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1996 No SR-3
R-52
Organisation du rapport document destiné à la:
Commission nationale des libérations conditionnelles
et au Service correctionnel du Canada
Brian A. Grant, Larry Motiuk, Louis Brunet, Linda Lefebvre
Service correctionnel du Canada
Pierre Couturier
Commission nationale des libérations conditionnelles
août 1996
This report is also available in English. Please contact Correctional Research and Development, Correctional Service of Canada, 340 Laurier Avenue West, Ottawa, Ontario KlA OP9. Pour obtenir des copies supplémentaires, veuillez vous adresser au Secteur de la recherche et développement correctionnels, Service correctionnel du Canada, 340, avenue Laurier ouest, Ottawa (Ontario) KlA OP9.
Dans cette étude, nous examinons le régime de semi-liberté à la lumière des modifications de la Loi sur le système correctionnel et la mise en liberté sous condition (LSCMLC) sanctionnée en 1992. Nous décrivons les tendances du recours aux dispositions de semi-liberté, ainsi que les bénéficiaires de ce régime. Nous analysons les liens entre le résultat de la mise en semi-liberté, dune part, et les risques et les besoins, dautre part. Nous étudions en outre les facteurs déchec de la semi-liberté afin de mieux pouvoir choisir et gérer les cas dans le régime. Nous cernons enfin les différences entre lensemble des détenus mis en semi-liberté et les détenus de sexe féminin ou dorigine autochtone.
De 1987-1988 à 1991-1992, les décisions de libération conditionnelle de la Commission nationale des libérations conditionnelles ont été dans une proportion approximative de 40 % des mesures de mise en semi-liberté, lesquelles ont augmenté en valeur absolue pendant cetteériode. Dans lensemble, environ 40 % des mises en semi-liberté ont été suivies dune libération conditionnelle totale ou dune libération doffice. Daprès les résultats obtenus, il y a des régions qui recourent plus fréquemment au régime de semi-liberté (régions de lAtlantique et du Québec) et les variations en cause sont homogènes pendant les cinq ans considérés. Le taux de révocation de la semi-liberté varie également selon les régions, la région ontarienne ayant vu ce taux largement diminuer ces dernières années.
Les détenus en semi-liberté ont commis des infractions moins graves que celles commises par les délinquants incarcérés. Dans 97 % des cas, la mise en semi-liberté a été la première libération conditionnelle (à lexception des permissions de sortir). Il sagissait dans une proportion de 87 % dune semi-liberté ordinaire avec assignation à résidence. Alors que dautres facteurs inclus dans la LSCMLC ont peut être influés sur les mises en liberté, le changement de date dadmissibilité allant du sixième de la peine à six mois avant la date dadmissibilité à la libération conditionnelle na eu que peu deffet. Seulement 8 % des détenus ont été mis en liberté plus de six mois avant la date dadmissibilité à la libération conditionnelle totale. En fait, 55 % des semi-libertés sont intervenues après la date dadmissibilité à la libération totale; la plupart ont eu lieu à un moment tel que la période de semi-liberté se serait terminée après cette date. On constate donc que la semi-liberté sert dans une large mesure à préparer la libération totale.
Selon les vastes données recueillies dans le cadre de cette étude sur les antécédents familiaux, la moitié des délinquants nont pas vécu et avec leur père et avec leur mère naturels jusquà lâge de 16 ans et, dans 29 % des familles, on relevait des antécédents dalcoolisme ou dautres toxicomanies. Dans 15 % des cas, des problèmes de santé mentale se posaient et, dans le tiers, il y avait eu des infractions à ladolescence. La drogue jouait un rôle dans les deux tiers des cas et lalcool intervenait comme facteur dans les infractions commises par la moitié des détenus. Chez 50 % des détenus, les conditions de vie avaient été instables et ils avaient connu le chômage et des difficultés dordre pécuniaire avant denfreindre la loi.
Les évaluations de risques et de besoins permettent de bien prévoir le résultat des mises en semi-liberté. Le taux déchec (révocation avec ou sans nouvelle infraction) sétablissait approximativement à 10 % dans les cas de risque et de besoins faibles et à 30 % dans les cas où risque et besoins étaient importants. Les besoins de toxicomanie étaient souvent liés à des taux déchec plus élevés. Les analyses du risque et des besoins nont pas permis disoler le phénomène des échecs avec nouvelle infraction.
Nous avons observé une corrélation étroite entre la motivation et le résultat de la mise en semi-liberté, plus particulièrement dans les cas de risque et de besoins élevés. La seule imposition de conditions spéciales par la Commission nationale des libérations conditionnelles nétait pas associée à lissue de la mise en semi-liberté, mais quand les conditions correspondaient aux besoins constatés, on voyait une diminution du taux déchec. Plus de 90 % des détenus en semi-liberté suivaient un programme quelconque pendant quils étaient dans létablissement et cette participation avait à voir avec le résultat de la mise en semi-liberté. Ainsi, on relevait un taux déchec de 44 % pour les détenus à risque élevé qui ne suivaient aucun programme, contre une valeur de 23 % pour les autres détenus. Il ressort des comparaisons régionales que les normes dévaluation du risque et des besoins différaient dans le régime de semi-liberté et que le taux déchec variait amplement selon les régions.
Les détenues étaient plus susceptibles davoir connu de graves difficultés dans leur vie familiale que les hommes. On constatait, par exemple, que la toxicomanie était plus fréquente. Bien que risquant moins que les hommes de souffrir dalcoolisme, elles sexposaient davantage à dautres toxicomanies. Les chances étaient également plus grandes quelles connaissent des problèmes affectifs et quelles aient eu besoin de soins de santé mentale. Leurs antécédents judiciaires de délinquance juvénile étaient semblables à ceux des hommes, mais elles étaient généralement reconnues coupables dinfractions moins graves et recevaient des peines demprisonnement plus courtes. Toutefois, elles avaient autant de chances davoir commis des crimes contre des personnes. Le nombre de victimes et la fréquence de lusage illicite darmes étaient les mêmes que chez les hommes. On jugeait quelles présentaient un risque moindre, mais leurs besoins ressemblaient à ceux des hommes. Elles étaient enfin autant susceptibles que les hommes de bien sen sortir dans leur semi-liberté.
Daprès les résultats de létude, les détenus autochtones ont moins de chances dêtre mis en semi-liberté que prévu. Dans lensemble, ils viennent de milieux plus perturbés, doù la nécessité de contacts plus fréquents avec des établissements spéciaux dintervention ou de prise en charge. À ladolescence, ils ont aussi eu plus de démêlés avec la justice pénale. Dans leurs actes criminels, ils risquent davantage de commettre des voies de fait contre les personnes et de se servir darmes. Linfluence de lalcool est également plus probable. Les toxicomanies, et plus particulièrement lalcoolisme, jouent un grand rôle dans leurs agissements criminels. Bien que sexposant davantage à être considérés comme des délinquants à grand risque, leurs risques et besoins sont plus susceptibles dappartenir à la catégorie moyenne quà la catégorie haute ou basse. Enfin, les probabilités déchec - et avec nouvelle infraction - de la semi-liberté sont plus importantes dans leur cas.
Létude indique que le régime de semi-liberté est un programme efficace de libération anticipée de délinquants à faible risque, ainsi que de libération contrôlée de délinquants à risque un peu plus élevé. La semi-liberté, avec le degré supérieur de surveillance que commande lassignation à résidence, aide le délinquant à se préparer pour sa libération et permet de juger si le détenu est prêt à réintégrer la société avant toute mesure de libération totale ou doffice.
Les auteurs désirent remercier les membres du Comité directeur de les avoir aidés à établir le mandat de cette étude. Ils leur sont également redevables de leur appui et de leurs observations tout au long du projet. Voici les membres de ce comité :
Service correctionnel du Canada : L. Baylis
Commission nationale des libérations conditionnelles :
J. Wilson
Secrétariat du Solliciteur général :
Neuf étudiants ont codé plus de 1 000 dossiers examinés dans le cadre de cette étude. Sans la patience et le dévouement quils ont mis à consigner les données de ces dossiers en toute exactitude, létude naurait pu porter fruit.
Depuis le début de cette étude, on a modifié le régime de semi-liberté en adoptant la Loi sur le système correctionnel et la mise en liberté sous condition vers la fin de 1992. Voici les principaux changements apportés :
Comme la présente étude vise à cerner les facteurs de réussite ou déchec de la semi-liberté, on peut supposer que ces modifications ninflueront pas sur le régime de semi-liberté suffisamment pour changer les résultats de lexercice. Toutefois, il est probable que le nombre de mises en semi-liberté diminuera à cause de lélimination de lexamen automatique et de la révision de la date dadmissibilité. Si ces modifications peuvent réduire la fréquence des mises en semi-liberté, elles nauront aucune incidence sur le genre de personnes mises en semi-liberté. Aussi les résultats de létude sont-ils applicables aux cas actuels de semi-liberté.
Il reste cependant que la diminution des cas avec lexploitation dautres possibilités rendra moins applicables les données tendancielles présentées dans le chapitre 2. Nous ferons le point sur lévolution des taux doctroi et délargissement dans le régime de semi-liberté dans le cadre de lévaluation de la Loi sur le système correctionnel et la mise en liberté sous condition, exercice devant être exécuté pour 1997.
Tous les résultats de létude portent sur les détenus des établissements fédéraux en semi-liberté.
Généralités
Les programmes de libération conditionnelle (permission de sortir, mise en semi-liberté, libération totale et libération doffice [Les dispositions de libération d’office ont remplacé le programme de liberté surveillée dans la Loi sur le système correctionnel et la mise en liberté sous condition , entrée en vigueur le 1 er novembre 1992. Le libéré d’office retourne dans la société après avoir purgé les deux tiers d’une peine d’emprisonnement d’une durée fixe (les peines d’emprisonnement à perpétuité pour meurtre au premier ou au second degré ou pour d’autres actes criminels ne sont pas d’une durée fixe).]) permettent délargir des détenus de sorte quils purgent une partie de leur peine dans la collectivité. En période de liberté conditionnelle, les délinquants ont à respecter des conditions réglementaires de résidence et de comportement. Grâce à ces exigences et à la condition générale du respect de la loi, le système correctionnel peut surveiller le comportement du délinquant et réagir rapidement si les conditions de libération sont enfreintes. Tout au long de sa mise en liberté sous condition, le délinquant peut retourner en prison sil viole les conditions imposées. Tout en donnant toutes les garanties de procédure équitable et de justice devant la loi, on remettra relativement vite en prison un délinquant en liberté sous condition si on constate ou soupçonne quil enfreint les conditions de sa libération. Il nest donc pas nécessaire dattendre quun acte criminel ait été commis.
Si on leur accorde une libération totale ou quils atteignent la date de libération doffice, les détenus sont élargis jusquau terme de leur peine demprisonnement. La semi-liberté est unique en ce quelle est octroyée pour une période relativement courte (six mois en général) et que son terme ne coïncide pas avec celui de la peine. Elle se distingue en outre parce que le délinquant doit résider dans un établissement de correction (prison ou maison de transition) ou sy présenter à intervalles réguliers. Ces exigences restreignent encore plus les activités des délinquants dans la collectivité et permettent au système correctionnel dexercer un contrôle plus étroit sur leurs agissements.
Le régime de semi-liberté existe depuis plus de 25 ans et son application a subi diverses modifications au fil des ans. Nous évoquerons ces changements plus loin dans ce chapitre. En dehors de lÉtude du Solliciteur général sur la mise en liberté sous condition (1981) et de lÉvaluation des dispositions du projet de loi C-67 sur lexamen automatique en vue de la libération conditionnelle de jour (1989), on a consacré peu détudes au régime de semi-liberté. Comme on navait pas examiné ce régime directement en fonction des besoins permanents des programmes, on a décidé deffectuer une étude qui examinent ces questions.
On a chargé un comité directeur et un groupe de travail dexaminer le régime de semi-liberté et, pour ce faire :
Les travaux relatifs au deuxième objectif devaient être présentés dans un rapport distinct, mais les auteurs de ce rapport ont interrompu leurs activités.
Organisation du rapport
Dans le reste de ce chapitre, nous décrirons les sources de renseignements exploitées aux fins du présent examen et ferons lhistorique du régime de semi-liberté dans le système correctionnel fédéral. Le reste du document se divise en gros en quatre parties selon la nature de linformation. Le chapitre 2 présente des données sur les octrois et les élargissements pendant cinq ans dans les régimes de libération totale et de semi-liberté, ainsi que des comparaisons régionales. Le chapitre 3 décrit les méthodes dexamen des dossiers. Le chapitre 4 brosse un tableau détaillé des délinquants en semi-liberté. Les cinquième et sixième chapitres analysent les questions dapplication du régime de semi-liberté avec les facteurs de réussite ou déchec, les relations entre risque et besoins criminogènes et le résultat de la semi-liberté, lincidence des programmes en établissement et dans la collectivité sur lissue des mises en semi-liberté, etc. Les chapitres 7 et 8 analysent respectivement la situation des délinquants de sexe féminin et dorigine autochtone. Enfin, le dernier chapitre résume les résultats et les conclusions.
Sources de renseignements
Lexamen sappuie sur des données puisées à deux grandes sources, à savoir les dossiers de cas et les archives administratives sur support électronique. Les secondes constituent un fonds national dinformation sur toutes les mises en semi-liberté pendant les exercices compris entre 1987-1988 et 1991-1992. Ces données dressent un bilan numérique de lapplication du régime de semi-liberté à la CNLC et portent sur le nombre doctrois de la semi-liberté, le type dachèvement de période de semi-liberté et les autres aspects liés. Cest là, la toile de fond dune description plus détaillée tirée des dossiers de cas.
Les données provenant des dossiers du cas viennent dun échantillon de 1 000 cas de semi-liberté en 1990-1991, lesquels ont été prélevés au hasard sur lensemble des dossiers de cette année. Cest un échantillon dont la taille suffit à une comparaison régionale pour certains facteurs. Les dossiers renseignent sur les antécédents sociologiques et criminels des délinquants, les comportements et les programmes en établissement et les résultats des mises en semi-liberté.
Dans cet examen des dossiers, on cherche principalement à savoir :
Historique du régime de semi-liberté au Canada
Le 27 juin 1994, le régime de semi-liberté avait 25 ans. Le législateur la adopté dans la loi C-150 qui, promulguée en 1969, a donné la première définition légale de la mise en semi-liberté :
«Semi-liberté» Régime de libération conditionnelle dans lequel le détenu réintègre la prison à certains moments ou au bout dune période déterminée (Loi sur la libération conditionnelle).
Les mises en semi-liberté se sont multipliées au fil des ans. Constituant le sixième des libérations conditionnelles accordées par la CNLC les premières années, elles en représentaient plus de la moitié en 1992-1993. La définition légale na pas changé jusquen novembre 1992 où est entrée en vigueur la Loi sur le système correctionnel et la mise en liberté sous condition. Voici comment se définit maintenant la mise en semi-liberté :
«Semi-liberté» Régime de libération conditionnelle limitée accordé pendant la période demprisonnement dun délinquant sous lautorité de la Commission ou dune commission provinciale en vue de le préparer à la libération conditionnelle totale ou à la libération doffice et dans le cadre duquel le délinquant réintègre létablissement résidentiel communautaire, le pénitencier ou létablissement correctionnel provincial chaque soir, à moins dautorisation écrite contraire.
Cette nouvelle définition est nettement plus restrictive que lancienne. Pour comprendre son évolution, il importe de sattacher à quatre périodes du régime de semi-liberté, à savoir (1) son début, (2) sa période intermédiaire, (3) la dernière décennie et (4) le moment présent.
Début
Adoptée en 1959, la Loi sur la libération conditionnelle a habilité la Commission nationale des libérations conditionnelles (CNLC) à accorder la libération totale et diverses formes de libération progressive (libération anticipée, graduelle, temporaire et minimale).
Dans le programme de libération anticipée, le détenu pouvait être libéré jusquà 30 jours plus tôt à des fins de réadaptation ou de recherche dun emploi. Aucune surveillance nétait prévue. Dans le programme de mise en liberté graduelle, les détenus qui avaient obtenu la libération totale pouvaient quitter létablissement pendant de courtes périodes avant leur élargissement définitif pour mieux se réadapter à la société. Le programme de libération temporaire, qui a précédé le régime de semi-liberté, est assimilé dans les Rapports annuels au programme de mise en liberté graduelle sauf quil est destiné aux délinquants non admis à la libération totale. Quant au programme de libération minimale, il permettait délargir un détenu jusquà six mois (un mois par année purgée) avant la date de sa libération éventuelle par réduction de peine. Sous ses diverses formes, la libération progressive a disparu par suite de linstitution du régime obligatoire de liberté surveillée et de semi-liberté en 1969.
Voici comment le Rapport annuel de 1970-1971 décrit le régime de semi-liberté :
La libération conditionnelle de jour, aux termes de laquelle le détenu est autorisé à retourner dans sa collectivité pour plus de 15 jours, est accordée par la Commission. Le détenu doit rentrer à linstitution, quoique pas nécessairement tous les jours. On accorde la libération conditionnelle de jour à un détenu pour lui permettre de fréquenter une école, de suivre des cours professionnels qui ne sont pas dispensés dans linstitution ou de continuer à travailler, si cela peut être utile à sa carrière ou à sa famille.
On a bientôt établi que la permission de sortir était pour moins de 15 jours et la semi-liberté pour une plus longue période. On a fixé la date dadmissibilité à un an avant la date dadmissibilité à la libération totale (DALT) pour ensuite la ramener au sixième de la peine demprisonnement ou à six mois avant la DALT. Dans le Rapport annuel de 1973-1974, on peut voir lévolution de lobjectif du régime de semi-liberté : «La Commission a constaté que loctroi à un détenu dune libération conditionnelle de jour avant sa libération totale est un moyen efficace dévaluer comment il se comportera pendant une libération conditionnelle ordinaire.» Les ressources communautaires posaient un problème les premières années dans le régime de semi-liberté, et ce nest que dans la décennie 1980 quon a mis en place un réseau de centres résidentiels communautaires.
Pendant les dix premières années de ce régime, les octrois sont passés de 487 à 3 109 pour représenter plus de la moitié des libérations conditionnelles accordées par la CNLC.
Période intermédiaire
En 1981, un groupe de travail a reconnu, dans lÉtude du Solliciteur général sur la mise en liberté sous condition, que le régime de semi-liberté avait crû au point de devenir une importante forme de libération conditionnelle. Il a parfois eu des propos acerbes :
La libération conditionnelle de jour est donc une notion très floue et le pouvoir de laccorder très flexible. Dans la mesure où un programme de libération conditionnelle de jour sapparente à la libération conditionnelle totale, cest un programme où le détenu est en bonne partie «à lextérieur». Et dans la mesure où il comprend des congés temporaires ou exceptionnels, cest aussi un programme qui retient encore presque entièrement les délinquants «à lintérieur» du pénitencier. Malheureusement, il existe moins de données sur la libération conditionnelle de jour que sur tout autre programme de libération, sauf les programmes de réduction de peine...
Létude a dégagé sept «fonctions» du régime de semi-liberté :
Les auteurs du rapport ont indiqué les enjeux importants du régime de semi-liberté dans leurs observations en conclusion :
Le Groupe de travail croit, lui aussi, quil faudrait définir avec plus de précision les objectifs de la libération conditionnelle de jour, comme dailleurs les critères suivis pour laccorder. La CNLC devra également soccuper sérieusement des disparités régionales dont font lobjet la conception et lemploi de la libération conditionnelle de jour, qui ne sont pas (contrairement à bon nombre dautres disparités), produites par des différences dans la disponibilité des ressources. Il faudrait déterminer, en particulier, si la libération conditionnelle de jour doit être employée dans les cas présentant relativement peu de risques ou si elle devrait être axée davantage sur les cas «risqués» et sil convient, du point de vue de la justice et de la commisération, daccorder à un détenu une libération conditionnelle de jour avant quil ait purgé le tiers de sa peine. Nous estimons, dune façon générale, quil faudrait recourir davantage à la libération conditionnelle de jour avec résidence dans les CCC ou les CRC sil existe un besoin réel de ressources ou si lon constate la nécessité dune structure additionnelle à court terme ou dune «surveillance» avant la libération conditionnelle totale ou sous surveillance obligatoire. Il nest pas nécessaire que la libération de jour serve de condition préalable à la libération conditionnelle totale. Non plus quil devrait être permis, dans un grand nombre de cas, de retarder la libération conditionnelle totale.
Dernière décennie
Le nombre de mises en semi-liberté a augmenté par suite des modifications apportées à la Loi sur la libération conditionnelle par le projet de loi C-67, qui a été adopté en juillet 1986. Les nouvelles dispositions exigeaient de la Commission un examen automatique de tous les cas de délinquants purgeant une peine demprisonnement de deux ans et plus à la date dadmissibilité à la semi-liberté (au sixième de la peine dans la plupart des cas). Il sagissait de décider de loctroi de la semi-liberté ou de la liberté totale à la date dadmissibilité si le détenu purgeait une peine de trois ans ou moins. Auparavant, tous les délinquants devaient solliciter leur mise en semi-liberté. Les dispositions dexamen automatique ont multiplié les mises en semi-liberté.
LÉvaluation des dispositions du projet de loi C-67 relatives à lexamen automatique en vue de la libération conditionnelle de jour (étude terminée en mars 1989) indique que cet examen automatique à la date seuil dadmissibilité vise :
Moment présent
Avant les dernières mesures législatives en 1992, on a élargi lobjet ou les «fonctions» du régime de semi-liberté et on en a grandement accru lutilisation. Interrogé dans le cadre de lexamen, un cadre supérieur a ainsi résumé lévolution du régime :
Au début, on accordait la semi-liberté dans des cas particuliers et dans des circonstances restreintes; on y voyait une mesure extraordinaire à prendre à légard de sujets hautement méritants. Aujourdhui, le régime est destiné aux sujets hautement méritants ou très difficiles, ainsi quà ceux qui se situent entre ces deux extrêmes. On en use maintenant sans discrimination pour diverses raisons.
La Loi sur le système correctionnel et la mise en liberté sous condition (1992) met fin au mouvement délargissement de la conception et de lapplication du régime. Elle en arrête plus précisément la définition comme nous lavons présentée au début de cette section. Les modifications importantes apportées à lutilisation du régime peuvent se résumer ainsi :
On a révoqué les dispositions dexamen automatique parce que lévaluation de 1989 avait montré limpossibilité de respecter lesprit et la lettre du projet de loi C-67.
La redéfinition de ces quatre paramètres influencera lapplication du régime de semi-liberté et le rapport dutilisation entre ce programme et celui de la libération totale. De futures évaluations indiqueront à quel point elle influera sur la fréquence des mises en semi-liberté.
Le fait quon devienne admissible à la semi-liberté non plus au sixième de la peine, mais six mois avant la date dadmissibilité à la libération totale naura pas de conséquences considérables sur lutilisation du régime de semi-liberté. Daprès les données présentées plus loin dans ce rapport, 8 % seulement des gens mis en semi-liberté lont été plus de six mois avant cette date dadmissibilité.
Introduction
Dans ce chapitre, nous donnerons une idée de lampleur et de la complexité du régime de semi-liberté. Lexamen des dossiers présenté aux chapitres suivants ne porte que sur lexercice 1990-1991. Sans le tableau chronologique que brosse ce chapitre, on pourrait difficilement savoir si les résultats de 1990-1991 sont propres à cet exercice ou valent aussi pour les autres années. Ajoutons que, si le recours au régime de semi-liberté a changé, cette évolution se dégagera des données sur les tendances des cinq années considérées. Si on ne voyait pas de changement, on saurait que ce programme a été stable et na pas évolué de manière à restreindre toute généralisation des résultats de lexamen des dossiers.
Dans ce chapitre,
Sources des données
Nous avons tiré les données sur les décisions et les octrois de liberté totale et de semi-liberté de la base dinformation sur les décisions de la CNLC. Les données sur les mises en semi-liberté et leurs résultats viennent des bases de données administratives du Service correctionnel du Canada (SCC). Nous avons combiné ces deux fonds dinformation à des fins danalyse.
Tableau national Taux doctroi
Le nombre de décisions fédérales de libération conditionnelle de la CNLC [ La Commission nationale des libérations conditionnelles accorde aussi la liberté sous condition aux détenus des établissements provinciaux s’il s’agit de provinces n’ayant pas leur propre commission des libérations conditionnelles.] a augmenté de 18 % pendant les cinq exercices compris entre 1987-1988 et 1991-1992, passant approximativement de 26 500 à 31 000. Les décisions de mise en semi-liberté se sont accrues de 15 % pendant la même période (de 10 500 à 12 000). On peut voir lévolution des chiffres au graphique et au tableau 2-1. Les augmentations sont supérieures à la variation de 11 % de la population écrouée moyenne pendant ce laps de temps. Il est des plus probables que la différence entre laccroissement de la population carcérale et la hausse des décisions prises ne soit pas significative. Il faut comprendre que la population écrouée est le nombre de détenus un jour quelconque sans les détenus qui entrent dans le système carcéral ou en sortent, alors que la base dinformation sur les décisions embrasse tous les cas dune année.
Tableau 2-1: Décisions, octrois et élargissements dans le régime fédéral de semi-liberté, 1987-1988 à 1991-1992
| Année | 1987-1988 | 1988-1989 | 1989-1990 | 1990-1991 | 1991-1992 |
|---|---|---|---|---|---|
| Nombre de décisions | 26 338 | 26 055 | 27 401 | 29 767 | 30 979 |
| Nombre de décisions de mise en semi-liberté | 10 637 | 10 419 | 10 535 | 12 020 | 12 230 |
| Décisions de mise en semi-liberté en proportion de lensemble des décisions | 40 % | 40 % | 38 % | 40 % | 39 % |
| Nombre doctrois | 4 454 | 4 128 | 4 113 | 4 795 | 5 099 |
| Octrois en proportion des décisions | 42 % | 40 % | 39 % | 40 % | 42 % |
| Élargissements | 4 218 | 3 787 | 3 892 | 4 579 | 5 114 |
| Élargissements en proportion des octrois | 95 % | 92 % | 95 % | 95 % | 100 % |
| Achèvements de période de semi-liberté | 4 208 | 3 776 | 3 749 | 3 846 | 3 595 |
| Population écrouée moyenne | 11 969 | 12 291 | 12 642 | 12 864 | 13 248 |
On a accordé la semi-liberté à environ 40 % de ceux dont on a examiné le dossier, comme on peut le voir au Tableau 2-1. La proportion des octrois de semi-liberté a été relativement constante pendant les cinq ans en question, bien quon relève une légère baisse du taux doctroi en 1988-1989 et 1989-1990.
Les décisions de mise en semi-liberté représentent quelque 40 % des décisions de la CNLC. Le Graphique 2-1 indique que cette proportion a été relativement constante pendant les cinq ans en question. En valeur absolue, les décisions de mise en semi-liberté ont constitué environ 12 000 des 31 000 décisions de libération conditionnelle de lorganisme en 1991-1992.
Graphique 2-1: Nombre total de décisions et nombre de décisions de mise en semi-liberté de la CNLC, 1987-1988 à 1991-1992

Le graphique 2-2 indique le nombre doctrois et délargissements pendant ces cinq ans dans le régime de semi-liberté. Le nombre doctrois de semi-liberté est tombé de presque 4 500 en 1987-1988 à environ 4 100 les deux années suivantes. Il a ensuite monté chacune des deux années qui ont suivi pour atteindre quelque 5 100 en 1991-1992, soit 14 % de plus quen 1986-1988. Les élargissements se sont accrus de 21 % pendant la période de cinq ans. Idéalement, octrois et élargissements devraient numériquement correspondre, mais un élargissement peut être retardé dans le régime de semi-liberté jusquà ce quon trouve une place dans une maison de transition (centre correctionnel ou résidentiel communautaire) ou dans un autre programme. Les données du graphique indiquent en outre que le nombre délargissements a mieux concordé avec le nombre doctrois en 1991-1992 que les années précédentes.
Graphique 2-2: Nombre doctrois et délargissements dans le régime de semi-liberté, 1987-1988 à 1991-1992
Types de semi-liberté
On compte quatre principaux types de semi-liberté qui se définissent selon la nature de lassignation à résidence :
Le Tableau 2-2 quantifie en valeur absolue et relative chaque type de semi-liberté. Le régime ordinaire rend compte denviron 85 % de toutes les mises en semi-liberté. Lassignation partielle à résidence (cinq jours en établissement et deux jours à lextérieur) représente 2 % à 4 % des mises en semi-liberté et les autres combinaisons sont moins fréquentes. En 1991-1992, les projets spéciaux ont figuré pour 6 % dans le régime de semi-liberté, première année où on ait exploité ce type de semi-liberté. Dans lensemble, les catégories de semi-liberté nont guère varié pendant les cinq années en cause sauf celle des projets spéciaux.
Tableau 2-2: Types de semi-liberté de 1987-1988 à 1991-1992
| Type | Exercice | ||||
|---|---|---|---|---|---|
| 1987-1988 | 1988-1989 | 1989-1990 | 1990-1991 | 1991-1992 | |
| Régime ordinaire | 85,2 % (3 593) | 85,0 % (3 219) | 85,1 % (3 311) | 83,9 % (3 843) | 83,2 % (4 256) |
| Assignation partielle à résidence | 3,3 % (139) | 3,3 % (125) | 4,6 % (180) | 4,7 % (211) | 3,3 % (159) |
| Projets spéciaux | 0,0 % (0) | 0,0 % (0) | 0,0 % (0) | 0,3 % (14) | 6,4 % (325) |
| Autres régimes | 11,5 % (486) | 11,7 % (443) | 10,3 % (401) | 11,2 % (511) | 7,3 % (374) |
| Total | 4 218 | 3 787 | 3 892 | 4 579 | 5 114 |
Achèvement
Les résultats des mises en semi-liberté peuvent être divers :
On considère comme des cas de réussite les mises en semi-liberté qui viennent à expiration ou aboutissent à une autre forme de libération. Les résiliations ont lieu pour des motifs indépendants de la volonté des délinquants et ne sont pas considérées comme des cas déchec. En revanche, les révocations sont de véritables échecs pour les délinquants. Il peut y avoir révocation en cas de nouvelle infraction ou si lagent de liberté conditionnelle juge quun délinquant constitue un risque pour lui-même ou la société. Les mesures de révocation sont examinées et approuvées par la CNLC. Les données chronologiques ne distinguent pas ces deux types de révocation, mais les données présentées plus loin sur les mises en semi-liberté de 1990-1991 le font.
Le tableau 2-3 indique les fréquences respectives des types dachèvement de période de semi-liberté pour les années comprises entre 1987-1988 et 1991-1992. Environ 44 % ou 1 500 de toutes les mises en semi-liberté aboutissent à la libération totale ou à la mise en liberté surveillée. Le quart des périodes de semi-liberté sachèvent sans incident et les délinquants reviennent à létablissement ou sont remis en semi-liberté. Les résiliations représentent environ 16 % des achèvements de période de semi-liberté, contre environ 15 % pour les révocations. Il est toutefois impossible de distinguer les révocations avec ou sans nouvelle infraction. Ce qui frappe le plus dans ces données, cest luniformité des résultats dannée en année.
Tableau 2-3: Types dachèvement de période de semi-liberté de 1987-1988 à 1991-1992
| Type dachèvement | Exercice | |||||
|---|---|---|---|---|---|---|
| 1987-1988 | 1988-1989 | 1989-1990 | 1990-1991 | 1991-1992 | ||
| Libération totale ou mise en liberté surveillée/td> | % | 45,3 | 44,6 | 44,1 | 43,3 | 42,4 |
| n | 1 750 | 1 556 | 1 540 | 1 533 | 1 417 | |
| Expiration | % | 23,7 | 24,6 | 24,1 | 24,5 | 25,7 |
| n | 915 | 858 | 839 | 871 | 858 | |
| Résiliation | % | 15,8 | 15,6 | 16,3 | 18,3 | 18,1 |
| n | 611 | 543 | 570 | 647 | 603 | |
| Révocation | % | 15,2 | 15,2 | 15,5 | 13,9 | 13,8 |
| n | 585 | 531 | 539 | 492 | 460 | |
| Total partiel | % | 100 | 100 | 100 | 100 | 100 |
| n | 3 861 | 3 488 | 3 488 | 3 543 | 3 338 | |
| Types autres ou inconnus (en proportion de tous les cas) | % | 9,0 | 8,2 | 7,5 | 8,5 | 7,7 |
| n | 347 | 288 | 261 | 303 | 257 | |
| Total | 4 208 | 3 776 | 3 749 | 3 846 | 3 595 | |
Source : Service correctionnel du Canada.
Remarque : On présente les types dachèvement en proportion du nombre de cas connus.
Différences régionales Taux doctroi
Le Graphique 2-3 indique les proportions régionales de mises en semi-liberté pendant les exercices compris entre 1987-1988 et 1991-1992. Il répartit également les détenus par région [On ne saurait directement comparer le nombre d’octrois de semi-liberté et au nombre de détenus des établissements, puisque les chiffres de détenus recensent les gens un jour donné et que les chiffres de mise en semi-liberté représentent les octrois (la semi-liberté pouvant être accordée plusieurs fois à quelqu’un dans une année) et sont cumulatifs sur l’année. Toutefois, le nombre de détenus est une mesure de l’importance relative de la population carcérale d’une région.] ,en moyenne sur les cinq ans et au 31 mars de chaque année, doù la possibilité de comparer les valeurs relatives, en pourcentage, doctrois de la semi-liberté et de détenus des diverses régions.
Dans quatre des cinq régions, lutilisation du régime de semi-liberté a diminué de 1987-1988 à 1989-1990. Tel na pas été le cas au Québec, cette province ayant vu le nombre de mises en semi-liberté continuer à augmenter. Trois des régions (Atlantique, Ontario et Prairies) ont fait plus de mises en semi-liberté après 1989-1990, mais dans la région du Pacifique le nombre de ces mesures a encore baissé, passant de 614 à 506 pendant les cinq années en cause.
Graphique 2-3: Répartition régionale des octrois de semi-liberté
Les données du graphique indiquent que, au Québec, la proportion des mises en semi-liberté a été la plus grande et que le nombre doctrois a monté dans cette province de 33 % de lensemble des octrois en 1987-1988 à 41 % en 1991-1992. En valeur absolue, les octrois ont été portés au Québec de 1 453 à 2 090, ce qui représente une augmentation de plus de 40 %. La région du Québec ne figure que pour 28 % dans la population carcérale fédérale.
Bien que petit (environ 600), le nombre doctrois représente environ 11 % de tous les octrois dans la région de lAtlantique; cette proportion est élevée si lon considère que 8 % seulement de la population carcérale se trouve dans cette région. Après la baisse dutilisation du régime de semi-liberté en 1988-1989 et 1989-1990, on a observé une large remontée les deux dernières années.
Types
Dans une section précédente, nous avons défini les quatre principaux types de semi-liberté, à savoir le régime ordinaire, lassignation partielle à résidence, les projets spéciaux et la catégorie «autres». Le régime ordinaire (résidence dans un CCC, un CRC ou dans létablissement) est le plus courant, mais des différences régionales se remarquent dans les types. Le graphique 2-4 indique la proportion de toutes les mises en semi-liberté que représente le régime ordinaire dans chaque région.
Les régions du Québec et de lAtlantique sont le plus susceptibles de recourir à divers types de semi-liberté, alors que la région des Prairies compte presque exclusivement sur le régime ordinaire. Dans le cas de lassignation partielle à résidence, le régime «cinq jours à lextérieur et deux jours à lintérieur» est le plus répandu avec des proportions de 4 % et plus certaines années dans les régions du Québec, de lOntario et du Pacifique.
Graphique 2-4: Régime ordinaire de semi-liberté en proportion de toutes les mises en semi-liberté dans chaque région et par an de 1987-1988 à 1991-1992
La deuxième catégorie en importance dans toutes les régions est la catégorie «autres», mais on ne dispose pas de données détaillées sur les types de semi-liberté en cause. On peut penser dans certains cas quil sagit de «placements à lextérieur» à court terme connus en 1990 sous le nom de projets spéciaux. Les données relatives aux régions de lAtlantique, du Québec et de lOntario indiquent que ces projets ont représenté de 4 % à 11 % des mises en semi-liberté en 1991-1992.
Achèvement
Les achèvements de période de semi-liberté par libération totale ou mise en liberté surveillée ont été relativement constants dans la plupart des régions pendant les cinq années en cause. Toutefois, comme on peut le voir au graphique 2-5, ce type dachèvement présente des différences régionales marquées. Dans les régions de lOntario, des Prairies et du Pacifique, les mises en semi-liberté aboutissent à une libération totale ou à une mise en liberté surveillée dans environ la moitié des cas. Dans la région de lAtlantique, la proportion approximative est de 40 % et, au Québec, de 30 %.
La différence entre les régions tient principalement à une proportion plus élevée du cas dexpiration. Ainsi, 27 % des mises en semi-liberté dans la région de lAtlantique et 35 % au Québec viennent à expiration, contre quelque 10 % seulement dans les autres régions. Il y a expiration quand la période de semi-liberté se termine sans incident et que le délinquant retourne à létablissement ou est remis en semi-liberté. Ces résultats pourraient indiquer que certaines régions sont plus enclines à mettre les détenus en semi-liberté pour voir sils sont prêts à bénéficier dautres formes de libération conditionnelle.
Graphique 2-5: Pourcentage des mises en semi-liberté aboutissant à une libération totale ou à une mise en liberté surveillée
Il y a révocation si le détenu enfreint une des conditions de sa mise en liberté sous condition, quil commet une autre infraction ou que lagent de liberté conditionnelle juge quil constitue un risque pour la société. Les données détaillées que nous livrons plus loin dans ce rapport scindent les cas de révocation en deux groupes selon la présence ou labsence dune nouvelle infraction. Toutefois, ceci nest pas disponible dans les données chronologiques. Le graphique 2-6 indique les pourcentages de mises en semi-liberté faisant lobjet dune révocation par région et exercice de 1987-1988 à 1991-1992.
Avec une proportion de 17 % à 20 % de décisions révoquées de mise en semi-liberté, la région des Prairies se classe au premier rang sur ce plan. La région du Pacifique a vu son taux de révocation augmenter sans cesse pendant les cinq années en cause, passant de 10 % à 18 %. Au Québec, ce taux sest fixé à environ 14 % des mises en semi-liberté et, dans la région de lAtlantique, il sest établi à 10 % environ. En Ontario, il a fléchi de 12 % à 6 % environ les deux dernières années, ce qui représente une baisse plutôt radicale.
Graphique 2-6: Pourcentage des mises en semi-liberté faisant lobjet dune révocation
Récapitulation et analyse
Les mises en semi-liberté constituent environ 40 % des décisions prises par la Commission nationale des libérations conditionnelles. En valeur absolue, elles se sont constamment accrues de 1987-1988 à 1991-1992 et leur augmentation excède légèrement celle de la population carcérale. Le régime ordinaire figure pour 85 % dans le nombre de mises en semi-liberté, mais on a récemment observé une hausse dans la catégorie «projets spéciaux». Environ 40 % des mises en semi-liberté aboutissent à une autre forme de libération conditionnelle (libération totale ou mise en liberté surveillée); 13 % environ font lobjet dune révocation.
Les régions du Québec et de lAtlantique emploient généralement plus le régime de semi-liberté que les autres régions, mais lutilisation relative est plutôt constante pendant les cinq années étudiées. Les régions des Prairies et du Pacifique sont plus susceptibles de recourir au régime ordinaire, alors que dans les autres régions les autres types de semi-liberté sont plus fréquents. Les différences régionales de types se maintiennent dannée en année. Les régions de lOntario, des Prairies et du Pacifique ont plus de chances de faire passer des détenus de la semi-liberté à dautres formes de libération conditionnelle que les régions de lAtlantique et du Québec. Les révocations sont le plus nombreuses dans la région des Prairies, mais se sont récemment accrues dans la région du Pacifique. LOntario a vu considérablement fléchir la proportion de révocations de semi-liberté, le pourcentage tombant à 6 % pendant lexercice 1991-1992. Tant pour les types de semi-liberté que pour les types dachèvement, les différences régionales sont demeurées relativement constantes pendant les cinq années en cause.
Daprès les comparaisons régionales, les différences sont relativement les mêmes dune année à lautre et pourraient donc tenir à des différences de population carcérale, de politiques régionales ou de ressources à la disposition des gens sollicitant la semi-liberté. Dans les analyses qui suivent, nous nous attacherons tout particulièrement aux raisons des différences observées.
Introduction
Les données de base disponibles dans les systèmes dinformation électroniques sur les caractéristiques démographiques et les antécédents criminels ne suffisent pas à un examen détaillé du régime de semi-liberté. Les données narratives bien plus riches des dossiers de cas nous renseignent sur les antécédents criminels et sociaux des détenus, les infractions, les comportements en établissement et la participation aux programmes, mais ce type dinformation ne se présente pas sous une forme propre à en faciliter lanalyse. Pour rendre plus analysables les données des dossiers, on doit les examiner, puis en effectuer le codage systématique.
Le chapitre 3 décrit le cadre de codage appliqué dans cette étude, ainsi que les méthodes employées de prélèvement déchantillon. Comme lexamen et le codage de dossiers exigent des ressources considérables, on a constitué un échantillon, cest-à-dire une sous-catégorie de cas, plutôt quà lensemble des cas. Léchantillon en question est représentatif des populations de détenus en semi-liberté aux niveaux national et régional.
Méthodologie Échantillonnage et échantillons
Les données du chapitre précédent indiquent environ 4 600 mises en semi-liberté en 1990-1991 et 3 800 achèvements de période de semi-liberté. On a considéré les achèvements denviron 3 300 délinquants, beaucoup dentre eux se voyant accorder plusieurs périodes de semi-liberté pendant une année. Sur cette population de délinquants en achèvement de période de semi-liberté, on a prélevé au hasard [On a prélevé l’échantillon en établissant aléatoirement un point de départ dans une liste de population, puis en sélectionnant des cas à intervalles de trois. Quand on a atteint la fin de la liste, on a continué en revenant au début jusqu’à ce qu’on obtienne l’échantillon voulu.] le tiers des cas pour constituer un échantillon de 1 100 cas. De léchantillon intégral, on a tiré quatre échantillons danalyse comme nous le décrivons plus loin.
Échantillon de mises en semi-liberté. On a éliminé de cet échantillon les détenues, ce qui nous a laissé 1 087 cas représentant la population carcérale de sexe masculin en achèvement de période de semi-liberté en 1990-1991. On a fait un examen de dossiers pour 937 de ces délinquants ou 86 % de léchantillon prélevé. Règle générale, si un tel examen était impossible, cest que les dossiers nétaient pas disponibles quand les codeurs se sont rendus sur place. Léchantillon de mises en semi-liberté est représentatif des hommes, autochtones ou non, qui se trouvaient en achèvement de période de semi-liberté en 1990-1991. Tous les types de semi-liberté sont compris, et cest sur cet échantillon que sont fondées les statistiques descriptives livrées dans la suite de ce chapitre.
Régime ordinaire de semi-liberté. Léchantillon des mesures ordinaires de semi-liberté est un sous-ensemble de léchantillon des mises en semi-liberté et sert à la plupart des analyses présentées au chapitre suivant. Dans les cas échantillonnés, le détenu en semi-liberté ordinaire est assigné à résidence dans un CCC, un CRC ou une prison. Léchantillon comprend 747 cas. La fréquence des autres formes de semi-liberté dans léchantillon global est trop faible pour permettre une analyse utile de taux de réussite.
Délinquants autochtones. Les délinquants autochtones représentent 11 % à 12 % de la population carcérale. On obtiendrait ainsi un échantillon dune centaine de détenus sil y avait représentation égale chez les détenus en semi-liberté. En fait, seulement 6 % environ de ces derniers étaient des Autochtones, ce qui laisse un échantillon dune cinquantaine de cas. On a jugé que, pour faire une description significative des détenus autochtones, il faudrait analyser les résultats de toute la population carcérale autochtone. On a dénombré 98 délinquants autochtones des deux sexes en achèvement de période de semi-liberté en 1990-1991; sur ce nombre, on a examiné et codé 83 dossiers.
Femmes. Seulement 2 % de la population carcérale est de sexe féminin, aussi, aux fins de létude, a-t-il fallu prendre toute la population féminine en achèvement de période de semi-liberté en 1990-1991. Sur les 42 cas en cause, on a examiné 39 dossiers. Dans ce groupe, on compte les délinquantes dorigine autochtone ou non.
Examen des dossiers
On a établi un guide dexamen et de codage de dossiers en consultation avec des agents de la CNLC et du SCC ayant lexpérience de la gestion de cas et de la surveillance communautaire. Lexamen des dossiers a comporté trois volets : antécédents, historique de la CNLC, historique de la gestion de cas du SCC. Voici le détail des trois volets :
Antécédents :
Historique des décisions de la CNLC :
Historique de la gestion de cas au SCC :
Codage
Préposés au codage. On a embauché neuf étudiants de maîtrise pour le codage des dossiers. Un préposé a travaillé dans la région de lAtlantique, trois au Québec, deux en Ontario, deux autres dans les Prairies et un dans la région du Pacifique.
On a formé les codeurs à lapplication du guide de codage [On peut se procurer un nombre restreint d’exemplaires du guide auprès des auteurs.] des règles dexamen des dossiers de décisions de la CNLC et des dossiers de détenus du SCC. Le programme de formation prévoyait des exercices de codage. Il a duré deux jours, après quoi les codeurs ont commencé à travailler sur le terrain. Les premières semaines, on a rajusté le guide au gré de la constatation et de la solution des problèmes dutilisation. À la mi-juin, un guide révisé voyait le jour.
Période. Le codage a commencé vers la fin de mai 1992 et sest poursuivi jusquau début de septembre.
Repérage des dossiers. Les codeurs ont consulté une liste de référence indiquant les dossiers à repérer et le dernier établissement ou la dernière Commission des libérations conditionnelles à sêtre occupé des délinquants. Les dossiers se trouvaient parfois ailleurs, car ils se déplacent avec les délinquants au gré des changements détablissement ou de Commission. Si un dossier nétait pas à lendroit prévu, on faisait en sorte de pouvoir le consulter en son nouveau lieu. Si celui-ci avait déjà été visité ou pouvait difficilement lêtre, on retranchait le cas de léchantillon. On a gardé les dossiers de la CNLC dans les bureaux régionaux pour les examiner sur place.
Consignation des résultats. Un guide de codage livrait des éléments de description et des règles dinterprétation qui ont servi au codage des dossiers. Les données ont été consignées sur feuille de codage à mesure que les préposés parcouraient les dossiers des détenus.
Traitement des données. On a directement versé au SAS (système danalyse statistique) les données des formulaires de codage en passant par des écrans dentrée de données créés expressément pour létude. On a automatiquement fait de la vérification derreurs à létape de lentrée des données, qui a été confiée à quelquun qui connaissait bien le système de codage et pouvait donc rectifier les divergences à ce stade. On a poursuivi le «nettoyage» de linformation à laide de tables de fréquences permettant de repérer les codes exacts. Enfin, on sest assuré de lexactitude des matricules des délinquants et des dates critiques.
Uniformisation. Les préposés au codage des diverses régions ont travaillé indépendamment les uns des autres. Il est donc possible quils aient adopté des stratégies particulières de codage hors de toute uniformité. Le programme centralisé de formation a quelque peu atténué le phénomène. Les problèmes ont été signalés au centre et résolus par le chercheur principal. On a fait connaître les solutions à tous les codeurs à des fins duniformisation.
Dans ce chapitre, nous décrivons les caractéristiques des détenus qui ont mis fin - cas de réussite ou déchec - à une période de semi-liberté en 1990-1991. Parmi les facteurs pris en considération, on compte les caractéristiques démographiques, les antécédents sociaux, économiques et éducatifs et les types et les caractéristiques des infractions. Dans des chapitres subséquents, nous décrivons les délinquantes et les délinquantes autochtones en semi-liberté.
Ces analyses visent également à établir si léchantillon de délinquants en semi-liberté est semblable à la population de ces délinquants, ce qui démontre la représentativité de léchantillon prélevé et étaye les généralisations de population à partir de léchantillon. Nous indiquons enfin les différences entre les délinquants en semi-liberté et la population carcérale en général.
Antécédents des détenus
Âge. Le tableau 4-1 présente la répartition selon lâge de léchantillon, de tous les détenus en semi-liberté (1990-1991) et de la population carcérale masculine au 31 mars 1991. On y constate quenviron 25 % de léchantillon est de moins de 26 ans, 60 % de 26 à 40 ans et 20 % de plus de 40 ans. Ces proportions concordent avec celles de la population de détenus en semi-liberté et de la population carcérale, doù la conclusion que, sur le plan de lâge, léchantillon est représentatif de la population de mises en semi-liberté. Il semblerait en outre que, du même point de vue de lâge, la sélection de candidats à la semi-liberté naccuse aucun biais.
Tableau 4-1 : Répartition selon lâge de léchantillon, de tous les détenus en semi-liberté (1990-1991) et de la population en établissement au 31 mars 1991
| Groupe dâge | Échantillon de détenus en semi-liberté | Tous les détenus en semi-liberté en 1990-1991 | Population en établissement au 31 mars 1991 |
|---|---|---|---|
| 17 à 25 ans | 23,1 | 22,6 | 21,4 |
| 26 à 40 ans | 58,6 | 60,7 | 58,0 |
| Plus de 40 ans | 18,3 | 16,7 | 20,6 |
| Nombre de cas | 934 | 3 671 | 13 493 |
Race. Le tableau 4-2 indique la répartition selon la race de léchantillon, de tous les détenus en semi-liberté (1991-1992) et de la population masculine en établissement. Il indique que 88 % des détenus en semi-liberté sont de race caucasienne, 7 % de race autochtone et 2 % dautres races. On relève dinfimes différences entre léchantillon et les détenus en semi-liberté, doù la conclusion que léchantillon est représentatif de la population sur le plan de la race.
Tableau 4-2 : Répartition selon la race de léchantillon, de tous les détenus en semi-liberté (1990-1991) et de la population en établissement au 31 mars 1991
| Race | Échantillon de détenus en semi-liberté | Tous les détenus en semi-liberté en 1990-1991 | Population en établissement au 31 mars 1991 |
|---|---|---|---|
| Caucasienne | 87,8 | 87,8 | 82,3 |
| Autochtone | 6,2 | 7,4 | 11,2 |
| Noire | 3,4 | 2,8 | 3,7 |
| Asiatique | 1,1 | 0,4 | 0,8 |
| Autre | 1,5 | 1,6 | 1,9 |
| Nombre de cas | 936 | 3 666 | 13 468 |
Les races non caucasiennes, autres que la race autochtone, se voient accorder la semi-liberté aussi fréquemment quon pourrait le prévoir compte tenu de leur représentation dans la population carcérale. Précisons cependant que les Autochtones, qui constituent 11 % de la population en établissement, ne représentent que 7 % de la population de délinquants en semi-liberté.
Instruction, emploi et situation financière. Au total, 83 % de léchantillon avaient fait au moins une partie des études secondaires et 17 % navaient étudié quau primaire. On jugeait quenviron 6 % des membres de léchantillon étaient analphabètes.
Au moment de la dernière infraction, 50% des détenus étaient chômeurs et 45 % avaient un emploi; les autres étaient aux études, à la retraite ou en milieu carcéral. Les données de cas indiquent que 56 % des membres de léchantillon étaient fréquemment en chômage pendant lannée ayant précédé linfraction. Les emplois semi-spécialisés étaient les plus fréquents (proportion de 48 % des détenus). Le chômage avait probablement joué comme facteur chez les 43 % pour qui on signalait des difficultés pécuniaires et chez les 39 % qui avaient été assistés sociaux lannée précédant la dernière infraction.
État matrimonial et situation familiale
Daprès lexamen des dossiers, la moitié des détenus en semi-liberté de léchantillon étaient mariés ou en union de fait; 36 % étaient célibataires et 15 % séparés, divorcés ou veufs. Comme on peut le voir au tableau 4-3, ces pourcentages diffèrent des chiffres de létat matrimonial dans les dossiers officiels (se reporter à la colonne 2 du tableau 4-3). La différence foncière est que lexamen des dossiers fait voir un plus haut pourcentage de gens mariés ou en union de fait et un plus bas pourcentage de célibataires, écarts qui sexpliquent sans doute par des différences de définition entre ce que déclarent les détenus comme état matrimonial à leur entrée dans un établissement et les indications portées aux dossiers des détenus.
Les données du tableau 4-3 permettent aussi de comparer léchantillon de détenus en semi-liberté (pour qui on a fait un examen de dossiers), la population de ces délinquants et la population en établissement. Daprès les résultats, léchantillon est représentatif de tous les détenus en semi-liberté, comme il ressort de la comparaison des colonnes 2 et 3. Par rapport à la population carcérale, cette population présente une proportion un peu plus élevée de gens mariés ou en union de fait et une proportion un peu plus basse de célibataires. On constate ainsi que les détenus qui gardent des liens avec leur milieu sont plus susceptibles dêtre mis en semi-liberté que les célibataires.
Tableau 4-3: État matrimonial dans léchantillon, tous les détenus en semi-liberté (1990-1991) et dans la population en établissement au 31 mars 1991
| État matrimonial | Données dexamen des dossiers : Échantillon en semi-liberté |
Données des dossiers officiels | ||
|---|---|---|---|---|
| Échantillon en semi-liberté a | Population en semi-liberté en 1990-1991 | Population en établissement au 31 mars 1991 | ||
| Célibataire | 35,7 | 42,6 | 45,2 | 48,7 |
| Marié ou en union de fait | 49,5 | 45,3 | 43,7 | 39,0 |
| Autre (séparé, divorcé ou veuf) | 14,8 | 12,2 | 11,1 | 11,8 |
| Nombre de cas | 910 | 910 | 3 667 | 13 463 |
a État matrimonial selon les dossiers officiels.
Près de la moitié ou 49 % des détenus en semi-liberté de léchantillon avaient un conjoint et 13 % vivaient avec leurs parents au moment de linfraction. Le groupe «autres» comprend 25% des détenus et ils vivaient seuls ou en logement partagé. On signalait dans 13 % des cas de linsatisfaction à légard des liens matrimoniaux.
Nombre de délinquants (51 %) navaient pas demeuré avec leurs parents naturels un certain temps avant datteindre lâge de 16 ans. Le phénomène le plus fréquent était le divorce ou la séparation des parents, la proportion sétablissant à 37 % des cas. Dans 19 %, on déclarait le décès du père ou de la mère, dans 29 % une toxicomanie des parents ou des tuteurs et dans 6 % des problèmes psychiatriques de ces soutiens de famille. Dans 4 % des cas, les parents ou les tuteurs avaient un casier judiciaire.
Santé mentale et toxicomanie
Les données des dossiers de détenus indiquent que des problèmes affectifs se posaient dans 14 % des cas et que des soins de santé mentale simposaient dans 15 %. On constatait dans 6 % des cas que de tels soins étaient nécessaires en période de cautionnement ou de détention préventive. Enfin, il fallait songer à une hospitalisation psychiatrique dans 7 % des cas.
Le tableau 4-4 indique la fréquence signalée de problèmes de toxicomanie (alcool ou drogue). Dans plus de 10 % des dossiers, on relevait que la toxicomanie avait posé un grave problème à ladolescence et quun peu plus de 35 % des détenus avaient connu de sérieux problèmes dalcool ou de drogue à lâge adulte.
Daprès les données du tableau 4-4, environ le tiers de ceux qui ont été mis en semi-liberté navaient pas de tels problèmes, un autre tiers certaines difficultés sur ce plan et le reste des problèmes tels que leur vie sen trouvait perturbée.
Le tableau 4-4 fait état des pourcentages de cas de toxicomanie daprès le Questionnaire informatisé sur le mode de vie (QIMV) auquel doivent couramment répondre les délinquants à leur arrivée dans une prison fédérale. En comparant les chiffres, on constate que le pourcentage de délinquants sans toxicomanie est moins grand dans lexamen des dossiers que dans les réponses au QIMV. Signalons en outre que ce même examen des dossiers indique un nombre plus élevé de délinquants ayant de graves problèmes de toxicomanie.
Les écarts entre les deux sources de données sexpliquent sans doute par des différences de définition des problèmes de toxicomanie et de périodes dévaluation. Le QIMV sintéresse aux comportements actuels et aux circonstances de la dernière infraction, alors que lexamen des dossiers porte sur une période bien plus longue, celle qui est comprise entre lâge de 18 ans et la peine demprisonnement actuellement purgée. Il est peu probable que les écarts relevés tiennent à ce que léchantillon de détenus en semi-liberté connaisse des problèmes de toxicomanie plus graves que ceux de la population carcérale en général.
Tableau 4-4 : Pourcentage des détenus de léchantillon ayant des problèmes dalcool ou de drogue à ladolescence et à lâge adulte
| Gravité du problème | Problèmes dalcoola | Problèmes de droguea | |||
|---|---|---|---|---|---|
| Échantillon de détenus en semi-liberté | Échantillon de détenusb | Échantillon de détenus en semi-liberté | Échantillon de détenusb | ||
| Adolescence | Aucun problème | 51,6 | s.o. | 54,4 | s.o. |
| Quelques problèmes | 35,1 | s.o. | 35,3 | s.o. | |
| Problèmes perturbateurs | 13,3 | s.o. | 10,3 | s.o. | |
| Total | 100 % N=852 | 100 % N=844 | |||
| Âge adulte | Aucun problème | 31,6 | 48,8 | 34,9 | 53,2 |
| Quelques problèmes | 30,2 | 35,5 | 28,6 | 19,4 | |
| Problèmes perturbateurs | 38,2 | 17,7 | 36,6 | 27,4 | |
| Total | 100 % N=919 | 102 % N=7503 | 100 % N=900 | 100 % N=7503 | |
aSont exclues les personnes ayant déclaré ne jamais consommer dalcool.
bÉchantillon de 7 503 détenus ayant subi les tests de dépistage de labus de drogues (TDAD) et de lÉchelle de dépendance à légard de lalcool du Questionnaire informatisé sur le mode de vie ou QIMV (voir Robinson, Porporino et Millson, 1991).
Antécédents de délinquance juvénile
On a déclaré des infractions commises avant lâge de 16 ans dans 21 % des cas; dans 2 %, il sagissait de crimes avec violence. Il y a eu infraction entre les âges de 16 et 18 ans dans 34 % des cas (de léchantillon) et crime avec violence ou crime sexuel dans 5 %.
Dernières infractions
Le tableau 4-5 présente les types dinfractions dont les détenus ont été reconnus coupables. On peut voir que 36 % des détenus en semi-liberté ont été condamnés pour vol qualifié et 30 % pour infraction contre les biens (propriété). On constate aussi que 27 % des membres de léchantillon ont été reconnus coupables dinfractions en matière de drogue (comme les détenus ont souvent des condamnations multiples, laddition des pourcentages donne plus de 100 %). Le tableau 4-5 décrit la répartition des infractions les plus graves pour léchantillon de détenus en semi-liberté et fait la comparaison avec la population de détenus en semi-liberté et la population en établissement. Les résultats indiquent que léchantillon est représentatif de tous les détenus en semi-liberté. En comparant léchantillon de détenus en semi-liberté à la population en établissement, on se rend compte que les détenus reconnus coupables de crimes moins violents sont surreprésentés dans léchantillon. Il semblerait que les délinquants condamnés pour homicide ou infraction sexuelle soient bien moins susceptibles dêtre mis en semi-liberté, mais le phénomène peut aussi sexpliquer par des peines demprisonnement plus longues et leffet daccumulation pour le nombre de ces détenus dans le temps.
Tableau 4-5 : Répartition des cas selon les types dinfractionsa
| Condamnation | Examen des dossiersa | Principale infraction à lorigine de la peine demprisonnementb | ||
|---|---|---|---|---|
| Échantillon de détenus en semi-liberté | Tous les détenus en semi-liberté en 1990-1991 | Population en établissement au 31 mars 1991 | ||
| Homicide | 7,7 | 6,2 | 8,7 | 17,7 |
| Tentative de meurtre | 2,0 | 1,3 | 1,1 | 1,9 |
| Infraction sexuelle | 10,5 | 8,4 | 6,7 | 13,4 |
| Vol qualifié | 36,6 | 21,3 | 23,2 | 22,8 |
| Voies de fait | 18,3 | 4,1 | 3,7 | 5,2 |
| Infraction contre les biens (propriété) | 30,1 | 24,6 | 26,6 | 20,0 |
| Infraction en matière de drogue | 26,9 | 17,6 | 14,6 | 8,1 |
| Autres infractions | 50,5 | 16,6 | 15,4 | 10,9 |
| Total (%) | s.o. | 100,1 | 100 | 100 |
| Nombre de cas | 930 | 3 222 | 11 898 | |
aLaddition des pourcentages donne plus de 100 %, parce que des infractions multiples sont souvent déclarées.
bLe plus souvent, cest linfraction qui a déterminé la peine demprisonnement la plus longue; on ne déclare quune infraction par détenu.
cPopulation écrouée au 31 mars 1991.
Les données dexamen des dossiers indiquent en outre que, dans 36 % des cas de condamnation (infraction la plus grave), on sest servi dune arme et que, dans 54 %, on a infligé des blessures. Il y a eu traumatisme grave et décès dans 30 % des cas et atteintes psychologiques graves dans 42 %. Il convient de noter quon na pris en compte dans ces données que les cas où figuraient au dossier des données descriptives sur le degré de violence et de traumatisme. Si le dossier ne renseigne pas sur ces aspects, les cas sont donc exclus du calcul des pourcentages.
Les données des dossiers indiquent que 68 % des détenus avaient commis une infraction à légard dhommes et 64 % à légard de femmes. Les victimes des infractions étaient généralement des adultes (85 % des cas), mais 20 % des détenus avaient commis un crime contre des enfants de moins de 18 ans. Les délinquants avaient agi sous linfluence de lalcool dans 45 % des cas et sous linfluence de la drogue dans 31 %.
Comportement en établissement. Dans 44 % des cas, on na signalé aucun changement de niveau de sécurité détablissement. On a déclaré une baisse de niveau dans 23 % des cas et une hausse dans 4 %. Dans presque le cinquième (17 %) de cas, il y a eu tour à tour hausse et baisse du niveau de sécurité pendant la période dincarcération. Dans 7 %, on a parlé dune participation à des actes dinconduite et, dans 12 %, disolement préventif. Quelque 90 % des détenus en semi-liberté de léchantillon suivaient un programme quelconque de létablissement. Il sera question au prochain chapitre du lien entre cette participation et la réussite de la semi-liberté.
Antécédents de libération. Pour presque tous les membres de léchantillon (97 %), la mise en semi-liberté était la première libération accordée pendant la peine demprisonnement en cours. Une petite proportion de détenus avaient bénéficié dune libération totale ou dune mise en liberté surveillée avant dêtre mis en semi-liberté. La plupart des mises en semi-liberté (87 %) relevaient du régime ordinaire, contre 7 % dans le cas des autres types de semi-liberté et 6,2 % dans le cas des travaux communautaires.
Période de libération. Dans lensemble, plus de la moitié (55 %) des mises en semi-liberté ont eu lieu après la date dadmissibilité à la libération totale, comme lindique le tableau 4-6. Cette étude vise entre autres à établir les effets possibles des modifications apportées au régime de semi-liberté par la Loi sur le système correctionnel et la mise en liberté sous condition (LSCMLC), et notamment de la révision de la date dadmissibilité (six mois avant la date dadmissibilité à la libération totale, et non plus le sixième de la peine demprisonnement). Pour étudier la question, on a divisé en trois groupes les mises en semi-liberté antérieures à la date dadmissibilité à la libération totale selon quelles intervenaient plus de six mois avant cette date, à six mois environ ou dans les six mois précédant cette même date.
Le tableau 4-6 indique que 8 % seulement des mises en semi-liberté appartiennent à la première catégorie et, par conséquent, le changement de date dadmissibilité dans la LSCMLC ne devrait influer que sur ces 8 %. Si les détenus étaient mis en semi-liberté à la nouvelle date dadmissibilité, environ 16 % des mises en semi-liberté se produiraient six mois avant ladmissibilité à la libération totale. Une autre groupe comptant pour 28 % des détenus serait mis en liberté entre ce stade des six mois et la date seuil de libération totale.
Tableau 4-6 : Période des mises en semi-liberté
| Période de libération | ||||
|---|---|---|---|---|
| Plus de six mois avant la date de libération totale | Environ six mois avant la date de libération totalea | Dans les six mois précédant la date de libération totale | Après la date de libération totale | |
| Nombre de cas | 75 | 76 | 264 | 514 |
| Pourcentage | 8,1 | 8,2 | 28,4 | 55,3 |
aPour prévenir toute divergence imputable aux dates, on a défini «plus de six mois» comme une période de plus de sept mois et «environ six mois» comme une période de cinq à sept mois.
Résidence. Les détenus mis en semi-liberté doivent résider en un lieu approuvé par la Commission nationale des libérations conditionnelles. La majorité dentre eux (65 %) demeurent dans un centre résidentiel communautaire, cest-à-dire dans une maison de transition en exploitation privée. Le quart dentre eux habitent dans un centre correctionnel communautaire, cest-à-dire dans un établissement résidentiel exploité par le Service correctionnel du Canada. Un certain nombre de détenus (8 % des cas) doivent résider dans une prison en période de semi-liberté.
Récapitulation et analyse
Les comparaisons de léchantillon (sous-ensemble) et de la population (ensemble) de détenus en semi-liberté indiquent que le mode déchantillonnage a vraiment permis de prélever un échantillon représentatif de cas. Il est donc possible de généraliser les conclusions du rapport, qui reposent sur les données de léchantillon, à lensemble des mises en semi-liberté avec achèvement en 1990-1991.
On a voulu comparer le groupe des détenus en semi-liberté à ceux de la population carcérale pour voir si les premiers diffèrent des autres. Daprès les analyses effectuées, les délinquants autochtones sont sous-représentés dans la population de détenus en semi-liberté, les détenus célibataires ont moins de chances dêtre mis en semi-liberté que ceux qui sont mariés ou en union de fait et ceux qui ont été condamnés pour des crimes moins violents sont plus susceptibles de se voir accorder la semi-liberté.
Quatre-vingt-dix sept pour cent des détenus en semi-liberté en étaient à leur première libération dans la peine actuellement purgée et les autres avaient bénéficié auparavant dune libération totale ou dune mise en liberté surveillée. Bien que la semi-liberté puisse prendre diverses formes, il sagissait dans la majorité des cas (87 %) dune semi-liberté ordinaire avec assignation à résidence dans un centre résidentiel ou correctionnel communautaire ou un établissement de correction. Les délinquants peuvent travailler ou fréquenter lécole pendant la journée, mais doivent réintégrer létablissement résidentiel le soir.
Lanalyse du stade de la peine où a lieu la mise en semi-liberté nous indique que la fixation de la date dadmissibilité à la semi-liberté six mois avant la date dadmissibilité à la libération totale dans le cadre de la Loi sur le système correctionnel et la mise en liberté sous condition (1992) ninflue que sur 8 % des cas de mise en semi-liberté. La majorité des détenus (55 %) se sont en effet vu accorder la semi-liberté après la date dadmissibilité à la libération totale. Ajoutons que, comme la plupart des périodes de semi-liberté durent six mois, moins de 20 % des mises en semi-liberté ont eu lieu à un stade de la peine qui les fera se terminer avant la date dadmissibilité à la libération totale. Il semblerait ainsi que, sauf dans un petit nombre de cas, le régime de semi-liberté na généralement pas servi à libérer les détenus par anticipation, cest-à-dire sans attendre la date seuil de la libération totale. Il a plutôt permis déprouver ou de préparer le détenu avant libération totale ou mise en liberté surveillée, comme lexige la LSCMLC qui est entrée en application après lachèvement par ces détenus de leur période de semi-liberté.
Les données montrent que les détenus en semi-liberté (et ces résultats valent probablement pour le reste) avaient des antécédents professionnels des plus médiocres, la moitié se trouvant en chômage quand ils ont commis linfraction pour laquelle ils ont été condamnés et plus de la moitié ayant connu des problèmes demploi lannée précédant cette infraction. De piètres antécédents professionnels auraient contribué aux difficultés dordre pécuniaire des deux cinquièmes des détenus. Il faut aussi préciser que deux cinquièmes étaient assistés sociaux lannée ayant précédé leur infraction.
La vie familiale était ardue pour ces délinquants : la moitié dentre eux étaient séparés de leurs parents avant lâge de 16 ans et 29 % avaient des parents ou des tuteurs connaissant des problèmes dalcool ou de drogue. Enfin, 15 % des membres de léchantillon avaient eu besoin de soins de santé mentale par le passé et plus du tiers présentaient des antécédents de délinquance juvénile.
Dans 10 % des cas, la toxicomanie (alcool et drogue) avait posé un grave problème à ladolescence et, dans plus du tiers, à lâge adulte. Le tiers seulement navaient aucun problème de toxicomanie. Presque la moitié ont dit avoir été sous linfluence de la drogue ou de lalcool quand ils ont commis leur infraction.
On avait plus de chances de se voir accorder la semi-liberté si on avait commis des «infractions contre les biens» ou des «infractions en matière de drogue». Les probabilités étaient moindres pour ceux qui avaient perpétré des crimes plus violents comme un homicide ou une infraction sexuelle.
Le tableau densemble qui se dégage de ces résultats est celui de personnes au passé perturbé qui se sont adonnées au crime et à la toxicomanie tôt dans leur vie. La toxicomanie semble étroitement liée à lactivité criminelle. Ces délinquants ont un grand nombre de besoins auxquels on devrait répondre, mais les actes criminels moins graves quils ont commis sont peut-être lindice quils constituent pour la collectivité une menace moindre que la population des établissements fédéraux en général.
Généralités
Lexercice dexamen du régime de semi-liberté vise notamment à établir sil est possible de mieux prévoir le résultat des mises en semi-liberté. Élargir un détenu et le rendre à la société, cest faire courir un risque à la collectivité. Il faut atténuer ce danger le plus possible, tout en donnant loccasion au délinquant de réintégrer progressivement la société. Une façon de réduire ce risque au minimum est de sassurer que les détenus admis à la semi-liberté sont ceux qui peuvent le plus vivre cette semi-liberté jusquau bout sans incident. Dans les chapitres précédents, nous avons décrit les détenus en semi-liberté; dans ce chapitre et le suivant, nous nous intéresserons à lissue des mises en semi-liberté. En dautres termes, nous voulons voir quelles variables permettent le mieux de prévoir la réussite de la semi-liberté.
Les résultats présentés dans les sections qui suivent relèvent dune analyse à variable unique (une seule variable étant étudiée à la fois). Les analyses à plusieurs variables (prévision du résultat par des variables multiples) conviennent également à ce genre dexercice, mais il nen est pas question dans ce rapport. Nous les présentons dans un rapport distinct où nous discutons des questions méthodologiques que pose leur utilisation.
La semi-liberté prend diverses formes, mais dans sa forme la plus usuelle, ce que nous avons appelé le régime ordinaire, le délinquant est assigné à résidence dans un centre correctionnel, un centre résidentiel communautaire ou un établissement de correction. Les analyses de ce chapitre visent la semi-liberté ordinaire, cest-à-dire presque 90 % de toutes les libérations de ce type.
Les résultats décrits appartiennent à six grandes catégories : amélioration de la sélection par évaluation du risque et des besoins, choix du bon moment pour la mise en semi-liberté, efficacité des programmes, imposition de conditions spéciales, comparaisons régionales et autres facteurs. Une récapitulation et une discussion suivent lexposé des résultats.
Amélioration de la sélection
Dans lexercice de leurs fonctions, les agents de gestion de cas doivent évaluer si les détenus constituent un risque assez faible pour pouvoir être admis à la semi-liberté. Pour ce faire, ils prennent de nombreux facteurs en considération, dont les antécédents criminels, la dernière infraction, le comportement et la participation à des programmes en établissement et les indices dadaptation faisant voir une meilleure orientation sociale. La semi-liberté est recommandée à loccasion dune «conférence de cas» et la recommandation est communiquée à la Commission nationale des libérations conditionnelles où se prend la décision définitive.
Lagent de gestion de cas et la CNLC doivent tenir compte du risque que constitue un délinquant pour la société, du danger de récidive et du besoin damener lintéressé à se réadapter à la vie de tous les jours hors de létablissement. La prévision de la récidive ou de léchec en période de semi-liberté est au mieux un exercice dapproximation. Les agents de gestion de cas sont appelés à prendre des décisions daprès leur évaluation personnelle, et non pas en sappuyant uniquement sur des critères objectifs. Avec lexpérience, ils se dotent de stratégies leur permettant de voir quels détenus devraient être mis en semi-liberté. Règle générale, ces stratégies paraissent produire les résultats escomptés si on considère que les cas déchec de la semi-liberté sont relativement peu nombreux. Il est toutefois possible aux agents daméliorer leurs prévisions sils ont accès à des indications sur les types de détenus qui risquent le plus léchec en semi-liberté. Dans cette partie du chapitre, nous examinerons certains des facteurs auxquels peuvent prioritairement sattacher les agents de gestion de cas pour prévoir le résultat des mises en semi-liberté.
On peut définir deux niveaux déchec de la semi-liberté, cest-à-dire la révocation pour un motif quelconque et la révocation du fait dune nouvelle infraction. Sil y a révocation pour une violation dordre technique, cest que le détenu na pas respecté les conditions imposées, mais aussi que le mécanisme de libération conditionnelle fonctionne convenablement. En dautres termes, on a jugé au départ que le détenu constituait un risque raisonnable et on la mis en semi-liberté en partie pour vérifier sil était capable de saccommoder des conditions fixées par la CNLC. Dans le cas des violations techniques, les responsables du régime de semi-liberté constatent que le délinquant a de la difficulté à sen tenir aux conditions imposées et devrait donc retourner dans son établissement jusquà ce quil soit prêt à entièrement se plier aux exigences de la CNLC. En cas de violation technique, le risque pour la société naugmente pas, mais seulement la possibilité que des problèmes se posent. Par une intervention hâtive et une révocation de la semi-liberté, on espère avoir évité un nouvel acte criminel et on fait tout simplement le constat que lintéressé est incapable de saccommoder des diverses conditions fixées.
Lautre catégorie de cas déchec comprend les nouvelles infractions. Dans ce cas, le système correctionnel a eu des ratés en élargissant un détenu qui récidive et en ne dépistant pas ce danger pendant que le délinquant se trouve dans la collectivité. Ces cas déchec sont plus sérieux tant pour le Service correctionnel que pour la CNLC. Toutefois, les données présentées dans ce rapport laissent supposer quil est peut-être impossible de prévoir les échecs de ce genre.
Pour cette étude, nous avons créé deux groupes déchecs. Le premier combine tous les échecs dans un seul groupe, avec ou sans nouvelles infractions. Cette catégorie générale déchecs comprend 25% des mises en semi-liberté, soit 17 % (155) où la révocation a lieu pour violation technique et 8 % (79) pour une nouvelle infraction. Le second groupe comprend seulement les échecs avec nouvelle infraction. Ce groupe fait lobjet dune analyse distincte.
Évaluation du risque et des besoins
Dans la prochaine section, nous présentons des éléments danalyse par évaluation de risque et de besoins à laide de lÉchelle dévaluation du risque et des besoins dans la collectivité et de lanalyse des forces et des faiblesses. Nous considérons dabord le risque et les besoins indépendamment et joignons ensuite ces éléments en une mesure globale de risque et de besoins.
Les résultats selon lanalyse des forces et des faiblesses sont présentés après ceux de lÉchelle dévaluation du risque et des besoins dans la communauté.
Peu après larrivée dun délinquant dans un établissement, un agent de gestion de cas fait une analyse des forces et des faiblesses. Il dégage ainsi les principaux besoins du délinquant et peut juger de la nature des programmes auxquels il devrait participer. Comme lanalyse des forces et des faiblesses est faite au début de la peine, et avant la participation à des programmes de traitement, les besoins identifiés peuvent avoir changé au moment de la mise en liberté. Lanalyse des forces et des faiblesses ne livre pas une appréciation globale des besoins ni des risques.
En 1990, dans le cadre de la préparation de cas en vue de la surveillance communautaire, on a adopté lÉchelle dévaluation du risque et des besoins dans la collectivité (EERBC), qui consiste en un questionnaire dévaluation structuré. Pour notre étude, nous disposons déléments danalyse des forces et des faiblesses et de données EERBC. Précisons toutefois que, comme le questionnaire structuré est rempli peu après que le délinquant revient dans la collectivité, les réponses traduisent nettement les risques et les besoins au moment des mises en semi-liberté. Cest pourquoi nous présentons dabord les analyses relatives à lEERBC.
Échelle dévaluation du risque et des besoins dans la collectivité (EERBC)
Moins de détenus que nous ne lavions prévu ont rempli le questionnaire EERBC. Au total, 698 détenus ont été mis en semi-liberté dans léchantillon, mais on na trouvé de questionnaire rempli que dans 63 % des dossiers. On a exigé que le questionnaire soit rempli après le 1er avril 1990, soit après la date de départ fixée pour léchantillon de létude du régime de semi-liberté. Une analyse mensuelle des questionnaires remplis au graphique 5-1 indique que la fréquence de réponse au questionnaire est passée dun minimum de 31 % en avril 1990 à un sommet de plus de 80 % en novembre et décembre 1990 et en janvier 1991. Le taux est tombé à un peu plus de 60 % les deux derniers mois de lexercice.
Si le taux déchec de la semi-liberté nétait pas lié au fait de remplir ou non le questionnaire EERBC, on pourrait conclure que léchantillon où ce questionnaire a été rempli nest pas si différent de léchantillon total, mais tel nest pas le cas. Si 25 % de ceux qui se sont vu accorder une semi-liberté ordinaire ont été incapables de bien sen sortir une fois en semi-liberté, le taux déchec sétablit à 40 % pour les détenus nayant pas fait lobjet dune évaluation EERBC et à 17 % seulement pour ceux qui ont répondu au questionnaire. Dans le cas des détenus en semi-liberté pendant moins de 30 jours, il y avait un peu moins de chances quun questionnaire ait été rempli, doù limpression que, dans certains cas, léchec a été si rapide quon na pas eu le temps de répondre au questionnaire. Quand on fait intervenir léchec avec nouvelle infraction comme critère, lécart entre les taux déchec rétrécit (12 % pour les délinquants sans questionnaire rempli et 7 % pour les autres). Il faut aborder les résultats du graphique 5-1 fondés sur lEERBC avec une certaine prudence, car ils sont représentatifs dun groupe moins difficile de gens en semi-liberté. Nous présenterons toutefois plus loin les éléments danalyse des forces et des faiblesses qui corroboreront foncièrement les analyses EERBC.
Graphique 5-1 : Fréquence des mises en semi-liberté et des évaluations EERBC effectuées chaque mois, 1990-1991
Évaluation du risque
Dans lÉchelle dévaluation du risque et des besoins dans la collectivité (EERBC), on évalue le risque que présente un détenu selon le jugement porté par lagent de gestion de cas en surveillance communautaire. Celui-ci examine les antécédents criminels et peut se reporter au questionnaire de lÉchelle dISR (Échelle dinformation statistique sur la récidive, Nuffield, 1982), qui a été rempli dans létablissement. Le risque est considéré comme élevé ou faible pour 444 (64 %) des mises en semi-liberté ordinaire. Les détenus jugés à faible risque ont échoué en période de semi-liberté dans une proportion de 11 % et les détenus à risque élevé, dans une proportion de 25 %. Daprès ces résultats, on peut voir que lévaluation du risque faite dans la collectivité permet relativement bien de prévoir la réussite ou léchec de la semi-liberté. Toutefois, pour les 7 % de détenus dont la semi-liberté a été révoquée parce quils avaient commis une nouvelle infraction, il ny a pas de différence de proportions entre le groupe à faible risque et le groupe à risque élevé.
Tableau 5-1 : 12 domaines de besoins dans lEERBC
Évaluation des besoins
Dans le cadre de cet exercice, on a évalué selon léchelle suivante à quatre degrés chacun des 12 domaines de besoins de lÉchelle dévaluation du risque et des besoins dans la collectivité (voir le tableau 5-1) :
Après évaluation individuelle des domaines de besoins, lagent de gestion de cas fait une appréciation globale. Il indique si le détenu a de faibles besoins, des besoins moyens ou élevés. Le graphique 5-2 fait voir le lien entre le niveau des besoins et la réussite de la semi-liberté. Le taux déchec augmente avec le niveau des besoins, passant de 10 % (faibles besoins) à 29 % (besoins élevés). On constate toutefois que, pour les 7 % de cas déchec avec nouvelle infraction, le taux déchec ne varie guère (intervalle de variation de 6 % à 8 %, n=33) selon les niveaux de besoins.
Graphique 5-2 : Relation entre léchec de la semi-liberté et le niveau des besoins
Ensemble des besoins
La «cote» des besoins (faibles, moyens ou élevés) est attribuée après évaluation de tous les besoins. Une façon plus objective détablir le niveau des besoins est de compter les besoins constatés. On peut ainsi créer une échelle de notation de 0 à 12 où la cote 0 désigne labsence de besoins chez un détenu. Le graphique 5-3 indique le rapport entre le nombre de besoins constatés et le taux déchec de la semi-liberté. En regroupant les besoins en trois catégories comme on le fait dans lévaluation globale, il est possible de comparer les capacités de prévision selon lévaluation globale des agents de gestion de cas et lévaluation faite par sommation des besoins. Daprès les résultats du graphique 5-4, on a jugé faibles les besoins au nombre de 0 à 2, moyens les besoins au nombre de 3 et élevés les besoins au nombre de 4 et plus. Cette méthode détablir le niveau des besoins ne compte pas pour leffet différentiel individuel des besoins à la semi-liberté.
Graphique 5-3 : Relation entre le nombre de besoins et léchec de la semi-liberté
Le graphique 5-4 compare lévaluation globale des agents de gestion de cas et lévaluation reposant sur le nombre de besoins. Les résultats présentés dans ce graphique indiquent que le rapport est à peu près le même avec le taux déchec pour lune et lautre des méthodes dévaluation. Ce résultat indique que lévaluation globale des besoins faite par les surveillants de liberté conditionnelle est conforme à la mesure plus objective qui compte simplement les besoins.
Graphique 5-4: Comparaison de lévaluation globale des agents de gestion de cas et de la sommation des besoins par catégorie
Besoins individuels
Y a-t-il des besoins particuliers qui soient liés à la réussite ou à léchec de la semi-liberté? Le tableau 5-2 présente les taux généraux déchec et les taux déchec avec nouvelle infraction pour chacun des 12 besoins dans le cas des détenus dont les besoins ont été constatés. Il indique en outre la fréquence de constatation de chacun des besoins. Le graphique 5-5 indique les résultats et les ordonne selon les taux généraux déchec. Legraphique 5-6 les ordonne par taux déchec avec nouvelle infraction et legraphique 5-7, par fréquence de constatation des besoins.
Le graphique 5-5 indique les taux déchec des détenus ayant chacun des besoins constatés. Ce sont les besoins de toxicomanie (alcool et drogue) qui sont liés aux taux généraux déchec les plus importants. Le taux déchec des détenus ayant un besoin de toxicomanie est presque aussi élevé que celui des groupes qui sont le plus à risque, aussi lalcool et la drogue sont-ils synonymes de haut taux déchec de la semi-liberté. On se rappellera que, dans ce groupe, les détenus en semi-liberté ordinaire avec un questionnaire EERBC rempli présentaient un taux général déchec de 17 % seulement. On peut nettement voir que lexistence de certains besoins dénote des probabilités déchec bien supérieures à la moyenne.
Le taux déchec varie selon les besoins sur un intervalle de 11 points ayant pour valeurs limites 17 % pour la gestion du budget et 28 % pour les problèmes dalcool. Les domaines de besoins ne sexcluent pas les uns les autres, et on peut avoir constaté plusieurs besoins chez un même détenu. Dans le cas des détenus chez qui on navait constaté aucun besoin, le taux déchec sétablissait à 10 %.
Graphique 5-5: Taux généraux déchec en relation avec des besoins particuliers (EERBC)
Graphique 5-6 : Échec avec nouvelle infraction en relation avec des besoins individuels (EERBC)
Tableau 5-2 : Taux déchec de la semi-liberté pour les besoins constatés (N=440)
| Besoin constaté | Nombre ayant chaque besoin constaté | Pourcentage ayant le besoin constaté | Taux déchec général | Taux déchec avec nouvelle infraction |
|---|---|---|---|---|
| Formation générale et professionnelle | 160 | 36,4 % | 19,4 | 6,3 |
| Emploi | 177 | 40,2 % | 23,2 | 9,0 |
| Gestion du budget | 172 | 39,1 % | 16,9 | 5,2 |
| Relations conjugales et familiales | 147 | 33,4 % | 22,5 | 5,4 |
| Compagnons et proches | 164 | 37,3 % | 23,2 | 9,2 |
| Conditions de vie | 36 | 8,2 % | 25,0 | 8,3 |
| Stabilité comportementale et affective | 154 | 35,0 % | 23,4 | 7,8 |
| Consommation dalcool | 85 | 19,3 % | 28,2 | 4,7 |
| Consommation de drogue | 81 | 18,4 % | 25,9 | 3,7 |
| Facultés mentales | 50 | 11,4 % | 24,0 | 8,0 |
| Santé | 45 | 10,2 % | 24,4 | 2,2 |
| Attitude | 67 | 15,2 % | 19,4 | 4,5 |
| Aucun besoin constaté | 76 | 17,3 % | 10,5 | 8,0 |
Le graphique 5-6 indique les taux déchec pour les divers besoins là où les détenus ont été reconnus coupables dune nouvelle infraction. Le taux oscille entre 2 % pour les détenus ayant des besoins en matière de santé et 9 % pour ceux dont les besoins ont à voir avec lemploi et les compagnons et proches. Toutefois, 8 % de ceux chez qui on navait constaté aucun besoin ont connu un échec avec nouvelle infraction, alors que ceux qui avaient des besoins de toxicomanie, aspect en étroite corrélation avec les taux généraux déchec, présentaient un taux relativement faible déchec avec nouvelle infraction. On doit considérer les pourcentages cités au tableau à la lumière du taux global déchec avec nouvelle infraction, qui est d'environ 8 %.
On relève avec intérêt des différences de besoins constatés entre ceux qui échouent pour une raison quelconque et ceux qui commettent une nouvelle infraction. En comparant les graphiques 5-5 et 5-6, on se rend nettement compte que les détenus ayant des besoins de toxicomanie (alcool ou drogue) risquent plus déchouer pour une raison quelconque, bien que ces besoins ne soient pas aussi importants que dans le cas des échecs avec nouvelle infraction. Il est plus facile de dépister les problèmes de toxicomanie dans un centre résidentielet, par conséquent, la révocation est plus probable. Les détenus qui commettent une nouvelle infraction en semi-liberté sont susceptibles de connaître des problèmes dans des aspects des relations sociales se prêtant moins directement à une surveillance : compagnie, emploi et conditions de vie. On constate aussi que les détenus sans besoins constatés ont plus de chances de commettre une nouvelle infraction, doù limpression que leurs taux de déclaration plus faibles rendent peut-être plus difficile le dépistage de petits problèmes risquant de dégénérer en de nouvelles infractions. Les besoins en matière de santé sont liés à un taux général déchec relativement élevé, mais relativement faible dans le cas des échecs avec nouvelle infraction.
Daprès les résultats du graphique 5-7, les besoins le plus fréquemment constatés concernent lemploi et la gestion du budget, tandis que les besoins relatifs aux compagnons et proches, à la formation générale et professionnelle, à la stabilité comportementale et affective et aux relations conjugales et familiales se situent presque au même niveau. Suivent par ordre de fréquence les besoins de toxicomanie (alcool et drogue). Les besoins le moins fréquemment constatés appartiennent aux catégories des attitudes, des facultés mentales, de la santé et des conditions de vie. Chez environ 17 % des détenus en semi-liberté, on na constaté aucun besoin.
On peut sétonner tout dabord de la fréquence relativement faible de constatation de problèmes dalcool ou de drogue chez les détenus si on considère que les cas de toxicomanie abondent dans la population carcérale. Il serait réconfortant de croire que les programmes de traitement en établissement viennent réduire la gravité des besoins de toxicomanie, mais une explication plus vraisemblable est que, avec les problèmes dadaptation à la collectivité, les besoins dalcool ou de drogue pourraient moins nettement se manifester. Toutefois, même si la toxicomanie a pu contribuer à la perpétration dinfractions antérieures, elle est peut-être moins importante dans le contexte des maisons de transition où un plus grand contrôle est exercé. Dautres domaines de besoins tels que lemploi, les finances et les compagnons peuvent être perçus comme étant immédiatement plus importants.
Graphique 5-7: Fréquence de constatation des divers besoins
Risque et besoins
En réunissant en une échelle les éléments dévaluation du risque et des besoins, on peut mieux départager les cas de réussite et déchec de la semi-liberté. On peut voir au graphique 5-8 que les probabilités déchec augmentent avec le niveau de risque et des besoins. Le taux déchec de la semi-liberté était denviron 8 % pour les détenus à faibles besoins et à faible risque, mais sélevait à 32 % pour ceux à besoins élevés et à risque élevé. Les résultats indiquent que le niveau du risque et des besoins et la réussite de la semi-liberté sont nettement liés. Les barres du graphique 5-8 répartissent en trois catégories les niveaux de risque et de besoins. Les détenus à faible risque et à besoins faibles ou moyens appartiennent au premier groupe et leur taux déchec est denviron 10 %. La catégorie intermédiaire regroupe les détenus à faible risque et à besoins élevés et les groupes à risque élevé ayant des besoins faibles ou moyens. Dans cette catégorie, le taux déchec est denviron 20 %. Dans la troisième, celle des détenus à besoins élevés et à risque élevé, le taux sétablit à 30 %.
Les taux déchec sont constants sur lensemble des niveaux de risque et de besoins sil sagit dun échec avec nouvelle infraction. Ainsi, ces niveaux ne permettent pas de prévoir les cas déchec avec nouvelle infraction.
Graphique 5-8: Niveau de risque et de besoins et échec de la semi-liberté
Récapitulation
LÉchelle dévaluation du risque et des besoins dans la collectivité (EERBC) permet de mieux prévoir la réussite ou léchec de la semi-liberté. On constate en outre que lexistence de certains besoins a à voir avec des taux supérieurs déchec. Il semblerait en particulier que les problèmes de toxicomanie sont liés à léchec de la semi-liberté, mais non pas aux cas déchec avec nouvelle infraction.
Analyse des forces et des faiblesses
Lanalyse des forces et des faiblesses dégage les facteurs devant être abordés dans le plan correctionnel. Le plan correctionnel indique aux détenus et aux travailleurs correctionnels quels programmes ou activités sont le mieux adaptés aux besoins du délinquant. Cette analyse se fait peu après larrivée en prison et à des stades critiques de lincarcération. Elle comporte 12 domaines de besoins identiques à ceux de lÉchelle dévaluation du risque et des besoins dans la collectivité (EERBC), mais on note les résultats dune manière différente et répond au questionnaire sous une forme narrative plutôt que numérique. Dans les indications narratives données par lagent de gestion de cas, on décrit comment un besoin influera sur le plan correctionnel et ce que doit faire le détenu pour y répondre.
Outre les 12 domaines de besoins, léchelle vise trois aspects liés à la dernière infraction; plus précisément, on sinterroge sur lincidence de cette infraction, notamment sur la réussite du programme correctionnel, et on se demande aussi si le détenu risque de réagir négativement à la surveillance et à lincarcération. Nous livrerons ces éléments danalyse au prochain chapitre.
Nous disposons de données danalyse des forces et des faiblesses dans les dossiers de 571 ou 76 % des détenus en semi-liberté ordinaire, donc pour un plus grand nombre de cas que dans lanalyse EERBC.
Nombre de besoins
Lanalyse des forces et des faiblesses est conçue pour déterminer les besoins qui nécessitent une attention, et non pas pour faire une évaluation globale des besoins comme dans lEERBC. Toutefois, le lien est net entre le nombre de besoins relevés dans cette analyse et le taux déchec de la semi-liberté (voir le graphique 5-9). La valeur de corrélation du nombre de besoins et du taux déchec est de 0,88 (p <0,001). Les données présentées au graphique 5-9 font voir la possibilité de dégager trois niveaux de besoins de cette analyse par rapport à la semi-liberté. Ceux qui ont de 1 à 4 besoins ont le taux déchec le plus bas, ceux qui ont de 5 à 10 besoins ont un taux déchec modéré et ceux qui ont 11 ou 12 besoins ont le taux déchec le plus élevé.
Graphique 5-9 : Relation entre le taux déchec de la semi-liberté et le nombre de besoins constatés dans lanalyse des forces et des faiblesses
Le tableau 5-3 présente les taux généraux déchec et les pourcentages de cas pour les trois niveaux de besoins. Chez les détenus ayant 11 ou 12 besoins, le taux déchec de la semi-liberté est de 42 %. On a constaté 5 à 10 besoins chez la majorité des détenus, soit 69 %. Dans ce groupe, le taux déchec varie de 25 % à 34 % et la moyenne de tout le groupe est de 29 %.
Tableau 5-3 : Relation entre le nombre de besoins et le taux déchec
| Nombre de besoins | Nombre de cas | Pourcentage de cas | Taux déchec |
|---|---|---|---|
| 0 à 4 | 143 | 25,0 | 13 |
| 5 à 10 | 392 | 68,6 | 29 |
| 11 ou 12 | 36 | 6,3 | 42 |
Le graphique 5-10 indique les taux généraux déchec de la semi-liberté pour chacun des besoins constatés. Le taux varie selon les besoins sur un intervalle de neuf points seulement ayant pour valeurs limites 24 % pour les problèmes de comportement sexuel et 33 % pour les problèmes de santé. Il ressort de ces résultats que lexistence dun besoin, quel quil soit, ne permet pas de départager nettement les cas de réussite et déchec de la semi-liberté. Les résultats indiquent également que les besoins constatés au début de la peine par lanalyse des forces et des faiblesses ne sont pas aussi prévisibles du comportement dans la collectivité que les besoins constatés au moment de la mise en liberté.
Graphique 5-10 : Taux général déchec pour les besoins constatés dans lanalyse des forces et des faiblesses
Graphique 5-11 : Taux déchec avec nouvelle infraction pour les besoins constatés dans lanalyse des forces et des faiblesses
Un même intervalle restreint de variabilité se dégage des résultats du graphique 5-11 dans le cas des détenus qui ont commis une nouvelle infraction en période de semi-liberté. Le taux déchec avec nouvelle infraction oscille entre 9 % et 11 %. Le peu de variabilité selon les besoins est conforme à ce que lon a constaté pour lanalyse EERBC des besoins dans leur rapport avec le taux déchec avec nouvelle infraction.
Graphique 5-12 : Pourcentage de détenus chez qui on a constaté un besoin particulier dans lanalyse des forces et des faiblesses
Le graphique 5-12 indique la proportion de détenus chez qui on a constaté les divers besoins énumérés. Les besoins le plus fréquemment constatés (plus de 70 % de léchantillon) intéressent les valeurs et les attitudes ainsi que les compagnons et les proches. Les besoins les moins constatés (20 % à 30 % de léchantillon) étaient relatifs au comportement sexuel, aux facultés mentales et à la santé. On a relevé les autres besoins chez 55 % à 68 % des membres de léchantillon. Pour la toxicomanie, la proportion était de 50 % à 60 % de léchantillon, un peu plus que dans lEERBC (constatation des besoins peu après le retour dans la collectivité).
Récapitulation et analyse
Les résultats présentés dans les sections précédentes indiquent lexistence dun lien étroit entre léchec de la semi-liberté et lévaluation du risque et des besoins effectuée après le retour dans la collectivité. Le lien est plus faible pour les besoins constatés au début de la peine. Sur le nombre de détenus qui ont les niveaux de besoins les plus élevés daprès lanalyse EERBC ou lanalyse des forces et des faiblesses, au moins 30 % ont échoué en semi-liberté. Ce taux déchec peut se comparer à ceux du groupe à faibles besoins où seulement 10 % environ ont connu léchec en semi-liberté. On a aussi montré que le degré de risque permet de prévoir le résultat de la mise en semi-liberté et que, joint au niveau de besoins, il livre la meilleure prévision qui soit de ce résultat dans lensemble.
Lanalyse individuelle des besoins fait voir que, selon lEERBC, les problèmes de toxicomanie sont le plus fréquemment liés à léchec de la semi-liberté. Toutefois, quand on analyse les cas déchec avec une nouvelle infraction, les problèmes de compagnons et demploi déterminent des taux supérieurs déchec. Ajoutons que ces deux domaines de besoins étaient les plus répandus, doù limpression que les questions de réintégration sociale sont le plus fondamentales dans la réussite de la semi-liberté, alors que la toxicomanie constitue un «facteur médiateur» daggravation des problèmes.
LEERBC (risque et besoins) et lanalyse des forces et des faiblesses donnent des résultats qui font conclure à la difficulté de repérer les détenus qui commettront une nouvelle infraction en période de semi-liberté. Cest regrettable, car les échecs avec nouvelle infraction sont les plus graves du point de vue de la gestion du risque dans la collectivité. De nouveaux efforts simposent sans doute si on entend reconnaître les caractéristiques des détenus qui risquent de commettre des infractions une fois en semi-liberté.
Les analyses EERBC sont entachées dun biais de sélection, puisquil ny a pas eu de questionnaire EERBC rempli dans les cas où le risque est le plus élevé. Ce biais peut avoir pour effet de rendre lanalyse moins capable de dégager les facteurs liés aux cas déchec avec nouvelle infraction. Il y aura sans doute aussi un effet de plus grande discrimination de la réussite et de léchec pour ceux qui ont échoué en semi-liberté par violation technique ou nouvelle infraction (taux général déchec). Cette constatation laisse à penser que le fait de procéder aux analyses du risque et des besoins le plus tôt possible après la mise en liberté peut déterminer les cas-problèmes avant quun échec ne se produise.
Introduction
Au chapitre précédent, nous avons vu le rapport entre le résultat de la mise en semi-liberté et le niveau de risque et de besoins, mais dans ce chapitre nous nous intéresserons à des sujets plus divers et nous étudierons en particulier les aspects suivants dans leur effet sur le résultat de la mise en semi-liberté :
Période de libération
Voici comment se définit ladmissibilité à la semi-liberté selon les dispositions législatives en vigueur au moment de létude [La Loi sur le système correctionnel et la mise en liberté sous condition (1992) a modifié la date d’admissibilité à la semi-liberté, qui est aujourd’hui antérieure de six mois à la date d’admissibilité à la libération totale.] :
En théorie, les détenus présentant un risque moindre seraient mis en semi-liberté le plus tôt dans leur peine et les détenus à risque élevé seraient libérés plus tard. Daprès les résultats du tableau 6-1, cest bien ce qui se passe. Dans lensemble, ceux qui sont libérés avant la date dadmissibilité à la libération totale ont un taux déchec en semi-liberté inférieur à celui des détenus libérés après cette date. Plus précisément, 30 % de ceux qui sont mis en semi-liberté après la date dadmissibilité à la libération totale connaissent léchec contre 20 % seulement chez ceux qui le sont avant cette même date. Le taux déchec pour les libérés tardifs est supérieur de moitié à celui des libérés hâtifs.
Le tableau 6-1 indique les taux de réussite et déchec des détenus mis en semi-liberté à la date la plus hâtive, soit à la date dadmissibilité à la semi-liberté. Le nombre de cas est relativement petit, 39 seulement, mais 26 % dentre eux ont été incapables de mener à terme sans incident leur période de semi-liberté, doù limpression que les gens libérés au sixième de leur peine demprisonnement ne sont peut-être pas prêts à être ainsi élargis.
Tableau 6-1 : Réussite et échec de la semi-liberté selon la période de libération
| Achèvement | Période de libération | ||
|---|---|---|---|
| À la date dadmissibilité à la semi-liberté | Entre les dates dadmissibilité à la semi-liberté et à la libération totale | Après la date dadmissibilité à la libération totale | |
| Réussite | 74,4 | 79,8 | 70,5 |
| Échec | 25,6 | 20,1 | 29,5 |
| Nombre de cas | 39 | 283 | 376 |
On a confondu les trois groupes (périodes de libération) du tableau 6-1 et combiné les résultats aux niveaux de risque et de besoins dégagés par lÉchelle dévaluation du risque et des besoins dans la collectivité (EERBC) afin de voir si le taux déchec était déterminé par le facteur «risque et besoins» ou «période de libération». Le graphique 6-1 livre ces éléments danalyse et semble indiquer que le niveau de risque et de besoins est un facteur plus critique de prévision déchec que le facteur «période de libération». Chez les détenus appartenant à la catégorie «risque et besoins élevés», cette période ninflue pas sur le résultat de la semi-liberté (il y a chevauchement des deux points de la courbe), mais le taux déchec saccroît largement par rapport à la situation des groupes où le risque et les besoins sont moins grands.
On constate toutefois que, chez les détenus jugés à faible risque et à faibles besoins, la période de libération détermine des différences de résultat. Plus précisément, chez les détenus de cette catégorie, le taux déchec des cas de libération après la date dadmissibilité à la libération totale est presque double de celui des cas de libération antérieure à cette date. Une différence moins prononcée mais de même sens se remarque chez les détenus à niveau moyen de risque et de besoins (faible risque et besoins moyens). De plus, les données de libération indiquent quil ne convient guère de libérer tôt certains détenus à faible niveau de risque et de besoins si on considère le taux déchec supérieur en cas de mise en semi-liberté après la date dadmissibilité à la libération totale.
Les résultats dans le graphique 6-1 indiquent également que certains détenus à risque et besoins élevés ont été mis en semi-liberté plus tôt. Alors que les résultats du risque et des besoins selon lévaluation EERBC nétaient pas disponibles, les autres renseignements létaient. Toutefois, il semble que ces renseignements étaient insuffisants et que les résultats obtenus laissent sous-entendre limportance des évaluations systématiques du risque et des besoins avant que les décisions en matière de mise en liberté soient prises.
On notera que les taux déchec présentés dans ce graphique ne sont pas les mêmes quau tableau 6-1, car dans moins de cas un questionnaire EERBC a été rempli et ceux qui ont répondu à ce questionnaire risquaient moins déchouer en semi-liberté. Il y a un effet sur le taux déchec (effet de diminution), mais non pas sur la relation entre la période de libération et le niveau de risque et de besoins.
Graphique 6-1 : Niveau de risque et de besoins, période de libération et taux général déchec
Nous présentons des éléments semblables danalyse au graphique 6-2 où léchec avec infraction sert de mesure du résultat de la semi-liberté. Le graphique indique quil ny a pratiquement aucune différence de taux déchec entre les détenus libérés avant et après leur date dadmissibilité à la libération totale, ni entre les trois niveaux de risque et de besoins. Bien que ne concordant pas avec les données relatives au taux général déchec et à la période de libération, ces résultats sont conformes à ceux des autres sections qui semblent indiquer limpossibilité dune discrimination des échecs avec nouvelle infraction à laide des variables étudiées.
Graphique 6-2 : Niveau de risque et de besoins, période de libération et échec avec nouvelle infraction

Efficacité des programmes
Généralités
On devrait répondre aux besoins définis dans le plan correctionnel, après lanalyse des forces et des faiblesses, à laide des programmes de létablissement. Il faudrait agir de même dans la collectivité où les besoins sont constatés au moyen de lEERBC. Il peut être question de programmes de traitement de la toxicomanie, de formation générale ou professionnelle, dacquisition de compétences cognitives ou de consultation psychologique.
Dans linterprétation des résultats, on devait tenir compte de trois facteurs importants de la participation à des programmes. Dabord, la fréquentation nest pas garante de la réussite dun programme. Quelquun peut participer sans pouvoir ni vouloir intégrer ce quil acquerra à sa vie quotidienne. Ensuite, on peut vouloir participer pour accroître ses chances dobtenir la libération conditionnelle, et on ne sera donc guère motivé à faire vraiment siens les résultats du programme. Enfin, comme il faut beaucoup de temps pour quun comportement sancre dans le mode de vie dune personne, les programmes relativement brefs ne devraient réussir que modestement à modifier les comportements.
Nous présentons les résultats dans deux sections. La première examine si une participation quelconque à des programmes a un lien avec le risque et les besoins et si la fréquentation de tout type de programme est liée au résultat de la mise en semi-liberté. Ces analyses générales sont suivies danalyses plus spécifiques portant sur la relation entre les besoins constatés, la fréquentation de programmes destinés à répondre à ces besoins et le résultat de la mise en semi-liberté.
Participation quelconque à des programmes
La participation à des programmes devrait accroître les probabilités de réussite des mises en liberté. Toutefois, comme plus de 90 % des détenus mis en semi-liberté ordinaire ont suivi un programme quelconque, il est difficile den voir leffet sur le résultat de la mise en semi-liberté, vu que le degré de participation ne varie pas parmi les détenus. Par exemple, 90 % de ceux qui ont achevé leur période de semi-liberté sans incident ont participé à un programme, tout comme 93 % de ceux qui ont échoué (la différence entre ces chiffres nétant pas statistiquement fiable).
Les détenus aux besoins les plus élevés devraient le plus participer à des programmes (voir, par exemple, Andrews et Bonta, 1995). Le tableau 6-2 indique que, en réalité, presque tous (93 % à 94 %) les détenus aux besoins moyens ou élevés (selon lÉchelle dévaluation du risque et des besoins dans la collectivité) ont participé à au moins un programme. Il reste que, dans lensemble, la participation à des programmes est plutôt importante, 85 % des détenus à faible niveau de risque et de besoins ayant suivi au moins un programme de létablissement. Ces résultats font voir que la sélection aux programmes des établissements pourrait ne pas reposer sur une analyse des besoins, car les détenus dont les besoins sont faibles nauraient pas dû participer aux programmes de leur établissement autant quon ne lindique ici.
Tableau 6-2 : Pourcentage des détenus de chaque niveau de besoins ayant participé à des programmes de létablissement
| Participation à des programmes | Niveau de besoins (EERBC) | ||
|---|---|---|---|
| Faible | Moyen | Élevé | |
| Oui | 85 | 93 | 94 |
| Non | 15 | 7 | 6 |
| Nombre de cas c2(2,N=451)=8,7, p.<0,05 |
136 | 234 | 81 |
Il ny a pas de différence parmi les niveaux de risque quant à la participation à des programmes, ainsi 89 % des détenus à faible risque et 92 % des détenus à risque élevé ont participé à un programme quelconque. De plus, lorsque les facteurs de risque et de besoins sont combinés il ny a pas de relation statistiquement fiable entre les niveaux de risque et de besoins et la participation à des programmes. Les données indiquent que 83 % des détenus à faible risque et à faibles besoins et 87 % des détenus à risque élevé et à faibles besoins ont participé à des programmes, alors que 90 % ou plus des détenus à risque moyen ou élevé ont participé à au moins un programme. Ces résultats indiquent que le besoin est un facteur plus important à la participation à un programme que le niveau de risque. Ceci nest pas surprenant vu que les besoins peuvent être rencontrés beaucoup plus efficacement avec des programmes alors que les facteurs de risque sont statiques et les programmes nont aucun effet sur eux.
La fréquentation de programmes devrait accroître les chances de mise en semi-liberté. On remarque cependant que les détenus à faible risque et à faibles besoins qui nont pas besoin de programmes sont aussi les plus susceptibles dêtre mis en semi-liberté plus tôt. Daprès les résultats du tableau 6-3, sur le nombre de ceux qui ont été mis en semi-liberté à la date la plus hâtive, 72 % seulement avaient participé à un programme. La proportion bondit à 88 % chez ceux à qui on a accordé la semi-liberté avant leur date dadmissibilité à la libération totale. Ces deux groupes constituent environ 46 % de léchantillon de détenus en semi-liberté.
Une mise en semi-liberté après la date dadmissibilité à la libération totale indique que lon croit quune libération totale est trop risquée et quun élargissement plus progressif est jugé nécessaire. Sur le nombre de détenus mis en semi-liberté après leur date dadmissibilité, 95 % avaient participé à un programme quelconque de létablissement. Bien quon ne puisse le démontrer hors de tout doute, on est porté à penser que les détenus libérés après cette même date dadmissibilité ont été priés de participer à un programme quelconque pour accroître leurs chances dêtre libérés.
Tableau 6-3 : Pourcentage de détenus selon la période de libération et la participation à des programmes
| Participation à des programmes | Période de libération | Nombre de cas | ||
|---|---|---|---|---|
| À la date dadmissibilité à la semi-liberté | Au plus tard à la date dadmissibilité à la libération totale | Après la date dadmissibilité à la libération totale | ||
| Oui | 72,5 | 88,1 | 95,0 | 64 |
| Non | 27,5 | 11,9 | 5,0 | 641 |
| Nombre de cas | 40 | 286 | 379 | 705 |
| % de cas | 5,7 | 40,6 | 53,8 | |
| c2(3,N=705)= 28.1, p.<.001 |
||||
On a procédé à une analyse du lien entre le niveau de risque et de besoins, la période de libération et la participation à des programmes. Les résultats figurent au tableau 6-4. Chez les détenus jugés à faible niveau de risque et de besoins, le taux déchec (8 % ou moins) était faible et on ne relevait guère de différence entre les libérés plus tôt ou plus tard et entre ceux qui avaient participé ou non à des programmes. Ces résultats soulèvent la question de savoir pourquoi un certain nombre de ces détenus ont été mis en semi-liberté après leur date dadmissibilité à la libération totale plutôt quavant.
Chez les détenus jugés à niveau moyen de risque et de besoins et qui ont été mis tôt en semi-liberté, le taux déchec était faible et sétablissait à moins de 11 % pour ceux qui avaient participé à des programmes. Il était également peu élevé (12 %) dans le cas des libérés tardifs. Il est impossible de comparer ceux qui ont participé à des programmes à ceux qui ne lont pas fait, car le nombre de cas est trop petit (5 et moins).
On relève le taux déchec le plus élevé (44 %) chez les détenus à niveau élevé de risque et de besoins qui ont été mis tôt en semi-liberté (avant la date dadmissibilité à la libération totale) et qui nont pas participé à des programmes. Ceux qui avaient participé présentaient toujours un taux déchec important (23 %), mais inférieur de presque la moitié à celui du groupe qui navait pas suivi de programmes. Ces résultats confirment que les détenus à risque élevé et à besoins élevés peuvent le plus profiter des programmes et que, si on les libère sans dabord les inscrire à des programmes, on risque de faire courir un danger inutile à la société.
Chez les libérés tardifs de cette catégorie, le taux déchec sétablissait à 25 % pour ceux qui avaient participé et à 14 % seulement pour ceux qui ne lavaient pas fait. Ce dernier résultat est curieux, car on sattendrait à relever un taux déchec plus bas pour ceux qui auraient suivi des programmes. Il est possible que des détenus se soient inscrits à des programmes simplement pour accroître leurs chances de libération, mais sans véritablement en réaliser les avantages. Si tel est le cas, il faut prévoir dans les programmes une mesure des résultats de leur fréquentation.
Dans cette analyse, il y a deux groupes à propos desquels on peut sinterroger sur les méthodes ayant servi à décider de la mise en semi-liberté. Il y a dabord le groupe des détenus à faible niveau de risque et de besoins ayant participé à des programmes et qui ont été mis en semi-liberté après leur date dadmissibilité à la libération totale. Il y a ensuite les détenus à risque et besoins élevés qui ont bénéficié dune semi-liberté hâtive. La plupart des détenus de ce groupe avaient participé à des programmes, fréquentation que lon peut avoir considéré comme suffisant à réduire les risques de récidive. Toutefois, 12 % dentre eux navaient participé à aucun programme et, selon les résultats, ce sont eux qui ont présenté le plus haut taux déchec.
Les analyses suivantes ne visent que la participation quelconque à des programmes. Nous livrerons plus loin des éléments danalyse plus détaillés sur la fréquentation de programmes particuliers.
Tableau 6-4 : Relation entre le niveau de risque et de besoins, la période de libération, la participation à des programmes et léchec de la semi-liberté
| Risque et besoinsa | Période de libérationb | Participation à des programmes | Taux déchec | Nombre de casc |
|---|---|---|---|---|
| faible | tôt | non | 6,2 | 16 |
| faible | tôt | oui | 6,6 | 61 |
| faible | tard | non | données insuffisantes | |
| faible | tard | oui | 8,0 | 25 |
| moyen | tôt | non | 0,0 | 5 |
| moyen | tôt | oui | 10,9 | 64 |
| moyen | tard | non | données insuffisantes | |
| moyen | tard | oui | 12,1 | 58 |
| élevé | tôt | non | 44,4 | 9 |
| élevé | tôt | oui | 23,1 | 65 |
| élevé | tard | non | 14,3 | 7 |
| élevé | tard | oui | 25,0 | 128 |
| Nombre total de cas | 443 | |||
a Selon lÉchelle dévaluation du risque et des besoins dans la collectivité.
b Tôt : avant la date dadmissibilité à la libération totale; tard : après cette date.
c Nombre total de cas dans le groupe, et non pas nombre déchecs.
Programmes qui répondent aux besoins
Des études spécialisées font voir que les programmes visant à répondre aux besoins constatés réussiront éminemment à combattre la récidive (voir, par exemple, Andrews et Bonta, 1995). Cest pourquoi nous comparons, dans les analyses qui suivent, les taux déchec de ceux qui ont suivi des programmes destinés à répondre à leurs besoins et de ceux qui ne lont pas fait. Nous avons fait correspondre autant que possible les besoins constatés dans lanalyse des forces et des faiblesses aux programmes, sans toutefois pouvoir les faire correspondre parfaitement. Le tableau 6-5 présente chaque besoin et le type de programmes disponibles pour le combler avec le taux déchec de la semi-liberté, quil sagisse du taux déchec général ou avec une nouvelle infraction.
Les résultats du tableau 6-5 indiquent que pour ceux qui avaient des besoins particuliers constatés dans lanalyse des forces et des faiblesses, la participation à un programme ninfluait pas sur lissue de la mise en semi-liberté. Les résultats sont semblables pour les cas généraux déchec et les cas déchec avec nouvelle infraction. On relève deux exceptions, qui ont approché de la fiabilité statistique, à savoir la consultation et la formation de préparation à lemploi. En dautres termes, dans le cas des détenus chez qui on a constaté un besoin en matière de stabilité affective, la fréquentation de services de consultation psychologique ou psychiatrique a accru les chances de réussite de la semi-liberté. Toutefois, ceux dont on a constaté des besoins dans le domaine de lemploi présentaient un taux supérieur déchec avec nouvelle infraction même sils avaient reçu une formation de préparation à lemploi. Pour les problèmes de comportement sexuel, la participation à des programmes donne de bons résultats (taux déchec de 15 % dans les cas de participation et de 28 % dans les cas de non-participation), bien que les différences relevées ne soient pas statistiquement fiables.
Limpossibilité de démontrer leffet du traitement peut tenir à un certain nombre de facteurs. Dabord, les périodes de semi-liberté, de six mois en général, sont relativement courtes et peuvent ne pas être suffisantes pour que les programmes manifestent leurs effets. En deuxième lieu, si un détenu suit un programme pour un besoin, il peut ne pas en suivre pour dautres, et ces autres besoins peuvent être liés à léchec de la semi-liberté. En troisième lieu, la simple participation à un programme ne veut pas dire que celui-ci influera sur le comportement en période de semi-liberté. Ces résultats semblent indiquer la nécessité dévaluer le succès dun programme plutôt que lachèvement. Finalement, lefficacité de la fréquentation de programmes peut être liée à la période de libération. Les détenus libérés tôt dans leur peine peuvent avoir été mieux motivés à sinscrire à des programmes.
À la dernière colonne du tableau 6-5, on peut voir les programmes qui ont eu des répercussions négatives sur les détenus chez qui on na pas constaté le besoin visé, mais qui les ont tout de même suivis. Là où on na pas constaté le besoin que lactivité vise à combler, la participation à un programme de traitement de la toxicomanie (alcool ou drogue) ou dacquisition de compétences cognitives semble nuire à la réussite de la semi-liberté. On observe, par exemple, que le taux général déchec était de 13 % pour ceux chez qui on na pas reconnu de problèmes dalcool et qui nont pas suivi de programme de traitement et de 29 % chez ceux qui en ont suivi un. On relève des résultats semblables pour les valeurs et les attitudes avec 18 % pour la non-participation et 40 % pour la participation à des programmes dacquisition de compétences cognitives là où le besoin navait pas été constaté. Ces résultats semblent indiquer que seuls les détenus chez qui on a constaté tel ou tel besoin devraient participer au programme destiné à y répondre.
Tableau 6-5 : Incidence de la participation à des programmes sur léchec de la semi-liberté pour les besoins constatés (analyse des forces et des faiblesses)
| Besoin constaté dans lanalyse des forces et des faiblesses | Programme disponible | Participation | Taux déchec de la semi-liberté | Taux déchec avec nouvelle infraction | Nbre | Incidence négative du programme sans constatation du besoin1 |
|---|---|---|---|---|---|---|
| Formation générale ou professionnelle | Éducation de base et formation professionnelle des adultes | Oui | 31,2 | 10,3 | 253 | ind. |
| Non | 26,1 | 7,75 | 142 | ind. | ||
| Emploi | Formation de préparation à lemploi | Oui | 28,4 | 14,7+ | 102 | ind. |
| Non | 30,2 | 8,7 | 288 | ind. | ||
| Stabilité affective | Consultation psychologique-psychiatrique | Oui | 21,7+ | 8,1 | 198 | ind. |
| Non | 29,8 | 8,4 | 215 | ind. | ||
| Consommation dalcool | Toxicomanie (alcool) | Oui | 31,4 | 9,7 | 258 | c2 =9,8,*** |
| Non | 30,3 | 10,5 | 76 | c2 =3,1,+ | ||
| Consommation de drogue | Toxicomanie (drogue) | Oui | 28,5 | 11,5 | 235 | ind. |
| Non | 29,1 | 8,7 | 127 | c2 = 3,5, + | ||
| Comportement sexuel | Traitement contre lagression sexuelle | Oui | 15,2 | 8,7 | 46 | ind. |
| Non | 28,4 | 9,0 | 67 | ind. | ||
| Valeurs et attitudes | Compétences cognitives | Oui | 27,9 | 11,5 | 61 | c2 =6,0,* |
| Non | 27,1 | 8,5 | 365 | c2 = 8,7** |
*p.<0,05; **p.<0,01; ***p.<0,001; (+ indique quon approche du niveau de fiabilité statistique p.<0,1)
1Les données du reste du tableau visent les détenus chez qui on a constaté un besoin. Certains ont fréquenté des programmes même quand lévaluation navait dégagé aucun besoin. Suivre un programme sans quun besoin ait été constaté peut avoir des conséquences négatives (voir, par exemple, Andrews et Bonta, 1995). Les valeurs de bien que les pourcentages ne figurent pas au tableau. Le résultat supérieur est la révocation sans nouvelle infraction et le résultat inférieur, la révocation avec nouvelle infraction.
Programmes dans la collectivité
Outre les programmes en établissement, le SCC organise des programmes dans la collectivité à lintention des détenus mis en surveillance communautaire, et notamment en semi-liberté. Idéalement, les détenus en semi-liberté résident dans un centre résidentiel communautaire (CRC) ou un centre correctionnel communautaire (CCC) mettant à leur disposition tous les programmes dont ils ont besoin. Précisons cependant que la chose nest pas toujours possible à cause de divers facteurs. Qui plus est, aucun centre communautaire ne saurait assurer tous les types de programmes.
Le tableau 6-6 indique la fréquence dassignation de détenus ayant certains besoins à un établissement communautaire disposant de programmes pour leurs besoins, ainsi que la fréquence de recommandations des intéressés aux programmes en question. Les résultats font voir que pour les besoins de toxicomanie, il y a de fortes chances pour que le détenu soit assigné à un établissement doté des programmes appropriés; viennent ensuite ceux qui ont des besoins en matière de stabilité affective et de comportement sexuel. Les autres besoins sont mal comblés par les programmes; 15 % des cas au plus qui ont ces besoins se verront assignés à des établissements capables de leur offrir les programmes appropriés.
À la troisième colonne du tableau, on peut voir si les dossiers indiquaient que les détenus ayant tel ou tel besoin constaté avaient effectivement été dirigés vers un programme. Les résultats indiquent que là où des programmes de traitement pour les délinquants sexuels étaient disponibles, les détenus y ont été envoyés. Mentionnons toutefois que le taux de recommandations des détenus présentant des besoins de toxicomanie était dun peu plus de la moitié du nombre de ceux ayant la possibilité de sinscrire à un programme correspondant dans leur établissement dassignation.
On est porté à croire que nombre de détenus sont assignés à des établissements où il ny a pas de programmes pouvant combler leurs besoins. Même là où des programmes sont disponibles, ils peuvent ne pas y être envoyés. Ces insuffisances peuvent sexpliquer en partie par les besoins multiples des détenus et la nécessité pour la plupart de ceux qui logent dans des établissements résidentiels de participer à des activités éducatives et professionnelles, ce qui leur laisse moins de temps pour des activités de traitement. Comme ils ont plusieurs besoins, il est probable quon comble dabord le besoin jugé le plus important, quitte à retarder linscription à des programmes répondant à dautres besoins, voire à renoncer à tout autre programme si la libération totale suit la période de semi-liberté.
Tableau 6-6 : Disponibilité de programmes dans la collectivité et fréquence de recommandation
| Besoin constaté par lÉchelle dévaluation du risque et des besoins dans la collectivité | % de détenus ayant un besoin et disposant du programme correspondant dans leur CRC ou leur CCC | % de détenus envoyés à un programme communautaire | Nombre de détenus chez qui on a constaté le besoin |
|---|---|---|---|
| Formation générale ou professionnelle | 15,4 | 5,9 | 169 |
| Emploi | 7,1 | 6,4 | 186 |
| Stabilité affective | 36,2 | 19,6 | 163 |
| Consommation dalcool | 71,0 | 39,8 | 88 |
| Consommation de drogue | 54,1 | 28,6 | 84 |
| Comportement sexuel | 41,0 | 40,1 | 44 |
| Valeurs et attitudes | 3,5 | aucun programme | 73 |
Malheureusement, la participation réelle à des programmes na pas été enregistrée dans les données, il est donc impossible de savoir combien de personnes recommandées pour un programme lont réellement suivi. Nous supposons que ce pourcentage serait quelque peu inférieur au pourcentage de recommandations.
Conditions spéciales
La CNLC impose des conditions spéciales (interdiction de consommer de lalcool, de fréquenter des délinquants connus, etc.) quand elle décide de mettre quelquun en semi-liberté. Idéalement, ces conditions sont propres à réduire le risque de récidive et à aider le détenu à mener à terme sans incident sa période de semi-liberté. Cependant, limposition de conditions spéciales peut être recommandée par le SCC sil le juge nécessaire. Une des conséquences éventuellement négatives de cette imposition sur le détenu est quune violation peut faire révoquer sa semi-liberté, même sil ne commet pas de nouvel acte criminel. Les conditions spéciales peuvent en fait accroître les probabilités déchec de la semi-liberté, tout en concourant à réduire les risques déchec avec nouvelle infraction.
Dans lensemble, la CNLC a imposé une ou plusieurs conditions spéciales à 85 % des détenus. De plus, lexamen de certaines conditions permet de constater une concordance entre conditions recommandées par le SCC et conditions imposées par la CNLC dans une proportion de plus de 86 %.
Le tableau 6-7 indique la fréquence dimposition de certaines conditions. Presque trois détenus en semi-liberté ordinaire sur cinq (58 %) se sont vu imposer comme condition la non-consommation dalcool ou de drogue. Cest la condition la plus répandue. Environ le quart des détenus en semi-liberté sont tenus, par imposition dune condition spéciale, de recevoir des services de consultation psychologique (27 %) et (ou) de ne pas fréquenter de criminels connus (22,6 %). La consultation psychiatrique na été imposée quà 6 % des détenus mis en semi-liberté.
On note des irrégularités dincidence de limposition des diverses conditions spéciales, comme on peut le voir au tableau 6-7. Pour la consultation psychiatrique et la fréquentation de criminels, limposition est liée à un taux déchec inférieur et, pour les autres, à un taux supérieur.
Le tableau 6-7 présente aussi les taux déchec avec nouvelle infraction. Les résultats semblent indiquer que limposition de conditions na généralement pas influé sur le taux déchec avec nouvelle infraction. Toutefois, dans le cas de la consultation psychiatrique, seuls 4 % des détenus à qui la condition a été imposée ont commis une nouvelle infraction, contre 9 % dans le cas de ceux à qui elle na pas été imposée.
Il est difficile de déterminer si limposition dune condition spéciale a réduit ou non les risques déchec de la semi-liberté. Cette imposition peut rendre léchec plus probable si lagent ou le surveillant de liberté conditionnelle contrôle avec plus de vigilance laspect en question du comportement du détenu et est donc plus susceptible de recommander la révocation en cas de violation. Ainsi, laccroissement du taux déchec par imposition dune condition peut tenir au comportement des détenus ou au surcroît de vigilance que met le surveillant à dépister et corriger les comportements qui normalement attireraient moins lattention, nappelant quun avertissement, et sûrement pas la révocation. En revanche, si le taux déchec diminue par imposition dune condition, on peut sûrement conclure que la condition produit leffet voulu.
Tableau 6-7 : Conditions imposées par la CNLC et résultat de la semi-liberté
| Condition | Condition imposée | Pourcentage (nombre) | Taux déchec (général) | Taux déchec (avec nouvelle infraction) |
|---|---|---|---|---|
| Interdiction dalcool | oui | 57,6 % (430) | 27,9 % | 9,7 % |
| non | 42,4 % (317) | 21,1 % | 7,9% | |
| Interdiction de drogue | oui | 57,2 % (427) | 26,9 % | 9,3 % |
| non | 42,8 % (320) | 22,5 % | 8,4 % | |
| Consultation psychiatrique | oui | 6,3 % (47) | 17,4 % | 4,4 % |
| non | 93,7 % (700) | 25,5 % | 9,2 % | |
| Consultation psychologique | oui | 27,3 % (204) | 27,1 % | 8,9 % |
| non | 72,7 % (543) | 24,2 % | 8,9 % | |
| Interdiction de fréquenter des criminels connus | oui | 22,6 % (169) | 17,2 % | 7,1 % |
| non | 77,4 % (578) | 27,3 % | 9,5 % |
Pour juger si limposition de conditions influait sur le taux déchec, on a fait une analyse où on a distingué quatre besoins (consommation dalcool, consommation de drogue, fréquentation de criminels et consultation) avec les conditions sy rapportant et calculé les taux déchec correspondants. Si cette imposition a un effet sur le résultat de la mise en semi-liberté, une différence de résultat selon que la condition est imposée ou non devrait indiquer, pour les détenus chez qui on a constaté le besoin, si cette condition influe positivement sur le résultat. Le tableau 6-8 présente ces éléments danalyse.
On constate les besoins dans létablissement par une analyse des forces et des faiblesses avant la décision de mise en semi-liberté et au moyen de lEERBC après lélargissement. Les résultats du tableau 6-8 sont ceux des deux échelles dévaluation des besoins, bien que les agents de la CNLC qui imposent des conditions spéciales ignorent les résultats de lEERBC au moment de prendre leur décision. Si on présente les résultats de lEERBC, cest pour exploiter une autre source dinformation sur les besoins des détenus.
Si on examine les cas où un besoin a été constaté soit dans lEERBC soit dans lanalyse des forces et des faiblesses, force est de constater que limposition dune condition a abaissé le taux déchec. Ainsi, seuls 13 % des détenus chez qui on a décelé des problèmes de fréquentation de criminels dans lEERBC et qui se sont vu imposer une condition restrictive en ce sens ont échoué en période de semi-liberté, contre 27 % de ceux à qui cette condition na pas été fixée. En dautres termes, le taux déchec a été double quand la condition na pas été imposée. Sur les huit comparaisons effectuées, sept montrent un effet positif de limposition. La seule exception est la condition dinterdiction de drogue là où le besoin a été constaté dans lEERBC. Le taux déchec a alors été de 29 % en cas dimposition et de 24 % en cas de non-imposition.
Lautre question à laquelle répond le tableau 6-8 est celle de savoir si limposition dune condition sans constatation du besoin correspondant a influé sur le résultat de la mise en semi-liberté. Les résultats indiquent que, en général, limposition dune condition inutile (le besoin nayant pas été constaté) a un effet nul ou négatif sur le résultat de la mise en semi-liberté. Ainsi, là où lanalyse des forces et des faiblesses na dégagé aucun problème de drogue, mais où une condition restrictive en ce sens a été imposée, le taux déchec sest établi à 28 %, contre 16 % seulement en cas de non-imposition. Lordre de grandeur de leffet négatif est moindre selon lEERBC, probablement parce que lévaluation se fait à une date plus proche de celle de la décision de mise en semi-liberté et traduit mieux les besoins des détenus à ce moment-là.
La grande exception à ce que nous venons de dire est la fréquentation de criminels connus. Même quand on na pas constaté le besoin dinterdire une telle fréquentation, limposition dune condition restrictive a largement abaissé le taux déchec. Les restrictions de fréquentation de criminels semblent agir positivement sur le résultat de la mise en semi-liberté, que le besoin ait été constaté ou non.
Tableau 6-8 : Relation entre les besoins constatés, les conditions imposées et léchec de la semi-liberté
| Condition | Besoin constaté dans lanalyse | Condition | Taux général déchec (avec et sans infraction) |
|
|---|---|---|---|---|
| Constatation dans lEERBC1 | Constatation dans lanalyse de forces et de faiblesses | |||
| Interdiction de consommer de lalcool | oui | oui | 24,6 | 30,6 |
| oui | non | 30,0 | 32,9 | |
| non | oui | 15,5 | 26,1 | |
| non | non | 13,2 | 14,6 | |
| Interdiction de consommer de la drogue | oui | oui | 28,4 | 27,7 |
| oui | non | 23,5 | 31,1 | |
| non | oui | 16,9 | 28,2 | |
| non | non | 12,4 | 16,4 | |
| Interdiction de fréquenter des criminels connus | oui | oui | 13,0 | 20,3 |
| oui | non | 27,2 | 31,0 | |
| non | oui | 6,6 | 3,8 | |
| non | non | 15,3 | 21,8 | |
| Participation à du counseling psychologique ou psychiatrique | oui | oui | 16,7 | 14,7 |
| oui | non | 24,5 | 26,8 | |
| non | oui | 0 | 25,0 | |
| non | non | 13,9 | 24,6 | |
1On ne dispose pas de données EERBC quand on décide dune mise en semi-liberté, lévaluation étant faite dans la collectivité après lélargissement. Toutefois, cette évaluation peut être plus proche de la date de décision que lanalyse de forces et de faiblesses.
2Lors des décisions de mise en semi-liberté, on dispose des données danalyse des forces et des faiblesses dans les dossiers du SCC.
Si les conditions spéciales visent à prévenir le plus possible toute nouvelle infraction, on devrait pouvoir démontrer que léchec avec nouvelle infraction est moins fréquent chez ceux à qui on a imposé des conditions. Le tableau 6-9 livre ces éléments danalyse.
Tableau 6-9 : Relation entre les besoins constatés, les conditions imposées et le taux déchec avec nouvelle infraction
| Condition | Besoin constaté dans lanalyse | Condition | Taux déchec révocation avec nouvelle infraction | |
|---|---|---|---|---|
| Constatation dans lEERBC1 | Constatation dans lanalyse des forces et des faiblesses2 | |||
| Interdiction de consommer de lalcool | oui | oui | 5,9 | 9,9 |
| oui | non | 0 | 9,8 | |
| non | oui | 7,5 | 8,0 | |
| non | non | 8,2 | 7,3 | |
| Interdiction de consommer de la drogue | oui | oui | 4,5 | 10,6 |
| oui | non | 5,9 | 10,4 | |
| non | oui | 8,2 | 5,1 | |
| non | non | 7,3 | 6,9 | |
| Interdiction de fréquenter des criminels connus | oui | oui | 6,5 | 8,9 |
| oui | non | 10,4 | 10,0 | |
| non | oui | 3,3 | 0 | |
| non | non | 6,8 | 7,8 | |
| Participation à du counseling psychologique ou psychiatrique | oui | oui | 8,3 | 2,9 |
| oui | non | 8,0 | 8,7 | |
| non | oui | 0 | 0 | |
| non | non | 7,3 | 10,4 | |
1On ne dispose pas de données EERBC au moment de décider de la mise en semi-liberté, parce que cette évaluation se fait dans la collectivité après lélargissement. Toutefois, lévaluation peut être plus proche de la date de décision que lanalyse des forces et des faiblesses.
2Lors des décisions de mise en semi-liberté, on dispose de données danalyse de forces et de faiblesses dans les dossiers du SCC.
Pour les détenus chez qui on a constaté le besoin, limposition dune condition na pas diminué les risques de révocation consécutive à une nouvelle infraction. On est porté à penser que limposition dune condition relative à la fréquentation de criminels a abaissé de 10 % à 6 % le taux déchec avec nouvelle infraction. Ajoutons que limposition dune condition sans constatation du besoin ninfluait guère sur ce taux sauf dans le cas de la fréquentation déléments criminels.
Ensemble, les résultats des deux tableaux qui précèdent (tableaux 6-8 et 6-9) semblent indiquer que, dans certains cas, limposition de conditions peut diminuer les risques de révocation, mais non pas les probabilités déchec avec nouvelle infraction. Lexception est la condition relative à la fréquentation de criminels connus, son imposition réduisant le taux de révocation avec ou sans nouvelle infraction.
Récapitulation
Dans lensemble, ces résultats portent à croire que limposition de conditions spéciales influe positivement sur le résultat de la mise en semi-liberté. Bien que cette incidence favorable ne se dégage pas de lanalyse générale ayant porté sur le rapport entre imposition de conditions et résultat de la mise en semi-liberté, les analyses plus en profondeur font voir que, si les conditions fixées correspondent aux besoins constatés, leur imposition a un effet positif et leur non-imposition peut avoir pour effet daccroître le taux déchec de la semi-liberté. Il semblerait aussi que les restrictions de fréquentation de criminels ont un effet favorable, que les analyses de besoins aient dégagé ou non un besoin en ce sens. Le taux déchec avec nouvelle infraction ne subissait pas linfluence de limposition de conditions.
Comparais on des résultats entre régions
Le graphique 6-3 présente les différences de taux de réussite et déchec de la semi-liberté entre les régions. On relève le taux déchec le plus élevé dans les Prairies où presque le quart (24 %) des mises en semi-liberté se sont soldées par un échec. Suit par ordre dimportance la région de lAtlantique avec 18 % déchecs. Le taux le plus bas a été observé en Ontario (13 %).
Graphique 6-3 : Taux déchec de la semi-liberté selon les régions
Les écarts de taux déchec pourraient être liés aux différences de niveaux de risque et de besoins selon les régions. Le graphique 6-4 indique le taux déchec de chaque région selon le niveau de risque et de besoins. Il existe trois niveaux : faible, cest-à-dire faible risque et faibles besoins; moyen, cest-à-dire faible risque et besoins moyens; élevé, cest-à-dire faible risque et besoins élevés ainsi que tous les cas de risque élevé.
LOntario présente un faible taux général déchec, mais les résultats du graphique 6-4 indiquent que le taux déchec est le deuxième en importance pour le niveau élevé de risque et de besoins. Toutefois, cette province a aussi les taux les plus bas pour les catégories faible et moyenne de risque et de besoins. Dans la plupart des régions, le groupe à niveau élevé de risque et de besoins est nettement le plus exposé à un échec de la semi-liberté, sauf dans la région du Pacifique où le taux approche de 15 % pour les détenus des trois groupes de risque et de besoins. Une autre singularité de résultats est que la région des Prairies offre le taux déchec le plus élevé pour la catégorie moyenne de risque et de besoins.
Les résultats relatifs au risque et aux besoins semblent indiquer que les régions diffèrent dans leurs normes de mise en semi-liberté et que le taux déchec est hautement variable. Il convient de noter que lévaluation de risque et de besoins qui intervient dans ces comparaisons se fait après lélargissement (retour dans la collectivité). Toutefois, des analyses de risque et de besoins ont lieu dans létablissement avant recommandation à la Commission des libérations conditionnelles.
Graphique 6-4 : Taux déchec par région et niveau de risque et de besoins
Motivation
On a souvent vu dans la motivation un important facteur influant sur les résultats des programmes. Dans cette étude, nous disposons de deux mesures de motivation : la première est une évaluation des préposés au codage daprès linformation consignée au dossier; la seconde est tirée de lanalyse des forces et des faiblesses effectuée à larrivée en prison. Quand cette dernière analyse a lieu, lagent de gestion de cas doit établir sil y a force ou faiblesse sur le plan de lincidence des infractions et de ladaptation du détenu à lincarcération et à la surveillance. Pour nos analyses, ces éléments dévaluation servent dindicateur de motivation.
Degré de motivation
Dans le cadre de lexamen des dossiers, on a évalué si, daprès la documentation, le détenu était motivé à participer à des activités du CCC ou du CRC. Le tableau 6-10 indique les taux déchec liés à cette variable. Les résultats font nettement voir une étroite association entre le degré de motivation et le taux déchec et, bien que le rapport ne soit pas statistiquement fiable pour les échecs avec nouvelle infraction, les pourcentages suivent la même tendance. Ainsi, 74 % des détenus qui manquaient de motivation ont échoué en période de semi-liberté, contre 8 % seulement de ceux qui étaient hautement motivés. Le tableau montre en outre que 20 % des détenus mis en semi-liberté nont pas manifesté de grand empressement à participer à des activités. Daprès ces résultats, on est porté à penser que le degré de motivation pourrait constituer un important indicateur de réussite de la semi-liberté et devrait éventuellement être pris en considération dans les décisions.
Tableau 6-10 : Relation entre le taux déchec et le degré de motivation (pourcentage déchecs)
| Degré de motivation | Taux général déchec | Taux déchec avec infraction | Nombre de cas |
|---|---|---|---|
| Haute motivation | 7,9 | 7,0 | 114 |
| Participation acceptable | 19,1 | 6,9 | 392 |
| Participation minimale | 39,8 | 8,6 | 93 |
| Manque de motivation | 74,19 | 12,9 | 31 |
| Nombre de cas | 144 | 47 | 630 |
| c2(3, N=630)=79,0, p<0,001 |
c2(3, N=630)=1,7, ind. |
Nous avons effectué deux autres analyses à laide des résultats relatifs à la motivation. Nous avons comparé les degrés de motivation des détenus mis tôt et tard en semi-liberté et étudié le rapport entre motivation et niveau de risque et de besoins.
Le tableau 6-11 décrit le lien entre la période de libération, le degré de motivation et léchec de la semi-liberté. Chez les libérés tant hâtifs que tardifs, presque la moitié de ceux qui étaient peu enclins à participer à des activités ont échoué en période de semi-liberté, contre moins de 20 % pour ceux qui étaient motivés. On relève également un taux déchec un peu plus bas chez les libérés hâtifs par rapport aux libérés tardifs, les uns et les autres étant disposés à participer à des activités.
Tableau 6-11 : Taux déchec de la semi-liberté selon le degré de motivation et la période de libération
| Période de libération | Motivation1 | Fiabilité statistique | |
|---|---|---|---|
| Oui | Non | ||
| Avant la date dadmissibilité à la libération totale | 14,0 % (271) | 47,7 % (44) | p.<0,001 |
| Après la date dadmissibilité à la libération totale | 19,4 % (263) | 44,4 % (90) | p.<0,001 |
1Les chiffres entre parenthèses sont le nombre total de cas ayant servi à calculer le pourcentage.
Le tableau 6-12 indique que, dans le cas des détenus appartenant aux catégories faible et moyenne de risque et de besoins, les taux déchec diffèrent très peu, que les détenus soient motivés ou non. En revanche, ce même taux sétablit à 50 % chez les détenus du niveau élevé de risque et de besoins quand ils ne sont pas motivés à participer à des activités comparativement à 16 % pour ceux qui sont motivés. Le taux déchec de ces derniers nest que légèrement supérieur à celui des catégories faible et moyenne de risque et de besoins. On peut voir que le degré de motivation, le désir de parvenir à quelque chose est un facteur dominant chez ceux qui sont par ailleurs jugés à risque élevé.
Tableau 6-12 : Taux déchec de la semi-liberté et relation avec le niveau de risque et de besoins et la motivation
| Niveau de risque et de besoins | Motivation | Fiabilité statistique | |
|---|---|---|---|
| Oui | Non | ||
| Faible | 8,1 % (99) | 14,3 % (7) | ind. |
| Moyen | 12,3 % (114) | 10,5 % (19) | ind. |
| Élevé | 16,5 % (170) | 50,0 % (50) | p <0,001 |
Ces résultats semblent indiquer limportance de la motivation comme facteur de prévision de la réussite de la semi-liberté, mais nous ne disposons actuellement daucun instrument permettant dévaluer objectivement la motivation à participer à des programmes et à des activités dans le régime de semi-liberté.
Aspects autres que les besoins dans lanalyse des forces et des faiblesses
En dehors des 12 besoins dont elle évalue lintérêt pour le plan correctionnel, lanalyse des forces et des faiblesses vise trois aspects ayant à voir avec les antécédents criminels et souplesse de réaction. Elle indique si la dernière infraction, les habitudes criminelles et la réaction éventuelle à lincarcération et à la surveillance représentent des atouts ou des forces qui faciliteront le traitement ou sil sagit de problèmes ou de faiblesses qui compromettront le résultat de lemprisonnement.
Le tableau 6-13 compare les taux déchec liés à ces éléments. Pour la dernière infraction, il nindique guère de différence de taux général déchec entre les détenus chez qui cet aspect fait problème et les autres détenus. Toutefois, dans le cas des détenus chez qui on a constaté un problème dhabitudes criminelles, ce même taux sétablissait à 30 % contre 12 % chez les autres. Enfin, les détenus chez qui la réaction à lincarcération et à la surveillance posait un problème, le taux déchec était de 33 % contre 18 % seulement chez les autres.
Les différences relevées pour le taux général déchec disparaissent quand on considère le taux déchec avec nouvelle infraction. Les résultats concordent avec les résultats antérieurs indiquant la très grande difficulté de prévoir les échecs avec nouvelle infraction.
Tableau 6-13 : Taux déchec pour les aspects autres que les besoins dans lanalyse des forces et des faiblesses
| Aspect | Taux général déchec | Taux déchec avec nouvelle infraction | ||
|---|---|---|---|---|
| Considéré comme un problème | Pas considéré comme un problème | Considéré comme un problème | Pas considéré comme un problème | |
| Dernière infraction | 26,1 | 23,6 | 8,9 | 12,7 |
| Habitudes criminelles | 30,3 | 12,5 | 9,5 | 7,6 |
| Réaction à la surveillance-incarcération | 33,3 | 18,4 | 10,0 | 8,1 |
Autres facteurs
Stratégie de gestion de cas
Le Guide de gestion des cas indique quatre stratégies de gestion de cas. Cest lagent de gestion de cas qui juge de la stratégie à employer après examen du dossier et entretien avec le détenu. Les caractéristiques des détenus pour qui il convient dappliquer telle ou telle de ces stratégies de surveillance sont décrites à lannexe E du Guide de gestion de cas avec les buts et les stratégies de traitement devant se rapporter à chaque type de détenus. Voici les quatre stratégies avec une brève description des détenus en cause :
Environnement structurant
Le trait dominant de ce groupe est labsence daptitudes à vivre en société ou dans un milieu de travail. Les détenus pressentent peu les conséquences de leurs agissements et peuvent se révéler impulsifs. Le traitement vise à les aider à acquérir des compétences de survie [Descriptions tirées du Guide de gestion des cas.].
Limitation stricte
Ces détenus sont à laise dans la façon de vivre du criminel et un de leurs buts dans la vie est de «réussir dans la carrière criminelle». Les intéressés veulent battre le système. Le traitement vise notamment à inculquer des attitudes prosociales et à réduire les activités manipulatrices.
Counseling-contrôle
Ce groupe a des conditions de vie généralement instables que révèle leur incapacité à garder un emploi, une famille et une situation de vie. Des problèmes affectifs entrent en jeu et leur carrière criminelle est semée dun grand nombre dinfractions légères avec quelques infractions graves. Le traitement vise à stabiliser les conditions de vie.
Intervention sélective
Ces détenus sont probablement ceux dont on a le moins à redouter. Leur infraction peut constituer lexception dans des habitudes de vie relativement stables. Le traitement vise à les aider à comprendre la nature de cette infraction et ses conséquences.
Les taux déchec de la semi-liberté sont fort semblables pour les groupes exigeant les stratégies de gestion de cas de lenvironnement structurant, de la limitation stricte et du counseling-contrôle. Comme il ressort de la description donnée pour chacun de ces types de détenus, ce sont eux qui ont le plus besoin daide pour que leur mise en liberté soit couronnée de succès. Comme lindique le graphique 6-5, de 30 % à 35 % dentre eux échouent en semi-liberté. Le groupe de lintervention sélective, présente un taux déchec de 14 % seulement, soit la moitié de celui des autres groupes.
Le graphique 6-5 montre aussi que le pourcentage de détenus mis en semi-liberté est le plus bas dans le groupe ayant le taux déchec le plus haut. Toutefois, si 40 % des détenus ont le counseling-contrôle pour stratégie de gestion de cas, 30 % dentre eux connaissent léchec en période de semi-liberté. Le groupe de lintervention sélective est celui qui réussit le mieux en semi-liberté, il représente environ 36 % de la population de détenus mis en semi-liberté.
Graphique 6-5 : Relation entre la stratégie de gestion de cas et le taux déchec de la semi-liberté
Entrevues disciplinaires
Le tableau 6-14 présente les taux déchec pour les détenus ayant subi des entrevues disciplinaires en période de semi-liberté. Pour ceux nayant pas eu besoin de telle entrevues, le taux général déchec est de 18 % contre 42,5 % pour ceux qui ont dû subir une ou deux entrevues. Le taux sétablit à 29 % dans les cas où trois entrevues et plus ont eu lieu. Lassociation entre taux déchec et nombre dentrevues est statistiquement fiable. Les tendances sont les mêmes pour le taux déchec avec nouvelle infraction et le taux général, le groupe ayant subi une ou deux entrevues ayant le plus haut taux déchec (16 %) et le groupe qui nen a pas subi ou qui en a eu plus de deux, un taux dau plus 10 %.
Tableau 6-14 : Échec de la semi-liberté et fréquence des entrevues disciplinaires
| Nombre dentrevues disciplinaires | Taux général déchec | Taux déchec avec nouvelle infraction | Nombre de cas |
|---|---|---|---|
| Aucune | 18,4 | 6,7 | 462 |
| Une ou deux | 42,5 | 15,8 | 146 |
| Trois et plus | 28,8 | 10,1 | 59 |
| Nombre de cas | 164 | 60 | 667 |
| c2(2, N=667)=35,3 p.<<0,001 | c2(2, N=667)=11,2, p.<0,01 |
Récapitulation et discussion
Daprès les résultats, la motivation, les conditions spéciales, lexistence de programmes et la période de libération sont autant daspects liés à la réussite de la semi-liberté. Nous dégageons aussi des variations régionales qui font voir des différences dapplication du régime de semi-liberté et dévaluation des risques et des besoins entre les cinq régions desservies par le Service correctionnel du Canada.
La motivation à participer à des activités de traitement dans la collectivité était la variable la plus liée au résultat de la mise en semi-liberté. Les détenus jugés hautement motivés présentaient un taux déchec de 8 % seulement contre 74 % pour ceux qui manquaient de motivation. De plus, si le degré de motivation ne semblait pas associé au résultat de la semi-liberté dans le cas des détenus dont le risque et les besoins étaient faibles ou moyens, les détenus à risque et à besoins élevés qui manquaient de motivation avaient un taux déchec triple de celui des détenus motivés. Si le niveau de risque et de besoins permet de bien prévoir le résultat dune mise en semi-liberté, il pèche (du moins actuellement) par son caractère quelque peu statique ou immuable; le risque étant mesuré par les variables des antécédents pénaux. La motivation peut être une variable «médiatrice» utile à qui veut juger si une importance moindre devrait être accordée aux mesures de risque statiques dans les décisions de libération conditionnelle.
Limposition de conditions spéciales par la Commission nationale des libérations conditionnelles en cas de mise en semi-liberté semble être liée à des résultats plus favorables si les conditions en question visent des besoins constatés. Règle générale, lapplication de telles conditions ninflue pas sur le résultat de la mise en semi-liberté, mais quand on les étudie sous langle des besoins reconnus, il apparaît que leur seule existence rend moins probable léchec de la semi-liberté. Si en général limposition de conditions sans lien avec des besoins constatés paraît ne pas influer sur le résultat de la mise en semi-liberté, il reste que, dans le cas de la condition spéciale «interdiction de fréquenter des éléments criminels», son existence même a un effet, que le besoin ait été constaté ou non.
La participation à des programmes est associée à la réussite de la semi-liberté, mais quand on a étudié le recours à des programmes par rapport aux besoins constatés, ces programmes ont semblé de peu deffet sur le résultat de la mise en semi-liberté. Les détenus ont des besoins multiples pour la plupart et la participation à un ou deux programmes ne réglera pas tous les problèmes considérés comme des besoins. Ainsi, sil ny a pas association entre un besoin, un programme utile et le résultat de la mise en semi-liberté, cest peut-être que le système correctionnel na pu aider le délinquant à combler ses autres besoins, doù léventuel échec de la libération conditionnelle.
La participation à des programmes peut indiquer une motivation à soccuper de ses problèmes, ce qui serait de nature à expliquer le rapport général constaté entre la réussite de la semi-liberté et cette participation. On a relevé, par exemple, un taux déchec de 44 % pour les détenus à haut niveau de risque-besoins qui ont été mis tôt en semi-liberté et nont participé à aucun programme, contre un taux de 23 % seulement dans le cas de ceux qui ont suivi un programme quelconque.
Les résultats nous portent à croire que la participation à des programmes ne répondant pas à un besoin a nui au résultat de la mise en semi-liberté. En dautres termes, là où les détenus ont participé à un programme sans quon ait constaté le besoin visé par ce programme, le taux déchec de la semi-liberté a été plus grand que prévu. On devrait donc sefforcer de ne faire suivre les programmes quà ceux qui en ont besoin, et non à ceux qui veulent accumuler des points dont tiendra compte la CNLC dans sa décision de libération.
On ne sétonnera pas que les détenus qui ont été mis tôt en semi-liberté aient présenté un taux déchec inférieur à celui des détenus qui ont été libérés après la date dadmissibilité à la libération totale. On peut penser que le mode de sélection des libérés hâtifs ne retient que les détenus offrant le moindre risque, mais tel nest pas toujours le cas. Dans les données, on a aussi pu trouver un certain nombre de détenus à bas niveau de risque et de besoins qui nont pas été mis tôt en semi-liberté, bien que le taux déchec de cette semi-liberté ait été plutôt faible par la suite. Résultat intéressant dans ces analyses, on constate que, à lépoque de létude, le groupe de détenus libérés à la date la plus hâtive, cest-à-dire au sixième de la peine demprisonnement, présentait un taux déchec supérieur à celui des libérés plus tardifs. Il se pourrait quune mise en semi-liberté au sixième de la peine soit prématurée dans certains cas.
Dans ces analyses, on a mesuré léchec de la semi-liberté selon le taux général déchec et le taux déchec avec nouvelle infraction. Ce qui ressort assez uniformément des analyses, cest que les variables révélant des différences de taux général déchec nétaient pas aussi révélatrices dans le cas du taux déchec avec nouvelle infraction. On est porté à croire que léchec avec nouvelle infraction est une notion différente des autres notions déchec (révocation de semi-liberté). On peut également penser quil est fort difficile de prévoir qui échouera en perpétrant un nouveau délit, ce qui rend très épineuse lévaluation des risques. Dans la présente étude, nous nous sommes attachés aux facteurs antécédents, et il est possible que la perpétration dune nouvelle infraction soit davantage liée aux conditions ambiantes de la période de semi-liberté. Il faudra poursuivre les recherches pour dégager ces facteurs, bien quil soit probable que ces types déchec aient à voir avec le travail, la fréquentation de criminels et dautres facteurs relevant des conditions de vie.
On a nettement observé dans les résultats des différences régionales révélatrices peut-être dune variation de lapplication du régime de semi-liberté selon les régions. On est en outre porté à penser que létablissement des catégories de risque et de besoins pourrait être quelque peu variable de région en région, ce qui jouerait peut-être dans les différences relevées de taux déchec.
Introduction
Les femmes constituent 3 % seulement de la population carcérale au Canada. Il sagit là dun groupe tout à fait unique dans le système carcéral parce quil est relativement peu nombreux et présente un faible taux demprisonnement par rapport à celui des hommes.
Dans les analyses de programmes carcéraux, on est fréquemment contraint de négliger les différences entre détenus et détenues, car le petit nombre de femmes en prison rend impossibles de tels éléments danalyse. Si le genre danalyses où interviennent les résultats relatifs aux femmes mises en semi-liberté est restreint, il demeure possible de décrire ces femmes et den comparer les caractéristiques à celles de la population carcérale féminine et de la population masculine en semi-liberté [ L’échantillon de détenus en semi-liberté est constitué des détenus de sexe masculin mis en semi-liberté.]. En raison du petit nombre de cas, on ne peut procéder avec les résultats des femmes à des analyses plus complexes comme celles qui figurent aux chapitres 5 et 6.
Dans ce chapitre, nous présentons les résultats relatifs aux variables des antécédents et des établissements et aux facteurs antérieurs et postérieurs à la période de semi-liberté. Plus précisément, nous décrivons les antécédents familiaux, létat matrimonial, les études et lexpérience professionnelle, tout comme la participation à des programmes, le degré de risque et les besoins avant la mise en semi-liberté. Enfin, nous évaluons les besoins et le risque après cette mise en semi-liberté avec les taux généraux de réussite et déchec.
Description de léchantillon
Lanalyse comporte toute la population des 39 détenues en achèvement de période de semi-liberté pendant lexercice 1990-1991. Nous la comparons à la population de détenus de sexe masculin en semi-liberté et, pour certaines variables, à la population carcérale féminine.
Antécédents
Race et âge
On a établi trois catégories raciales, à savoir les races caucasienne, autochtone et autre. Sur le nombre de femmes mises en semi-liberté, 70 % étaient caucasiennes, 13 % autochtones et 18 % de race autre (Noires, Jaunes ou Asiatiques, etc.), comme lindique le tableau 7-1. La répartition est la même que dans la population carcérale féminine composée à 70 % de caucasiennes, à 15 % dautochtones et à 15 % de femmes appartenant à dautres groupes raciaux. Ainsi, les femmes se voient accorder la semi-liberté en toute équité par rapport à leur représentation raciale dans la population en établissement. Daprès les données mentionnées précédemment dans ce document, tel ne serait pas le cas chez les hommes, puisque les détenus dorigine autochtone ont moins de chances quon ne laurait prévu dêtre mis en semi-liberté, compte tenu de leur importance numérique dans la population carcérale.
Lâge moyen des femmes à leur mise en semi-liberté était de 31 ans. Il est inférieur à lâge moyen de 35 ans de la population féminine en établissement. Les femmes sont également libérées plus jeunes que les hommes (33 ans en moyenne). La population carcérale masculine avait le même âge moyen que les hommes mis en semi-liberté.
Tableau 7-1 : Répartition raciale des femmes mises en semi-liberté et de certains groupes de comparaison
| Race | Femmes en semi-liberté (%) | Détenues (%) | Échantillon de détenus en semi-liberté (%) | Population carcérale masculine (%) |
|---|---|---|---|---|
| Caucasienne | 69,2 | 70,6 | 87,8 | 81,3 |
| Autochtone | 12,8 | 14,7 | 6,2 | 11,9 |
| Autre | 18,0 | 14,7 | 6,0 | 6,9 |
Emploi et instruction
À leur dernière infraction, seules 45 % des femmes mises en semi-liberté avaient un emploi. De plus, pendant lannée ayant précédé cette infraction, environ 70 % étaient souvent en chômage, 65 % éprouvaient des difficultés pécuniaires et 40 % touchaient des prestations daide sociale. Seulement 20 % dentre elles avaient reçu une formation professionnelle quelconque (voir le tableau 7-2).
De même, 45 % seulement des hommes de léchantillon de détenus en semi-liberté travaillaient au moment de la dernière infraction. Précisons cependant que les hommes étaient moins susceptibles (56 %) davoir souvent été en chômage lannée précédant cette infraction, tout comme dêtre gênés pécuniairement (43 %). La proportion dassistés sociaux était la même chez les hommes (39 %) que chez les femmes. Les différences de stabilité professionnelle pourraient avoir été en partie imputables à des différences de degré de formation professionnelle; les membres de léchantillon de détenus en semi-liberté avaient reçu une certaine formation professionnelle dans une proportion de 34 % contre 20 % seulement chez les femmes.
Tableau 7-2: Instruction et emploi des femmes et des hommes en semi-liberté
| Femmes en semi-liberté (%) | Échantillon de détenus en semi-liberté1 (%) | ||
|---|---|---|---|
| Situation professionnelle au moment de la dernière infraction | Emploi | 44,7 | 44,9 |
| Chômage | 55,3 | 55,1 | |
| Pendant lannée ayant précédé la dernière infraction : | Chômage fréquent | 69,4 | 55,5 |
| Difficultés pécuniaires | 64,7 | 42,8 | |
| Prestations daide sociale | 39,4 | 38,9 | |
| Formation professionnelle | 20,5 | 34,0 | |
1Hommes seulement.
État matrimonial et situation familiale
Au moment de la dernière infraction (voir le tableau 7-3), un peu plus de la moitié des femmes mises en semi-liberté étaient mariées ou avaient un conjoint de fait. Par contraste, le tiers de la population féminine en établissement disait avoir un mari. Cela semble indiquer que les femmes ayant une relation stable jouissent de meilleures chances dêtre mises en semi-liberté.
De même, la moitié des hommes de léchantillon de détenus en semi-liberté étaient mariés ou avaient un conjoint de fait, tout comme 40 % de la population carcérale masculine. Femmes et hommes en semi-liberté présentaient donc une situation matrimoniale comparable au moment de la dernière infraction. Les données révèlent que lexistence dune relation stable accroît en somme les probabilités de mise en semi-liberté.
Comme on peut le voir au tableau 7-4, près de 60 % des femmes en semi-liberté nont pas vécu avec leurs parents naturels jusquà lâge de 16 ans. Dans 44 % des cas, elles en ont été séparées par le décès ou le divorce. En moyenne, elles avaient 8 ans quand elles ont dabord été séparées de leurs parents. Qui plus est, près de 40 % dentre elles avaient des parents toxicomanes (drogue ou alcool).
Tableau 7-3 : État matrimonial des femmes et des hommes en semi-liberté et de groupes de détenus
| État matrimonial | Femmes en semi-liberté (%) | Population carcérale féminine (%) | Échantillon de détenus en semi-liberté1 (%) | Population carcérale masculine (%) |
|---|---|---|---|---|
| Marié ou en union de fait | 52,8 | 31,5 | 49,5 | 38,7 |
| Pas marié (célibataire, divorcé, etc.) | 47,2 | 68,5 | 50,5 | 61,3 |
1Hommes seulement.
En revanche, les hommes de léchantillon de détenus en semi-liberté risquaient moins davoir été séparés de leurs parents naturels avant lâge de 16 ans (proportion de 50 %), mais une plus grande proportion (55 %) avaient été privés de la présence de leurs parents par le décès ou le divorce. Comme les femmes, les hommes ont dabord été séparés de leurs parents à lâge de 8 ans en moyenne, mais seulement 30 % dentre eux avaient des parents toxicomanes (alcool ou drogue). Comme le taux de toxicomanie parentale est plus élevé chez les femmes, cela pourrait en partie expliquer le taux supérieur de séparation davec les parents avant lâge de 16 ans.
Tableau 7-4 : Caractéristiques familiales des femmes et des hommes en semi-liberté
| Femmes en semi-liberté (%) | Échantillon de détenus en semi-liberté1 (%) | ||
|---|---|---|---|
| Séparation davec les parents avant lâge de 16 ans | 57,9 | 51,4 | |
| Raison de la séparation davec les parents | Décès ou divorce des parents | 43,5 | 55,4 |
| Autres raisons | 56,5 | 44,6 | |
| Âge moyen à la première séparation davec les parents | 8,2 | 7,6 | |
| Parents toxicomanes (alcool ou drogue) | 38,9 | 29,2 |
1Hommes seulement.
Antécédents de santé mentale
Comme en font état les dossiers des détenus, plus de 40 % des femmes mises en semi-liberté connaissaient de graves problèmes affectifs et le cinquième avaient reçu des soins de santé mentale avant la dernière infraction. Près du quart avaient été traitées en période de détention préventive ou de cautionnement et 14 % avaient été hospitalisées (au moins une fois) dans un établissement psychiatrique (voir le tableau 7-5).
Les membres de léchantillon de détenus en semi-liberté navaient pas de problèmes affectifs et mentaux dune même gravité. En fait, seuls 14 % dentre eux souffraient de graves maux affectifs et 15 % avaient reçu des soins de santé mentale avant la dernière infraction. Une proportion relativement petite avaient bénéficié de tels soins en période de détention préventive ou de cautionnement ou n'avaient jamais été hospitalisés dans un établissement psychiatrique (6 % dans les deux catégories). On relevait en moyenne 1,7 hospitalisation psychiatrique chez les hommes, soit un peu plus que chez les femmes.
Il semblerait que les femmes en semi-liberté risquent plus de connaître de problèmes de santé mentale que les hommes, mais sans indications sur la population carcérale, il est impossible détablir si cette différence vaut pour les seules détenues en semi-liberté ou pour lensemble de la population carcérale féminine.
Tableau 7-5 : Caractéristiques de santé mentale des femmes et des hommes en semi-liberté
| Femmes en semi-liberté (%) | Échantillon de détenus en semi-liberté1 (%) | |
|---|---|---|
| Graves problèmes affectifs avant la dernière infraction | 43,6 | 13,5 |
| Soins de santé mentale avant la dernière infraction | 19,4 | 14,7 |
| Soins de santé mentale en période de détention préventive ou de cautionnement | 23,1 | 6,2 |
| Hospitalisation psychiatrique quelconque | 13,5 | 6,6 |
| Nombre moyen dhospitalisations psychiatriques | 1,0 | 1,7 |
1Hommes seulement.
Antécédents de toxicomanie
Le tableau 7-6 décrit les problèmes de toxicomanie des détenues à ladolescence et à lâge adulte. Les résultats indiquent que près de 60 % des femmes avaient souffert de problèmes dalcoolisme à ladolescence, taux qui se maintenait à lâge adulte. En revanche, dans le cas de la drogue, les problèmes se multipliaient avec le temps, 54 % des femmes ayant des problèmes de drogue à ladolescence et plus de 75 % à lâge adulte.
Tableau 7-6 : Antécédents de toxicomanie des femmes et des hommes en semi-liberté
| Femmes en semi-liberté (%) | Échantillon de détenus en semi-liberté1 (%) | |
|---|---|---|
| Problèmes dalcool à ladolescence | 57,6 | 48,4 |
| Problèmes dalcool à lâge adulte | 56,8 | 68,4 |
| Problèmes de drogue à ladolescence | 54,3 | 45,6 |
| Problèmes de drogue à lâge adulte | 76,3 | 65,1 |
1Hommes seulement.
Antécédents de délinquance juvénile
Comme lindique le tableau 7-7, environ 30 % des femmes en semi-liberté avaient un dossier de délinquance juvénile. La moitié de celles qui avaient été condamnées pour délinquance juvénile avaient été arrêtées avant lâge de 16 ans, soit à lâge moyen de 13 ans. Plus de 80 % avaient été arrêtées entre 16 et 18 ans à lâge moyen de 16 ans. Les femmes condamnées par un tribunal de la jeunesse comptaient en moyenne trois condamnations chacune.
De même, près de 40 % des hommes en semi-liberté avaient eu des démêlés avec la justice à ladolescence et 46 % avaient été arrêtés avant lâge de 16 ans, soit à lâge moyen de 13 ans. Près des trois quarts avaient été arrêtés entre 16 et 18 ans à lâge moyen de 16 ans. Ceux qui avaient été condamnés par un tribunal de la jeunesse comptaient en moyenne trois condamnations chacun. Ces résultats semblent indiquer que les antécédents de délinquance juvénile se ressemblent fort entre femmes et hommes mis en semi-liberté.
Tableau 7-7 : Antécédents de délinquance juvénile des femmes et des hommes en semi-liberté
| Femmes en semi-liberté (%) | Échantillon de détenus en semi-liberté1 (%) | |
|---|---|---|
| Antécédents de délinquance juvénile | 30,8 | 38,7 |
| Arrestation avant lâge de 16 ans | 15,4 | 17,5 |
| Âge moyen de larrestation avant lâge de 16 ans | 13,4 | 13,2 |
| Arrestation entre 16 et 18 ans | 25,6 | 27,0 |
| Âge moyen de larrestation entre 16 et 18 ans | 16,4 | 16,4 |
| Nombre moyen de condamnations par un tribunal de la jeunesse | 3,2 | 3,3 |
1Hommes seulement.
Dernières infractions
Daprès le tableau 7-8, les principales infractions à lorigine de lincarcération (infractions pour lesquelles leur auteur purgeait la peine la plus longue dans son emprisonnement actuel) des femmes qui se voyaient accorder la semi-liberté étaient les vols qualifiés (28 %), les infractions en matière de drogue (26 %), les homicides (15 %) et les infractions contre les biens ou la propriété (15 %). Pour la période actuelle demprisonnement, les femmes comptaient en moyenne cinq condamnations et avaient été condamnées en moyenne à une peine demprisonnement de 25 mois.
Les données indiquent que les femmes en semi-liberté ont des infractions principales moins graves et des peines demprisonnement plus courtes que celles des hommes. Dans la population carcérale féminine, les principales infractions à lorigine de lemprisonnement sont les homicides (30 %), les infractions en matière de drogue (23 %) et les vols qualifiés (16 %). La peine demprisonnement dure 57 mois en moyenne.
À linstar des femmes, les hommes en semi-liberté ont des peines demprisonnement plus brèves que celles de la population carcérale en général, bien que leurs peines demeurent plus sévères que celles des femmes. Les hommes de léchantillon de détenus en semi-liberté purgeaient en moyenne une peine demprisonnement de 58 mois. Les principales infractions à lorigine de lemprisonnement étaient les infractions contre les biens ou la propriété (25 %), les vols qualifiés (21 %), les infractions en matière de drogue (17 %) et les autres (17 %). Comme les femmes, les hommes avaient reçu cinq condamnations en moyenne. Les détenus purgent les plus longues peines, 67 mois en moyenne, principalement pour vol qualifié (20 %), infraction contre les biens (20 %) et homicide (18 %).
Ces résultats font voir que les femmes commettent des infractions moins graves et purgent des peines plus courtes que celles des hommes. Toutefois, hommes ou femmes, les détenus mis en semi-liberté ont plus de chances davoir été condamnés pour des infractions moins graves et purgent en moyenne des peines plus courtes que celles de la population carcérale en général.
Tableau 7-8 : Dernières infractions des femmes et des hommes en semi-liberté et de groupes de détenus
| Principales infractions à lorigine de lemprisonnement actuel | Femmes en semi-liberté (%) | Population carcérale féminine (%) | Échantillon de détenus en semi-liberté1 (%) | Population carcérale masculine (%) |
|---|---|---|---|---|
| Homicide | 15,4 | 29,8 | 6,2 | 17,7 |
| Tentative de meurtre | 0,0 | 0,7 | 1,3 | 1,9 |
| Infraction sexuelle | 2,6 | 1,1 | 8,4 | 13,4 |
| Vol qualifié | 28,2 | 16,2 | 21,3 | 22,8 |
| Voies de fait | 5,1 | 5,5 | 4,0 | 5,2 |
| Toxicomanie | 25,6 | 23,2 | 17,6 | 8,1 |
| Infraction contre les biens (propriété) | 15,4 | 11,0 | 24,6 | 20,0 |
| Autre | 7,7 | 12,5 | 16,6 | 10,9 |
| Durée moyenne de la peine demprisonnement actuelle en mois | 24,9 | 56,7 | 57,9 | 66,7 |
1Hommes seulement.
Environ 20 % des détenues se sont servies dune arme dans leur dernière infraction la plus grave et près de 65 % ont commis leur crime contre des personnes, ayant fait deux victimes en moyenne, comme on peut le voir au tableau 7-9. Ajoutons que 41 % dentre elles étaient alors sous linfluence de lalcool et 31 %, sous linfluence de la drogue.
Sur le nombre dhommes de léchantillon de détenus en semi-liberté, 35 % sétaient servis dune arme et plus de 60 % avaient commis leur crime contre des personnes, ayant fait 2,5 victimes en moyenne. Près de la moitié avaient commis cette dernière infraction sous linfluence de lalcool et près du tiers, sous linfluence de la drogue. La comparaison des caractéristiques des infractions fait voir dinfimes différences entre hommes et femmes.
Tableau 7-9 : Caractéristiques des infractions des femmes et des hommes en semi-liberté
| Femmes en semi-liberté (%) | Échantillon de détenus en semi-liberté1 (%) | |
|---|---|---|
| Usage dune arme dans la principale infraction à lorigine de lemprisonnement actuel | 39,5 | 35,5 |
| Crime contre des personnes | 64,2 | 61,3 |
| Nombre moyen de victimes | 2,4 | 2,5 |
| Influence de lalcool lors de linfraction | 41,0 | 45,5 |
| Influence de la drogue lors de linfraction | 31,6 | 31,2 |
1Hommes seulement.
Historique des décisions de la CNLC
Décisions actuelles de mise en semi-liberté
La CNLC juge si un détenu peut être mis en semi-liberté, mais sappuie en la matière sur des recommandations émanant du Service correctionnel du Canada. Pour 90 % des femmes mises en semi-liberté, le SCC avait recommandé la semi-liberté, dans 95 % la semi-liberté ordinaire et dans 75 % limposition de conditions spéciales. Les conditions les plus courantes étaient linterdiction dalcool (60 %), linterdiction de drogue (60 %) et lobligation de recevoir des services de consultation psychologique (40 %). Le SCC a en outre recommandé la participation à des programmes de traitement de la toxicomanie (37 % pour des problèmes de drogue et 29 % pour des problèmes dalcool) et la consultation psychologique (26 %). Les données relatives aux décisions de la CNLC sont présentées au tableau 7-10.
Pour 87 % des hommes de léchantillon de détenus en semi-liberté, le SCC avait recommandé la semi-liberté, pour 95 % la semi-liberté ordinaire et pour 75 % limposition de conditions spéciales. Le SCC avait recommandé des conditions et des programmes semblables pour les hommes mis en semi-liberté, mais non pas à la même fréquence. Les principales conditions imposées aux hommes étaient linterdiction dalcool (52 %), linterdiction de drogue (51 %) et dautres types de conditions (42 %). Dans 27 % des cas, Le SCC a proposé des programmes de traitement pour les problèmes dalcool et, dans 21 %, des programmes de traitement pour les problèmes de drogue.
Tableau 7-10 : Caractéristiques des décisions de mise en semi-liberté des femmes et des hommes
| Femmes en semi-liberté (%) | Échantillon de détenus en semi-liberté1 (%) | ||
|---|---|---|---|
| Recommandation favorable du SCC | Semi-liberté ordinaire | 89,8 | 87,0 |
| Conditions spéciales recommandées par le SCC | 94,2 | 89,4 | |
| Type de conditions proposé par le SCC | 74,4 | 73,5 | |
| Interdiction dalcool | 57,9 | 51,7 | |
| Interdiction de drogue | 60,5 | 51,4 | |
| Consultation psychologique | 18,4 | 22,1 | |
| Consultation psychiatrique | 39,5 | 4,7 | |
| Interdiction de fréquentation | 0,0 | 15,6 | |
| Autre | 36,8 | 42,3 | |
| Programmes précis proposés par le SCC | Traitement de la toxicomanie (alcool) | 29,0 | 26,5 |
| Traitement de la toxicomanie (drogue) | 36,8 | 21,3 | |
| Traitement psychologique | 26,3 | 7,2 | |
| Conditions spéciales imposées par la CNLC | Interdiction dalcool | 56,4 | 57,1 |
| Interdiction de drogue | 59,0 | 56,0 | |
| Consultation psychologique | 41,0 | 27,7 | |
| Consultation psychiatrique | 23,1 | 6,6 | |
| Interdiction de fréquentation | 0,0 | 25,2 | |
| Autre | 43,6 | 52,3 | |
| Programmes spéciaux imposés par la CNLC | Traitement de la toxicomanie (alcool) | 25,0 | 23,5 |
| Traitement de la toxicomanie (drogue) | 33,3 | 18,5 | |
| Traitement psychologique | 18,0 | 6,6 |
1Hommes seulement.
Tant pour les femmes que pour les hommes mis en semi-liberté, la CNLC sest généralement conformée aux recommandations de conditions spéciales et de programmes du SCC, bien que des propositions de programmes aient parfois été écartées.
Comme nous lavons signalé plus haut, les plus grands besoins de toxicomanie des femmes pourraient expliquer que plus de conditions et de programmes de traitement de la toxicomanie aient été recommandés ou imposés aux femmes quaux hommes mis en semi-liberté.
Historique de gestion de cas du SCC
Historique de gestion de cas en établissement
Pendant que les détenus sont en établissement, on constate leurs besoins en matière de programmes à laide de lanalyse des forces et des faiblesses. Les besoins le plus souvent constatés chez les détenues ont à voir avec la stabilité affective (90 %), lemploi (86 %), la consommation de drogue (72 %) et la gestion du budget (72 %), comme on peut le voir au tableau 7-11. Chaque femme présente neuf besoins en moyenne.
Par contraste, les besoins le plus souvent reconnus chez les hommes de léchantillon en semi-liberté intéressent les compagnons (74 %), les valeurs et attitudes (73 %) et la stabilité affective (70 %). À linstar des femmes, les détenus comptent en moyenne neuf besoins. Selon ces données, hommes et femmes ont des besoins différents pendant quils se trouvent en établissement, bien que le nombre de besoins constatés soit le même.
Tableau 7-11 : Analyse des forces et des faiblesses sur les besoins des femmes et des hommes en semi-liberté
| Analyse des forces et des faiblesses (besoins) | Femmes en semi-liberté (%) | Échantillon de détenus en semi-liberté1 (%) |
|---|---|---|
| Formation générale ou professionnelle | 65,5 | 65,8 |
| Emploi | 86,2 | 66,0 |
| Gestion du budget | 72,4 | 65,7 |
| Relations conjugales et familiales | 69,0 | 66,2 |
| Compagnons | 69,0 | 73,5 |
| Stabilité affective | 89,6 | 70,3 |
| Consommation dalcool | 62,1 | 56,1 |
| Consommation de drogue | 72,4 | 60,0 |
| Facultés mentales | 24,1 | 24,2 |
| Santé | 48,3 | 32,3 |
| Comportement sexuel | 37,9 | 18,7 |
| Valeurs et attitudes | 48,3 | 73,0 |
1Hommes seulement.
Pour répondre aux besoins dégagés par lanalyse des forces et des faiblesses, on recommande des programmes à lintention des détenus pendant quils séjournent en établissement. En particulier, on a mis 87 % des femmes en consultation psychologique, 60 % en programme de traitement de la toxicomanie (alcool et drogue) et 44 % en éducation de base des adultes. Les détenues ont en fait participé à quatre programmes en moyenne avant leur mise en semi-liberté. Voici les programmes les plus fréquents : consultation psychologique (72 %), traitement anti-alcool (62 %), éducation de base des adultes (56 %) et traitement antidrogue (54 %). Le tableau 7-12 résume linformation sur les programmes.
Tableau 7-12 : Caractéristiques de gestion de cas femmes et des hommes en semi-liberté
| Femmes en semi-liberté (%) | Échantillon de détenus en semi-liberté1 (%) | ||
|---|---|---|---|
| Programmes proposés | Traitement de la toxicomanie (alcool) | 61.5 | 53.9 |
| Traitement de la toxicomanie (drogue) | 64,1 | 49,8 | |
| Consultation psychologique | 87,2 | 43,5 | |
| Consultation psychiatrique | 23,1 | 10,7 | |
| Acquisition de compétences cognitives | 18,0 | 13,2 | |
| Formation professionnelle | 30,8 | 28,9 | |
| Formation de préparation à lemploi | 38,5 | 23,7 | |
| Éducation de base des adultes | 43,6 | 42,0 | |
| Autres programmes de développement personnel | 21,1 | 20,2 | |
| Autres | 21,1 | 10,3 | |
| Participation à des programme | Traitement de la toxicomanie (alcool) | 61,5 | 55,2 |
| Traitement de la toxicomanie (drogue) | 53,9 | 48,3 | |
| Consultation psychologique | 71,8 | 39,2 | |
| Consultation psychiatrique | 23,1 | 10,2 | |
| Acquisition de compétences cognitives | 15,4 | 12,9 | |
| Formation professionnelle | 18,0 | 22,4 | |
| Formation de préparation à lemploi | 18,0 | 21,9 | |
| Éducation de base des adultes | 56,4 | 41,4 | |
| Autres programmes de développement personnel | 20,5 | 24,9 | |
| Autres | 28,2 | 16,3 | |
1Hommes seulement.
De même, on a recommandé des programmes anti-alcool pour 54 % des hommes de léchantillon en semi-liberté, des programmes anti-drogue pour 50 %, des services de consultation psychologique pour 44 % et des programmes déducation de base des adultes pour 42 %. Ils ont participé en moyenne à trois programmes et ont été notamment mis en traitement pour les problèmes dalcool (55 %), en traitement pour les problèmes de drogue (48 %), en éducation de base des adultes (41 %) et en consultation psychologique (39 %). Les données indiquent quhommes et femmes se voient recommander les mêmes programmes, mais que les femmes sont dirigées plus fréquemment vers ces programmes et ont plus de chances dy participer que les hommes.
Besoins dans la collectivité
On évalue les besoins des détenus dans la collectivité à laide de lÉchelle dévaluation du risque et des besoins dans la collectivité (EERBC). Chez les femmes, les besoins les plus constatés dans la collectivité ont trait à la stabilité comportementale et affective (62,5 %), à la formation générale ou professionnelle, à lemploi et aux relations conjugales et familiales. On a reconnu chacun de ces besoins dans environ 45 % des cas (voir le tableau 7-13). Les hommes de léchantillon en semi-liberté ont des besoins quelque peu différents. Les plus fréquents ont à voir avec lemploi (40 %), la stabilité affective (37 %), la gestion du budget (37 %) et les compagnons (37 %).
Tableau 7-13 : Échelle dévaluation du risque et des besoins dans la collectivité (EERBC) des femmes et des hommes en semi-liberté
| EERBC | Femmes en semi-liberté (%) | Échantillon de détenus en semi-liberté1 (%) |
|---|---|---|
| Formation générale ou professionnelle | 43.5 | 34.4 |
| Emploi | 47,8 | 39,5 |
| Gestion du budget | 39,2 | 36,7 |
| Relations conjugales et familiales | 45,8 | 32,9 |
| Compagnons | 20,8 | 36,6 |
| Stabilité comportementale et affective | 62,5 | 37,0 |
| Consommation dalcool | 37,5 | 19,5 |
| Consommation de drogue | 20,8 | 17,3 |
| Santé | 20.8 | 10.4 |
| Attitude | 16,6 | 16,9 |
1Hommes seulement.
On avait jugé que la moitié des femmes en semi-liberté avaient des besoins moyens dans lensemble et le quart, de faibles besoins. Le tiers étaient considérées comme à risque élevé daprès lévaluation globale des antécédents criminels. Les hommes étaient toutefois plus à risque, puisque 44 % dentre eux avaient été jugés à risque élevé à lévaluation globale des antécédents criminels. Daprès ces résultats, les femmes constituent un moindre risque que les hommes pour la collectivité.
Tableau 7-14 : Évaluation du risque et des besoins des femmes et des hommes en semi-liberté
| Femmes en semi-liberté (%) | Échantillon de détenus en semi-liberté1 (%) | |
|---|---|---|
| Évaluation globale des besoins : Faibles | 25,0 | 30,3 |
| Évaluation globale des besoins : Moyens | 50,0 | 51,1 |
| Évaluation globale des besoins : Élevés | 25,0 | 18,6 |
| Évaluation globale du risque selon les antécédents criminels : Faible | 66,7 | 55,8 |
| Évaluation globale du risque selon les antécédents criminels : Élevé | 33,3 | 44,2 |
| Degré de surveillance après évaluation : Un contact par mois | 0,0 | 10,8 |
| Degré de surveillance après évaluation : Deux contacts par mois | 77,3 | 56,7 |
| Degré de surveillance après évaluation : Quatre contacts par mois | 22,7 | 32,5 |
1 Hommes seulement.
Résultats de la semi-liberté
Environ 71 % des femmes ont mené à terme sans incident leur période de semi-liberté (voir le tableau 7-15), proportion correspondant à celle des hommes. Ajoutons que 9 % seulement des femmes ont échoué en semi-liberté en commettant une nouvelle infraction, la proportion étant semblable à celle de léchantillon de détenus en semi-liberté. Plus de 62 % dentre elles ont consenti à participer aux programmes assignés, indicateur de leur degré de motivation. Le taux a été supérieur chez les hommes de léchantillon en semi-liberté, 80 % dentre eux étant disposés à participer aux programmes imposés. Ces données semblent donc indiquer des résultats semblables pour les femmes et les hommes en semi-liberté, bien que les hommes paraissent plus enclins à participer à des programmes en période de semi-liberté.
Tableau 7-15 : Résultats de la mise en semi-liberté des femmes et des hommes
| Femmes en semi-liberté (%) | Échantillon de détenus en semi-liberté1 (%) | |
|---|---|---|
| Résultat de la mise en semi-liberté actuelle : Réussite2 | 71,1 | 74,8 |
| Résultat de la mise en semi-liberté actuelle : Échec3 | 28,9 | 25,2 |
| Échec avec nouvelle infraction | 8,0 | 8,5 |
| Degré de motivation : Positive | 62,5 | 80,3 |
| Degré de motivation : Négative | 37,5 | 19,7 |
1Hommes seulement.
2Maintien de la semi-liberté, libération totale, mise en liberté surveillée.
3Violation des conditions, révocation avec ou sans nouvelle infraction.
Récapitulation et analyse
Les résultats font voir que les détenues mises en semi-liberté sont généralement plus jeunes que la population carcérale féminine et que les hommes qui se voient accorder la semi-liberté. Rien nindique que des différences raciales marquent loctroi de la semi-liberté aux femmes. Leurs antécédents professionnels sont ceux des hommes, mais elles sont moins susceptibles davoir reçu une formation professionnelle.
Les détenues mises en semi-liberté semblent avoir de plus grands problèmes que les hommes. Les chances sont plus grandes quelles aient connu des problèmes dalcool ou de drogue dans leur enfance. Elles risquent moins de souffrir de problèmes dalcoolisme à lâge adulte, mais sexposent davantage à dautres toxicomanies. Ajoutons quil est plus probable que les femmes soient en proie à des maux affectifs et aient dû recevoir des soins de santé mentale par le passé.
Les femmes et les hommes mis en semi-liberté ont des antécédents semblables de délinquance juvénile (31 % des femmes ayant eu des démêlés avec la justice à ladolescence). Toutefois, les détenues auront généralement été condamnées pour des infractions moins graves et purgeront des peines demprisonnement plus courtes. Les caractéristiques criminelles correspondent : hommes et femmes ont autant de chances davoir commis des crimes contre des personnes; ils ont fait un même nombre de victimes; lusage darmes est le même, tout comme le pourcentage dhommes et de femmes qui ont pris de lalcool avant la perpétration dunenfraction.
Les femmes présentent le même niveau de besoins constatés que les hommes, mais il est plus probable quelles soient considérées comme moins «à risque». Dans leur cas, la recommandation et la réception de services de consultation psychologique ou psychiatrique sont également bien plus probables, tout comme la participation à des activités de consultation en tant que condition de leur mise en liberté. Ce résultat concorde avec leur résultat supérieur pour les problèmes antérieurs de santé mentale. Les femmes sont plus susceptibles que les hommes dêtre dirigées vers des programmes et dy participer. Le taux déchec de la semi-liberté est le même chez les hommes et les femmes, mais celles-ci exigeront probablement moins de surveillance intense. Fait intéressant, on juge que leur motivation à régler leurs problèmes est moindre.
La plupart des comparaisons présentées portent sur les hommes et les femmes mis en semi-liberté. Les données indiquent que ces détenus sont généralement à faible risque et ont commis des infractions moins graves que celles de la population carcérale en général. Si les différences et les similitudes relevées dans ce chapitre peuvent être les mêmes pour les deux sexes dans la population carcérale en général, les données actuelles ne peuvent le corroborer, aussi la prudence est-elle de mise dans toute généralisation au sujet des différences entre hommes et femmes dans la population carcérale.
Introduction
Cette analyse porte sur toute la population de 78 détenus autochtones de sexe masculin en achèvement de période de semi-liberté pendant lexercice 1990-1991. Nous comparerons ce groupe à léchantillon masculin de détenus en semi-liberté et, dans la mesure du possible, à la population carcérale dorigine autochtone. Les détenus déclarent eux-même la race à laquelle ils appartiennent et les résultats présentés visent les cas où lindividu a lui-même déclaré son appartenance autochtone.
Antécédents Race et âge
Les détenus autochtones représentent 8 % de tous les hommes mis en semi-liberté et environ 11 % de la population carcérale. Dans le groupe des Autochtones, on compte 58 % dIndiens inscrits, 29 % de métis et 13 % dautres autochtones (Inuit, Indiens non inscrits, etc.).
Lâge moyen des détenus autochtones à leur mise en semi-liberté est de 30 ans, soit lâge moyen de la population autochtone en établissement. Cet âge est cependant inférieur à celui de léchantillon de détenus en semi-liberté [ L’échantillon de détenus en semi-liberté comprend seulement des détenus (autochtones ou non) de sexe masculin mis en semi-liberté.] et de la population carcérale en général (âge moyen de 33 ans à la mise en semi-liberté).
Emploi et instruction
À leur dernière infraction, seuls 27 % des détenus autochtones mis en semi-liberté avaient un emploi. Pendant lannée ayant précédé cette infraction, approximativement 74 % avaient fréquemment été en chômage, 56 % éprouvaient des difficultés dordre pécuniaire et 49 % touchaient des prestations daide sociale. Seulement 18 % dentre eux avaient reçu une formation professionnelle quelconque. Le tableau 8-1 présente des données sommaires sur lemploi et linstruction.
Tableau 8-1 : Caractéristiques des échantillons dAutochtones et de détenus en semi-liberté sur le plan de linstruction et de lemploi
| Échantillon dAutochtones (%) | Échantillon de détenus en semi-liberté (%) | |
|---|---|---|
| Situation professionnelle au moment de linfraction : Emploi | 27,3 | 44,9 |
| Situation professionnelle au moment de linfraction : Chômage | 72,7 | 5,1 |
| Formation professionnelle | 18,0 | 34,0 |
| Pendant lannée ayant précédé la dernière infraction : Chômage fréquent | 74,2 | 55,5 |
| Pendant lannée ayant précédé la dernière infraction : Difficultés pécuniaires | 56,3 | 42,8 |
| Pendant lannée ayant précédé la dernière infraction : Aide sociale | 49,2 | 38,9 |
| Nombre de cas | 60 | 907 |
Par contraste, 45 % des membres de léchantillon de détenus en semi-liberté avaient un emploi à leur dernière infraction. Ils avaient moins de chances que les détenus autochtones davoir fréquemment été en chômage (56 %) lannée précédant cette infraction, davoir éprouvé des difficultés pécuniaires (43 %) et davoir touché des prestations daide sociale (39 %). Les différences sur le plan de la stabilité de lemploi pourraient en partie tenir à des différences de degré de formation professionnelle, puisque 34 % de léchantillon de détenus en semi-liberté - contre 18 % seulement de léchantillon des autochtones - avait reçu une formation professionnelle quelconque.
État matrimonial et situation familiale
Un peu plus de la moitié (56 %) des détenus autochtones en semi-liberté étaient mariés ou en union de fait à leur dernière infraction, contre 86 % chez les détenus autochtones incarcérés. De même, la moitié des membres de léchantillon de détenus en semi-liberté étaient mariés ou avaient un conjoint de fait, contre 40 % seulement dans la population carcérale masculine. Lécart entre la population carcérale autochtone en général et la fraction de ceux qui ont été mis en semi-liberté pour ce qui est de létat matrimonial déclaré nous porte à croire que cet élément dautodéclaration pourrait ne pas constituer une mesure sûre. Le tableau 8-2 résume les résultats relatifs à létat matrimonial.
Tableau 8-2 : État matrimonial des échantillons dAutochtones, de détenus en semi-liberté et de groupes de détenus
| État matrimonial | Échantillon dAutochtones (%) | Population carcérale autochtone (%) | Échantillon de détenus en semi-liberté (%) | Population carcérale masculine (%) |
|---|---|---|---|---|
| Marié ou en union de fait | 55,6 | 85,6 | 49,5 | 38,7 |
| Pas marié (célibataire, divorcé, etc.) | 44,4 | 14,4 | 50,5 | 61,3 |
| Nombre de cas | 72 | 1 406 | 910 | 11 921 |
Le Tableau 8-3 résume la situation familiale des échantillons dAutochtones et de détenus en semi-liberté. Selon ces données, près de 76 % des Autochtones en semi-liberté navaient pas vécu avec leurs parents naturels jusquà lâge de 16 ans. Dans 40 % des cas, ils en avaient été séparés par le divorce ou le décès. En moyenne, les détenus autochtones avaient huit ans quand ils ont dabord été privés de la présence de leurs parents. Qui plus est, plus de 40 % dentre eux avaient des parents toxicomanes (drogue ou alcool).
Tableau 8-3 : Caractéristiques familiales des échantillons dAutochtones et de détenus en semi-liberté
| Échantillon dautochtones (%) | Échantillon de détenus en semi-liberté (%) | |
|---|---|---|
| Séparation davec les parents avant lâge de 16 ans | 76,1 | 51,4 |
| Raisons de la séparation davec les parents : Décès ou divorce des parents | 40,0 | 55,4 |
| Raisons de la séparation davec les parents : Autres raisons | 60,0 | 44,6 |
| Âge moyen à la première séparation davec les parents | 8,1 | 7,6 |
| Placements avant lâge de 16 ans : Service de protection de la jeunesse | 31,2 | 19,3/td> |
| Placements avant lâge de 16 ans : Probation | 21,7 | 9,0/td> |
| Placements avant lâge de 16 ans : Centre déducation surveillée | 19,1 | 10,5 |
| Parents toxicomanes (drogue ou alcool) | 44,3 | 29,2 |
| Nombre de cas | 60 | 903 |
Par contraste, la moitié seulement des hommes de léchantillon de détenus en semi-liberté avaient été séparés de leurs parents naturels avant lâge de 16 ans et une plus grande proportion (55 %) avaient été privés de la présence de leurs parents par le décès ou le divorce. À linstar des détenus autochtones, les détenus en semi-liberté de léchantillon avaient dabord été séparés de leurs parents à lâge moyen de huit ans. Seulement 30 % des membres de cet échantillon avaient des parents toxicomanes (drogue ou alcool). La plus grande ampleur des problèmes de toxicomanie parentale pourrait en partie expliquer le taux supérieur de séparation davec les parents avant que les détenus autochtones naient atteint lâge de 16 ans.
Près de 40 % de ces détenus ont été mis en établissement avant lâge de 16 ans et certains ont été placés plusieurs fois. Plus de 30 % ont été mis en service de protection de la jeunesse, 22 % en probation et 19 % en centre déducation surveillée. Pour leur part, 22 % seulement des hommes de léchantillon de détenus en semi-liberté ont été placés avant lâge de 16 ans. Les probabilités étaient moindres quils aient été mis en service de protection de la jeunesse (19 %), en probation (9 %) ou en centre déducation surveillée (11 %). Les données indiquent donc que les détenus autochtones en semi-liberté avaient plus de chances davoir été placés que léchantillon de détenus en semi-liberté.
Antécédents de toxicomanie
Les données font voir que près de 80 % des détenus autochtones mis en semi-liberté avaient connu des problèmes dalcool à ladolescence et la presque totalité dentre eux (96 %), à lâge adulte. Les problèmes de drogue sont moins fréquents, 45 % des détenus autochtones en ayant eu à ladolescence et 60 % à lâge adulte. Pour leur part, les hommes de léchantillon de détenus en semi-liberté étaient moins exposés à lalcoolisme que les détenus autochtones, mais les taux étaient semblables tant à ladolescence quà lâge adulte dans le cas de la drogue. Le tableau 8-4 présente les résultats détaillés.
Tableau 8-4 : Antécédents de toxicomanie des échantillons dautochtones et de détenus en semi-liberté
| Échantillon dAutochtones (%) | Échantillon de détenus en semi-liberté (%) | |
|---|---|---|
| Problèmes dalcool à ladolescence | 78,6 | 48,4 |
| Problèmes dalcool à lâge adulte | 96,2 | 68,4 |
| Problèmes de drogue à ladolescence | 45,2 | 45,6 |
| Problèmes de drogue à lâge adulte | 60,0 | 65,1 |
| Nombre de cas | 75 | 900 |
Antécédents de délinquance juvénile
Environ 55 % des détenus autochtones en semi-liberté avaient des antécédents de délinquance juvénile. Parmi eux, 60 % avaient été arrêtés avant lâge de 16 ans, soit à lâge moyen de 13 ans. De plus, près de 70 % avaient été arrêtés entre 16 et 18 ans, cette fois à lâge moyen de 16 ans. Les détenus autochtones condamnés par un tribunal de la jeunesse comptaient cinq condamnations en moyenne chacun. Suite à ces condamnations, les deux tiers avaient purgé au moins une peine en surveillance communautaire et le tiers dans un établissement autre quun établissement de sécurité. Près de 40 % avaient passé quelque temps en établissement de sécurité, comme lindique le tableau 8-5.
De leur côté, près de 40 % de léchantillon de détenus en semi-liberté avaient eu des démêlés avec la justice pendant leur jeunesse; 46 % avaient été arrêtés avant lâge de 16 ans, soit à lâge moyen de 13 ans, et près des trois quarts de ceux qui avaient été jeunes délinquants avaient été arrêtés entre 16 et 18 ans, à lâge moyen de 16 ans. On a relevé trois condamnations en moyenne par détenu condamné par un tribunal de la jeunesse. Ces résultats indiquent que les détenus autochtones en semi-liberté risquaient plus davoir eu des démêlés avec la justice dans leur jeunesse que les membres de léchantillon en semi-liberté.
Tableau 8-5 : Antécédents de délinquance juvénile des échantillons dAutochtones et de détenus en semi-liberté
| Échantillon dAutochtones (%) | Échantillon de détenus en semi-liberté (%) | |
|---|---|---|
| Antécédents de délinquance juvénile | 54,6 | 38,7 |
| Arrestation avant lâge de 16 ans | 30,8 | 17,5 |
| Âge moyen à larrestation avant lâge de 16 ans | 13,4 | 13,2 |
| Arrestation entre 16 et 18 ans | 35,9 | 27,0 |
| Âge moyen à larrestation entre 16 et 18 ans | 16,4 | 16,4 |
| Nombre moyen de condamnations par un tribunal de la jeunesse | 4,8 | 3,3 |
| Décision du tribunal de la jeunesse : Surveillance communautaire | 64,5 | 65,8 |
| Décision du tribunal de la jeunesse : Détention dans un établissement autre quun établissement de sécurité | 32,3 | 25,5 |
| Décision du tribunal de la jeunesse : Mise en établissement de sécurité | 38,7 | 33,0 |
| Nombre de cas | 70 | 896 |
Dernières infractions
Le tableau 8-6 expose les caractéristiques des dernières infractions (ayant précédé la mise en semi-liberté). Les principales infractions à lorigine de lemprisonnement des détenus autochtones mis en semi-liberté étaient les vols qualifiés (22 %), les infractions contre les biens ou la propriété (18 %) et les homicides (18 %). Ces détenus comptaient quatre condamnations en moyenne pour un nombre moyen de 50 mois de peine demprisonnement. Les détenus autochtones en semi-liberté avaient des infractions principales un peu moins graves et des peines demprisonnement un peu plus courtes que celles des autres détenus autochtones. Les principales infractions à lorigine de lemprisonnement des détenus autochtones étaient les homicides (21 %), les infractions sexuelles (20 %) et les vols qualifiés (19 %). La durée moyenne des peines sétablissait à 53 mois.
À linstar des détenus autochtones, les hommes de léchantillon de détenus en semi-liberté purgent des peines inférieures à celles des détenus en établissement. Les peines sont cependant plus longues que celles des détenus autochtones. Les membres de léchantillon de détenus en semi-liberté purgent 58 mois de peine en moyenne. Les principales infractions à lorigine de lemprisonnement de ces hommes sont les infractions contre les biens ou la propriété (25 %), les vols qualifiés (21 %), les infractions en matière de drogue (17 %) et les autres types dinfractions (17 %). Ils ont eu cinq condamnations en moyenne, un peu plus que les détenus autochtones. La population carcérale masculine est celle qui purge les peines les plus longues, soit 67 mois en moyenne, principalement pour vol qualifié (20 %), infraction contre les biens (20 %) ou homicide (18 %).
Les détenus autochtones risquent plus que les hommes de léchantillon de détenus en semi-liberté davoir été condamnés pour homicide ou voies de fait, mais moins pour une infraction en matière de drogue et un peu moins encore pour une infraction contre les biens ou la propriété. Les deux groupes correspondent dassez près pour ce qui est de la proportion de gens reconnus coupables dinfractions sexuelles. Ces similitudes et ces différences concordent dans léchantillon de détenus en semi-liberté et la population carcérale en général.
Si daprès ces résultats les détenus autochtones semblent avoir plus de chances de purger des peines pour crime avec violence, ils reçoivent en moyenne des peines plus courtes. Précisons que léchantillon dAutochtones (mis en semi-liberté) purgeait en moyenne 49 mois de peine contre 58 dans le cas de léchantillon de détenus en semi-liberté. De plus, pour les différences entre les échantillons de détenus en semi-liberté et la population carcérale, on constate que les détenus autochtones purgeaient seulement quatre mois de moins en moyenne que la population carcérale autochtone et les membres de léchantillon de détenus en semi-liberté, neuf mois de moins que la population carcérale en général.
Tableau 8-6 : Dernières infractions des échantillons dAutochtones, de détenus en semi-liberté et de groupes de détenus
| Échantillon dautochtones (%) | Population carcérale autochtone (%) | Échantillon de détenus en semi-liberté (%) | Population carcérale masculine (%) | |
|---|---|---|---|---|
| Principale infraction à lorigine de lemprisonnement actuel : Homicide | 8,4 | 21,4 | 6,2 | 17,7 |
| Principale infraction à lorigine de lemprisonnement actuel : Tentative de meurtre | 0,0 | 1,5 | 1,3 | 1,9 |
| Principale infraction à lorigine de lemprisonnement actuel : Infraction sexuelle | 7,9 | 19,7 | 8,4 | 13,4 |
| Principale infraction à lorigine de lemprisonnement actuel : Vol qualifié | 22,4 | 18,6 | 21,3 | 22,8 |
| Principale infraction à lorigine de lemprisonnement actuel : Voies de fait | 10,5 | 10,9 | 4,0 | 5,2 |
| Principale infraction à lorigine de lemprisonnement actuel : Infraction en matière de drogue | 6,6 | 1,8 | 17,6 | 8,1 |
| Principale infraction à lorigine de lemprisonnement actuel : Infraction contre les biens (propriété | 18,4 | 17,2 | 24,6 | 20,0 |
| Principale infraction à lorigine de lemprisonnement actuel : Autre | 15,8 | 8,9 | 16,6 | 10,9 |
| Durée moyenne de la peine demprisonnement actuelle en mois | 49,4 | 52,8 | 57,9 | 66,7 |
| Nombre de cas | 76 | 1 411 | 930 | 11 989 |
Léchantillon de détenus en semi-liberté était moins susceptible que léchantillon dAutochtones de sêtre servi dune arme (35 %) et davoir commis des crimes contre des personnes (60 %). Le nombre moyen de victimes était cependant le même (2,5). Le premier échantillon avait moins de chances que le second davoir été sous linfluence de lalcool à la dernière infraction (46 %), mais plus davoir agi sous linfluence de la drogue (31 %). La comparaison des caractéristiques des infractions semble indiquer que les détenus autochtones sont plus violents dans leurs agissements criminels et aussi plus susceptibles davoir agi sous linfluence de lalcool que ceux de léchantillon de détenus en semi-liberté.
Tableau 8-7 : Caractéristiques des infractions des échantillons dAutochtones et de détenus en semi-liberté
| Échantillon dautochtones (%) | Échantillon de détenus en semi-liberté (%) | |
|---|---|---|
| Usage dune arme dans la principale infraction à lorigine de lemprisonnement actuel | 44,2 | 35,5 |
| Crimes contre des personnes | 78,2 | 61,3 |
| Nombre moyen de victimes | 2,5 | 2,5 |
| Influence de lalcool lors de linfraction | 82,4 | 45,5 |
| Influence de la drogue lors de linfraction | 22,2 | 31,2 |
| Nombre de cas | 75 | 860 |
Antécédents en établissement
Sur le plan des antécédents en établissement, on constate quenviron 9 % des détenus autochtones mis en semi-liberté se sont livrés à des actes dinconduite et que 14 % ont été mis en isolement administratif et 8 % en isolement protecteur, comme lindique le tableau 8-8. Les pourcentages correspondants sont de 7 %, 12 % et 11 % dans léchantillon de détenus en semi-liberté. On peut voir que les antécédents en établissement sont semblables pour les deux échantillons.
Tableau 8-8 : Antécédents en établissement des échantillons dAutochtones et de détenus en semi-liberté
| Échantillon dAutochtones (%) | Échantillon de détenus en semi-liberté (%) | |
|---|---|---|
| Actes dinconduite | 9,1 | 7,2 |
| Mise en isolement administratif | 14,1 | 11,9 |
| Mise en isolement protecteur | 7,7 | 11,4 |
| Nombre de visites : Aucune visite | 26,0 | 0,7 |
| Nombre de visites : Visites irrégulières | 41,1 | 37,3 |
| Nombre de visites : Visites régulières | 26,0 | 42,5 |
| Nombre de visites : Visites fréquentes | 6,9 | 9,5 |
| Nombre de cas | 75 | 885 |
On peut voir dans la fréquence des visites rendues à un détenu un indice de la qualité des liens quil entretient avec sa famille ou dautres personnes dans la collectivité. Les données indiquent que 33 % des détenus autochtones mis en semi-liberté recevaient régulièrement ou fréquemment de la visite. Par comparaison, 52 % des hommes de léchantillon de détenus en semi-liberté étaient régulièrement ou fréquemment visités. On peut penser que les détenus autochtones avaient moins de chances de garder des liens avec lextérieur (parents et amis) en prison, bien que les plus grandes distances à franchir pour les membres de la famille aient aussi pu entrer en jeu.
Historique des décisions de la CNLC
Décisions actuelles de mise en semi-liberté
Le SCC avait recommandé la semi-liberté pour 90 % des détenus autochtones mis en semi-liberté et la semi-liberté ordinaire pour 97 % dentre eux. Au nombre des conditions le plus souvent imposées, il y avait linterdiction de lalcool (86 %) et de la drogue (78 %). Le SCC avait recommandé des programmes de traitement pour les problèmes dalcool pour 66 % de ces détenus et des programmes de traitement pour les problèmes de drogue pour 28 %. Le tableau 8-9 indique la nature des conditions fixées.
Le SCC avait recommandé la semi-liberté pour 87 % des hommes de léchantillon de détenus en semi-liberté et la semi-liberté ordinaire pour 95 %. Il avait cependant proposé moins fréquemment de conditions spéciales (75 %). Les conditions et les programmes recommandés avaient été les mêmes pour léchantillon dAutochtones et léchantillon de détenus en semi-liberté, mais les fréquences étaient différentes. Les principales conditions imposées aux membres de léchantillon de détenus en semi-liberté étaient linterdiction dalcool (52 %) et de drogue (51 %) et les autres types de conditions (42 %). Le SCC a recommandé des programmes de traitement pour les problèmes dalcool pour 27 % dentre eux et des programmes de traitement pour les problèmes de drogue pour 21 %. Les probabilités sont plus grandes que des conditions soient recommandées dans le cas des détenus autochtones et bien plus grandes que lon interdise lalcool à titre de condition spéciale.
Tableau 8-9 : Caractéristiques des décisions de mise en semi-liberté dans les échantillons dAutochtones et de détenus en semi-liberté
| Échantillon dAutochtones (%) | Échantillon de détenus en semi-liberté (%) | ||
|---|---|---|---|
| Recommandation favorable du SCC | 89,6 | 87,0 | |
| Semi-liberté ordinaire | 97,3 | 89,4 | |
| Conditions spéciales recommandées par le SCC | 91,0 | 73,5 | |
| Type de conditions proposé par le SCC | Interdiction dalcool | 85,5 | 51,7 |
| Interdiction de drogue | 77,6 | 51,4 | |
| Consultation psychologique | 15,8 | 22,1 | |
| Autre | 39,5 | 42,3 | |
| Programmes particuliers proposés par le SCC | Traitement de la toxicomanie (alcool) | 65,8 | 26,5 |
| Traitement de la toxicomanie (drogue) | 28,0 | 21,3 | |
| Traitement psychologique | 8,0 | 7,2 | |
| Conditions spéciales imposées par la CNLC | Interdiction dalcool | 87,2 | 57,1 |
| Interdiction de drogue | 80,8 | 56,0 | |
| Consultation psychologique | 19,2 | 27,7 | |
| Autre/td> | 60,3 | 52,3 | |
| Programmes spéciaux imposés par la CNLC | Traitement de la toxicomanie (alcool) | 57,7 | 23,5 |
| Traitement de la toxicomanie (drogue) | 28,2 | 18,5 | |
| Traitement psychologique | 7,7 | 6,6 | |
| Autre | 6,4 | 4,6 | |
| Nombre de cas | 76 | 937 | |
Historique de la gestion de cas du SCC
Historique de la gestion de cas en établissement
Pendant que les détenus sont en établissement, on constate les besoins en matière de programmes par lanalyse des forces et des faiblesses. Les besoins le plus souvent constatés dans le cas des détenus autochtones avaient trait à lalcool (89 %), à lemploi (86 %) et à la formation générale ou professionnelle (82 %). Chaque détenu autochtone présentait dix besoins en moyenne. Le tableau 8-10 indique le pourcentage de détenus ayant chaque besoin constaté.
Par comparaison, les besoins le plus souvent reconnus dans léchantillon de détenus se situaient sur le plan des compagnons (74 %), des valeurs et attitudes (73 %) et de la stabilité affective (70 %). Ils avaient en moyenne neuf besoins. Ces données semblent indiquer que lon constate des besoins différents chez les détenus autochtones à leur arrivée en prison.
Tableau 8-10 : Analyse des forces et des faiblesses portant sur les besoins des échantillons dAutochtones et de détenus en semi-liberté
| Analyse des forces et de faiblesses (besoins) | Échantillon dAutochtones (%) | Échantillon de détenus en semi-liberté (%) |
|---|---|---|
| Formation générale ou professionnelle | 82,1 | 65,8 |
| Emploi | 85,7 | 66,0 |
| Gestion du budget | 67,9 | 65,7 |
| Relations conjugales et familiales | 73,2 | 66,2 |
| Compagnons | 73,2 | 73,5 |
| Stabilité affective | 60,7 | 70,3 |
| Consommation dalcool | 89,3 | 56,1 |
| Consommation de drogue | 57,1 | 60,0 |
| Facultés mentales | 25,0 | 24,2 |
| Santé | 26,8 | 32,3 |
| Comportement sexuel | 16,1 | 18,7 |
| Valeurs et attitudes | 76,8 | 73,0 |
| Nombre de cas | 56 | 767 |
Pour répondre aux besoins dégagés par lanalyse des forces et des faiblesses, le SCC a proposé des programmes à lintention des détenus pendant leur séjour en établissement. Il a recommandé en particulier de mettre 94 % des détenus autochtones en traitement pour les problèmes dalcool, 75 % en éducation de base des adultes et 60 % aussi bien en traitement pour les problèmes de drogue quen formation professionnelle et de préparation à lemploi. Les détenus autochtones ont effectivement participé à cinq programmes en moyenne avant dêtre mis en semi-liberté. Les programmes de traitement contre les problèmes dalcool (85 %), déducation de base des adultes et de traitement contre les problèmes de drogue (65 % environ dans lune et lautre de ces deux dernières catégories) étaient les plus fréquents. Le tableau 8-11 résume les résultats.
Tableau 8-11 : Caractéristiques de gestion de cas dans les échantillons dAutochtones et de détenus en semi-liberté
| Échantillon dautochtones (%) | Échantillon de détenus en semi-liberté (%) | ||
|---|---|---|---|
| Programmes proposés en vue de répondre aux besoins | Traitement de la toxicomanie (alcool) | 93,6 | 53,9 |
| Traitement de la toxicomanie (drogue) | 60,3 | 49,8 | |
| Consultation psychologique | 47,4 | 43,5 | |
| Consultation psychiatrique | 6,4 | 10,7 | |
| Acquisition de compétences cognitives | 32,1 | 13,2 | |
| Formation professionnelle | 61,5 | 28,9 | |
| Formation de préparation à lemploi | 59,0 | 23,7 | |
| Éducation de base des adultes | 74,4 | 42,0 | |
| Autres programmes de développement personnel | 41,0 | 20,2 | |
| Autres | 9,0 | 10,3 | |
| Programmes auxquels les détenus ont participé : | Traitement de la toxicomanie (alcool | 84,6 | 55,2 |
| Traitement de la toxicomanie (drogue) | 61,5 | 48,3 | |
| Consultation psychologique | 50,0 | 39,2 | |
| Consultation psychiatrique | 15,4 | 10,2 | |
| Acquisition de compétences cognitives | 34,6 | 12,9 | |
| Formation professionnelle | 30,8 | 22,4 | |
| Formation de préparation à lemploi | 43,6 | 21,9 | |
| Éducation de base des adultes | 64,1 | 41,4 | |
| Autres programmes de développement personnel | 48,7 | 24,9 | |
| Autres | 33,3 | 16,3 | |
| Nombre de cas | 78 | 934 | |
On a recommandé des programmes de traitement pour les problèmes dalcool pour 54 % de léchantillon de détenus en semi-liberté, des programmes de traitement pour les problèmes de drogue pour 50 %, des services de consultation psychologique pour 44 % et des programmes déducation de base des adultes pour 42 %. Ces détenus ont participé en moyenne à trois programmes, quil sagisse de traitement de la toxicomanie (alcool, 55 %, drogue, 48 %), déducation de base des adultes (41 %) ou de consultation psychologique (39 %). Les données indiquent que des programmes semblables sont recommandés pour léchantillon dautochtones et léchantillon de détenus en semi-liberté, mais que les détenus autochtones sont plus fréquemment dirigés vers des programmes et aussi plus susceptibles dy participer que les membres de lautre échantillon.
Besoins dans la collectivité
On évalue les besoins des détenus pendant quils se trouvent dans la collectivité à laide de lÉchelle dévaluation du risque et des besoins dans la collectivité (EERBC). Le tableau 8-12 résume les besoins constatés dans léchantillon dAutochtones et léchantillon de détenus en semi-liberté. Chez les détenus autochtones, les besoins les plus constatés dans la collectivité intéressaient la formation générale ou professionnelle (52 %), lemploi (51 %) et les compagnons (41 %). Environ 11 % dentre eux avaient besoin dun traitement contre lagression sexuelle et 16 % présentaient dautres types de besoins spéciaux.
Tableau 8-12 : Échelle dévaluation du risque et des besoins dans la collectivité pour les échantillons dAutochtones et de détenus en semi-liberté
| EERBC | Échantillon dautochtones (%) | Échantillon de détenus en semi-liberté (%) |
|---|---|---|
| Formation générale ou professionnelle | 52,3 | 34,4 |
| Emploi | 51,2 | 39,5 |
| Gestion du budget | 34,2 | 36,7 |
| Relations conjugales et familiales | 30,3 | 32,9 |
| Compagnons | 40,9 | 36,6 |
| Stabilité comportementale et affective | 36,4 | 37,0 |
| Consommation dalcool | 22,8 | 19,5 |
| Attitude | 15,9 | 16,9 |
| Agression sexuelle | 11,4 | 9,2 |
| Autre | 15,9 | 12,0 |
| Nombre de cas | 44 | 573 |
Pour léchantillon de détenus en semi-liberté, les besoins le plus fréquemment constatés avaient à voir avec lemploi (40 %), la stabilité affective (37 %), la gestion du budget (37 %) et les compagnons (37 %). Les besoins spéciaux étaient moins probables dans ce groupe; 9 % avaient un besoin en matière dagression sexuelle et 12 %, dautres types de besoins spéciaux. Lemploi et les compagnons représentaient des besoins importants dans léchantillon dAutochtones et léchantillon de détenus en semi-liberté, mais il était plus probable que les détenus autochtones présentent des besoins élevés de formation générale.
On avait jugé que plus de 70 % des détenus autochtones en semi-liberté avaient des besoins moyens dans lensemble et près de 11 %, des besoins élevés. Les besoins importants étaient plus probables dans léchantillon de détenus en semi-liberté (19 %), mais les besoins moyens létaient moins. Le tableau 8-13 résume les résultats.
Tableau 8-13 : Évaluation du risque et des besoins dans les échantillons dAutochtones et de détenus en semi-liberté
| Échantillon dAutochtones (%) | Échantillon de détenus en semi-liberté (%) | |
|---|---|---|
| Évaluation globale des besoins : Faibles | 18,2 | 30,3 |
| Évaluation globale des besoins : Moyens | 70,5 | 51,1 |
| Évaluation globale des besoins : Élevés | 11,4 | 18,6 |
| Évaluation globale du risque selon les antécédents criminels : Faible | 32,7 | 55,8 |
| Évaluation globale du risque selon les antécédents criminels : Élevé | 62,8 | 44,2 |
| Évaluation du risque et des besoins : Faibles | 0,0 | 10,8 |
| Évaluation du risque et des besoins : Moyens | 66,7 | 56,7 |
| Évaluation du risque et des besoins : Élevés | 31,0 | 32,5 |
| Nombre de cas | 43 | 572 |
On considérait que près des deux tiers des détenus autochtones représentaient un risque élevé danslensemble selon les antécédents criminels, contre 44 % seulement dans le cas des détenus de léchantillon en semi-liberté. Si on réunit le risque et les besoins, on constate que les détenus autochtones ont moins de chances de présenter un faible niveau de risque et de besoins (0 % contre 11 % dans le cas de léchantillon en semi-liberté), mais quenviron 30 % des détenus de lun et lautre des échantillons appartiennent à la catégorie supérieure de risque et de besoins. Plus le niveau de risque et de besoins sélève, plus il faut multiplier les contacts avec le surveillant ou lagent de liberté conditionnelle.
Résultats de la semi-liberté
Près de 80 % des détenus autochtones en semi-liberté ont consenti à participer aux programmes qui leur avaient été assignés, ce qui est révélateur de leur degré de motivation. La proportion correspond à celle des membres de léchantillon de détenus en semi-liberté. Précisons cependant que 62 % seulement des détenus autochtones ont mené à terme sans incident leur période de semi-liberté, moins que les membres de lautre échantillon (75 %). Qui plus est, 20 % dentre eux ont échoué en semi-liberté et commis une nouvelle infraction, taux supérieur à celui de léchantillon de détenus en semi-liberté (9 %). Ces données révèlent donc quils ne sen sortent pas aussi bien que les membres de lautre échantillon, bien que paraissant autant motivés à participer à des programmes en période de semi-liberté. Le tableau 8-14 résume les résultats.
Tableau 8-14 : Résultat de la semi-liberté dans les échantillons dAutochtones et de détenus en semi-liberté
| Échantillon dAutochtones (%) | Échantillon de détenus en semi-liberté (%) | |
|---|---|---|
| Résultat de la mise en semi-liberté actuelle : Réussite1 | 62,2 | 74,8 |
| Résultat de la mise en semi-liberté actuelle : Échec2 | 37,8 | 25,2 |
| Taux de récidive | 20,0 | 8,5 |
| Degré de motivation : Positive | 78,9 | 80,3 |
| Degré de motivation : Négative | 21,1 | 19,7 |
| Nombre de cas | 76 | 929 |
1Maintien de la semi-liberté, libération totale, mise en liberté surveillée.
2Violation des conditions, révocation avec ou sans nouvelle infraction.
Récapitulation et analyse
Les résultats de cette étude indiquent que les détenus autochtones ont moins de chances quon aurait pu le prévoir de se voir accorder la semi-liberté. Dans lensemble, ils viennent dhorizons plus troublés et ont dû avoir plus de contacts avec des organismes spéciaux dintervention ou de prise en charge. À ladolescence, ils ont eu plus de démêlés avec la justice pénale. Ils risquent plus davoir commis des crimes contre des personnes, de sêtre servis dune arme et de sêtre livrés à des agissements criminels sous linfluence de lalcool. La toxicomanie, et notamment lalcoolisme, semblent avoir joué un important rôle dans leur passé criminel. Sil est plus probable quon les juge plus «à risque», ils sont aussi plus susceptibles de se voir attribuer un niveau de risque et de besoins moyen plutôt que élevé ou faible. Les détenus autochtones ont plus de chances déchouer en semi-liberté et de commettre une nouvelle infraction. Nous traiterons plus amplement de ces problèmes plus loin.
Les données indiquent que les probabilités sont plus grandes que ces détenus aient été séparés de leur père ou de leur mère (par le divorce, le décès, etc.), bien que lâge moyen à la séparation, huit ans, soit semblable à celui des autres détenus mis en semi-liberté. Ils ont également été plus nombreux à être placés relativement souvent en service de garde (service de protection de lenfance, probation ou centre déducation surveillée). On constate en outre que lalcoolisme et les autres toxicomanies sévissent davantage dans les familles de ces détenus. Ce facteur pourrait avoir joué dans les taux supérieurs relevés de délinquance juvénile. Bien quayant été traduits devant les tribunaux de la jeunesse au même âge que les autres détenus, les détenus autochtones étaient un peu plus susceptibles davoir purgé une peine dans un établissement de sécurité.
Ils avaient autant de chances que les autres davoir connu des problèmes de drogue à ladolescence, mais bien plus des problèmes dalcool, la proportion atteignant même 80 % dans ce dernier cas. À lâge adulte, 96 % ont eu des problèmes dalcool, contre 68 % des autres détenus en semi-liberté.
Les probabilités étaient plus grandes que lon constate comme besoins chez les détenus autochtones des problèmes dalcoolisme, de formation générale ou professionnelle et demploi. De même, il était plus probable que ces détenus se soient fait recommander des programmes de traitement et y aient participé. Pour leur mise en semi-liberté, les détenus autochtones risquaient plus de se voir imposer des conditions spéciales que les autres. Plus précisément, on a interdit lalcool à 87 % des autochtones mis en semi-liberté comparativement à 57 % seulement des autres détenus. Les plans correctionnels ont insisté sur les besoins de formation générale ou professionnelle et demploi.
Les problèmes de formation générale et demploi étaient probablement en partie responsables des taux supérieurs de chômage, de la plus grande fréquence du chômage et des difficultés dordre pécuniaire relevées à titre de besoin chez les détenus autochtones avant leur dernière infraction. Ceux-ci étaient plus susceptibles de sêtre servis dune arme, davoir commis des crimes contre des personnes et davoir été sous linfluence de lalcool lors de leur dernière infraction. Précisément, 82 % dentre eux avaient alors consommé de lalcool, contre 46 % seulement dans le cas des détenus non autochtones. Il était cependant moins probable quils se soient trouvés sous linfluence de la drogue à ce moment-là. Ils risquaient plus de sêtre livrés à des voies de fait, mais moins davoir commis une infraction en matière de drogue. Les taux dinfraction sexuelle étaient semblables chez les Autochtones et les non-autochtones mis en semi-liberté. En moyenne, les premiers purgeaient des peines plus courtes que celles des seconds.
Les détenus autochtones avaient plus de chances dêtre considérés comme ayant des besoins moyens et représentant un risque élevé, mais si on réunit risque et besoins, les probabilités étaient moins grandes quils appartiennent à la catégorie faible ou élevée de risque et de besoins, étant le plus fréquemment rangés dans la catégorie moyenne.
Les échecs de la semi-liberté étaient plus nombreux chez les détenus autochtones avec une proportion de 38 % contre 25 % seulement chez les autres; 20 % dentre eux ont commis une nouvelle infraction en période de semi-liberté, contre 9 % seulement chez les non-autochtones.
Ces résultats semblent indiquer que les détenus autochtones ont eu un passé sérieusement perturbé où lalcoolisme a tenu une grande place. Leurs actes criminels paraissent plus violents, mais leurs peines demprisonnement sont plus courtes, doù limpression que les juges ont dû davantage faire jouer les circonstances atténuantes en leur faveur. Les problèmes de toxicomanie, et notamment dalcoolisme, semblent liés aux difficultés que connaissent ces détenus.
Analyse
Létude a été amorcée juste avant la mise en oeuvre de la Loi sur le système correctionnel et la mise en liberté sous condition (LSCMLC) de 1992. Létude a été conçue pour évaluer lincidence de la LSCMLC sur le régime de semi-liberté et pour servir de base aux comparaisons une fois que la LSCMLC aura été en vigueur pour quelques années. Même sil nétait pas possible dévaluer toutes les incidences de la LSCMLC sur le régime de semi-liberté, il semble que les changements opérationnels (date dadmissibilité et objet de la mise en liberté) étaient pratique courante avant la LSCMLC.
Par exemple, le changement de date dadmissibilité intervenant désormais six mois avant la date dadmissibilité à la libération conditionnelle et non plus au sixième de la peine a été conçu, en partie, pour sassurer que les détenus ne soient pas libérés beaucoup trop tôt. Toutefois, seulement 8 % des détenus mis en semi-liberté lont été plus de six mois avant leur date dadmissibilité à la libération totale. La LSCMLC a également modifié la façon dutiliser la semi-liberté en demandant quelle soit utilisée en tant que préparation à la libération conditionnelle ou à la mise en liberté surveillée. Dans environ 80 % des cas de semi-liberté, la période de libération se termine après cette date dadmissibilité, doù limpression que la semi-liberté, même avant ladoption de la LSCMLC, était là pour préparer le détenu à la libération conditionnelle ou à la mise en liberté surveillée.
Daprès les résultats, on peut voir dans lensemble que les détenus mis en semi-liberté avant leur date dadmissibilité à la libération totale risquent moins déchouer que ceux qui sont libérés après cette date. Toutefois, les détenus mis en liberté au sixième de leur peine présentaient un taux déchec un peu supérieur à celui des détenus qui étaient libérés entre le sixième et le tiers (date dadmissibilité à la libération totale) de leur peine. La période de libération nétait pas liée au taux déchec dans le cas des détenus à haut niveau de risque et de besoins. Les taux étaient les plus élevés pour les libérés tant hâtifs que tardifs parmi les détenus à risque élevé. Pour les détenus à niveau de risque et de besoins faible ou moyen, les libérés hâtifs échouaient le moins, mais les taux déchec étaient supérieurs chez ceux qui étaient mis en semi-liberté après leur date dadmissibilité à la libération totale. Daprès ces résultats, on est porté à penser que les critères de sélection dans le régime de semi-liberté garantissent que les gens qui risquent le moins déchouer en semi-liberté seront libérés plus tôt et que les détenus qui sont plus à risque verront leur semi-liberté retardée.
Les décisions de mise en semi-liberté tiennent une grande place dans lactivité de la Commission nationale des libérations conditionnelle, représentant 40 % de toutes les décisions prises en matière de libération conditionnelle. Les mises en semi-liberté ont augmenté en valeur absolue de 1987-1988 à 1991-1992, mais le taux daccroissement na que légèrement dépassé celui de la population carcérale. On est porté à croire que le régime de semi-liberté a été relativement stable pendant cette période, probablement parce que la loi a été peu modifiée.
Lanalyse des tendances dégage des différences de taux de mise en semi-liberté entre les régions pendant les cinq ans de cette période. Les régions du Québec et de lAtlantique recourent plus au régime de semi-liberté que les autres. Les révocations sont généralement plus nombreuses dans les régions des Prairies et du Pacifique. En Ontario, le taux de révocation a considérablement baissé, tombant à 6 % seulement des mises en semi-liberté. Selon lanalyse du risque et des besoins des échecs en 1990-1991, la région des Prairies présente des taux déchec relativement élevés pour les niveaux moyen et élevé de risque et de besoins et la région de lOntario, des taux très faibles pour les niveaux faible et moyen. Sil existe des différences de taux déchec dans le cas des détenus à niveau élevé de risque et de besoins, ceux-ci offrent invariablement les taux déchec les plus élevés.
La mise en semi-liberté est la première libération conditionnelle pour la plupart des détenus de léchantillon et sa forme la plus répandue est la semi-liberté ordinaire avec assignation à résidence (maison de transition ou autre établissement) et obligation de se présenter tous les jours. Parfois, on adopte dautres dispositions avec des exigences réduites de résidence et de retour à létablissement.
Le portrait général du détenu en semi-liberté est celui de quelquun aux antécédents familiaux perturbés qui est tombé dans le crime et la toxicomanie très tôt dans sa vie. La toxicomanie est un problème dans son activité normale et a fréquemment à voir avec ses agissements criminels. De tels détenus ont des besoins multiples auxquels on devrait répondre par des programmes. La participation à des programmes semble liée à une amélioration des chances de réussite de la semi-liberté.
La toxicomanie est associée à léchec de la semi-liberté et, en restreignant lexposition à lalcool et à la drogue par limposition de conditions spéciales, on paraît réduire les risques déchec. Règle générale, les conditions spéciales portant sur des besoins constatés semblent efficaces, mais pour la plupart des détenus, les restrictions de fréquentation de criminels ont pour effet dabaisser le taux déchec, même si ce besoin na pas été constaté au départ.
On a démontré une association entre risque et besoins, dune part, et léchec de la semi-liberté, dautre part, un lien tel que les détenus à risque élevé et aux nombreux besoins ont plus de chances déchouer en semi-liberté. Si les programmes répondant à des besoins particuliers ne paraissent pas réduire le taux déchec, la participation à tout programme est liée, elle, à une diminution du taux déchec. Si on répond à un ou à quelques besoins, on peut à peine agir sur les probabilités déchec faute de combler les autres besoins. Il est difficile de voir quels besoins influent le plus sur la criminalité future, et il est probable que, si les besoins sont multiples, on doive soccuper de chaque besoin avant la mise en semi-liberté si on entend ménager un effet significatif sur le résultat de la libération.
La motivation du détenu à participer à des programmes et à régler les problèmes liés à la dernière infraction et à la surveillance est associée au résultat de la mise en semi-liberté si bien quun renforcement de cette motivation a pour effet dabaisser le taux déchec. En soi, le résultat na pas de quoi étonner, mais cest une question à laquelle très peu de recherches ont été consacrées. La plus grande difficulté du recours à une mesure de la motivation dans les décisions de mise en semi-liberté est que lon doit sassurer que lévaluation nest pas biaisée par la connaissance que peut avoir le détenu de cette décision, ni par ses tentatives dinfluencer cette dernière en sa faveur en répondant dans un questionnaire ou une entrevue de manière à exagérer sa motivation réelle à régler les problèmes. Le plus frappant dans les données, cest que même les détenus appartenant à la catégorie élevée de risque et de besoins avaient plus de chances de réussir en semi-liberté sils étaient motivés. La motivation pourrait constituer un puissant facteur «médiateur» dans la lutte contre la récidive.
Les résultats indiquent que la mise en semi-liberté est à peu près aussi probable chez les femmes que chez les hommes et que les premières ont autant de possibilités de mener à terme sans incident leur période de semi-liberté. Les antécédents familiaux des femmes sont plus troublés que ceux des hommes, mais les habitudes de délinquance juvénile sont semblables, tout comme les caractéristiques des derniers agissements criminels (victime, usage dune arme, etc.). Toutefois, les probabilités sont plus grandes quelles aient été condamnées pour des infractions moins graves et quelles purgent des peines demprisonnement plus courtes. On les a jugées moins «à risque», mais on a constaté chez elles le même niveau de besoins. Il est plus probable que lon recommande des programmes pour les détenues et que celles-ci y participent.
Les détenus autochtones ont moins de chances dêtre mis en semi-liberté. Dans lensemble, ils viendront plus souvent de familles perturbées et lalcoolisme aura fréquemment sévi à la maison paternelle et dans leur propre vie. Leur taux de chômage aura été plus élevé au moment de la dernière infraction. Ils auront fréquemment été en chômage lannée précédant cette infraction et on aura constaté des besoins de formation générale et de préparation à lemploi. Il est probable que lalcool aura joué un rôle dans leurs agissements criminels. Ils seront plus susceptibles davoir été condamnés pour voies de fait et de sêtre servis dune arme dans la perpétration de leur infraction. Ils auront sans doute été jugés à risque élevé, mais si on réunit risque et besoins, ils devraient plus se situer à un niveau moyen de risque et de besoins (plutôt que élevé ou faible).
Les données semblent indiquer que le régime de semi-liberté est efficace dans sa promotion dune libération éclairée des détenus par anticipation. Par les données sur léchec de la semi-liberté, on peut voir que, dans les décisions de mise en semi-liberté, on choisit efficacement les détenus qui ont le plus de chances de réussir. Les détenus mis en semi-liberté après leur date dadmissibilité à la libération totale présentent des taux déchec supérieurs, ce que lon peut interpréter en disant que les intéressés sont plus «à risque» et que la semi-liberté est loccasion déprouver leur capacité de fonctionner en dehors de la prison dans un cadre contrôlé.
Si les indicateurs de risque sont peu clairs ou confus, on peut recourir à la semi-liberté pour voir si la libération totale sera sans danger. En échouant en semi-liberté, le détenu montre quil nest pas prêt à la libération totale avec sa plus grande absence de contraintes.
Les critères de sélection du régime de semi-liberté sont fort efficaces, mais les données semblent indiquer que lévaluation du risque et des besoins peut encore faciliter le choix. Ajoutons que la participation du détenu à des programmes et sa motivation à régler ses problèmes permettent de mieux prévoir la réussite de la semi-liberté. En imposant des conditions de semi-liberté qui répondent à des besoins constatés, on pourrait en outre élever les chances de réussite.
Un des principaux problèmes de recherche dégagés par la présente étude est que nombre de détenus de léchantillon navaient pas répondu à un questionnaire EERBC (Échelle dévaluation du risque et des besoins dans la collectivité) pendant leur période de semi-liberté. Cela a limité le nombre de cas pouvant être analysés à laide des données sur le risque et les besoins, mais linformation sen est aussi trouvée entachée dun biais. Le taux déchec était supérieur pour les détenus sans questionnaire EERBC rempli, doù limpression que léchantillon ayant servi à un certain nombre danalyses présentait en réalité un risque moindre que la population de détenus en semi-liberté. Comment ce facteur a-t-il influé sur les résultats? Fort probablement, il devenait moins probable que les résultats obtenus soient observés, car un grand nombre de cas déchec auraient été exclus des analyses. Si dans tous les cas un questionnaire EERBC avait été rempli, le nombre déchecs aurait été plus grand, et il est probable que les analyses de risque et de besoins auraient été dune discrimination encore plus grande pour les niveaux élevé et faible de risque et de besoins.
Dans la présente étude, nous avons seulement considéré la réussite de la semi-liberté. La réussite qui suit à la libération totale ou à la mise en liberté surveillée est plus importante pour le système correctionnel. Il a été impossible de sattacher au résultat postérieur à la période de semi-liberté, mais une étude est en cours sur la question. Elle tiendra compte du résultat de la mise en semi-liberté, de la réussite postérieure et, dans la mesure du possible, du taux de récidive des détenus au terme de leur peine demprisonnement.
Les analyses présentées nont porté que sur quelques variables à la fois. Il faudra un complément de recherche sur la capacité des variables à prévoir le résultat de la semi-liberté et le résultat postérieur dans lexamen simultané de variables multiples. Ces analyses sont également en cours.
Les auteurs de la présente étude ont regardé le régime de semi-liberté avant que ne soit adoptée la Loi sur le système correctionnel et la mise en liberté sous condition avec ses modifications de la semi-liberté et des autres formes de liberté conditionnelle. Une future étude examinera le régime issu de cette loi et verra comment la semi-liberté sen trouve modifiée. Les résultats de la présente étude serviront de toile de fond à cette future recherche.
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