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Les visites et les résultats postlibératoires parmi les délinquants purgeant une peine de ressort fédéral

2009 No R-205

Dena Derkzen
Renée Gobeil
et
Justin Gileno

Service correctionnel du Canada
Juin 2009

REMERCIEMENTS

Les auteurs remercient Jennie Mae Thompson et Dianne Zakaria de leur aide et de leur patience pour des questions d'ordre statistique. Kim Allenby a également aidé à réunir des ressources pertinentes et a fait des commentaires utiles sur le texte; les auteurs lui en sont très reconnaissants. Ils remercient enfin Kelley Blanchette pour ses suggestions perspicaces au sujet du texte.

RÉSUMÉ

Vu le lien qui semble exister entre les communications avec les membres de la famille et le soutien accordé par ces derniers durant l'incarcération et la réinsertion sociale réussie des délinquants (Schafer, 1994), le Service correctionnel du Canada applique dans les établissements fédéraux des programmes de visites générales et de visites familiales privées (VFP). Ces programmes visent à encourager les détenus à établir et à cultiver des relations avec leur famille et leur collectivité devant les aider à devenir des citoyens respectueux des lois. Toutefois, la contribution des programmes de visites à ces objectifs n'a jamais été examinée de manière approfondie.

Hensley, Rutland, Gray-Ray et Durant (2000) ont étudié les conséquences des visites sur les comportements de violence en établissement. Ils ont constaté que les délinquants qui avaient participé à des visites familiales privées étaient moins portés à proférer des menaces de violence ou à commettre des actes de violence durant leur incarcération que les détenus qui ne participaient pas aux visites. Récemment, Bales et Mears (2008) ont mené l'étude la plus exhaustive effectuée jusqu'à maintenant sur l'efficacité des visites comme mesure de réduction de la récidive. Ces auteurs ont constaté que le fait de recevoir des visiteurs et celui de recevoir un plus grand nombre de visiteurs étaient tous les deux liés à une probabilité réduite de récidive. En outre, parmi les délinquants qui ont récidivé, ceux qui ont reçu des visiteurs ont mis plus de temps à le faire que ceux qui n'en ont pas reçu.

Bref, les recherches relativement peu nombreuses menées jusqu'à maintenant ont prouvé l'existence de liens positifs entre, d'une part, la participation par les détenus à des programmes de visites et, d'autre part, une plus grande stabilité familiale, une amélioration des comportements en établissement et des taux plus faibles de récidive. Comme la plupart des recherches n'ont pas été effectuées au Canada, il est difficile de dire si ces résultats peuvent être appliqués au contexte canadien. La présente étude a donc été entreprise afin d'explorer le lien entre les visites générales et les visites familiales privées par rapport aux taux de réincarcération et de récidive dans un échantillon nombreux de délinquants canadiens sous responsabilité fédérale.

Des données extraites du système automatisé de données sur les délinquants du Service correctionnel du Canada ont été utilisées pour explorer ce lien. Les analyses ont porté sur tous les délinquants mis en liberté au cours de l'exercice 2005-2006 pour lesquels on disposait de toutes les données pertinentes ( N =  6 537). À partir de ces éléments d'information, une série de régressions logistiques et de régressions de Cox ont été effectuées. Les résultats de ces analyses ont démontré de manière concluante l'existence d'un lien positif entre le fait de recevoir des visiteurs (y compris dans le contexte de visites familiales privées) et une probabilité plus faible de réincarcération, après prise en compte de l'influence de l'origine ethnique, du sexe, de l'âge à la mise en liberté, du type de peine, du type d'infraction et du niveau de risque déterminé. Les analyses basées sur le nombre de visites reçues ont révélé que, pour les délinquants qui ont reçu 6,7 visites (la moyenne parmi les délinquants qui ont reçu des visiteurs), le risque de réincarcération était environ 14 % inférieur à celui des délinquants qui n'avaient pas reçu de visiteurs. De même, les délinquants qui avaient participé à 2,0 visites familiales privées (la moyenne parmi les délinquants ayant participé à ce programme) présentaient un risque de réincarcération environ 22 % plus faible que ceux qui n'avaient pas participé à ce programme.

On a également constaté un lien entre les caractéristiques des visites et la réincarcération, les visites et visites familiales privées plus récentes, les visites du père ou de la mère et des enfants, et les visites familiales privées avec le conjoint étant toutes liées à une baisse de la probabilité de réincarcération. Le lien entre les visites et la réincarcération différait aussi selon l'origine ethnique, les conséquences des visites sur le risque de réincarcération étant beaucoup plus marquées pour les délinquants non autochtones que pour les délinquants autochtones.

Enfin, il y avait un lien beaucoup plus systématique entre les visites et la réincarcération en général que la récidive; en effet, dans la plupart des analyses, la participation aux programmes de visites n'était pas liée à une réduction de la récidive. Il n'y avait qu'une exception, soit les visites du conjoint, les délinquants recevant ces visites présentant un risque plus faible de récidive que les délinquants ne bénéficiant pas de ces visites. Cette tendance semble indiquer que l'incidence des visites se manifeste peut-être surtout dans les réincarcérations attribuables par exemple à des manquements aux conditions de la mise en liberté.

Étant donné que les délinquants qui ont reçu des visites étaient moins susceptibles d'être réincarcérés mais qu'ils ne récidivaient pas à un taux plus élevé que les délinquants ne recevant pas de visiteurs, ces résultats semblent indiquer que les premiers peuvent plus souvent être gérés convenablement dans la collectivité que les seconds. Il s'agit là d'une constatation importante étant donné que la gestion d'un délinquant dans la collectivité plutôt qu'en établissement permet de réaliser des économies de coûts considérables (environ 65 000 $ par année; Sécurité publique Canada, 2007).

Dans l'ensemble, cette étude ajoute aux connaissances au sujet du lien entre les visites et les résultats postlibératoires. Les résultats semblent souligner la valeur des programmes de visites, tant comme moyen de gérer le risque de réincarcération que comme manière de contribuer à des pratiques correctionnelles efficaces.

TABLE DES MATIÈRES

LISTE DES TABLEAUX

LISTE DES FIGURES

INTRODUCTION

Même si beaucoup de recherches qualitatives ont été menées sur la façon dont les délinquants perçoivent les visites (p. ex. Tewksbury et DeMichele, 2005), très peu d'entre elles ont porté sur la relation entre la participation à un programme correctionnel de visites et la récidive. De plus, seule une fraction des quelques recherches effectuées a été de nature empirique (voir Bales et Mears, 2008) ou menée dans un contexte canadien. C'est pourquoi il est apparu nécessaire d'effectuer un examen quantitatif de la relation entre les résultats postlibératoires et la participation 1) aux visites en général et 2) aux visites familiales privées (VFP) en particulier.

Les programmes de visites du SCC

Les programmes de visites en établissement, y compris les visites générales, les visites familiales privées et les visites conjugales1, permettent aux délinquants d'entretenir un soutien social et des liens avec la collectivité durant leur incarcération (Goetting, 1982). On estime que la capacité à entretenir des liens familiaux favorise la réinsertion sociale en normalisant le mode de vie du détenu et en maintenant sa perception de son fonctionnement comme membre d'une unité familiale (Goetting, 1982; Service correctionnel du Canada [SCC], 1983). On a en effet constaté un lien entre le maintien des rapports et du soutien social avec les membres de la famille durant l'incarcération et la réinsertion sociale réussie des délinquants (Schafer, 1994).

En accord avec sa mission, le SCC offre des programmes de visites en vue d'encourager les détenus à développer et à cultiver des liens familiaux et communautaires qui les aideront à devenir des citoyens respectueux des lois (SCC, 2008). Ces initiatives comportent deux volets : les visites générales et le programme des visites familiales privées (VFP), qui donne l'occasion d'avoir des visites privées pour renouveler ou maintenir les relations2. Les visites générales sont offertes à tous les détenus et ont lieu durant des heures de visites désignées pour chaque établissement (ordinairement plusieurs fois par semaine). Le visiteur doit se soumettre à une vérification de sécurité et doit être approuvé par le responsable de l'établissement; les visites approuvées se déroulent ordinairement dans un milieu ouvert, bien que des visites « avec séparation » (c.-à-d. avec une séparation en plexiglas ou autre) peuvent être nécessaires pour assurer la sécurité du visiteur ou de l'établissement. Les délinquants admissibles3 peuvent aussi demander à participer au programme des VFP et, s'ils sont approuvés, ont droit à une VFP, d'une durée maximale de 72 heures, tous les deux mois.

Le SCC a effectué un certain nombre d'évaluations de son programme des VFP (Carter, 1989; SCC, 1983). Celles-ci ont consisté en l'administration de questionnaires d'enquête et l'exécution d'entrevues auprès de membres du personnel, de membres de la famille et de délinquants pour déterminer les répercussions du programme des VFP sur les participants et les établissements. Dans une étude (Carter, 1989), la plupart des délinquants ont déclaré que le programme avait eu une influence positive sur leur attitude à l'égard de leur incarcération. En outre, l'auteur a constaté que le programme avait une incidence positive sur les relations des délinquants avec leur famille. De plus, les résultats des entrevues avec les membres de la famille et les délinquants ont souligné l'importance d'un appui soutenu de la part des premiers pour aider les délinquants à s'adapter à leur incarcération et pour contribuer à leur réinsertion sociale après la mise en liberté. Nombre de membres de la famille interviewés ont affirmé que le programme atteignait ses objectifs de maintien et de renouvellement des relations. La plupart de ces visiteurs ont affirmé avoir l'intention de continuer à appuyer le délinquant après sa mise en liberté.

La grande majorité des membres du personnel en établissement interrogés dans le cadre de ces deux études ont affirmé que le programme des VFP avait une incidence favorable sur l'établissement dans son ensemble (Carter, 1989; SCC, 1983). Bon nombre des répondants ont ajouté que l'introduction du programme des VFP avait contribué à l'amélioration du comportement en établissement. En outre, les employés ont dans une très forte proportion signalé des retombées favorables sur les détenus. Malheureusement, tous ces résultats viennent de données qualitatives; jusqu'à maintenant, aucune évaluation quantitative du programme des VFP n'a été effectuée pour compléter les constatations qualitatives.

Stabilité familiale

Un des avantages apparents des VFP ou des visites conjugales est qu'elles permettent de maintenir et de renforcer les liens familiaux pendant l'incarcération. Un certain nombre d'études ont conclu que les programmes de visites aidaient à préserver l'intégrité du mariage durant l'incarcération (Hopper, 1989; Rutland, 1995 cité dans Hensley, Rutland et Gray-Ray, 2000). Des recherches ont aussi examiné d'une manière plus générale la stabilité familiale. C'est dans cette veine que Hensley et ses collègues (2000b) ont examiné l'incidence des visites conjugales en menant une enquête auprès de 266 délinquants sous la responsabilité de l'État, au Mississippi. Les résultats ont révélé un lien entre la participation aux visites conjugales et des niveaux plus élevés de stabilité familiale. Ces résultats ne supposent pas l'existence d'un lien de causalité; en effet, il est difficile de dire si les visites sont une conséquence de la stabilité familiale préexistante ou si les visites en elles-mêmes contribuent à la stabilité familiale. Quoi qu'il en soit, les programmes de visites jouent un rôle important en offrant tout au moins la possibilité de maintenir la stabilité familiale durant l'incarcération du délinquant. C'est d'ailleurs le but d'un grand nombre de ces programmes.

Comportement en établissement

Dans la plupart des administrations correctionnelles, un critère de participation aux programmes de visites familiales est l'absence ou un faible taux d'inconduite en établissement. La participation apparaît d'ailleurs souvent comme un privilège acquis en milieu correctionnel. Les programmes de visites peuvent donc être considérés comme un mécanisme de contrôle puisque le délinquant peut perdre ou ne pas acquérir le privilège de participer aux programmes de visites à cause d'un comportement inapproprié en établissement. C'est donc dire que les programmes de visites peuvent avoir une influence sur l'inconduite en établissement (Hensley, Rutland et Gray-Ray, 2000). Les recherches qualitatives appuient cette interprétation : au cours des entrevues menées dans le cadre de l'évaluation du programme des VFP du SCC, 75 % des délinquants ont dit avoir tenté d'éviter des situations pouvant en définitive compromettre leurs privilèges de visites (Carter, 1989).

Récemment, Hensley, Rutland, Gray-Ray et Durant (2000, cités dans Hensley, Koscheski et Tewksbury, 2002) ont examiné l'effet des programmes de visites sur l'inconduite avec violence en établissement parmi des détenus au Mississippi. En général, les délinquants qui avaient participé aux visites conjugales étaient moins portés à faire des menaces de violence ou à commettre des actes de violence durant leur incarcération que ceux qui n'avaient pas participé aux visites conjugales. Dans une série d'analyses de suivi qui ont consisté en une désagrégation des données en fonction du niveau de sécurité, du sexe et de l'origine raciale, les chercheurs ont constaté que cette baisse du comportement de violence se manifestait uniquement parmi les délinquants de sexe masculin et qu'il n'y avait aucune baisse du comportement de violence par rapport aux visites parmi les délinquantes. En ce qui concerne le niveau de sécurité, les délinquants qui avaient participé à des visites dans un établissement à sécurité moyenne étaient moins portés à se livrer à des actes de violence que les délinquants incarcérés dans des établissements à sécurité minimale. En outre, les délinquants noirs tiraient davantage profit des visites conjugales que les délinquants blancs, étant moins portés à avoir un comportement de violence.

Dans une étude analogue, Hensley, Koscheski et Tewksbury (2002) ont examiné les répercussions éventuelles de la participation à des visites conjugales tant sur les menaces que sur les actes de violence dans un établissement, encore une fois parmi un échantillon de détenus du Mississippi. Les études antérieures avaient porté sur des indices de violence agrégés, mais ces auteurs ont choisi d'examiner chacun des indices séparément. Leurs résultats s'écartaient de ceux des études antérieures, puisqu'ils ont constaté que la participation aux visites conjugales n'avait pas entraîné une baisse du nombre de menaces ou d'actes de violence en établissement. Néanmoins, les auteurs sont demeurés optimistes quant aux résultats des visites conjugales étant donné que la plupart des études antérieures avaient révélé des résultats positifs, soit une baisse de la violence en établissement. Ils ont conclu que même si la plupart des constatations dans ce domaine étaient prometteuses, il fallait poursuivre les recherches pour déterminer la mesure dans laquelle les programmes de visites servaient à combattre les inconduites en établissement (Hensley, Koscheski, et Tewksbury, 2002).

Récidive

Holt et Miller (1972) ont réalisé l'étude la plus influente et la plus citée jusqu'à maintenant sur le rôle du soutien familial, se manifestant sous forme de visites en établissement, dans la réussite de la réinsertion sociale des délinquants. Ils ont examiné dans cette étude la fréquence et le nombre total de visites au cours des 12 mois précédant la mise en liberté de 412 délinquants de sexe masculin en Californie. Les résultats ont révélé qu'après un suivi postlibératoire de 12 mois, les délinquants qui avaient reçu plus de visites durant leur incarcération avaient aussi connu moins de difficultés durant leur liberté conditionnelle que ceux qui avaient reçu moins de visites. En outre, ceux qui avaient reçu les visites d'au moins trois parents ou amis différents étaient six fois moins susceptibles de récidiver que ceux qui avaient reçu moins de visiteurs. Les résultats prélibératoires étaient plus inégaux. Même si la fréquence des visites n'avait pas d'incidence sur le nombre d'inconduites en établissement, le nombre de visiteurs exerçait une influence positive tant sur la planification de la liberté conditionnelle que sur la probabilité d'obtenir la libération conditionnelle.

Glaser (1964) a aussi signalé des conséquences positives pour les délinquants qui reçoivent régulièrement des visiteurs — les taux de réussite de la libération conditionnelle étaient de 74 % pour les délinquants qui avaient reçu des visiteurs contre 43 % pour ceux qui n'avaient pas accueilli régulièrement des visiteurs (Glaser, 1964, cité dans Bennett, 1989). De même, Ohlin (1954, cité dans Bennett, 1989) a examiné un échantillon de 17 000 délinquants de sexe masculin et signalé une baisse de 61 % dans les manquements aux conditions de la liberté conditionnelle parmi ceux qui avaient fréquemment accueilli des visiteurs par rapport à ceux qui n'avaient reçu aucun visiteur durant leur incarcération. Il y a lieu de signaler que ces études et d'autres (p. ex. Adams et Fischer, 1976; Howser et McDonald, 1972; Leclair, 1978, cité dans Hairston, 1988) sur la question sont maintenant assez vieilles. Leur pertinence actuelle est incertaine. En outre, dans certaines études, la notion de visite est différente (p. ex., on inclut les « permissions de sortir » accordées aux délinquants pour leur permettre de quitter l'établissement et de retourner à leur famille pendant un certain temps), ou alors les études ont été menées dans des contextes qu'on ne peut pas facilement identifier au milieu correctionnel fédéral canadien.

Jusqu'à maintenant, Bales et Mears (2008) ont effectué l'étude la plus exhaustive sur le lien entre les visites et la récidive. Ils ont examiné plusieurs aspects des visites, y compris la fréquence, le type de visiteurs (p. ex. conjoint, père ou mère, enfant, parent) et le moment des visites par rapport à la mise en liberté. Toutes ces variables ont été examinées en fonction de la récidive et du laps de temps écoulé jusqu'à la récidive. Il ressort de statistiques descriptives que, parmi les 7 000 délinquants inclus dans l'étude menée en Floride, la plupart n'ont pas reçu de visiteurs dans l'année précédant la mise en liberté. Toutefois, parmi les 42 % de délinquants qui ont reçu un ou plusieurs visiteurs, le nombre moyen de visites durant l'année a été de 10,21. Ces auteurs ont constaté une nette différence sur le plan de la récidive en fonction tant du moment que de la fréquence des visites. Le fait de recevoir des visites dans les 12 mois précédant la mise en liberté était lié à une baisse du risque de récidive de 31 %. Le nombre de visites contribuait aussi de manière significative à la baisse de la récidive étant donné que, pour chaque visite, le risque de récidive diminuait de près de 4 %. Ces relations étaient à leur plus fort pour les visites du conjoint, mais les visites d'autres êtres chers, d'amis et de parents étaient aussi liées à une diminution du taux de récidive. Il y a lieu de signaler que les visites reçues plus proche de la date de la mise en liberté étaient liées à la plus forte baisse du taux de récidive. Enfin, les analyses ont démontré que les visites étaient également liées à une baisse de la récidive parce qu'elles retardaient sa manifestation. Autrement dit, les délinquants qui avaient reçu des visiteurs mais qui finisaient par récidiver le faisaient beaucoup plus tard que ceux qui n'avaient pas reçu de visiteurs, ce qui signifie qu'ils avaient réussi à vivre dans la collectivité plus longtemps avant de retomber dans la criminalité. Collectivement, les résultats de l'étude de Bales et Mears (2008) appuient fortement l'idée d'un lien entre les visites et une baisse de la récidive.

Étude actuelle

Jusqu'à maintenant, les écrits ont démontré l'existence de liens positifs entre la participation des détenus à des programmes de visites et un accroissement de la stabilité familiale, une amélioration du comportement en établissement et une baisse des taux de récidive. Bien que nombre d'études aient démontré l'existence de liens remarquables, leur applicabilité aux détenus canadiens purgeant une peine de ressort fédéral est loin d'être évidente étant donné l'existence de nombreuses lacunes dans les écrits actuels. D'abord et avant tout, la plupart des recherches sont basées sur des échantillons américains et sont assez désuètes. En effet, bon nombre des études ont été menées dans les années 1970 ou même avant. Deuxièmement, peu de chercheurs ont exploré de manière exhaustive les effets de la participation aux programmes de visites sur les résultats postlibératoires en examinant tant la récidive que la réincarcération. En outre, bon nombre d'études ont porté sur la participation soit à un programme de visites générales soit à un programme de VFP; aucune des recherches publiées n'a examiné les deux types de visites au sein du même échantillon. La présente étude vise donc à combler un certain nombre de ces lacunes en examinant le lien entre la participation tant aux visites ordinaires qu'aux VFP et les taux de réincarcération et de récidive parmi les détenus canadiens purgeant une peine de ressort fédéral.

MÉTHODE

Les données utilisées pour cette étude ont été extraites du Système de gestion des délinquant(e)s (SGD), le système automatisé de données sur les délinquants du SCC, pour tous les délinquants libérés durant l'exercice 2005-20064. Pour chaque délinquant, on a recueilli des données sur les variables démographiques et de contrôle, la participation aux programmes des visites durant l'année précédant la mise en liberté5 et les résultats postlibératoires durant les deux années suivant immédiatement la mise en liberté. On n'a retenu aux fins d'analyse que les délinquants pour lesquels toutes les données étaient disponibles, ce qui a produit un échantillon de 6 537 délinquants.

Variables démographiques et de contrôle

Étant donné que les analyses menées dans le cadre de cette enquête visaient à distinguer le lien entre les visites et la récidive, indépendamment des différences pouvant exister entre les délinquants, il était important de contrôler statistiquement dans les analyses un certain nombre des facteurs liés aux différences entre délinquants. Les variables considérées comme des variables de contrôle ont été choisies à la lumière de constatations antérieures montrant leur lien avec les résultats postlibératoires. Signalons plus particulièrement que les analyses ont porté sur les variables de contrôle suivantes : sexe; origine ethnique (Blanc, Autochtone, autre/inconnue); type de peine (d'une durée déterminée, d'une durée indéterminée); part de la peine purgée avant la mise en liberté; type d'infraction (avec violence, en matière de drogues, contre les biens, autres); risque. Ce dernier facteur était particulièrement important étant donné que le risque de récidive d'un délinquant constitue en lui-même un miroir de nombreux autres facteurs pertinents. Cette variable de contrôle remplace donc plusieurs autres variables, y compris celles du comportement en établissement et des antécédents criminels.

Visites

Pour bien évaluer le lien entre les visites et la récidive, plusieurs mesures des visites ont été utilisées, basées largement sur celles de Bales et Mears (2008). Premièrement, des variables dichotomiques ont été créées pour établir si le délinquant avait reçu une visite et avait participé à une VFP au cours des 12 derniers mois de son incarcération. Deuxièmement, le nombre de visites et le nombre de VFP au cours des 12 derniers mois ont également été examinés. Étant donné que ces deux variables sont désaxées vers la droite, les valeurs ont été tronquées à 12 pour les visites en général et à trois pour les VFP6. Cette troncature a permis de faire en sorte que les données se prêtent à l'analyse statistique. Troisièmement, des variables dichotomiques ont été créées pour la relation entre le visiteur et le délinquant. Autrement dit, des variables distinctes ont été créées pour indiquer si la visite ou la VFP était avec le père ou la mère, le conjoint, la personne la plus proche, un enfant, un autre parent, un ami ou une autre personne . Enfin, une variable a été créée pour représenter la récence tant des visites générales que des VFP durant la dernière année d'incarcération. Cette variable était basée sur le mois durant lequel le délinquant avait reçu des visites et participé à des VFP; le poids maximal a été accordé aux visites survenues dans le mois précédant immédiatement la mise en liberté et le poids minimal, à celles survenues 12 mois avant la mise en liberté7.

Résultats postlibératoires

Dans cette étude, deux mesures des résultats postlibératoires ont été utilisées : une réincarcération dans un délai de deux ans et une réincarcération avec nouvelle infraction dans un délai de deux ans . Il s'agissait dans le premier cas d'une réincarcération sous responsabilité fédérale (p. ex. suspension de la liberté conditionnelle, révocation de la liberté conditionnelle, nouvelle infraction), tandis que, dans le deuxième cas, il s'agissait d'une réincarcération sous responsabilité fédérale pour perpétration d'une nouvelle infraction (c.-à-d. révocation de la liberté sous condition en raison d'une nouvelle infraction; nouvelle condamnation). Cela permettait d'examiner séparément le lien entre les visites et la récidive et le lien entre les visites et une réincarcération.

Il faut signaler que dans le cas des délinquants parvenus à la fin de leur peine durant la période de suivi de deux ans, toute nouvelle condamnation postérieure à cette période qui a entraîné une peine de ressort provincial ou territorial (c.-à-d. une peine de moins de deux ans) n'a pas été prise en compte dans ces données. Pour inclure ces données, il aurait fallu coder manuellement les dossiers de la Gendarmerie royale du Canada, tâche qui, compte tenu des ressources humaines disponibles, n'était pas possible dans le cadre de cette étude.

RÉSULTATS

Description de l'échantillon

Le Tableau 1 donne une vue d'ensemble des variables incluses dans cette étude. Comme la plupart des participants étaient des hommes, nous présentons les éléments d'information descriptifs séparément pour les hommes et pour les femmes. Dans les deux groupes, la plupart étaient des Blancs. Environ 20 % des délinquants de sexe masculin et environ 25 % des délinquantes étaient des Autochtones. Les délinquants étaient en moyenne âgés de 35 ou 36 ans au moment de leur mise en liberté.

De nombreux délinquants ont été déclarés coupables de plusieurs types d'infractions, et environ les deux tiers ont été condamnés pour des infractions avec violence. Parmi les hommes, la deuxième catégorie d'infractions en importance (correspondant à un peu moins de la moitié) était celle des infractions contre les biens; toutefois, parmi les délinquantes, les infractions en matière de drogues venaient en seconde place, puisque environ deux femmes sur cinq ont été déclarées coupables de ce genre de crime. Plus de la moitié des délinquants dans chacun des groupes ont aussi été déclarés coupables d'« autres » infractions, soit le plus souvent d'infractions liées à l'administration de la justice, comme le défaut de comparution. La durée moyenne de la peine purgée avant la mise en liberté était très différente pour les hommes et pour les femmes : les hommes avaient ordinairement purgé un peu moins de trois ans et demi de leur peine, tandis que les femmes avaient en moyenne purgé un peu plus de deux ans.

Il y avait aussi des différences importantes en ce qui concerne les niveaux de risque déterminés chez les hommes et les femmes avant leur mise en liberté. Relativement peu d'hommes ont été jugés à faible risque, mais plus du tiers des femmes ont été évaluées à ce niveau. Inversement, alors que moins du quart des femmes ont été jugées à risque élevé avant leur mise en liberté, cette cote était la plus courante parmi les hommes. En accord avec ces niveaux de risque, on constate que les femmes ont obtenu dans une plus forte proportion la semi-liberté (51 %) et la libération conditionnelle totale (5 %) que les délinquants de sexe masculin (29 % et 3 % respectivement)8. En outre, 43 % des délinquantes et 66 % des délinquants de sexe masculin ont obtenu la libération d'office automatique (non discrétionnaire) après avoir purgé les deux tiers de leur peine. Dans cet échantillon, 1 % des femmes et 3 % des hommes ont été maintenus en incarcération après leur date de libération d'office et libérés uniquement à la fin de leur peine.

Participation aux programmes de visites

Les proportions d'hommes et de femmes qui ont reçu des visites au cours de leur dernière année d'incarcération avant la mise en liberté différaient sensiblement. On constate en effet une différence de 8 % entre les deux groupes : 46 % des délinquants et 54 % des délinquantes ont reçu des visites. Cela dit, parmi ceux qui ont reçu des visites, les hommes ont eu tendance à enregistrer un nombre moyen légèrement plus élevé de visites. Dans l'ensemble, la proportion de délinquants ayant participé à des VFP était beaucoup plus petite (9 % des hommes et 10 % des femmes); dans ce cas également, parmi les délinquants qui ont participé à ces visites, les hommes ont enregistré un nombre moyen légèrement plus élevé de VFP que les femmes.

En ce qui concerne les visiteurs, il est clair que les visites du père ou de la mère, d'autres parents, du conjoint et des amis étaient les plus courantes. Un examen des différences entre les sexes montre que les hommes ont reçu en plus forte proportion des visites de leur conjointe, tandis que les femmes ont reçu surtout des visites de leurs enfants et d'amis.

Résultats postlibératoires

Dans l'ensemble, un peu moins de la moitié des délinquants inclus dans cet échantillon ont été réincarcérés sous responsabilité fédérale dans un délai de deux ans, les hommes en plus forte proportion que les femmes. Parmi les hommes qui ont été réincarcérés, 40 % (ou 18 % de tous les délinquants) l'ont été pour avoir commis une nouvelle infraction; parmi les femmes, 27 % (ou 10 % de tous les délinquants) l'ont été pour cette raison.

Tableau 1 :

Statistiques descriptives des variables de l'étude
Variable Hommes (N = 6,206) Femmes (N = 331)
M ET % (n) M ET % (n)
Origine ethnique  
Blanc     70 4 339     57 188
Autochtone     19 1 179     27 90
Autre/inconnue     11 688     16 53
Âge à la mise en liberté 35,8 10,5     35,1 9,2    
Type d'infraction a  
Avec violence     69 4 309     61 202
Drogues     26 1 627     38 126
Contre les biens     45 2 763     30 98
Autre     71 4 379     58 191
Peine  
De durée indéterminée     3 181     3 9
Durée de la peine actuelle purgée (en mois) 40,5 52,8     25,0 35,0    
Dernière évaluation du niveau de risque  
Faible     12 734     39 128
Moyen     43 2 690     39 129
Élevé     45 2 782     22 74
Visites durant la dernière année d'incarcération  
Visites reçues     46 2 854     54 180
VFP     9 567     10 32
Nombre de visites (tous les détenus) 3,1 4,5     3,3 4,5    
Nombre de VFP (tous les détenus) 0,2 0,6     0,2 0,5    
Nombre de visites (détenus visités) 6,8 4,5     6,1 4,5    
Nombre de VFP (détenus participant à des VFP) 2,0 0,9     1,6 0,8    
Visiteurs b  
Père ou mère     22 1 385     23 77
Conjoint     14 870     11 37
Personne la plus proche     4 217     4 14
Enfants     3 165     8 27
Autres parents     19 1 152     19 62
Amis     14 858     20 66
Autres personnes     6 353     6 21
Scores de récence  
Score de récence des visites 1,3 2,0     1,3 1,8    
Score de récence des VFP 0,1 0,5     0,1 0,5    
Résultats postlibératoires (dans un délai de deux ans)  
Réincarcération (n'importe quelle raison)     44 2 736     38 124
Nouvelle infraction     18 1 085     10 34
Nouvelle infraction (parmi les délinquants réincarcérés)     40 1 085     27 34

Nota : a  = la somme des types d'infractions dépasse les totaux parce que certains délinquants ont été déclarés coupables de divers types d'infractions.
b  = la somme des visiteurs est supérieure au nombre de visites parce que les délinquants peuvent recevoir simultanément plusieurs types de visiteurs.

Différence entre les sexes

Étant donné que le nombre d'hommes dépassait largement celui des femmes dans cet échantillon, il fallait déterminer s'il convenait de mener les analyses séparément ou ensemble pour les hommes et les femmes. Cela était d'autant plus important qu'il y avait des différences entre les taux de participation aux programmes de visites entre les deux sexes. En outre, un nombre considérable d'auteurs, s'inspirant du travail de Miller (1976) sur la théorie relationnelle culturelle, soutiennent que les femmes attribuent une grande valeur aux relations interpersonnelles et se définissent souvent en fonction de leurs relations. Cela s'appliquerait davantage aux femmes qu'aux hommes. Ces recherches appuieraient donc l'argument au sujet d'une différence entre hommes et femmes quant à l'incidence des visites.

Cela dit, il fallait aussi déterminer s'il convenait de faire des analyses distinctes pour les hommes et les femmes sur le plan statistique. Signalons plus précisément qu'il ne convient pas d'effectuer des analyses statistiques pour des groupes distincts si la variable du groupe (dans ce cas, le sexe) n'est pas liée à la relation entre les variables indépendantes et dépendantes d'une étude (dans ce cas, les visites et les résultats postlibératoires). Un certain nombre de régressions logistiques ont donc été effectuées pour déterminer l'importance statistique de ces couples d'interaction9. Les résultats ont révélé l'absence de ces effets d'interaction. Cela signifie que les motifs d'association entre les variables des visites et des résultats postlibératoires utilisés dans cette étude ne sont pas influencés par le sexe du délinquant. C'est pourquoi toutes les analyses subséquentes ont porté sur les délinquants et délinquantes confondus.

Relations entre les visites et les résultats postlibératoires

Des régressions logistiques ont été effectuées pour déterminer la relation entre les visites et les résultats postlibératoires. Dans chaque analyse, les variables de contrôle du sexe, de l'origine ethnique, de l'âge à la mise en liberté, du type de peine (d'une durée déterminée par opposition à une durée indéterminée), la durée de la peine actuelle purgée, le type d'infraction (violence, drogues, biens, autre)10 et le risque ont toutes été entrées en un premier bloc. Les variables liées aux visites ont toujours été entrées comme un second bloc. Cette façon de procéder a permis de cerner les effets particuliers des visites sur les résultats postlibératoires après prise en compte de l'influence de chacune des variables de contrôle.

Même si l'existence de conceptualisations multiples des visites et des résultats postlibératoires a nécessité l'exécution d'un nombre passablement élevé d'analyses de régression, le Tableau 2 donne les résultats de deux analyses qui présentent assez bien la tendance générale qui se dégage des résultats. Après prise en compte des liens entre les variables de contrôle et la réincarcération, tant le nombre de visites que le nombre de VFP auxquelles le délinquant avait participé étaient liés à la réincarcération. Plus précisément, plus le nombre de visites augmentait, plus le risque de réincarcération dans un délai de deux ans diminuait. Toutefois, comme le montrent les valeurs Nagelkerke R2 relativement faibles, les effets de ces variables n'expliquaient qu'une faible proportion de la variance dans le résultat de la réincarcération. Autrement dit, de nombreuses autres variables, qui ne sont pas représentées dans ces équations, contribuent aussi sensiblement à expliquer les résultats postlibératoires. Bien sûr, cela est parfaitement logique étant donné que des facteurs comme le soutien communautaire du délinquant, sa consommation de substances intoxicantes, sa participation aux programmes et l'état de ses relations sont aussi tous liés aux résultats postlibératoires.

Néanmoins, le lien entre les visites et la réincarcération était significatif tant sur le plan statistique que dans la pratique. Comme on peut le voir au Modèle 1, pour chaque visite à laquelle le délinquant a participé, le risque de réincarcération11 a diminué de 2,2 % (c.-à-d. 1 - exp[-0,022]). Cet effet était cumulatif dans ce sens où le délinquant qui recevait 6,7 visites (la moyenne parmi ceux qui ont reçu des visites) présentait un risque de réincarcération de 13,7 % inférieur à celui du délinquant qui n'avait reçu aucune visite (c.-à-d. 1 - exp[6,7 × -0,022]). En ce qui concerne les VFP (voir le Modèle 2), le risque de réincarcération diminuait de 12,2 % par visite, de sorte que le délinquant qui avait participé à 2,0 VFP (la moyenne parmi les délinquants ayant participé aux VFP) présentait un risque de réincarcération de 21,7 % inférieur à celui du délinquant n'ayant pas participé à des VFP.

Tableau 2  :

Régression logistique de toute réincarcération par rapport au nombre de visites
Variable Modèle 1 : nombre de visites Modèle 2 : Nombre de VFP
β ET RC β ET RC
Bloc 1  
Sexe (homme) -0,013 0,125 0,987 -0,013 0,125 0,987
Ethnie autochtone (non) -0,555*** 0,104 0,574 -0,548*** 0,105 0,578
Ethnie blanche (non) -0,403*** 0,092 0,668 -0,396*** 0,092 0,673
Âge à la mise en liberté -0,003*** 0,000 0,997 -0,003*** 0,000 0,997
Type de peine (d'une durée déterminée) -0,340 0,204 0,712 -0,319 0,204 0,727
Durée purgée -0,003*** 0,001 0,997 -0,003*** 0,001 0,997
Infraction avec violence (non) -0,197** 0,062 0,821 -0,195** 0,062 0,823
Infraction en matière de drogues (non) -0,147* 0,063 0,863 -0,146* 0,063 0,864
Infraction contre les biens (non) -0,612*** 0,057 0,542 -0,625*** 0,057 0,535
Autre infraction (non) -0,414*** 0,063 0,661 -0,412*** 0,063 0,662
Risque 0,392*** 0,042 1,480 0,404** 0,042 1,497
Bloc 2  
Variable des visites (non) -0,022*** 0,006 0,978 -0,130** 0,043 0,878
Constante 1,639 0,285   1,526 0,283  
Bloc χ2 13,95 (1)*** 9,19 (1)**
Modèle χ2 682,09 (12)*** 677,33 (12)***
Nagelkerke R 2 0,13 0,13

* p < 0,05; ** p < 0,01; *** p < 0,001. Les catégories de référence sont indiquées entre parenthèses après chaque variable.

Les nombreuses analyses effectuées ont permis de tirer plusieurs conclusions. Premièrement, il était évident que le lien entre les visites et la réincarcération était beaucoup plus fort que le lien entre les visites et la récidive. Autrement dit, selon la définition des résultats postlibératoires, on a abouti à des résultats fort différents. Les visites étaient liées à une baisse de la réincarcération, mais non pas généralement à une baisse de la récidive. Il y a toutefois lieu de noter une exception, soit le fait d'avoir reçu les visites du conjoint; en effet, les délinquants qui ont reçu des visites de leur conjoint présentaient un risque plus faible de récidive que ceux qui n'en avaient pas reçu.

Pour ce qui est de la partie de la définition des résultats postlibératoires correspondant uniquement à la réincarcération, tant les visites en général que la participation à des VFP tendaient à être liées à de meilleurs résultats. La seule exception était la variable une visite . Le fait d'avoir reçu une visite n'était pas lié à des résultats postlibératoires différents, mais le nombre de visites l'était. Cette différence peut être attribuable à la sorte de visites reçues; les détenus qui ont reçu de nombreuses visites peuvent avoir bénéficié d'un soutien constant dont n'ont pas joui nécessairement leurs pairs qui n'ont reçu qu'une visite ou un nombre minimal de visites. Par contre, en ce qui concerne les VFP, tant le fait d'avoir participé à une VFP que le nombre de VFP étaient liés aux résultats. Cela traduit éventuellement l'engagement plus sérieux nécessaire de la part du visiteur qui participe à ces visites prolongées; cet engagement peut être lié au soutien ou à d'autres facteurs qui aident le délinquant à éviter la réincarcération.

Les analyses de suivi ont révélé que tant le moment de la visite que le type de visiteur contribuaient également au risque de réincarcération. Les scores de récence calculés tant pour les visites en général que pour les VFP étaient liés à la réincarcération après prise en compte de l'influence des variables de contrôle : les délinquants qui avaient reçu des visiteurs et participé à des VFP plus récemment étaient beaucoup moins susceptibles d'être réincarcérés. En outre, le fait d'avoir reçu les visites du père ou de la mère ou d'un enfant, ainsi que la participation à une VFP avec le conjoint étaient tous liés à une baisse du risque de réincarcération.

Analyses de survie

Une série de régressions de Cox a également été effectuée pour déterminer si la participation aux programmes de visites était liée à la vitesse à laquelle les délinquants étaient réincarcérés ou récidivaient. Ces analyses ont inclus le premier bloc de variables ci-dessus, de sorte que les résultats ne traduisent que l'influence des visites au-delà de celle des variables de contrôle. Les résultats étaient très semblables à ceux des analyses antérieures et ont démontré que le fait de recevoir des visites et la participation à des VFP étaient tous deux liés de manière significative à la capacité à rester plus longtemps dans la collectivité (voir la Figure 1). Les analyses ont également confirmé l'existence d'un lien entre un nombre accru de visites et de VFP et une réincarcération plus tardive. Toutefois, comme c'était aussi le cas pour la plupart des analyses déjà signalées, il n'y avait pas de liens entre les diverses variables des visites et la récidive.

Figure 1 : Proportion des délinquants qui restent dans la collectivité en fonction des visites reçues

Proportion des délinquants qui restent dans la collectivité en fonction des visites reçues

Proportion des délinquants qui restent dans la collectivité en fonction des visites reçues

Effets d'interaction

Il nous intéressait aussi de voir s'il y avait interaction entre des caractéristiques démographiques ou liées aux infractions et les visites pour ce qui est des répercussions sur les résultats postlibératoires. Autrement dit, un effet d'interaction explique que des liens peuvent être plus forts ou différents (p. ex. dans le sens opposé) pour les individus qui présentent une certaine caractéristique que pour ceux qui ne la possèdent pas. Une autre série de régressions logistiques a été utilisée pour examiner l'influence possible des effets d'interaction suivants : les interactions entre les variables dichotomiques des visites (c.-à-d. une visite et une VFP ) et chacune des variables du sexe, de l'origine ethnique, de la durée de la peine purgée et du risque. Seules les régressions utilisant la mesure générale de la réincarcération comme résultat postlibératoire sont signalées, étant donné qu'on a trouvé initialement très peu de résultats significatifs en s'arrêtant à la récidive.

Figure 2 : Lien entre les visites et la réincarcération en fonction de l'origine ethnique autochtone et du risque

Lien entre les visites et la réincarcération en fonction de l'origine ethnique autochtone et du risque

Une seule interaction statistiquement significative a été constatée : celle entre les visites et l'origine ethnique autochtone, p < 0,01. On n'a trouvé aucune interaction significative ou même approchant la signification statistique pour les VFP. La Figure 2 est utile pour interpréter l'interaction entre les visites et l'origine ethnique — elle montre les probabilités prévues de réincarcération, toutes les variables de contrôle étant constantes, à chaque niveau d'interaction. Comme on peut le voir, les effets des visites sur la probabilité de réincarcération sont beaucoup plus marqués pour les délinquants non autochtones que pour les délinquants autochtones.

Parmi les couples d'interactions examinés, celui des visites et du risque approchait aussi la signification statistique à p = 0,09. Dans ce cas également, la Figure 2 constitue une représentation visuelle des probabilités prévues de réincarcération des délinquants en fonction de cette interaction. Même si les délinquants présentant un niveau plus faible de risque avaient aussi une probabilité moindre de réincarcération en général, l'effet protecteur des visites était moins prononcé aux niveaux inférieurs de risque.

DISCUSSION

La présente étude avait pour but d'examiner le lien entre la participation à des programmes de visites et les résultats postlibératoires. Les résultats de l'étude démontrent de manière concluante que ce lien existe et que les caractéristiques des visites influent sur le lien. Signalons plus précisément qu'un nombre supérieur de visites et de VFP, la relative récence de celles-ci, les visites par le père ou la mère et les enfants et les VFP avec le conjoint étaient tous liés à une probabilité réduite de réincarcération après prise en compte des effets de l'origine raciale, du sexe, de l'âge à la mise en liberté, du type de peine, du type d'infraction et du risque. Tant les visites en général que les VFP étaient liées à une réincarcération plus tardive.

Clairement, certaines caractéristiques démographiques et liées à l'infraction exerçaient une influence sur l'importance du lien entre les visites et la réincarcération. Signalons notamment celle de l'origine ethnique, l'écart quant aux probabilités prévues entre les délinquants visités et les délinquants non visités étant de 19 points pour les délinquants non autochtones et de seulement sept points pour les délinquants autochtones. Certaines composantes culturelles contribuent sans doute à expliquer cet écart, mais il faudra poursuivre les recherches avant de mieux comprendre les raisons à l'origine de ce résultat.

Il y a également lieu de noter que la participation aux visites était liée beaucoup plus systématiquement à la réincarcération en général qu'à la récidive; en effet, de nombreuses analyses effectuées dans ce contexte ont démontré que la participation à des visites n'était pas liée à une réduction de la récidive. La seule exception était les visites du conjoint, qui étaient liées à une baisse du risque de récidive. D'une manière générale, les tendances qui se dégagent de ces résultats semblent indiquer que l'incidence des visites se manifeste peut-être surtout sur le plan de la réincarcération pour des raisons autres qu'une nouvelle infraction, comme le manquement aux conditions.

Interprétation des résultats

Il est difficile à prime abord d'expliquer pourquoi la participation à des visites peut être liée à une baisse des manquements aux conditions de la surveillance plutôt qu'à une baisse de la récidive. Il se pourrait donc qu'une interprétation plus juste soit que les visites sont liées tant à une baisse des manquements aux conditions de la surveillance qu'à la réaction de l'agent de libération conditionnelle à ces manquements. Les agents de libération conditionnelle dans la collectivité jouissent d'un pouvoir discrétionnaire considérable pour ce qui est de leur manière de réagir à des manquements. Dans la pratique, cela signifie qu'ils peuvent choisir de discuter tout simplement du comportement avec le délinquant, de recommander que la liberté de ce dernier soit suspendue ou de prendre une autre mesure. L'intervention choisie dépend en définitive de la façon dont l'agent de libération conditionnelle perçoit les répercussions du manquement sur la capacité à gérer correctement et en toute sécurité le délinquant dans la collectivité. Si l'agent estime que le manquement montre que le risque de récidive du délinquant est devenu impossible à gérer, il peut recommander une suspension de la liberté sous condition.

Dans ce contexte, le lien entre les visites et la réincarcération pourrait signifier, vu l'absence d'un lien analogue entre les visites et la récidive, qu'aux yeux de leurs agents de libération conditionnelle, les délinquants qui ont participé à des visites présentent des niveaux de risque plus gérables que ceux qui ont moins participé aux programmes de visites ou qui n'y ont aucunement participé. Il ressort clairement des recherches qu'il existe un lien entre les visites et une plus grande stabilité familiale (Hopper, 1989; Rutland, 1995 cité dans Hensley, Rutland et Gray-Ray, 2000). On a en outre constaté qu'un soutien familial stable, surtout de la part du conjoint ou de la personne la plus proche, favorisait la réinsertion sociale (Sampson et Laub, 1990). Les agents de libération conditionnelle semblent en être conscients. Dans une étude où l'on a demandé à des agents de libération conditionnelle canadiens d'indiquer ce dont les délinquants sous responsabilité fédérale nouvellement libérés avaient besoin pour réussir, un des sept thèmes qui s'est dégagé était celui de la structure , caractérisée par des notions comme celles de personne la plus proche , soutien communautaire et modèle de comportement positif (Brown, 2004). Il est donc facile de comprendre que, face à deux délinquants par ailleurs semblables impliqués dans le même manquement aux conditions, un agent de libération conditionnelle juge que le soutien familial plus solide assuré à un délinquant (manifesté en partie par la participation du délinquant aux programmes des visites) permet de conclure que le risque présenté par ce dernier est plus facile à gérer que celui de l'autre délinquant.

Comme les taux de réincarcération sont plus faibles pour les délinquants qui ont participé à des visites et que ces derniers mettent aussi plus de temps à être réincarcérés, la proportion de délinquants visités qui demeurent dans la collectivité après la mise en liberté est supérieure à celle des délinquants qui n'ont pas été visités. Cela signifie qu'il y a une plus forte proportion de délinquants visités qui ont l' occasion de récidiver (les occasions de commettre une nouvelle infraction étant plus courantes dans la collectivité que dans le contexte très structuré d'un établissement). Par conséquent, si le taux de manquement aux conditions est identique pour les délinquants visités et les délinquants non visités et qu'il n'y a vraiment aucune différence quant à la capacité à gérer le risque de ces délinquants, il est normal que le taux de récidive des délinquants visités soit plus élevé parce que ces derniers ont davantage l'occasion de commettre des infractions. Autrement dit, le fait qu'aucune différence n'a été décelée dans les taux de récidive entre les délinquants visités et les délinquants non visités, malgré cette différence sur le plan de l'occasion de commettre de nouvelles infractions, signifie que les délinquants visités qui ont manqué aux conditions de leur surveillance étaient en fait convenablement gérés dans la collectivité.

Il y a aussi une autre explication possible : il se peut que les manquements aux conditions ou autres comportements de la part des délinquants qui n'ont pas reçu de visite aient été plus graves ou qu'ils aient traduit une plus grande probabilité de récidive. Comme nous l'avons déjà signalé, des agents de libération conditionnelle recommandent la suspension de la liberté sous condition lorsqu'ils estiment que le risque que le délinquant commette une nouvelle infraction ne peut pas être géré. Comparativement aux délinquants qui ont reçu des visites, ceux qui n'ont pas reçu de visite ont manifesté dans une plus forte proportion des comportements que les agents de libération conditionnelle ont jugé révélateurs du fait que le risque de récidive ne pouvait être géré dans la collectivité. Les taux plus élevés de réincarcération affichés par les délinquants qui n'ont pas reçu de visite peuvent donc être attribuables en partie à des cas qui auraient résulté en une récidive si les agents de libération conditionnelle avaient autorisé le délinquant à rester dans la collectivité. Autrement dit, une partie des réincarcérations correspondrait à des cas de récidive qui ont été évités grâce à une bonne gestion de cas.

Quelle que soit l'interprétation juste, et il se peut que les deux soient partiellement exactes, les données mènent clairement à une conclusion : les délinquants qui reçoivent des visites parviennent à rester dans la collectivité plus longtemps que ceux qui ne reçoivent pas de visite, sans augmentation connexe de la récidive. Cette conclusion prouve que les délinquants qui reçoivent des visites coûtent moins chers à gérer que ceux qui n'en reçoivent pas. Signalons plus précisément que les coûts correctionnels sont beaucoup plus élevés pour les détenus que pour les délinquants gérés dans la collectivité, puisqu'ils s'élèvent en moyenne à 88 067 $ par année contre 23 105 $ par année respectivement (Sécurité publique Canada, 2007). Comme les délinquants visités peuvent dans une plus grande proportion être gérés dans la collectivité, sans qu'il y ait de différence dans la récidive, il s'ensuit que de plus fortes proportions de délinquants visités entraînent cette baisse de coût.

Conséquences sur les opérations

D'abord et avant tout, la présente étude montre que la participation aux programmes de visites et de VFP n'est pas liée à des résultats postlibératoires négatifs. De plus, comme nous l'avons vu, les données montrent que les délinquants qui reçoivent des visites peuvent être gérés plus efficacement après leur mise en liberté que ceux qui n'en reçoivent pas, puisqu'ils sont réincarcérés dans une plus faible proportion. Ce dernier point pourrait devenir plus important dans l'avenir étant donné que les coûts d'incarcération des délinquants ont augmenté considérablement ces dernières années, passant de 363 $ par délinquant par jour en 2000-2001 à 467 $ par délinquant par jour en 2005-2006 (en dollars constants; Sécurité publique Canada, 2006; 2007).

Sur le plan opérationnel, il y a un certain nombre d'autres points à signaler en ce qui concerne les visites. Les recherches qualitatives ont démontré que les délinquants apprécient leurs privilèges de visites et qu'ils ne veulent pas les compromettre (Carter, 1989). On a en outre constaté un lien entre la participation aux programmes de visites et une baisse du comportement de violence parmi les détenus (Hensley, Rutland, Gray-Ray et Durant, 2000). Cela peut s'expliquer de différentes façons, notamment : a) les délinquants se comportent mieux pour ne pas compromettre leurs privilèges de visites; b) les délinquants qui participent aux programmes de visites tirent certains avantages de cette expérience de sorte que leurs inconduites subséquentes sont moins violentes. Quand le sens du lien entre le comportement en établissement et les visites sera mieux compris, les autorités correctionnelles pourront réglementer les visites de telle façon à promouvoir un comportement positif ou à décourager un comportement négatif.

Limitations et pistes futures

Malgré le caractère exhaustif de cette étude, il faudra examiner de plus près certains aspects. Tout d'abord, même si de nombreuses variables de contrôle ont été incluses dans les analyses présentées, il se peut que certaines variables pertinentes aient été omises. Ainsi, on a exclu les indicateurs d'antécédents criminels, qui semblaient bien représentés par la variable du risque , mais l'utilisation d'un plus vaste éventail de variables de contrôle aurait pu produire des résultats légèrement différents. Cela dit, les tendances qui se dégagent des résultats sont passablement claires, et il est peu probable que les résultats auraient été sensiblement différents.

Une recherche plus pressante que celle portant sur un éventail élargi de variables de contrôle serait celle qui prolonge la présente étude. Il serait particulièrement intéressant de mener des recherches qualitatives ou expérimentales auprès d'agents de libération conditionnelle pour examiner l'exactitude de l'interprétation des résultats proposée ci-dessus, autrement dit que les agents de libération conditionnelle réagissent de façon moins punitive aux manquements aux conditions commis par des délinquants qui ont reçu des visites plutôt que par ceux qui n'en ont pas reçu parce qu'ils considèrent les premiers comme étant plus faciles à gérer dans la collectivité. Il serait aussi utile d'effectuer des recherches pour mieux comprendre les facteurs à l'origine des effets d'interaction signalés dans la présente étude, spécialement en ce qui concerne les différences entre les délinquants autochtones et les délinquants non autochtones quant à l'incidence des visites. Enfin, il serait intéressant d'examiner de plus près le lien entre les visites et le comportement. Bien que des auteurs (Hensley, Rutland, Gray-Ray et Durant, 2000; Hensley et coll., 2002) aient examiné le lien entre les visites et le comportement en établissement, aucune recherche ne semble avoir été effectuée au cours des trois dernières décennies sur le lien entre les trois facteurs, soit les visites, le comportement en établissement et les résultats postlibératoires (voir toutefois Holt et Miller, 1972). Il serait utile d'examiner les liens entre les trois concepts pour déterminer si le lien entre les visites et les résultats postlibératoires résulte d'une conséquence antérieure sur le comportement en établissement ou s'il existe un lien indépendant du comportement en établissement entre les visites et les résultats postlibératoires.

Conclusion

La présente étude a servi à remédier au manque de recherches sur les visites et les résultats postlibératoires, bien qu'on puisse certes effectuer d'autres recherches sur ce sujet. La contribution peut-être la plus importante de l'étude est qu'elle a prouvé l'existence d'un lien entre les visites et des taux inférieurs de réincarcération. La mise en évidence de ce lien renforce la valeur des programmes de visites tant comme moyen de gérer le risque de réincarcération que comme façon de contribuer à des pratiques correctionnelles efficaces. Elle ouvre aussi la voie à d'autres recherches qui aideront à mieux comprendre les conséquences des visites sur les résultats correctionnels et à déterminer les meilleures façons de tirer parti des conséquences des visites. On trouvera peut-être en définitive des moyens de maximiser les retombées favorables de celles-ci, contribuant ainsi aux efforts de réinsertion sociale des délinquants.

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1 L'expression « visites conjugales » est utilisée principalement aux États-Unis pour désigner des visites privées avec tant le partenaire intime que les autres membres de la famille. Elle correspond à peu près à l'expression « visites familiales privées » utilisée au Canada. Les expressions utilisées dans les pages qui suivent correspondent à celles en usage dans la sphère de compétence où la recherche a été menée.

2 Le SCC gère 58 établissements dits à sécurité minimale, moyenne ou maximale (ou, dans certains cas, à niveaux de sécurité multiples) répartis sur le territoire canadien. En conformité avec la politique (SCC, 2008), des visites sont offertes aux délinquants incarcérés dans chacun de ces établissements. Cela dit, il faut signaler que la proximité géographique et d'autres facteurs peuvent influer sur la mesure dans laquelle ces visites sont possibles tant pour les délinquants que pour les membres de leurs réseaux de soutien dans la collectivité.

3 Les critères d'inadmissibilité au programme des VFP incluent l'incarcération dans l'unité spéciale de détention, le fait d'avoir déjà des permissions de sortir sans escorte pour effectuer des visites familiales et une évaluation de risque de violence familiale.

4 Il convient de signaler que, pour établir la cohorte de cette étude, on a retenu la première mise en liberté survenue durant l'exercice 2005-2006, qui n'était pas nécessairement la première mise en liberté du délinquant. Un délinquant peut par exemple avoir obtenu la libération conditionnelle totale mais avoir été réincarcéré pour manquement aux conditions de sa liberté sous condition. Si la première mise en liberté s'est produite en dehors de la période visée par cette étude et que la deuxième mise en liberté est survenue durant la période visée, c'est cette dernière qui a été retenue.

5 Bien que les données du SGD ne soient pas recueillies principalement en vue de recherches et qu'elles ne soient parfois pas aussi fiables qu'on le voudrait dans ce contexte, les données relatives aux principales variables indépendantes (c.-à-d. les visites et les VFP) étaient de très bonne qualité. Pour chaque visiteur, il existait des dossiers exhaustifs précisant les dates, les noms et la relation avec le détenu.

6 Cette troncature ne résulte pas en une fausse représentation des données étant donné que seulement 14,6 % des membres de l'échantillon ont reçu 13 visites ou plus en général et que seulement 2,1 % ont participé à quatre VFP ou plus. De plus, cette procédure a également été utilisée par Bales et Mears (2008).

7 Cette variable a été calculée de la même façon que dans Bales et Mears (2008). Il s'est agi essentiellement de créer une variable globale pondérée, le calcul étant basé sur un maximum d'une visite par mois. Le plein coefficient de pondération était attribué à toute visite survenues durant le mois le plus proche de la mise en liberté, les 11/12 e du coefficient étant appliqués aux visites dans le mois précédent et ainsi de suite. La variable globale pouvait aller de zéro à 6,5.

8 La semi-liberté est une forme de liberté sous condition dans laquelle les délinquants sont libérés dans la collectivité mais doivent résider à un endroit accrédité et respecter les heures de rentrée (ainsi que d'autres règlements). La libération conditionnelle totale est une forme moins restrictive de liberté sous condition qui n'inclut pas d'assignation à résidence. Elle est en général accordée uniquement après une période de bon fonctionnement en semi-liberté dans la collectivité.

9 Nous reviendrons, pour en discuter plus en profondeur, sur les effets d'interaction ainsi que sur les résultats des analyses les plus pertinentes portant sur des couples d'interaction.

10 Les catégories ne s'excluent pas mutuellement étant donné que certains délinquants ont été déclarés coupables d'infractions de différentes catégories.

11 Dans ce contexte, le mot « risque » renvoie au concept mathématique de risque et de risque relatif approché (c.-à-d. le risque qu'un résultat survienne pour les participants présentant une certaine caractéristique divisé par le risque que ce même résultat se produise pour les participants ne présentant pas la caractéristique en question). Il n'est pas équivalent à la « probabilité ».