chaotique et c'est de la m___e.

Je vais essayer de parler, mais je ne sais pas si on va m'écouter. Je ne vois pas de solutions de rechange. Donnez moi une chance dans la population générale. Je vais prendre quelqu'un en otage, je peux donc me faire tuer.

Je ne sais pas... je suis tellement désespérée, il n'y a pas de choix... peut être aider la victime à être moins blessée. Maintenant, je communique mieux et je réfléchis mieux. Je ne m'impliquerai pas physiquement.

La majorité des femmes (5 sur 8) estiment qu'au moment de la prise d'otages, il n'y avait aucun autre moyen de régler leur problème. Une a dit qu'il y avait probablement une autre solution, mais ne pouvait tout simplement pas la donner. Deux ont dit qu'il aurait pu y avoir une autre solution, mais une a laissé entendre que la solution doit venir du SCC (p. ex., autoriser plus d'appels téléphoniques) alors que l'autre a simplement dit : " il y a toujours un moyen ".

Quand on leur a demandé une dernière réflexion ou si quelque chose n'avait pas été dit, trois femmes ont dit ceci :

Pour moi, c'est la façon dont les femmes sont traitées.

Depuis deux ans, les femmes autochtones ont effectué beaucoup de prises d'otages. Seulement une femme blanche l'a fait. Il y a au SCC des problèmes sous-jacents de racisme. Les Autochtones ont l'impression d'être méprisées. La couleur de la peau, vous êtes stupides, vous êtes des alcooliques. Le racisme est un facteur qui contribue au ressentiment qu'elles ont à l'égard du SCC dans son ensemble. Je vois des différences dans le traitement des femmes blanches et des femmes autochtones. Pas tous les membres du personnel, mais certains d'entre eux. Les Blanches sont probablement traitées différemment.

Écoutez ce qu'ont à dire les détenues en isolement... essayez de faire quelque chose pour améliorer la vie ici. Il n'y a pas de programmes, c'est toujours des trucs individuels. Je ne prendrais pas des conseillers du comportement , des psychologues ou des aînés en otage, mais si c'est un garde, très bien. Je ne vais pas frapper les gens qui sont ici pour m'aider. Les gardes sont simplement ici pour faire leur travail, ils sont notre cible préférée.

La dynamique de groupe, les signes précurseurs de l'incident, la motivation, la perception des auteures de prises d'otages et le processus de résolution et de négociation étant été examinés, nous mettrons l'accent, dans les pages qui suivent, sur le personnel ainsi que sur leurs commentaires et perceptions dans les mêmes domaines clés.

Extraits d'entrevues avec des membres du personnel mêlés à des prises d'otages

J'avais froid dans le dos... quelque chose n'allait pas comme d'habitude... quand vous travaillez avec ces délinquantes, après [plusieurs] années, on les devine, c'est dans les tripes, on le sait.

Votre dignité et votre intégrité en tant que personne n'existent tout simplement plus parce que, à un moment donné, quelqu'un a eu le contrôle sur votre vie et que vous la suppliez... les conséquences sont extrêmement graves.

Quand elle [la victime] a finalement été relâchée, j'ai été la première infirmière à la rencontrer et vous auriez dû voir l'horreur qui se lisait sur son visage, je ne pense pas que j'oublierai ça un jour.

C'est une menace constante... c'est difficile pour le personnel de composer avec cela, les détenues qui vous attaquent violemment devraient être retirées de l'établissement.

Mon monde n'est pas un monde sûr... parfois, les victimes parlent de l'incident et les larmes me montent aux yeux. Je pleure encore et je me demande si je serai un jour victime ou si je pourrais l'être.

Tant que le comportement d'une personne qui en prend une autre en otage n'est pas maîtrisé, cela représente un risque pour tout le monde.

C'est une situation très imprévisible et fort explosive... elles pourraient nous tuer sans remords.

Ça ne s'arrête jamais, il est impossible d'effacer ces femmes de votre vie, impossible.

Ces citations, tirées directement des entrevues menées auprès du personnel qui travaille quotidiennement avec les auteures de prises d'otages, traduisent un sentiment de désespoir, de frustration, de peur et des besoins, semblables aux sentiments dont les femmes ont fait état. Vingt six membres du personnel ont accepté de donner leur opinion sur des incidents relatifs à une prise d'otages. Presque la moitié (12 sur 26) ont été mêlés directement à une ou plusieurs prises d'otages et ce, à divers titres : victimes, personnel sur place, négociateurs, auteurs de profils, préposés à la caméra, infirmières, gestionnaires d'unité, ou ont accompagné la victime prise en otage. Les autres n'ont peut être pas joué un rôle direct dans l'incident comme tel, mais travaillaient près de là à ce moment là, ils ont quitté leur quart de travail tout juste avant que cela n'arrive ou prenaient leur quart tout juste après la fin de l'incident. Fait important à signaler, sept membres du personnel n'ont donné que de la rétroaction générale au lieu de participer à une entrevue détaillée10 ; par contre, les énoncés qui semblent laisser croire à un taux de réponse faible sont en fait un résultat direct de cela. On trouvera le message de ces personnes dans les pages suivantes.

10 Ces sept membres du personnel travaillent dans un établissement où aucune prise d'otages n'a eu lieu à ce jour; cependant, ils ont eu l'occasion de travailler directement avec nombre d'auteures de tels incidents. Leur enthousiasme à participer à l'étude et les connaissances qu'ils souhaitaient partager ont été considérés comme des éléments essentiels à ajouter au rapport.

La journée de l'incident

On a demandé aux employés de comparer le jour de l'incident aux " autres jours " et à dire s'ils sentaient qu'il y avait quelque chose de différent le jour de la prise d'otages. Plus de la moitié (14 sur 26) ont dit qu'ils ne pouvaient réellement pas faire de commentaires sur la question, certains (7 sur 26) ont dit que rien n'était différent tandis que d'autres (5 sur 26) ont dit que quelque chose paraissait différent. " On avait l'impression que quelque chose n'allait pas ", " les détenues étaient plus agitées ", " avec l'une d'elles, on le sait quand quelque chose se prépare ", " en rétrospective, oui, la délinquante avait abandonné tous ses plans " et " elles étaient vraiment trop confiantes, très polies, elles avaient réussi à recouvrer la confiance du personnel ". Il n'est donc pas étonnant que la perception après le fait semble être essentielle car durant toutes les entrevues, les membres du personnel ont souvent fait référence au fait " qu'après coup, c'est toujours plus facile de prévoir ce qui allait se passer ".

Dynamique de groupe

Le personnel a admis que la majorité des incidents impliquaient plus d'une responsable, et ont tous reconnu l'impact de ce facteur sur l'incident. La moitié (13 sur 26) ont indiqué que la " force du nombre " rend les choses plus sérieuses, que les femmes s'encouragent les unes les autres et que " toute la situation s'enflamme, ce qui rend l'incident dix fois plus grave ". Certains (8 sur 26) ont parlé de l'impact que les auteures multiples ont sur le processus de négociation, en disant que d'arriver à calmer une femme ne garantit pas que cela se répercutera sur les autres, et qu'il est en retour difficile de " faire en sorte que les règles du jeu soient rationnelles ". Les auteures multiples obligent également le négociateur à déterminer qui est le " chef de file ".

D'autres commentaires concernant la dynamique de groupe font référence à la " lutte de pouvoir " qui peut survenir parmi ces femmes. C'est à dire la nécessité, pour le négociateur, de convaincre plus d'une personne de prendre une décision, la crainte de ne pas savoir ce que l'auteure (que l'on ne voit pas) est en train de faire, et l'" intimidation " qui coïncide souvent avec le " pouvoir " d'un groupe.

Signes précurseurs

Les membres du personnel ont été invités à examiner comment des événements importants dans la vie d'une femme peuvent l'amener à prendre quelqu'un en otage. Presque la moitié (12 sur 26) estimaient ne pas être en mesure de bien répondre à la question, n'étant pas certains de l'impact que de tels événements peuvent avoir ou estimaient que cela dépendait de la femme en question. Plusieurs (8 sur 26) croyaient cependant que des situations difficiles de la vie ont effectivement un impact sur la possibilité d'une prise d'otages. Il peut s'agir d'un décès dans la famille, du fait de ne pas vouloir obtenir une libération conditionnelle, de la perte d'un enfant ou d'un anniversaire dans la famille. Signalons que ces mêmes membres du personnel ont mis en relief l'importance des différences individuelles, le fait d'être conscient des " cycles " que traversent ces femmes, des piètres compétences d'adaptation, la nécessité d'une gratification immédiate et enfin, une " combinaison d'événements de la vie ". D'autres (6 sur 26) ont soutenu que les événements importants de la vie ne devraient pas être considérées comme un facteur qui contribue aux prises d'otages. Ce groupe d'employés a dit que " le fait de ne pas obtenir la permission de faire un appel téléphonique est un événement majeur " pour ces femmes et que " majeur pour elles, c'est en réalité pas grand-chose ". Leur message était qu'en général, ce sont là des femmes qui n'ont pas besoin d'un événement majeur dans leur vie pour faire une prise d'otages, elles sont simplement " un mauvais groupe de filles, c'est un jeu pour elles ".

Les changements de comportement avant ou pendant l'incident sont de toute évidence pertinents quand on regarde les signes précurseurs. Lorsqu'on leur a demandé si le comportement des femmes avait changé avant l'incident, 10 employés sur 26 ont dit avoir été témoins de changements de comportement, certains insistant pour dire que le personnel devrait se méfier de " tout changement " de comportement ou de " tout ce qui sort de l'ordinaire ". D'autres ont donné des exemples précis : " un certain détachement... un je m'en foutisme ", " un plus grand respect des règles ", " le fait d'être réintégrée dans la population générale... trop, trop vite ", " agitation ", " violence verbale ", " plus d'arrogance ", " recherche d'attention ", " moins d'implication " " le fait d'arpenter sa cellule "et, simplement, tout changement " dans leurs actions, certaines sont extraverties, d'autres pas ". Comme il a été mentionné, si l'on est témoin d'un changement de comportement avant un incident, cela dépend de la femme concernée. Un membre du personnel a notamment dit ceci : " En rétrospective, oui... on voyait qu'elles planifiaient quelque chose parce qu'elles répétaient leur numéro ". Cette déclaration a été appuyée par d'autres qui ont parlé de " répétition ", de femmes qui posaient des questions au sujet des portes et de discussions entre les femmes à propos de prises d'otages. D'autres employés (8 sur 26) ont cependant estimé qu'il n'y avait aucun changement de comportement, les événements étaient purement " spontanés ". Fait à signaler, seul un incident a été noté par les femmes comme étant purement spontané.

Le personnel a également fait des commentaires sur l'atmosphère qui régnait pendant la période entourant l'incident. Plusieurs (9 sur 26) croient qu'il n'y avait rien de différent dans l'air avant l'incident, tandis qu'un peu moins (7 sur 26) croient qu'il y a eu des changements. Le seul exemple concret était une augmentation du nombre d'incidents dans l'établissement. D'autres exemples vagues portaient sur la tension qui s'est installée à la suite de menaces proférées par des femmes qui avaient pris des otages dans le passé, " quelque chose qui n'allait pas ", " l'atmosphère change, on peut le sentir ", et l'agitation provoquée par l'isolement cellulaire des détenues. Plusieurs (10 sur 26) n'estimaient pas être en mesure de répondre à cette question, n'étant pas de ceux qui étaient en poste avant l'incident.

Dans le but d'obtenir plus d'information sur les signes avant-coureurs, les membres du personnel ont été invités à dire si, à leur avis, l'incident aurait pu être évité. Fait intéressant, environ la moitié (12 sur 26) ont répondu par l'affirmative et ont fait les commentaires suivants :

Nous avons prévenu la direction que quelque chose allait se produire... nous avions des avertissements... la direction n'a pas vu cela comme une menace.

Des renseignements ont été donnés au sujet de la prise d'otages, mais ou bien ils n'ont pas été pris au sérieux, ou bien on n'en a pas tenu compte.

Si les filles avaient été transférées après la menace de prise d'otages... les femmes ne sont pas suffisamment prises au sérieux.

Absolument… gardez les enfermées dans leur cellule. Si l'employé avait... [action de l'employé omise], cela ne se serait jamais produit. Je pense que c'est à nous de réintégrer ces filles... vous savez quoi, ça va pas se produire.

Ralentissons le processus de réintégration, parlons plus aux détenues et essayons d'avoir une idée de leur part si la réintégration de l'isolement à la population générale se fait à un bon rythme.

Je crois fermement que si vous enlevez un enfant à sa mère, elle va réagir... elle n'a pas été placée sous observation même si nous avons un endroit pour ça.

Augmenter le personnel et resserrer les mesures de sécurité.

…si on avait eu quelque chose pour les occuper dans leurs temps libres.

Il faut isoler les détenues les unes des autres parce qu'on peut dire qui est la manipulatrice ou le chef de la rangée.

En reconnaissant qui est qui et où elles sont.

Le personnel devrait établir plus de contacts et poser plus de questions.

Motivation

Diverses explications ont été proposées lorsque le personnel a parlé de ce qu'il considérait comme les principaux mobiles d'une prise d'otages. Les raisons les plus souvent invoquées sont, entre autres, la nourriture, les appels téléphoniques et les drogues (10 sur 26) ainsi que le contrôle et le pouvoir (7 sur 26). En termes simples, " c'est une question de pouvoir... parce qu'elle [l'auteure] à ce moment là, exerce un pouvoir total et complet sur le négociateur, l'otage, l'équipe du pénitencier d'intervention en cas d'urgence (EPIU), le directeur et l'équipe de crise, l'administration régionale et son équipe de crise, l'administration nationale et son équipe de crise... c'est quand même pas mal d'impact pour une seule fille ". Fait intéressant à signaler, ceux qui ont mentionné le contrôle et le pouvoir comme principaux mobiles ont également indiqué que la nourriture, les appels téléphoniques et les drogues étaient simplement des facteurs secondaires. Cela se reflète dans les commentaires suivants : " la pizza et les appels téléphoniques ne sont que l'expression de ce [contrôle et pouvoir] " et " l'otage leur donne [aux auteures de prises d'otages] beaucoup de pouvoir… Je pense que les petites choses [alimentation et appels téléphoniques] ne font que s'ensuivre ". Parmi les autres motivations données par le personnel, mentionnons : les " transfèrements " (4 sur 26), le désir d'être entendue ou consolée (4 sur 26), le " statut " (4 sur 26), le besoin d'" attention " (4 sur 26), les " problèmes non réglés " (2 sur 26), " l'ennui " (2 sur 26), le besoin d'une " poussée d'adrénaline " (2 sur 26), la " colère " (1 sur 26) et finalement, l'évitement de la libération conditionnelle (1 sur 26).

Perception du personnel

Tout comme les détenues, les membres du personnel ont été invités à faire des commentaires sur le niveau de dommages physiques et psychologiques infligés et sur la crainte éprouvée durant une prise d'otages. On leur a en outre demandé d'expliquer les répercussions qu'à leur avis cette prise d'otages a eues sur eux mêmes et sur les victimes. Il ne fait aucun doute que la majorité des employés reconnaissent les graves conséquences qu'un tel acte a pour la victime. Certaines descriptions étaient semblables car beaucoup avaient travaillé ou travaillent actuellement avec des victimes de prises d'otages. Notamment, trois des répondants s'étaient déjà retrouvés eux mêmes dans la position de victime (otage). Les expressions utilisées pour décrire les impressions du personnel dans son ensemble sont les suivantes : " ne jamais retourner au travail ", " souffre encore des effets ", " a besoins régulièrement de services psychologiques ", " perte de confiance ", " colère ", " répercussions graves", " ébranlé ", " fait des cauchemars " et " dommages graves et durables sur le plan psychologique ".

Lorsqu'ils ont fait des commentaires sur la peur et les troubles psychologiques qui, à leur avis, découlent d'une prise d'otages et des torts physiques subis durant un tel incident, on a constaté que le personnel estime que le degré d'implication directe dans l'incident est un facteur clé pour déterminer sa perception.

Après avoir obtenu les commentaires des membres du personnel sur leur perception des répercussions sur la victime, on leur a demandé de parler des répercussions qu'ils ont subies, eux, personnellement. Les réponses les plus fréquentes semblaient également réparties en trois groupes : aucune répercussion, profondément effrayé et événement qui a ouvert les yeux parce qu'on a réalisé que l'on aurait pu facilement se retrouver à la place de la victime. La colère, la surprise et la perte de confiance ont également été mentionnées.

Ceux qui ont dit que l'incident n'avait eu aucun impact sur eux ont fait les commentaires suivants :

C'est mon travail, c'est ce que je fais, je suis membre de l'EPIU.

Peut être parce que je n'étais pas directement impliqué.

Je suis bien préparé, j'ai vécu beaucoup de choses.

C'est une chose pour laquelle j'ai été formé, donc je ne me laisse pas toucher émotivement... peut être qu'inconsciemment, ça pourra m'affecter un jour.

[Il fut un temps où] on nous encourageait à entretenir cette mentalité de survivant, on le fait très peu maintenant, on n'encourage pas les gens à être forts, on met l'accent sur le rôle du faible.

Par contre, ceux qui ont déclaré avoir été profondément effrayés ont dit ceci :

Je me souviens de ma première journée de retour au travail, j'avais tellement peur, je ne savais pas dans quoi je m'embarquais.

Vous avez l'impression de devoir mettre une façade pour leur dire que cela ne vous touche pas parce que c'est votre travail... et vous avez peur, vous prenez des médicaments, juste pour vous lever et pour dormir la nuit... on a tellement peur.

Mon monde n'est pas sûr... parfois, quand les victimes parlent de l'incident, les larmes me montent aux yeux, je pleure encore et je me demande si je serai un jour une victime ou si je pourrais l'être.

Afin d'avoir leur point de vue sur la gestion du stress à la suite d'un incident critique (GSIC)11 , les membres du personnel ont été invités à dire si, à leur avis, ce système était utile. La majorité (19 sur 26) estimaient que le GSIC était utile et ont fait les commentaires suivants : " c'est essentiel " et " cela fonctionne vraiment bien ". Ils ont décrit certains avantages du GSIC en ces termes : donne la possibilité de " ventiler " (c. à d. " ... donne aux gens la chance d'exprimer leurs préoccupations... c'est difficile de revenir à la maison retrouver des membres de sa famille quand ils ne comprennent pas "), on est capable de comprendre les réactions (c. à d. " connaître la réaction normale à une situation anormale est important ") et voir que l'on a un système de soutien. Seulement quelques uns (3 sur 26) ont dit qu'ils n'estimaient pas le GSIC utile, soutenant que ceux qui sont directement mêlés à une prise d'otages étaient les derniers à être pressentis ou informés ou qu'on ne le leur a jamais offert12 . D'autres (4 sur 26) n'estimaient pas pouvoir faire de commentaires sur cette question, ayant peu d'expérience du processus. Soulignons que l'une de ces personnes a dit : " Je pense qu'il est vraiment avantageux pour le personnel qui éprouve de la difficulté dans sa vie, mais pas pour moi, je préférerais m'adresser à une personne indépendante plutôt qu'à quelqu'un de l'établissement ".

11 Le GSIC est un service offert au personnel dans le cadre du Programme d'aide aux employés.

12 Soulignons que cette réaction peut être basée sur les expériences du passé à l'égard des populations masculines et féminines et pourrait ne pas refléter directement la situation telle qu'elle est aujourd'hui.

Processus de résolution et de négociation

Tant les détenues que le personnel ont eu la possibilité de s'exprimer sur le processus de résolution et de négociation. On a demandé aux membres du personnel si, à leur avis, les caractéristiques du négociateur pouvaient avoir un impact sur le processus de négociation. Environ la moitié (12 sur 26) ont dit que de telles caractéristiques ont effectivement un impact. Beaucoup (8 sur 26) ont soutenu que cela dépend des rapports qui s'établissent et des caractéristiques individuelles de l'auteure de la prise d'otages, tout en soulignant qu'avec les femmes, il est important de déterminer si l'automutilation ou le risque de suicide est un facteur ou s'il s'agit d'une prise d'otages typique. Un seul estimait que les caractéristiques du négociateur ne jouent aucun rôle dans le processus de négociation, indiquant : " Je ne pense pas que cela ait de l'importance, elles sont tellement concentrées sur ce qu'elles sont en train de faire qu'elles sont pratiquement séparées de la réalité ". Malheureusement, certains (5 sur 26) n'ont pas répondu à cette question.

À l'instar des femmes, les membres du personnel ont également cité la confiance comme facteur important du processus de négociation. De plus, comme il a été mentionné plus haut, les liens qui s'établissent ont été décrits comme importants pour trouver une solution au problème. D'autres ont souligné l'importance d'une approche ferme mais équitable, un sentiment d'empathie, l'établissement d'un niveau de confort, la formation et les compétences d'écoute active. Enfin, les déclarations suivantes mettent l'accent sur l'importance de connaître la population avec laquelle on traite, " quelqu'un qui sait comment parler aux détenues " et " ... il faut quelqu'un qui sache comment traiter avec les détenues, c'est très différent que de traiter avec les hommes ".

Lorsqu'on leur a demandé si la négociation devait être confiée à un homme ou à une femme, plusieurs (8 sur 26) ont exprimé de fortes préférences. La moitié (4 sur 8) estimaient que les hommes devraient négocier avec les femmes, indiquant que celles ci ont plus de respect pour les hommes, et semblaient tirer la conclusion générale que " les agents masculins travaillent mieux avec les détenues, tandis que les agentes travaillent mieux avec les détenus ". Certains (2 sur 8) étaient d'avis que les femmes devraient négocier avec les femmes, soutenant que les négociatrices sont capables " ... de repérer les besoins individuels ou de s'y identifier, de comprendre les causes des problèmes " et " ... de communiquer avec d'autres femmes, les femmes peuvent examiner la situation à un niveau plus émotif, ce qui est probablement la cause du problème ". Enfin, selon d'autres (2 sur 8), une " équipe de négociation " formée d'un homme et d'une femme pourrait être la meilleure solution, ce qui offrirait alors un " bon équilibre ".

Les autres membres du personnel n'ont pas indiqué de préférence marquée à ce sujet, mais estimaient plutôt que cela dépendait vraiment de l'incident et de la personne en cause. Beaucoup ont dit que c'était vraiment une situation où il fallait faire appel à son jugement, dans laquelle la formation, les antécédents et l'expérience jouent un rôle majeur. En outre, l'importance de bien connaître les femmes a été soulevée de même que celle de la relation établie entre l'instigatrice de la prise d'otages et la personne qui négocie. Plus précisément, le respect, le timbre de voix et la patience ont été cités comme de bonnes caractéristiques à prendre en considération.

D'autres opinions ont été exprimées sur les caractéristiques du négociateur considérées comme étant les plus efficaces avec les femmes. Plus précisément, certains employés (7 sur 26) estimaient que le négociateur devrait être une personne que la femme connaît. Cependant, dans ces circonstances, il doit y avoir un niveau de confiance, du respect, et la capacité d'établir un lien et de " comprendre la délinquante ". De même, les membres du personnel signalent qu'il " est bien de négocier et d'informer le directeur de l'établissement que "c'est ce qu'elle dit", mais si on connaît la délinquante, on peut retourner et dire "c'est ce qu'elle dit, mais c'est ce qu'elle veut dire" ". En outre, selon un employé, le recours à un négociateur de l'unité risque d'avoir moins d'impact que le recours à un négociateur de l'extérieur. Cet employé a précisé : " ... si l'on pense que l'on doit utiliser des négociateurs aguerris, il faut vraiment faire appel à son jugement, ça ne peut pas être n'importe qui, il faut voir ce qui fonctionnera le mieux ". Enfin, un autre a dit ceci : " J'ai entendu dire que les psychologues estiment qu'ils devraient être négociateurs... mais je ne crois pas... La plupart de ces délinquantes ont déjà traité avec des psychologues, le seul fait de penser que les psychologues essaient d'entrer dans leur tête... qu'ils essaient de les piéger ".

Dans le but de mieux comprendre le processus de résolution, le personnel a été invité à dire si, à son avis, on aurait pu faire quelque chose pour mettre plus rapidement fin à l'incident. Beaucoup (9 sur 26) estimaient que rien n'aurait pu être fait. Le message qui ressort est qu'il faut un certain temps afin de " les épuiser ", " résoudre l'incident plus vite aurait probablement causé plus de dégâts " et accélérer les choses ne peut être fait " sans risquer que la victime n'en souffre ". Un nombre égal (9 sur 26) ont dit qu'ils ne savaient vraiment pas comment on aurait pu y mettre plus rapidement fin. Certains (4 sur 26) estimaient que quelque chose aurait pu être fait, mais ont aussi reconnu le rôle essentiel que le " processus d'épuisement " joue dans la négociation. En outre, il est apparu difficile pour eux d'isoler une seule action qui aurait pu être faite. Cependant, chacun a exprimé le désir de régler l'incident plus rapidement et semblait s'opposer au " processus actuel d'épuisement "; par exemple, " si je suis otage, vous avez intérêt à venir ici et à me libérer, j'aime encore mieux recevoir quelques coups que d'être traumatisé pendant 20 heures ". Les autres membres du personnel (4 sur 26) n'ont pas répondu à la question.

Comme il a été mentionné plus haut, dans une prise d'otages, les femmes sont plus susceptibles d'agir en groupe que seules. Les membres du personnel ont donc eu la possibilité de dire si, à leur avis, la négociation avec un groupe devrait être différente de la négociation avec une seule personne. La moitié (13 sur 26) estimaient que les négociateurs devraient traiter différemment avec un groupe, reconnaissant que cela est plus difficile, plus exigeant et que cela nécessite plus de compétences. Le défi de traiter avec des femmes qui " s'encouragent les unes les autres " a été soulevé et un membre du personnel a résumé la situation en ces termes : " ... il faut trouver la dynamique, qui est la responsable, qui sont celles qui suivent, ce qu'elles me disent, ce qu'elles veulent vraiment... Les femmes ont en général tendance à être beaucoup plus expressives sur le plan affectif que les hommes... Ces accès d'émotion sous forme de prise d'otages en sont l'expression ". Certains (4 sur 26) estimaient qu'il fallait négocier avec les individus et les groupes de la même façon, en soutenant que dans la plupart des cas " un chef émergera ". Les autres (9 sur 26) ne savaient pas (4 sur 26), n'ont donné aucune réponse (4 sur 26), ou estimaient que les techniques de négociation requises dépendaient de l'incident (1 sur 26).

ANALYSE

Une revue de la documentation révèle que les prises d'otages menées par des femmes ont rarement fait l'objet d'études. Le manque de connaissances sur le sujet ainsi que le fait avéré que les femmes sont proportionnellement plus impliquées dans les prises d'otages que leurs homologues masculins montrent que des recherches doivent être effectuées dans ce domaine. Les entrevues menées avec le personnel et les détenues ont porté sur divers points, dont les signes précurseurs, la dynamique de groupe, les motivations, la perception des dommages et les méthodes de négociation ou de résolution utilisées.

Sommaire des constatations

Signes précurseurs

L'étude de nombreuses prises d'otages confirme l'évidence de signes avant-coureurs, tels des antécédents de prises d'otages, l'augmentation d'activités liées à la drogue ou d'incidents dans l'établissement, le comportement violent et les amitiés inhabituelles avec la victime. La majorité des détenues ont indiqué que la prise d'otages était précédée d'une planification et que les comportements pouvaient se modifier avant l'incident. Soulignons qu'une seule a déclaré que rien n'aurait pu être fait pour prévenir la prise d'otages. L'impression générale est que les détenues veulent faire savoir que le milieu carcéral est malsain.

Bien que les propos recueillis auprès des détenues donnent un bon aperçu des prises d'otages, une compréhension complète de ces incidents exige de les mettre en contexte et d'y inclure les points de vue du personnel. La majorité des membres du personnel interviewés ont semblé connaître le rôle que jouent les événements importants de la vie dans une prise d'otages. En outre, le personnel a mentionné la nécessité d'être attentif à tout changement survenant dans le comportement des détenues. Finalement, comme pour les détenues, environ la moitié du personnel interrogé estime qu'il aurait été possible de prévenir les prises d'otages.

Dynamique de groupe

Il ne fait aucun doute que les détenues sont plus susceptibles de procéder à des prises d'otages avec d'autres que d'agir seules. De plus, les femmes choisissent plus souvent de barricader les lieux. Autant le personnel que les détenues semblent reconnaître l'intérêt d'avoir plus d'une auteure de prise d'otages; tous mentionnent la " force du nombre " et disent que le nombre " rend les choses plus faciles ".

Motivations

Dans toutes les études sur les prises d'otages, les mobiles de l'acte revêtent une grande importance. À ce sujet, deux éléments principaux ressortent des opinions émises par les détenues. Le premier concerne le milieu carcéral, la façon dont sont traitées les détenues et le désir de se faire entendre. Le second touche des éléments plus concrets, comme les appels téléphoniques, les cigarettes et les transfèrements.

Le personnel a fourni diverses explications quant aux mobiles d'une prise d'otages. La nourriture, les appels téléphoniques, les drogues, la surveillance et le pouvoir ont été les raisons les plus fréquemment invoquées. Toutefois, il est intéressant de constater que ceux qui considèrent la lutte pour le pouvoir comme le mobile principal ont dit que la nourriture, les appels téléphoniques et les drogues constituent des facteurs très secondaires.

Perception des dommages

Dans l'ensemble, il est apparu que, à moins de graves blessures physiques, les détenues semblaient sous estimer les effets généraux des prises d'otages sur les victimes. Toutefois, si ces dernières avaient subi des torts physiques, les détenues semblaient plutôt informées et capables de se rappeler précisément ce qu'elles leur avaient fait. Toutes, sauf une, ont avoué que la peur qu'elles avaient provoquée était passablement grande. Alors que la moitié des détenues ont reconnu avoir causé d'importants dommages psychologiques, les autres n'en avaient pas conscience.

De façon prévisible, le personnel a reconnu les conséquences énormes qu'ont les prises d'otages pour les victimes, mais il signale que le degré d'implication directe dans les événements influe grandement sur la perception que l'on en a. Les membres du personnel ont également indiqué que de tels incidents les laissent profondément effrayés ou certainement conscients de leur vulnérabilité.

Méthodes de négociation et de résolution

Il est très clair, d'après leurs réponses, que les détenues considèrent la confiance comme la caractéristique primordiale d'une négociation. En outre, la majorité ont déclaré préférer ne pas avoir affaire à un psychologue et que le fait que le négociateur soit un homme ou une femme n'avait pas vraiment d'importance. Elles ont également souligné que le négociateur doit être une personne aimable et compréhensive, un défenseur des détenues (Société Elizabeth Fry). De plus, la présence des médias représente un certain intérêt parce que quelques détenues pensent qu'" avec le SCC, les enregistrements finissent par se perdre ", et qu'" il y a toujours du temps d'enregistrement qui manque ".

Environ la moitié des employés interviewés ont déclaré que les caractéristiques personnelles du négociateur influencent le processus de négociation. Le personnel a souligné l'importance des rapports qui s'établissent entre le négociateur et l'auteure de la prise d'otages, ainsi que les caractéristiques personnelles de cette dernière. Il signale que chez les femmes, il est important de faire la distinction entre les incidents pouvant dégénérer en automutilation ou en tentatives de suicide et les prises d'otages typiques. De plus, en accord avec celles des détenues, les réponses du personnel identifient la confiance comme un facteur important. Des commentaires additionnels soulignent l'utilité d'adopter une approche " ferme et équitable ", de faire preuve d'empathie, d'établir un niveau de confort, d'offrir de la formation et de développer des aptitudes d'écoute active. Quant à la question générale du sexe du négociateur, la majorité des membres du personnel n'ont pas indiqué de préférence entre un homme ou une femme, mais ils ont dit qu'il fallait faire preuve de jugement et tenir compte de l'auteure de la prise d'otages.

Autres constatations intéressantes

Autant les entrevues réalisées que les rapports d'enquête examinés pour la présente étude ont permis aux chercheurs de confirmer l'information provenant de sources indépendantes. Il est intéressant de constater que les résultats des rapports d'enquête et des entrevues ont souvent coïncidé, bien qu'il faille noter des différences. Par exemple, les rapports d'enquête indiquent que la nourriture, les drogues ou les appels téléphoniques constituent des causes majeures des prises d'otages menées par des femmes. Toutefois, au cours des entrevues avec les femmes et le personnel, il est apparu que la nourriture et les drogues étaient en fait des demandes secondaires. On ne sait pas, cependant, si cette différence doit s'expliquer par des changements dans les souvenirs ou des rapports d'enquête incomplets.

Une autre conclusion digne de mention est le fait qu'en général, la méthode de gestion du stress à la suite d'un incident critique (GSIC) semble être un outil très efficace pour la gestion des prises d'otages. La majorité des membres du personnel qui connaissaient cet outil ont fait état de son utilité et de son importance lors de tels incidents.

Gestion des prises d'otages

Le système correctionnel tirera de nombreuses conclusions des commentaires du personnel et des détenues relativement aux prises d'otages menées par des femmes. Premièrement, cet exercice procure au personnel des établissements correctionnels un outil lui fournissant des indicateurs de risque spécifiques et des techniques de négociation en fonction du sexe des preneurs d'otages. L'identification des caractéristiques des personnes pouvant s'engager dans une prise d'otages est essentielle à la conception et à l'implantation de mesures préventives destinées à réduire la fréquence de tels actes. Deuxièmement, les prises d'otages ne sont pas homogènes, mais plutôt le résultat de divers événements relevant de certaines motivations, d'une planification et d'un bouillonnement d'émotions. La prise en compte de ces facteurs est essentielle à la mise en vigueur de politiques et de procédures visant à gérer les prises d'otages. En tant que telles, les constatations de la présente étude serviront en partie à informer la direction sur la stratégie à adopter avec les détenues des unités de garde en milieu fermé, dans les établissements régionaux.

L'examen comparatif du profil des détenues qui ont pris des otages et de celles qui ne l'ont pas fait est l'étape préliminaire de la détermination des facteurs de risque d'une prise d'otages. Comme le laisse voir une analyse des besoins dynamiques, du potentiel de réinsertion, du niveau de motivation, du nombre de transfèrements, des mesures disciplinaires et des caractéristiques contextuelles générales, les auteures de prises d'otages sont différentes de la population carcérale dans son ensemble. Plus précisément, ces femmes ont des besoins supérieurs, un potentiel de réinsertion moindre et des niveaux de motivation plus faibles; elles se sont déjà infligé des blessures; elles ont également subi un plus grand nombre de transfèrements et de mesures disciplinaires. En outre, le fait qu'une femme ayant déjà participé à une prise d'otages risque de s'engager ultérieurement dans d'autres prises d'otages constitue un facteur distinctif clair, et des précautions doivent être prises lorsque le personnel travaille avec ce genre de femmes. Ces facteurs réels sont essentiels pour identifier les détenues qui pourraient s'engager dans des prises d'otages et ils devraient être pris en compte par le Service correctionnel dans l'élaboration de mesures d'intervention et de prévention.

L'hétérogénéité des comportements lors des prises d'otages

Comme il a été noté précédemment, Noesner et Webster (1997) ont repéré deux types de comportement (pragmatique et expressif), dont il faut tenir compte lors de l'examen d'une prise d'otages ou d'une intervention. L'auteure d'une prise d'otages pragmatique cherche à atteindre un but. L'otage devient son moyen d'échange contre des revendications que peut satisfaire un tiers, comme les transfèrements, les appels téléphoniques, etc. Dans le cas d'un comportement expressif, la prise d'otages sert à exposer une situation plutôt qu'à atteindre un but, elle est l'expression d'émotions ou d'un mécontentement. Dans le but de déterminer à quel type de comportement appartient une prise d'otages, les aspects suivants ont été considérés :

  1. les signes précurseurs;
  2. les émotions exprimées avant et pendant l'incident;
  3. l'effort de planification exigé;
  4. les buts et les motivations en cause.

Ces aspects ont été pris en considération parce qu'ils sont apparemment liés au degré d'expressivité ou de pragmatisme en rapport avec un incident. Par exemple, un incident qui a été grandement planifié et qui comporte des objectifs personnels, comme la nourriture, les appels téléphoniques ou les transfèrements relèvera d'un comportement plutôt pragmatique, tandis qu'un comportement expressif se caractérisera par une moins grande planification et un flot d'émotions.

Pour ce qui est des signes précurseurs durant les jours précédant une prise d'otages, les réponses varient. Certaines femmes ont notamment déclaré qu'elles " se tenaient tranquilles ", alors que d'autres ont dit qu'elles devenaient plus volubiles; quelques unes ont admis avoir subi plus de mesures disciplinaires, alors que d'autres ont indiqué que " tout allait bien ". Quant à leurs états émotifs immédiatement avant l'incident, les réponses vont de la colère, de la frustration et de l'excitation à la tristesse, à l'inquiétude et au désespoir. La plupart ont déclaré que la prise d'otages avait fait l'objet d'une certaine planification; toutefois, les efforts de planification ont été très minimes, ou de quelques heures, ou jusqu'à deux semaines. Les objectifs ou les mobiles exprimés en relation avec ces incidents ont fait ressortir deux éléments principaux. Le premier concerne les questions touchant le milieu carcéral, comme les programmes, l'isolement cellulaire des détenues, l'isolement préventif, la façon dont sont traitées les détenues et le désir d'être entendues. Le second est lié plus spécifiquement à des demandes immédiates et peut être plus concrètes, telles que les appels téléphoniques, les cigarettes, les transfèrements ou les médicaments.

Dans l'ensemble, il apparaît que, selon la présente étude, les prises d'otages relèvent à la fois des deux types de comportement. Il existe un certain degré de pragmatisme, puisqu'une prise d'otages exige une certaine planification, comporte des objectifs à atteindre ou des besoins à satisfaire, et un fort degré d'émotivité, puisque les femmes expriment des émotions, de la colère et de la frustration allant jusqu'à la panique et au désespoir. Lors de nombreuses prises d'otages, les détenues ont présenté des demandes en échange de la libération de l'otage sain et sauf; toutefois, les incidents étaient aussi teintés d'une intense émotion et de beaucoup de passion. Souvent, le message exprimait " le besoin d'être entendues " et " l'amélioration des traitements par les gardes ". Les détenues ont déclaré qu'elles voulaient faire savoir que le milieu est malsain, qu'il provoque des suicides, des blessures. Par conséquent, il apparaît que les prises d'otages menées par des femmes relèvent autant du pragmatisme que de l'expressivité.

Cibler le comportement

Identifier le type de comportement adopté lors d'une prise d'otages paraît être une étape cruciale de la gestion de l'incident. Noesner (1999) a fait référence à trois types de stratégies de gestion pouvant être utilisées dans ces cas : la négociation, l'intervention en cas de crise et l'assaut tactique. Bien que chacune de ces stratégies puisse s'appliquer, deux d'entre elles (la négociation et l'intervention) semblent plus déterminantes dans la gestion des comportements pragmatiques et expressifs des femmes. L'assaut tactique est utilisé uniquement lors d'incidents hautement dangereux lorsque les auteures ne veulent pas négocier ou exprimer des besoins sous jacents, et lorsqu'on s'attend à des blessures corporelles graves ou à des pertes de vie. En soi, cette stratégie s'appuie sur la recherche, le rassemblement et le déploiement de toutes les forces possibles et n'est utilisée qu'en dernier recours, comme le souligne le modèle de gestion des situations d'urgence. Ce modèle précise que la stratégie à adopter est fonction de l'urgence de la situation. La négociation ou l'intervention doivent toujours être considérées comme la première option à prendre avec les détenues.

Dans le cas d'un comportement pragmatique, la meilleure stratégie de gestion consiste à utiliser un plan centré sur les intérêts, les options, les solutions de rechange, en comparant les avantages d'un accord avec le coût d'un désaccord. En d'autres mots, il faut enclencher un processus de négociation. Par contre, lors d'un comportement expressif, la meilleure stratégie de gestion concentre ses actions sur la restauration de l'équilibre psychologique des sujets, en réduisant leur niveau d'émotivité, en créant des relations de coopération et en réglant les problèmes, donc, en privilégiant l'intervention au lieu de la négociation. Ces stratégies de gestion ont d'importantes répercussions sur la présente étude et, plus certainement, sur les politiques et les actions. Parce qu'il semble que les prises d'otages menées par des femmes sont le fait de comportements à la fois pragmatiques et expressifs, toute gestion de ces incidents doit tenir compte des aspects autant émotifs que de ceux qui sont orientés vers des objectifs. Si l'on retenait exclusivement l'aspect des objectifs ciblés sans examiner l'aspect émotif, une telle approche risquerait de se révéler inefficace lors d'incidents impliquant des femmes, quoiqu'elle puisse être efficace à court terme. Tenir compte des deux aspects peut entraîner des effets à plus long terme, dont, potentiellement, la réduction du nombre de prises d'otages par les femmes.

Les auteures de l'étude savent qu'un programme de négociation des situations d'urgence a déjà été élaboré et que l'implantation d'un cours sur la gestion des crises a été planifiée. Chacun de ces éléments renvoie aux questions soulevées précédemment. Que les mises à jour en cours correspondent aux suggestions faites ci dessus est très prometteur.

Pas uniquement des chefs et des participantes

Outre les différents types de comportements observés chez les femmes qui prennent des otages, il semble également qu'on puisse distinguer des catégories parmi les femmes elles mêmes. Naturellement, les prises d'otages sont perçues comme un événement comportant des chefs de file et de simples participantes. Les conclusions de la présente étude vont cependant au delà de cette constatation. Plus spécifiquement, les entretiens avec les femmes semblent révéler une diversité parmi les auteures de prises d'otages, que l'on peut classifier en trois groupes distincts : les "chefs de file délibérées", les "auteures accessoires" et les "participantes accidentelles".

Comme le montrent leurs rôles au cours des incidents et leurs réactions durant les entrevues, les femmes décrites comme des " chefs de file délibérées " s'engagent dans une prise d'otages avec l'intention de provoquer des changements. Elles défendent des questions d'une vaste portée et disent représenter les femmes de leur milieu, être la " voix du peuple ". Leurs déclarations expriment un besoin d'être entendues et un apparent appel à l'aide : " Mes intentions étaient de leur faire savoir, j'en avais assez, que les femmes courent à leur perte ", "Je suis très franche et très politisée, je ne parle pas seulement en mon nom, mais pour toutes celles qui sont ici ", " La seule autre façon était d'attendre que se produisent d'autres suicides, et je ne voulais pas que ça arrive ".

Par contre, les "auteures accessoires" voient les prises d'otages comme un moyen d'obtenir des compensations ou des réponses à leurs demandes, plus immédiates et peut être concrètes. Elles s'engagent dans les prises d'otages pour une satisfaction immédiate de leurs besoins, contrairement aux " chefs de file délibérées " avec leurs problèmes d'ordre plus général : "Ça semblait la seule façon d'obtenir un transfèrement, j'avais besoin d'un changement d'air", "Je pensais obtenir mon transfèrement, je ne l'ai pas eu, donc j'ai essayé de prendre un autre otage".

Le troisième groupe, celui des "participantes accidentelles", est formé de femmes qui s'engagent dans une prise d'otages sans nécessité, pour "sauver la face" ou par incapacité d'aller à l'encontre de la volonté de leurs codétenues. Ces femmes n'ont aucun véritable souvenir de ce qu'elles voulaient et sont incapables de dire quel était l'objectif de la prise d'otages. L'événement était une occasion d'être dans le coup et de passer du temps avec les codétenues : "Je ne voulais pas vraiment, mais je devais soutenir mes amies", "Avec les autres, c'est plus amusant, c'est bien de passer du temps ensemble", "Je me suis dit "Hé! c'est la première fois que je me trouve dans une émeute, c'est pas si mal" ".

Ce qui distingue avantageusement les deux premiers groupes du dernier est que les "chefs de file délibérées" comme les "auteures accessoires" sont les initiatrices de la prise d'otages, contrairement aux "participantes accidentelles". Toutefois, distinguer les "chefs de file délibérées" des "auteures accessoires" n'est pas aussi simple, probablement dû au fait que chaque groupe n'est pas fermé mais ouvert, et offre la possibilité d'un passage de l'un à l'autre. Si l'on tient compte des types de comportement examinés précédemment, il apparaît que les "chefs de file délibérées" sont, par nature, plus expressives que pragmatiques, et que, au contraire, les "auteures accessoires" sont plus pragmatiques qu'expressives. Il est important de noter qu'une détenue peut être à un certain moment une "chef de file délibérée", puis devenir à un autre une "auteure accessoire". Il est cependant rare qu'une détenue passe, dans un court laps de temps, de "participante accidentelle" à "chef de file délibérée".

Bien que les études antérieures comme la présente indiquent que les antécédents de prise d'otages constituent l'un des principaux indices de récidive, il est manifeste que cette notion est beaucoup plus complexe si l'on tient compte des catégories. Plus précisément, une femme qui s'est engagée dans une prise d'otages en tant que "participante accidentelle" risque moins de s'engager dans des incidents semblables subséquents que celles qui ont agi comme "chefs de file délibérées" ou "auteures accessoires". Pour cette raison, il est possible qu'une approche centrée davantage sur les problèmes soulevés par les "chefs de file délibérées" ou les besoins concrets des "auteures accessoires" contribuerait à réduire le nombre de prises d'otages, simplement parce que les "participantes accidentelles" agissent moins de leur propre chef.

Orientations pour de futures recherches

Des recherches plus approfondies sur les catégories d'auteures de prises d'otages aideront à la prévention et à la résolution des prises d'otages, ainsi que dans les interventions. Les recherches futures devraient se concentrer sur l'établissement des facteurs de risque spécifiquement liés à chaque catégorie. En outre, la clarification des différentes motivations associées à chaque typologie pourrait s'avérer cruciale. Il serait également utile d'examiner les différences entre les catégories en regard de la stratégie de résolution qui serait la plus efficace pour chaque catégorie. Finalement, il serait également utile de refaire cette démarche avec différents échantillons de femmes et de comparer, en ce sens, les deux sexes.

Recommandations

Premièrement, les résultats indiquent que le personnel avait été averti à l'avance de certaines prises d'otages : " Nous avons prévenu la direction que quelque chose allait se produire... nous avions des avertissements... la direction n'a pas vu cela comme une menace. " " Des renseignements ont été donnés au sujet de la prise d'otages, mais ou bien ils n'ont pas été pris au sérieux, ou bien on n'en a pas tenu compte. " Les détenues elles mêmes ont également soutenu que le personnel était au courant qu'une prise d'otages se tramait. Il est donc apparu que l'élaboration d'un processus de communication plus efficace entre le personnel et la direction s'imposait. En outre, il est essentiel, lorsqu'un membre du personnel informe la direction d'un événement suspect, d'établir une procédure de responsabilisation ainsi qu'une méthodologie standardisée pour traiter des problèmes. De la mise en place d'une telle méthodologie découlerait la responsabilisation.

Deuxièmement, l'amélioration des communications entre le personnel et les détenues, en plus de celles entre le personnel et la direction, apparaît justifiée. Que leurs cris d'alarme ne soient pas entendus importe beaucoup à certaines des détenues. La simple modification des lignes de communication entraînerait peut être, à elle seule, la réduction du nombre de prises d'otages. Le Rapport du groupe de travail sur la sécurité et la Directive du commissaire 560 (Sécurité active) ne devraient pas être sous estimés. On n'insistera jamais assez sur l'importance d'écouter les détenues, de favoriser l'établissement de liens entre le personnel et les détenues ainsi que de reconnaître la valeur de l'intuition du personnel. On peut présumer que nombre de prises d'otages auraient pu être évitées grâce à une meilleure communication entre les détenues, le personnel et la direction. Notamment, la conception des unités de garde en milieu fermé tient compte de ces questions et démontre que les politiques, les structures et les efforts d'intervention doivent être cohérents.

Troisièmement, la responsabilisation pour le " temps d'enregistrement perdu " est importante. Les responsables des politiques et des opérations pourraient envisager de confier l'enregistrement des prises d'otages à des entrepreneurs indépendants ou de recourir à une autre méthode. Les entretiens avec les détenues et l'examen des rapports d'enquête indiquent que les vidéocassettes d'enregistrement de tels incidents ont quelquefois disparu. L'évaluation de la faisabilité de l'implantation d'une telle recommandation va au delà des objectifs du présent document; néanmoins, elle mérite d'être considérée. Lors de prochains incidents, on pourrait faire appel à un entrepreneur externe ou modifier la méthode suivie.

Quatrièmement, il importe de reconnaître le rôle de l'isolement et son effet sur les prises d'otages. Tant les détenues que le personnel semblent s'accorder pour dire qu'un isolement prolongé joue un rôle dans les prises d'otages. De même, le retour dans la population carcérale générale après un isolement semble avoir une grande importance. Par conséquent, il est recommandé que les politiques et les procédures actuellement en vigueur relativement à l'isolement ainsi qu'au retour dans la population carcérale générale soient révisées. Une telle révision devrait permettre de vérifier si les procédures courantes sont efficaces, et s'il existe une meilleure façon de traiter les détenues en isolement et de faciliter la transition après une période d'isolement.

Finalement, il est recommandé de reconnaître l'importance de l'observation des détenues après une prise d'otages. Étant donné l'état hautement vulnérable et émotif des détenues après un tel événement, il faudrait accorder plus d'attention à leur surveillance, ce qui a notamment été mentionné autant par les détenues que par le personnel.

Obstacles

Le nombre peu élevé de prises d'otages impliquant des femmes a constitué un obstacle pour la présente étude. Bien qu'il s'agisse socialement d'une bonne chose, ce petit nombre limite l'interprétation des résultats et leur applicabilité à d'autres incidents. Il faut noter que 73 % des femmes impliquées dans une prise d'otages au cours des trois dernières années et durant la collecte d'information ont accepté de participer à l'étude. L'échantillon était donc représentatif de la population carcérale du moment. Plus important encore, cette recherche vise à augmenter les connaissances encore minces que l'on possède sur le sujet. Comme il existe peu de documentation pouvant servir de comparaison, l'interprétation des résultats exige cependant une certaine prudence, et il serait prématuré d'en faire une extrapolation poussée. Néanmoins, l'étude constitue une base pour de futures recherches sur le sujet et ses nombreuses constatations, importantes et intéressantes, pourront être explorées davantage.

Un autre obstacle a été la crédibilité des réponses qui risquent d'être adaptées aux attentes et des souvenirs qui s'émoussent avec le temps. Puisque la majorité des données ont été obtenues au moyen d'entrevues, il est difficile de s'assurer que les participants ont répondu correctement et sans parti pris. Il s'agit là d'un problème contre lequel butent un grand nombre de recherches qualitatives. Bien qu'elle crée un obstacle, cette méthodologie demeure cependant un outil valable, puisque les conclusions obtenues sont plus riches que celles résultant d'études strictement quantitatives. Ainsi, ces deux obstacles qu'il faut reconnaître comme un problème représentent un petit sacrifice en regard de la richesse des renseignements recueillis.

Conclusion

La majorité des prises d'otages menées par des femmes ont eu lieu dans le même établissement, soit le pénitencier de la Saskatchewan. On peut donc se demander quel rôle joue le milieu dans ces incidents et quel effet pourrait avoir un changement de milieu. Il est également important de noter qu'une minorité d'employés a semblé reconnaître le rôle du milieu dans ces actes. Curieusement, ces quelques employés travaillaient dans un établissement non directement touché par une prise d'otages et soulignaient la nécessité de traiter les détenues avec respect au moyen de gestes aussi simples que de les appeler par leur prénom au lieu de leur nom de famille.

Le personnel des établissements où n'a jamais eu lieu de prise d'otages travaille souvent avec des populations semblables de femmes, parmi lesquelles se trouvent des auteures de prises d'otages. Ces employés ont dit que les différences de milieu carcéral jouent un rôle crucial. Fait intéressant, l'effet potentiel du milieu ne semble pas ressortir des entrevues avec le personnel des établissements où se sont produites des prises d'otages.

De nombreux changements positifs concernant les délinquantes ont notamment été effectués pendant la production de ce rapport. Par exemple, à la suite d'une enquête sur une prise d'otages, un bulletin-politique a été publié au sujet du programme mère enfant. Ce bulletin précise que le personnel doit réévaluer le danger qu'une mère peut représenter pour elle même ou les autres après qu'il a été décidé de mettre fin à sa participation au programme et de retirer son enfant de l'établissement.

De plus, en août 2003, trois des unités de garde en milieu fermé pour les détenues dites à sécurité maximale étaient en fonction, et une quatrième devait l'être incessamment. On peut penser que ces établissements examinent attentivement bon nombre des préoccupations formulées par les détenues. L'ouverture de ces unités souligne l'engagement du Service correctionnel du Canada de favoriser une approche centrée sur les femmes. Une attention continue, des changements dans les milieux, l'élaboration et l'implantation de politiques et de programmes axés sur la rétroaction, comme le recommande la présente étude, entraîneront une réduction des prises d'otages menées par des femmes.

Bien qu'il existe de nombreuses similitudes entre les prises d'otages menées par les femmes et celles effectuées par les hommes, de nombreuses caractéristiques sont spécifiques à chaque groupe. Il est donc recommandé que les constatations des recherches sur les prises d'otages menées par des hommes ne soient pas appliquées directement aux femmes, du moins sans que ne soit exercée une extrême prudence.

La présente étude a fait ressortir des catégories en ce qui concerne les femmes impliquées dans les prises d'otages, ces dernières étant réparties en trois groupes. Ce résultat pourrait s'avérer utile dans l'élaboration de politiques et de programmes d'intervention et de prévention. On a en outre relevé plusieurs facteurs potentiels, tels les mobiles et les signes précurseurs, ce qui pourrait aider le personnel à détecter les risques de prise d'otages que représente un type de femme en particulier. Bien que la taille de l'échantillon ait été restreinte, la méthode par entrevues a pallié les limites des études précédentes, qui dépendaient uniquement des données tirées du Système de gestion des délinquants (SGD) et des rapports d'enquête. Néanmoins, bien que les prédictions et la catégorisation ne constituent pas le propos de cette étude, il est possible d'en tirer des orientations pour de futures recherches et des suggestions pour des politiques et des actions.

BIBLIOGRAPHIE

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Service correctionnel du Canada. Instructions permanentes (intérimaires) 700-00, Processus d'intervention correctionnelle, 1999a.

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Williams, S. Étude sur les agressions sexuelles et les séquestrations, Service correctionnel du Canada, Ottawa (Ontario), 1995.

 

ANNEXE A : Protocole d'entrevue

ENTREVUE AVEC DES FEMMES AUTEURES DE PRISES D'OTAGES

INTRODUCTION

1. Décrivez en vos propres mots les événements qui ont eu lieu le __________.

2. Comparativement aux autres jours, qu’est ce qui était différent ce jour là?

3. Vous souvenez vous d’un événement majeur qui se serait produit dans votre vie les jours qui ont précédé l’incident?

4. Est ce que cette journée avait quelque chose de spécial ou d’important (rupture d’une relation, anniversaire, anniversaire de naissance, etc.)?

DYNAMIQUE DE GROUPE

5. Cet événement incluait il plus d’une détenue (auteure de la prise d’otage)?

6. Si oui, étiez vous le chef de file?
Si oui, comment et pourquoi avez vous choisi vos partenaires ou coaccusées?
Si non, qui était le chef?

7. À votre avis, quel impact le fait que plus d’une personne soit impliquée a-t-il sur la prise d’otages?

8. Êtes vous plus à l’aise d’agir seule ou avec d’autres?

9. Dans quelle mesure avez vous planifié l’événement (pas du tout? quelques minutes? quelques heures? quelques jours?)

SIGNES PRÉCURSEURS

10. Dans quelle mesure estimez vous que vos comportements ou vos activités courantes ont changé au cours des jours qui ont précédé l’événement (jours ou semaines antérieurs)?

11. Est ce que quelque chose aurait pu être fait pour vous empêcher de mener cette prise d’otages?

12. Comment vous sentiez vous immédiatement avant l’incident (il faudra peut être donner une définition)?

13. Comment décririez vous l’atmosphère dans l’établissement avant l’incident?

14. Comment avez vous choisi le secteur?

15. Avez vous choisi votre victime (si nécessaire, précisez la personne prise en otage) à l’avance?

MOTIVATION

16. À quoi vous attendiez vous?

17. À votre avis, que pensiez vous en retirer?

18. À votre avis, qu’est ce que vous pensiez qu’il vous arriverait (immédiatement après, le lendemain, la semaine suivante, plus tard)? (La détenue parlera peut être des conséquences, mais ramenez la sur ce qu’elle a fait, c’est à dire sa motivation.)

19. Qu’est ce que vous réclamiez?

20. Avez vous obtenu ce que vous réclamiez?

21. Quelles expériences avez vous vécues après l’événement? (Si cela s’est passé dans l’établissement (p. ex., isolement), faites les parler des effets personnels et émotifs, etc.)

22. Maintenant que vous avez pris quelqu’un en otage, êtes vous plus ou moins susceptible de le refaire? Pourquoi?

PERCEPTION DE L'AUTEURE DE LA PRISE D'OTAGES

23. À votre avis, quelles répercussions la prise d’otages a t elle eues sur la victime?

24. Jusqu’à quel point lui avez vous fait peur (1. victime, 2 personnel, 3. détenues)? (Réponse ouverte, suivie d’une échelle de 0 à 10)

25. Dans quelle mesure avez vous, à votre avis, troublé l’otage sur le plan psychologique? (Réponse ouverte, suivie d’une échelle de 0 à 10)

26. Dans quelle mesure, à votre avis, avez vous causé des torts physiques à l’otage? (Réponse ouverte, suivie d’une échelle de 0 à 10)

27. Est ce que vous connaissiez d’autres personnes qui avaient déjà fait des prises d’otages?
Si oui, est ce que cela vous a influencée (p. ex., votre décision d’agir, la façon dont vous avez procédé, etc.)?

28. Avez vous déjà été prise en otage ou dans une situation semblable à celle que vous avez menée?

PROCESSUS DE RÉSOLUTION ET DE NÉGOCIATION

29. Préféreriez vous traiter (négocier) avec :
Quelqu’un que vous connaissez ou que vous ne connaissez pas? Pourquoi?
Un psychologue? Pourquoi?
Un homme ou une femme? Pourquoi?
Quelqu’un à qui vous faites confiance? Si oui, qui serait cette personne? Pourquoi?

30. Quelles mesures auraient pu être prises pour mettre plus rapidement fin à l’incident?

31. Si vous vous retrouviez dans la même situation, comment vous comporteriez vous?

32. Croyez vous qu’il y avait une autre façon de régler votre problème?

ENTREVUE AVEC LE PERSONNEL CONCERNANT UNE PRISE D'OTAGES

INTRODUCTION

1. Avez vous déjà été directement mêlé à une prise d’otages?
Si oui, quand et où?
Si oui, quel rôle avez vous joué?

2. Comparativement aux autres jours, que trouviez vous de différent ce jour là?

DYNAMIQUE DE GROUPE

3. Est ce que l’incident auquel vous avez été mêlé comptait plus d’une auteure de prise d’otages? Si oui, combien?

4. À votre avis, quelles répercussions le fait d’avoir plus d’une personne qui effectue la prise d’otages a t il eues sur la prise d’otages comme telle?

SIGNES PRÉCURSEURS

5. À votre avis, des événements majeurs de la vie peuvent-ils mener à de tels incidents?

6. Croyez vous que les comportements ou les activités courantes des auteures de prises d’otages ont changé avant l’incident?

7. Comment décririez vous l’atmosphère dans l’établissement avant l’incident?

8. À votre avis, comment l’incident aurait il pu être évité?

MOTIVATION

9. À votre avis, quel était le principal facteur de motivation lors de la prise d’otages?

PERCEPTION DU PERSONNEL

10. À votre avis, quelles répercussions la prise d’otages a t elle eues sur la victime?

11. Et sur vous?

12. Est ce que la gestion du stress à la suite d’un incident critique (GSIC) a été utile?

13. Dans quelle mesure croyez vous que l’on a réussi à faire peur aux gens (1. victime, 2. personnel, 3. détenues)? (Échelle de 0 à 10)

14. Dans quelle mesure des torts psychologiques ont ils été causés? (Échelle de 0 à 10)

15. Dans quelle mesure des torts physiques ont ils été causés? (Échelle de 0 à 10)

16. Croyez vous que le fait que d’autres détenues soient au courant de prises d’otages antérieures influence de tels incidents?

PROCESSUS DE RÉSOLUTION ET DE NÉGOCIATION

17. Croyez vous que les caractéristiques du négociateur (p. ex., sentiment d’empathie, personnalité, homme au lieu de femme, négociateur par rapport au surveillant correctionnel, etc.) ont un impact sur le processus de négociation?
Si oui, comment?

18. À votre avis, quelles mesures auraient pu être prises pour mettre plus rapidement fin à l’incident?

19. Croyez vous que la négociation avec un groupe devrait être différente de la négociation avec une personne?

 


ANNEXE B : Rapports d'enquête

Date de l'incident (numéro du rapport)

31 décembre 1999 (3100 9 99 12 31 520)

11 janvier 2000 (3100 9 00 01 11 520)

14 mars 2000 (1410 2 414)

6 avril 2000 (1410 02 416)

14 octobre 2000 (3100 10 00 10 14 520(I))

17 décembre 2000 (1410 02 428)

2 juin 2001 (1410 02 442)

6 août 2001 (3100 9 01 08 06 520)

31 août 2001 (59100 20)

5 octobre 2001 (1410 2 449)

3 novembre 2001 (aucun rapport publié au moment de la production du présent document)

13 avril 2002 (aucun rapport publié au moment de la production du présent document)

 


ANNEXE C : Guide de codage

Enquête numéro :___________________

Type d'enquête :
Locale   Régionale   Nationale

Date : ______________

Établissement _______

Codeur  ____________

ARACTÉRISTIQUES DE L'INCIDENT

Victime? (détenue ou membre du personnel)

__________________________ __________________________

Nombre d'auteures de la prise d'otages?

__________________________
__________________________

Arme? O/N, si oui, laquelle?

__________________________

Durée de l'incident?

__________________________

Demandes initiales (s'il y a lieu)

__________________________

Demandes finales

__________________________

Concessions (énumérer les éléments) (nourriture, appels téléphoniques ou cigarettes, par exemple)

__________________________
__________________________
__________________________
__________________________

Signes précurseurs possibles de l'incident? O/N, si oui, les énumérer.

__________________________
__________________________

Preuve de signes précurseurs touchant la gestion de l'établissement? O/N, si oui, les énumérer.

__________________________
__________________________
__________________________
__________________________

Implication du personnel – Homme/femme (nombre de personnes et rôle)

__________________________
__________________________
__________________________

Méthode utilisée par la détenue (p. ex., structure de lit placée en face de la barrière de la rangée)

__________________________
__________________________
__________________________

Nonrespect établi par l'organe d'enquête? O/N, si oui, énumérer les éléments.

__________________________
__________________________
__________________________

Temps de réaction (durée)
(nombre de minutes)

Incident a commencé à?

__________________________

Initial? (premier contact)

__________________________

Directeur informé?

__________________________

Arrivée du médecin?

__________________________

Arrivée des négociateurs?

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Ouverture du centre de commandement?

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1 res concessions?

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Changement dans les demandes?

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CARACTÉRISTIQUES DES DÉTENUES

Nom  : __________________________

Durée de la peine?

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Pourcentage de la peine purgée au moment de l'incident? (p. ex., 40 % d'une peine de 10 ans)

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Nombre de fois impliquée dans une prise d'otages (y compris la présente)? Si impliquée dans d'autres prises d'otages auparavant, dates?

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Niveau de sécurité de l'ECNS (avant l'incident)

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Race?

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Date de naissance?

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Date du début de la peine?

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Admissibilité à une semiliberté?

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Admissibilité à une libération conditionnelle totale?

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DLO?

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DEM?

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Antécédents criminels :
Historique J.C. O/N (si oui, violent? O/N)
Énumérer les infractions antérieures commises depuis l'âge adulte.

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Énumérer les infractions à l'origine de la peine actuelle (infractions pour lesquelles la personne a été incarcérée avant la prise d'otages).

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Mouvement avant l'incident?
(Date d'admission dans l'établissement où l'incident a eu lieu, détails concernant l'arrivée de la détenue)

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Peine imposée à la suite de la prise d'otages? O/N. Si oui, quelles accusations ont été portées? Quelle a été la durée de la peine? Peine concurrente ou consécutive?

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Risque et besoins
Niveau de facteur de risque statique (faible, moyen, élevé)?
Niveau de facteur de risque dynamique (faible, moyen, élevé)?
Ampleur des besoins dynamiques?
Emploi
Situation matrimoniale et familiale
Fréquentations/Interaction sociale
Toxicomanie
Fonctionnement dans la collectivité
Orientation personnelle et émotive
Attitude
Niveau de motivation (faible, moyen, élevé)?
Potentiel de réinsertion sociale (faible, moyen, élevé)?

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Stratégie correctionnelle?
Counseling/Contrôle
Intervention sélective
Établissement de limites
Structure environnementale

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Aton recommandé à la détenue de suivre des programmes?
Quels programmes ont été suivis, s'il y a lieu?
Évaluation de la participation de la délinquante aux programmes?

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Antécédents à l'établissement
(tels que décrits dans le rapport d'enquête)?
Mesures disciplinaires?

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La délinquante atelle participé à d'autres activités à l'établissement (école, emploi, sueries, AA, etc.)?
Évaluation de la délinquante dans de telles activités?

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Autres observations

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