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Par:
Fred J. Boland, Katherine Henderson, &
Jan Baker
Queen's University
Mars 1998
Les deux tiers des délinquants environ ont un problème dalcool ou de drogue. Cette proportion élevée, ainsi que des données provenant dautres sources, indique quil existe une forte relation entre la toxicomanie et la perpétration de divers types de crimes. La nature précise de cette relation nest pas encore connue; toutefois, on souscrit généralement à lidée que le traitement efficace de la toxicomanie permet de réduire la criminalité.
Comme les détenus qui ont un problème de toxicomanie constituent un groupe hétérogène et sont différents sur bien des plans, il faut procéder à une évaluation afin de déterminer leurs besoins particuliers, de leur offrir un traitement pouvant répondre à ces besoins et de gérer le risque quils présenteront lorsquils seront libérés. En outre, il est nécessaire de créer une base de données qui servira à la recherche et à dautres fins.
On peut diviser les outils dévaluation de la toxicomanie en quatre grandes catégories : dabord, les outils de dépistage, dont la principale fonction est de déterminer sil existe ou non un problème; ensuite, les outils plus détaillés, qui permettent de préciser la nature du problème (p. ex., en évaluant sa gravité); les outils particuliers, qui sont utiles pour établir des objectifs de traitement et de prévention de la rechute, ainsi que pour évaluer, après un traitement, les progrès réalisés; enfin, les outils approfondis, qui permettent dévaluer non seulement les habitudes et la fréquence de consommation, mais aussi le fonctionnement du répondant dans de nombreux autres domaines. Ces outils dévaluation approfondis peuvent servir à plusieurs fins, notamment à déceler la présence de besoins multiples, à déterminer le traitement approprié et à créer une base de données qui sera utile pour la recherche et pour dautres usages. Le Questionnaire informatisé sur le mode de vie (QIMV) entre dans cette catégorie.
Au cours de notre examen, nous avons constaté quil existe plusieurs outils de dépistage qui peuvent être administrés assez rapidement et qui donnent des résultats satisfaisants, comme lAUDIT, le CAGE, lACI et le MAST. Cependant, la fonction des outils de dépistage est de repérer les personnes qui devraient être soumises à une évaluation plus approfondie; étant donné que tous les délinquants admis dans un pénitencier fédéral sont évalués au moyen du QIMV, lutilisation dun outil de dépistage serait superflue.
Notre examen nous a aussi permis de relever plusieurs outils qui savèrent très efficaces pour évaluer la gravité des problèmes de toxicomanie, dont le LDH, le SADD, le SADQ, le TDEA et le TDAD. Lanalyse a montré que le TDEA et le TDAD, qui font partie intégrante du QIMV utilisé par le SCC, sont aussi bons, sinon meilleurs, sur les plans de la fidélité, de la validité et dautres facteurs, que tous les outils comparables. Par conséquent, nous ne recommandons aucun changement.
Nous avons également constaté quil existe dexcellents instruments dans la catégorie des outils approfondis, comme lASI, lAUI, le CDAP et le QIMV. Au moins un dentre eux, lASI - qui en est à sa cinquième édition -, est utilisé sur une grande échelle. Tous les outils de cette catégorie possèdent généralement de bonne propriétés psychométriques. En ce qui concerne le nombre de questions, le QIMV est peut-être le plus complet, et nous navons trouvé aucune bonne raison de proposer quon le remplace par un autre outil.
En fait, le QIMV permet de dépister le problème, dévaluer de façon détaillée la nature du problème (au moyen du TDEA et du TDAD) et de déterminer la présence dautres problèmes dans de nombreux domaines (santé, vie sociale, etc.). On peut aussi sen servir pour la planification du traitement. Enfin, il permet de constituer une base de données - qui est déjà très étendue - sur les délinquants sous responsabilité fédérale. Ajoutons que la présentation informatisée est ce qui se fait de mieux et est bien acceptée par les délinquants. Le retour dinformation qui est fourni immédiatement aux délinquants et les nombreux renseignements qui sont communiqués aux agents de gestion des cas constituent des atouts qui sont propres au QIMV.
Lune des rares faiblesses de cet instrument est quil ne permet pas de dépister les déficits neurologiques. À cet égard, le SCC pourrait envisager davoir recours à certains tests neuropsychologiques informatisés qui sharmoniseraient avec la présentation du QIMV, comme le Wisconsin Card Sorting Test (classification catégorielle de cartes). Les toxicomanes, plus particulièrement ceux qui ont un problème dalcool grave, ont souvent des déficits neurologiques susceptibles de limiter les effets positifs du traitement. Il peut être important de déceler ces déficits afin de déterminer le type de traitement qui conviendra le mieux. Ce genre doutil de dépistage, de concert avec les autres instruments utilisés régulièrement par le SCC, pourrait aussi permettre de repérer les délinquantes enceintes qui sont susceptibles de donner naissance à un enfant atteint du syndrome dalcoolisme foetal (Boland, 1998), à qui on pourrait offrir un programme spécial.
Pour ce qui est des outils qui permettent détablir des objectifs de traitement, nous avons constaté que plusieurs dentre eux pourraient être intégrés aux programmes de traitement de la toxicomanie du SCC. Certains dentre eux, comme lIDS et lIDTS - qui évaluent les situations qui sont propices à la surconsommation dalcool ou de drogues -, et le SCQ et le DTCQ - qui évaluent le sentiment dauto-efficacité dans ces situations -, sont déjà incorporés dans des programmes du SCC comme le programme CHOIX et le Programme prélibératoire pour toxicomanes (PPT). Cependant, il existe dautres échelles qui présentent de lintérêt et possèdent de bonnes propriétés psychométriques. Mentionnons dabord le NAEQ, qui mesure les conséquences négatives que prévoit le délinquant sil allait « prendre un verre maintenant ». Les outils qui permettent de déterminer les conséquences attendues de la consommation dalcool (le DEQ, par exemple) sont également utiles pour établir des objectifs dans les programmes de type cognitivo-comportemental et pour évaluer les progrès réalisés par ceux qui participent au traitement. Le DEQ est accompagné du DRSEQ, qui mesure le sentiment dauto-efficacité dans diverses situations. Mentionnons aussi léchelle AASE, qui possède dexcellentes propriétés psychométriques et permet dévaluer de façon rapide (20 questions) la confiance du répondant dans sa capacité de ne pas consommer dalcool dans les situations à risque élevé; il devrait être assez facile dadapter cet outil à la consommation de drogue. Enfin, le TRI pourrait savérer utile dans les programmes qui visent à réduire les fortes envies ou le besoin maladif de consommer de lalcool ou de la drogue.
Dans de nombreux programmes de traitement de la toxicomanie, on utilise déjà certaines versions du modèle des étapes de changement élaboré par Prochaska et Di Clemente afin de favoriser la disponibilité au traitement et la motivation. Léchelle SOCRATES et le RTCQ semblent être des outils efficaces à cet égard et pourraient être intégrés à lévaluation préalable au traitement et à lévaluation des progrès réalisés durant le traitement.
Notre analyse du domaine de la toxicomanie du Système didentification et danalyse des besoins des détenus utilisé à ladmission des délinquants a montré que lévaluation du premier indicateur - « Problème de consommation dalcool? » « Consommation abusive de drogues? » - laisse une grande place à la subjectivité, tout comme les autres indicateurs de cette catégorie.
Nous recommandons que le SCC adopte lune des solutions suivantes : 1) quil définisse exactement ce qui constitue un problème de toxicomanie; 2) quil place « consommation dalcool » et « Consommation abusive de drogues » après tous les autres indicateurs de sorte que ceux-ci servent de définition opérationnelle; 3) quil utilise plutôt le TDEA et le TDAD et dautres renseignements obtenus au moyen du QIMV - ou quil les utilise aussi - pour déterminer si le délinquant a un « problème de consommation dalcool » ou fait une « consommation abusive de drogues ».
Nous aimerions aussi soulever la question des chevauchements manifestes du Système didentification et danalyse des besoins des détenus avec le QIMV dans le domaine de la toxicomanie et dans plusieurs autres domaines. Comme ces deux outils sont administrés aux délinquants au moment de leur admission, nous nous demandons pourquoi les résultats du QIMV qui sont communiqués à lagent de gestion des cas ne pourraient pas remplacer les données obtenues au moyen de lautre instrument (p. ex., dans le domaine de la toxicomanie). Il semble en effet que les résultats du QIMV sont plus complets et plus utiles pour déterminer les besoins et les traitements que les renseignements plus limités et subjectifs fournis par lautre instrument didentification et danalyse des besoins. Dans les documents qui nous ont été remis à propos de ce dernier, rien nindique quon a évalué les propriétés psychométriques de la version administrée lors de ladmission. Bien que ce travail soit peut-être en cours, nous recommandons que lon compare les besoins déterminés à laide de cet outil, dans le domaine de la toxicomanie, aux résultats du QIMV.
La version de cet instrument quon utilise dans la collectivité a une fonction évidente; il est nécessaire et pratique de disposer dun instrument simple et bref. Ainsi, on détermine que le délinquant a un problème dalcool ou de drogue si sa consommation a des effets nuisibles dans des domaines importants de la vie, bien quon ne définisse pas ces effets nuisibles. Nous avons remarqué certaines incohérences : dabord, on évalue si la consommation dalcool ou de drogue a des effets nuisibles sur la vie conjugale et la vie familiale, mais pas sur dautres aspects de la vie sociale. On ne parle pas non plus des effets nuisibles sur la santé mentale et la santé psychologique. Bien sûr, il serait facile dajouter ces éléments si on le souhaitait. Nous avons aussi remarqué que la seule question quon utilise comme indicateur est très générale et est donc susceptible denglober les plus nombreux indicateurs utilisés dans la version administrée lors de ladmission. Si cet outil doit servir à surveiller de façon générale les progrès du délinquant après sa mise en liberté, nous recommandons de modifier la formulation de la question afin dy inclure la période visée par lévaluation.
Motiuk et Brown (1993) présentent des données encourageantes sur lidentification des problèmes dalcool ou de drogue au moyen de la version utilisée dans la collectivité. Nous recommandons quon effectue une autre étude de validité en comparant ces résultats avec ceux quon obtient à laide du TDEA et du TDAD. De plus, comme les critères sur lesquels les agents de gestion des cas doivent fonder leur jugement ne sont pas précisés, il serait pertinent de déterminer le coefficient de constance entre les examinateurs, en particulier si lun des objectifs de loutil est le classement systématique des besoins des délinquants par les agents de gestion des cas. Enfin, il serait utile de comparer les jugements posés par les agents, à ladmission et à la mise en liberté, à propos des mêmes délinquants.
Voilà donc les principales conclusions de notre examen. Le lecteur trouvera dautres conclusions secondaires et suggestions damélioration dans les diverses sections du rapport.
Ce rapport est divisé en trois sections. Dans la Partie I, nous examinons la prévalence de la toxicomanie dans la population des délinquants adultes et nous mettons en évidence la relation entre la consommation dalcool ou de drogue et la criminalité. Dans la Partie II, nous passons en revue des outils dévaluation de la toxicomanie utilisés auprès des délinquants et dans la population générale, et nous faisons un examen critique du domaine de la toxicomanie du Système didentification et danalyse des besoins des détenus. Dans la Partie III, nous présentons les conclusions et les recommandations.
Dans les deux prochaines pages, nous donnons la définition des sigles et des acronymes qui sont utilisés tout au long du rapport pour désigner les outils dévaluation de la toxicomanie. Nous suggérons au lecteur de détacher ces pages pour pouvoir les consulter facilement durant la lecture du rapport.
| Sigles ou Acronymes | Outils |
|---|---|
| AASE | Alcohol Abstinence Self-Efficacy Scale |
| ABQ | Alcohol Beliefs Questionnaire |
| ACI | Alcohol Clinical Index |
| ADD | Alcohol Dependence Data |
| ADS | Alcohol Dependence Scale |
| ASI | Addiction Severity Index< |
| ASIST | A Structured Addictions Assessment Interview for Selecting
Treatment (Entrevue structurée dévaluation de la toxicomanie) |
| AUDIT | Alcohol Use Disorders Identification Test |
| AUDADIS | Alcohol Use Disorder and Associated Disabilities Interview Schedule |
| AUI | Alcohol Use Inventory |
| CAGE | Cut down, Annoyed, Guilt, Eye-opene |
| CBI | Coping Behaviour Inventory |
| CDAP | Chemical Dependency Assessment Profile |
| CDP | Comprehensive Drinking Profile |
| CDT | transferrine désialysée (plasma) |
| CGT | plasma gamma glutamyl transferase |
| DASES | Drug Avoidance Self-Efficacy Scale |
| DAST | Drug Abuse Screening Test |
| DATAR | Drug Abuse Treatment for AIDS Risk Reduction |
| DEQ | Drinking Expectancy Questionnaire |
| DICA-R | Revised Diagnostic Interview for Children and Adults |
| DIS | Diagnostic Interview Schedule |
| DOPERS | Drug Offender Profiles: Evaluation and Referral Strategy |
| DOP | Drug Offender Profile Index |
| DRInC | Drinker Inventory of Consequences |
| DTCQ | Drug Taking Confidence Questionnaire(Questionnaire de confiance face à la consommation de drogues, QCCD) |
| DUSI | Drug Use Screening Inventory |
| 4 Ps | Four Ps |
| GMAST | G-Michigan Alcohol Screening Test |
| HSQ | Health Screening Questionnaire |
| HSS | Health Screening Survey |
| IAP | Individual Assessment Profile |
| ICD-10 | International Classification of Diseases Screener |
| ICS | Impaired Control Scale |
| IDS | Inventory of Drinking Situations (Liste des occasions de consommation dalcool, LOCA) |
| >IDTS | Inventory of Drug Taking Situations (Liste des occasions de consommation de drogues, LOCD) |
| LDH | Lifetime Drinking History |
| MALT | Munich Alcoholism Test |
| MAS | Michigan Alcohol Screening Test(test de dépistage dalcoolo-dépendance du Michigan) |
| MCMI | Millon Clinical Multiaxial Inventory |
| ME | revised Manson Evaluation Revised |
| MMPI | Minnesota Multiphasic Personality Inventory(inventaire multiphasique de la personnalité du Minnesota) |
| NAEQ | Negative Alcohol Expectancy Questionnaire |
| OPI | Offender Profile Index |
| PRISM | Psychiatric Research Interview for Substance and Mental Disorders |
| Q/F | Q/F Méthode quantité-fréquence |
| QIAD | Quantitative Inventory of Alcohol Disorders |
| QIMV | Questionnaire informatisé sur le mode de vie |
| RAATE | Recovery Attitude and Treatment Evaluator |
| RDS | Restrained Drinking Scale |
| RTCQ | Readiness to Change Questionnaire |
| SAAST | Self Administered Alcoholism Screening Test |
| SADD | Short Alcohol Dependence Data (version abrégée de lADD) |
| SADQ | Severity of Alcohol Dependence Questionnaire |
| SASSI | Substance Abuse Subtle Screening Inventory |
| SASST | Self Administerd Alcoholism Screening Test |
| SCID | Structured Clinical Interview for Diagnosis |
| SCQ | Situational Confidence Questionnaire |
| SDS | Severity of Dependence Scale |
| SMAST | Short MAST (version abrégée du MAST) |
| SOCRATE | Stages of Change Readiness and Treatment Eagerness Scale |
| SUDDS | Substance Use Disorder Diagnosis Schedule |
| T-ACE | Tolerance, Annoyed, Cut-down, Eye-opener |
| TDAD | Test de dépistage de labus de drogue |
| TDEA | Test de dépendance envers lalcool |
| TLFB | Timeline Followback Procedure (Suivi de la consommation dalcool et de drogue) |
| TRI | Temptation and Restraint Inventory |
| TWEAK | Tolerance, Worried, Eye-opener, Amnesia, Cutdown |
| VAST | Veterans Alcohol Screening Test |
Les études et les examens concluent invariablement que les problèmes dalcool (p. ex. Anglin, 1992; Greenfield et Weisner, 1995; Walfish et Blount, 1989), les problèmes de drogue (p. ex. Harrison et Gfroerer, 1992; Nurco, Hanlon et Kinlock, 1991) et la combinaison de ces deux types de problèmes (Miller et Welte, 1986) sont associés au crime.
Il est beaucoup plus facile détablir la prévalence des problèmes de toxicomanie chez les délinquants sous responsabilité fédérale depuis quon a instauré le dépistage systématique pour tous les délinquants nouvellement admis dans un pénitencier à laide du Questionnaire informatisé sur le mode de vie des toxicomanes (QIMV), un outil multidimensionnel qui comprend le Test de dépendance envers lalcool (TDEA; Skinner et Horn,1984), le Test de dépistage de labus de drogue (TDAD; Skinner, 1982) et dautres indicateurs de la toxicomanie (Robinson, Porporino et Millson, 1991; Robinson, Fabiano, Porporino, Millson et Graves, 1992; Weekes, Fabiano, Porporino, Robinson et Millson, 1993).
Lexamen de divers résultats prélevés de cette importante base de données, qui ne cesse de grossir, montre que 35 % des détenus de sexe masculin déclarent avoir un problème dalcool léger, 9 % un problème modéré, et 8 % un problème important ou grave, selon les scores obtenus par le TDEA. Pour ce qui est des problèmes de drogue, les proportions sont les suivantes : 20 % (problème léger), 12 % (problème modéré) et 16 % (problème important ou grave), selon les scores obtenus au TDAD.
Si lon considère que les problèmes modérés et les problèmes importants ou graves correspondent respectivement aux notions dabus de substance psycho-active et de dépendance à une substance psycho-active définies dans le DSM III (et en général dans le DSM IV), alors la proportion de 17 % qui entre dans ces catégories selon le TDEA est un peu plus élevée que les 13,1 % dun échantillon aléatoire de délinquants des États-Unis classés dans ces catégories à laide du Diagnostic Interview Schedule (US Bureau of Justice Statistics, 1983a). En utilisant la même répartition pour labus de drogue et la dépendance aux drogues, on obtient un résultat de 28 % pour le TDAD et de 16,8 % pour le Diagnostic Interview Schedule (US Bureau of Statistics, 1983a). Robinson et al. (1991) font remarquer que cet écart peut être attribuable au fait que les délinquants canadiens avaient un plus grand accès aux substances, puisque lévaluation effectuée au moyen du TDEA et du TDAD porte sur les six mois qui ont précédé leur arrestation pour la peine quils purgent actuellement. Les auteurs suggèrent aussi que ces deux outils informatisés encouragent les délinquants à révéler leur problème dalcool ou de drogue. Une troisième possibilité, qui na pas été envisagée par les auteurs, est que comme la fidélité et la validité de ces échelles sont bien établies auprès de la population carcérale et la population en général, elles sont tout simplement plus efficaces pour déceler les problèmes de toxicomanie que le Diagnostic Interview Schedule.
Par ailleurs, lorsque Lightfoot et Hodgins (1988) ont utilisé la même approche de catégorisation avec le TDEA et le TDAD dans une enquête par entrevue auprès de délinquants volontaires, ils ont obtenu les pourcentages très élevés de 47 % pour les problèmes dalcool et de 63,5 % pour les problèmes de drogue. Robinson et al. font remarquer avec raison que ces résultats sexpliquent vraisemblablement par un biais déchantillonnage attribuable à lautosélection des répondants, puisque le principal objectif de létude était de recueillir des renseignements pouvant faciliter lélaboration de programmes de traitement de la toxicomanie, un objectif dont les sujets avaient été informés.
Lorsquon combine les indicateurs de consommation dalcool et de drogue de ces deux outils dévaluation pour déterminer la proportion des délinquants qui ont lun ou lautre de ces problèmes, on constate que 32 % ont un problème léger, 16 % un problème modéré, et 20 % un problème important ou grave (Weekes, Moser et Langevin, 1997).
Chez les délinquantes, la proportion des problèmes décelés à laide duTDEA et du TDAD dans le cadre dune entrevue dirigée était plus faible que chez les hommes : 72 % des répondantes déclaraient navoir aucun problème dalcool, 15 % déclaraient avoir un problème modéré, et 12,5 % un problème important ou grave; environ 11 % déclaraient avoir un problème de drogue léger, 19 % un problème modéré, et 35 % un problème important ou grave (Lightfoot et Lambert, 1991).
Un test effectué au moyen du QIMV auprès dun échantillon de délinquants autochtones (Vanderburg, Weekes et Millson, 1994, cité dans Weekes et al., 1997) a montré que la prévalence et la gravité des problèmes de drogue sont les mêmes que chez les délinquants non autochtones, mais que les délinquants autochtones ont des problèmes dalcool dans une plus forte proportion (près de 75 %).
En résumé, des données fiables provenant du Service correctionnel du Canada (SCC) montrent quun taux élevé de délinquants sous responsabilité fédérale (environ les deux tiers) ont un problème de consommation dalcool ou de drogue.
Lorsquon sait quune grande proportion de détenus ont des problèmes de toxicomanie et quun pourcentage élevé de délinquants déclarent avoir été sous linfluence de lalcool ou de la drogue lorsquils ont commis leur crime (Weekes, Moser et Langevin, 1997), il nest pas difficile daffirmer quil existe bien une relation entre la toxicomanie et la criminalité. Cependant, la nature de cette relation est complexe et sujette à controverse, et elle nentre pas dans le cadre de notre étude. Certains prétendent que la surconsommation dalcool ou de drogue dans une situation donnée ou la consommation chronique est la cause de la criminalité; dautres affirment que la consommation de substances intoxicantes est plutôt le résultat dun mode de vie criminel déviant; dautres enfin estiment quun troisième facteur (la génétique) contribue à la fois à la criminalité et à la consommation de substances intoxicantes (Bradford, Greenberg et Motayne, 1992; Collins, 1982; Goldstein, 1985; Hammersley, Forsyth, Morrison et Davies, 1989; Harrison et Gfroerer, 1992; Pernanen, 1982; Risser, Bonsch et Schneider, 1995; Speckart et Anglin, 1986; Smith et Newman, 1990; Walfish et Blount, 1989). On peut également établir des modèles dinteraction complexes et des relations réciproques entre la toxicomanie et la criminalité.
Quel que soit le point de vue qui prédominera en fin de compte, on peut tout de même évaluer indépendamment si le traitement de la toxicomanie a un effet sur la réduction de la criminalité. À cet égard, les données sont très encourageantes (Annis, 1988; Field, 1989; Inciardi, 1995; Millson, Weekes et Lightfoot, 1995; Parnanen, 1981; Vigdal, Stadler, Goodrick et Sutton, 1980; Wexler, Falkin et Lipton,1990). La situation saméliorera encore à mesure que les spécialistes en recherche clinique parviendront à assortir les délinquants à des traitements qui sont encore mieux adaptés à leurs besoins. On a commencé à utiliser la stratégie du jumelage client-traitement lorsquon a reconnu que les toxicomanes ne forment pas un groupe homogène et quil existe entre eux de grandes différences, non seulement quant aux substances consommées, mais aussi quant à la gravité de la toxicomanie, quant à de nombreux autres domaines de leur vie qui sont liés à la toxicomanie et quant à leur réaction au traitement (Allen et Kadden, 1995; Miller, 1986; Project MATCH Research Group, 1997). Si nous voulons tenir compte de ces facteurs, il nous faut absolument procéder à une évaluation qui nous permette de les différencier.
Dans ce rapport, nous passons en revue les diverses mesures qui sont utilisées pour lévaluation de la toxicomanie dans la population carcérale et la population générale, et nous examinons les indicateurs du domaine de la toxicomanie du Système didentification et danalyse des besoins des détenus,qui est actuellement mis à lessai par le Service correctionnel du Canada.
Avant de passer en revue les mesures dévaluation de la toxicomanie qui peuvent être utilisées auprès des délinquants, nous jetterons dabord un coup dil à lévaluation de la toxicomanie en général. Nous nous pencherons sur le fondement ou la raison dêtre de lévaluation, sur son contenu, sur les techniques utilisées et sur les questions méthodologiques générales de lévaluation psychométrique - liée ou non à la toxicomanie. Nous parlerons ensuite de questions concernant plus particulièrement lévaluation des délinquants et de certaines sous-populations carcérales. Puis nous décrirons les outils dévaluation et nous les évaluerons. Enfin, nous examinerons en détail le protocole didentification et danalyse des besoins des détenus utilisé actuellement au Service correctionnel du Canada.
Le processus dévaluation a plusieurs objectifs. Certains sappliquent à lensemble des toxicomanes, alors que dautres sont propres à des groupes particuliers, par exemple les délinquants. Ces différences seront soulignées dans les sections qui suivent.
Un des principaux objectifs de lévaluation de la toxicomanie est de repérer les personnes qui ont un problème de toxicomanie (dépendance ou surconsommation) en vue de leur fournir un traitement, ou en vue de leur fournir un traitement approprié. Pour éclaircir cette distinction, mentionnons que lInstitute of medicine (1990) a déclaré quune des conclusions les plus importantes des travaux de recherche sur les résultats des traitements dans ce domaine est quaucun traitement ne savère efficace pour toutes les personnes qui ont un problème dalcool et que, par conséquent, si lon veut que le traitement donne des résultats optimaux, il nest pas facultatif, mais bien nécessaire doffrir un traitement adapté à la personne qui le reçoit. On ajoute que lévaluation est le fondement du jumelage client-traitement (p. 242). Par ailleurs, certains types de traitement se sont avérés, dans lensemble, plus efficaces que dautres (Hester et Miller, 1995). Ainsi, la question de lefficacité du jumelage client-traitement envahit les ouvrages généraux sur la psychothérapie depuis quelque temps déjà.
Comme le souligne lInstitute of Medicine, lévaluation qui a comme objectif de trouver un traitement bien adapté au client nest utile que si lon est en mesure doffrir une variété de traitements.
Lévaluation peut aussi avoir comme autres objectifs de recueillir des renseignements avant le traitement ou des données fondamentales et de constituer une base de données sur une population particulière. Ces objectifs peuvent nécessiter la collecte de différents types de renseignements. Ainsi, lévaluation initiale devrait permettre : de déterminer sil existe ou non un problème; de déterminer lampleur du problème par rapport à plusieurs aspects (cette question sera examinée plus en détail plus loin); dobtenir des renseignements utiles pour choisir le traitement approprié, si on a le choix entre plusieurs traitements. Lévaluation initiale peut donc porter sur diverses variables statiques et dynamiques, quelles soient directement liées à la toxicomanie ou connues pour avoir un lien avec la toxicomanie ou pour influencer la capacité du client de tirer profit du traitement. On recueille habituellement des données avant le traitement ou des données fondamentales pour évaluer les effets de lintervention sur le client; il faut donc choisir des variables sensibles au changement et des mesures capables dévaluer ce changement; on utilisera le plus souvent des variables directement liées à la toxicomanie. Enfin, lorsquon a pour objectif détablir une base de données, il faut recueillir un plus grand volume de renseignements, dont certains représenteront des variables statiques et démographiques, et dautres dépasseront le domaine de la toxicomanie et les domaines connexes.
Un autre objectif de lévaluation, en particulier lévaluation orientée vers un traitement, est de préparer le client à une intervention. Cooney, Zweben et Fleming (1995) ont examiné les résultats dune étude dans laquelle certaines personnes ayant fait lobjet dune évaluation ont reçu un retour dinformation sur la gravité de leur problème dalcool et ont été dirigées vers des ressources, alors que dautres nont reçu aucun retour dinformation. Douze mois plus tard, on a constaté que les choses allaient mieux pour le premier groupe, ce qui indique que le retour dinformation avait eu un certain effet. Le modèle dentrevue motivationnelle de Miller sappuie sur la notion que lorsquon informe le client des résultats de lévaluation, on contribue à lui faire accepter davantage lidée du traitement.
Ainsi, le processus dévaluation peut avoir pour fonction de faciliter un tant soit peu lintervention qui suivra (Miller, Westerberg et Waldron, 1995).
LInstitute of Medicine (1990) a mis au point un cadre utile pour conceptualiser le processus dévaluation. Ce cadre comporte un aspect séquentiel et un aspect multidimensionnel. Selon laspect séquentiel, lévaluation est un processus qui se déroule en trois étapes : le dépistage (existe-t-il un problème?), lévaluation du problème (problèmes attribuables à la toxicomanie), et lévaluation de la personne (problèmes non attribuables à la toxicomanie); chacune de ces étapes est jugée essentielle à une évaluation complète. Cooney et al. (1995) et Miller et al.(1995) soulignent également une distinction importante entre le dépistage et lévaluation complète. Chaque étape est importante. Ainsi, si une personne na pas de problème de toxicomanie, il est inutile de lui faire subir des tests dévaluation compliqués et coûteux pour quantifier le problème. Par conséquent, il nest pas rentable de faire subir une batterie de tests à tous les individus dune population donnée, par exemple une population de délinquants, à moins que le but premier soit de constituer une base de données. Par ailleurs, Miller et al. (1995) précisent que les outils de dépistage ne permettent pas de faire une évaluation complète. Les auteurs mettent en évidence la nature dichotomique de ce genre doutil (une personne est classée comme ayant ou non un problème de toxicomanie), qui simplifie à lextrême la nature multidimensionnelle de la surconsommation ou de la dépendance de même que la nature continue de chacune de ces dimensions. Ils font remarquer que la tendance récente consiste plutôt à conceptualiser les diagnostics psychiatriques sous la forme dun continuum. Ils ajoutent que dans de nombreux milieux cliniques, lutilisation doutils de dépistage constitue la norme, alors quon devrait employer des outils dévaluation plus complets.
Pour ce qui est de laspect multidimensionnel de lévaluation, lInstitute of Medicine (1990) déclare quon doit explorer un certain nombre de domaines au cours des deux dernières étapes. À létape de lévaluation du problème, on examinera lampleur du problème, les habitudes de consommation actuelles et antérieures, les signes et symptômes de la consommation - comme la tolérance, le sevrage, la renonciation à des activités, la compulsion, la poursuite de la consommation malgré les conséquences négatives, la consommation destinée à soulager des symptômes, le rétrécissement du répertoire des comportements vis-à-vis de lalcool, et le sentiment davoir perdu la maîtrise de soi -, ainsi que les conséquences médicales, psychiatriques, familiales, professionnelles, juridiques ou financières. À létape de lévaluation de la personne, on tentera dabord de déceler les domaines où il y a des problèmes, puis on se penchera sur ces domaines. Il peut sagir de problèmes familiaux, conjugaux, professionnels, sexuels, personnels, médicaux ou psychiatriques. On évaluera aussi les soutiens sociaux, la structure familiale et lutilisation des temps libres. En outre, il est recommandé de recueillir des données démographiques et dévaluer la personnalité, le fonctionnement cognitif, les antécédents de toxicomanie dans la famille, les événements de la vie et les facteurs conjoncturels qui causent du stress, la stabilité sociale et les traitements suivis antérieurement.
Miller et al. (1995) soulignent aussi certains aspects devant être couverts durant lévaluation (avec une mention spécifique pour la consommation dalcool) comme la fréquence de la consommation, les conséquences négatives, la dépendance à lalcool, les antécédents familiaux, le fonctionnement neuropsychologique et les séquelles physiques. Ces auteurs reprennent la recommandation de lInstitute of Medicine (1990) selon laquelle il faut évaluer aussi le fonctionnement psychologique global. Sobell, Toneatto et Sobell (1994) et Lightfoot (1995) jugent nécessaire de couvrir les aspects suivants : consommation récente de substances intoxicantes, causes et conséquences de la consommation, problèmes de santé mentale, problèmes médicaux, obstacles éventuels au changement.
Ainsi, daprès les descriptions qui précèdent, on voit que lévaluation peut être faite au moyen doutils de dépistage unidimensionnels simples, de mesures ou dinventaires multidimensionnels (dont la longueur peut varier considérablement), ou de batteries de tests qui comprennent à la fois des mesures de la toxicomanie et la mesure de variables jugées utiles pour le traitement des personnes ayant un problème de toxicomanie. Dans le présent rapport, nous examinerons en détail des outils de dépistage et des mesures multidimensionnelles. En outre, nous nous pencherons sur certains outils plus complets et approfondis; ces derniers comprennent presque toujours un ou plusieurs des outils de dépistage ou des inventaires qui seront examinés dans les deux autres sections. Nous renverrons le lecteur à ces sections au besoin.
On se sert actuellement de diverses méthodes pour lévaluation de la toxicomanie. Le plus souvent, cest la personne soumise à lévaluation qui fournit les renseignements (auto-évaluation), ou lun des proches, ou encore on utilise ces deux techniques à la fois. Lévaluation peut prendre la forme dun questionnaire sur papier, dune évaluation des comportements, dune entrevue personnelle (structurée, semi-structurée ou à questions ouvertes; avec du personnel clinique ou du personnel non clinique), ou dun test par ordinateur (test continu ou comportant des boucles ou retours en arrière, avec possibilité de retour dinformation au client au milieu du test dans certains cas). On peut aussi se servir de tests de laboratoire pour évaluer les marqueurs biologiques de la consommation actuelle et chronique de certaines substances.
La plus grande source de controverse à propos des techniques de collecte de données concerne lauto-évaluation. Dune part, il arrive quon mette en doute lintégrité et la validité des renseignements qui sont fournis par le répondant lui-même. Dautre part, on est davis que le rapport dun observateur ne permet pas dobtenir autant de renseignements, et que les marqueurs biologiques ont une sensibilité limitée ou discutable et sont liés à des contraintes temporelles. Sobell et al. (1994) ont fait remarquer que les toxicomanes fournissent en général des données exactes et que ces dernières sont plus précises que les renseignements fournis par des observateurs; Wish (1988) a constaté que les délinquants en particulier ne révèlent pas toujours leur consommation dalcool ou de drogue, comme on le voit lorsquon compare leurs réponses aux analyses durine. Lightfoot (1995) admet cette possibilité, mais ajoute quil se peut aussi que certains délinquants exagèrent leur problème de toxicomanie afin de diminuer leur responsabilité dans linfraction commise. Quoi quil en soit, cette question nest peut-être pas aussi importante après ladmission des délinquants en prison (Weekes, Moser et Langevin, 1997). À tout événement, lInstitute of Medicine (1990) fait une remarque très judicieuse lorsquil déclare que les rapports verbaux ne sont ni valides ni invalides en soi, mais que leur validité varie selon les circonstances (p. 263). LInstitute of Medicine (1990) énumère des facteurs qui diminuent systématiquement la validité de lauto-évaluation : a) le client a un taux dalcoolémie positif durant lévaluation; b) le client a des symptômes de sevrage durant lévaluation; c) linventaire utilisé pour lévaluation nest pas structuré et les questions sont générales et vagues; d) le client ne sait pas que les renseignements quil fournit seront contre-vérifiés; e) le clinicien na quun bref contact avec le client; f) le client a une raison particulière de déformer les faits; g) le client a des inquiétudes à propos de la confidentialité; h) le clinicien montre de façon évidente quil sattend à un certain comportement de la part du client. Dans un milieu correctionnel, il faut prendre en considération les points f et g, qui peuvent causer un problème (Lightfoot, 1995). Cooney et al. (1995) font remarquer que lexactitude des renseignements fournis par le répondant dépend des normes culturelles, du milieu où se déroule lévaluation, des personnes présentes à lévaluation, des particularités de la situation, de la perception qua le client de lattitude de lintervieweur, de létat de sobriété du client, de sa motivation et de son fonctionnement cognitif. Weekes, Moser et Langevin (1997) ont conclu quen général, les renseignements fournis par le répondant sont assez exacts et constituent donc une source de données utile et valide, mais quon devrait consulter dautres sources pour étayer ces renseignements.
Quant au moyen de recueillir linformation (auto-évaluation ou autre), lInstitute of Medicine a fait remarquer que les entrevues personnelles présentent un avantage certain, mais que les tests papier-crayon ou les tests administrés par ordinateur permettent parfois dobtenir plus de renseignements sur des sujets délicats (voir aussi Cooney et al., 1995). En outre, les rencontres personnelles peuvent savérer relativement non structurées, du moins par rapport à un test papier-crayon ou à un test informatisé, et les données recueillies au cours de la rencontre peuvent être difficiles à consigner, à noter, à quantifier et à comparer aux données normatives. On peut régler une partie de ces problèmes en structurant davantage lentrevue, qui savère alors une méthode fiable. Cependant, le personnel et le temps nécessaires pour les entrevues rendent cette technique coûteuse. Les coûts sont moins élevés lorsquon utilise des tests papier-crayon, bien que la correction des tests exige du personnel. Les tests informatisés ont lavantage de faire économiser des ressources humaines et peuvent prendre la forme dune entrevue très structurée dans laquelle des composantes de la batterie de tests ne seront administrées que dans certaines circonstances. On peut alors utiliser lapproche séquentielle. Par exemple, si le test de dépistage nindique pas quil existe un problème dalcool, on pourra laisser tomber les tests plus complets.
Cooney et al. (1995) ont examiné un échantillon détudes comparant les méthodes de collecte de données. Les résultats indiquent, pour les tests CAGE et S-MAST, quil y a concordance des taux de sensibilité et de spécificité entre les entrevues personnelles dirigées par un clinicien et celles dirigées par du personnel non clinique, et entre les tests papier-crayon et les évaluations informatisées. Ces auteurs soulignent la rentabilité des tests informatisés et des tests papier-crayon, et font remarquer que les clients semblent préférer les premiers. Erdman, Klein et Greist (1983) ont constaté que les résultats des tests informatisés étaient comparables à ceux des tests papier-crayon, mais que les tests par ordinateur sont plus efficaces pour détecter les réponses contradictoires. Ils mentionnent également que leur échantillon a préféré lévaluation informatisée. Skinner et Allen (1983) ont constaté que la version informatisée du MAST plaît davantage aux personnes possédant de bonnes habiletés visuo-motrices et quelle plaît moins à celles qui ont un niveau dinstruction plus élevé et une attitude plus défensive.
Selon Miller et al. (1995), il existe littéralement des centaines dinstruments pour évaluer les problèmes dalcool (p. 68). La liste sallonge lorsquon y inclut les outils servant à évaluer la consommation de différentes substances. Ces auteurs ont constaté labsence de données de qualité, en particulier de données psychométriques, sur un très grand nombre de ces outils, une critique reprise par de nombreux chercheurs. LInstitute of Medicine a déclaré quidéalement, les renseignements recueillis au cours dune évaluation doivent être quantitatifs, fiables, valides, normalisés et enregistrables (p. 261). Cette section examine certains des problèmes et des obstacles liés à lélaboration de mesures fiables pour lévaluation de la toxicomanie.
Les outils dévaluation permettent dobtenir des renseignements quantitatifs ou qualitatifs qui sont destinés à appuyer la prise dune décision. Les données quantitatives constituent un résumé numérique dindicateurs comme la présence ou labsence dun problème, la gravité du problème, le nombre de symptômes manifestes et la fréquence de divers symptômes. Ces données sommaires peuvent sappliquer à des concepts généraux p. ex., la toxicomanie) ou à des concepts plus étroits et spécifiques (p. ex., leffet de la toxicomanie sur la vie professionnelle). Les données qualitatives peuvent aussi porter sur des concepts généraux ou spécifiques, mais elles ne constituent pas un résumé numérique de ces concepts; elles ont plutôt pour objet de décrire lindividu ou le groupe à létude. Lélaboration doutils quantitatifs et doutils qualitatifs exige de la rigueur méthodologique, mais les critères définissant la rigueur varient. Bien que lensemble des outils décrits ci-dessous peuvent permettre de rccueillir certains renseignements qualitatifs particulièrement utiles dans le processus de traitement, ils sont utilisés principalement comme indicateurs quantitatifs. Par conséquent, nous examinerons dans cette section les normes qui guident lélaboration des mesures quantitatives.
En ce qui concerne la conception des outils dévaluation, il existe plusieurs écoles de pensée. Certaines ont adopté une approche théorique et rationnelle et ont conçu des questions compatibles avec leur vision théorique du concept (p. ex,. les mesures évaluant les divers aspects liés au syndrome dalcoolo-dépendance). Dautres ont misé sur la validité externe, concevant les questions à partir dentrevues structurées et semi-structurées avec la population à qui sappliquera la mesure (p. ex., certains tests permettant de mesurer les conséquences que prévoit le client). Habituellement, les outils élaborés à laide de ces deux approches contiennent des questions ayant une validité apparente (concordance exacte entre ce qui est mesuré et ce que le test est censé mesurer; par exemple « je suis inquiet parce que je suis incapable de contrôler ma consommation dalcool »). Dautres écoles de pensée ont adopté une approche purement empirique; les chercheurs conçoivent eux-mêmes certaines questions et en empruntent dautres à une foule de mesures du concept à létude, puis ils mettent ces questions à lépreuve. Les questions qui permettent détablir une distinction entre les individus de la population cible et qui respectent des normes psychométriques rigoureuses (que nous décrirons plus loin) sont retenues, quelles possèdent ou non une validité apparente. Le Minnesota Multiphasic Personality Inventory (MMPI) est probablement lexemple le mieux connu de cette approche. Il ny a pas de consensus sur la meilleure approche, et la controverse est différente selon les domaines détude. Toutefois, il est important que le concepteur du test explique clairement lapproche quil a adoptée de sorte que ceux qui veulent utiliser le test puissent déterminer sil répond à leurs exigences. Indépendamment du fondement de la conception des questions, tout outil dévaluation doit posséder certaines propriétés psychométriques fondamentales, que nous décrirons brièvement.
Certains des outils examinés ci-dessous sont unidimensionnels, cest-à-dire quils ne visent à évaluer quun aspect relativement homogène de la toxicomanie (p. ex., la fréquence de consommation). Dautres, cependant, contiennent un certain nombre de sous-échelles qui évaluent plusieurs aspects de la toxicomanie. Bien que certaines mesures multidimensionnelles soient fondées sur la théorie, il est important : a) que ces dimensions soient validées, sur le plan empirique, comme des aspects distincts; b) que les relations entre les dimensions soient clarifiées. Lanalyse factorielle et, dans certains cas, la modélisation déquations structurelles constituent un moyen détablir la validité de dimensions multiples. Il faut sassurer, en particulier, que les questions ne contribuent quaux facteurs (sous-échelles) dont elles sont censées faire partie, et que les corrélations entre les facteurs ne soient pas si élevées quelles rendent les facteurs superflus. Lanalyse factorielle constitue aussi un moyen de mettre à lessai les modèles théoriques de la toxicomanie.
Il est important que les outils dévaluation soient fiables. La fiabilité se rattache à plusieurs notions. Lune delles est la cohérence interne, cest-à-dire la manière dont les énoncés ou questions dune échelle sont groupés pour mesurer un concept unique; elle est fondée sur les corrélations entre tous les énoncés. On mesure la cohérence interne à laide du coefficient alpha de Cronbach (aussi appelé coefficient alpha ou alpha de Cronbach) qui peut prendre des valeurs allant de 0,0 à 1,0, les valeurs plus élevées indiquant une plus grande fiabilité. Normalement, on souhaite obtenir une valeur dau moins 0,80, mais les valeurs se situant entre 0,70 et 0,80 sont parfois jugées acceptables. Une autre notion, la corrélation dhomogénéité, ressemble beaucoup à la cohérence interne. Elle constitue le degré de corrélation entre deux moitiés comparables du test. Les valeurs acceptables sont très semblables à celles que nous avons indiquées pour le coefficient de Cronbach. Il y a également la constance test-retest, quon détermine en comparant le score obtenu à un test et le score obtenu au même test, qui est administré après un certain intervalle de temps. La fiabilité des formes parallèles est le degré de corrélation entre deux versions différentes dun test; cette mesure présentera un intérêt particulier lorsque nous parlerons de léquivalence des versions courte et longue de certains outils dévaluation.
Il est important que les mesures dévaluation soient valides. La validité recouvre elle aussi diverses notions. La validité de contenu désigne dans quelle mesure le contenu des énoncés du test représente le concept quon évalue; le domaine est-il couvert entièrement? Les énoncés sont-ils pertinents? La validité de concept désigne dans quelle mesure linstrument évalue le concept quil est censé évaluer. Ainsi, une échelle censée mesurer le syndrome dalcoolo-dépendance mesure-t-elle réellement les différents aspects de ce syndrome, tels quils sont définis théoriquement? On établit la validité de concept en reliant le test à la théorie ou en faisant une analyse factorielle pour établir les multiples dimensions. La validité de critère désigne dans quelle mesure léchelle est liée à un type de critère ou de mesure des résultats. Il existe deux sous-types de validité de critère : la validité concourante et la validité prédictive. La validité coucourante (diagnostique) désigne la corrélation entre le test et une mesure du concept qui existe déjà et qui constitue souvent une mesure « étalon » dans le domaine. On sintéresse souvent à cette validité lorsquon désire remplacer un processus dévaluation coûteux par un test plus court ou plus efficace. La validité prédictive (prognostique) désigne dans quelle mesure linstrument prédit avec exactitude un résultat jugé important pour le concept, par exemple la probabilité dune rechute après le traitement; cette notion semble particulièrement pertinente dans le contexte du SCC, où lon attache une grande importance à la réduction de la récidive.
On utilise un grand nombre des outils décrits ci-dessous pour rendre un diagnostic (à tort ou à raison), pour répondre à la question : lindividu a-t-il un problème de toxicomanie? À cette fin, il est essentiel que loutil possède la propriété de validité discriminante. Les concepteurs des tests fournissent habituellement la valeur de deux sous-classes de validité discriminante. La sensibilité désigne dans quelle mesure un outil décèle correctement un problème; par exemple, un outil de dépistage peut repérer 95 % de ceux qui ont un problème dalcool. Cependant, un test sensible peut aussi produire un grand nombre de faux positifs, cest-à-dire repérer comme « toxicomanes » des personnes qui ne le sont pas. La spécificité désigne dans quelle mesure le test repère seulement ceux qui ont réellement le problème; cest-à-dire que si le test produit un résultat positif, nous pouvons être certains que lindividu a réellement un problème de toxicomanie. Toutefois, un test possédant un taux élevé de spécificité peut très bien ne pas être sensible, et donc ne pas réussir à repérer de nombreuses personnes qui ont le problème, produisant ainsi de nombreux faux négatifs. Idéalement, un test doit posséder un haut degré de sensibilité et de spécificité; toutefois, il arrive très fréquemment que lune de ces propriétés soit sacrifiée à lautre, selon lobjectif de lévaluation et les conséquences des faux positifs et des faux négatifs dans un contexte donné.
Enfin, il est utile que les concepteurs dinstruments recueillent une bonne base de données normatives. On obtient ces données en appliquant linstrument à de grands échantillons et en établissant les propriétés psychométriques, les scores moyens et la répartition caractéristique des scores au sein de ces échantillons. Idéalement, un outil de dépistage de la toxicomanie est accompagné de données normatives qui ont été recueillies auprès dune grande variété déchantillons (p. ex., membres de la collectivité, étudiants, buveurs mondains, alcooliques, personnes ayant des troubles mentaux, personnes de divers groupes dâge, hommes et femmes). Toutefois, le plus important est de choisir un test pour lequel il existe des données normatives se rapportant à la population visée. Pour le milieu correctionnel, il faut donc choisir des instruments qui ont été validés auprès de détenus, de libérés conditionnels, de délinquantes et dautres groupes présentant un intérêt, comme les Autochtones, les jeunes contrevenants, etc.
Nous avons parlé des raisons pour lesquelles on évalue la toxicomanie de façon générale, mais il faut aussi nous demander pourquoi évaluer la toxicomanie dans la population carcérale en particulier. La réponse peut sembler évidente, mais il est important de souligner que lobjectif est de traiter le problème. On peut ensuite présumer que si on traite la toxicomanie dans les établissements correctionnels, cest quon suppose que la diminution de la toxicomanie aura pour effet de réduire la récidive après la mise en liberté. Nous avons déjà mentionné à la Partie I que la relation entre la toxicomanie et la criminalité est complexe. Toutefois, les résultats de la recherche donnent à penser que la réduction ou lélimination de la toxicomanie réduit la criminalité.
Dans le milieu correctionnel, nous nous heurtons à une difficulté évidente. En effet, notre objectif est de fournir un traitement approprié à des personnes qui ne se sont pas présentées dans ce milieu dans le but dobtenir un traitement de la toxicomanie. Cooney et al. (1995) remarquent «quil faut adopter une approche différente avec les personnes qui ne sont pas à la recherche dune aide». La validité de lévaluation peut être compromise lorsque les répondants perçoivent de la contrainte. Cependant, de façon générale, la recherche montre que les renseignements recueillis auprès des délinquants au moyen dinstruments comme le Questionnaire informatisé sur le mode de vie permettent de brosser un tableau relativement fidèle de la toxicomanie chez les délinquants sous responsabilité fédérale (Weekes, Moser et Langevin, 1997).
Délinquantes. Canale (1996) a mis en lumière certaines caractéristiques de la toxicomanie chez les femmes. Ainsi, par rapport aux hommes, les femmes consomment davantage de benzodiazépines et dopiacés prescrits ou en vente libre pour les symptômes physiques et psychologiques. Elles prennent plus souvent ces médicaments en même temps que de lalcool. Elles deviennent plus souvent pharmacodépendantes avant davoir des problèmes dalcool et elles consomment moins souvent des drogues illicites. Kinney (1991) ajoute que les femmes consomment plus souvent que les hommes une combinaison de drogues, que leur consommation est cyclique et quelles ont souvent un partenaire toxicomane. Étant donné toutes ces différences, il semblerait essentiel dintégrer certains énoncés clés dans tout instrument qui vise à évaluer la toxicomanie chez les femmes. Ces énoncés devraient porter sur la consommation de médicaments de prescription, en particulier les anxiolytiques et les antidépresseurs pas nécessairement obtenus par des moyens illégaux; évaluer la consommation sur une période assez étendue - étant donné la nature cyclique de la consommation -, évaluer la consommation combinée de plusieurs drogues et la pression subie par un partenaire.
Canale (1996) a aussi mis en évidence certains autres sujets quil faut aborder lorsquon évalue la toxicomanie chez les femmes. En plus des énoncés habituels (fréquence, quantité, type, habitudes, conséquences de la consommation, traitements déjà suivis, antécédents familiaux, événements déclencheurs et degré de dépendance), dautres questions devraient être posées sur les antécédents dans les domaines de la santé physique et de la santé mentale, de la violence physique ou dautres formes de violence, sur les conditions de logement, les soutiens sociaux, les variables ethnoculturelles, les conditions financières, les questions dordre juridique, les études et la vie professionnelle, les événements de la vie, et les buts. On propose deux outils de dépistage pour lévaluation de la toxicomanie chez les femmes : le Women's Health and Drug Use Questionnaire et le test TWEAK qui est examiné plus loin. Soulignons cependant quil sagit dun outil de dépistage bref qui ne peut daucune façon fournir une évaluation complète des questions particulières aux femmes. Hodgins et Lightfoot (1988) ont utilisé avec succès le TDEA et le TDAD auprès de délinquantes.
Après avoir passé en revue des ouvrages sur la question, lInstitute of Medicine (1990) a conclu « quen général, dans les traitements de lalcoolisme, les hommes et les femmes ayant des caractéristiques sociodémographiques comparables (état matrimonial, emploi, stabilité sociale, etc.) et ayant un problème de gravité équivalente semblent réussir aussi bien les uns que les autres dans le même milieu de traitement » (p. 356). Cependant, ces auteurs, comme ceux que nous avons déjà cités, font remarquer que les problèmes de toxicomanie sont différents chez les femmes. Par rapport aux problèmes dalcool, ils soulignent que les femmes sont plus susceptibles que les hommes de souffrir de troubles affectifs primaires et de maladies du foie, de connaître de linstabilité dans leur couple et dans leur famille dorigine, davoir un partenaire ayant un problème dalcool, davoir une faible estime de soi, de boire lorsquelles vivent des événements importants de la vie, davoir été victimes de violence sexuelle, davoir eu de lopposition à leur participation à un traitement de la part de la famille et des amis, et davoir plus de responsabilités parentales. Lorsquon a affaire à des délinquantes, il peut être utile de déterminer lesquelles de ces variables pourraient avoir un effet sur le résultat du traitement, et lesquelles pourraient nécessiter un traitement à elles seules.
Autochtones. La plupart des ouvrages publiés sur lévaluation et le traitement de la toxicomanie chez les populations autochtones portent sur les Amérindiens des États-Unis (p. ex., Kinney, 1991). Il est difficile de déterminer dans quelle mesure on peut généraliser ces ouvrages aux Autochtones du Canada. Weekes, Morison, Millson et Fettig (1995) ont évalué la validité du Millon Clinical Multiaxial Inventory (MCMI) dans les populations autochtones canadiennes. Ils ont obtenu des propriétés psychométriques (coefficient alpha = 0,84) et une structure factorielle (solution à 4 facteurs) semblables à celles quon avait obtenues avec des populations de race blanche. Weekes et al. (1995) recommandent lutilisation de la partie de cet instrument qui concerne la toxicomanie auprès des délinquants autochtones. Cependant, lutilisation du MCMI et doutils diagnostiques du même genre présente des difficultés que nous soulignerons plus loin. On a aussi utilisé le Questionnaire informatisé sur le mode de vie (QIMV) avec des Autochtones du Canada (Vanderburg, Weekes et Millson, 1994). La Fondation de la recherche sur la toxicomanie a conçu des manuels de traitement adaptés à la situation des populations autochtones (Bohm et Sharma, 1987).
Lorsquon évalue la toxicomanie dans la populations carcérale, il est particulièrement important dadapter le contenu de lévaluation à la période où on leffectue. En raison de la nature du processus dincarcération, il y a un certain nombre de délais qui sécoulent entre larrestation du délinquant, sa condamnation, son placement dans un établissement correctionnel, sa participation à un traitement et sa mise en liberté. Selon la période où lévaluation est effectuée au cours de ce processus, un outil dévaluation peut savérer moins efficace, pour diverses raisons. Dabord, dans certains tests, les répondants doivent déclarer sils ont consommé des substances intoxicantes - et quelles ont été les conséquences de ce comportement - dans les semaines ou les mois qui ont précédé immédiatement le test. Si le répondant était incarcéré durant cette période, lévaluation psychométrique nindiquera pas la gravité réelle du problème, puisque le délinquant navait pas accès à certaines substances pendant son incarcération. Par ailleurs, si on évalue le délinquant au début du processus, de sorte que les semaines ayant précédé le test comprennent une période antérieure à son incarcération, il sécoulera peut-être un long délai avant quon offre au délinquant un programme dintervention. Ainsi, il se peut que les renseignements fournis par le délinquant au moment de lévaluation, en particulier à propos des connaissances et des attitudes, ne soient plus exacts lorsquon commencera le programme de traitement. Enfin, si on modifie les instruments pour les administrer peu avant le début dun programme de traitement, il se peut que les délinquants ne se souviennent pas exactement des comportements quils ont eus durant la période qui a précédé lincarcération. On peut remédier à cette dernière difficulté en faisant passer le test à un échantillon de délinquants au moment de lincarcération, puis au moment où ils commencent à suivre un programme de traitement.
Il semblerait donc raisonnable de proposer quon évalue les délinquants selon différentes variables adaptées aux diverses périodes de lincarcération. Lévaluation initiale complète effectuée au début de la période dincarcération devrait être axée sur les variables statiques, la consommation de substances intoxicantes et les comportements qui y sont associés, et les conséquences de la consommation. Il serait également utile quelle porte sur les connaissances et les attitudes du délinquant par rapport à la toxicomanie, ce qui aiderait à déterminer de façon préliminaire lintensité du traitement nécessaire. Au Service correctionnel du Canada, cette évaluation initiale complète est effectuée au moyen du QIMV et du Système didentification et danalyse des besoins des détenus. Plus tard dans le processus, peu avant la participation à un traitement, il faudrait évaluer les connaissances et les attitudes du délinquant, puisque ces variables sont susceptibles de changer dans le milieu correctionnel. Lévaluation effectuée immédiatement après le traitement ne peut fournir des indicateurs utiles, car le délinquant na pas le même accès à des substances que lorsquil sera mis en liberté. Actuellement, au SCC, ce genre dévaluation varie selon le traitement offert. Lévaluation la plus complète des changements apportés par le traitement est associée au Programme prélibératoire pour toxicomanes (Lightfoot, 1993; Millson, Weekes et Lightfoot, 1995). Il serait préférable dattendre après la mise en liberté pour évaluer la toxicomanie et les conséquences qui y sont associées, et cest ce que nous recommandons.
Notre examen porte en grande partie sur les outils qui servent à lévaluation initiale complète. Ceux qui offrent des programmes de traitement de la toxicomanie ont souvent élaboré leurs propres ensembles de mesures en fonction des objectifs de leurs programmes. Par exemple, les concepteurs du programme CHOIX (Lightfoot et Boland, 1993) et du Programme prélibératoire pour toxicomanes (Lightfoot, 1993; Millson, Weekes et Lightfoot, 1995), en Ontario, ont mis au point des mesures pour évaluer les domaines visés par leurs interventions respectives. Dans le présent rapport, nous avons examiné les instruments les plus utilisés et les plus souvent validés. Toutefois, nous avons aussi inclus une section sur des outils reconnus qui sont destinés à évaluer des aspects pouvant savérer particulièrement utiles pour la planification des traitements. Ces outils peuvent évaluer, par exemple, la motivation au changement, lauto-efficacité par rapport au succès dans un programme de traitement de la toxicomanie (le sentiment davoir la capacité de réussir), les convictions et les attitudes à propos des conséquences (positives et négatives) de la toxicomanie. Nous sommes davis quil est essentiel de tenir compte de ces variables si lon veut offrir des programmes efficaces pour traiter la toxicomanie. Il est donc essentiel de les évaluer individuellement.
Nous avons choisi dexaminer les instruments décrits ci-dessous parce quon les retrouve souvent dans les publications et quon dispose de nombreuses de données sur chacun deux. En accord avec la distinction importante que nous avons établie entre les outils de dépistage et les inventaires plus détaillés, nous avons séparé notre rapport en plusieurs sections. Dans la première, nous passons en revue les instruments de dépistage, cest-à-dire les outils simples conçus pour déceler les problèmes dalcool ou de drogue. La plupart des concepteurs de ce genre doutils souhaitent que les personnes chez qui on aura décelé un problème soient ensuite soumises à une évaluation plus approfondie, qui permettra de déterminer la nature du problème et, par la suite, à une autre évaluation qui facilitera la planification du traitement. Idéalement, on recommande une démarche en plusieurs étapes. La deuxième section porte sur les outils - unidimensionnels ou multidimensionnels - qui servent à approfondir la nature du problème décelé. Dans la troisième section, nous examinons les outils qui évaluent des éléments particuliers pouvant être visés par le traitement, par exemple la motivation au changement, lauto-efficacité par rapport au problème, etc. Dans la quatrième section, nous passons en revue un certain nombre doutils dévaluation approfondis. Ces outils dépassent lévaluation de la nature du problème de toxicomanie et évaluent aussi les points forts et les points faibles dans des domaines connexes, comme la santé, les relations interpersonnelles, etc. Il y a ensuite une brève section sur les tests de laboratoire. Enfin, nous examinons en détail les indicateurs de la toxicomanie de linstrument de détermination et danalyse des besoins que le SCC utilise à ladmission des délinquants et à leur mise en liberté.
Il est parfois difficile de déterminer si on devrait classer un outil dans la catégorie des outils de dépistage ou dans celle des outils dévaluation (p. ex., le MAST). De plus, dans chacune des sous-sections, certains outils portent sur la consommation de plusieurs substances, alors que dautres portent sur une seule substance, le plus souvent lalcool; dautres encore peuvent être adaptés pour être utilisés dans ces deux situations. Dans chaque sous-section, les outils sont présentés en ordre alphabétique.
Nous nous sommes efforcés de donner les renseignements suivants à propos de chaque outil examiné : la qualité statistique et méthodologique de la conception de loutil; la raison dêtre ou prémisse théorique de la conception de loutil; la structure et contenu de loutil et méthode de notation utilisée; les données normatives; les propriétés psychométriques (cohérence interne, constance test-retest, validité et structure factorielle); les aspects pratiques liés à ladministration (p. ex. durée du test, niveau dinstruction du répondant et formation de lexaminateur); la capacité de loutil de faire la distinction entre la consommation problématique et la consommation non problématique; la sensibilité de linstrument au changement; la capacité de généralisation pour la population carcérale; la possibilité dintégrer loutil dans un protocole dévaluation global. Mentionnons que nous navons pu trouver ces renseignements que pour un petit nombre des outils examinés. En outre, nayant pu obtenir les guides dadministration de certains outils, nous nous sommes aperçus quon avait déterminé certaines propriétés psychométriques, mais nous navons pas été en mesure de fournir des valeurs précises. Nous avons inclus tous les renseignements dont nous disposions.
Rappelons que lobjectif des outils de dépistage est de déceler la présence (ou la présence probable) dun problème de toxicomanie. Par souci defficacité, il semble important que ces outils soient brefs et faciles à administrer et que les résultats soient faciles à noter; on pourra alors consacrer plus de temps à établir et à quantifier la nature du problème si loutil décèle la présence dun problème. Tous les instruments qualifiés doutils de dépistage par leur concepteur ne répondent pas à ce critère de brièveté. Nous avons choisi dexaminer en détail les outils qui sont brefs et simples. Nous donnons ensuite un aperçu des tests de dépistage plus longs dans une sous-section sommaire qui se trouve à la fin de la section sur les outils de dépistage.
Conçu par lOrganisation mondiale de la santé (OMS; Babor, de la Fuente, Saunders et Grant, 1992), ce test est une échelle de 10 questions visant à repérer les personnes qui font une consommation dalcool néfaste pour leur santé. La durée du test est denviron deux minutes seulement. Les questions portent sur la consommation (fréquence, épisodes de consommation excessive), les symptômes de dépendance (incapacité de cesser, consommation dès le réveil, amnésies passagères, culpabilité) et les problèmes associés à la consommation dalcool (perturbation des activités normales, blessures infligées à soi ou à autrui, inquiétude exprimée par les autres). Elles ont été choisies en fonction des définitions de dépendance à lalcool et dutilisation nocive fournies dans la Classification internationale des maladies -10e révision (CIM-10; Organisation mondiale de la santé, 1992). Lexpression « utilisation nocive » est considérée équivalente au terme « abus » utilisé dans dautres systèmes de classification du domaine de la santé mentale comme le Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (DSM). La période de référence est lannée précédant le test, bien que certaines questions ne précisent aucune période de temps et soient donc moins sensibles au changement que les autres. Les réponses sont notées sur une échelle de 5 ou 6 points, selon la question (de 0 à 4 ou de 0 à 5); un score de 8 ou plus indique la présence dun problème dalcool. Le test peut être administré par écrit ou oralement. Pour déterminer de façon plus précise la nature du problème, on a parfois recours à un test de laboratoire et à des questions sur la santé physique pour compléter les renseignements fournis par le répondant. Lun des plus importants avantages de cet outil est quil a été élaboré à partir de données ayant permis de repérer des buveurs à risque élevé dans une étude effectuée dans six pays; il a donc une certaine validité interculturelle. En outre, il possède de bonnes propriétés psychométriques - fiabilité (test-retest et cohérence interne), validité (de contenu et de construct, prédictive et concourante) et données normatives (Sobell et al., 1994). Les données normatives ont été établies en fonction de gros buveurs et dalcooliques (Allen et Columbus, 1995). Cherpitel souligne que cet outil possède un degré très élevé de sensibilité (de 0,86 à 0,93) et de spécificité (de 0,82 à 0,89). Sobell et al. (1994) indiquent un niveau élevé de sensibilité et de spécificité lorsquon utilise le score de référence de huit points, et ils soulignent que le test peut déceler autant les problèmes dalcool légers ou modérés que les problèmes graves. Bien quil ait été conçu pour être utilisé principalement dans le milieu médical, ce test peut être administré à des délinquants, selon Allen et Columbus (1995), dont la recommandation est appuyée par lOMS (Babor, de la Fuente, Saunders et Grant, 1992).
LOMS a aussi publié un outil de dépistage, le ICD-10 screener, qui comporte 11 questions correspondant aux 6 critères du syndrome de dépendance à lalcool ou à la drogue précisés dans la Classification internationale des maladies, 10e révision : fortes envies, difficulté de contrôler la consommation, sevrage, tolérance, négligence à légard des activités courantes, poursuite de la consommation malgré les conséquences négatives. Si le répondant remplit au moins trois des six critères, on conclut quil souffre dune certaine dépendance.
Conçu par Ewing et Rouse (1970), le test CAGE comporte quatre questions et présente lavantage dêtre très court il faut environ une minute pour ladministrer. Kinney (1991) fait remarquer que, pour les fins dun dépistage rapide, ce test est le plus efficace, et il semble quil soit beaucoup utilisé par les professionnels de la santé (Allen et Columbus, 1995). Le répondant doit dire sil a déjà eu le sentiment quil devrait réduire sa consommation dalcool, sil a déjà été contrarié parce que quelquun a critiqué le fait quil consommait de lalcool, sil sest déjà senti coupable de boire, et sil lui est déjà arrivé de prendre un verre dès le réveil. On attribue un point à chaque réponse positive, et un résultat de deux ou plus suggère la présence dun problème dalcool. Cest habituellement le clinicien qui fait passer le test oralement. Cherpitel (1997) a constaté que cet outil a un degré très élevé de sensibilité (de 0,68 à 0,89) et de spécificité (de 0,85 à 0,91); Cooney et al. (1990) et Kinney (1991) font remarquer que la sensibilité se situe généralement entre 60 et 95 %, et la spécificité entre 40 et 95 %; Kitchens (1994) a constaté un écart encore plus grand entre les valeurs. Inciardi (1994) souligne toutefois quavec deux réponses positives, le test permet de repérer 75 % des alcooliques et déliminer 96 % des non-alcooliques; cest pourquoi il recommande dadopter le score de référence de deux réponses positives. On ne dispose pas de données sur la fiabilité du test (Kitchens, 1994). On a critiqué le CAGE parce quil névalue pas la consommation actuelle ni le niveau de consommation (fréquence, quantité, habitudes). Il serait toutefois possible de préciser une limite de temps afin dévaluer la consommation au cours dune période plus rapprochée et de permettre au test de déceler le changement; ainsi, les questions pourraient porter sur le dernier mois ou les six derniers mois. On dispose de données sur la cohérence interne et sur la validité (prédictive et concourante). On a aussi des données normatives (Allen et Columbus, 1995). Inciardi (1994) laisse entendre quon peut facilement modifier le test pour évaluer la consommation de substances autres que lalcool simplement en changeant les mots appropriés dans les trois premières questions et en remplaçant la quatrième question par la suivante : « Avez-vous déjà pris une drogue pour modifier les effets dune autre drogue? » ou « Avez-vous déjà consommé de la drogue dès le réveil pour vous calmer? »*.
LACI (Skinner, Holt, Sheu et Israel, 1986) est un inventaire de 54 questions conçu pour aider les professionnels de la santé à déceler les problèmes dalcool chez les patients. Il comporte quatre sections : signes cliniques (p. ex., démarche, brûlures de cigarette); antécédents médicaux (p. ex. « Avez-vous souvent mal à la tête à votre réveil? »*); questionnaire sur la consommation dalcool (p. ex. « Combien de jours au cours dun mois normal navez-vous pas consommé de boisson alcoolisée? »*) et questions du test CAGE (vues ci-dessus); indicateurs précoces et facteurs de risque (p. ex. inquiétude des membres de la famille à propos de la consommation dalcool du patient, ou dispute à ce sujet). Les questions du test ont été choisies à partir dune quantité dénoncés; on a retenu celles qui avaient le mieux réussi à déceler la consommation dalcool dans un échantillon canadien et à établir une distinction entre les clients des consultations externes ayant un problème dalcool, les buveurs mondains et les clients des unités de médecine familiale. Les données sont recueillies au moyen dun test papier-crayon, dune entrevue et dun examen physique. On recommande que les professionnels de la santé qui font passer le test aient reçu une formation. Ladministration du test nécessite cinq minutes. La notation est faite à la main (aucune version informatisée encore). Allen et Columbus (1995) font état des travaux qui ont été faits sur la cohérence interne et sur la validité de critère (prédictive et concourante). Il y a des données normatives qui se rapportent à la population générale. Pour ce qui est détablir une distinction entre les alcooliques et les buveurs mondains, létude ayant servi à la conception de loutil a révélé une sensibilité de 75 %, une spécificité de 93 % et une précision globale de 84 %. En outre, les questions de lACI ont été plus efficaces pour détecter les problèmes dalcool que les marqueurs biologiques (Skinner et al., 1986).
Conçu par Selzer en 1981, le MAST est un questionnaire dauto-évaluation qui comporte 25 questions auxquelles le répondant doit répondre par « oui » ou « non ». On attribue 2 ou 5 points aux réponses positives, selon les questions. Voici des exemples de questions : « Avez-vous déjà été hospitalisé à cause de votre consommation dalcool? »* et « Avez-vous déjà eu des ennuis au travail à cause de votre consommation dalcool? »*. On recommande que les répondants possèdent une capacité de lecture du niveau de la septième année (Inciardi, 1994). Le test peut être administré en 5 à 7 minutes et fournit un score unique. Le MAST est souvent intégré à des inventaires plus globaux ou à des entrevues structurées. On dispose de données sur la fiabilité et la validité auprès de diverses populations; la cohérence interne se situe entre 0,83 et 0,95, et le coefficient de fiabilité test-retest entre 0,84 et 0,97 (Kitchens, 1994); on obtient des valeurs plus faibles lorsque lintervalle est plus long. Léchantillon de référence original était composé uniquement dhommes et couvrait une plage dâges étendue; ces hommes étaient issus de populations cliniques et de populations non cliniques. Grâce à la popularité du MAST, on dispose de données sur de nombreuses populations spéciales, y compris la population carcérale (Millson, Weekes et Lightfoot, 1995; Swett, 1984). Avec certains échantillons, le MAST présente un niveau de spécificité de 95 % et un niveau de sensibilité de 98 % (Kinney, 1991), mais avec dautres, la sensibilité se situe entre 71 et 100 %, et la spécificité entre 81 et 96 % (Kitchens, 1994). On a critiqué le MAST pour sa transparence (validité apparente), mais cette critique pourrait sappliquer aussi bien à la plupart des outils dévaluation que nous examinons dans le présent rapport. En outre, la version actuelle du MAST semble être peu sensible au changement, puisque la plupart des questions commencent par « Avez-vous déjà... »; cependant, il serait facile de modifier les questions pour quelles portent sur une période déterminée. Certaines analyses factorielles ont révélé la présence de quatre et de six facteurs (Parsons, Wallbrown et Meyers, 1994); la structure à quatre facteurs a été constatée dans plusieurs échantillons, y compris un groupe de délinquantes (Saltstone, Halliwell et Hayslip, 1994). Toutefois, le MAST est généralement considéré comme un instrument unidimensionnel.
Léchantillon qui a servi à la validation originale était composé de 526 personnes : des alcooliques hospitalisés, des personnes condamnées pour conduite avec facultés affaiblies ou qui avaient accumulé plusieurs points de démérite pour conduite avec facultés affaiblies, des personnes condamnées pour ivresse et inconduite, et un échantillon de contrôle.
Le MAST comporte plusieurs variantes : le Brief MAST (bMAST), qui comporte 10 questions, le Short MAST (SMAST), qui en comporte 13, et le Malmo modification (Mm-MAST), qui comporte 9 questions. Ces versions plus courtes pourraient sembler plus appropriées pour le dépistage que le test original de 25 questions, mais Cherpitel (1997) a constaté que le bMAST na pas un niveau élevé de sensibilité (mais une spécificité élevée, dont la valeur atteint 0,99) avec certains échantillons, en particulier les Afro-Américains. Le G-MAST a été élaboré par Blow, Young, Hill, Singer et Beresford (1991) pour être utilisé avec les personnes âgées. Le Veterans Alcoholism Screening Test (VAST; Magruder-Habib, Harris et Fraker, 1982) est aussi une variante du MAST; il permet de déceler les problèmes dalcool sur plusieurs périodes dans le temps. Ainsi, pour chaque question, le répondant doit indiquer une réponse par rapport à lannée qui a précédé le test, à la période qui va de un à cinq ans auparavant, et à la période de plus de cinq ans auparavant.
Enfin, on a conçu le Self-Administered Alcoholism Screening Test (SAAST; Swenson et Morse, 1975), qui comporte 35 questions, pour une utilisation plus générale dans les milieux médicaux. Il existe deux exemplaires : lun pour recueillir des renseignements du client, et lautre pour recueillir des données dun ami ou dun membre de la famille. On examine les domaines suivants : perte de contrôle, perturbation de la vie professionnelle et de la vie sociale, conséquences physiques, conséquences affectives, inquiétude exprimée par les autres, antécédents familiaux de problèmes dalcool. Les deux versions peuvent être administrées sous forme de test papier-crayon ou par ordinateur. Il faut environ 5 minutes pour remplir le questionnaire. Aucun formation spéciale nest nécessaire pour lexaminateur.
Des travaux ont été effectués sur la cohérence interne, la validité prédictive et la validité concourante, ainsi quune analyse factorielle pour la confirmation des domaines examinés. On dispose aussi de données normatives sur différents groupes dâge des deux sexes.
Conçue par Skinner, Holt, Schuller, Roy et Israel (1984), cette échelle est très brève (5 questions) et vise à évaluer les blessures associées à la consommation dalcool (abus ou dépendance; Kinney, 1991). Le point de référence temporel est le suivant : « Depuis votre 18e anniversaire... ». Voici des exemples de questions : « Avez-vous déjà été blessé dans un accident de la route? »* et « Vous êtes-vous déjà blessé à la tête? »*. Lorsque le répondant donne au moins deux réponses positives, cela laisse entendre quil a un problème dalcool. Les questions sont habituellement posées oralement au cours dune entrevue. Cet outil présente un taux de spécificité de 81 % et un taux de sensibilité de 68 % pour distinguer les personnes qui font un usage excessif dalcool des buveurs mondains dans les services de consultations externes. La précision globale est de 74 %. Pour déceler la surconsommation chez les clients des unités de médecine familiale, la précision globale est de 70 %, la sensibilité de 67 % et la spécificité de 70 %. Cherpitel (1997) a constaté des valeurs semblables. Kinney (1991) recommande lutilisation de cet outil et le qualifie doutil de dépistage très efficace, bien que les concepteurs de léchelle suggèrent de lutiliser dans les milieux médicaux en combinaison avec des tests en laboratoire. Lutilisation combinée de ces deux outils semble augmenter considérablement la spécificité et la sensibilité. Pour lutiliser auprès de la population carcérale, on pourrait établir comme période de référence « dans les six mois précédant votre incarcération... ».
Existant aussi dans une forme modifiée sous le nom de Health Screening Survey (HSS; Fleming et Barry, 1991), cet outil a été conçu par Wallace et Haines (1985). Les deux instruments ont plutôt été élaborés comme des questionnaires généraux sur le mode de vie (comme le QIMV). Nous parlerons principalement du HSS pour les besoins de notre examen. Le facteur qui a motivé ses concepteurs à élaborer le HSS est quils estimaient que les personnes ont tendance à cacher leurs problèmes de toxicomanie lorsquelles sont interrogées directement sur cette question. Ils croyaient que si lon intégrait des questions sur la drogue et lalcool à un inventaire plus global comprenant une variété de questions liées à la santé, comme le tabagisme, la condition physique et lalimentation, la validité des réponses pourrait en être augmentée, puisque les questions nentraîneraient pas le même degré de défensive ou de dénégation que des questions directes. Dans la section du HSS qui concerne lalcool, on a incorporé les questions du CAGE, des questions sur la consommation durant les trois derniers mois, la Trauma Scale, des questions additionnelles sur la perception qua le répondant de ses problèmes dalcool actuels ou antérieurs, et une question sur les inquiétudes communiquées au client par son médecin à propos de sa consommation dalcool.
La validation psychométrique du HSS a été effectuée avec trois sous-échantillons de clients de centres de traitement de la toxicomanie et de centres de soins primaires et avec les membres de leur famille. Pour les deux échantillons des centres de traitement, la sensibilité se situait entre 0,95 et 0,96; pour lautre échantillon, on a obtenu 0,78. La spécificité se situait entre 0,70 et 0,80 pour les trois échantillons. Les changements quon a apportés à loutil nont pas vraiment modifié ces valeurs. Les comparaisons entre les sexes indiquent que les deux versions ont une forte cohérence interne dans les échantillons de femmes des centres de toxicomanie, mais que la fiabilité est légèrement plus grande pour les hommes de léchantillon des soins primaires. Dans les échantillons des centres de traitement, les deux versions du HSS ont révélé une plus grande sensibilité et une plus grande spécificité pour les femmes, mais dans léchantillon des centres de soins primaires, on a noté une plus grande sensibilité chez les hommes; la spécificité était pratiquement la même pour les deux sexes dans léchantillon des soins primaires. Dans lensemble, le HSS a permis de déceler correctement 95 % des clients alcooliques dans les programmes de traitement, et 78 % dans léchantillon des soins primaires. En révisant loutil, on a amélioré la spécificité tout en ne sacrifiant pas la sensibilité. Malgré des propriétés prometteuses, le HSS est un peu long comme outil de dépistage initial, et il nest pas suffisamment détaillé pour être considéré comme un outil dévaluation global. En outre, il est peut-être moins facilement applicable au milieu correctionnel quaux milieux médicaux généraux pour lesquels il a été conçu au départ.
Conçu par Russell (1994) comme une modification du CAGE, le TWEAK est un outil de dépistage de la consommation dalcool comportant cinq questions et qui est destiné spécialement aux femmes enceintes. Les questions portent sur la tolérance, la réaction des proches, la prise dalcool dès le réveil, les amnésies passagères et le désir de réduire la consommation. On attribue un ou deux points aux réponses positives, selon les questions, et un score total dau moins deux indique que la répondante est une buveuse à risque. Comme le CAGE, ce questionnaire est administré au cours dune entrevue. Cooney et al. (1995) ont constaté que cet outil sest avéré plus sensible que le CAGE ou le MAST dans un grand échantillon composé de femmes afro-américaines, ce qui donne du poids à son utilisation auprès des femmes et auprès dau moins un groupe ethnique minoritaire. Cherpitel a également constaté un niveau acceptable de sensibilité (de 0,83 à 0,91) et de spécificité (de 0,81 à 0,86) dans un échantillon des États-Unis composé de personnes provenant de cultures et de milieux géographiques différents. Sobell et al. (1994) soulignent que loutil présente une bonne validité prédictive et une bonne validité concourante, bien quaucune étude de fiabilité nait été faite. Lavantage du TWEAK par rapport aux autres outils de dépistage est quil prend le présent comme point de référence temporel, plutôt que de fonder le diagnostic principalement sur des variables historiques.
Le T-ACE (Sokol, Martier et Ager, 1989) est une autre modification du CAGE et vise aussi à évaluer la consommation à risque élevé chez les femmes enceintes. Comme le TWEAK, le T-ACE évalue la tolérance, le désir de réduction de la consommation et la prise dalcool dès le réveil. Mais au lieu dévaluer la réaction des proches, il évalue la contrariété face à la réaction des proches. Lélément des amnésies passagères nest pas inclus.
Le test Four P's (Ewing, 1992) comporte quatre questions et a été conçu pour être utilisé avec les femmes. Il évalue la consommation de substances des parents de la répondante, de son partenaire, les problèmes de consommation antérieurs et la consommation durant une grossesse (Cooney et al., 1995).
Allen et Columbus (1995) font remarquer quon a utilisé le TWEAK chez les femmes en âge de procréer, et non seulement chez les femmes enceintes. Il serait donc intéressant de vérifier la validité du T-ACE et du Four P's dans des conditions semblables. Ainsi, dans certaines circonstances, on pourrait utiliser ces outils avec un échantillon de délinquantes.
Plusieurs mesures ont été conçues spécialement pour poser des diagnostics fondés sur les critères du Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (DSM-III-R; DSM-IV, American Psychiatric Association) ou de la Classification internationale des maladies (CIM-10, Organisation mondiale de la santé, 1992). Il sagit habituellement dentrevues structurées administrées par des cliniciens, qui évaluent un grand éventail de problèmes psychiatriques et psychologiques. Mentionnons quelques-uns de ces outils : Structured Clinical Interview for Diagnosis (SCID), connu aussi sous le nom de Psychiatric Research Interview for Substance and Mental Disorders (PRISM; Spitzer et Williams, 1987); Revised Diagnostic Interview for Children and Adults (DICA-R; Reich et al., 1990); Diagnostic Interview Schedule (DIS; Robbins, Cottler et Keating, 1989); Alcohol Use Disorder and Associated Disabilities Interview Schedule (AUDADIS; Grant et Hasin, 1992; Grant, 1996). En outre, le Minnesota Multiphasic Personality Inventory (MMPI; MacAndrew, 1965) et le Millon Clinical Multiaxial Inventory (MCMI; Millon, 1977) contiennent des sous-échelles qui évaluent la consommation de substances. Toutefois, ces instruments sont longs à administrer et ils ont été conçus pour être utilisés principalement avec les personnes souffrant de troubles mentaux. Pour ces raisons, ce ne sont pas des outils idéaux à utiliser pour le dépistage dans la population carcérale ou pour la planification des traitements, bien que certains aient déjà été utilisés dans le système de justice pénale (p. ex. le DIS; Breteler, Van Den Hurk, Schippers et Meerkerk, 1996; et le MCMI; Weekes, Moser et Langevin, 1997).
Le Munich Alcoholism Test (MALT; Feuerlein, Ringer, Kofner et Antons, 1977) a été conçu comme outil diagnostique. Cependant, il existe peu douvrages sur son utilisation. De même, on a conçu le Quantitative Inventory of Alcohol Disorders (QIAD; Ridley et Kordinak, 1988) comme outil dauto-évaluation (22 questions), pour évaluer la fréquence et la quantité de la consommation, ainsi que les problèmes liés à lalcool dans les domaines professionnel, physiologique, juridique, affectif et social. Ses propriétés psychométriques semblaient prometteuses et léchelle avait une assez bonne capacité discriminante, mais le test na pas été commercialisé et on dispose de peu de renseignements à part ceux qui avaient été établis à laide du petit échantillon de référence original.
Mentionnons enfin le Substance Abuse Subtle Screening Inventory (SASSI; Miller, 1985), un test papier-crayon de 78 questions (également en version informatisée). On a conçu cet inventaire pour diminuer les possibilités de falsification des réponses. Selon les concepteurs, le test obtient de très bons résultats à cet égard. Allen et Columbus (1995) font remarquer que le SASSI réussit à déceler le premier stade de la surconsommation chez les personnes qui ne se sont pas encore avoué leur problème. Pour certaines questions, le répondant doit répondre vrai ou faux. Pour dautres, il doit indiquer une fréquence sur une échelle de quatre points. Voici des exemples de questions : « Je prends toutes mes responsabilités au sérieux »* et « Combien de fois vous êtes-vous senti déprimé après avoir dessoûlé? »*. En tant quoutil de dépistage, le SASSI a linconvénient dêtre long. En outre, jusquà présent, il nest pas mentionné dans beaucoup douvrages. On pourrait cependant le recommander comme outil de recherche complémentaire pour examiner la question des réponses malhonnêtes dans les mesures de consommation de substances. Comme nous lavons déjà dit, ce point savère pertinent dans la population carcérale.
Comme nous lavons vu à la section précédente, la plupart des outils de dépistage comportent une certaine mesure de la consommation dalcool et des conséquences néfastes qui y sont associées. Dans cette section, nous passerons en revue certains outils qui mesurent également ces variables, mais qui le font de façon beaucoup plus détaillée et qui permettent donc de brosser un portrait beaucoup plus exhaustif de lampleur et de la nature du problème. Un certain nombre doutils qui mesurent les conséquences évaluent le « syndrome dalcoolo-dépendance ». Ce concept, défini pour la première fois par Edwards et Gross (1976), comprend les éléments suivants : restriction du répertoire des comportements vis-à-vis de lalcool, comportement dappétence, tolérance accrue à lalcool, symptômes de sevrage récurrents, soulagement ou évitement des symptômes de sevrage par la prise dalcool, conscience subjective du besoin compulsif de prendre de lalcool, et propension à la rechute après des périodes dabstinence. Lalcoolo-dépendance est considérée comme le sous-ensemble le mieux quantifié du concept plus général que constituent les « conséquences de la consommation dalcool ou de drogue ». Des mesures ont été conçues pour évaluer dautres domaines de « conséquences »; ces domaines sont considérés comme importants particulierièment pour la motivation et la prévention de la rechute. Bien que ces autres domaines semblent moins bien établis, nous en examinerons quelques-uns ci-dessous.
La QF est lune des méthodes les plus simples pour mesurer la consommation de substances intoxicantes, et elle est utilisée le plus souvent pour évaluer la consommation dalcool. Dans sa forme la plus simple, cette méthode comporte deux questions : « Au cours des _____ derniers jours, combien de jours avez-vous consommé de lalcool? »* et « Les jours où vous avez pris de lalcool, combien de consommations avez-vous prises en général? »*. On précise à quoi correspond une consommation standard (p. ex. une consommation équivaut à douze onces de bières, à cinq onces de vin ou à une once et demie de spiritueux), tout comme dans les autres méthodes décrites dans cette section. On insère souvent les questions de la QF dans des échelles courtes ou dans des inventaires plus détaillés (comme lASIST); on peut aussi poser ces questions à propos de types particuliers de boisson. Il faut au plus deux minutes pour poser les questions, et certains travaux ont été faits sur la fiabilité et la validité de cet outil (Miller et al., 1995). Le « One-minute alcohol consumption history » de Skinner (Fondation de la recherche sur la toxicomanie, septembre 1992) en est un spécimen type et donne des exemples de ce qui constitue une consommation standard. Sobell et al. (1994) critiquent cette méthode parce quelle est axée sur les jours de consommation moyenne et quelle ne détecte pas toujours les épisodes de consommation excessive, qui sont importantes sur le plan clinique. On critique aussi cette méthode à cause de son insensibilité relative au changement (FRT, 1998). Cependant, lidée générale dévaluer la quantité et la fréquence sert de base à la plupart des autres méthodes de mesure de la consommation qui seront examinées ci-dessous, et il serait assez simple dintégrer à ces outils un indicateur des épisodes de consommation excessive. Il existe également certains travaux sur la fiabilité de lutilisation de la QF au sein de la population carcérale (McMurran, Hollin et Bowen, 1990).
Mentionnons que Wilkinson, Leigh, Cordingley, Martin et Lei (1987) ont établi un genre de mesure de QF pour quantifier la polytoxicomanie. Le Psychoactive Drug Use History Questionnaire a été conçu à partir de lanalyse statistique de données sur des sujets qui ont été évalués avant un programme de traitement de la toxicomanie. Ce questionnaire est administré sous forme dentrevue et permet de recueillir des renseignements sur le nombre de mois de consommation au cours de la dernière année, la fréquence habituelle de consommation pendant cette période, le nombre habituel de consommations par jour, la dose habituelle, ainsi que dautres commentaires sur la consommation. On peut utiliser cette méthode à plusieurs reprises pour évaluer diverses catégories de drogue et chaque drogue appartenant à ces catégories. Les concepteurs de cet outil ont constaté de grands écarts entre les réponses relatives aux différentes catégories de drogue et soulignent donc limportance de faire une évaluation séparée pour chaque drogue. Lanalyse typologique a confirmé les différences entre les catégories de drogue sur les plans de la consommation, de nombreuses variables démographiques et des scores obtenus au MAST (examiné ci-dessous) et au Test de dépistage de labus de drogue (TDAD; examiné plus loin).
Skinner (1979) est le concepteur de cet outil, qui est une entrevue au cours de laquelle le client fournit des renseignements sur sa consommation, depuis quil a commencé à boire jusquà maintenant. On peut aussi diviser cette période en périodes plus courtes. Cet outil permet de recueillir des données sur la fréquence et la quantité ainsi que sur la consommation« moyenne » et « maximale ». En outre, lintervieweur note aussi le genre dalcool consommé et indique si le client a lhabitude ou non de boire le matin dès son réveil (FRT, 1998). Lentrevue dure environ vingt minutes, et le nombre de questions dépend du nombre de périodes visées par lévaluation. Les intervieweurs doivent avoir suivi une formation. Les résultats de lentrevue sont calculés manuellement. Des travaux ont été effectués pour déterminer la constance test-retest ainsi que la validité de contenu et de concept. Il existe aussi des normes sur la population en général. Si lon présume que les antécédents en matière de consommation dalcool permettent de prévoir les résultats du traitement, les probabilités de rechute ou les risques de récidive criminelle (voir Partie I), les données recueillies au moyen de cette entrevue pourraient savérer utiles dans les milieux correctionnels. En outre, Allen et Columbus (1995) précisent quon peut utiliser cet outil pour motiver le client à suivre un traitement en établissant avec lui un diagramme de son profil de consommation. On peut facilement évaluer aussi les épisodes de consommation excessive en demandant au client le nombre de jours où il a pris cinq consommations ou plus (quatre pour les femmes) en une seule occasion (Wechsler, Davenport et al., 1994).
Le journal peut servir à évaluer la consommation dalcool et de drogue. Le client prend note des consommations au moment même où il les prend, ce qui a pour avantage quil na pas à se fier à sa mémoire (Sobell et al., 1994). Miller et al. (1995) font état des propriétés psychométriques valables qui sont associées à cette stratégie. Cependant, comme la collecte de données sur les délinquants se fait le plus souvent de façon rétrospective, cette méthode ne semble pas très utile.
Sobell, Maisto, Sobell et Cooper (1979) ont conçu cet outil, qui consiste en une entrevue structurée (le répondant peut aussi utiliser cette méthode seul, puisquil existe une version informatisée; Allen et Columbus,1995, recommandent de produire les résultats par ordinateur). Au cours de lentrevue, lintervieweur tente de reconstruire le profil de consommation dalcool du client au cours dune période déterminée (p. ex. un mois) en utilisant certaines méthodes mnémotechniques : calendrier, dates clés et événements importants, tableau déquivalences de la consommation standard, périodes dabstinence et épisodes de consommation excessive, limites supérieure et inférieure de la consommation, et technique de lexagération (consistant à suggérer au client une quantité dalcool supérieure à celle quil est susceptible davoir consommée afin de linciter à donner une réponse honnête). Lentrevue ou lauto-administration peut durer de dix à trente minutes, selon la période de temps visée. On a fait état de données sur la fiabilité et la validité de cette approche, ainsi que de données normatives (Miller et coll., 1995; Sobell et al., 1994); la Fondation de la recherche sur la toxicomanie (1998) indique que cet outil présente « un très bon coefficient de fiabilité [particulièrement pour la constance test-retest] et de validité auprès de différents groupes de buveurs comprenant des hommes, des femmes, des alcooliques chroniques et des buveurs excessifs » (p.11), bien quil nexiste aucune donnée relativement à son utilisation auprès de membres dautres cultures (p.11). Les études de validité ont permis détablir une forte corrélation entre la TLFB et les données officielles sur les arrestations et les hospitalisations associées à lalcool et sur les séjours pour des programmes de traitement en établissement (r variant entre 0,42 et 0,93); une corrélation aussi entre la TLFB et des marqueurs physiologiques comme les fonctions hépatiques; une forte corrélation entre la TLFB et dautres mesures des problèmes dalcool comme le TDEA et le SMAST (r variant entre 0,51 et 0,62); et une forte corrélation avec les déclarations des proches du client (r variant entre 0,52 et 0,95). Allen et Columbus (1995) résument et confirment également les propriétés psychométriques satisfaisantes de la TLFB, et ils indiquent que cet outil est utile pour révéler au client les habitudes associées à son problème dalcool et pour lui fournir un retour dinformation. Il existe des données normatives pour diverses populations (p. ex. étudiants, échantillons de la collectivité, clients des consultations externes), mais pas pour les populations carcérales. Comme la TLFB fait appel aux souvenirs du client sur une période donnée, elle peut être très sensible au changement des habitudes de consommation. Elle permet de tenir compte de la possibilité que le client ait été incarcéré pendant certaines périodes et peut donc être de quelque utilité dans les milieux correctionnels lorsquil faut établir un profil détaillé de la consommation du délinquant. Il existe aussi une version informatisée de cet outil (Allen et Columbus, 1995).
En résumé, les méthodes utilisées pour mesurer la consommation dalcool ont comme principal avantage quelles permettent de recueillir des renseignements très directs et exacts sur le comportement du client. Toutefois, pour la population carcérale, lutilisation de ces méthodes peut présenter des difficultés dans certaines circonstances. Ainsi, comme les substances intoxicantes sont considérées comme des objets interdits dans les établissements correctionnels, il y a peu de chances que les détenus fassent part de leur consommation dalcool ou de drogue. De même, ces méthodes ne seraient probablement pas utiles pour évaluer les habitudes de consommation postérieures à la mise en liberté, étant donné quon impose souvent au délinquant de sabstenir de consommer de lalcool et de la drogue comme condition de sa mise en liberté. Si un délinquant déclare quil a consommé une de ces substances, il risque de voir sa liberté suspendue. En outre, les méthodes servant à mesurer la consommation sont difficilement applicables aux substances autres que lalcool, car il est presque impossible de préciser une mesure « étalon » en raison de la variabilité de la pureté des drogues illicites; par conséquent, on peut évaluer la fréquence de la consommation, mais il est difficile dévaluer la quantité consommée. Enfin, il nest pas certain que toutes les drogues séquivalent; si une personne qui consommait de lhéroïne tous les jours remplace cette drogue par de la marijuana et continue à faire usage dhéroïne à loccasion, doit-on considérer que sa situation est la même, quelle sest aggravée ou quelle sest améliorée? En général, il est difficile dévaluer le comportement des personnes qui font un usage simultané de plusieurs drogues. On a élaboré certains outils dévaluation complets et détaillés pour y parvenir : Psychoactive Drug Use History (Wilkinson et al., 1987), TOPS Drug Use Patterns (French, Zarkin, Hubbard et Rachal, 1993; Hubbard et al., 1986), Alcohol and Drug Use Patterns and Problems (utilisé dans létude sur les résultats des traitements de la toxicomanie en Ontario, Ogborne, 1991).
LADD (Raistrick, Dunbar et Davidson, 1983) est un test papier-crayon de 39 questions (pouvant aussi être administré sous forme dentrevue) conçu pour évaluer tous les aspects du syndrome dalcoolo-dépendance chez les populations qui ont une dépendance légère ou moyenne. On a choisi les questions en fonction de leur capacité de mesurer le syndrome dalcoolo-dépendance décrit par Edwards et Gross (1976), ce qui donne à cet outil un coefficient élevé de validité de contenu. Dans ce test, chaque énoncé est coté sur une échelle de 4 points (de 0 à 3) selon la fréquence de loccurrence.
La version abrégée, le SADD, comprend 15 questions et est censée se concentrer sur certains aspects du syndrome dalcoolo-dépendance (Allen et Columbus, 1995). Le coefficient de corrélation entre les deux tests est de 0,92, et on utilise maintenant beaucoup plus souvent la version abrégée. Le score total peut varier de 0 à 45. Les répondants sont classés dans lun des quatre groupes suivants : aucune dépendance (score de 0), faible dépendance (de 1 à 9), dépendance moyenne (de 10 à 19), forte dépendance (20 et plus). La période de référence correspond aux habitudes de consommation les plus récentes. Voici des exemples de questions : « Planifiez-vous vos journées en fonction des moments et des endroits où vous pourrez boire? »* et « Vous arrive-t-il de constater après coup que les choses effrayantes que vous avez vues après avoir bu à lexcès nétaient que le fruit de votre imagination? »*. La durée de lentrevue ou de lauto-administration est de deux à cinq minutes; lintervieweur na pas à suivre une formation spéciale. On dispose de données sur la fiabilité de cet outil (Sobell et al., 1994), mais pas sur la cohérence interne. Les corrélations entre les questions séchelonnent entre 0,47 et 0,81, la corrélation dhomogénéité est de 0,87 et le coefficient de fiabilité test-retest varie de 0,81 à 0,92 (FRT, 1998). Lanalyse factorielle confirme que le SADD mesure un seul concept. Il existe de fortes corrélations entre le SADD et le SADQ (de 0,81 à 0,83), lTDEA (0,61), la consommation dalcool (0,53), le SMAST (0,49) et lAlcohol-Related Problems Questionnaire (0,38), mais pas entre le SADD et les analyses de sang ou des fonctions hépatiques (nous parlerons plus loin des problèmes liés à linterprétation des marqueurs biochimiques). On a montré que le SADD possède une bonne validité discriminante; ainsi, il a permis détablir une distinction entre les buveurs mondains et les alcooliques. Nous supposons que cet outil devrait être sensible au changement, mais nous ne disposons pas de données pour étayer cette hypothèse. On a utilisé le SADD auprès dhommes et de femmes adultes et auprès de jeunes contrevenants de sexe masculin (McMurran et Hollin, 1989; McMurran, Hollin et Bowen, 1990), et les propriétés psychométriques sont demeurées à peu près les mêmes (coefficient de fiabilité test-retest de 0,87 à 0,88; corrélation dhomogénéité de 0,85).
l’auto-administration est de deux à cinq minutes; l’intervieweur n’a pas à suivre une formation spéciale. On dispose de données sur la fiabilité de cet outil (Sobell et al., 1994), mais pas sur la cohérence interne. Les corrélations entre les questions s’échelonnent entre 0,47 et 0,81, la corrélation d’homogénéité est de 0,87 et le coefficient de fiabilité test-retest varie de 0,81 à 0,92 (FRT, 1998). L’analyse factorielle confirme que le SADD mesure un seul concept. Il existe de fortes corrélations entre le SADD et le SADQ (de 0,81 à 0,83), l’TDEA (0,61), la consommation d’alcool (0,53), le SMAST (0,49) et l’Alcohol-Related Problems Questionnaire (0,38), mais pas entre le SADD et les analyses de sang ou des fonctions hépatiques (nous parlerons plus loin des problèmes liés à l’interprétation des marqueurs biochimiques). On a montré que le SADD possède une bonne validité discriminante; ainsi, il a permis d’établir une distinction entre les buveurs mondains et les alcooliques. Nous supposons que cet outil devrait être sensible au changement, mais nous ne disposons pas de données pour étayer cette hypothèse. On a utilisé le SADD auprès d’hommes et de femmes adultes et auprès de jeunes contrevenants de sexe masculin (McMurran et Hollin, 1989; McMurran, Hollin et Bowen, 1990), et les propriétés psychométriques sont demeurées à peu près les mêmes (coefficient de fiabilité test-retest de 0,87 à 0,88; corrélation d’homogénéité de 0,85).
Cet outil (Polich, Armor et Braiker, 1981) comporte 19 questions « oui/non » qui déterminent les symptômes de sevrage, les symptômes dintoxication extrême, les efforts pour réduire la consommation dalcool, les conséquences de la consommation - dans les domaines professionnel, juridique, médical et social -, les épisodes de consommation excessive, ainsi que les traitements qui ont été suivis par le répondant au cours des six mois précédents. En outre, le répondant peut inscrire dans une zone prévue à cette fin les problèmes qui ne sont pas directement évalués dans les autres questions. Les concepteurs ne recommandent pas délaborer une échelle numérique à partir de lévaluation des conséquences. Cet outil sert principalement à vérifier si le « problème dalcool » est encore présent après le traitement. Ils considèrent que la présence dune seule conséquence est un indicateur dun « problème dalcool ». Par conséquent, dans sa forme originale, ce questionnaire nest peut-être pas particulièrement utile pour faire une évaluation quantitative des délinquants toxicomanes.
Le ME (Manson et Huba, 1987) est un outil dauto-évaluation de 72 questions qui évalue diverses variables psychologiques (anxiété, dépression, labilité, relations interpersonnelles) en plus de la consommation de substances intoxicantes. Il faut entre cinq et dix minutes pour administrer le test, et les résultats peuvent être calculés par ordinateur. Lavantage de lutilisation du logiciel est que celui-ci génère un profil du client et produit un indice de probabilité de la propension du client à lalcoolisme. On dispose de données normatives sur un échantillon non clinique dhommes et de femmes provenant de la collectivité de Los Angeles (Inciardi, 1994). Le coefficient de cohérence interne est de 0,87 pour cet échantillon. Pour ce qui est de la validité, la détermination de scores de référence différents selon le sexe a permis de diagnostiquer correctement 79 % et 84 % dalcooliques chez les hommes et les femmes respectivement, et 71 des 72 questions ont permis détablir une distinction entre les alcooliques et les non-alcooliques. Malgré ces propriétés prometteuses, on ne retrouve pas souvent le ME-Revised dans les ouvrages qui portent sur la toxicomanie ni, à notre connaissance, dans les publications sur la criminologie.
Le SADQ (Stockwell, Hodgson, Edwards, Taylor et Ranking, 1979; Stockwell, Murphy et Hodgson, 1983) est un questionnaire papier-crayon de 20 questions conçu pour évaluer le syndrome dalcoolo-dépendance. Il comprend cinq sous-échelles : sevrage physique, sevrage affectif, prise dalcool pour soulager les effets du sevrage, consommation dalcool, et rapidité de la rechute. Les répondants indiquent sur une échelle de quatre points à quelle fréquence ils ressentent chacun des symptômes énumérés, pendant ou après les périodes de forte consommation dalcool. Le score total peut se situer entre 0 et 60; un score supérieur à 30 indique une dépendance grave. Cependant, cet outil semble moins sensible que le TDEA ou le SADD dans les cas de dépendance légère. Il existe des versions abrégées et des versions informatisées (Sobell et al., 1994). Voici des exemples de questions : « Pendant les périodes où je bois beaucoup, je me sens au bord du désespoir à mon réveil »* et « Pendant les périodes où je bois beaucoup, jaime prendre un verre dès mon réveil »*. Il faut cinq minutes pour répondre au questionnaire, et lexaminateur na pas à suivre de formation spéciale.
Les auteurs précisent que lun des avantages du SADQ est que les résultats ne sont relativement pas influencés par le statut socio-économique des répondants parce que les questions concernent des symptômes que peuvent ressentir tous les buveurs. Des travaux ont été effectués sur la cohérence interne, la validité de contenu et la validité prédictive (Miller et al., 1995), ainsi que sur la constance test-retest (intervalle de deux semaines, 0,85) et la validité concourante. On a constaté une corrélation de 0,84 entre les scores du SADQ et les diagnostics de dépendance posés par les cliniciens (Stockwell et al., 1983). Ces derniers ont constaté que lorsquon utilise un score de référence de 35, les résultats du SADQ correspondent au diagnostic binaire dun clinicien dans 82 % des cas. En outre, on a observé une corrélation entre lauto-évaluation des envies et la quantité dalcool consommée durant une journée type de consommation excessive (0,81; Stockwell et al., 1983) et les symptômes cliniques de sevrage (Miller et al., 1995). Selon lanalyse factorielle, un facteur unique rend compte de 53 % de la variance. Léchantillon original qui a servi à la conception et à la validation comprenait 104 hommes et femmes anglophones qui se sont présentés pour recevoir un traitement pour lalcoolisme dans un hôpital, un service de consultations externes ou une clinique communautaire. Le questionnaire comportait à lorigine 33 questions, puis, après une série danalyses factorielles, on a réduit ce nombre à 20. On a ensuite soumis chacune des sous-échelles à une autre analyse factorielle pour confirmer lexistence dun seul facteur. La corrélation entre les sous-échelles est très élevée, résultat auquel sattendaient les concepteurs étant donné la cohésion théorique du syndrome dalcoolo-dépendance. On dispose de normes sur des personnes à la recherche dun traitement dans un hôpital, dans une unité de consultations externes ou dans une clinique communautaire; ces échantillons provenaient de différents pays (Allen et Columbus, 1995). Ces derniers laissent entendre que ce questionnaire est utile pour évaluer les chances de réussite des candidats qui souhaitent contrôler leur consommation dalcool et pour prévoir la gravité probable des symptômes de sevrage durant la période dabstinence. Comme le SADQ utilise comme point de référence une période de forte consommation, il nest pas sensible aux changements postérieurs au traitement et nest donc utile que dans le contexte dune évaluation. En Amérique du Nord, ce questionnaire a été largement supplanté par le TDEA, qui est conçu à peu près de la même façon.
La SDS (Gossop, Darke, Griffiths, Hando, Powis, Hall et Strang,1995) est un court questionnaire dauto-évaluation papier-crayon. Il a été conçu comme une version plus générale de la Severity of Opiate Dependence Scale (SODS, Sutherland, Edwards, Taylor, Phillips et Gossop, 1986), qui était elle-même fondée sur le SADQ. Cet outil sintéresse principalement à laspect psychologique de la dépendance. Il ne compte que cinq questions. En voici deux : « Aviez-vous limpression que vous nétiez pas capable de contrôler votre consommation de (nom de la drogue)? »* et « Est-ce que la perspective de sauter une dose vous rendait anxieux ou inquiet? »*. Les répondants indiquent leurs réponses sur une échelle de quatre points. La période de référence est la dernière année. Les scores séchelonnent de 0 à 15.
Léchantillon qui a servi à la conception et à la validation de léchelle était formé de cinq échantillons (1 312 sujets au total) comprenant des consommateurs dhéroïne, de cocaïne et damphétamines. Lanalyse factorielle a confirmé laspect fortement unidimensionnel de cet outil. Dans les cinq échantillons, le coefficient alpha de Cronbach variait de 0,81 à 0,90. Pour ce qui est de la validité concourante, les scores de la SDS étaient liés à la durée de la consommation (de 0,24 à 0,30), à la fréquence de consommation (de 0,42 à 0,46) et à la dose (de 0,24 à 0,25) pour les trois principaux types de drogues consommées. Ces propriétés psychométriques respectables ont été confirmées par dautres études (Topp et Mattick, 1997). Des analyses de la courbe defficacité ont indiqué que la SDS est aussi utile pour établir un diagnostic de dépendance à la drogue que certains autres outils diagnostiques plus détaillés (Topp et Mattick, 1997).
Le TDEA est lun des outils les plus utilisés pour mesurer les symptômes de lalcoolo-dépendance. Cette échelle a été conçue par Skinner et Horn (1984) à partir de questions extraites dun inventaire plus détaillé, intitulé Alcohol Use Inventory, au moyen dune analyse factorielle. Cette série de questions constituaient un facteur permettant dévaluer le concept dalcoolo-dépendance défini par Gross et Edwards (1976). Le TDEA est un questionnaire papier-crayon auto-administré (il existe une version informatisée, et le test a aussi été incorporé dans des outils informatisés plus détaillés) qui utilise comme période de référence les 12 derniers mois (cette période a été modifiée lorsquon a inclus léchelle dans des outils plus élaborés, comme le QIMV). Il faut entre cinq et dix minutes pour répondre au questionnaire, et lexaminateur na pas à suivre une formation spéciale. Le TDEA comprend 25 questions (il y en avait dabord 29; la corrélation entre les deux versions varie de 0,96 à 0,99). Voici des exemples de questions : « Buvez-vous toute la journée? » et « La dernière fois que vous avez bu, quelle quantité avez-vous consommée? ». Les réponses sont cotées sur une échelle de 2, 3 ou 4 points (de 0 à 3). Le score total varie de 0 à 47. On peut classer les répondants dans les groupes suivants selon le résultat obtenu : dépendance nulle (0), faible (de 1 à 13), moyenne (de 14 à 20), importante (de 22 à 30), et grave (de 31 à 47). Ross, Gavin et Skinner (1990) indiquent quun score de référence situé entre 8 et 9 correspond au diagnostic dabus ou de dépendance défini dans le DSM.
Le TDEA présente une excellente cohérence interne (de 0,85 à 0,92; 0,94 pour les détenus) et une bonne constance test-retest (0,92). Les scores du TDEA sont en corrélation avec le degré de psychopathologie et les conséquences néfastes de la consommation dalcool. Pour ce qui est de la validité discriminante, 88 % dun échantillon testé ont été correctement classés (FRT, 1998). Lanalyse factorielle a révélé quun groupe de questions principalement unidimensionnelles permettent de déceler les symptômes de sevrage et que deux facteurs moins importants servent à évaluer la perte de contrôle et la consommation obsessionnelle-compulsive (FRT, 1998). Il y a une corrélation assez élevée entre, dune part, les scores du TDEA et, dautre part, le MAST (0,69), plusieurs sous-échelles de lAUI (Skinner et Allen, 1982), et le nombre de symptômes du DSM (de 0,58 à 0,73). En outre, les scores de cet outil sont en corrélation avec de nombreux problèmes psychologiques, médicaux et juridiques, ainsi quavec les sentiments subjectifs de perte de contrôle de la consommation dalcool. Les relations entre les scores du TDEA et lissue du traitement nont pas été établies de façon concluante, mais on a constaté des relations avec la rechute postérieure au traitement (Langenbucher, Sulesund, Chung et Morgenstern, 1996). Certains ont critiqué cet outil parce quil est axé principalement sur la dépendance physiologique et a une corrélation significative avec plusieurs mesures de désirabilité sociale et de déni de la réalité. Cependant, il faut avouer quon na pas évalué cette corrélation dans beaucoup doutils; il nest donc pas évident quil soit même possible de concevoir une mesure de la toxicomanie qui ne tienne aucun compte de la notion de désirabilité sociale. À notre connaissance, il nexiste pas de données publiées sur la sensibilité du TDEA au changement, bien que les questions soient construites de façon que, dans une période de temps donnée, le TDEA puisse déceler des changements de comportement et de symptôme. Il existe des données sur des populations de délinquants de sexe masculin (Hodgins et Lightfoot, 1989; Miller et al., 1995; Millson, Weekes et Lightfoot, 1995; Sobell et al., 1994; Weekes, Moser et Langevin, 1997).
Le TDAD, conçu en 1982 par Skinner, comptait au départ 28 questions, mais on utilise le plus souvent la version de 20 questions (le coefficient de corrélation entre les deux versions est de 0,99; Skinner, 1982); il y a aussi une version abrégée de 10 questions. Même si on a pris comme modèle les questions du MAST, le TDAD est axé sur la consommation de drogues autres que lalcool; il a été conçu pour être utilisé dans des milieux cliniques et pour des fins de recherche. Cet outil sert donc à évaluer les symptômes de la dépendance à la drogue, mais il permet aussi dévaluer dautres conséquences qui ne sont pas liées à ce diagnostic. Les questions du TDAD portent sur la fréquence et le type de consommation, les symptômes de sevrage et de dépendance, les conséquences physiques et juridiques, les conséquences sur le travail, la vie familiale et la vie sociale, le sentiment de culpabilité et les traitements suivis antérieurement. Voici des exemples de questions : « Avez-vous déjà fait un usage abusif de médicaments sur ordonnance? » et « Vos parents ou votre conjoint ont-ils déjà critiqué votre consommation de drogues? ». On utilise comme période de référence les douze derniers mois (bien que, tout comme pour le MAST, on ait modifié cette période pour adapter le questionnaire à des milieux particuliers, comme le Service correctionnel du Canada, qui utilise comme période de référence les six mois ayant précédé larrestation du délinquant). On recommande que le client possède une capacité de lecture du niveau de la sixième année pour subir le test (Inciardi, 1994). On attribue un point à chaque réponse positive; lorsque le score est de cinq ou plus, il est recommandé de faire une évaluation plus approfondie. La recherche a révélé que les scores faibles sont associés à la consommation dalcool, les scores moyens à un usage simultané dalcool et de drogues, et les scores élevés à la consommation de substances autres que lalcool. La durée du test est denviron cinq minutes. Le test peut être administré par un clinicien ou rempli manuellement ou à lordinateur par le répondant.
On a constaté un taux de spécificité de 96 %, un taux de sensibilité de 79 % (Kinney, 1991; Sobell et al., 1994) et un taux global de précision de 85 % (Inciardi, 1994). Le TDAD présente une excellente cohérence interne dans la plupart des échantillons (de 0,86 à 0,95; Inciardi, 1994; Saltstone, Halliwell et Hayslip, 1994; Skinner, 1982), mais les valeurs semblent moins élevées dans certains échantillons de consommateurs de stupéfiants (0,74). Le test possède une bonne validité de contenu et de concept, et les analyses en composantes principales ont révélé la présence daspects unidimensionnels et daspects multidimensionnels (Saltstone, Halliwell et Hayslip, 1994). Cependant, le concepteur du test (Skinner, 1982) considère généralement quil sagit dun outil unidimensionnel. Les scores du TDAD sont en corrélation significative avec la fréquence de consommation dune grande variété de substances (de 0,35 à 0,55), le nombre de drogues consommées actuellement (0,29), les antécédents de consommation (de 0,35 à 0,55) et les problèmes de consommation perçus par les clients eux-mêmes (0,30). Les résultats du TDAD sont également liés aux diagnostics dabus de substances fondés sur le DSM (de 0,74 à 0,75) ainsi quà plusieurs symptômes décrits dans le DSM (0,71). Cependant, le TDAD na pas une forte corrélation avec les mesures dalcoolo-dépendance comme le MAST (r = 0,41; Saltstone, Halliwell et Hayslip, 1994) et le TDEA, mais il permet détablir une distinction entre les personnes qui consomment uniquement de lalcool, celles qui consomment seulement des drogues et celles qui font un usage combiné dalcool et de drogues (FRT, 1998). Les scores du TDAD sont liés à la fréquence de la consommation de drogues (de 0,19 à 0,55, selon la drogue consommée), à un certain nombre de domaines de la psychopathologie (p. ex. la dépression : 0,31, la déviance sociale : 0,54, limpulsivité : 0,42, les idées de persécution : 0,35), ainsi quà un certain nombre de variables démographiques et historiques (p. ex. la classe sociale : -0,31, la stabilité sociale : -0,27, les événements stressants de la vie : 0,28) (Skinner, 1982). Contrairement au TDEA, le TDAD ne semble pas être fortement correlé avec les mesures de biais dans les réponses (corrélations modérées avec la désirabilité sociale [de -0,31 à -0,38] et avec le déni de la réalité [de 0,13 à 0,28]). Aucune étude na fait état de données précises sur la sensibilité du TDAD au changement, mais le contenu des questions laisse supposer quil serait possible de mesurer le changement. La structure factorielle et la nature unidimensionnelle générale de loutil ont été validées auprès dun certain nombre de populations dont des groupes de délinquantes (Saltstone, Halliwell et Hayslip, 1994). On dispose de données normatives sur des populations dhommes et de femmes qui consomment de la drogue au Canada (Inciardi, 1994), et on accumule une importante base de données sur la population carcérale au Canada (Lightfoot et Boland, 1993; Millson, Weekes et Lightfoot, 1995; Weekes, Moser et Langevin, 1997) et sur certaines populations des États-Unis (voir Singer, Bussey, Song et Lunghofer, 1995; rapport sur lutilisation dune version abrégée du TDAD auprès de délinquantes).
Conçu par Miller, Tonigan et Longabaugh (1994), cet inventaire permet dobtenir des données sur cinq différents domaines de problèmes qui peuvent être survenus au cours de la vie aussi bien quau cours des trois derniers mois. Il sagit dun inventaire papier-crayon auto-administré qui peut être rempli en dix minutes environ. Lexaminateur, qui doit avoir reçu une brève formation, met cinq minutes pour calculer les résultats. Les cinq sous-échelles portent sur les conséquences de la consommation dalcool sur les plans physique, intrapersonnel et interpersonnel, et sur les plans des responsabilités sociales et du contrôle des impulsions. Mentionnons que ces sous-échelles nont pas été confirmées par lanalyse factorielle effectuée sur les données normatives. On les a toutefois retenues, car elles facilitent linterprétation clinique. Pour chaque énoncé, le répondant doit dire si cela lui est déjà arrivé (oui ou non), et combien de fois cela lui est arrivé au cours des trois derniers mois (sur une échelle de 4 points). Ainsi, on peut voir si le répondant a eu ces problèmes à un moment ou lautre de sa vie, et loutil est sensible aux changements. Voici des exemples dénoncés : « Des membres de ma famille ou des amis se sont inquiétés ou se sont plaints de ma consommation dalcool »* et « Le fait de boire ma aidé à voir la vie sous un meilleur jour »*.
Pour élaborer les énoncés, les concepteurs se sont inspirés de leur expérience clinique et de consultations avec des collègues travaillant dans le même domaine. Des études récentes révèlent une bonne cohérence interne (le coefficient alpha du score total variant entre 0,90 et 0,94; celui des sous échelles entre 0,60 et 0,86) et une bonne constance test-retest (score total : 0,93; sous-échelles : de 0,79 à 0,96). On a constaté une corrélation modérée ou élevée entre les scores du DrInC et un certain nombre de variables critères, comme les sous-échelles de lAUI, linventaire de dépression de Beck, certaines sous-échelles de lASI, et la consommation dalcool (la plupart des coefficients de corrélation se situant entre 0,30 et 0,60). Il semble bien que le DrInC permette dexplorer des domaines qui ne sont pas évalués par les mesures de consommation dalcool et dalcoolo-dépendance, ce qui laisse supposer que les « problèmes dalcool » constituent un domaine qui doit être évalué séparément (Miller et al., 1995). Allen et Columbus (1995) recommandent lutilisation de cet outil tant pour la planification du traitement que pour lévaluation des résultats du traitement. On ne dispose pas actuellement de méthode informatisée pour le calcul des résultats ou linterprétation. Les données normatives proviennent dhommes et de femmes, hospitalisés ou non, présentant des problèmes dalcool, dans plusieurs États américains; les normes établies pour ces sous-groupes sont à la disposition des examinateurs (Miller, Tonigan et Longabaugh, 1994). Il existe une version abrégée du questionnaire, le Short Index of Problems (SIP); ses propriétés psychométriques ne sont pas aussi bonnes, surtout pour ce qui est de la cohérence interne. En outre, il existe plusieurs formes parallèles ainsi quun inventaire correspondant appelé Inventory of Drug Use Consequences (InDUC); on na apporté que des modifications mineures à la version originale pour que le questionnaire porte sur la consommation de drogues.
Cet outil, conçu par Brown, Goldman, Inn et Anderson (1980), est un questionnaire papier-crayon (il existe aussi une version informatisée, mais les résultats ne peuvent être calculés par ordinateur). LAEQ mesure les attentes du répondant par rapport aux conséquences positives de la consommation dalcool. Selon Allen et Columbus (1995), il sagit de la mesure des attentes la plus utilisée dans les milieux de la recherche et dans les cliniques (p. 214). Le répondant peut répondre lui-même au questionnaire en 20 à 30 minutes, ou encore celui-ci peut lui être administré par un clinicien. Le répondant doit dire sil est daccord ou sil nest pas daccord avec 90 énoncés. Six facteurs ont été extraits : changements positifs globaux; plaisir social et physique; amélioration de lactivité sexuelle; augmentation de laffirmation de soi; diminution du stress ou relaxation; augmentation de la stimulation et de lagressivité. Les énoncés ont été tirés dune compilation de 120 déclarations textuelles dhommes et de femmes qui avaient des antécédents divers en matière de consommation dalcool (depuis les personnes qui nen consomment pas aux alcooliques chroniques). Voici des exemples des énoncés : « Quand je consomme de lalcool, jai plus confiance en moi »* et « La consommation dalcool maide à mieux dormir »*. Cet outil dévaluation savère efficace pour déceler les habitudes de consommation actuelles, pour prévoir les habitudes futures, et pour prévoir si le client poursuivra son traitement jusquà la fin et sil aura une rechute après le traitement. À cet égard, lAEQ peut être utile comme mesure prédictive avant la mise en liberté du délinquant. En outre, il existe une forte corrélation entre lAEQ et dautres mesures des problèmes dalcool, comme le MAST. Ses propriétés psychométriques sont généralement bien établies à léchelle internationale (Allen et Columbus, 1995). Parmi les variantes de lAEQ, mentionnons lAlcohol Effects Questionnaire de Rohsenow (1983), qui compte 40 questions « vrai/faux » et qui évalue les conséquences positives et négatives de la consommation dalcool, et lAlcohol Beliefs Questionnaire de Collins, Lapp, Emmons et Isaac (1990), dans lequel le répondant doit indiquer sil est daccord ou non avec 40 énoncés sur lusage dalcool (Miller et al., 1995; Sobell et al., 1994).
Le NAEQ (McMahon & Jones, 1993) est un questionnaire dauto-évaluation comportant 60 énoncés (il peut être administré sous forme de test papier-crayon ou dentrevue ou par ordinateur). Il vise à évaluer dans quelle mesure le répondant prévoit quil se produirait des conséquences négatives sil prenait un verre maintenant. On mesure les conséquences attendues le jour même (conséquences proximales) et le lendemain (conséquences distales), ainsi que les conséquences attendues à long terme (conséquences distales) si la consommation dalcool est maintenue au niveau actuel. Voici des exemples dénoncés du questionnaire : « Je me bagarrerais avec quelquun »*, « Jaurais la gueule de bois »* et « Je mendetterais »*. Les répondants indiquent sur une échelle de 5 points dans quelle mesure ils estiment que les conséquences se produiraient. La durée du test est de 15 à 20 minutes. Aucune formation nest exigée de lexaminateur. Il existe aussi une version abrégée de 22 questions. Des travaux psychométriques ont été effectués sur la constance test-retest, la corrélation dhomogénéité et la cohérence interne, ainsi que sur la validité prédictive, la validité concourante et la validité du concept. On dispose de données normatives, et léchantillon de référence est représentatif dun vaste ensemble de buveurs (depuis les personnes qui ne consomment pas dalcool jusquaux buveurs mondains, aux personnes qui recommencent à boire après un traitement et à celles qui sabstiennent de boire après un traitement) (Allen et Columbus, 1995).
Un des avantages de cet outil est quil permet de générer une évaluation sommaire quantitative et une évaluation qualitative pouvant servir à personnaliser le traitement; les énoncés du questionnaire peuvent savérer sensibles aux changements, en tant quobjectifs de traitement. Un des inconvénients est que cet outil est axé essentiellement sur les conséquences négatives. Or, de nombreuses études sur le traitement de la toxicomanie ont démontré quil est nécessaire dexaminer les conséquences positives.
Le DEQ (Young et Knight, 1989) est un questionnaire papier-crayon comprenant 80 énoncés qui évaluent les conséquences quattend le répondant de sa consommation dalcool; les 9 sous-échelles portent sur les domaines suivants : affirmation de soi, changements sur le plan affectif, amélioration de lactivité sexuelle, amélioration des compétences sociales, relaxation, déficiences cognitives, dépendance, insouciance, et agressivité. Voici quelques exemples dénoncés du questionnaire : « Consommer de lalcool me rend plus optimiste face à lavenir »* et « Consommer de lalcool me donne le sentiment dêtre un raté »*. Il faut 30 minutes pour remplir le questionnaire et 15 minutes pour calculer les résultats. Le répondant peut le remplir et calculer son score lui-même. Ainsi, aucune formation nest nécessaire.
Les énoncés du DEQ ont été conçus à partir dentrevues réalisées auprès de consommateurs dalcool, dun examen de travaux expérimentaux sur les attentes liées à la consommation dalcool, et de mesures connexes existantes. Ces questions ont été mises à lessai auprès déchantillons assez importants détudiants et de membres de collectivités de la Nouvelle-Zélande. Elles ont été épurées au moyen danalyses factorielles, et des sous-échelles ont été créées. Lors de la conception du questionnaire, on a effectué des analyses de la cohérence interne (le coefficient alpha séchelonnait entre 0,73 et 0,94 pour toutes les sous-échelles sauf celle de lagressivité). Allen et Columbus (1995) rendent compte des travaux qui ont été effectués depuis sur la validité (validité de contenu, validité prédictive, validité concourante et validité de concept). Ils recommandent dutiliser le DEQ pour la planification du traitement et pour mesurer les progrès accomplis au cours du traitement (Allen et Columbus, 1995). Si les attentes liées à la consommation dalcool constituent un des objectifs du traitement, le DEQ semblerait permettre de déceler les changements. De plus, comme on peut voir dans les exemples dénoncés susmentionnés, le DEQ tient compte des conséquences positives et des conséquences négatives. Dautres outils qui sont examinés dans cette section ont fait lobjet de critiques parce quils sont axés uniquement sur lun ou lautre aspect.
Le DEQ constitue en fait la première des deux parties du Drinking Expectancy Profile. La deuxième étant le Drinking Refusal Self-Efficacy Questionnaire (DRSEQ), une échelle de 31 énoncés visant à évaluer lauto-efficacité du répondant face à la consommation dalcool. Le répondant indique sur une échelle de 6 points dans quelle mesure il est confiant de pouvoir résister à lenvie de prendre de lalcool dans 31 situations données. Les trois sous-échelles portent sur la pression sociale, les occasions qui se présentent spontanément de prendre de lalcool, et le défoulement sur le plan émotif. Voici des exemples de situations qui sont proposées au répondant : « Quand vos amis sont en train de boire »* et « Quand vous vous sentez frustré »*. Comme pour le DEQ, le répondant peut remplir lui-même le questionnaire et calculer les résultats. Les échantillons de référence et les données psychométriques sont identiques à ceux du DEQ.
Si lon estime nécessaire de mesurer les tendances des personnes à vouloir contrôler leur consommation dalcool, cest quon croit que ce genre de contrôle est caractérisé par un conflit entre limpulsion à boire et les efforts pour résister à cette impulsion, et que ce conflit peut constituer un signe précoce de risque élevé de problèmes dalcool (Allen et Columbus, 1995). Cette théorie découle en partie des travaux effectués dans le domaine des restrictions alimentaires, dans lesquels on a constaté que ces restrictions peuvent exposer les personnes qui sy soumettent à manger trop ou à connaître des épisodes dalimentation excessive. Ainsi, les outils servant à mesurer les restrictions dans le domaine de la consommation dalcool peuvent servir à repérer les personnes à risque, qui, autrement, ne seraient pas repérées par les outils qui évaluent la consommation dalcool réelle, les comportements qui y sont associés et les conséquences subies jusquici. À cet égard, les mesures servant à évaluer les restrictions peuvent jouer le rôle doutils de dépistage en quelque sorte, mais elles peuvent aussi être utiles pour déterminer les variables à cibler dans les traitements.
Nous avons choisi dexaminer quatre échelles de restriction de la consommation. La Restrained Drinking Scale (RDS; Ruderman et McKirnan, 1984) est un questionnaire papier-crayon qui comprend 23 énoncés conçus pour évaluer les préoccupations du répondant par rapport à la maîtrise de sa consommation dalcool. Ce questionnaire est fondé sur le concept de restriction cognitive du modèle de manquement à labstinence de Marlatt et Gordon. Il faut 10 minutes pour répondre au questionnaire et aucune formation spéciale nest nécessaire pour lexaminateur. Les répondants indiquent sur une échelle de 9 points dans quelle mesure chaque énoncé sapplique à eux. Voici des exemples de questions : « Quel genre deffort devez-vous faire pour contrôler votre consommation dalcool? »*et « Prenez-vous note du nombre de consommations que vous avez prises afin de limiter délibérément votre prise dalcool? »*. Les concepteurs de cet outil ont constaté un coefficient alpha de 0,81 pour léchantillon original composé détudiants de premier cycle. Ils ont démontré la validité de cette échelle en mettant en évidence sa corrélation avec le nombre de consommations prises au cours de la dernière année (0,36), de la dernière semaine (0,44) et des trois derniers mois (0,45). On dispose de données normatives, mais ces normes sont fondées uniquement sur un échantillon détudiants de premier cycle de sexe masculin. Les concepteurs affirment que la RDS nest pas un outil diagnostique, mais plutôt un outil servant à mettre la théorie à lépreuve. Elle peut éventuellement savérer utile dans le cadre du processus de traitement.
La Drinking Restraint Scale (Curry, Southwick et Steele, 1987) est un questionnaire papier-crayon comprenant sept énoncés (p. ex. « Vous sentez-vous coupable après avoir trop bu? »* et « Estimez-vous que vous consacrez trop de temps et dattention à la boisson? »*), qui est conçu pour mesurer les restrictions liées à la consommation dalcool. Il faut 5 à 10 minutes pour le remplir. Lanalyse factorielle a confirmé la nature unidimensionnelle de cet outil. On a vérifié la cohérence interne et la validité (validité de contenu, validité prédictive, validité concourante et validité de concept). Des normes ont été établies pour les hommes et pour les femmes (Allen et Columbus, 1995).
Le Temptation and Restraint Inventory (TRI; Collins et Lapp, 1992) est un questionnaire papier-crayon comprenant 15 énoncés. Cet outil est issu de la combinaison de la RDS avec de nouvelles questions destinées à élargir la composante cognitive de la restriction. Le TRI comprend 5 sous-échelles : maîtrise (difficulté de contrôler la consommation), restriction (efforts pour limiter la consommation), émotion (état affectif négatif comme motif de la consommation), préoccupation au sujet de la boisson (projet de réduire la consommation), préoccupation cognitive (pensées à propos de la consommation). Les trois premières découlent dune analyse factorielle (de la RDS), tandis que les deux dernières ont été conçues à des fins cliniques ou de recherche. Voici des exemples de questions : « Quand vous voyez dautres personnes boire, cela vous rappelle-t-il les efforts que vous devez faire pour contrôler votre consommation dalcool? »* et « Vos réflexions sur la consommation dalcool nuisent-elles à vos activités quotidiennes? »*. Il faut environ 10 minutes pour remplir ce questionnaire, et lexaminateur na besoin daucune formation spéciale. Pour élaborer cet outil, les concepteurs ont eu recours aux critères danalyses factorielles et ont confirmé la validité de critère (en établissant des corrélations modérées avec le SMAST et la consommation dalcool « habituelle »). On a effectué plus récemment des analyses psychométriques sur la cohérence interne et la validité prédictive, la validité concourante et la validité de concept. On dispose de normes générales.
LImpaired Control Scale (ICS; Heather, Tebbutt, Mattick et Zamir, 1993) est un inventaire papier-crayon comportant 25 questions qui visent à évaluer les 3 points suivants : dans quelle mesure le sujet a tenté de contrôler sa consommation dalcool au cours du dernier mois, dans quelle mesure il a réussi à contrôler sa consommation dalcool au cours des six derniers mois, et la confiance quil a en sa capacité de contrôler sa consommation dalcool. Voici des exemples de questions : « Au cours des six derniers mois, jai essayé de limiter ma consommation dalcool »* et « Au cours des six derniers mois, jai recommencé à boire même si javais décidé de ne pas le faire »*. La période de référence est constituée des six derniers mois. Il faut entre 5 et 10 minutes pour remplir ce questionnaire, et lexaminateur doit recevoir une certaine formation (Allen et Columbus,1995).
Les questions ont été tirées de divers outils dévaluation dont certaines questions portaient sur la notion de « contrôle » de la consommation dalcool. LICS a été soumise à plusieurs étapes dessai au cours desquelles on a fait une analyse exhaustive des questions et on a mis laccent sur la capacité discriminante de léchelle, puisquon a eu recours à des échantillons cliniques et à des échantillons non cliniques pour la conception et et la validation de léchelle. LICS a réussi à établir une distinction entre les deux échantillons. On a vérifié la cohérence interne (coefficient de 0,84 à 0,95 pour les trois sous-échelles et léchantillon composé original), la constance test-retest (de 0,63 à 0,96 pour lensemble des sous-échelles et des échantillons) et la validité. Il existe une corrélation modérée entre lICS, le SADQ, le SADD et le MAST (de 0,09 à 0,54). Toutefois, lanalyse factorielle (ICS et SADQ) corrobore la nature distincte du concept évalué par lICS.
LAASE (DiClemente, Carbonari, Montgomery et Hughes, 1994) est une échelle papier-crayon de 40 questions qui visent à évaluer le niveau de confiance du répondant dans sa capacité de sabstenir de boire dans 20 situations courantes très propices à la rechute. Cette échelle est inspirée du concept dauto-efficacité élaboré par Bandura (1977) et de son application au modèle de prévention de la rechute conçu par Marlatt et Gordon (1985). Pour chaque situation, on a généré une question sur lefficacité et une question sur la tentation. Chaque question est cotée sur une échelle de cinq points, allant de « pas du tout » à « extrêmement ». Il y a quatre sous-échelles : états affectifs négatifs (exemple de question : « Quand je me sens déprimé »*), activités sociales/états émotifs positifs (p. ex. « Quand je vois dautres personnes boire dans un bar ou à une réception »*), problèmes physiques ou autres (p. ex. « Quand jai mal à la tête »*), sevrage ou envies (p. ex. « Quand je veux mettre à lépreuve ma force de volonté par rapport à la consommation dalcool »*). Il faut environ dix minutes pour remplir ce questionnaire, dont les résultats peuvent être calculés rapidement par un membre du personnel (il nexiste actuellement aucune version informatisée pour le calcul des résultats). La cohérence interne et la validité de construct ont été établies, et lAASE a été utilisée dans des programmes de grande envergure comme Project MATCH (Project MATCH Research Group, 1997). Les normes ont été établies en fonction de clients de consultations externes qui consommaient de lalcool. Cet outil dévaluation est recommandé pour la planification de traitements personnalisés, lévaluation des possibilités de rechute et la prévention de la rechute (Allen et Columbus, 1995).
Les concepteurs de lAASE estiment que cet outil se compare bien au SCQ, soulignant que la version abrégée du SCQ contient 40 questions. Ils ont donc proposé de modifier lAASE pour en faire une version de 20 questions. On a extrait les « meilleures » questions à laide danalyses psychométriques détaillées - analyse factorielle et modélisation déquations structurelles - qui ont confirmé la présence dun modèle à quatre facteurs et dun modèle composé dun facteur unique de second ordre, ainsi que lexistence dune corrélation modérée (-0,65) entre les scores des sous-échelles « tentation » et « efficacité ». Les valeurs de la cohérence interne se situaient entre 0,82 et 0,92 pour les sous-échelles « efficacité », et entre 0,60 et 0,99 pour les sous-échelles « tentation ». La validité de concept a été confirmée par les liens significatifs (quoique faibles) entre les sous-échelles de lAASE et celles de lAlcohol Use Inventory, et entre lAASE et la sous-échelle « action » de lUniversity of Rhode Island Change Assessment (URICA); on sest fondé sur lindépendance de lAASE par rapport à dautres échelles de ce genre pour étayer la validité divergente de cet outil. La modélisation déquations structurelles corrobore que la structure de cet outil est semblable pour les hommes et pour les femmes.
Conçu par Annis, Graham et Davis (1987), ce questionnaire papier-crayon (qui peut également être administré par ordinateur) sert à évaluer les raisons qui poussent une personne à consommer de lalcool et les raisons qui pourraient linciter à changer de comportement (Miller et al., 1995). LIDS contient 100 énoncés que le sujet doit coter sur une échelle de quatre points (allant de « jamais » à « presque toujours ») en fonction de la fréquence à laquelle il a consommé de lalcool dans la situation donnée au cours de la dernière année. Voici des exemples dénoncés : « Quand jai voulu célébrer quelque chose avec un(e) ami(e) » et « Quand jai eu du mal à dormir ». On évalue la consommation dans huit catégories de situations : états affectifs désagréables, états affectifs agréables, états physiques désagréables, mise à lépreuve de la maîtrise de soi, envies et tentations, conflit avec dautres personnes, pression sociale, moments agréables passés en compagnie dautres personnes. On calcule le score pour chaque catégorie, ce qui permet de générer un profil du client qui servira à fixer les objectifs du traitement et à évaluer les progrès réalisés dans chaque catégorie. Fait intéressant, il semble que lIDS permette de distinguer deux sous-catégories de buveurs : ceux qui sont susceptibles de boire seuls (plus souvent les femmes) et ceux qui sont plus susceptibles de boire dans des rencontres sociales (plus souvent les hommes). Cette distinction savère utile pour le jumelage client-traitement, cest-à-dire quon peut offrir des traitements différents à ces deux catégories de buveurs (Fondation de la recherche sur la toxicomanie, 1998). Il faut entre 15 et 20 minutes pour répondre au questionnaire.
La cohérence interne de chacune des 8 sous-échelles est élevée (de 0.87 à 0,96) et les corrélations entre lensemble des questions sont satisfaisantes (de 0,39 à 0,82), même si lanalyse factorielle a révélé une solution à trois facteurs (états affectifs désagréables, états affectifs agréables, mise à lépreuve de la maîtrise de soi). En ce qui a trait à la validité, on a montré que les scores des sous-échelles sont liés à la consommation totale et à la consommation habituelle, à la fréquence de consommation, au fait de boire seul, à la durée du problème dalcool et à linstabilité sociale.
Une des forces de cet outil est quil sappuie sur un cadre théorique bien établi, soit le modèle de prévention de la rechute conçu par Marlatt et Gordon (1985). LIDS a été conçu après un examen dune variété déchelles et une consultation avec des spécialistes et des clients. Il existe une version abrégée de 42 questions, qui est toutefois recommandée uniquement à des fins de recherche (Fondation de la recherche sur la toxicomanie, 1998). LInventory of Drug-Taking Situations (IDTS), qui comprend 50 questions, constitue un outil daccompagnement (Annis et Graham, 1991). Il existe des versions informatisées de lIDS. Il y a aussi des données normatives générales. LIDS a été intégrée au Programme prélibératoire pour toxicomanes (Lightfoot, 1993) et au programme CHOIX (Lightfoot et Boland, 1993) offerts par le Service correctionnel du Canada; on dispose donc de certaines données relativement à des populations carcérales.
LIDTS (Annis et Graham, 1991) est un questionnaire dauto-évaluation de 50 énoncés (offert aussi en version informatisée), qui accompagne lIDS. Comme celui-ci, lIDTS sappuie sur le modèle de prévention de la rechute conçu par Marlatt et Gordon et sert à évaluer les huit mêmes catégories que lIDS. Toutefois, les concepteurs affirment que les questions peuvent être classées en deux grandes catégories : états personnels et situations mettant en cause dautres personnes. Voici des exemples des énoncés : « Jai utilisé [nom de la substance] lorsque jétais à un endroit où javais déjà consommé ou acheté ces drogues » et « Jai utilisé [nom de la substance] lorsque javais limpression de ne pas avoir été à la hauteur ». Lanalyse factorielle a confirmé la présence de huit sous-échelles, et une analyse de second ordre a confirmé une solution factorielle composée des trois facteurs relevés dans les données de lIDS. Selon le nombre de substances sur lesquelles porte lévaluation, le temps nécessaire pour remplir le questionnaire varie habituellement de 15 à 45 minutes.
Les valeurs de la cohérence interne se situent, pour chaque sous-échelle, entre 0,59 et 0,92, la plupart dépassant 0,80 pour un échantillon de détenus (Fondation de la recherche sur la toxicomanie, 1998). Le coefficient de validité varie dune substance à lautre, mais en général les sous-échelles sont en corrélation avec la consommation totale (de 0,19 à 0,69), la fréquence de consommation (de 0,20 à 0,44), la consommation habituelle (de 0,20 à 0,38), les scores du TDAD (de 0,20 à 0,51) et les scores du TDEA (pour la consommation dalcool; de 0,42 à 0,68) (Fondation de la recherche sur la toxicomanie, 1998). On na pas publié de données empiriques sur la sensibilité de lIDTS au changement, mais le contenu des questions semble permettre la mesure du changement. Il nexiste de données normatives officielles que pour un échantillon limité. Cependant, comme nous lavons mentionné ci-dessus, on a utilisé cet outil avec des populations de détenus, y compris des jeunes contrevenants (McKay, Murphy, McGuire, Rivinus et Maisto, 1992); avec ces échantillons, les propriétés psychométriques sont demeurées à peu près les mêmes (les coefficients alpha séchelonnaient entre 0,83 et 0,95, sauf un qui sétablissait à 0,68; il y avait une corrélation modérée entre lIDTS et la fréquence de consommation; loutil a permis détablir une distinction entre différents groupes de drogues). LIDTS a également été intégré aux programmes CHOIX et PPT offerts par le Service correctionnel du Canada.
Le SCQ (Annis et Graham, 1988) est un questionnaire papier-crayon qui comprend 39 énoncés visant à évaluer le sentiment dauto-efficacité du répondant dans divers types de situations; ces questions ont été tirées des 100 questions de lIDS et reposent donc aussi sur le modèle de prévention de la rechute conçu par Marlatt et Gordon. Le Drug Taking Confidence Questionnaire (DTCQ), composé de 50 questions, est le pendant du SCQ. Il faut environ 10 minutes pour remplir chacun de ces questionnaires. Les deux échelles, tout comme lIDS et lIDTS comptent huit sous-échelles : états affectifs désagréables, états physiques désagréables, états affectifs agréables, mise à lépreuve de la maîtrise de soi, envies et tentations de boire, problèmes sociaux au travail, pression sociale et moments agréables passés en compagnie dautrui. On peut grouper ces sous-échelles en trois grandes catégories : états affectifs négatifs, états affectifs positifs, envies de boire et mise à lépreuve de la maîtrise de soi. Le répondant indique sur une échelle de six points dans quelle mesure il est persuadé de pouvoir résister à son envie de boire excessivement - 0 %, 20 %, 40 %, 60 %, 80 % ou 100 %. Voici des exemples des situations proposées : « Si quelquun se montrait injuste envers moi »* et « Si je rencontrais un ami qui me propose daller prendre un verre avec lui »*. On calcule un score moyen pour chaque sous-échelle ainsi quun score global pour lensemble du questionnaire. On peut générer un profil du répondant qui servira à la détermination dobjectifs de traitement.
Le coefficient de cohérence interne varie de 0,81 à 0,97 pour chaque sous-échelle et sétablit à 0,98 pour lensemble du questionnaire. Lanalyse factorielle a confirmé lexistence de huit sous-échelles. On a établi des corrélations entre les scores et la consommation (consommation habituelle et consommation totale), lÉchelle de désespoir (-0,37) et lInventaire de dépression de Beck (-0,52). Le SCQ permet de distinguer les alcooliques abstinents de ceux qui viennent tout juste de commencer un traitement. Cet outil a une certaine validité prédictive quant au succès dun traitement, puisquon a constaté que les sujets ayant obtenu un faible score dans les sous-échelles ont fait une rechute après le traitement. Le SCQ semble capable de déceler les changements après un traitement et pendant le suivi. On na pas établi de corrélation entre cet outil et la désirabilité sociale (FRT, 1998).
Le DTCQ possède daussi bonnes propriétés psychométriques que le SCQ; les coefficients alpha des sous-échelles et de lensemble du questionnaire varient entre 0,79 et 0,98. On a constaté une corrélation entre les scores du DTCQ et ceux du TDEA, du TDAD, de la SOCRATES, de lInventaire de dépression de Beck, de lÉchelle de désespoir et du Symptom Checklist 90, ce qui indique une bonne validité de critère et de concept. Lanalyse factorielle révèle quune solution à trois facteurs est tout indiquée : situations positives, situations négatives et tentations.
Il existe des données normatives pour des populations masculines et féminines. Le SCQ est utilisé dans plusieurs langues (espagnol, swahili, russe et norvégien) (Fondation de la recherche sur la toxicomanie, 1998). Il existe également des versions informatisées (Sobell et al., 1994).
Le CBI (Litman, Stapleton, Oppenheim et Peleg, 1983) est un questionnaire dauto-évaluation papier-crayon qui peut être rempli en cinq minutes. Il vise à évaluer dans quelle mesure le répondant a recours à des stratégies dadaptation pour résister à ses envies de boire. Le client doit indiquer sur une échelle de 4 points (allant de habituellement à jamais) à quelle fréquence il a recours à chacune des 36 stratégies dadaptation qui sont énumérées (14 sont de nature cognitive et 22 de nature comportementale); un score faible indique un recours plus fréquent à la stratégie. On peut additionner les points ou calculer une moyenne par informatique. Voici des exemples des stratégies proposées : « Reconnaître que tout nest pas rose dans la vie, mais que ce nest pas en buvant que je peux changer les choses »* et « Décider darrêter de me raconter des histoires »*.
Les énoncés ont été conçus à partir dentrevues détaillées qui ont été réalisées auprès de personnes alcooliques au sujet des stratégies quelles avaient déjà utilisées pour éviter la rechute. Après des analyses psychométriques, on a retenu les 36 énoncés qui répondaient à certains critères psychométriques. Le CBI permet de faire une distinction entre les personnes qui ont recommencé à boire et celles qui ont réussi à sabstenir. Ces dernières utilisent normalement un plus grand nombre de stratégies dadaptation que les autres et elles les utilisent plus fréquemment. Les analyses factorielles confirment lexistence de quatre facteurs : pensée positive, pensée négative, évitement, recherche de soutien social. Les scores élevés sont liés à un plus fort sentiment dauto-efficacité, à une plus faible tentation de boire, à une plus grande stabilité sociale, à la satisfaction de vivre et à la présence dun moins grand nombre de problèmes physiques et de problèmes de relations sociales. Le CBI semble permettre de déceler des changements au cours des périodes de traitement. Les données normatives portent surtout sur des échantillons composés dhommes.
La toute dernière version de la SOCRATES (Miller et Tonigan, 1996) comprend 19 questions. À lorigine, cette échelle en comptait 40 et était divisée en 5 sous-échelles fondées sur le modèle des étapes de changement de Prochaska et DiClemente. Les concepteurs expliquent que léchelle a été soumise à de nombreux essais auprès dun très grand échantillon (N > 1 700) de la base de données de Project MATCH, ce qui a permis de laméliorer. Le produit final est constitué de trois sous-échelles : ambivalence, reconnaissance, prise de mesures. Cet outil vise à déterminer à quelle étape en est le répondant. Voici des exemples des énoncés proposés : « Jai déjà changé mes habitudes de consommation et je cherche des moyens pour ne pas retomber dans mes anciennes habitudes »* et « Je me demande parfois si jai vraiment le contrôle de ma consommation dalcool »*. Les propriétés psychométriques de la SOCRATES sont excellentes. Les coefficients alpha de Cronbach pour les trois échelles se situent entre 0,88 et 0,96, tandis que les coefficients de fiabilité test-retest varient entre 0,83 et 0,99. La solution finale à trois facteurs semble stable. À notre avis, cet outil peut savérer très utile pour la planification du traitement et le processus de traitement lui-même.
Il existe dautres inventaires sur la disponibilité au changement, qui sappuient aussi sur le modèle de Prochaska et DiClemente. Le Readiness to Change Questionnaire (RTCQ; Heather, Gold et Rollnick, 1991), par exemple, est un test papier-crayon comportant 12 questions, qui peut être rempli en deux ou trois minutes. Aucune formation nest nécessaire pour son administration. Ce questionnaire permet de classer les répondants dans lune des trois catégories suivantes, qui représentent des étapes de disponibilité au changement : négation, prise de conscience, passage à laction (quon nomme en anglais « precontemplation, contemplation, action »). Voici des exemples des énoncés proposés : « Je ne pense pas que je bois trop »*, « Jaime boire, mais parfois je bois trop »* et « Je suis en train de changer mes habitudes de consommation »*. Des analyses psychométriques ont été effectuées sur la constance entre les examinateurs, la cohérence interne et la validité (validité de contenu, validité prédictive, validité concourante et validité de concept). On a établi des normes à partir dun échantillon de la population dun hôpital général composé dalcooliques (Allen et Columbus, 1995).
Le Recovery Attitude and Treatment Evaluator (RAATE) Clinical Evaluator (CE) and Questionnaire (QI) (Mee-Lee, Hoffman et Smith, 1992) constitue en fait deux outils distincts : le CE est une entrevue structurée réalisée par un spécialiste, qui comprend 35 questions, tandis que le QI est un questionnaire dauto-évaluation de 94 énoncés « vrai/faux ». Le RAATE est utilisé pour classer un répondant dans le niveau de soins qui correspond à létape de disponibilité au changement où il en est. Les deux outils comportent cinq échelles : résistance au traitement, résistance à la poursuite du traitement, gravité des problèmes biomédicaux, gravité des problèmes psychiatriques ou psychologiques, soutien social ou soutien du milieu. Voici des exemples de questions du QI : « Je nai pas de maladie qui nécessite un suivi médical »* et « Jai de graves troubles émotifs qui sont liés à ma consommation dalcool ou de drogue »*. Lentrevue (CE) dure de 20 à 30 minutes, et lauto-évaluation (QI) de 30 à 45 minutes. Le coefficient de cohérence interne pour le QI varie entre 0,63 et 0,78, et le coefficient de fiabilité test-retest (24 heures) varie entre 0,75 et 0,87 dune échelle à lautre. Le coefficient moyen de constance entre les examinateurs du CE varie de 0,59 à 0,77. Allen et Columbus (1995) ont fait état de valeurs élevées de validité convergente et de validité divergente pour les deux parties du RAATE. On recommande que ceux qui administrent cet outil reçoivent dabord une formation. Il semblerait que loutil savère pertinent pour mesurer les changements au cours du traitement plutôt quaprès le traitement et pendant la période de suivi (Allen et Columbus, 1995).
En général, les inventaires axés sur la disponibilité au traitement semblent le plus utiles avant le traitement, pour offrir aux clients des interventions bien adaptées à leur situation. Parmi les autres questionnaires qui permettent de mesurer la disponibilité au traitement, mais qui nont pas été examinés dans cette étude, mentionnons lUniversity of Rhode Island Change Assessment (URICA; McConnaughy, Prochaska et DiClemente, 1983) et lAlcohol and Drug Consequences Questionnaire(ADCQ; Cunningham, Sobell, Gavin, Sobell et Breslin, 1997). Ce dernier outil a été conçu très récemment et possède des propriétés psychométriques très prometteuses, en particulier une bonne capacité de prévoir le succès dun traitement.
LASI, conçu par McLellan, Luborsky, Woody et O'Brien (1980), est peut-être linstrument normalisé le plus utilisé dans le domaine de la toxicomanie. On peut sen servir pour évaluer la consommation dalcool et la consommation de drogue. Cet outil est fondé sur lhypothèse que pour évaluer efficacement les comportements de dépendance, il faut examiner le contexte du problème, cest-à-dire les causes et les conséquences (Inciardi, 1994; McLellan et al., 1980). Lédition actuelle, la cinquième (McLellan, Kushner, Metzger, Peters, Smith, Grissom, Pettinati et Argeriou, 1992), est offerte dans neuf langues. Elle est administrée sous la forme dune entrevue structurée dune durée de 40 à 60 minutes. On la recommande autant pour la recherche que pour des fins cliniques. Dans ce dernier cas, on met laccent sur lélaboration de plans de traitement. On a conçu de nombreux outils qui peuvent faciliter ladministration du test (p. ex. manuel, vidéos de formation, instructions pour la notation); loutil doit être administré par un clinicien ou un technicien expérimenté. On obtient un score global ainsi que six scores pour différents domaines : état de santé, emploi et soutien financier, consommation de drogue ou dalcool, domaine juridique et pénal, vie familiale et sociale, problèmes psychologiques ou psychiatriques. En plus de la partie qui porte sur les domaines de problème, il y en a une autre qui concerne les antécédents personnels et familiaux. Les points de référence temporels sont le passé récent et la vie entière. Chacune des 161 questions est notée sur une échelle de 5 points. Le répondant indique dans quelle mesure la situation décrite dans la question constitue un problème pour lui et dans quelle mesure il estime avoir besoin dun traitement. En plus des données déclarées par le répondant, lintervieweur évalue subjectivement la gravité du problème du client, lhonnêteté et la compréhension du client (sur une échelle de 10 points). À laide de lordinateur, on peut générer divers scores composites afin détablir un profil du client; cette procédure ne peut être effectuée manuellement.
LASI possède un coefficient élevé de fiabilité test-retest (valeurs moyennes entre 0,83 et 0,89), un coefficient élevé de constance entre les examinateurs (notation de la gravité pratiquement identique par tous les cliniciens, avec une moyenne de condordance de 0,89) et une bonne validité concourante en général, bien que ces propriétés se soient avérées moins bonnes avec les personnes souffrant de graves troubles mentaux (Carey, Cocco et Correia, 1997). Lanalyse factorielle originale a déterminé la présence de six facteurs, mais les analyses ultérieures nont pas toutes donné ce même résultat (p. ex. Rogalski, 1987). Diverses sous-échelles de lASI sont en corrélation avec lInventaire de dépression de Beck (0,27), la Symptom Checklist-90 (de 0,39 à 0,47) et le Quantitative Inventory of Alcohol Disorders (0,76). En outre, on a validé chaque sous-échelle dans léchantillon original en la mettant en corrélation avec trois mesures différentes. Ainsi, on a correlé la sous-échelle « alcool » au nombre de surdoses, damnésies passagères et de crises cérébrales (0,72); on a correlé léchelle de létat de santé au nombre de symptômes médicaux actuels (0,69), et léchelle des problèmes juridiques au nombre total de condamnations (0,71). Une version informatisée a été publiée récemment (Miller et al., 1995; Sobell et al., 1994). Comme le protocole est accompagné dun manuel complet et de vidéos de formation, il doit être administré par un clinicien ou un technicien qualifié.
Bien quil existe une version informatisée, les concepteurs de la cinquième édition maintiennent catégoriquement que le protocole ne doit pas être administré de cette façon en raison de limportance de la notation subjective du clinicien quant à la fiabilité et la validité de linstrument (McLellan et al., 1992). Cela représente un désavantage pour les établissements où il nest pas pratique quun clinicien (au moins) consacre une heure à une entrevue, et du temps pour le calcul des scores. On a critiqué lASI parce quil nexamine pas les problèmes propres aux femmes. Par ailleurs, un de ses points forts est quil contient des renseignements sur la détresse du client, sa motivation à légard du traitement et sa dénégation du problème. En outre, McLellan, Luborsky et OBrien (1986) ont constaté que lASI pouvait déceler, six mois après le traitement, les changements survenus chez les patients toxicomanes.
On dispose de données normatives pour une grande variété déchantillons, y compris des échantillons de population carcérale composés dindividus de races différentes (Allen et Columbus, 1995; Breteler et al., 1996); toutes les données normatives sont dérivées déchantillons cliniques.
Louvrage original (McLellan et al., 1980) et celui qui explique lélaboration de la cinquième édition de lASI (McLellan et al., 1992) précisent quon a tenu compte des questions pratiques et théoriques pour la conception de loutil original et des versions subséquentes et quon a effectué des travaux psychométriques solides. Son utilisation très répandue dans les études dévaluation et les études sur les résultats des traitements a entraîné la création dune grande base de données dans laquelle on peut avoir pleine confiance. Après avoir examiné le protocole dentrevue, nous recommandons lutilisation de cet instrument sous tous les aspects, sauf laspect pratique, étant donné que ladministration savère coûteuse. On a critiqué lASI parce quil ne recommande pas de traitements particuliers (National Institute of Corrections, 1991) une critique qui peut sappliquer à plusieurs des outils que nous avons examinés.
On a conçu la DATAR (Simpson, 1990) pour évaluer si on avait réussi à améliorer le taux de persévérance dans les programme et à réduire la rechute chez les utilisateurs de drogues intraveineuses. Cependant, on recommande aussi de lutiliser pour les évaluations préalables aux traitements et pour déterminer les progrès réalisés dans les programmes de traitement. Cet outil comporte de nombreuses caractéristiques de lASI. Linstrument contient deux parties. On commence dabord par une entrevue structurée avec le répondant (il faut donc au moins un technicien formé et qualifié), durant laquelle on lui demande des renseignements sur des variables liées à la socio- démographie, à la famille, aux relations avec les pairs, à la santé, à la psychologie, aux activités criminelles et à la consommation de drogue. Lintervieweur note, sur une échelle de 10 points, la gravité des problèmes dans chacun de ces 6 domaines, le niveau de consommation de 15 substances, et le risque de VIH. Des notes de 4 ou 5 indiquent quun traitement doit être envisagé. Lentrevue dure de 60 à 90 minutes. Le client remplit ensuite le formulaire dauto-évaluation en répondant aux questions sur une échelle de 5 points; ces questions portent sur lestime de soi, la dépression, lanxiété, la personnalité antisociale, la prise de risques, la prise de décisions, la consommation de drogue, le désir dêtre aidé, la motivation au traitement. Le concepteur souligne que le client doit posséder une capacité de lecture du niveau de la huitième année, ce qui empêche certains groupes de passer le test. Il faut habituellement de 10 à 15 minutes pour remplir ce formulaire.
La cohérence interne pour la partie de lauto-évaluation se situe entre 0,62 et 0,91, et le coefficient de fiabilité test-retest entre 0,54 et 0,88. La fidélité des scores composites sétend de 0,63 à 0,88. Les sous-échelles correspondantes sont en corrélation avec lInventaire de dépression de Beck et avec des parties de la Symptom Checklist-90 (de 0,61 à 0,81), ainsi quavec des sous-échelles du Millon Clinical Multiaxial Inventory (de 0,50 à 0,60). On navait pas publié de normes au moment du dernier examen de cet inventaire, bien que certaines moyennes puissent être obtenues. Lune des caractéristiques très avantageuses de la DATAR est quon a élaboré un système de gestion des données efficace et bien documenté quon communique à dautres projets de recherche sur les traitements. Ce système serait très utile si on voulait intégrer cet instrument à un système plus grand comme le Service correctionnel.
L Alcohol Use Inventory (Horn, Wanberg et Foster, 1974; 1987) peut servir à mesurer globalement plusieurs domaines essentiels à lévaluation dun problème dalcool. Pour sa conception, on sest fondé sur une théorie qui veut que chaque alcoolique est un être distinct, qui est unique quant aux avantages quil perçoit de sa consommation dalcool, à son style de consommation, aux conséquences quil perçoit de sa consommation et aux pensées quil a sur la façon de traiter son problème dalcool (Allen et Columbus, 1995). Il sagit dun test papier-crayon (peut aussi être administré par ordinateur) qui dure moins dune heure et dont les résultats peuvent être calculés assez rapidement et facilement par un personnel non clinique, mais qualifié, ou par ordinateur; un logiciel informatique offre aussi des interprétations. Linventaire comporte 228 questions réparties en 24 sous-échelles quon a élaborées à laide danalyses factorielles sur de grands ensembles de données tirées des milieux cliniques. Pour certaines questions, les choix de réponse sont oui ou non; pour dautres, il y a de trois à cinq choix. Dix-sept des échelles sont considérées comme des facteurs primaires : motivations pour boire, style de consommation, dépendance physique, perte de maîtrise, difficultés conjugales, réceptivité au changement. On a extrait six facteurs de second ordre pour produire des échelles plus générales, et on génère aussi un score global de gravité. Voici des exemples de questions : « Buvez-vous pour changer dhumeur (lorsque vous vous ennuyez, que vous êtes fâché ou vidé)? »* et « Combien de temps sécoule-t-il habituellement entre vos périodes de consommation - les moments où vous ne buvez pas du tout)? »*.
Cet instrument semble être particulièrement utile pour le jumelage client-traitement (Miller et al., 1995), car il génère beaucoup de renseignements sur le caractère unique du problème dalcool de chaque individu. On dispose de normes générales, mais pas de normes pour des sous-groupes. On a effectué des travaux psychométriques sur la constance test-retest, la cohérence interne et la validité (de contenu et de concept, prédictive et concourante).
LASIST a été conçu par la Fondation de la recherche sur la toxicomanie en 1984 et vise à recueillir des renseignements pouvant faciliter le jumelage client-traitement. Ce protocole dentrevue structuré évalue les habitudes de consommation et de surconsommation dalcool et de drogue, les problèmes de nature physique, psychologique, familiale et professionnelle qui y sont associés, les traitements suivis antérieurement et les préférences du client en matière de traitement (Miller et al., 1995). Il faut souligner que lASIST contient les outils TDEA et TDAD examinés ci-dessus. Cet instrument a déjà été utilisé sur une grande échelle par les centres de référence pour alcooliques et toxicomanes de lOntario. Toutefois, à cause des contraintes de temps (il est assez long à administrer) et des limites dautre nature, il est moins utilisé aujourdhui. Les agents lont remplacé par des versions plus courtes, qui diffèrent dune région à lautre, ou utilisent un modèle différent, comme lentrevue motivationnelle (J. Pierce, communication personnelle, Kingston Alcohol and Drug Referral Centre).
LASIST a servi de base pour lélaboration de lASIST-I, une entrevue dévaluation structurée pour les détenus. Ce protocole a été conçu spécialement pour la population carcérale canadienne (Hodgins and Lightfoot, 1988; Lightfoot et Hodgins, 1989). De bien des façons, lASIST-I équivaut au QIMV, sauf quelle est administrée en partie sous la forme dune entrevue structurée et quon laisse ensuite du temps au délinquant pour remplir les questionnaires dauto-évaluation (p. ex. TDEA, TDAD, questionnaire général sur la santé). Comme elle ressemble beaucoup au QIMV, qui est beaucoup plus utilisé avec les délinquants, nous nous concentrerons sur ce dernier pour éviter les redondances. Cependant, lun des avantages que présentait lentrevue structurée de lASIST-I est que lintervieweur pouvait contre-vérifier les renseignements fournis par le répondant (p. ex. dans le TDEA et le TDAD) avec les renseignements des dossiers (p. ex. accusations de conduite avec facultés affaiblies, voies de fait perpétrées sous linfluence de lalcool, etc.). Un autre avantage est quelle comprenait certains outils de dépistage neuropsychologique (Trails and Digit Symbol substitution test). Comme nous lavons déjà souligné, lASIST-I a décelé une plus forte prévalence de problèmes de consommation dalcool ou de drogue que le QIMV; cependant, cela était probablement dû au biais lié à lauto-sélection des délinquants volontaires qui sétaient soumis à lentrevue.
Conçu par Miller et Marlatt (1984), le CDP est une entrevue structurée dune durée de deux heures qui comporte 88 questions; il faut en outre 30 minutes pour calculer les résultats (ce qui peut se faire par ordinateur, pour une partie seulement du questionnaire). Le questionnaire porte sur les données démographiques, la consommation de substances, les problèmes de la vie, les situations de consommation, les boissons préférées, les antécédents médicaux, lusage dautres drogues, les motivations de la consommation, les motivations au changement et lauto-efficacité. Une des questions que lon pose est la suivante : « Quelles sont les principales raisons pour lesquelles vous buvez? »*. En dautres mots, lorsque vous buvez, quel est leffet le plus positif ou désirable que vous apporte lalcool? Quest-ce que vous aimez le plus de lalcool? (domaine de la motivation). Le CDP est recommandé pour la planification des traitements (Allen et Columbus, 1995). Il existe aussi une version courte du questionnaire et des formes parallèles, ainsi quun questionnaire à administrer à des personnes proches (Miller et al., 1995).
On a effectué des tests sur le coefficient de constance entre les examinateurs et sur la validité (de contenu, prédictive et concourante). On dispose aussi de normes selon les sexes.
Un avantage de cet outil dévaluation est quil fait partie dune série de protocoles dentrevue qui comprend des questionnaires pour le suivi des traitements (le Followup Drinker Profile); ainsi, on peut assurer une continuité entre les diverses étapes de lévaluation.
Le QIMV est un inventaire administré par ordinateur, qui comporte plus de 600 questions, ce qui en fait lun des instruments les plus complets pour évaluer la consommation dalcool ou de drogue des délinquants (Robinson, Fabiano, Porporino, Millson et Graves, 1992; Robinson, Porporino et Millson, 1991). Cet instrument a dabord été conçu par Harvey Skinner de la Fondation de la recherche sur la toxicomanie, sous le nom de Computerized Lifestyle Assessment (CLA), pour lévaluation de la population en général (Skinner, Allen, McIntosh et Palmer, 1985). Nous nexaminerons pas le CLA ici afin déviter les redondances, mais, en général, il sagit dun très bon outil pour évaluer les problèmes de toxicomanie.
Le QIMV examine une variété de facteurs associés à la toxicomanie, dont la santé physique, la santé mentale, lalimentation, les relations familiales et sociales, les études et le travail, les activités criminelles, la consommation dalcool ou de drogue (évaluée pas le TDEA et le TDAD), et dautres indicateurs comme les rapports entre la toxicomanie et le comportement criminel, les traitements suivis antérieurement et la disponibilité aux traitements futurs. Le QIMV est programmé de façon à déceler les réponses incohérentes des délinquants. Par rapport au CLA, qui utilise lannée précédente comme période de référence, le QIMV utilise les six mois précédant lincarcération du délinquant. On se sert du QIMV dans les pénitenciers fédéraux du Canada. Linstrument peut être administré en français et en anglais (Weekes, Vanderburg et Millson, 1995), il a été mis à lessai sur un échantillon de délinquants autochtones (Vanderburg et al., 1994), et ses composantes clés (TDEA, TDAD) ont été mises à lessai avec des délinquantes (Hodgins et Lightfoot, 1988). Plusieurs milliers de délinquants ont maintenant été évalués à laide de cet outil; on dispose donc dune base de données très étendue pour la recherche et les fins cliniques (Weekes, Moore et Langevin, 1997). Une caractéristique importante du QIMV est quil donne un retour dinformation au délinquant, sous forme de graphiques. Cette caractéristique présente un grand intérêt quand on connaît limportance du retour dinformation pour la motivation au traitement. Un profil plus complet est fourni à lagent de gestion des cas; cette excellente source dinformation lui permet dévaluer le stress du délinquant et de planifier un traitement approprié.
Un élément important du QIMV est lutilisation du TDEA et du TDAD pour mesurer la gravité des problèmes de toxicomanie. Comme nous lavons mentionné auparavant, le TDEA et le TDAD possèdent dexcellentes propriétés psychométriques - fidélité et validité - avec la population en général. Les tests auprès de la population carcérale montrent aussi que la cohérence interne demeure élevée (TDAD = 0,90; TDEA = 0,94; Robinson, Porporino et Millson, 1991). Cette fiabilité élevée se retrouve dans les questionnaires français et anglais (Weekes et al., 1995).
Weekes et al. (1995) ont aussi examiné la structure factorielle du QIMV dans la population carérale anglophone et francophone. Bien quon ait donné peu de détails sur les facteurs particuliers qui ont été extraits, les auteurs rapportent que la structure des principaux facteurs est pratiquement identique dans les échantillons anglophone et francophone.
Des étude de validité ont révélé une bonne concordance entre les résultats du QIMV et les problèmes de toxicomanie inscrits dans les dossiers des délinquants (Robinson & Millson, 1991) et ceux décelés par entrevue (après une deuxième administration du TDEA et du TDAD) (Beal, Weekes, Millson et Eno, 1997). En plus de ces contrôles de la validité, Weekes et al. (1997) ont montré que la relation entre la criminalité et la toxicomanie augmente beaucoup à mesure quaugmente la gravité de la toxicomanie (évaluée par le TDEA et le TDAD). On a montré une relation semblable entre la gravité de la toxicomanie (évaluée à laide de ces deux échelles) et les probabilités que le délinquant ait été sous linfluence de lalcool ou de la drogue quand il a perpétré son crime. Ces deux constatations ajoutent à la validité de lévaluation effectuée à laide du QIMV.
Tout porte à croite que le QIMV, comme son cousin le CLA, est un instrument de qualité supérieure pour évaluer la toxicomanie chez les délinquants. En outre, il est bien accepté et compris par les délinquants, et il est peu coûteux à administrer, par rapport aux entrevues structurées. Enfin, comme tous les délinquants sous responsabilité fédérale remplissent maintenant le QIMV à leur admission, celui-ci sert plusieurs fonctions : dépistage, évaluation et retour dinformation, planification du traitement.
Le DUSI comporte 159 questions et a été conçu par Tarter et Hegedus (1991). Il sert à évaluer la gravité des problèmes dans dix domaines : consommation dalcool ou de drogue, troubles psychiatriques, problèmes de comportement, adaptation scolaire, état de santé, adaptation au travail, relations avec les pairs, compétence sociale, adaptation familiale, loisirs. Les questions sont construites de façon à explorer les comportements, les attitudes et les états affectifs. On évalue aussi la consommation, et on détermine les drogues préférées et celles qui posent un problème. On a aussi intégré une échelle de mensonge afin de tenir compte des questions de la désirabilité sociale et du biais dans les réponses, qui sont souvent soulevées dans les ouvrages dévaluation. La période de référence est la dernière année, pour chaque question, sauf pour celles qui portent sur la consommation, où la période de référence est chaque mois. Ainsi, léchelle offre des possibilités de sensibilité aux changements à long terme. On peut administrer le questionnaire sous la forme de test papier-crayon, dentrevue ou par ordinateur. La durée est de 20 minutes. Le répondant doit posséder une capacité de lecture du niveau de la 5e année (Allen et Columbus, 1995). Un profil absolu de gravité est généré, ainsi quun profil classant les 10 domaines en ordre de gravité, de même quun indice global. Allen et Columbus (1995) laissent entendre que le DUSI peut être utile pour le dépistage des problèmes, le diagnostic dans différents domaines et la surveillance du traitement.
On a effectué des travaux psychométriques pour déterminer le coefficient de constance entre les examinateurs, la corrélation dhomogénéité, la cohérence interne, et la validité de contenu et de concept. On dispose également de quelques normes sur certaines populations.
Le CDAP (Harrell, Honaker et Davis, 1991) est un outil dauto-évaluation de 235 questions (une version informatisée est offerte) qui permet dévaluer les problèmes dalcool et de drogue. Le test porte sur les onze domaines suivants : quantité et fréquence de la consommation, symptômes physiologiques, facteurs de stress liés aux situations, comportements antisociaux, problèmes interpersonnels, dysfonctionnement affectif, attitudes à légard du traitement, degré dimpact de la consommation sur la vie, attentes liées à réduction de la tension, attentes liées à la facilitation sociale et attentes liées à lamélioration de lhumeur. Les valeurs de la cohérence interne pour les domaines se situent entre 0,60 et 0,88; les valeurs du coefficient de fiabilité test-retest (intervalles de 6 jours et de 9 jours) se situent entre 0,77 et 0,96. Les corrélations des sous-échelles du CDAP avec le MAST et lAUI séchelonnent entre 0,33 et 0,79 (corrélations plus élevées pour les aspects de la QF et de limpact de la consommation sur la vie). Léchantillon de référence était de petite taille (N = 86) et composé surtout de sujets de race blanche, mais il contenait des hommes et des femmes. Le CDAP a permis détablir la distinction entre des sujets consommant de lalcool et des sujets polytoxicomanes à un taux de 100 %. La version informatisée génère un rapport sommaire (Inciardi, 1994).
En raison de la nature de son contenu, le CDAP peut fournir une évaluation très détaillée pour la personnalisation du traitement et de lévaluation des résultats du traitement. Certaines questions offrent des possibilités de sensibilité au changement, en particulier celles qui portent sur les attentes et la consommation de substances (p. ex. « Je maffirme davantage quand je bois »* et « Combien de jours par mois vous absentez-vous du travail parce que vous avez bu? »*). Dautres questions se rapportant aux antécédents sont moins sensibles au changement (p. ex. « Vous êtes-vous déjà évanoui après avoir trop bu? »* et « Combien de fois avez-vous cessé de boire, puis recommencé? »*).
Cet outil (Flynn, Hubbard, Luckey, Forsyth, Smith, Philips et Fountain, article soumis) est une entrevue clinique structurée qui vise à évaluer les clients pour une planification du traitement, mais il comporte aussi des formulaires pour lévaluation des progrès à différentes périodes du traitement. On a conçu cet instrument après avoir fait un sondage sur les stratégies de collecte de données utilisées par un grand nombre de programmes de traitement, consulté des groupes de spécialistes dans le domaine et examiné des instruments normalisés. Loutil comporte de nombreuses caractéristiques de lASI et de la DATAR. Lentrevue porte sur les domaines suivants : données démographiques, raison de ladmission au programme, conditions de logement, tabagisme et consommation dalcool ou de drogue, activités illégales, sources de soutien ou emploi, santé physique et santé mentale. Le client note sur une échelle de quatre points son degré de préoccupation à propos des problèmes, dans chaque domaine, et son évaluation de la nécessité de recevoir un traitement. À son tour, lintervieweur note, pour chaque problème, son opinion sur la nécessité que le client reçoive un traitement, et il évalue la distorsion possible de la part du client. Lentrevue dure environ 50 minutes. Il est recommandé que lintervieweur soit un conseiller en matière de drogue qui a reçu une formation dune journée sur lIAP. Les notes attribuées à la gravité des problèmes sont résumées en un profil quantitatif des domaines de problèmes du client.
Lanalyse de la cohérence interne indique une bonne constance entre les notes attribuées par les différents intervieweurs (90 %), mais le coefficient de fiabilité test-retest nest pas élevé (inférieur à 0,40) pour certaines questions. Pour ce qui est de la validité, lauto-évaluation de lIAP et les résultats des analyses durine et de cheveux ont montré une assez bonne concordance (88 % à 98 % pour la plupart des substances, 62 % pour la cocaïne). Comme lIAP est un instrument relativement nouveau, on ne dispose pas encore de données normatives officielles ni détudes sur la validité et la fiabilité.
On a élaboré une version informatisée; ce logiciel est apparemment très souple pour ce qui est de générer des rapports personnalisés et pourrait donc savérer utile pour le Service correctionnel.
Le SUDDS (Harrison et Hoffman, 1989) est une entrevue structurée (qui peut être administrée par un clinicien ou par ordinateur). Il consiste en 99 questions divisées en 9 sous-échelles. La durée de lentrevue est de 30 à 45 minutes. On recommande quelle soit menée par un professionnel du domaine de la toxicomanie qui a reçu une formation.
Allen et Columbus (1995) ont examiné des résultats qui montrent léquivalence entre la version informatisée et le protocole administré par un clinicien (concordance du diagnostic de 88 % à 96 %; coefficients kappa de 0,71 à 0,86). De plus, les résultats des deux versions étaient compatibles avec le diagnostic du clinicien (de 82 % à 90 %). On a effectué des analyses psychométriques pour déterminer la constance test-retest et la validité (de contenu et de construct, prédictive et concourante), et on a fait une analyse factorielle. Il ny a pas de données normatives (Allen & Columbus, 1995).
Cet outil a été conçu par la Texas Adult Probation Commission (devenue depuis la Community Justice Assistance Division) afin dexaminer la relation entre la consommation de drogue et le comportement criminel chez les délinquants. Lobjectif ultime est de faire suivre au délinquant un traitement adapté à ses besoins (National Institute of Corrections, 1991). La DOPERS vise à évaluer la consommation de drogue, le comportement criminel, les conséquences de la consommation et les traitements suivis antérieurement; en outre, lagent de probation doit noter la perception quil a du délinquant. Cet instrument tente de déterminer le rôle de la drogue dans le comportement criminel du délinquant, cest-à-dire si le délinquant consomme de la drogue parce quil est impliqué dans des activités criminelles ou sil a un comportement criminel parce quil consomme de la drogue. Le National Institute of Corrections (1991) fait remarquer que la complexité du calcul des résultats est un inconvénient.
Le (Drug) Offender Profile Index (OPI; Inciardi, 1993) a été conçu en collaboration avec la National Association of State Alcohol and Drug Abuse Directors (NASADAD; National Institute of Corrections, 1991). Les concepteurs disent quil peut être utilisé avant le procès et après la période dincarcération des délinquants. Lobjectif de cet instrument est de trouver le traitement qui sera le mieux adapté aux besoins du délinquant. Cependant, Inciardi (1994) précise que lOPI ne fournit que des recommandations générales et quil ne permet pas de planifier un traitement personnalisé; il recommande donc de faire une évaluation supplémentaire pour trouver un traitement qui soit bien adapté au sujet. LOPI est fondé sur la notion d« intérêt pour la conformité »; on croit que ceux qui ont un grand intérêt à se conformer aux normes sociales sont moins susceptibles que les autres de commettre des crimes. Loutil examine donc lintérêt qua le délinquant de se conformer aux normes dans les domaines suivants : gravité de la consommation de drogue, antécédents psychologiques et traitements suivis, soutien familial, éducation et études, antécédents professionnels, familiaux et criminels, comportements à risque pour le VIH. Lintégration de ce dernier domaine constitue un des points forts de linstrument. Un autre point fort est la recommandation de traitement qui correspond au score numérique du délinquant sur lOPI (Inciardi, 1994). Les domaines et les questions ont été choisis par un groupe de spécialistes. Le test dure environ 30 minutes et doit être administré par un professionnel du domaine correctionnel ou de la toxicomanie qui a suivi une formation dune journée. Le calcul des résultats est facilité par un guide de notation. Lorsque le National Institute of Corrections a publié son rapport (1991), il a souligné que linstrument faisait lobjet dune évaluation psychométrique rigoureuse. Nous navons pu trouver les résultats de cette évaluation.
Il est intéressant de noter quInciardi (1994) décrit lOPI comme un « outil de dépistage ». Toutefois, notre examen nous a amenés à conclure quil fournit un tableau beaucoup plus détaillé du délinquant que ne le fait tout autre outil de dépistage courant. Cest pourquoi nous lavons inclus dans les outils dévaluation approfondis.
Le DLSI (Walters, 1994) est une entrevue structurée qui vise à évaluer quatre domaines considérés par le concepteur comme caractéristiques des comportements des personnes ayant un problème de toxicomanie : irresponsabilité, déséquilibre stress-capacité de résistance, superficialité des relations interpersonnelles, infraction ou entorse aux règles. Les 23 questions sont réparties dans 4 sous-échelles.
Le coefficient de constance entre les examinateurs pour chaque question était très variable (les coefficients kappa se situant entre 0,13 et 1,0), mais il était moyen ou assez élevé (de 0,57 à 0,83) pour les quatre sous-échelles et le résultat global. Le DLSI a été mis à lessai avec 120 détenus inscrits à un programme de traitement de la toxicomanie; un certain nombre de questions ont réussi à distinguer la toxicomanie grave de la toxicomane légère. Pour le classement des délinquants dans ces deux groupes, le DLSI a obtenu un résultat global de 77 % (taux de faux positifs de 16 % et de faux négatifs de 7 %). Walters (1994) considère que cet outil est une mesure raisonnablement fiable et potentiellement valide des habitude de vie des toxicomanes, mais nous estimons que certaines des valeurs de la fiabilité, du moins au niveau des questions, sont trop faibles. En outre, il faudrait déterminer si cet instrument pourrait établir des distinctions plus subtiles que le classement dans lune ou lautre des deux catégories, étant donné quon a maintenant tendance à conceptualiser la toxicomanie comme un continuum. Cependant, le fait que le DLSI a été validé auprès dun échantillon du milieu correctionnel constitue un avantage. Walters (1995) a constaté que cet instrument a une faible capacité de prédiction de la surconsommation dalcool ou de drogue après un suivi de deux ans (les antécédents criminels constituent une variable prédictive beaucoup plus fiable).
La Wisconsin Uniform Substance Abuse Screening Battery (National Institute of Corrections, 1991) comprend le TDAD, lOffender Drug Use History (ODUH), le Client Management Classification Interview et la typologie des délinquants de Megaree du MMPI. Inciardi (1994) souligne que cet instrument présente lavantage majeur de fournir des recommandations très précises pour le traitement. Vigdal et Stadler (1992) décrivent cet outil comme un ensemble de mesures de dimensions et de catégories qui se servent de la consommation et la surconsommation de substances et dautres caractéristiques pour déceler rapidement les délinquants qui ont des besoins et des profils de comportement semblables (p. 129). Lobjectif ultime de loutil est le jumelage client-traitement.
LODUH porte sur les traitements suivis et les antécédents de consommation pour 10 classes de drogues; les scores sont convertis en niveaux de consommation de drogue (3 niveaux en tout). Le Client Management Classification Interview est une entrevue semi-structurée qui permet de catégoriser les délinquants dans lun des cinq niveaux de besoin de surveillance ou de traitement. Le Megaree est une mesure dauto-évaluation des principaux aspects de la psychopathologie.
Cooney et al. (1995) classent les évaluations en laboratoire en trois catégories. La première comprend lanalyse dhaleine, la détermination du taux dalcool et du taux de drogue dans le sang, lanalyse de la salive et lanalyse des urines. Les auteurs soulignent que ces évaluations sont utilisées plus fréquemment dans les salles durgence pour des fins de dépistage et pour corroborer la déclaration du sujet. Les test sont exacts quand il sagit dune consommation très récente, mais ils ne peuvent manifestement pas évaluer les habitudes de consommation sur une longue période à moins quon les répète à plusieurs reprises. La deuxième catégorie comprend les mesures utilisées pour évaluer la toxicité des organes, donc les problèmes dalcool plus chroniques. La gamma-glutamy-transpeptidase (GGT) dans le plasma et le volume globulaire moyen (VGM) ont une sensibilité variable (de 20 % à 60 %) et une spécificité un peu plus élevée, mais ils produisent un taux élevé de faux positifs. La troisième catégorie comprend des mesures de changements indirectement liés à lalcool. Mentionnons la mesure de la transferrine désialysée (CDT) et la mesure du rapport de laspartate aminotransférase (ASAT) mitochondriale dans le plasma et de lASAT totale. La sensibilité de ces deux tests semble plus élevée; elle se situe entre 0,76 et 0,90.
Sobell et al. (1994) examinent diverses mesures biochimiques et les divisent en deux catégories : mesures de la consommation récente et mesures de la consommation prolongée. Les premières comprennent les analyses dhaleine, les tests sur bandelette réactive, les analyses durine, les analyses de salive et les bandes adhésives recueillant la sueur. Les mesures de la consommation chronique comprennent les épreuves fonctionnelles hépatiques et les analyses de cheveux.
Les tests en laboratoire sont assez peu utilisés dans les évaluations destinées à la planification du traitement, en particulier dans la population carcérale. Les tests qui évaluent la consommation récente ne peuvent pas déceler la consommation de drogue au moment où lévaluation est effectuée en vue du traitement, et les marqueurs biologiques ne fournissent pas de mesure des genres de variables quon pourrait utiliser pour choisir un traitement approprié, soit le fonctionnement cognitif, les connaissances, les attitudes, la gravité et les habitudes de consommation, et les effets de la consommation sur de multiples domaines de la vie quotidienne. En outre, de nombreux tests ont une sensibilité assez faible (Fondation de la recherche sur la toxicomanie, 1998). Skinner et al. (1986) ont fait remarquer que certains tests dauto-évaluation comme lASI réussissent mieux à déceler les problèmes dalcool que les marqueurs biologiques. Certains ont recommandé quon utilise les tests de laboratoire pour surveiller les progrès réalisés durant les traitements dont lobjectif est labstinence, en particulier dans les cas où la valeur des renseignements fournis par le sujet est suspecte.
Récemment, on a publié des lignes directrices sur lutilisation des marqueurs biochimiques dans la recherche sur la toxicomanie (Allen, Fertig, Litten, Sillanaukee et Anton, 1997).
Le principal objectif de cette section est dévaluer le domaine de la toxicomanie du Système didentification et danalyse des besoins des détenus (SIABD). Un des buts premiers de cet outil est de permettre aux agents de gestion des cas de classer systématiquement les besoins du délinquant dans ce domaine afin de pouvoir y répondre efficacement.
Le Système didentification et danalyse des besoins des délinquants (Motiuk et Pisapio, 1991) découle dune échelle plus étendue appelée Échelle dévaluation du risque et des besoins dans la collectivité (Motiuk, 1989; Motiuk et Porporino, 1989). Cette dernière a été élaborée à partir de travaux danalyse des besoins réalisés auprès de jeunes contrevenants (Lerner, Arling et Baird, 1986). Alors que lÉchelle dévaluation du risque et des besoins dans la collectivité évaluait les besoins des délinquants dans 12 aspects ou domaines, le SIABD a ramené le nombre de domaines à sept : emploi, relations conjugales et familiales, fréquentations et interactions sociales, toxicomanie, fonctionnement dans la collectivité, vie personnelle et affective, et attitude générale. On évalue donc les besoins des délinquants dans ces domaines au moyen de divers indicateurs. On a également conçu une version plus longue (partie A de lévaluation initiale des détenus) pour évaluer les besoins du délinquant lorsquil est admis dans un pénitencier fédéral. Dans cette version, les besoins dans le domaine de la toxicomanie sont évalués par 13 indicateurs de problèmes dalcool et 13 indicateurs de problèmes de drogue (voir Annexe A). En outre, trois indicateurs permettent de déterminer si le délinquant a déjà fait lobjet dune évaluation et sil a déjà participé à un programme de traitement. En se basant sur lévaluation de tous ces indicateurs, lagent attribue au délinquant une cote qui indique quil ny a aucun besoin damélioration ou quil y a un besoin modéré ou considérable damélioration.
Afin de pouvoir recueillir des renseignements pour assurer une meilleure gestion des délinquants sous responsabilité fédérale en liberté sous condition, on a mis au point une version communautaire simplifiée et on la mise à lessai (Motiuk et Brown, 1993). Il y a seulement deux indicateurs dans cette version : une pour lalcool et lautre pour la drogue (voir Annexe B). Toutefois, chacun de ces indicateurs englobe les cinq indicateurs liés à la perturbation quon retrouve dans la version utilisée à ladmission : « Les antécédents du délinquant laissent-ils supposer que sa consommation dalcool (de drogue) peut avoir des effets nuisibles sur les plans conjugal, professionnel, juridique, physique ou financier? » Lagent doit donner comme réponse : oui, non, ne sais pas; il doit aussi mentionner si on a déjà effectué des interventions pour régler le problème. Il doit ensuite coter le besoin damélioration, déterminer les interventions nécessaires et coter le niveau de motivation du délinquant. Ces deux outils peuvent être administrés sous la forme dun test papier-crayon, mais il semblerait possible davoir des versions informatisées.
Version utilisée à ladmission. Les cinq premiers indicateurs sont groupés sous le titre « habitudes ». On suppose que lévaluateur se sert de renseignements de diverses sources, y compris de linformation fournie par le délinquant, pour répondre à la question : « Problème de consommation dalcool? », mais cela nest précisé nulle part. Le message daide associé à cette question - « le délinquant boit avec excès » - ne contribue pas à diminuer la subjectivité parce que le mot « excès » nest pas défini. Cette question prend une trop grande importance comme indicateur, car si lagent répond par la négative, il na pas à répondre aux autres questions du domaine de la toxicomanie. Ce processus fait épargner du temps, mais comme tous les autres indicateurs constituent des preuves de la présence dun problème dalcool, il pourrait savérer plus prudent de mettre cette question après les autres. Lagent pourrait donc répondre à la question « Problème de consommation dalcool? » en se basant sur les réponses quil a données aux questions précédentes. Comme cet instrument est administré dans le cadre de lÉvaluation initiale des détenus, il est probable quil est administré en même temps que le QIMV. Si tel est le cas, on pourrait simplement se servir des résultats du TDEA pour répondre à la question : « Problème de consommation dalcool? » (ou des résultats du TDAD dans le cas de la drogue). Compte tenu que le TDEA et le TDAD fournissent des normes relatives à la gravité du problème, ils pourraient aussi aider lévaluateur à coter le besoin damélioration du délinquant. Tout au moins, on pourrait utiliser les résultats du QIMV pour compléter le jugement de lagent de gestion des cas quant à la présence dun problème de toxicomanie et quant à sa gravité. En utilisant plusieurs sources de renseignements, on naurait plus à se soucier que le délinquant donne des réponses fausses ou veuille faire bonne ou mauvaise impression.
Une réponse positive à la question « A commencé à boire très jeune? » est souvent associée à un problème dalcool. Lévaluateur se fie probablement aux renseignements donnés par le délinquant. On peut se demander si cet élément ajoute quelque chose à lévaluation, étant donné que lévaluateur a déjà déterminé si le délinquant a ou non un problème de consommation dalcool en répondant à la première question. Il faut se rappeler aussi que certains groupes culturels (p. ex. les Juifs) commencent à consommer de lalcool à un jeune âge, mais ont un taux très faible de problèmes dalcool. Enfin, si on utilise ce protocole avec les délinquantes, il ne faut pas oublier que les femmes commencent souvent à boire et à avoir des problèmes dalcool plus tôt que les hommes, mais que le problème évolue souvent plus rapidement.
Lindicateur « Boit régulièrement? » vise, comme le dit le message daide, à déterminer si la consommation dalcool fait partie du mode de vie du délinquant. Dans ce cas, il vaudrait mieux remplacer lindicateur par le message daide lui-même, car celui-ci est lié de façon plus fonctionnelle à linformation quon souhaite obtenir. Aucun message daide nest fourni à lévaluateur pour les autres indicateurs de la consommation dalcool.
Lindicateur « Consommation abusive à loccasion? » est un indicateur précieux parce que les épisodes de consommation excessive sont particulièrement associés à des conséquences négatives. Toutefois, encore ici, on ne donne aucune définition pour guider lévaluateur. La consommation abusive équivaut habituellement à la consommation de cinq verres ou plus (4 pour les femmes) à une même occasion (Wechsler et al., 1994). Cependant, il peut aussi sagir dune consommation continue durant deux jours ou plus de suite. On pourrait donner ces indications à lévaluateur. À cet égard, le QIMV offre dexcellentes lignes directrices.
Lindicateur « A consommé de lalcool et des drogues ensemble? » indique, en partie, la consommation générale que fait le délinquant des substances intoxicantes. Comme il ny a aucune indication de fréquence (p. ex. rarement, à loccasion, régulièrement, etc.), cette question ne permet pas dobtenir beaucoup de renseignements. Néanmoins, certaines données laissent croire que les délinquants qui consomment régulièrement de lalcool et de la drogue sont plus susceptibles davoir été arrêtés pour un crime violent que ceux qui ne consomment que de lalcool ou de la drogue (Miller et Welte, 1986).
Dans la documentation qui nous a été fournie, nous ne voyons pas clairement pourquoi on a exclus certains indicateurs de labus dalcool (p. ex. Boit le matin? Boit seul?). Nous supposons quon ne voulait pas que linstrument soit trop long à administrer.
Les trois indicateurs suivants portent sur la consommation dalcool durant les loisirs, lors dactivités sociales et pour se libérer du stress (indicateurs identiques pour la consommation de drogue). Ces types dindicateurs se retrouvent souvent dans les questionnaires sur la consommation dalcool (p. ex. lInventory of Drinking Situations) et sont utiles pour fixer les objectifs du traitement et de la prévention de la rechute. On peut toutefois se demander si ces trois indicateurs sont utiles lors de lévaluation initiale, surtout lorsque lévaluateur a déterminé si le délinquant a ou non un problème dalcool sans tenir compte de ces indicateurs. Si le délinquant participe plus tard à un programme comme CHOIX ou le PPT, on évaluera de nouveau ces indicateurs, et de façon beaucoup plus complète.
Le dernier ensemble dindicateurs (« perturbation ») évaluent les conséquences de la consommation dalcool (les mêmes indicateurs pour la consommation de drogue) pour le délinquant dans les domaines de lemploi, des relations conjugales ou familiales, des relations sociales, des infractions à la loi et de la santé. Ces indicateurs se retrouvent fréquemment dans les outils de dépistage et les autres types doutils dévaluation de la consommation dalcool (p. ex. le MAST) et sont compatibles avec les conséquences négatives associées à labus dalcool par lOrganisation mondiale de la santé. Ces conséquences servent aussi de facteurs de motivation importants pour le changement lorsquon les utilise pour donner un retour dinformation au délinquant de la façon suggérée par Miller et al. (1995). Toutefois, nous ne comprenons pas bien pourquoi certains indicateurs de ce type ont été exclus. Ainsi, on ne parle pas des conséquences négatives de la consommation dalcool sur la santé mentale et affective, ni sur les questions financières. Même si lanxiété, la dépression et dautres indicateurs dune santé affective déficiente ne sont pas des facteurs criminogènes en soi (Andrews, 1995), ils coexistent souvent avec la consommation excessive de substances intoxicantes (p. ex. lautomédication). Quant aux problèmes financiers, la recherche a montré quils constituent un facteur criminogène (Andrews, 1995).
Les trois derniers indicateurs du domaine de la toxicomanie portent sur les évaluations et les traitements antérieurs. Ces deux facteurs constituent un indicateur des problèmes de toxicomanie. De plus, en ayant accès aux évaluations antérieures, on peut mieux comprendre le problème du délinquant, y compris lévolution du problème depuis la dernière évaluation. De même, si on sait que les interventions antérieures ont réussi ou échoué, on pourra plus facilement choisir un traitement approprié.
Comme les indicateurs de la consommation de drogue sont identiques à ceux qui sont utilisés pour lalcool, nos commentaires sappliquent aussi au domaine de la drogue. Dans les documents à notre disposition, nous navons trouvé aucune donnée sur la fiabilité et la validité de la version du SIABD utilisée à ladmission. Il semblerait quon effectue actuellement des travaux sur ces questions.
Version utilisée dans la collectivité. Les indicateurs de cette version sont des questions générales : « Les antécédents du délinquant laissent-ils supposer que la consommation dalcool peut avoir des effets nuisibles sur les plans conjugal, professionnel, juridique, physique oufinancier? ». On pose la même question à propos de la drogue. Lévaluateur doit déterminer si la réponse est oui, non ou ne sais pas.
De façon générale, ces questions sont compatibles avec la définition dabus de substances fournie par lOrganisation mondiale de la santé, cest-à-dire quil existe un problème dalcool ou de drogue lorsque la consommation de ces substances cause des problèmes ou contribue à causer des problèmes dans un ou plusieurs domaines de la vie. Comme nous lavons fait remarquer ci-dessus, nous navons pu déterminer pourquoi on na pas inclus dautres conséquences. Encore ici, on ne tient pas compte de la santé mentale et affective. Il est intéressant de constater quon a inclus dans la version utilisée à ladmission les relations sociales autres que les relations conjugales et familiales, mais pas dans la version utilisée dans la collectivité. Par ailleurs, on a inclus laspect financier dans cette dernière version, mais pas dans la version utilisée à ladmission. Comme lobjectif de lévaluation des besoins dans la collectivité est dévaluer les besoins dynamiques qui sont sensibles au changement, les raisons de ces incohérences ne sont pas claires.
Les données sur lesquelles lévaluateur fonde son jugement pour répondre « oui, non, ne sais pas » ne sont pas précisées, mais on peut supposer que les agents reçoivent une certaine formation à cet égard. Ainsi, les renseignements fournis par les délinquants sur leur problème dalcool ou de drogue concordent assez bien avec les résultats des outils dévaluation possédant de bonnes propriétés psychométriques, comme le TDEA et le TDAD (Weekes, Moser et Langevin, 1997), et au moment de lévaluation des besoins dans la collectivité, lagent dispose des résultats de ces deux tests du QIMV dont il peut se servir pour au moins compléter ses autres sources de renseignements afin de déterminer lexistence et la gravité des problèmes de toxicomanie.
Indépendamment des fondements sur lesquels lévaluateur appuie son jugement, les résultats de lévaluation des besoins dans la collectivité pourraient tout de même être très précieux sil savère que lévaluation constitue une bonne indication des problèmes. À cet égard, la recherche effectuée par Motiuk et Brown (1993) montre quelle lest. Ces chercheurs ont constaté que les deux indicateurs ont été capables de détecter que 53,1 % dun échantillon de 573 délinquants mis en liberté sous condition avaient un problème de toxicomanie, ainsi que 48 % dun échantillon de 31 délinquantes. Bien que ces pourcentages soient inférieurs au taux approximatif de deux tiers obtenu par le TDEA et le TDAD dans le cadre du QIMV et confirmé par dautres études (Weekes, Moser et Langevin, 1997), ils demeurent assez élevés. Peut-être pouvons-nous expliquer ces pourcentages par le fait que certains délinquants ne considèrent plus quils ont un problème de toxicomanie au moment de leur mise en liberté. En outre, il se peut que linstrument ne repère que les délinquants ayant un problème modéré, important ou grave. Il est possible de vérifier cette possibilité en comparant les données avec les résultats doutils plus complets comme le TDEA et le TDAD et avec les données obtenues sur les mêmes délinquants au moment de ladmission. Ce qui ajoute à la validité de la version utilisée dans la collectivité, cest quon a constaté que les indicateurs de toxicomanie permettaient de prévoir les suspensions après quatre mois, bien que seule la question sur la consommation de drogue permettait de prévoir les suspensions après six mois. Autre donnée encourageante, on a observé que le dépistage des problèmes de toxicomanie augmentait avec le niveau de liberté sous condition : 40,6 % pour les délinquants de sexe masculin en libération conditionnelle totale, 51 % pour les délinquants en semi-liberté, et 66 % pour les délinquants en liberté surveillée.
On ne sattend pas à ce que ces deux indicateurs soient aussi efficaces que des questionnaires plus complets qui possèdent de bonnes propriétés psychométriques, comme le TDEA et le TDAD, pour déceler les problèmes de toxicomanie. Cependant, ils semblent être aussi utiles que de nombreux outils de dépistage pour déterminer la présence de problèmes. Une façon de vérifier la validité de ces indicateurs serait de comparer les résultats avec les données sur les mêmes délinquants obtenues à laide du TDEA et du TDAD ou même à laide dun autre outil (p. ex. le CAGE) conçu spécialement pour le dépistage. On pourrait ainsi vérifier la validité des indicateurs des deux versions (admission et collectivité). Lexactitude relative de ces indicateurs est probablement due à la généralité de la question (« Les antécédents du délinquant laissent-ils supposer que sa consommation dalcool ou de drogue peut avoir des effets nuisibles sur les plans conjugal, professionnel, juridique, physique ou financier? »). Il y a cependant une certaine redondance dans ce genre de question. Ainsi, dans la version longue, lévaluateur essaie de déterminer si le délinquant a un problème de consommation dalcool, sil a commencé à boire très jeune, sil boit régulièrement, sil fait une consommation abusive à loccasion, sil a consommé de lalcool et des drogues ensemble, sil fait une consommation abusive durant ses loisirs ou lors dactivités sociales et sil boit pour se libérer du stress. Si ces indicateurs sont présents, il y a de bonnes chances pour que la consommation dalcool ou de drogue nuise au fonctionnement du délinquant dans au moins un domaine. On pourrait vérifier cette hypothèse en déterminant dans quelle mesure les résultats de lévaluation des besoins effectuée à ladmission correspondent à ceux de lévaluation faite au moment de la mise en liberté. Il est possible que la version longue administrée à ladmission najoute rien à lexactitude de la détermination des besoins effectuée au moyen de la version plus courte. Enfin, bien que la présence dun indicateur unique restreigne le champ des études psychométriques, il serait possible dévaluer le coefficient de constance entre les évaluateurs en demandant à différents agents dévaluer le même cas et en calculant lindice de correspondance. Étant donné que lun des objectifs de ces échelles est dencourager le traitement systématique de linformation par les agents de gestion des cas, il serait important que ce coefficient soit élevé.
Motiuk et Brown (1993) laissent entendre que le SIABD peut aussi constituer un moyen utile de surveiller les changements dans les comportements, les attitudes et les conditions de vie du délinquant qui sont manifestement liés à la réussite de la mise en liberté (p. 54). Nous ne sommes pas daccord avec cette affirmation parce que la question porte sur les antécédents (Les antécédents du délinquant etc.). Si lon veut utiliser cet indicateur pour surveiller les changements, il serait préférable de formuler la question ainsi : « Les antécédents du délinquant, depuis sa mise en liberté ». En dautres mots, il faudrait modifier la question en fonction de la période visée par lévaluation.
Cette difficulté est annulée en partie par la question suivante : « Si oui, des interventions ont-elles été effectuées? ». Cependant, les concepteurs de linstrument font remarquer que même si on a déjà effectué des interventions, cela ne signifie pas forcément que le problème a été résolu ou quaucune intervention nest nécessaire. De même, la section sur les observations et impressions à propos du besoin damélioration ne se prête pas à une surveillance actuelle du problème de toxicomanie parce quon a ajouté, comme critère pour juger du besoin damélioration, les antécédents du délinquant. Ainsi, lévaluateur doit juger quil ny a aucun besoin immédiat damélioration si le délinquant na aucun antécédent et aucun problème en ce moment. Les autres catégories sont semblables. Pour que linstrument soit utile pour la surveillance des changements, il faudrait que la formulation du critère soit modifiée et précise la période visée. Par exemple, « Aucun antécédent depuis la mise en liberté et aucun problème en ce moment ». Enfin, pour la gestion des problèmes de toxicomanie, les cliniciens trouveraient certainement utile de savoir si les interventions qui ont été effectuées à propos du problème de toxicomanie ont donné des résultats positifs, puisque ces considérations pourraient influencer les recommandations relatives aux traitements futurs ou à lentretien.
Motiuk et Brown (1993) nont pas examiné si les délinquants qui ont suivi un traitement ont été moins nombreux que les autres à voir leur libération suspendue; il serait intéressant de pouvoir analyser ce genre de données. De même, ils nont pas parlé du nombre de suspensions en fonction de la cote attribuée au besoin damélioration. On sattendrait normalement à ce que cette cote soit liée à la gravité du problème de toxicomanie, qui serait elle-même liée au nombre de suspensions.
On détermine aussi les « interventions nécessaires » selon plusieurs catégories : traitement intensif en établissement, traitement en consultation externe, entretien et suivi, counseling en matière de santé (VIH, hépatite, éducation sur les drogues). On laisse aussi un espace pour que lévaluateur formule des commentaires sur lintervention souhaitée. En fait, chaque type dintervention (en établissement, en consultation externe, entretien, counseling en matière de santé, éducation sur les drogues) est associé à un niveau de besoin (faible, moyen, élevé). Normalement, le jumelage client-traitement est fondé sur une évaluation très complète. Dans ce cas-ci, toutefois, les indicateurs de la toxicomanie permettent seulement à lévaluateur de donner une réponse positive ou négative. On peut donc supposer que lévaluateur attribue une cote aux interventions nécessaires principalement en fonction du besoin damélioration déjà déterminé. Par exemple, si lévaluateur détermine que le délinquant a un besoin élevé de recevoir un traitement intensif en établissement, cest probablement parce quil a déterminé auparavant que le délinquant avait un besoin considérable damélioration. Il faudrait valider cet exercice en faisant une comparaison avec les résultats plus complets fournis par le QIMV ou par lun des outils plus approfondis conçus à cette fin. Cette mesure nous paraît importante, car, selon notre expérience, les agents de liberté conditionnelle et les agents de classification ont tendance à recommander des traitements plus intensifs quil nest nécessaire. En outre, certaines contraintes (p. ex. le fait que les traitements soient offerts ou non) déterminent souvent le niveau dintervention recommandé. Enfin, les organismes dentraide comme les NA et les AA ne sont pas inclus dans la liste des interventions suggérées.
On évalue aussi le « niveau de motivation du délinquant face aux interventions » : faible, moyen ou élevé. Cette mesure est utile comme indicateur de lattitude du délinquant à légard du problème, mais il faudrait évaluer dans quelle mesure elle permet de prévoir lissue du traitement. De nombreux traitements de la toxicomanie reposant sur des fondements empiriques traitent maintenant la motivation comme une qualité dynamique qui reflète létape de changement où en est le délinquant (Prochaska, Di Clemente et Norcross, 1992). Dans tout traitement efficace, on prévoit très tôt des mesures pour augmenter la motivation (Miller et Rollnick, 1991).
Enfin, on demande à lévaluateur si la CNLC pourrait imposer une condition spéciale qui pourrait faciliter les interventions recommandées. On peut supposer que la réponse courante est la condition de sabstenir de consommer de lalcool ou de la drogue. Lévaluateur pourrait aussi mentionner la condition de suivre un traitement et de participer à des rencontres dentretien. Cette dernière recommandation permettrait une certaine souplesse au niveau des objectifs du traitement. Par exemple, si un délinquant suit un traitement dans la collectivité pour sa consommation dhéroïne et quil consomme de lalcool, on pourrait ne pas suspendre sa liberté. Lui imposer une suspension dans ce cas ne linciterait pas à poursuivre le traitement.
Environ les deux tiers des délinquants ont un problème de toxicomanie. Cette proportion élevée, ainsi que des données provenant dautres sources, indique quil existe une forte relation entre la toxicomanie et la perpétration de divers types de crimes. La nature précise de cette relation nest pas encore connue. Toutefois, on souscrit généralement à lidée que le traitement efficace de la toxicomanie permet de réduire la criminalité.
Comme les détenus toxicomanes constituent un groupe hétérogène et sont différents sur bien des plans, il faut procéder à une évaluation pour déterminer leurs besoins particuliers, leur offrir un traitement pouvant répondre à ces besoins et pour gérer le risque quils présenteront lorsquils seront libérés. En outre, il est nécessaire de créer une base de données qui servira à la recherche et à dautres fins.
On peut diviser les outils dévaluation de la toxicomanie en quatre grandes catégories : dabord, les outils de dépistage, dont la principale fonction est de déterminer sil existe ou non un problème; ensuite, les outils plus détaillés, qui permettent de préciser la nature du problème (p. ex. en évaluant sa gravité); les outils particuliers, qui sont utiles pour établir des objectifs de traitement et de prévention des rechutes, ainsi que pour évaluer, après un traitement, les progrès réalisés; enfin, les outils approfondis, qui permettent dévaluer non seulement les habitudes et la fréquence de consommation, mais aussi le fonctionnement du répondant dans de nombreux autres domaines. Ces outils dévaluation approfondis peuvent servir à plusieurs fins, notamment à déceler la présence de divers types de besoins, à déterminer le traitement approprié et à créer une base de données qui sera utile pour la recherche et pour dautres usages. Le QIMV entre dans cette catégorie.
Au cours de notre examen, nous avons constaté quil existe plusieurs outils de dépistage qui peuvent être administrés assez rapidement et qui donnent des résultats satisfaisants, comme lAUDIT, le CAGE, lACI et le MAST. Cependant, la fonction des outils de dépistage est de repérer les personnes qui devraient être soumises à une évaluation plus approfondie. Étant donné que tous les délinquants admis dans un pénitencier fédéral sont évalués au moyen du QIMV, lutilisation dun outil de dépistage serait superflu.
Notre examen nous a aussi permis de relever plusieurs outils très efficaces pour évaluer la gravité des problèmes de toxicomanie, dont le LDH, le SADD, le SADQ, le TDEA et le TDAD. Lanalyse a montré que le TDEA et le TDAD, qui font partie intégrante du QIMV utilisé par le SCC, sont aussi bons, sinon meilleurs, sur les plans de la fidélité, de la validité et dautres facteurs, que tous les outils comparables. Par conséquent, nous ne recommandons aucun changement.
Nous avons également constaté quil existe dexcellents instruments dans la catégorie des outils approfondis, comme lASI, lAUI, le CDAP et le QIMV. Au moins un dentre eux, lASI - qui en est à sa cinquième édition -, est utilisé sur une grande échelle. Tous les outils de cette catégorie possèdent généralement de bonne propriétés psychométriques. En ce qui concerne le nombre de questions, le QIMV est peut-être le plus complet, et nous navons trouvé aucune bonne raison de proposer quon le remplace par un autre outil.
En fait, le QIMV permet de dépister le problème, dévaluer de façon détaillée la nature du problème (au moyen du TDEA et du TDAD), et de déterminer la présence dautres problèmes dans de nombreux domaines (santé, vie sociale, etc.). On peut aussi sen servir pour la planification du traitement. Enfin, il permet de constituer une base de données - qui est déjà très étendue - sur les délinquants sous responsabilité fédérale. Ajoutons que la présentation informatisée est ce qui se fait de mieux et est bien acceptée par les délinquants. Le retour dinformation qui est fourni immédiatement aux délinquants et les nombreux renseignements qui sont communiqués aux agents de gestion des cas constituent des atouts qui sont propres au QIMV.
Lune des rares faiblesses de cet instrument est quil ne permet pas de dépister les déficits neurologiques. Dans lASIST-I, on a intégré le Trails et le Digit Symbol Substitution Test à cet effet, mais le SCC pourrait envisager dutiliser certains tests neuropsychologiques informatisés qui sharmoniseraient avec la présentation du QIMV, comme le Wisconsin Card Sorting Test (classification catégorielle de cartes). Les toxicomanes, plus particulièrement ceux qui ont un problème dalcool grave, ont souvent des déficits neurologiques (Miller et Saucedo, 1983) susceptibles de limiter les effets positifs du traitement. Il peut être important de déceler ces déficits pour déterminer le type de traitement qui conviendra le mieux. Un autre avantage associé au dépistage des déficits neurologiques a été soulevé dans un ouvrage sur le syndrome dalcoolisme foetal (Boland, 1998; rapport de recherche du SCC). Les individus qui ont ce syndrome, quils soient atteints entièrement ou partiellement, ont une altération neurologique permanente et sont plus à risque davoir des démêlés avec la justice. Les Autochtones sont surreprésentés parmi ceux qui ont ce syndrome. Il serait important de repérer ces personnes pour les soumettre à une évaluation plus complète, puisquil y a peu de chances quelles puissent suivre les traitements offerts par le SCC dans leur forme actuelle.
Quant aux outils qui permettent détablir des objectifs de traitement, nous avons constaté que plusieurs dentre eux pourraient être intégrés aux programmes de traitement de la toxicomanie du SCC. Certains dentre eux, comme lIDS et lIDTS - qui évaluent les situations qui sont propices à la surconsommation dalcool ou de drogues -, et le SCQ et le DTCQ - qui évaluent le sentiment dauto-efficacité dans ces situations -, sont déjà incorporés dans des programmes du SCC comme le programme CHOIX et le Programme prélibératoire pour toxicomanes (PPT). Cependant, il existe dautres échelles qui présentent de lintérêt et possèdent de bonnes propriétés psychométriques. Mentionnons dabord le NAEQ, qui mesure les conséquences négatives auxquelles sattendrait le délinquant sil allait « prendre un verre maintenant ». Les outils qui permettent de déterminer les attentes par rapport à la consommation dalcool (le DEQ, par exemple) sont également utiles pour établir des objectifs dans les programmes de type cognitivo-comportemental et pour évaluer les progrès réalisés par ceux qui participent au traitement. Le DEQ est accompagné du DRSEQ, qui mesure le sentiment dauto-efficacité dans diverses situations. Mentionnons aussi léchelle AASE, qui possède dexcellentes propriétés psychométriques et permet dévaluer de façon rapide (20 questions) la confiance du répondant dans sa capacité de ne pas consommer dalcool dans les situations à risque élevé; il devrait être assez facile dadapter cet outil à la consommation de drogue. Enfin, le TRI, qui porte sur les envies et le besoin maladif de consommer des substances intoxicantes, pourrait être utilisé de concert avec une formation sur le contrôle des envies et une évaluation des effets de la formation, après le traitement. Bien que les programmes comme CHOIX se penchent un peu sur la question des envies, aucune mesure officielle nest associée à la formation.
De nombreux programmes de traitement de la toxicomanie utilisent déjà certaines versions du modèle des étapes de changement élaboré par Prochaska et Di Clemente pour favoriser la disponibilité au traitement et la motivation. Léchelle SOCRATES et le RTCQ semblent être des outils efficaces à cet égard et pourraient être intégrés à lévaluation préalable au traitement et à lévaluation des progrès réalisés durant le traitement.
Notre analyse du domaine de la toxicomanie du Système didentification et danalyse des besoins des détenus utilisé à ladmission a montré que lévaluation du premier indicateur - « Problème de consommation dalcool? » « Consommation abusive de drogues? » - laisse une grande place à la subjectivité, tout comme les autres indicateurs de cette catégorie.
Nous recommandons que le SCC adopte lune des solutions suivantes : 1) quil définisse exactement ce qui constitue un problème de consommation dalcool et une consommation abusive de drogues; 2) quil place cette question après tous les autres indicateurs pour que lagent se fonde sur ces derniers pour répondre à la question; 3) quil utilise plutôt le TDEA et le TDAD et dautres renseignements obtenus au moyen du QIMV - ou quil les utilise aussi - pour déterminer si le délinquant a un « problème de consommation dalcool » ou fait une « consommation abusive de drogues ».
Nous aimerions aussi soulever la question des chevauchements manifestes avec le QIMV dans le domaine de la toxicomanie et dans plusieurs autres domaines. Comme le Système didentification et danalyse des besoins des détenus et le QIMV sont administrés au moment de ladmission, nous nous demandons pourquoi les résultats du QIMV, qui sont communiqués à lagent de gestion des cas, ne pourraient pas remplacer les données obtenues au moyen du SIABD (p. ex. dans le domaine de la toxicomanie). Bien que ces deux instruments aient des fonctions un peu différentes, la double évaluation des délinquants à ladmission semble superflue. Il semble en effet que les résultats du QIMV sont plus complets et plus utiles pour déterminer les besoins et les traitements que les renseignements plus limités et subjectifs fournis par lautre instrument. Nous admettons que nous sommes plus familiarisés avec le QIMV et que nous connaissons moins bien lautre instrument et que, par conséquent, nous nous méprenons peut-être sur sa fonction.
Dans les documents qui nous ont été remis, rien nindique quon a évalué les propriétés psychométriques de la version administrée lors de ladmission. Bien que ce travail soit peut-être en cours, nous recommandons que lon compare les besoins déterminés à laide de cet outil, dans le domaine de la toxicomanie, aux résultats du QIMV.
La version de cet instrument quon utilise lors de la mise en liberté dun délinquant dans la collectivité a une fonction évidente; il est nécessaire et pratique de disposer dun instrument simple et bref. Ainsi, on détermine que le délinquant a un problème dalcool ou de drogue si sa consommation a des effets nuisibles dans des domaines importants de la vie, bien quon ne définisse pas ces effets nuisibles. Nous avons remarqué certaines incohérences : dabord, on évalue si la consommation dalcool ou de drogue a des effets nuisibles sur la vie conjugale et la vie familiale, mais pas sur dautres aspects de la vie sociale. On ne parle pas non plus des effets nuisibles sur la santé mentale et la santé psychologique. Bien sûr, il serait facile dajouter ces éléments si on le souhaitait. Nous avons aussi remarqué que la seule question quon utilise comme indicateur est très générale et est donc susceptible denglober les plus nombreux indicateurs utilisés dans la version administrée lors de ladmission. Si cet outil doit servir à surveiller de façon générale les progrès du délinquant après la mise en liberté, nous recommandons de modifier la formulation de la question afin dy inclure la période visée.
Motiuk et Brown (1993) présentent des données encourageantes sur la détermination des problèmes dalcool ou de drogue au moyen de la version administrée dans la collectivité. Nous recommandons quon effectue une autre étude de validité en comparant ces résultats avec ceux quon obtient à laide du TDEA et du TDAD. De plus, comme les critères sur lesquels les agents de gestion des cas doivent fonder leur jugement ne sont pas précisés, il serait pertinent de déterminer le coefficient de constance entre les examinateurs, en particulier si lun des objectifs de loutil est le classement systématique des besoins des délinquants par les agents de gestion des cas. Enfin, il serait utile de comparer les jugements posés par les agents, à ladmission et à la mise en liberté, à propos des mêmes délinquants.
Voilà donc les principales conclusions de notre examen. Le lecteur trouvera dautres conclusions secondaires et suggestions damélioration dans les diverses sections du rapport.
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| Composante principale | Sous-composante | Indicateurs |
|---|---|---|
| Abus d’alcool | Habitudes | Problème de consommation d’alcool? |
| A commencé à boire très jeune? | ||
| Boit régulièrement? | ||
| Consommation abusive à l’occasion? | ||
| A consommé de l’alcool et des drogues ensemble? | ||
| Situations | Consommation abusive durant les loisirs? | |
| Consommation abusive lors d’activités sociales? | ||
| Boit pour se libérer du stress? | ||
| Perturbation | Le fait de boire nuit à l’emploi? | |
| Boire nuit aux relations conjugales ou familiales? | ||
| Boire nuit aux relations sociales? | ||
| Le fait de boire a-t-il conduit à des infractions de la loi? | ||
| Boire nuit à la santé? | ||
| Abus de drogues | Habitudes | Consommation abusive de drogues (solvant, médicaments, etc.)? |
| A commencé à consommer des drogues très jeune? | ||
| Consomme des drogues régulièrement? | ||
| Consommation de drogues de façon excessive à l’occasion? | ||
| A consommé différentes drogues en même temps? | ||
| Situations | Consommation abusive durant les loisirs? | |
| Consommation de drogues en société? | ||
| Consomme des drogues pour se libérer du stress? | ||
| Perturbation | La consommation de drogues nuit à l’emploi? | |
| Consommation de drogues nuit aux relations conjugales/familiales? | ||
| Consommation de drogues nuit à la vie sociale? | ||
| Consommer de la drogue conduit à enfreindre la loi? | ||
| La consommation de drogues nuit à la santé? | ||
| Interventions | Antécédents | Évaluation(s) antérieure(s) de toxicomanie? |
| A participé à des programmes de traitement de la toxicomanie? | ||
| A mené à terme un traitement pour toxicomanes? | ||
| Messages d’assistance | Le délinquant boit à l’excès. | Problème de consommation d’alcool? |
| La consommation d’alcool fait partie du mode de vie du délinquant | Boit réglièrement? | |
| Consomme des doses excessives de médicaments prescrits ou consomme des drogues illicites | Consommation abusive de drogues? | |
| La consommation de drogues fait partie du mode de vie du délinquant | Consomme des drogues régulièrement? |
Extrait de l’Annexe R - principales modifications incluses dans la version - Vol. 1 No 1 du Guide de la gestion des cas.
Identification et analyse des besoins des détenus
Catégorie : Toxicomanie
| Indicateurs | Si oui, des inverventions ont-elles été effectuées?* |
|---|---|
| Les
antécédents du délinquant laissent-ils
supposer que sa consommation d’alcool peut avoir des effets
nuisibles sur les plans conjugal, professionnel, juridique,
physique ou financier? Oui Non Ne sais pas |
Oui Non Ne sais pas |
| Les
antécédents du délinquant laissent-ils
supposer que sa consommation de drogue peut avoir des effets
nuisibles sur les plans conjugal, professionnel, juridique,
physique ou financier? Oui Non Ne sais pas |
Oui Non Ne sais pas |
*Remarque : Même si on a déjà effectué des interventions en établissement ou dans la collectivité, cela ne signifie pas forcément qu’aucune intervention n’est nécessaire.
| Facteur considéré comme un atout pour l’adaptationt | Aucun besoin immédiat d’amélioration | Besoin modéré d’amélioration | CBesoin considérable d’amélioration |
|---|---|---|---|
| ? Aucun antécédent et aucun problème en ce moment | ? Antécédents ou consommation actuelle d’alcool ou de drogue causant des problèmes moyens d’adaptation | ? Antécédents qui indiquent une consommation fréquente et incontrôlée causant de graves problèmes d’adaptation |
Interventions nécessaires
(Si aucune intervention n’est nécessaire, passez à la catégorie de besoins suivante.))
Autre/commentaires:
Niveau de motivation du délinquant face aux interventions
? faible (refus de collaborer)
? moyen (disposé à collaborer si l’agent de gestion des cas l’exige)
? élevé (motivation personnelle)
La CNLC a-t-elle imposé une condition spéciale qui pourrait faciliter les interventions précisées ci-dessus?