R-55
Kelley Blanchette
Direction de la recherche
Service correctionnel du Canada
Mai 1997
Tableau 1 : Indicateurs dantécédents criminels pour les délinquantes à sécurité moyenne et les délinquantes à sécurité maximale
Tableau 2 : Besoins des délinquantes à sécurité moyenne et des délinquantes à sécurité maximale identifiés au moment de leur admission
Tableau 3 : Indicateurs de besoins évalués par le processus dévaluation initiale et révélant des différences fiables entre les délinquantes à sécurité moyenne et les délinquantes à sécurité maximale
Tableau 4 : Répartition en pourcentage des niveaux globaux de risque et de besoins au moment de ladmission
Auparavant, il ny avait au Canada quune seule prison fédérale pour les délinquantes. La décision prise récemment par le gouvernement de construire cinq nouveaux établissements fédéraux pour les femmes a été réalisée. Les délinquantes seront transférées graduellement à ces nouveaux établissements, le classement par niveau de sécurité devenant ainsi une question très importante. Bien que le Service correctionnel du Canada (SCC) ait commencé à utiliser un processus complet dévaluation initiale, certains prétendent que la cote « à sécurité maximale » impose des contraintes inutiles aux délinquantes.
Dans lenquête dont il est question ici, nous avons comparé les délinquantes dites « à sécurité moyenne » et les délinquantes dites « à sécurité maximale » en fonction de divers critères : le risque (risque pour la sécurité et risque dévasion), les besoins liés aux facteurs criminogènes et les possibilités de suicide. Pour les besoins de létude, nous avons extrait du Système de gestion des détenus du SCC toutes les données sur les femmes purgeant une peine fédérale. Au 14 janvier 1997, le SGD contenait des données sur le niveau de sécurité de 212 délinquantes : 34 p. 100 (72) dentre elles avaient la cote « à sécurité minimale », 49 p. 100 (103) la cote « à sécurité moyenne » et 17 p. 100 (37) la cote « à sécurité maximale ».
Nous avons dabord comparé les renseignements dordre démographique (âge, race) dont nous disposions pour lensemble de léchantillon. Les analyses statistiques ont révélé que les délinquantes à sécurité maximale étaient plus jeunes que les délinquantes à sécurité moyenne, cette différence étant statistiquement significative. Les premières avaient en moyenne 28,7 ans, et les autres en moyenne 34,2 ans. Il y avait plus de femmes autochtones parmi les délinquantes à sécurité maximale. Seulement 16 p. 100 des délinquantes à sécurité moyenne étaient autochtones alors quon en retrouvait 41 p. 100 dans le groupe des délinquantes à sécurité maximale.
Les comparaisons du niveau global de risque ont donné également des résultats statistiquement fiables, la majorité (56 p. 100) des délinquantes à sécurité moyenne se trouvant dans la catégorie « risque moyen » et la plupart (77 p. 100) des délinquantes de lautre groupe dans la catégorie « risque élevé ». En ce qui concerne linfraction à lorigine de la peine actuelle, la majorité (62 p. 100) des délinquantes à sécurité maximale purgeaient une peine pour voies de fait avec violence ou vol qualifié, par rapport à moins de la moitié (46 p. 100) des délinquantes à sécurité moyenne. Encore ici, ces résultats étaient statistiquement fiables.
Les analyses ont aussi révélé des différences statistiquement fiables entre les deux groupes de délinquantes pour divers critères de risque associés aux antécédents criminels. En général, les femmes à sécurité moyenne avaient commencé leur carrière criminelle à un âge plus avancé que les délinquantes à sécurité maximale. Moins dun tiers (30 p. 100) des premières avaient été condamnées par un tribunal pour adolescents, par rapport à la majorité (54 p. 100) de lautre groupe. Bien que les données montrent que les délinquantes à sécurité maximale aient été condamnées par un tribunal pour adultes (surveillance communautaire, peine provinciale, peine fédérale) plus souvent que les femmes de lautre groupe, les différences nétaient pas significatives.
Compte tenu de la nature des infractions commises et de leurs antécédents criminels, il na pas été étonnant de constater que les délinquantes à sécurité maximale étaient aussi plus susceptibles de sêtre évadées ou davoir été illégalement en liberté. En outre, par rapport aux délinquantes à sécurité moyenne, elles étaient deux fois plus susceptibles davoir été placées en isolement pour des motifs disciplinaires. Toutes ces différences étaient statistiquement fiables.
Un examen des niveaux de besoins des délinquantes a permis de mettre en évidence des différences statistiquement fiables entre les deux groupes de délinquantes, dans cinq des sept domaines de besoins évalués au moment de ladmission. Les délinquantes à sécurité maximale avaient plus de difficultés que les délinquantes de lautre groupe dans les domaines suivants : emploi, relations conjugales et familiales, toxicomanie, vie sociale et attitude générale. Ce nest que dans les domaines des fréquentations et de la vie personnelle et affective quaucune différence significative na été relevée, bien que les données montrent des tendances similaires.
Les comparaisons des indicateurs de suicide ont révélé que les délinquantes à sécurité maximale présentaient un risque de suicide plus élevé que les délinquantes de lautre groupe. Bien que seulement environ 12 p. 100 des délinquantes de chaque groupe aient été jugées, au moment de ladmission, comme ayant des tendances suicidaires, environ 25 p. 100 des délinquantes à sécurité maximale avaient exprimé leur intention de se suicider, alors que seulement une délinquante à sécurité moyenne lavait fait. Cette différence était statistiquement fiable. Environ 35 p. 100 des délinquantes à sécurité maximale présentaient des signes de dépression au moment de ladmission, par rapport à moins de 10 p. 100 des délinquantes de lautre groupe. Les analyses ont révélé que ces deux différences étaient statistiquement fiables. Une très grande proportion (71 p. 100) des délinquantes à sécurité maximale avaient déjà tenté de se suicider, par rapport à environ un tiers (42 p. 100) des délinquantes à sécurité moyenne. En conséquence, 57 p. 100 des délinquantes du premier groupe avaient bénéficié récemment dune intervention psychiatrique ou psychologique, par rapport à moins dun tiers des délinquantes à sécurité moyenne.
Les dernières analyses ont permis de comparer les deux groupes de délinquantes par rapport au niveau global de risque et de besoins qui est déterminé au moment de ladmission au pénitencier. Les résultats ont montré quaucune des délinquantes à sécurité maximale navait été classée dans la catégorie « besoins faibles». Une petite minorité (14 p. 100) dentre elles avaient été classées dans la catégorie « besoins moyens », et la grande majorité (86 p. 100) dans la catégorie « besoins élevés ». En tant que groupe, les délinquantes à sécurité moyenne avaient été évaluées comme présentant des besoins moins élevés : 18 p. 100 avaient des « besoins faibles », 39 p. 100 des « besoins moyens », et 43 p. 100 des « besoins élevés ».
Comme pour le niveau de besoins, le niveau de risque était élevé pour les délinquantes à sécurité maximale. Plus précisément, la majorité (77,2 p. 100) présentaient un « risque élevé » et les autres (22,8 p. 100) un « risque moyen ». Comparativement, quelques-unes (17,2 p. 100) des délinquantes à sécurité moyenne présentaient un « risque faible », la plupart (55,9 p. 100) un « risque moyen », et les autres (26,9 p. 100) un « risque élevé ». Les analyses statistiques ont montré que les différences entre les deux groupes, sur le plan du niveau de risque et de besoins, étaient fiables.
En conclusion, les résultats de notre étude montrent quil existe des différences évidentes et statistiquement fiables entre les délinquantes à sécurité moyenne et les délinquantes à sécurité maximale. De nombreuses variables liées au risque et aux besoins ont permis détablir des distinctions entre les deux groupes et, dans chaque cas, les délinquantes à sécurité maximale présentaient un risque et des besoins plus élevés. Ces données donnent à penser que les groupes de délinquantes sont hétérogènes selon la cote de sécurité qui leur est attribuée et que lattribution de la cote de sécurité se fait de manière équitable et permet de bien gérer le risque.
Avant 1996, il ny avait au Canada quune seule prison fédérale pour les délinquantes. Depuis ce temps, on a construit cinq nouveaux établissements fédéraux pour les femmes. Par conséquent, la question du classement des délinquantes selon le niveau de sécurité est devenue importante pour la gestion correctionnelle.
Les délinquantes dites « à sécurité maximale » sont, du moins en principe, classées dans cette catégorie parce quon présume ou on a démontré quelles sont violentes ou quelles présentent un risque élevé. Cependant, comme lont souligné Shaw et Dubois (1995, p. 5), « la violence des femmes a largement été placée dans le cadre dune réponse à une situation de mauvais traitements ou à la suite dexpériences de mauvais traitements. » Cette notion a suscité un mouvement en faveur dune révision à la baisse du niveau de sécurité des délinquantes, les cotes de sécurité attribuées dans le passé et encore actuellement étant jugées trop élevées. Il existe toutefois peu de données empiriques pour appuyer ou démentir cette affirmation. Cette question est importante, puisque les cotes de sécurité ont une incidence sur le logement, laccessibilité aux programmes et les privilèges.
Selon Luciani, Motiuk et Nafekh (1996, p. ii), « Il est indispensable de bien classer les détenus pour gérer efficacement les pénitenciers et les populations carcérales ainsi que pour remplir les mandats législatif et en matière dorientation du Service correctionnel du Canada. » Il est donc primordial de veiller à ce que les cotes de sécurité attribuées aux délinquantes correspondent à leurs profils de risque et de besoins. Plus précisément, il faut déterminer ces cotes équitablement en fonction de la gestion du risque, tout en offrant aux délinquantes lenvironnement le moins contraignant et le plus humain possible.
Au moment de leur admission, tous les délinquants sous responsabilité fédérale au Canada sont soumis à un processus dévaluation complet et structuré quon appelle évaluation initiale des délinquants (EID). Ce processus, quon a commencé à utiliser en 1994, consiste à recueillir et à analyser des renseignements sur les antécédents criminels, la vie personnelle, létat de santé mentale, léducation, la toxicomanie, la vie sociale, lattitude et un certain nombre dautres facteurs permettant de déterminer le risque criminel que présente le délinquant et de déterminer ses besoins.
Depuis la mise en vigueur de lEID, toutes les évaluations effectuées ont été versées dans la base de données automatisée du Service correctionnel du Canada, le Système de gestion des détenus (SGD). À ce jour, cette base de données contient près de 6 000 évaluations. Comme la fait remarquer Motiuk (1997), « Le nouveau système pourrait accroître les taux de mise en liberté, dans la mesure où lon pourrait caractériser les délinquants présentant un faible risque de récidive au début de la peine et, ainsi, réduire les coûts dincarcération et répondre aux besoins des délinquants de façon plus humaine. » (p.18)
Le processus dEID commence par une collecte de tous les renseignements pertinents tirés, entre autres, des dossiers des antécédents criminels, des rapports de police, des transcriptions des témoignages, des dossiers de la Couronne, des commentaires des juges, des rapports présentenciels et des déclarations des victimes. Au total, environ 200 indicateurs de risque et de besoins sont pris en considération pour lévaluation de chaque cas. On examine aussi tous les antécédents du délinquant, y compris ses caractéristiques personnelles, linfluence des autres, les facteurs conjoncturels et les conditions du milieu (Motiuk, 1997). Tout ce processus sert de base pour le placement pénitentiaire et garantit que la cote de sécurité nest pas attribuée de façon arbitraire ou aléatoire.
Pour les besoins de la présente étude, on a comparé des délinquantes dites « à sécurité moyenne » à des délinquantes dites « à sécurité maximale » selon divers critères : le risque (risque pour la sécurité et risque dévasion), les besoins liés aux facteurs criminogènes et les possibilités de suicide. Pour ce faire, on a extrait du Système de gestion des détenus (SGD) toutes les données sur les délinquantes purgeant une peine fédérale.
Les données ont été extraites le 14 janvier 1997. À cette date, le SGD renfermait des renseignements partiels sur environ 300 délinquantes. Le classement par niveau de sécurité était indiqué pour 212 délinquantes : 34 p. 100 (72) avaient la cote « à sécurité minimale », 49 p. 100 (103) « à sécurité moyenne, et les autres, soit 17 p. 100 (37), « à sécurité maximale ». Il convient de noter que les cotes de sécurité des délinquantes sont inférieures, dans lensemble, à celles qui sont attribuées aux délinquants (Blanchette & Motiuk, 1997).
Les données extraites du SGD provenaient principalement de lEID. Le processus dévaluation initiale se compose de deux éléments majeurs : lévaluation du risque criminel (ERC) et lidentification et lanalyse des besoins (IAB). En outre, lEID comprend une évaluation du risque de suicide effectuée au moyen de neuf indicateurs. Ces composantes seront décrites en détail dans les pages qui suivent.
Au moyen dune série danalyses statistiques, on a établi des comparaisons entre les délinquantes à sécurité moyenne et les délinquantes à sécurité maximale. Plus précisément, on a comparé ces deux groupes par rapport aux facteurs suivants : âge et race, antécédents criminels et risque pour la sécurité, sept catégories de besoins associées à de multiples indicateurs, et risque de suicide. On disposait de données démographiques pour la totalité des délinquantes, de données sur le niveau de risque et de besoins pour la majorité (94 p. 100) de léchantillon, et de données complètes issues de lEID pour seulement 70 p. 100 des délinquantes à sécurité moyenne et 65 p. 100 des délinquantes à sécurité maximale. Les résultats de ces analyses sont présentés dans les sections qui suivent.
Les délinquantes à sécurité maximale étaient nettement plus jeunes que les délinquantes à sécurité moyenne. Les premières avaient entre 21 et 45 ans, pour une moyenne de 28,7 ans. Les autres avaient entre 20 et 63 ans, pour une moyenne de 34,2 ans. Cette différence est statistiquement fiable (p<0,001).
Fait intéressant, il y avait une plus grande proportion de femmes autochtones dans le groupe des délinquantes à sécurité maximale (41 p. 100) que dans lautre groupe (16 p. 100). Les analyses statistiques ont confirmé que cette différence est fiable.
C'est lévaluation du risque criminel, une des composantes de lEID, qui fournit des renseignements précis sur les infractions antérieures des délinquantes et les infractions qui ont donné lieu à la peine actuelle. Cette évaluation est fondée principalement sur les antécédents criminels. En outre, le rapport sur le profil criminel peut renfermer des renseignements supplémentaires sur tout autre détail relatif aux facteurs de risque. Grâce à toutes ces données, on obtient le niveau de risque global que présente chaque délinquant à son admission dans un établissement fédéral.
Dans le SGD, on a pu obtenir le niveau de risque global de 93 des délinquantes à sécurité moyenne : la majorité dentre elles (56 p. 100) présentaient un risque moyen, 27 p. 100 un risque élevé, et moins dun cinquième (17 p. 100) un faible risque. La grande majorité (77 p. 100) des délinquantes à sécurité maximale présentaient un risque élevé, une minorité (23 p. 100) un risque moyen, et aucune délinquante nétait considérée comme présentant un faible risque. Les analyses statistiques ont révélé que les différences entre les deux groupes de léchantillon sont hautement fiables (p<0,001).
Fait intéressant, environ 23 p. 100 des délinquantes à sécurité moyenne purgeaient une peine de longue durée (dix ans ou plus), comparativement à 29 p. 100 des délinquantes de lautre groupe. Cette différence nest pas statistiquement significative, ce qui donne à penser que le niveau de risque et la cote de sécurité ne sont pas déterminés en fonction de la durée de la peine. Pour ce qui est des infractions à lorigine de lincarcération, la majorité (62 p. 100) des délinquantes à sécurité maximale purgeaient une peine pour voies de fait avec violence ou vol qualifié, ce qui nétait le cas que pour moins de la moitié (46 p. 100) des délinquantes à sécurité moyenne. Cette différence est statistiquement fiable (p<0,01).
Les analyses ont également révélé des différences fiables entre les deux groupes par rapport à divers facteurs de risque liés aux antécédents criminels. En général, les délinquantes à sécurité maximale avaient commencé leur carrière criminelle à un plus jeune âge, plus de la moitié (54 p. 100) dentre elles ayant déjà été condamnées par un tribunal pour adolescents, par rapport à moins du tiers (30 p. 100) des délinquantes à sécurité moyenne. Fait intéressant, on na toutefois décelé aucune différence statistiquement fiable entre les deux groupes relativement aux condamnations antérieures imposées par un tribunal pour adultes. Le tableau 1 présente la répartition en pourcentage de certains indicateurs dantécédents criminels.
Tableau 1 Indicateurs dantécédents criminels pour les délinquantes à sécurité moyenne et les délinquantes à sécurité maximale
| Sécurité moyenne (n=72) | Sécurité maximale (n=24) | |
|---|---|---|
| Peines antérieures - tribunal pour adolescents* | 30 % | 54 % |
| Surveillance communautaire* | 16 % | 41 % |
| Garde en milieu ouvert* | 15 % | 39 % |
| Garde en milieu fermé* | 15 % | 39 % |
| Peines antérieures - tribunal pour adultes | 62 % | 79 % |
| Surveillance communautaire | 48 % | 71 % |
| Peine provinciale | 45 % | 67 % |
| Peine fédérale | 20 % | 29 % |
| Total (adolescents/adultes) | 70 % | 88 % |
| 24 % | 48 % | |
| Autres antécédents : Évasion/IEL* | 12 % | 29 % |
| Autres antécédents : Échec de la mise en liberté sous condition | 25 % | 38 % |
| Autres antécédents : Moins de six mois depuis la dernière incarcération | 15 % | 17 % |
Note 1 : tests de chi carré; *p<0,05
Note 2 : IEL = illégalement en liberté
Il convient de noter que les délinquantes à sécurité maximale étaient deux fois plus susceptibles que les délinquantes de lautre groupe davoir été placées en isolement pour des motifs disciplinaires, et aussi beaucoup plus susceptibles que les autres de sêtre évadées ou davoir été illégalement en liberté.
LIAB, une des composantes de lEID, consiste à déterminer les besoins des délinquantes qui sont liés aux facteurs criminogènes. Plus précisément, il sagit dexaminer divers aspects de la personnalité et de la vie du délinquant; les données sont regroupées dans sept domaines de besoins, chacun étant associé à de multiples indicateurs : lemploi (35 indicateurs), les relations conjugales et familiales (31 indicateurs), les fréquentations et les interactions sociales (11 indicateurs), la toxicomanie (29 indicateurs), la vie sociale (21 indicateurs), la vie personnelle et affective (46 indicateurs) et lattitude générale (24 indicateurs). On trouvera en annexe une liste complète des indicateurs associés à chaque domaine de besoins.
LIAB permet de définir les besoins des délinquants dans chacun des domaines. Ainsi, les besoins sont classés dans lune des quatre catégories suivantes : « atout pour la réinsertion sociale » (ne sapplique pas aux domaines « toxicomanie» et « vie personnelle et affective »), « aucun besoin damélioration », « besoin modéré damélioration », « besoin considérable damélioration ». Ce sont les agents de gestion des cas qui effectuent le classement des besoins, après avoir examiné soigneusement tous les indicateurs de lIAB, les évaluations psychologiques, les observations sur le comportement du délinquant et les évaluations supplémentaires. On a obtenu dans le SGD le niveau global de besoins de 94 délinquantes à sécurité moyenne et de toutes (37) les délinquantes à sécurité maximale.
Pour la présente étude, les quatre catégories mentionnées ci-dessus ont été réduites à deux catégories (indiquant la présence ou labsence de besoins). Le tableau 2 présente la répartition des besoins, en pourcentage, selon le niveau de sécurité.
Tableau 2 Besoins des délinquantes à sécurité moyenne et des délinquantes à sécurité maximale identifiés au moment de leur admission
| Type de besoin | Sécurité moyenne(n = 94) | Sécurité maximale (n = 37) |
|---|---|---|
| Emploi ** | 72,3 % | 97,2 % |
| Relations conjugales et familiales* | 78,7 % | 94,4 % |
| Fréquentations | 81,9 % | 86,1 % |
| Toxicomanie* | 67,0 % | 86,1 % |
| Vie sociale* | 75,5 % | 94,4 % |
| Vie personnelle et affective | 92,6 % | 97,2 % |
| Attitude générale *** | 23,4 % | 75,0 % |
Note : tests de chi carré* p<0,05; **p<0,01; ***p<0,001
Comme le montre le tableau 2, les deux groupes de délinquantes éprouvent des difficultés dans plusieurs domaines. Cependant, on a constaté des différences statistiquement fiables entre les deux groupes dans cinq des sept domaines. En outre, dans chaque cas, ce sont les délinquantes à sécurité maximale qui ont plus de besoins, en particulier dans le domaine « attitude générale », où la majorité dentre elles éprouvent des difficultés, par rapport à moins du quart des délinquantes à sécurité moyenne.
On a également fait une comparaison au niveau des indicateurs associés à chaque domaine afin dobtenir une analyse plus précise de la nature exacte des différences entre les deux groupes de délinquantes. Comme on la déjà mentionné, on ne disposait pas de données sur les indicateurs des domaines de besoins pour lensemble de léchantillon.
Parmi les quelque 200 comparaisons par paire qui ont été effectuées, près de la moitié ont donné des résultats statistiquement fiables. Fait encore plus important, dans chaque cas sauf un, les délinquantes à sécurité maximale étaient plus susceptibles que celles de lautre groupe davoir un score négatif. Même si cest dans le domaine de la « toxicomanie » quon retrouvait le plus grand nombre dindicateurs révélant une différence entre les deux groupes de délinquantes, cest dans le domaine « attitude générale » que les différences étaient les plus significatives.
Le tableau 3 présente lensemble des résultats statistiquement fiables quon a obtenus de ces comparaisons. Soulignons cependant que toutes les comparaisons entre les deux groupes ont révélé que les délinquantes à sécurité maximale étaient plus susceptibles dobtenir des scores négatifs.
Tableau 3 Indicateurs de besoins évalués par le processus dévaluation initiale et révélant des différences fiables entre les délinquantes à sécurité moyenne et les délinquantes à sécurité maximale
| Emploi | Moyenne (n = 72) | Maximale (n = 24) |
|---|---|---|
| Moins que la huitième année** | 13,7 % | 41,7 % |
| Moins que la dixième année** | 35,6 % | 70,8 % |
| Difficulté dapprentissage*** | 15,5 % | 58,3 % |
| Problèmes de concentration** | 21,1 % | 50,0 % |
| Difficulté à calculer* | 17,1 % | 39,1 % |
| Difficulté à comprendre des instructions* | 5,6 % | 21,7 % |
| Insatisfaite de la spécialité, du métier ou de la profession* | 55,6 % | 83,3 % |
| Sans emploi à larrestation* | 78,1 % | 95,8 % |
| Sans emploi à 90 % ou plus** | 42,5 % | 79,2 % |
| Sans emploi à 50 % ou plus* | 65,8 % | 91,7 % |
| A été licenciée* | 19,4 % | 0,0 % |
| Relations conjugales/familiales | Moyenne (n = 72) | Maximale (n = 24) |
| Autres relations négatives avec des proches durant lenfance** | 23,2 % | 54,6 % |
| Fréquentations/interactions socialess | Moyenne (n = 72) | Maximale (n = 24) |
| Se tient avec des toxicomanes* | 64,8 % | 87,0 % |
| Beaucoup de fréquentations avec des délinquants* | 56,3 % | 82,6 % |
| A en majorité des amis délinquants** | 28,6 % | 60,9 % |
| Demeure dans un quartier à caractère criminogène* | 30,0 % | 55,0 % |
| Toxicomanie | Moyenne (n = 72) | Maximale (n = 24) | A commencé à boire très jeune* | 38,4 % | 66,7 % |
| Boit régulièrement* | 28,6 % | 52,2 % |
| Consommation abusive à loccasions** | 36,6 % | 66,7 % |
| A consommé de lalcool et des drogues ensembles* | 37,5 % | 62,5 % |
| Consommation abusive durant les loisirs* | 33,8 % | 60,9 % |
| Consommation abusive lors dactivités sociales* | 31,9 % | 60,9 % |
| Boit pour se libérer du stress* | 41,7 % | 65,2 % |
| Le fait de boire nuit à lemploi* | 19,7 % | 41,7 % |
| Boire nuit aux relations conjugales ou familiales** | 31,0 % | 60,9 % |
| Boire nuit à la vie sociale* | 26,8 % | 52,2 % |
| Boire nuit à la santé* | 20,8 % | 43,5 % |
| A commencé à consommer des drogues très jeune** | 39,7 % | 75,0 % |
| Consomme des drogues régulièrement** | 36,1 % | 66,7 % |
| Consommation de drogues excessive à loccasion** | 38,4 % | 75,0 % |
| A consommé différentes drogues en même temps* | 38,9 % | 62,5 % |
| Consommation de drogues durant les loisirs* | 43,8 % | 70,8 % |
| Consommation de drogues lors dactivités sociales* | 45,2 % | 73,9 % |
| Consomme des drogues pour se libérer du stress* | 50,7 % | 79,2 % |
| La consommation de drogues nuit à lemploi*** | 22,2 % | 58,3 % |
| La consommation de drogues nuit aux relations conjugales ou familiales* | 44,4 % | 69,6 % |
| La consommation de drogues nuit à la vie sociale* | 40,3 % | 65,2 % |
| La consommation de drogues nuit à la santé* | 33,3 % | 60,9 % |
| Vie sociale | Moyenne (n = 72) | Maximale (n = 24) |
| Changements fréquents de logement* | 45,8 % | 70,8 % |
| Logement mal entretenu* | 12,7 % | 35,0 % |
| Pas de compte en banque* | 53,9 % | 81,0 % |
| Pas de bien(s) donné(s) en nantissement* | 68,6 % | 90,9 % |
| Problèmes de communication écrite* | 4,2 % | 16,7 % |
| Évaluation antérieure pour fonctionnement communautaire* | 8,8 % | 27,3 % |
| Vie personnelle/affective | Moyenne (n = 72) | Maximale (n = 24) |
| Les liens familiaux sont problématiques* | 45,8 % | 69,6 % |
| Difficulté à résoudre des problèmes interpersonnels** | 54,2 % | 87,5 % |
| Établit des objectifs irréalistes** | 12,7 % | 37,5 % |
| Na pas de considération pour les autres** | 18,3 % | 50,0 % |
| Impulsive* | 69,4 % | 91,7 % |
| Agressive** | 35,2 % | 70,8 % |
| Problème de contrôle du stress* | 65,3 % | 91,7 % |
| Difficulté à résoudre des situations conflictuelles* | 66,7 % | 91,7 % |
| Gère mal le temps*** | 9,9 % | 40,9 % |
| A une tolérance limitée aux frustrations* | 42,3 % | 66,7 % |
| Problème dhostilité** | 27,8 % | 58,3 % |
| Amatrice de sensations fortes* | 22,9 % | >50,0 % |
| Peu consciencieuse* | 11,4 % | 29,2 % |
| Manipulatrice* | 27,1 % | 50,0 % |
| Attitude sexuelle problématique** | 4,4 % | 22,7 % |
| Participation aux programmes dans le passé* | 29,6 % | 58,3 % |
| Attitude générale | Moyenne (n = 72) | Maximale (n = 24) |
| Perception négative face aux lois*** | 14.1% | 54.2% |
| Perception négative envers la police*** | 11.8% | >45.8% |
| Perception négative envers les tribunaux** | 19.1% | 45.8% |
| Perception négative envers le système correctionnel*** | 12.9% | 56.5% |
| Perception négative face à la surveillance communautaire*** | 6.0% | 41.7% |
| Perception négative envers la réadaptation*** | 1.4% | 33.3% |
| Le travail na pas de valeur** | 5.6% | 26.1% |
| Valorise la toxicomanie*** | 18.3% | 54.2% |
| Les compétences psychosociales nont pas de valeur* | 4.2% | >20.8% |
| Peu de respect à légard de la propriété privée* | 5.6% | 20.8% |
| Encourage la violence instrumentale** | 10.0% | 37.5% |
| Manque de but** | 36.6% | 70.8% |
| Anticonformiste*** | 28.2% | 70.8% |
Note: test de chi carré; * p<0,05; **p<0,01; ***p<0,001.
Pour onze des 35 indicateurs du domaine de lemploi, on a constaté une différence fiable entre les deux groupes. Les résultats montrent clairement que les délinquantes à sécurité moyenne étaient plus instruites et avaient moins de difficultés dapprentissage que les délinquantes de lautre groupe. Les indicateurs liés au travail ont révélé aussi une différence entre les deux groupes, les délinquantes à sécurité maximale connaissant plus de problèmes. Il est intéressant de constater quun des indicateurs, « a été licenciée », sappliquait à près de 20 p. 100 des délinquantes à sécurité moyenne, mais à aucune des délinquantes à sécurité maximale. Soulignons, toutefois, que la majorité de ces dernières avaient été sans emploi plus de 90 p. 100 du temps, ce qui nétait pas le cas pour les délinquantes à sécurité moyenne, celles-ci ayant donc plus de possibilités dêtre licenciées.
Dans le domaine des relations conjugales et familiales, on a constaté une différence fiable entre les deux groupes pour un seul des 31 indicateurs. Ainsi, les délinquantes à sécurité maximale étaient presque deux fois plus susceptibles que les délinquantes de lautre groupe davoir eu des relations négatives avec des membres de la famille (autres que les parents et les frères et soeurs) durant leur enfance. Même si la répartition des pourcentages dans les autres indicateurs associés à ce domaine montrait que les délinquantes à sécurité maximale avaient plus de problèmes que les délinquantes de lautre groupe, ces résultats nétaient pas statistiquement fiables. Souvenons-nous toutefois que la comparaison globale des deux groupes de délinquantes dans ce domaine de besoins a donné une différence significative (voir tableau 2), ce qui donne à penser que même si les différences entre les deux groupes, pour chacun des indicateurs, ne sont pas significatives, elles ont un effet cumulatifqui entraîne une différence statistiquement significative dans le domaine de besoins.
La majorité des délinquantes des deux groupes fréquentaient des personnes qui consomment de lalcool ou de la drogue et des délinquants, mais il y avait 25 p. 100 de plus de délinquantes à sécurité maximale qui le faisaient. En outre, les délinquantes de ce niveau de sécurité étaient plus susceptibles davoir des amis délinquants et de demeurer dans un quartier criminogène. Ces deux indicateurs ne sappliquaient quà moins dun tiers des délinquantes à sécurité moyenne, qui ont donc des besoins beaucoup moins élevés à ces égards.
En ce qui a trait à la toxicomanie, on a constaté une différence significative entre les deux groupes de délinquantes dans vingt-deux des vingt-neuf indicateurs. Dans chaque cas, lindicateur sappliquait à une plus grande proportion des délinquantes à sécurité maximale. Par exemple, ces dernières étaient presque deux fois plus susceptibles de consommer de lalcool ou de la drogue de façon régulière. De plus, leur consommation dalcool ou de drogue avait plus souvent des effets nuisibles sur divers aspects de leur vie, comme les relations conjugales ou familiales, la vie sociale, la santé et lemploi.
De la même façon, les indicateurs liés à la vie sociale montraient que les délinquantes à sécurité maximale, par rapport à lautre groupe, avaient plus de besoins dans ce domaine. Presque toutes ces femmes navaient aucun bien en nantissement et aucun compte en banque, et plus de 70 p. 100 avaient changé souvent de logement avant leur admission au pénitencier. En outre, plus dun tiers des délinquantes à sécurité maximale avaient déjà fait lobjet dune enquête communautaire, par rapport à moins de 10 p. 100 des délinquantes à sécurité moyenne.
Au moment de ladmission, plus de la moitié des délinquantes à sécurité maximale avaient été jugées hostiles, manipulatrices, amatrices de sensations fortes, agressives et ayant une faible tolérance aux frustrations ou peu de considération pour les autres. Ces caractéristiques ne sappliquaient quà 18 à 35 p. 100 des délinquantes à sécurité moyenne. Les stratégies dadaptation représentaient aussi un problème pour les délinquantes à sécurité maximale, qui avaient plus de besoins que les autres dans des domaines comme le contrôle du stress, la résolution des situations conflictuelles et la gestion du temps.
Les indicateurs liés au domaine de lattitude générale ont révélé des différences encore plus grandes entre les deux groupes. Environ la moitié des délinquantes à sécurité maximale avaient une attitude négative à légard des lois, de la police, du système correctionnel, de la surveillance communautaire et de la réadaptation, ce qui nétait vrai que pour environ 10 à 15 p. 100 des délinquantes à sécurité moyenne. Les délinquantes du premier groupe étaient aussi plus susceptibles que ces dernières de nier la valeur des compétences psychosociales et du travail; plus de la moitié valorisaient la toxicomanie, par rapport à moins dun cinquième des délinquantes à sécurité moyenne, ce qui tend à renforcer les autres conclusions liées aux domaines de lemploi et de la toxicomanie.
Les neuf indicateurs évalués par le processus dévaluation initiale sont : 1) est sous leffet dalcool ou de drogues ou présente des symptômes de manque, 2) montre des signes de dépression, 3) a exprimé son intention de se suicider, 4) a des projets de suicide, 5) a des tendances suicidaires, 6) a déjà tenté de se suicider, 7) a bénéficié récemment dune intervention psychiatrique ou psychologique, 8) a vécu récemment une rupture ou la mort dun parent proche, 9) est excessivement préoccupé par des problèmes.
Les comparaisons effectuées entre les deux groupes de délinquantes pour tous les indicateurs de risque de suicide ont révélé que les délinquantes à sécurité maximale risquaient davantage de se suicider que les délinquantes à sécurité moyenne. Bien que seulement environ 12 p. 100 des femmes des deux groupes aient été catégorisées, au moment de ladmission, comme ayant des « tendances suicidaires », environ 25 p. 100 des délinquantes à sécurité maximale avaient exprimé leur intention de se suicider, par rapport à seulement une délinquante de lautre groupe. Cette différence est statistiquement fiable (p<0,001). Environ 35 p. 100 des délinquantes à sécurité maximale montraient des signes de dépression au moment de leur admission, par rapport à moins de 10 p. 100 des délinquantes de lautre groupe. Les analyses ont révélé que cette différence est statistiquement fiable (p<0,01).
Une très grande proportion (71 p. 100) des délinquantes à sécurité maximale avaient déjà tenté de se suicider, comparativement à environ un tiers (42 p. 100) des femmes de lautre groupe (p<0,05). En conséquence, 57 p. 100 des délinquantes du premier groupe avaient bénéficié récemment dune intervention psychiatrique ou psychologique, par rapport à moins dun tiers des délinquantes à sécurité moyenne (p<0,05).
Pour ce qui est des quatre autres indicateurs, ils sappliquaient dans une plus grande proportion aux délinquantes à sécurité maximale, mais les différences nétaient pas statistiquement fiables.
Au moment de ladmission, on détermine le niveau global des besoins de chaque délinquante (besoins faibles, besoins moyens, besoins élevés). Comme pour lévaluation du risque criminel (niveau de risque global), les résultats ont montré quaucune des délinquantes à sécurité maximale navait été classée dans la catégorie « besoins faibles ». Une minorité (14 p. 100) avait reçu la cote « besoins moyens », et la majorité (86 p. 100) la cote « besoins élevés ».
En tant que groupe, les délinquantes à sécurité moyenne avaient été jugées comme ayant des besoins plus faibles que les délinquantes de lautre groupe. Les cotes se répartissaient ainsi : 18 p. 100 « besoins faibles », 39 p. 100 « besoins moyens », et 43 p. 100 « besoins élevés ».
Comme on la mentionné au début du présent rapport, lévaluation initiale établit un niveau global de risque et de besoins pour faciliter le placement pénitentiaire, la gestion correctionnelle et la surveillance. Le tableau 4 présente une répartition en pourcentage des niveaux globaux de risque et de besoins pour les délinquantes à sécurité moyenne et les délinquantes à sécurité maximale de léchantillon.
Tableau 4 Répartition en pourcentage des niveaux globaux de risque et de besoins au moment de ladmission
| NIVEAU DE RISQUE ET DE BESOINS | Délinquantes à sécurité moyenne | Délinquantes à sécurité maximale | ||
|---|---|---|---|---|
| # | % | # | % | |
| Risque faible/besoins faibles | 11 | 11,8 % | 0 | 0,0 % |
| Risque faible/besoins moyens | 5 | 5,4 % | 0 | 0,0 % |
| Risque faible/besoins élevés | 0 | 0,0 % | 0 | 0,0 % |
| Sous-total | 16 | 17,2 % | 0 | 0,0 % |
| Risque moyen/besoins faibles | 5 | 5,4 % | 0 | 0,0 % |
| Risque moyen/besoins moyens | 23 | 24,7 % | 4 | 11,4 % |
| Risque moyen/besoins élevés | 24 | 25,8 % | 4 | 11,4 % |
| Sous-total | 52 | 55,9 % | 8 | 22,8 % |
| Risque élevé/besoins faibles | 1 | 1,1 % | 0 | 0,0 % |
| Risque élevé/besoins moyens | 8 | 8,6 % | 1 | 2,9 % |
| Risque élevé/besoins élevés | 16 | 17,2 % | 26 | 74,3 % |
| Sous-total | 25 | 26,9 % | 62 | 77,2 % |
Note : p< 0,001
Comme le montre le tableau 4, une écrasante majorité de délinquantes à sécurité maximale avaient reçu la cote « élevé », tant pour le risque que pour les besoins. Cependant, les délinquantes à sécurité moyenne se retrouvaient surtout dans la catégorie « moyen » pour le risque, et dans les catégories « moyen » ou « élevé » pour les besoins. Ces données concordent avec les conclusions présentées dans les sections « évaluation du risque criminel » et « identification et analyse des besoins ».
Lenquête dont nous avons présenté les conclusions dans le présent document a été catalysée par une enquête antérieure dans laquelle on avait comparé les délinquantes et les délinquants à sécurité maximale (Blanchette & Motiuk, 1997). Cette étude avait montré que les délinquants des deux sexes présentaient un niveau élevé de risque et de besoins. Plus précisément, les comparaisons entre les sexes avaient donné peu de différences statistiquement fiables. Par opposition, la présente enquête a révélé de nombreuses différences statistiquement fiables entre les deux groupes de délinquantes sur le plan du risque et des besoins, ce qui démontre lhétérogénéité des groupes de délinquantes selon la cote de sécurité qui leur a été attribuée.
Les résultats de notre étude ont montré que les délinquantes à sécurité maximale présentent un risque plus élevé que les délinquantes à sécurité moyenne. Cette affirmation se vérifie en particulier dans les domaines des condamnations antérieures imposées par un tribunal pour adolescents, de ladaptation au milieu carcéral (isolement pour raisons disciplinaires, tendances suicidaires) et du risque dévasion. Les différences entre les deux groupes dans les indicateurs liés aux suicide peuvent avoir des conséquences pour les délinquantes : on a en effet démontré que lautomutilation est liée à la récidive générale et à la récidive violente chez les délinquantes (Bonta, Pang, & Wallace-Capretta, 1995; Blanchette & Motiuk, 1995).
Bien que la majorité des délinquantes aient de grands besoins dans de nombreux domaines, les délinquantes à sécurité maximale ont plus de besoins et un niveau global de besoins plus élevé que les délinquantes de lautre groupe. On a remarqué des différences statistiquement fiables entre les deux groupes dans le niveau global de besoins lié à cinq des sept domaines.
Lanalyse des indicateurs de besoins a révélé, en particulier, une différence importante entre les deux groupes de délinquantes dans le domaine de lattitude générale. Environ la moitié des délinquantes à sécurité maximale ont des attitudes négatives à légard des lois, de la police, des tribunaux, du système correctionnel, de la surveillance communautaire et de la réadaptation. Très peu de délinquantes à sécurité moyenne ont ce genre dattitude. Limportance de cette donnée est soulignée dans des études antérieures où lon a constaté que les attitudes antisociales sont étroitement liées au comportement criminel (Andrews & Bonta, 1994).
Les analyses ont aussi montré des différences entre les deux groupes dans le domaine de la toxicomanie. Les problèmes de drogue et dalcool sont plus fréquents et plus graves chez les délinquantes à sécurité maximale. Ce résultat est significatif, puisque la toxicomanie a été associée aux difficultés dadaptation aux maisons de transition (Mocyzydlowski, 1980) et à la récidive (Lambert & Madden, 1975). Ces résultats montrent quil est urgent doffrir des programmes intensifs structurés de traitement de la toxicomanie aux délinquantes sous responsabilité fédérale, en particulier aux délinquantes à sécurité maximale.
Les résultats qui montrent des différences non significatives entre les deux groupes ont aussi dimportantes connotations. Par exemple, il ny a pas de différences significatives sur le plan des condamnations antérieures imposées par un tribunal pour adultes et de la durée des peines. Il faut aussi remarquer que le domaine « vie personnelle et affective » contient plusieurs indicateurs qui concernent la stabilité émotive et laanté mentale (voir lannexe). Aucune différence significative na été constatée entre les deux groupes dans ces variables. Ce résultat donne à penser que la cote de sécurité nest pas attribuée aux délinquantes en fonction de ces variables prises isolément. On constate aussi que la cote « sécurité maximale » nest pas attribuée en fonction de la maladie, bien quil y ait énormément de besoins en matière de santé mentale dans le système (Blanchette, 1996).
Bien quil faille être prudent dans linterprétation des résultats de notre étude, en raison de certains problèmes mineurs liés à la méthode (taille des cellules, applicabilité des diverses variables à une grande proportion de léchantillon), ces résultats mettent en lumière certaines différences fondamentales entre les délinquantes à sécurité maximale et les délinquantes à sécurité moyenne. Nos analyses démontrent que les premières ont un niveau de risque et de besoins plus élevé.
Il est essentiel de rappeler que lEID est un processus complet et structuré qui tient compte dune grande variété de facteurs en vue du placement pénitentiaire. En outre, le niveau global de risque et de besoins repose sur lévaluation de plusieurs variables. La répartition en pourcentage de ces niveaux globaux de risque et de besoins montre des différences entre les deux groupes de délinquantes et laisse croire que le Service réussit à attribuer une cote de sécurité aux délinquantes dune manière équitable, tout en gérant le risque de façon appropriée.
Andrews, D. et Bonta, J. (1994). The Psychology of Criminal Conduct. Cincinnati: Anderson Publishing Co.
Blanchette, K. (1996). The Relationships Between Criminal History, Mental Disorder, and Recidivism Among Federally Sentenced Female Offenders. Thèse de maîtrise inédite, Carleton University, Ottawa.
Blanchette, K. et Motiuk, L.L. (1995). Female Offender Risk Assessment: The Case Management Strategies Approach. Communication présentée à la convention annuelle de la Société canadienne de psychologie, Charlottetown, Î.-P.-É.
Blanchette, K. et Motiuk, L.L. (1997). Détenus à sécurité maximale sous responsabilité fédérale: Comparison entre les sexes. Rapport de recherche R-47. Ottawa, Service correctionnel du Canada.
Bonta, J., Pang, B. et Wallace-Capretta, S. (1995). Predictors of recidivism among incarcerated female offenders. The Prison Journal, 75 (3), p. 227-293.
Lambert, L. R. et Madden, P. G. (1975). Adult Female Offenders Before-During-After Incarceration: Summary, Conclusions and Recommendations. Ministère des Services correctionnels de lOntario.
Luciani, F., Motiuk, L.L. et Nafekh, M. (1996). Examen opérationnel de la fiabilité, de la validité et de lutilité pratique de léchelle de classement par niveau de sécurité. Rapport de recherche R-47. Ottawa, Service correctionnel du Canada.
Mocyzdlowski, K. (1980). Predictions of success in a correctional halfway house for youthful and adult offenders. Corrective and Social Psychiatry and Journal of Behaviour Technology and Methods and Therapy, 26, p. 59-72.
Motiuk, L.L. (1997). Système de classification des programmes correctionnels : processus dévaluation initiale des délinquants, Forum - Recherche sur lactualité correctionnelle, Vol. 9, No 1, p. 18 à 22.
Shaw, M. et Dubois, S. (1995). Comprendre la violence exercée par des femmes : Un examen de la documentation. Ottawa, Service correctionnel du Canada.
U.S. Department of Justice (1983). Prisoners and alcohol. Bureau of Justice Statistics Bulletin.