« Donnez-nous une chance » (Édition revue) L'évaluation des besoins: Les ressources en santé mentale pour les femmes sous responsabilité fédérale dans les établissements régionaux

Margo Rivera, M.Ed., Ph.D.
Le 31 mars 1996

Nous avons éliminé de cette édition les évaluations individuelles et les données signalétiques incluses dans les profils afin de protéger les renseignements personnels des femmes.

Ce rapport a été rédigé dans le cadre d'une entente conclue avec le Service correctionnel du Canada. Les opinions exprimées par l'auteur ne concordent pas nécessairement avec les opinions et politiques du Service correctionnel du Canada.

Pour de plus amples informations ou des exemplaires additionels du rapport, veuillez communiquer avec:

Jane Laishes
Santé Mentale
Service correctionnel du Canada
(613) 947-3929

Remerciements

Je remercie sincèrement toutes les femmes incarcérées qui m'ont parlé de leurs luttes, de leurs espoirs et de leurs besoins. Je suis également reconnaissante envers le personnel, dont les connaissances, l'expérience et la détermination à  faire en sorte que les femmes sous responsabilité fédérale se voient offrir l'avenir qu'on ne leur a offert par le passé m'ont permis de participer au processus de transformation. C'est un grand honneur pour moi que de contribuer, dans une faible mesure, à  relever le défi qui consiste à  faire en sorte que la vision devienne réalité.

Prison des femmes, Kingston (Ontario)

Thérèse Leblanc, directrice de l'établissement
Dr Roy Brown, psychiatre
Sophie Kleywegt, agent de liaison autochtone, coordonnatrice des Aînés
Membres de la sororité autochtone

Personnel du Service de psychologie

Jean Folsom, psychologue en chef
Punch Gaylord, administrateur
Jill Atkinson
Jane Barker Betty-Ann Howard
Franca Cortoni Beth Merriam
Julie Darke Shoshana Pollack
Jan Heney Brenda Restoule

Établissement pour femmes d'Edmonton, Edmonton (Alberta)

Jan Fox, directrice de l'établissement

Équipe des services de santé

Ineka MacDougall, chef d'équipe
Les Block, psychologue; Dr Amy Bourquet, médecine familiale
Dr Maggie Tweddle, psychiatre-conseil
Carol Hutchinson, directrice, Société Elizabeth Fry, Comité consultatif sur le programme, EFE

Centre psychiatrique régional, Saskatoon (Saskatchewan)

Joan Lavellee, Aînée
Brenda LePage, gestionnaire des soins aux patients
Dr Aubrey Levin, psychiatre
Cindy Pressé, psychologue
Bernice Wapass, agent du Programme pour Autochtones

Établissement pour femmes Nova, Truro (Nouvelle-Écosse)

Chris Manuge, directrice de l'établissement
Frona Allen, chef d'équipe, Opérations
Genevieve Butterworth, chef d'équipe, Programmes
Sylvia Frausin-Murphy, psychologue
Mary Haylock, conseillère féministe
Ancel Langille, directrice du Programme des loisirs
Anne-Marie MacDonald, coordonnatrice de la gestion des cas
Sandra Nimmo, Élaboration des programmes
Christine Sandeson, animatrice - expression artistique
Lorie Shimmell, ergothérapeute
Matilda Snachi, agent de liaison autochtone
Denise Thibault, infirmière, agent de gestion des cas

Administration centrale, Service correctionnel du Canada

Jane Laishes, Santé mentale
Hilda Vanneste, Programmes des FPPF

Résumé

Au cours de l'année 1996, la Prison des femmes - jusqu'à  très récemment le seul pénitencier du Canada à  l'intention des femmes purgeant une peine fédérale - fermera ses portes. Depuis l'achèvement des travaux de construction de cet établissement en 1934, des rapports officiels affirment qu'il est inhabitable et n'est pas en mesure de répondre aux besoins des délinquantes; d'après le Rapport MacGuigan (1977), il s'agissait d'un établissement « qui ne convient pas aux ours, encore moins aux femmes ». La fermeture de la Prison des femmes constitue donc une réalisation marquante pour le Service correctionnel du Canada (SCC) en cette dernière décennie du millénaire, et un événement que doivent célébrer tous ceux qui défendent la cause de la justice pour les femmes.

Le Rapport du Groupe d'étude sur les femmes purgeant une peine fédérale de 1990, intitulé La création de choix, a été le dernier rapport officiel à  plaider pour la fermeture de la Prison des femmes. Il contient également des recommandations portant sur la construction de cinq établissements régionaux destinés à  accueillir les délinquantes sous responsabilité fédérale pendant la partie de leur peine qui doit, en application de la loi, être purgée dans un pénitencier. Pour orienter le SCC dans sa création des installations et des programmes traduisant le vécu particulier des femmes incarcérées et répondant à  leurs besoins spéciaux, le Groupe d'étude a énoncé les cinq principes suivants ayant trait au pouvoir de contrôler sa vie, à  la capacité de faire des choix valables et responsables, au respect et à  la dignité, à  la présence d'un environnement favorable, et au partage des responsabilités. Pour ce qui est de la création et de l'entretien d'établissements à  l'intention des femmes purgeant une peine fédérale, le principe fondamental énoncé dans La création de choix est le suivant :

Le Service correctionnel du Canada avec le soutien des communautés a la responsabilité de créer un environnement qui habilite les femmes purgeant une peine fédérale à  faire des choix responsables et valables leur permettant de vivre dans la dignité et le respect.

La construction et l'ouverture des nouveaux établissements ont toutefois éveillé la crainte que, dans ces établissements o๠l'accent serait mis sur la responsabilité personnelle et la « sécurité dynamique », une minorité de détenues ne soient pas capables de tenir un rôle constructif dans un milieu de ce genre à  moins qu'on ne se préoccupe, de façon très spéciale et spécialisée, de répondre à  leur besoin de services accrus de soutien psychologique.

Quelques femmes, encore incarcérées à  la Prison des femmes, ne seraient pas, à  leur propre avis ou de celui des employés concernés, aptes à  être transférées vers les nouveaux établissements. Parce que leurs troubles se manifestent par un degré élevé de comportement autodestructeur et parfois violent, ces femmes ne seront vraisemblablement pas en mesure de gérer leurs activités quotidiennes avec le degré d'autonomie attendu dans ces nouveaux établissements. Leurs cas particuliers ont mis en évidence la question suivante :

« Les plans d'activités des nouveaux établissements incluent-ils un niveau convenable de ce qu'on appelle des services de santé mentale pour permettre à  toutes les femmes sous responsabilité fédérale de prendre leur vie en main dans ces nouveaux cadres, de faire des choix véritables et d'opérer des transformations profondes et constructives dans leur vie? »

Voilà  la question que l'on m'a demandé d'examiner dans le cadre d'une évaluation sur une période limitée (1er février - 31 mars 1996) des besoins en matière de santé mentale d'un groupe de femmes actuellement incarcérées à  la Prison des femmes, à  l'établissement pour femmes d'Edmonton et à  l'établissement pour femmes Nova. J'ai discuté avec des détenues, des agents de correction, des prestataires de services de santé mentale, des conseillères et des Aînées, et j'en suis venue à  la même conclusion qu'un grand nombre de ces personnes, à  savoir que chez certaines femmes le besoin d'intervention intensive est si aigu et si pressant que les nouveaux établissements, tels qu'ils ont été conçus, ne permettront pas d'y répondre, même à  un niveau minimal. En l'absence des mécanismes de soutien requis, la présence de ces femmes risque même de nuire au succès de ces établissements. L'autre conclusion, au moins aussi importante, à  laquelle je suis arrivée était que dans ces nouveaux établissements on ne pourrait répondre aux besoins affectifs de ces femmes d'une manière qui traduise la vision de changement présentée dans La création de choix, ou même s'en approche.

Je présente deux niveaux de recommandations basées sur ces conclusions. Les première, deuxième, troisième et quatrième recommandations peuvent et devraient être mises en oeuvre immédiatement (d'ici quatre à  six mois). Les cinquième et sixième recommandations peuvent et devraient être mises en oeuvre d'ici un à  deux  ans , à  condition qu'on commence immédiatement à  prendre des mesures concrètes en ce sens.

Première recommandation

Que le SCC crée un établissement de ressourcement à  l'intention de huit femmes ayant un besoin immédiat de traitement psychologique intensif en milieu sécuritaire pour s'attaquer aux problèmes qui sont à  l'origine de leur comportement destructeur et autodestructeur grave. Il s'agirait d'un établissement conçu pour traiter des femmes non psychotiques (manifestant ce qu'on appelle souvent, dans le milieu psychiatrique, un « trouble de la personnalité limitrophe » et parfois une « personnalité antisociale »), qui comprennent que leurs difficultés sont d'origine affective et qui veulent par conséquent avoir accès à  ce genre de programme de ressourcement exigeant et intensif. La participation à  ce programme de ressourcement serait volontaire; le traitement profiterait sans doute uniquement aux femmes qui manifestent le besoin et le désir d'être placées dans un milieu intensif et spécialisé de ce genre.

Je recommande que cette installation soit située à  Kingston (Ontario). De cette façon, elle ne serait pas rattachée initialement à  un établissement particulier et les femmes qui se trouvent déjà  à  Kingston ne seraient pas obligées d'aller dans une autre ville ou une autre province tant qu'elles ne sont pas prêtes à  être transférées à  leur établissement d'attache. En outre, cela permettrait au SCC d'avoir accès au personnel de traitement qui possède déjà  de nombreuses années d'expérience précieuse dans le domaine du counseling auprès de ces femmes et des nombreuses autres femmes qui présentent des antécédents et des difficultés analogues. On pourrait utiliser à  cette fin la maison Isabel McNeill, située en face de la Prison des femmes, qui accueille actuellement des femmes classées au niveau de sécurité minimale. Il faudrait toutefois ajouter un système de sécurité périmétrique et apporter certaines modifications à  quelques pièces qui se trouvent au deuxième et au troisième étages pour permettre l'occupation simple des chambres à  coucher.

Cette installation (que nous appellerons ci-après la Maison de ressourcement) doit être opérationnelle avant la date de clôture finale de la Prison des femmes, c'est-à -dire, vraisemblablement, à  la fin de l'été ou au début de l'automne 1996.

Deuxième recommandation

Que le SCC prenne les mesures nécessaires pour renforcer la sécurité dans certaines parties du Pavillon de ressourcement. Celui-ci pourrait alors constituer un choix véritable pour les femmes autochtones connaissant des difficultés affectives et sociales dont il faudrait idéalement s'occuper dans le contexte d'un programme de ressourcement autochtone, mais qui sont actuellement exclues de cet établissement à  cause de leur cote de sécurité élevée et de leurs problèmes de comportement qui sont attribuables à  des troubles affectifs graves. Il faudrait augmenter l'effectif du Pavillon de ressourcement pour répondre aux besoins accrus de soutien intensif que présentent ces femmes.

à€ l'établissement pour femmes d'Edmonton, le SCC devrait mettre sur pied, à  l'intention de toutes les femmes autochtones désireuses d'être acceptées au Pavillon de ressourcement, un programme hebdomadaire préparatoire comprenant une séance de groupe animée par un membre du personnel du Pavillon de ressourcement et un membre du personnel de l'EFE, ainsi qu'une séance de soutien individuelle avec un membre du personnel du Pavillon de ressourcement. Ce programme permettrait aux Autochtones désireuses d'être acceptées au Pavillon de ressourcement mais qui ne sont pas encore prêtes à  participer aux programmes offerts, de se fixer des buts clairs, avec l'encadrement et l'encouragement constants du personnel du Pavillon de ressourcement et de l'EFE ainsi que des autres femmes qui veulent aussi être admises au Pavillon de ressourcement. Cette initiative permettra aux femmes de prendre les mesures nécessaires pour être acceptées dans cet établissement ou de bien comprendre les raisons pour lesquelles elles ne le sont pas encore.

Troisième recommandation

Que le SCC négocie la prestation des services de santé mentale spécialisés pour malades hospitalisés dans un établissement situé à  proximité de chaque établissement régional. Les lits d'hôpitaux ainsi réservés ne seraient qu'occasionnellement utilisés par les femmes dont la stabilité est menacée à  cause d'une psychose et qui ont besoin d'un traitement médical pendant une période limitée afin d'ajuster les doses de médicaments et de leur permettre de se stabiliser.

Il semble que très peu de femmes sous responsabilité fédérale souffrent de maladies mentales graves, comme la schizophrénie, la dépression psychotique, un trouble bipolaire ou un syndrome organique. Mais le fait que ces femmes soient peu nombreuses ne signifie pas qu'on peut s'en remettre au hasard pour répondre à  leurs besoins de soins psychiatriques particuliers ou ne satisfaire à  ceux-ci que par des interventions d'urgence, en procédant cas par cas. Il faut faire des plans, dans chaque région, pour assurer l'égalité d'accès aux services de santé mentale dont ont besoin les femmes souffrant de maladies mentales graves.

Quatrième recommandation

Que le SCC veille à  ce que soient immédiatement disponibles, dans chaque établissement, des services de counseling individuel et par groupe, adaptés à  la réalité culturelle des femmes. Les délinquantes devraient avoir facilement accès à  des femmes thérapeutes, ayant reçu la formation requise et possédant l'expérience voulue en services thérapeutiques intensifs à  long terme et en intervention d'urgence et en résolution de problèmes à  court terme auprès de femmes toxicomanes et de femmes ayant subi une vaste gamme de traumatismes personnels, y compris des actes de violence physique et sexuelle.

Pour comprendre l'importance de réaliser la vision présentée dans La création de choix, à  savoir obtenir le pouvoir de contrôler sa vie et la capacité de faire des choix valables, les thérapeutes des établissements doivent être résolues à  appliquer un modèle féministe de prestation de services qui fait entrer en ligne de compte les facteurs sociaux déterminants de l'expérience personnelle et qui met l'accent sur la relation thérapeutique fondée sur le respect et la collaboration mutuels dans le contexte d'un écart de pouvoir reconnu.

L'effectif doit correspondre, autant que possible, à  la composition raciale, ethnique et culturelle de la population de chaque établissement, de manière que les femmes se sentent respectées comme personnes et par rapport à  leurs antécédents culturels. Les services de counseling devraient être offerts dans les langues dans lesquelles les femmes s'expriment le plus facilement. Ainsi, une femme dont la langue maternelle ou la langue la plus aisément parlée est le français, par exemple, ne serait pas obligée de chercher ses mots en anglais tout en essayant de parler librement de questions personnelles et douloureuses. On pourrait avoir recours à  des conseillères à  temps partiel pour répondre aux besoins des femmes qui ne parlent pas une langue très courante ou utiliser des programmes communautaires pour offrir, dans la langue de certaines délinquantes, des services adaptés sur le plan culturel.

La communication entre les principaux prestataires de services de ressourcement dans les six nouveaux établissements devrait être organisée immédiatement en vue de favoriser la mise en commun des idées et l'élaboration, à  l'échelle du pays, de programmes de counseling à  traits communs. Il faudrait organiser, au cours des deux prochaines années, au moins six réunions (à  chacun des cinq établissements régionaux et au Pavillon de ressourcement), auxquelles participeraient les principaux membres du personnel de counseling de chaque établissement. Bien qu'il faille prévoir un certain temps pour concevoir et mettre en oeuvre un plan bien défini pour l'intégration des services psychologiques dans les activités fondamentales des établissements, il est important de cerner certains éléments communs fondamentaux pour faire en sorte que les femmes sous responsabilité fédérale de toutes les régions du pays, aient également accès aux services de counseling requis, dès que possible.

Cinquième recommandation

Que le SCC mette sur pied un groupe de travail, composé de représentantes de la Maison de ressourcement et de tous les établissements, y compris du Pavillon de ressourcement, et qui sera chargé d'assurer l'intégration des ressources de ressourcement dans les activités des établissements pour femmes sous responsabilité fédérale.

Ce groupe de travail s'occuperait notamment d'établir, dans chaque établissement, des bungalows de soins spécialisés à  l'intention des femmes souffrant de toxicomanies, des femmes ayant besoin d'un programme de ressourcement intensif à  long terme (semblable à  celui qui sera créé dans l'avenir immédiat à  la Maison de ressourcement) et des femmes ayant besoin d'une intervention de ressourcement intensive à  court terme.

Le comité aurait également pour mandat d'élaborer une stratégie en vue d'intégrer une évaluation approfondie et un plan de ressourcement au plan correctionnel de chaque femme sous responsabilité fédérale de façon que la délinquante se sente habilitée à  contrôler sa vie dès son arrivée à  l'établissement.

En plus d'élaborer une stratégie pour intégrer les interventions de ressourcement aux programmes de base de chaque établissement, le comité s'occuperait de créer des modules de formation pour permettre aux établissements d'intégrer la stratégie dans leur fonctionnement de base. En outre, il créerait une structure de surveillance servant à  assurer l'égalité d'accès, partout au Canada, à  des services psychologiques de haut calibre.

Sixième recommandation

Que le SCC rédige un énoncé de principe précisant les objectifs qui orienteront le fonctionnement des établissements régionaux pour femmes sous responsabilité fédérale et définissant clairement les politiques relatives au maintien de la sécurité et à  l'élaboration de programmes en accord avec ces objectifs. Il faudrait mettre sur pied un groupe de travail composé de représentantes de chaque établissement et chargé de surveiller la mise en oeuvre de ces politiques de façon à  assurer, à  l'échelle du pays, une uniformité de base dans la prestation des services.

Évaluations

Quand j'ai entamé ce processus, je ne pensais pas à  ces recommandations. Celles-ci sont le fruit de la contribution de toutes les personnes qui m'ont fait part de leur vécu, de leurs vues et de leur expérience au cours de cette période de deux mois. Ce sont surtout les voix des femmes incarcérées avec lesquelles j'ai parlé qui m'ont amenée à  comprendre les possibilités de créer un cadre propre à  favoriser un ressourcement affectif profond dans un contexte correctionnel. Certaines m'ont parlé brièvement, les autres, longtemps. Toutes ont communiqué généreusement et avec respect. Elles m'ont parlé de leur vécu avant l'incarcération, de la peur, de la douleur et de la rage (ainsi que, parfois, de la joie, des rires et de l'amour) qui ponctuent la vie carcérale, et de l'incidence de toutes ces expériences, tant à  l'intérieur qu'à  l'extérieur des limites de la prison, sur ce qu'elles sont et ce qu'elles deviennent comme femmes. J'ose espérer que les brefs résumés de mon évaluation de leurs besoins actuels en moyens de ressourcement psychologique traduisent l'esprit de ce qu'elles m'ont communiqué.

Les profils suivants ne sont pas ceux qui ont paru initialement dans le rapport de Mme Rivera. Afin de protéger les renseignements personnels et l'histoire des femmes en question, on a décidé de produire les six rapports suivants, qui représentent une mosaïque des histoires de toutes les femmes qui, d'après l'évaluation de Mme Rivera, ont besoin d'une intervention spéciale.

Selon MmeRivera, certaines femmes peuvent avoir besoin de plusieurs interventions. Il faut donc tenir compte de ce fait lorsqu'on examine le nombre de femmes correspondant à  chaque type d'intervention. Il faut également signalé que 10 des 25 femmes initialement évaluées étaient des Autochtones.

Mme Rivera a examiné et approuvé les profils, qu'elle a jugé être des représentations génériques exactes des évaluations qui ont paru initialement dans son rapport.

Maison de ressourcement (huit femmes appartiendraient à  cette catégorie)

Karen, 32 ans

« Il devrait y avoir un endroit o๠les femmes qui ont besoin d'aide peuvent aller... Je serais la première à  attendre que la porte s'ouvre. »

« Je ne me sens pas assez en sécurité pour aller dans la rue. »

« Je vais perdre toutes mes amies. Ce sont les membres du personnel, ici, qui m'ont soutenue. Si l'on m'oblige à  aller dans une autre prison, je vais perdre tout mon amour-propre; je vais prendre des drogues, je vais tuer, je vais m'évader. »

Karen est incarcérée dans un pénitencier fédéral depuis l'âge de 20 ans entre 16 et 20 ans , elle a vécu dans un hôpital psychiatrique. Après s'être évadée trois fois d'un établissement de détention sous responsabilité provinciale, elle a été envoyée à  la Prison des femmes, o๠elle a vécu depuis qu'elle est adulte, sauf pour un séjour d'un an dans un établissement psychiatrique provincial. Karen a passé presque toute son temps en isolement et elle continuera sans doute jusqu'à  la fermeture de la prison. Bien que ce régime nuise grandement à  son bien-être affectif, il faut l'isoler des autres femmes car elle est incapable de contrôler son comportement violent.

Elle se considère comme chez elle à  la Prison des femmes, et elle est terrifiée à  l'idée d'aller ailleurs. Elle a demandé à  être transférée à  l'établissement de Kitchener, à  la fermeture de la Prison des femmes, parce qu'elle sait qu'elle doit aller quelque part, mais elle ne veut pas y aller, pas plus que dans un autre établissement. Karen se contredit lorsqu'elle décrit les circonstances de sa vie. Moins d'une heure après le début de l'entrevue, elle m'avait déjà  dit qu'elle cherchait de l'aide depuis l'âge de 15 ans , et qu'elle n'avait aucun espoir de s'améliorer.

Karen souffre d'un trouble dissociatif post-traumatique grave et elle présente tous les symptômes classiques de la personne qui a été négligée et maltraitée dans l'enfance - angoisse marquée, dépression, instabilité affective, crainte d'être seule, et pensée et comportement obsessivo-compulsifs. Elle se blesse fréquemment, très grièvement, et parfois presque mortellement. Plus d'une fois, elle s'est ouvert une artère en se coupant profondément au moyen d'un couteau.

Karen semble convaincue qu'elle n'a pas réussi à  faire comprendre la gravité de ses problèmes. Elle ne parle pas de ces choses d'un air suffisant, comme pour se donner de l'importance, mais plutôt comme pour lancer un appel à  l'aide. Elle décrit des pensées obsessives, violentes, qu'elle considère comme affreuses. Elle prend de fortes doses de Nosanan et aussi du Tegritol et de l'Anafranil. Elle ajoute que les médicaments l'aident un peu, surtout en la faisant dormir beaucoup.

Karen décrit les agressions sexuelles dont elle a été victime dans l'établissement : « Je désire ce genre de choses et je veux que ce soit encore plus violent, mais en même temps, j'ai très peur et je veux que ça cesse ». Aux prises avec des sentiments intenses, elle dit qu'elle veut se comporter d'une manière sexuellement inacceptable avec les spécialistes, et elle ajoute qu'elle s'est grièvement blessée et qu'elle a tenté de se suicider, et presque réussi.

Karen a récemment attaqué une autre détenue avec un couteau; il s'est agi, dit-elle, d'une expérience agréable, qui l'a fait vibrer. Karen est instable sur le plan affectif et extrêmement vulnérable; elle éprouve de grands besoins et des impulsions violentes. Elle continuera de présenter un danger véritable à  la collectivité si elle ne réussit pas à  obtenir un traitement intensif convenable. En ce qui concerne son isolement, elle dit : « Je suis heureuse ici, je sens que je ne ferai de mal à  personne. »

Karen a pris conscience récemment du lien entre ses impulsions de violence et l'agression sexuelle dont elle a été victime dans l'enfance. La relation thérapeutique qu'elle a forgée avec une psychologue à  la Prison des femmes lui a permis de commencer à  comprendre les liens entre le passé et le présent, mais elle ajoute qu'elle n'a même pas commencé à  contrôler ses impulsions. Karen semble très résolue à  participer à  un régime de traitement intensif; elle a peu de chance de se remettre de ses expériences formatives de violence sans un traitement à  long terme dans un milieu o๠elle se sentira en parfaite sécurité.

Karen profiterait grandement d'un programme de rétablissement comme celui qui pourrait être offert à  la Maison de ressourcement, dans un milieu non violent et sécurisant offrant des programmes thérapeutiques intensifs. Même si elle n'a pas tellement réussi à  contrôler ses symptômes dans le milieu carcéral, o๠sa terreur et ses accès de rage compensatoires sont constamment provoqués, elle s'est montrée apte à  forger des liens thérapeutiques solides; elle a également déployé beaucoup d'efforts pour comprendre la source de ses problèmes au cours de séances de thérapie avec les psychologues de la prison. Si elle ne réussit pas à  avoir accès à  un programme de ressourcement intensif et est obligée de quitter le seul chez soi qu'elle ait connu comme adulte, ce qui est clairement inévitable, je crois qu'elle pourrait fort bien se blesser ou se tuer, et présenter un risque pour les autres.

Unité résidentielle structurée (deux femmes voulaient absolument être incluses dans cette catégorie)

Jo-Ann, 36 ans

Jo-Ann évolue depuis longtemps dans le système correctionnel et le système psychiatrique. Des tests neurologiques ont révélé des lésions cérébrales générales mais aucune anomalie localisée. Elle présente de grandes carences quant à  sa capacité de faire face et ses comportements d'adaptation. Elle a connu de graves problèmes de drogues et d'alcool; des tests ont également révélé un niveau de fonctionnement intellectuel inférieur à  la moyenne. Elle fonctionnerait en effet au niveau d'un enfant de neuf ans . Ces lacunes pourraient être de nature culturelle, puisqu'elle a souffert de privation et de violence dans l'enfance (elle a été placée dans plusieurs foyers d'accueil depuis l'âge de 10 ans ), plutôt qu'un reflet de ses capacités innées puisque son niveau de lecture est à  peu près normal et qu'elle sait exprimer des notions complexes avec clarté et précision.

Jo-Ann est parfois coupée de la réalité et indocile. Elle a des antécédents de comportement autodestructeur, et elle a tenté de se suicider. Elle fait peur aux autres détenues et peut se montrer violente à  leur endroit. Elle ne profite pas de rapports affectifs avec autrui et elle aura probablement des difficultés dans un milieu qui exige beaucoup d'interaction. à€ cause de ses antécédents de comportement agressif, Jo-Ann constitue un danger dans un groupe d'adultes vulnérables. Elle explose de frustration en réaction à  des contraintes imposées à  son comportement et à  des critiques personnelles, ou lorsqu'elle est incapable d'obtenir des autres l'attention exclusive qu'elle recherche si désespérément.

Travaillante, cette femme fonctionne toutefois mieux par elle-même. Sa préoccupation principale en ce qui concerne son placement futur à  l'établissement Nova était la possibilité de pouvoir continuer à  travailler à  plein temps. Elle dit qu'elle aime bien travailler, et elle craint d'être perdue à  Nova s'il n'y a pas de travail à  temps plein pour l'occuper. Elle semble fière de son emploi de préposé au nettoyage, et la structure et la reconnaissance que le travail lui procure constituent sa planche de salut.

Jo-Ann était fière de dire qu'elle avait achevé tous les programmes axés sur ses problèmes offerts à  la Prison des femmes. Il n'est pas facile pour elle de s'adapter au changement, et le transfèrement à  Nova pourrait provoquer une intensification de son tempérament explosif. Elle ne profiterait pas d'un programme de psychothérapie intensive, auquel elle ne participerait d'ailleurs pas, mais elle doit être surveillée de près par un psychiatre en ce qui a trait à  ses médicaments, pour être bien stabilisée. Il faut prévoir pour elle le plus de structure pratique possible, surtout de longues heures de travail acharné, et faire des commentaires favorables sur son travail, afin de maintenir le plus de stabilité possible durant la période de transition.

Jo-Ann a l'habitude de vivre dans des établissements psychiatriques. Elle considère les patients des salles de rééducation des hôpitaux psychiatriques comme les « siens ». Certains de ses symptômes pseudopsychotiques pourraient fort bien être imitatifs du comportement des schizophrènes avec lesquels elle a vécu à  l'hôpital. Jo-Ann pourrait sans doute se débrouiller dans l'unité résidentielle structurée de l'établissement pour femmes Nova. D'après les conseillères de la Prison des femmes, à  condition qu'on lui accorde beaucoup de temps et d'attention, que l'on crée pour elle une structure et qu'on lui fasse beaucoup de commentaires positifs sur toutes ses réalisations, Jo-Ann pourra progresser vers la réalisation de buts concrets et mesurables. En général, le personnel du service de psychologie de la Prison des femmes ne pouvait pas lui consacrer tout le temps dont elle avait besoin. Dans un milieu comme l'unité résidentielle structurée, cette femme qui, sous bien des rapports, fonctionne comme une enfant, recevrait peut-être, de la part des membres du personnel, les commentaires constants et la surveillance positive dont elle a besoin.

Unité à  encadrement renforcé (trois femmes appartiendraient à  cette catégorie)

Debbie, 25 ans

« Ne croyez pas tout ce que vous lisez à  mon sujet. »

Debbie est une jeune Autochtone qui a passé toute sa vie d'adulte en prison à  cause d'un problème de drogues chronique dont elle souffre depuis le début de l'adolescence. Elle a été victime d'agression sexuelle sadique et constante dans l'enfance et elle a souffert, à  compter du primaire, d'une hyperactivité marquée. Pour combattre la douleur et l'agitation qu'elle éprouve constamment, elle s'administre des médicaments; elle ne tient pas à  lutter contre ses toxicomanies.

Debbie parle très favorablement de ses rapports avec les Aînées et avec la sororité autochtone à  la Prison des femmes. Elle affirme que cette expérience l'a amenée à  comprendre ses origines et à  découvrir qui elle est. Elle a aussi commencé à  comprendre que sa consommation de drogues est un moyen pour elle de faire face à  des sentiments qui la dépassent. Elle ajoute que, quand elle ne « plane » pas, elle ne fait pas de problème pour personne; malheureusement, elle plane souvent. En prison, elle a accès à  une foule de drogues, et elle consomme aussi tous les médicaments sous ordonnance que les services de santé sont disposés à  lui fournir. En dépit de tous ces médicaments, elle semble extrêmement agitée et ne peut guère se concentrer longtemps.

Rebelle, Debbie a commis de nombreuses infractions à  la discipline à  la Prison des femmes, notamment de violence verbale à  l'endroit du personnel. Un grand nombre de ses infractions, tant à  l'intérieur qu'à  l'extérieur de l'établissement, ont été de nature violente. Debbie manifeste des sautes d'humeur graves, de l'instabilité affective et un état de besoin intense, combinés à  une dévalorisation agressive des personnes dont elle a besoin. Elle avait demandé à  purger sa peine au Pavillon de ressourcement, mais à  cause de sa cote de sécurité, elle ne peut y être admise. Elle s'est repliée sur elle-même et a commencé à  se taillader les bras pour exprimer sa frustration face à  ce qu'elle considère comme des incohérences dans le nouvel établissement. « Ne me racontez pas des histoires; n'allez pas me dire que c'est du nouveau quand ce n'est pas vrai », déclare-t-elle en colère au sujet d'un niveau de sécurité qui exige la fouille à  nu des femmes logées dans l'unité à  encadrement renforcé, après des visites et la participation à  des programmes. Debbie semble avoir profité de son séjour au CPR. Elle a besoin de counseling professionnel, idéalement avec un guérisseur autochtone, mais il n'y en a pas encore à  l'EFE.

Debbie manifeste à  l'endroit des hommes une colère explosive facilement provoquée, conséquence de la violence physique et sexuelle sadique dont elle a été victime. Elle est loin d'arriver à  faire face à  sa rage. Elle doit être mise en liberté assez prochainement et elle risque de présenter un danger pour elle-même et pour les autres si elle n'obtient pas l'aide dont elle a besoin. Elle s'en rend compte, parfois, et cela l'angoisse beaucoup. Toutefois, pour participer à  un programme de ressourcement qui l'obligerait à  renoncer à  ses toxicomanies - qui constituent son principal moyen de régler son humeur et de s'adapter -, il lui faudrait être beaucoup plus motivée qu'elle ne l'a été jusqu'ici à  éprouver des sentiments infiniment plus intenses, sans l'effet calmant des drogues et des médicaments. Toutefois, le fait qu'elle valorise beaucoup son vécu autochtone et qu'elle a travaillé de façon assez constructive dans ce contexte pourrait montrer qu'elle serait intéressée à  participer à  un programme de ressourcement ayant une composante autochtone bien intégrée. Il faudrait que ce programme comporte des démarches autochtones; il pourrait servir également à  préparer les participantes en vue de leur transfèrement au Pavillon de ressourcement.

Debbie a besoin d'un traitement intensif et doit être proche de sa collectivité d'origine (plutôt que dans un centre de traitement situé dans une autre région du pays) parce que sa mère, qui vit dans la réserve de la bande, est son principal soutien, et que Debbie attache beaucoup d'importance à  ses visites. Je crois que la seule chance pour cette femme de briser le cycle des drogues, de la violence et de l'automutilation serait un séjour, pendant une longue période, dans un programme de ressourcement à  encadrement élevé qui permettrait de contenir sa consommation de drogues et ses actes de violence, tout en lui assurant l'intervention thérapeutique dont elle a besoin. Seul un placement dans un milieu o๠sa bravade n'est pas constamment renforcée et o๠elle est privée de ses moyens de défense contre des sentiments profonds permettra à  Debbie de s'ouvrir suffisamment pour obtenir l'aide dont elle a besoin afin de changer son comportement antisocial. Autrement, je crois qu'elle continuera à  présenter un risque sur les plans de la sécurité et de la gestion pour tout établissement o๠elle est placée, et ses besoins affectifs profonds seront toujours masqués par son comportement explosif.

Counseling individuel (six femmes appartiendraient à  cette catégorie)

Lucie, 25 ans

« Ma conseillère à  la Prison des femmes me manque terriblement. J'ai pris l'habitude de parler à  quelqu'un de cette manière au moins une fois par semaine. »

Arrivée récemment à  l'EFE, Lucie purge une peine relativement courte pour voies de fait graves. Elle est toxicomane depuis longtemps; elle a vécu dans la rue à  compter de l'âge de 13 ans , se prostituant pour subvenir à  ses besoins de drogues. Lucie voyait la conseillère francophone à  la Prison des femmes et aurait intérêt à  continuer à  consulter régulièrement une conseillère de langue française, même si cette possibilité ne lui est actuellement pas offerte. Elle affirme que le counseling qu'elle a suivi lui a permis de comprendre et de combattre sa toxicomanie, et elle regrette de ne plus pouvoir discuter, toutes les semaines, avec une personne qui ne s'occupe pas de l'aspect sécurité de l'établissement. Elle est résolue à  demeurer sobre et à  ne plus prendre de drogue, et elle jouit de l'appui de sa tante et de sa cousine dans cette lutte. Ces dernières consommaient toutes deux des drogues et de l'alcool lorsqu'elles vivaient dans la rue, mais elles n'en prennent plus et elles appuient beaucoup Lucie dans sa tentative de se faire une vie nouvelle. Toutefois, sa cousine est mourante, et sa mort sera sans doute une expérience difficile pour Lucie.

Lucie a été élevée dans un foyer troublé et violent. Elle a vu sa mère être battue par des hommes, qui l'ont aussi agressée elle-même sexuellement dans l'enfance. Son père a quitté sa mère pour un homme lorsque Lucie était très jeune. En novembre 1995, il est mort des suites du SIDA. Lucie elle-même a récemment été diagnostiquée séropositive, et elle est encore très désemparée par cette situation et ses conséquences. Par le passé, elle a souffert de boulimie, et elle se blessait lorsqu'elle était stressée; elle m'a affirmé qu'à  son avis, tout cela était fini, mais dans les quelques semaines suivant ma visite, elle s'est tailladée très grièvement. Lucie est très fragile sur le plan affectif et elle doit nouer un lien avec une conseillère pour venir à  bout de ses antécédents de violence et de toutes les expériences dangereuses et traumatisantes qu'elles a vécues à  l'adolescence, dans la rue, ainsi que pour acquérir la force de créer la vie nouvelle qu'elle désire sidésespérément.

Lucie a une fille de quatre ans , qui vit avec sa grand-mère depuis sa naissance. Elle a l'intention d'habiter avec sa mère et sa fille après sa mise en liberté. Cependant, elle n'est pas tout à  fait certaine que sa mère pourra la traiter comme une adulte et doute par conséquent qu'elles puissent vivre ensemble, mais elle affirme que l'attitude de sa mère à  son endroit s'est adoucie depuis qu'on l'a déclarée séropositive; elle espère pouvoir obtenir de sa mère le soutien dont elle a besoin.

J'ai interviewé Lucie après sa première journée de semi-liberté, qui lui a permis de participer à  un atelier d'arts graphiques. Elle est extrêmement enthousiaste, surtout parce que cela signifie, selon elle, que le personnel lui fait suffisamment confiance pour lui permettre de quitter l'établissement. Lucie attache beaucoup d'importance à  l'opinion que le personnel se fait d'elle; elle est transportée d'aise lorsqu'on lui fait part d'opinions favorables, mais déçue et fâchée lorsqu'elle croit que son comportement et ses gestes sont mal interprétés. Manifestement, il est beaucoup plus facile de la motiver par des actes de gentillesse et d'encouragement que par des règles et règlements.

Malgré son enthousiasme après sa première journée de semi-liberté, Lucie a aussi dit qu'elle avait été très angoissée de se retrouver dans la rue parmi la foule. Elle affirme s'être adaptée à  la vie carcérale, en ajoutant qu'elle aura besoin de beaucoup d'aide pour s'habituer à  la vie en société. Il faudrait donner à  Lucie toute l'aide dont elle a besoin pour faire face, avant sa mise en liberté, aux effets tant de sa vie avant son incarcération qu'à  celle-ci; autrement, elle risquera de chercher l'évasion dans les drogues et l'alcool. Elle a montré qu'elle appréciait les séances de counseling et qu'elle pouvait en tirer parti; dès que des conseillères francophones seront disponibles à  l'établissement, Lucie devrait être une des premières à  avoir accès à  leur services. Tout plan de libération conditionnelle doit inclure beaucoup d'exercices pratiques et une structure d'appui très sûre dans la collectivité, faisant entrer en ligne de compte son besoin d'aide pour faire face au diagnostic de séropositivité.

Lits d'hôpital (une femme appartiendrait à  cette catégorie)

Patty, 38 ans

« Il devrait y avoir un service psychiatrique ici. Certaines personnes ont besoin de marquer un temps d'arrêt. »

Patty purge une peine de 10 ans pour homicide involontaire coupable. On a diagnostiqué chez elle une schizophrénie paranoïde. Cette personne évolue depuis longtemps dans le système correctionnel et celui des services psychiatriques; elle a notamment été admise de 50 à  60 fois au Waterford Hospital de St. John's (Terre-Neuve).

Patty souffre d'une hépatite et elle ne semble pas pouvoir tolérer l'Interferon. Elle est beaucoup plus disposée à  parler de ses besoins médicaux que de ses problèmes psychiatriques. Elle présente une symptomatologie négative bien développée de la schizophrénie : affect émoussé, manque d'énergie ou incapacité à  entretenir des relations interpersonnelles ou à  accomplir beaucoup sur le plan du travail; elle peut faire preuve d'idiosyncrasie verbale, être obsessionnelle, rigide et délirante. En prison, elle se plaint souvent d'être violée pendant son sommeil (sa chambre est fermée à  clé), et elle affirme qu'on empoisonne ses aliments.

Parce que Patty ne pouvait pas être gérée à  la Prison des femmes, elle a été hospitalisée pendant deux ans au St. Thomas Psychiatric Hospital, dans le cadre de sa peine actuelle. Elle était contente de me dire, le jour o๠je l'ai interviewée, qu'il s'agissait du premier anniversaire de son retour de St. Thomas à  la Prison des femmes. Elle a ajouté que, même s'il y avait des avantages à  l'hôpital (nombre supérieur de visites autorisées, vêtements additionnels et aliments donnés par les visiteurs), elle préfère la prison parce qu'on la presse moins de participer à  des séances de counseling et des programmes, et d'entretenir des rapports avec autrui. Elle est déterminée à  ne participer à  aucun programme à  caractère psychologique, dans cet établissement ou ailleurs.

Depuis quatre mois, Patty semble s'être stabilisée grâce à  ses médicaments et elle n'a pas présenté de problème de gestion. Si elle continue de bien réagir aux médicaments, elle pourrait sans doute être gérée efficacement à  l'établissement de Kitchener. Toutefois, elle n'évoluerait sans doute pas bien dans un bungalow o๠il lui faudrait avoir des interactions avec les autres femmes et assumer sa part de responsabilités afin de contribuer au bien-être général du groupe. Elle pourrait mal réagir si l'on exerçait sur elle des pressions pour qu'elle fournisse un rendement supérieur à  celui qu'elle estime pouvoir fournir. Toute tentative en vue de l'encourager à  fonctionner de façon interdépendante doit être menée avec beaucoup de prudence. Elle ne profiterait pas d'un programme de psychothérapie intensive comme celui qui est proposé pour les femmes non psychotiques souffrant de problèmes graves sur les plans des relations interpersonnelles et des soins personnels. Ses problèmes sont d'une toute autre nature et seraient simplement exacerbés par un programme de ce genre.

Lorsqu'elle était incontrôlable, à  la Prison des femmes, Patty, d'après ses dossiers et les rapports du personnel, perdait tout contact avec la réalité et était impossible à  gérer. Il faut mettre en place, de concert avec chaque établissement régional, des ressources pour permettre à  des femmes comme Patty d'avoir accès aux soins psychiatriques dont elles ont besoin, dans un milieu hospitalier sécurisant, lorsqu'elles présentent des symptômes aigus de leur maladie mentale et qu'elles ne réagissent plus aux médicaments. La prison n'est pas un endroit pour une femme en phase aiguà« de psychose; il devrait y avoir des lits d'hôpital à  la disposition des détenues sous responsabilité fédérale, tout comme il y en a, dans la société, pour les femmes qui souffrent de psychose aiguà«.

Besoins autochtones (10 femmes appartiendraient à  cette catégorie)

Elaine, 27 ans

« On dit que je suis un cas désespéré. »

« Il n'est pas ici, mais je le sens encore sur ma peau, dans mes cicatrices. »

« Les femmes autochtones doivent apprendre à  mettre le passé derrière elles, à  ne pas le répéter encore et encore. »

Elaine est une jeune Métis qui purge une peine à  perpétuité pour meurtre au second degré. Sa mère souffrait d'alcoolisme grave et s'est suicidée lorsqu'Elaine était âgée de seulement 10 mois; cette dernière a ensuite été adoptée dans une famille de Blancs. Elle a été agressée physiquement et sexuellement par ses demi-frères et par d'autres hommes tout au long de son enfance. à€ l'âge de 12 ans , elle avait déjà  été placée dans un centre de détention, s'était livrée à  la prostitution dans la rue et avait été mêlée à  la production d'articles de pornographie. Cette enfant de la rue, qui s'était fait une image de dure à  l'adolescence, a eu de nombreux démêlés avec la justice pour divers actes de violence. Un oncle, accusé de l'avoir agressée sexuellement, s'est suicidé plutôt que de faire face aux conséquences de ses actes. Elle connaît depuis longtemps un grave problème de drogues.

Elaine présente depuis longtemps dans le pénitencier un problème de gestion et de sécurité. Elle pique des crises de colère contre tout représentant de l'autorité, ses compagnes et elle-même. Elle a dû répondre à  de nombreuses accusations dans l'établissement et elle a commis des actes de violence graves contre d'autres femmes. Elle se blesse aussi brutalement. Ce passage à  des actes explosifs sert de mécanisme de stabilisation pour Elaine. Lorsqu'elle n'éprouve pas de sentiment de rage, elle est souvent prise de panique, très angoissée et manifeste des pensées et un comportement obsessivo-compulsifs.

à€ la Prison des femmes, Elaine a participé au programme de la spiritualité autochtone, qu'elle a trouvé utile. Elle a aussi participé activement à  la sororité et aux activités du conseil des détenues. Elle voyait les Aînés tous les jours et elle a dit se sentir épuisée mais en paix après avoir participé à  une suerie. Elaine a été très déçue qu'on ait refusé sa demande pour purger sa peine au Pavillon de ressourcement; elle s'est tailladée en réaction à  ce rejet.

Elaine est habitée par un sentiment de rage et de mépris à  l'endroit des services de santé mentale des Blancs, et il est peu probable qu'elle veuille participer à  un programme de traitement qui ne serait pas offert par des guérisseurs autochtones. Selon un des Aînés avec qui elle a communiqué durant son séjour à  la Prison des femmes, Elaine aurait besoin d'un soutien très intensif pour s'adapter au programme du Pavillon de ressourcement; mais, si elle était jumelée à  une autre femme autochtone très forte, elle pourrait accomplir les progrès qu'elle n'a pu faire jusqu'ici au cours de sa longue vie carcérale. Il est important de donner à  Elaine la chance de participer, dans l'établissement, à  un programme structuré qui la guidera de façon claire et cohérente à  se préparer à  entrer au Pavillon de ressourcement.

Pour opérer les changements de fond qui lui permettront de faire autre chose, pour le reste de sa vie, que de suivre le code des détenues et de se livrer à  des actes de violence toujours plus graves envers autrui et elle-même, Elaine a besoin d'une aide plus intensive. Elle a peu de ressources internes dans lesquelles puiser pour trouver de nouvelles manières de faire face à  la vie. Elle a besoin d'un programme enrichi et de l'apport constant de personnes qu'elle peut admirer. Elle tolère très peu la frustration et, sans beaucoup de contribution de la part des autres, de structures et de renforcement positif constant, elle est susceptible de régresser très rapidement. Elle risque alors grandement de commettre des actes de violence contre elle-même et contre les autres pour combattre son sentiment aigu de douleur et de solitude.

Pour convenir à  Elaine, le Pavillon de ressourcement devra comprendre une sécurité plus intensive. Ce n'est que dans un environnement qu'elle a choisi et qui offre des interventions de guérison profondes et constantes, combinées à  un soutien vigoureux et à  des mécanismes de sécurité externes, qu'Elaine pourra être maîtrisée de l'extérieur, lorsqu'elle ne peut pas se maîtriser de l'intérieur, et qu'elle aura la chance d'intérioriser les valeurs personnelles et culturelles qu'elle admire, et d'opérer un virage dans sa vie, si c'est effectivement ce qu'elle veut.

Constatations

Mes visites à  quatre établissements pour femmes sous responsabilité fédérale et mon évaluation des besoins de services thérapeutiques de 25 femmes ont été une riche source d'enseignements. à€ cause du délai d'exécution de ce projet je n'ai pu toucher que quelques-uns de ces cas.

Profil

Les femmes auxquelles je me suis intéressée avaient été choisies par les membres du personnel des établissements visités parce qu'elles avaient manifestement besoin de services psychologiques. J'ai été très frappée par leur caractère unique en tant qu'êtres humains et en tant que femmes. Chaque femme avec laquelle je me suis entretenue m'a marquée. Récemment, à  mon retour d'une interview avec une femme placée dans l'unité pour femmes à  besoins spéciaux de la Prison des femmes, un membre du personnel m'a demandé, pour entretenir la conversation comme on le fait souvent : « Avez-vous l'impression qu'elles commencent à  toutes se ressembler? » J'allais sourire et hocher tout bonnement la tête, mais après avoir réfléchi un instant, j'ai répondu en toute franchise : « Non, pas du tout. Chaque femme est bien distincte et, jusqu'ici, je porte l'image de chacune d'entre elles en moi. »

Il y a bien sûr d'importants traits communs; les études visent justement à  les relever et à  juger de leur importance.

Les femmes qui ont été choisies en raison de leurs problèmes affectifs et de leur besoin éventuel de services psychologiques plus intensifs avaient, dans leurs antécédents, subi beaucoup plus de violence physique et sexuelle que les autres femmes incarcérées sous responsabilité fédérale. Comme groupe, les femmes incarcérées, surtout celles qui sont à  la Prison des femmes de Kingston, ont subi beaucoup plus de violence, ce qui n'a rien d'étonnant, que les femmes de la population générale. Sur les 25 femmes que j'ai interviewées, seulement deux n'ont pas signalé de violence dans leur enfance; l'une d'entre elles souffre d'une maladie mentale grave et a refusé d'en parler. Plus de 90 p. 100 de ces femmes ont été victimes de violence, un grand nombre d'entre elles de façon constante et brutale, dans l'enfance ou au début de l'adolescence.

Quinze de ces femmes (57 p. 100) avaient été hospitalisées à  cause de problèmes psychiatriques, certaines à  de nombreuses reprises. Au moins neuf d'entre elles (34 p. 100) souffraient d'un trouble dissociatif, soit d'un trouble dissociatif de l'identité soit d'un trouble dissociatif non autrement précisé, qui entraîne des modifications significatives de l'état de conscience associées à  un traumatisme grave subi dans l'enfance. Elles ont toutes eu recours en prison à  des services psychologiques, certaines très fréquemment, que ce soit de façon planifiée ou en urgence. Vingt-trois femmes (88 p. 100) connaissaient de graves problèmes de drogues ou d'alcool. Un grand nombre d'entre elles ont dit qu'elles avaient consommé très fréquemment des drogues depuis leur incarcération. Bref, ces 25 femmes avaient connu beaucoup plus de problèmes de toxicomanie et avaient souffert, et souffraient encore, de problèmes psychologiques et de toxicomanie beaucoup plus graves que la moyenne des femmes sous responsabilité fédérale; celles-ci connaissent elles-mêmes beaucoup plus de problèmes de ce genre que la moyenne des femmes de la population générale. Il s'agit donc manifestement d'un groupe de femmes pour lesquelles toute tentative objective de rééducation doit graviter autour d'une démarche intensive de ressourcement.

Uniformité de la politique et de la pratique

Dans son rapport, La création de choix, le Groupe d'étude a tracé les grandes lignes d'un plan global en vue de la création d'un contexte nouveau et responsabilisant à  l'intention des femmes sous responsabilité fédérale au Canada. Il s'est servi d'une pierre de touche pour faire en sorte que le plan relève le défi consistant à  concrétiser les cinq principes fondamentaux, concernant le pouvoir de contrôler sa vie, la possibilité de faire des choix valables et responsables, le respect et la dignité, la présence d'un environnement favorable et le partage de la responsabilité. Le plan devait créer, pour les femmes sous responsabilité fédérale, des choix basés sur les principes fondamentaux, traduire des interventions bienveillantes à  l'intention des femmes dans la collectivité, y compris dans les collectivités autochtones et les autres minorités ethnoculturelles, veiller à  ce que les femmes soient traitées avec respect et dignité, et les habiliter à  se prendre en main. La dernière question rattachée à  la pierre de touche, ou au critère, pour le plan proposé est celle-ci : Est-ce que la mesure proposée « reflète la vérité et permet que la vérité soit entendue »? tirée d'une lettre écrite par Linda Jordan, de la Native Women's Association of Canada, dans le cadre du sondage auprès des femmes autochtones purgeant une peine fédérale dans la collectivité (Sugar et Fox, 1990).

Une vérité que mon étude a mise en évidence est celle de l'écart considérable et éventuellement dangereux qui existe entre les recommandations énoncées dans La création de choix et leur mise en oeuvre. Les auteurs de ce document ont tracé les grandes lignes d'un modèle différent et libérateur d'incarcération et de réadaptation des femmes sous responsabilité fédérale, en ajoutant parfois à  leurs principes généraux des suggestions et des recommandations précises en matière de programmes.

Ils n'ont toutefois pas clairement décrit la nouvelle structure dans laquelle devaient être intégrés les nouveaux principes et programmes. Après une période plutôt intensive de deux mois au sein de l'organisation, il m'est apparu que toutes les personnes concernées, c'est-à -dire les membres de l'administration ou du personnel et, surtout, les femmes elles-mêmes, se ressentaient des effets de cette lacune. à€ maintes reprises, les femmes m'ont parlé du manque d'uniformité : elles se font dire des choses différentes par les uns et par les autres, ou par la même personne, à  différents moments. Les membres du personnel ont reconnu qu'ils fonctionnaient souvent à  tâtons, créant des politiques selon les circonstances, quitte à  les changer lorsqu'elles se révèlent inefficaces.

Certaines des hypothèses fondamentales sur lesquelles on a manifestement basé la conception des installations sont à  l'origine de problèmes sérieux. Ainsi, la décision de construire un établissement en milieu urbain sans l'entourer d'une clôture sécuritaire oblige d'assurer une surveillance plus intensive que ne le souhaiteraient le personnel ou les femmes. Une femme s'est plainte : « Nous n'avons pas demandé qu'on construise un endroit sans clôture pour que des membres du personnel soient ensuite obligés d'accompagner partout les femmes classées au niveau de sécurité maximale. Il y a moins de liberté ici qu'à  la Prison des femmes, o๠l'on peut aller n'importe o๠sans crainte d'évasion. » Une autre femme a affirmé qu'elle voulait désespérément s'occuper de l'entretien des terrains; on lui avait dit qu'elle pouvait faire ce genre de travail, mais tout a été annulé parce qu'elle est classée au niveau de sécurité moyenne, et ne peut donc pas travailler à  l'extérieur sans surveillance.

Vu le relâchement de la sécurité, certaines pratiques sont plus strictes (et franchement plus oppressives) que celles que les femmes ont connues ailleurs. Lorsque j'ai visité l'établissement d'Edmonton, on faisait régulièrement des fouilles à  nu, dans l'unité à  encadrement renforcé, sur les femmes qui revenaient de programmes ou d'excursions à  l'extérieur. Cette pratique était appliquée parallèlement à  d'autres pour lesquelles les femmes étaient appuyées par les membres du personnel qui avaient effectué les fouilles à  nu. La directrice et le chef de l'équipe des services de santé ont décrit les mesures prises par les membres du personnel pour appliquer la politique selon laquelle il faut considérer l'automutilation comme un problème de santé mentale, plutôt que comme un problème de sécurité, et en plus de leur assurer les traitements médicaux nécessaires, soutenir les femmes plutôt que de les punir. Une intervenante de première ligne est restée avec une femme pendant une bonne partie de la nuit après un incident d'automutilation, lui parlant et lui massant les pieds pour la réconforter. Le soutien requis et les mesures de sécurité applicables dans ces cas n'ont pas fait l'objet d'une mûre réflexion et n'ont pas été bien intégrés. Ce n'est qu'après que cela soit fait qu'on pourra offrir la formation requise aux intervenantes de première ligne. La coexistence actuelle de mécanismes de soutien et de mesures de sécurité rigoureux, évocateurs et mal intégrés (et peut-être même dans certains cas inutiles et peu judicieux) pourrait facilement mettre le feu aux poudres dans une situation déjà  tendue.

En raison de l'écart entre la politique et la pratique, il semblait exister, dans les deux établissements que j'ai visités, très peu de lignes directrices propices à  l'établissement de politiques concrètes au sujet de la sécurité et de la réadaptation. J'ai constaté des différences flagrantes entre l'EFE et l'établissement Nova quant à  la façon dont ils étaient constitués et administrés, différences qui étaient dues, au moins en partie, aux acquis, aux principes et aux styles des directrices et de leur personnel. L'élément commun était un certain manque d'orientation, qui semblait être source d'agitation et d'insécurité tant chez le personnel que chez les délinquantes. Voici ce qu'une femme m'a dit : « Si cet immeuble avait été construit par les membres du personnel, il ne tiendrait pas debout parce qu'il manque tellement d'uniformité. On nous dit une chose, puis une autre, et après cela, quelqu'un d'autre dira quelque chose de tout à  fait différent ». Cette situation est bien sûr attribuable en partie aux difficultés de démarrage que présente toute nouvelle entreprise. Mais il m'a semblé qu'elle était surtout due au fait qu'on a conçu et construit les établissements, et qu'on y a transféré les femmes avant même d'avoir élaboré une vision claire du fonctionnement des établissements et des politiques relatives aux programmes découlant de cette vision. Ou, si des lignes directrices en ce sens ont effectivement été élaborées et consignées, il est possible qu'elles n'aient pas été bien comprises et assimilées par la direction et le personnel. Il semble aussi que les employés des différents établissements communiquent peu entre eux et ne peuvent donc pas tirer parti de leurs atouts respectifs, apprendre des erreurs des uns et des autres et s'appuyer mutuellement dans cette entreprise captivante qui consiste à  créer un nouveau régime pénitentiaire à  l'intention des femmes sous responsabilité fédérale.

Services de psychologie

à€ l'heure actuelle, ni l'établissement pour femmes d'Edmonton ni l'établissement Nova ne sont en mesure de répondre aux besoins des femmes les plus gravement perturbées encore incarcérées à  la Prison des femmes. Il y a en effet quelques femmes dans l'Ouest et une, dans l'Est, dont les besoins pourraient fort bien dépasser les ressources des établissements auxquels elles ont déjà  été transférées. Tous les établissements régionaux devraient en définitive disposer d'un bungalow de ressourcement spécialisé, intégré à  leur programme, o๠pourrait s'opérer le ressourcement intensif en milieu sécurisant qui sera offert à  la Maison de ressourcement. Pour l'instant, toutefois, les tentatives d'intégrer les femmes les plus perturbées au programme général des établissements régionaux risquent non seulement de priver celles-ci du traitement psychologique dont elles ont besoin, mais aussi de nuire au bon fonctionnement des établissements.

En plus d'être incapables de répondre aux besoins des femmes les plus perturbées, les établissements régionaux présentent des lacunes importantes pour ce qui est de répondre aux besoins des autres femmes qui y sont placées, dont certaines souffrent de problèmes affectifs et comportementaux de longue date. La plupart des femmes ont un grand besoin de ressourcement pour opérer un virage dans leur vie. Seulement quelques-unes (six à  huit) des 25 femmes que j'ai interviewées participeront au programme de la Maison de ressourcement. Les autres 18 à  20 femmes qui, d'après le personnel des établissements (Prison des femmes, EFE, établissement Nova) présentent de grands besoins, et la grande majorité des autres femmes purgeant une peine fédérale éprouvent aussi des besoins pressants de soutien psychologique. Ce soutien leur permettrait de faire face aux problèmes qui ont entraîné leur incarcération pour avoir commis des crimes graves.

J'ai parfois entendu dire qu'on voulait remplacer le counseling individuel par la thérapie de groupe. Je ne sais pas si cela correspond à  une politique sur la prestation des services psychologiques dans les établissements régionaux pour femmes sous responsabilité fédérale et, le cas échéant, si ce sont des principes philosophiques ou des raisons financières qui sont à  l'origine de cette politique. Quoi qu'il en soit, les recherches montrent clairement que, pour produire des résultats favorables, il faut offrir une intervention multidimensionnelle aux femmes qui ont connu de très nombreux traumatismes comme la plupart des femmes sous responsabilité fédérale et dont les besoins profonds, personnels et sociaux, ont été souvent négligés. La thérapie de groupe et les groupes d'entraide sont des moyens efficaces qui permettent à  beaucoup de femmes de découvrir leur pouvoir d'action. Bon nombre de femmes sous responsabilité fédérale ont aussi besoin de programmes psycho-éducatifs et d'acquisition de compétences psychosociales pour comprendre leurs problèmes et prendre les mesures qui leur permettront de les régler. Un grand nombre d'entre elles doivent parfaire leur instruction et acquérir des compétences monnayables afin de subvenir à  leurs besoins après leur mise en liberté et ne pas retomber dans une vie de criminalité. Tous ces services peuvent être offerts dans un contexte de groupe.

Toutefois, pour de nombreuses femmes dont les besoins fondamentaux de compassion et de protection sont demeurés inassouvis durant l'enfance, la relation établie avec le ou la conseillère qu'elles voient individuellement une ou deux fois par semaine constitue la base qui leur permet d'acquérir la force intérieure, la confiance en soi et la motivation requise pour s'ouvrir et participer activement aux programmes de groupe. La femme qui aurait accès à  un grand nombre de programmes de groupe mais qui ne pourrait pas participer régulièrement à  une relation de guérison individuelle serait comme le bébé ou le jeune enfant qui recevrait uniquement des soins de groupe mais qui ne serait pas considéré comme spécial ou indispensable par une ou deux personnes qui le considèrent comme l'enfant le plus merveilleux au monde.

Toutes mes interlocutrices qui avaient participé à  des séances de counseling individuel à  un moment ou à  un autre m'ont parlé du bien que ces séances leur avaient fait. Elles avaient apprécié le fait d'être écoutées avec respect, sans être jugées, d'avoir un endroit sûr o๠aller afin d'explorer des aspects douloureux, d'obtenir de l'aide concrète pour combattre des toxicomanies graves et de comprendre, enfin, que les comportements actuels reflètent souvent les comportements appris par le passé et qu'il est possible d'en apprendre de nouveaux. Même lorsqu'elles ne savaient pas de quoi elles voulaient discuter avec leur thérapeute, elles étaient contentes de pouvoir parler avec une personne qui les connaissait bien et les appuyait dans leur lutte.

Quant aux femmes autochtones, au cours des interviews individuelles et au cours d'une rencontre organisée par la sororité de la Prison des femmes pour leur permettre de me faire part de leurs besoins et de leurs ressources, elles ont souligné l'importance de pouvoir se confier à  une seule personne, à  une conseillère autochtone, qui non seulement partageait leur acquis mais qui était impliquée dans les traditions autochtones de guérison, dans les cérémonies de spiritualité autochtone et dans d'autres activités culturelles.

La plupart des employées qui n'étaient pas rattachées aux services de psychologie estimaient que le counseling constituait un élément fondamental des programmes correctionnels pour femmes. Elles ont quelquefois affirmé que les services de psychologie, à  la Prison des femmes, étaient isolés et n'étaient pas en harmonie avec les services correctionnels de la prison; elles ajoutaient qu'une discussion de leur traumatisme passé secouait les femmes et les rendait plus difficiles à  gérer. Cette opinion n'a toutefois jamais été exprimée par les femmes qui avaient participé à  des séances de counseling pour des questions de violence.

Même si cette préoccupation a été exprimée par seulement deux des personnes que j'ai interviewées, elle mérite un examen attentif pour différentes raisons. Premièrement, tout en estimant aussi que la thérapie individuelle est improductive en milieu carcéral, d'autres employées ont peut-être hésité à  me faire part de cette opinion parce que je suis psychologue. Il se peut aussi que cette préoccupation renferme certains des éléments de la solution permettant de créer, dans les nouveaux établissements, une structure qui empêchera les services de ressourcement de devenir isolés et aliénés de la communauté carcérale, comme cela s'est manifestement produit à  un degré poussé à  la Prison des femmes. Mais cette solution ne peut toutefois pas consister à  éliminer la possibilité de participer à  une relation de guérison individuelle, car cela affaiblirait grandement la capacité du SCC d'amener les femmes sous responsabilité fédérale à  découvrir leur pouvoir de changer radicalement leur vie.

Il existe à  l' établissement pour femmes d'Edmonton très peu de ressources à  l'intention des nombreuses femmes ayant besoin de services psychologiques.

Jusqu'à  ma visite, à  la mi-février, l'équipe des services de santé, avec l'aide d'intervenantes de première ligne, s'occupait des besoins psychologiques des femmes. Le seul membre de l'équipe ayant une formation spécialisée en santé mentale était un psychologue à  temps partiel qui, selon la directrice, avait été engagé principalement pour rédiger des rapports destinés à  la Commission des libérations conditionnelles. Mais comme il s'agissait du seul conseiller qualifié, il s'occupait de tout le counseling individuel, aussi minime fût-il, et de presque tout le counseling d'urgence, en plus de conseiller les intervenantes de première ligne au sujet des tentatives de suicide et des cas d'automutilation.

J'ai discuté avec la psychiatre de garde pour l'établissement, le Dr  Maggie Tweddle, qui fait partie du personnel de l'unité médico-légale de soins intensifs de l'Alberta Hospital, un hôpital psychiatrique. Elle ne s'était rendue à  l'EFE que trois fois depuis l'ouverture, en novembre, et elle a précisé que le médecin de famille de service assurait presque tous les services psychiatriques de première ligne.

Le Dr Tweddle s'inquiétait de ce que certaines employées ne comprennent pas vraiment la gravité des troubles dont souffrent quelques-unes des femmes incarcérées dans l'établissement. Elle a mis en doute la capacité du personnel de s'occuper pendant très longtemps des problèmes de certaines des femmes les plus violentes. Elle ne considérait pas l'Alberta Hospital comme une bonne ressource pour ces femmes, sauf à  court terme, pour rajuster le dosage des médicaments et stabiliser celles qui souffrent de troubles organiques, de schizophrénie ou d'un trouble bipolaire grave. Comme le DrTweddle l'a signalé, le Centre psychiatrique régional des Prairies était auparavant une ressource pour les femmes qui n'étaient pas psychotiques mais qui, en raison de leurs troubles affectifs, avaient besoin de services de santé mentale plus intensifs. Elle se préoccupait de ce qui à  cause de la fermeture de l'unité Assiniboine pour femmes, il soit désormais impossible d'y transférer des femmes de l'établissement. Toutefois personne, ni à  l'EFE ni au CPR (sauf pour le psychiatre du Centre), ne croyait que celui-ci était un endroit propice au traitement des femmes incarcérées souffrant de troubles affectifs.

Le Dr Tweddle a souligné une question importante au sujet de la politique et de la pratique relatives aux médicaments psychotropes. Elle a en effet laissé entendre qu'un des facteurs qui a suscité la première vague de comportements autodestructeurs à  l'établissement pour femmes d'Edmonton peut fort bien avoir été le refus de prescrire de faibles tranquillisants et des substances hypnotiques à  certaines femmes qui les demandaient. à€ la Prison des femmes et au CPR, certaines femmes se faisaient prescrire ces médicaments, mais la politique, à  l'EFE, est différente. Selon le Dr Tweddle et le Dr Bourquet, l'accoutumance que peuvent susciter ces médicaments leur fait perdre tout effet thérapeutique chez des personnes ayant des antécédents de toxicomanie et dans un milieu o๠la toxicomanie est souvent un problème constant. Il s'agit là  d'une question sur laquelle il faudra se pencher sérieusement; il faudra en effet soupeser les avantages que procure l'effet calmant de ces médicaments et le risque d'abus. Il y a aussi la question des conséquences délétères, sur le comportement, que peut avoir un changement de médicament lorsqu'une femme est transférée d'un établissement à  un autre. Cette question se pose partout, y compris à  la Prison des femmes, c'est-à -dire que des femmes qui viennent d'autres établissements se voient parfois prescrire des médicaments différents dès leur arrivée. Bien que la décision finale à  ce sujet relève bien sûr du médecin chargé de prescrire les médicaments, il serait logique que le SCC explore ces questions et produise des lignes directrices à  cet égard.

En général, les services psychologiques sont restreints à  l'établissement pour femmes d'Edmonton. La directrice sait qu'il existe un besoin de conseillères et elle affirme qu'on envisage d'embaucher des thérapeutes féminines de la collectivité pour assurer des services de counseling individuel auprès des femmes, mais, au moment de ma visite, on n'avait pas encore entrepris de démarches en ce sens. Les femmes ont dit que lorsqu'elles demandaient des services de counseling, on leur donnait un rendez-vous en vue d'une évaluation psychiatrique trois semaines plus tard; ce n'est qu'après cette évaluation qu'on leur laissait savoir si leur demande allait être acceptée. Cette façon de procéder traduit un manque de sensibilisation au fait que ces femmes, qui ont été victimes de violence physique, affective et sexuelle et qui souvent sont encore toxicomanes, ont besoin de services de counseling propres à  leur fournir un soutien, ainsi qu'un manque de compréhension de la manière de répondre à  ces besoins.

Il n'est pas nécessaire d'effectuer une évaluation psychiatrique pour établir si une femme a besoin de counseling et pour déterminer la nature de celui-ci. Il devrait à  tout le moins y avoir, pour répondre aux besoins d'une population aussi nombreuse et diversifiée que celle que comportera bientôt l'établissement pour femmes d'Edmonton, un (une) psychologue à  plein temps et deux conseillers ou conseillères ou plus ayant reçu la formation voulue dans d'autres disciplines. Il devrait aussi y avoir des conseillers ou conseillères autochtones qui connaissent la culture autochtone et qui possèdent une formation et une expérience du travail auprès des survivants de traumatisme pour répondre aux besoins de la population nombreuse d'Autochtones à  cet établissement. Ces prestataires de services devraient effectuer des évaluations auprès de toutes les femmes le jour de leur arrivée afin de se concentrer sur leur besoin immédiat de soutien et leur besoin à  plus long terme de services de ressourcement. Il faudrait offrir dans l'établissement des séances hebdomadaires de counseling/thérapie de groupe et des interventions d'urgence axées sur la résolution de problèmes de façon que les femmes qui en ont besoin puissent y avoir accès en temps opportun. On pourrait également offrir aux femmes qui peuvent et veulent quitter régulièrement l'établissement la possibilité de participer à  des programmes de groupe dans la collectivité ou, en permanence, avec des thérapeutes de la collectivité. Ces personnes ne peuvent toutefois pas remplacer un effectif interne qualifié et expérimenté, facilement accessible aux femmes incarcérées et au courant du vécu de ces dernières.

Bien qu'on ne réponde pas encore au besoin de counseling des Autochtones, ces dernières se voient offrir à  l'établissement d'Edmonton un autre programme culturel et spirituel enrichissant. En effet, Iris Bear anime le programme de formation Neichi sur la lutte contre l'alcoolisme et la toxicomanie. Les Autochtones qui ont eu recours à  cette ressource ont parlé en termes élogieux de sa pertinence ainsi que de l'efficacité de l'animatrice. Un programme de spiritualité autochtone a également été mis sur pied, et une Aînée est sur place presque tous les jours. La première suerie avait été organisée la semaine précédant ma visite, et d'après les femmes qui y avaient participé, l'expérience leur avait permis de faire un retour aux sources et d'entamer le processus de guérison. L'artisanat autochtone est une autre activité populaire. Au cours de ma visite, les femmes fabriquaient des centaines d'attrape-rêves, commandés pour une activité gouvernementale quelconque, et elles étaient fières d'être rémunérées pour ce travail. La salle de spiritualité autochtone, à  l'établissement d'Edmonton, est très belle.

Cinq des huit femmes que j'ai interviewées à  l'établissement d'Edmonton étaient des Autochtones; elles avaient toutes demandé à  purger leur peine au Pavillon de ressourcement, mais leur demande avait été rejetée pour diverses raisons, notamment à  cause de leur classement au niveau de sécurité maximale. Elles doivent toutes répondre d'accusations d'infractions avec violence commises dans l'établissement; quelques-unes ont accumulé un grand nombre d'accusations au cours de leur longue carrière carcérale. Elles ont besoin d'un soutien intensif de la part de conseillers ou conseillères autochtones ainsi que d'un plan explicite pour structurer leurs programmes et leur comportement en vue de réduire leur niveau de sécurité et de participer à  des activités préparatoires au programme offert au Pavillon de ressourcement. Ces ressources doivent être intégrées au programme de l'EFE de manière à  ce que ces femmes reçoivent un message d'appui cohérent de la part de toutes les personnes avec lesquelles elles ont des rapports comme les intervenantes de première ligne, les conseillères autochtones et les Aînés.

Il faudrait resserrer les liens entre le programme offert à  l'établissement d'Edmonton et le Pavillon de ressourcement. Une agente de liaison pourrait par exemple effectuer une visite hebdomadaire à  l'établissement et rencontrer chacune des femmes désireuses d'être acceptées au Pavillon de ressourcement afin de revoir les progrès accomplis au cours de la semaine précédente et d'offrir un soutien objectif pour encourager la femme à  participer aux programmes et à  modifier son comportement. Il pourrait s'agir d'un programme préparatoire à  l'admission au Pavillon de ressourcement qui serait offert un jour par semaine; participerait à  ce programme un groupe chargé d'établir des buts, animé par l'agente de liaison du Pavillon de ressourcement, et un membre du personnel de counseling de l'EFE. Un groupe de ce genre fixerait des buts réalisables et concrets, propices à  un changement de comportement qui préparera la femme en vue de son admission au Pavillon de ressourcement. Toutes les semaines, il s'agirait d'évaluer les progrès accomplis par chaque femme en regard de son objectif, à  partir de sa propre évaluation d'elle-même et des commentaires faits par les autres membres du groupe et le personnel, ainsi que de fixer de nouveaux buts pour la semaine suivante. Comme les femmes participeraient de plein gré à  ce groupe, elles seraient motivées à  s'engager à  fond et à  encourager les autres femmes. Après la séance de détermination des buts, les membres du groupe pourraient se réunir pour apprêter et partager le repas du midi. On pourrait même planifier et intégrer à  ces séances des activités culturelles et spirituelles.

Quel que soit le régime choisi, il faut veiller à  ce que l'établissement pour femmes d'Edmonton ne soit pas considéré comme une voie de garage par les femmes autochtones qui ne sont pas acceptées au Pavillon de ressourcement. à€ moins d'une meilleure intégration entre le Pavillon de ressourcement et l'EFE, c'est ainsi que certains Autochtones continueront de le voir, et elles ne chercheront guère à  assimiler ses principes ou ses programmes. Étant donné le pourcentage élevé d'Autochtones à  l'établissement d'Edmonton, le cynisme manifesté par une minorité non négligeable de femmes aurait pour effet non seulement de nuire à  toute tentative de les aider véritablement, mais aussi de miner le fonctionnement de l'établissement en général.

à€ l'établissement pour femmes Nova, il existe davantage de services de counseling inspirés des principes énoncés dans La création de choix. Une psychologue à  plein temps, qui possède de l'expérience auprès des femmes ayant des difficultés affectives, s'emploie à  créer un milieu de soutien o๠l'accent est mis sur le respect mutuel et la responsabilité commune à  l'égard des luttes des unes et des autres. La première journée de ma visite, toutes les femmes s'étaient réunies pour discuter de la situation d'une jeune femme qui avait été placée dans l'unité à  encadrement renforcé parce qu'elle avait de la difficulté à  s'adapter au bungalow. Elles ont offert de l'appuyer et de lui donner de l'aide additionnelle si elle revenait au bungalow. Même si l'intervention n'a pas abouti à  une résolution immédiate du problème de cette jeune femme, elle a permis de communiquer à  cette dernière et aux autres femmes un message important, à  savoir que la communauté offre généreusement son soutien quand un des siens est en difficulté. Toute femme qui le demande peut aussi obtenir des services de thérapie individuelle, et des services de counseling semblent être offerts de façon formelle et aussi selon les besoins.

On a mis sur pied un programme d'expression artistique, auquel certaines femmes participent régulièrement. On a aussi commencé à  mettre en place un programme modulaire pour aider les participantes à  se remettre des effets d'un traumatisme. La première partie du programme consiste en une initiation générale aux questions de traumatisme et de perte, durant laquelle on commence par encourager les femmes à  comprendre les pertes résultant de l'incarcération. Elle est suivie, en un deuxième temps, d'un groupe psycho-éducatif. Ce groupe, offert en huit séances. donne aux femmes l'information de base au sujet des effets du traumatisme et du processus de guérison dont elles ont besoin pour prendre une décision éclairée sur l'opportunité de participer à  un processus de traitement et, le cas échéant, sur la forme de thérapie à  laquelle elles veulent participer. Il peut s'agir de séances individuelles, d'une thérapie de groupe, d'un groupe d'entraide ou d'une combinaison de toutes ces formes.

Au moment de ma visite, il y avait peu de ressources spécialisées pour les Autochtones. Le personnel incluait une Aînée et une agente de liaison autochtone, qui intervenaient à  temps partiel, mais il n'y avait ni séance de suerie, ni programme d'artisanat autochtone, ni sororité autochtone. Cela est dû principalement au fait qu'il n'y a que deux Autochtones à  l'établissement Nova et que seulement l'une d'entre elle s'est montrée intéressée à  établir un programme spirituel et culturel autochtone. Il semble aussi qu'il y ait peu de communication entre l'Aînée et l'agente de liaison ainsi qu'entre le personnel de l'établissement et les deux travailleuses autochtones. Il faudrait améliorer la communication et se mettre sérieusement à  planifier des programmes, sous la direction de l'Autochtone qui s'est montrée enthousiaste et versée dans le domaine, étant donné que l'établissement accueillera bientôt d'autres Autochtones qui auront besoin d'un programme actif.

On a construit à  l'établissement Nova une unité résidentielle structurée, et l'on assurera aux femmes dont les capacités sont les plus limitées, ou qui éprouvent les besoins les plus grands, une surveillance et des programmes intensifs adaptés à  leur niveau. à€ ma connaissance, il s'agit du seul établissement régional o๠l'on a pris des dispositions particulières, mis à  part un placement dans l'unité à  encadrement renforcé, pour loger certaines des femmes présentant de grands besoins. Au moment de ma visite, le programme n'avait pas encore été établi, mais il pourrait bien servir de prototype pour un programme spécialisé. à€ cause de la faible population carcérale, à  l'établissement Nova, l'unité résidentielle structurée accueillera des femmes qui ont des capacités intellectuelles restreintes, un niveau de fonctionnement faible ou des problèmes psychologiques et comportementaux. Il sera intéressant de voir si elles peuvent cohabiter.

L'utilisation à  diverses fins de l'unité à  encadrement renforcé est un des traits les plus frappants aux deux établissements, mais elle l'est surtout à  l'établissement d'Edmonton en raison de la taille de celui-ci. Dans un pénitencier fédéral qui accueille toutes sortes de femmes, certaines qui sont perturbées et suicidaires, d'autres qui sont nouvelles et entièrement inconnues du personnel, quelques-unes d'un tempérament explosif et qui sont violentes à  l'endroit des autres, certaines en danger constant d'être agressées ou tuées par d'autres femmes, et d'autres encore refusant de respecter les règles les plus fondamentales de l'établissement, on a beaucoup plus besoin de locaux sécuritaires, o๠l'on peut protéger les femmes d'elles-mêmes et des autres, que ne l'avaient imaginé les auteurs de La création de choix.

Différentes solutions sont mises à  l'essai pour répondre aux besoins immédiats. à€ Nova, il existe un bungalow à  sécurité maximale, identique aux autres bungalows si ce n'est qu'il y a du personnel sur place 24 heures sur 24 et que les portes sont fermées à  clé. On essaie d'utiliser l'unité à  encadrement renforcé pour évaluer les femmes à  leur arrivée dans l'établissement. Toutefois, à  cause de son comportement, une femme a dû être placée dans l'unité à  encadrement renforcé, qu'elle ne voulait pas quitter lors de ma visite. à€ l'établissement d'Edmonton, il semble qu'on plaçait dans l'unité à  encadrement renforcé des femmes perturbées/déprimées, perturbées/imprévisibles et refusant de collaborer, des nouvelles arrivées et des femmes classées au niveau de sécurité maximale qui se comportaient bien, en les répartissant le mieux possible entre les deux parties de l'unité.

L'utilisation des unités à  encadrement renforcé et le besoin éventuel d'unités spécialisées pour les femmes à  besoins spéciaux, -- peut-être plus sécuritaires que les autres bungalows mais moins différentes de ceux-ci que l'unité à  encadrement renforcé, -- est une des questions les plus pressantes à  régler dans les nouveaux établissements. à€ l'établissement d'Edmonton, un certain nombre de femmes logées dans l'unité à  encadrement renforcé m'ont dit se sentir « au bas de l'échelle », pour ce qui est du prestige, de l'estime de soi, des ressources et de la liberté, par rapport aux autres femmes, dont certaines sont leurs amies intimes. « Regarde ces maisons », m'a dit une des femmes de l'unité à  encadrement renforcé, d'un ton qui allait de l'émerveillement à  l'envie, tandis que, de la fenêtre, nous regardions dans la cour.

J'ai été frappée par sa vulnérabilité et sa douleur. Cet écart de statut, résultant du placement dans l'unité à  encadrement renforcé plutôt que dans les bungalows, n'existait pas au CPR ou à  la Prison des femmes, sauf si les femmes étaient placées en isolement, et elles ne l'étaient que si elles se trouvaient dans une situation extrêmement ou chroniquement grave. à€ l'établissement d'Edmonton, certaines femmes ne prévoient pas quitter l'unité à  encadrement renforcé dans l'avenir immédiat. Sauf si les femmes sont tout à  fait incorrigibles, c'est-à -dire qu'elles présentent un danger pour elles-mêmes et pour les autres, il ne s'agit sans doute pas là  d'une bonne politique. Il faudrait, aussitôt que possible, prendre d'autres mesures.

Dans les deux établissements, on ne semble pas avoir réglé la question de l'isolement administratif. Le problème ne sera pas aussi grave, espérons-nous, dans les nouveaux établissements que dans la Prison des femmes. Il ne fait toutefois aucun doute qu'il s'agit d'une question complexe et délicate, pour laquelle il n'existe pas de solution évidente et simple. En effet, il faut d'une part isoler des femmes qui ont agressé ou tué des bébés et de jeunes enfants ou qui ont commis des agressions sexuelles, et d'autre part appliquer le Programme mère-enfant dans les nouveaux établissements. Je crois comprendre qu'à  l'établissement de Grand Valley, les responsables envisagent de répartir l'unité à  encadrement renforcé en quatre sections, dont l'une sera réservée aux femmes qui doivent absolument être placées en isolement administratif.

Bref, durant mon intervention courte et enrichissante à  l'établissement pour femmes d'Edmonton et à  l'établissement pour femmes Nova, j'ai été frappée par le courant d'énergie incroyable suscité par un vif désir d'assurer aux femmes sous responsabilité fédérale des services pénitentiaires d'une nouvelle forme. Il n'existe pas de plan sur lesquels on pourrait se baser. Personne au Canada n'a essayé d'administrer des pénitenciers selon ce modèle. J'avais pour mandat d'examiner les services psychologiques requis et fournis, et j'espère avoir atteint ce but.

Ce qui existe dans ces deux établissements est toutefois beaucoup plus remarquable que ce qui n'existe pas. On constate une détermination évidente à  créer des lieux et des programmes axés sur les femmes et répondant, d'une manière efficace et bien particulière, aux besoins des femmes sous responsabilité fédérale. On a déjà  pris les premières mesures en ce sens, et certaines des autres mesures sont tout aussi stimulantes et captivantes que les premières. Étant donné l'enthousiasme manifesté par les membres du personnel, dont beaucoup n'ont jamais travaillé dans un établissement pénitentiaire, et l'énergie qui anime les femmes sous responsabilité fédérale, dont un grand nombre n'ont jamais été incarcérées dans des établissements comme ceux-ci, je n'ai aucun doute que les prochaines mesures seront marquées du signe de la créativité et de la résolution des problèmes.

Recommandations

J'espère que chacune des recommandations énoncées dans le présent rapport servira à  combler l'écart entre les recommandations générales formulées dans La création de choix et la réalité que vivent les 200 femmes qui purgent une peine sous responsabilité fédérale dans différentes régions de ce vaste pays. Les besoins de quelques femmes particulièrement troublées ne sont pas entièrement différents de ceux de toutes les autres femmes incarcérées dans des établissements fédéraux. Elles en ont peut-être plus, et elles ne laisseront personne les ignorer. En plus de créer des services à  l'intention de ce groupe de femmes et d'améliorer ceux qui existent déjà  (première, deuxième et troisième recommandations), il est important de créer une structure plus sécurisante pour chacune des femmes que son cheminement a amené à  être incarcérée dans un des établissements fédéraux pour femmes (quatrième, cinquième et sixième recommandations).

J'ai utilisé le mot ressourcement plus souvent qu'autrement dans ce rapport pour désigner la gamme des services appelés parfois des services de santé mentale, des services psychologiques, ou des services de counseling. Je l'ai fait pour tenter d'élargir nos vues sur les besoins en ressources de ces femmes, en ressources propices à  une cicatrisation véritable des blessures mentales, affectives et spirituelles qui sont si intimement liées au vécu des femmes sous responsabilité fédérale. J'ose espérer qu'en intégrant, au programme des services de santé destinés aux femmes sous responsabilité fédérale, les services de ressourcement dont ces dernières ont tant besoin, on donnera au SCC l'occasion d'examiner la manière dont tous les services sont dispensés à  ces femmes dans les nouveaux établissements. Il faut accorder au rapport La création de choix une attention plus poussée, le nuancer et l'appliquer à  la vaste gamme des besoins et des possibilités que représente la vie des femmes sous responsabilité fédérale.

Première recommandation

Qu'immédiatement avant la fermeture de la Prison des femmes (qui se fera vraisemblablement fin été ou début automne de 1996), le SCC crée un établissement de ressourcement à  l'intention de huit femmes ayant un besoin immédiat de traitement psychologique intensif en milieu sécuritaire pour s'attaquer aux problèmes qui sont à  l'origine de leur comportement destructeur et autodestructeur grave. Il s'agirait d'un établissement conçu à  l'intention des femmes non psychotiques (manifestant ce qu'on appelle souvent, dans le milieu psychiatrique, un « trouble de la personnalité limitrophe » et parfois une « personnalité antisociale ») qui comprennent que leurs difficultés sont d'origine affective et qui veulent par conséquent avoir accès à  ce genre de programme de ressourcement exigeant et intensif. Les femmes seraient libres de participer au programme de ressourcement.

Emplacement

Il y aurait un certain nombre d'avantages à  situer cet établissement de ressourcement dans la région de Kingston. Comme cette ressource sera utilisée par les femmes sous responsabilité fédérale de toutes les régions du Canada, elle ne devrait pas être rattachée à  un établissement régional en particulier. La plupart des femmes qui seraient initialement placées dans cet établissement n'ont pas encore été transférées de la Prison des femmes et elles pourraient donc facilement déménager à  un autre endroit dans la même ville avant d'être transférées à  leur établissement d'attache. La décision de situer la Maison de ressourcement dans la région de Kingston permettrait également d'avoir accès au personnel de traitement et de soutien qui possède une riche expérience du counseling auprès de ces femmes et des nombreuses autres femmes qui présentent des antécédents et des difficultés analogues.

Il est important de tirer parti des années d'expérience, de recherche et d'élaboration de programmes qui ont valu aux services thérapeutiques fournis à  la Prison des femmes d'être très prisés par les nombreuses femmes qui les ont utilisés, d'après l' Évaluation des services thérapeutiques offerts à  la Prison des femmes (Kendall, 1993) et le Survey of Federally Sentenced Women: Report to the Task Force on Federally Sentenced Women on the Prison Survey (Straw et coll., 1990). Mes recherches ont confirmé les résultats de ces études. Les femmes qui ont reçu des services thérapeutiques à  la Prison des femmes ont toutes fait état de la valeur de ceux-ci. Il existe, dans la région de Kingston, des ressources précieuses qui pourraient constituer une base solide pour créer un programme de traitement intensif novateur et efficace à  l'intention des femmes sous responsabilité fédérale connaissant de graves difficultés affectives et comportementales.

Programme

Il s'agirait d'offrir à  la Maison de ressourcement un programme multidimensionnel. Ce programme aurait une orientation de thérapie cognitivo-comportementale, c'est-à -dire qu'il serait basé sur des principes dynamiques, qu'il comporterait une démarche d'appui et que son orientation fondamentale serait féministe. Le programme serait administré dans un contexte o๠il est bien entendu que chaque membre de la communauté rattachée au programme, chaque participante et chaque membre du personnel assume la responsabilité de la guérison et de la croissance de chaque femme ainsi que le fonctionnement pacifique et constructif de la collectivité. Les femmes qui demandent à  participer accepteraient de travailler en tant que membres d'équipe responsables, avec les autres participantes et les membres du personnel, afin d'inciter tous les membres du programme à  opérer des changements positifs.

Les participantes s'engageraient à  respecter des conditions explicites sur le plan du comportement. Étant donné qu'un grand nombre des femmes visées par le programme ont mené et, dans certains cas, mènent encore une lutte acharnée contre une accoutumance aux drogues et à  l'alcool, une des règles fondamentales du programme serait l'interdiction absolue de consommer toute substance non prescrite ou alcool. Étant donné que la plupart des femmes viendront de la Prison des femmes, o๠elles jouissent d'un accès presque illimité à  des drogues et médicaments, il faudra régler cette question avec chaque requérante. Il faudra en effet lui faire comprendre qu'elle est libre de ne pas se porter candidate pour participer au programme mais qu'elle n'est pas libre d'enfreindre la règle. Toute infraction sera interprétée comme une reconnaissance immédiate du fait qu'elle n'est pas prête à  participer à  ce programme. On invitera alors une autre femme plus motivée, qui n'est pas susceptible de nuire à  la guérison des autres, à  prendre sa place.

Il faudra bien souligner les autres conditions exigées sur le plan du comportement en ce qui concerne l'interdiction de la violence envers autrui et des actes d'autodestruction graves, et l'obligation de faire preuve de respect envers soi et envers les autres. Il faudrait également bien faire comprendre qu'il incombe à  chaque femme de demander de l'aide dès qu'elle commence à  perdre contrôle sur elle-même. Il incombera aux autres participantes et aux membres du personnel d'assurer l'aide voulue aux femmes qui connaissent des difficultés de ce genre.

Étant donné que toutes les participantes manifesteront sans doute, à  divers degrés, un tempérament explosif et un comportement autodestructeur, les occasions qu'elles auront d'aider leurs compagnes seront beaucoup plus nombreuses que les situations o๠elles auront elles-mêmes besoin d'aide. Ce milieu de responsabilité mutuelle favorise la croissance et l'estime de soi. En outre, très souvent, lorsqu'il semble possible d'obtenir de l'aide sur demande, c'est-à -dire sans être obligé de prouver qu'on a besoin d'aide en commettant des actes de violence et d'autodestruction, la personne réussit à  fonctionner à  son niveau optimal. Avant d'être acceptées dans le programme, les femmes seront invitées à  signer une entente précisant leurs droits et responsabilités et énonçant des lignes directrices explicites en ce qui a trait à  la confidentialité et à  ses limites.

Avant d'être acceptées dans le programme, les participantes éventuelles devront également, en plus de convenir des principes de base du programme et de se soumettre à  ses règles, montrer qu'elles ont la motivation et la capacité requises pour se fixer des buts raisonnables de changement. Elles devront également être disposées à  faire part de leurs buts personnels à  tous les autres intervenants du programme, c'est-à -dire tant les participantes que les membres du personnel. Les groupes tiendraient des séances quotidiennes, en semaine; durant les réunions, chaque femme évaluerait elle-même les progrès qu'elle a accomplis, en s'inspirant aussi des commentaires des autres, ensuite, on fixerait de nouveaux buts. Ces groupes constituent le pivot du programme.

Programme de changement structuré individuellement : Toutes les femmes doivent participer à  des groupes dans lesquels il s'agit de surveiller les progrès accomplis et de fixer des buts. Compte tenu de leurs besoins et problèmes particuliers, chaque femme participera à  certains éléments du programme de façon à  avoir le plus de chances possible d'atteindre ses buts.

Voici quelques-unes des activités qui seraient offertes.

Des groupes psycho-éducatifs sur divers sujets, par exemple pour apprendre à  communiquer efficacement, à  créer un système de soutien sain, à  gérer des émotions fortes, à  comprendre et à  maîtriser sa colère, à  combattre des troubles de l'alimentation et à  lutter contre la violence dans les relations intimes. Il y aurait aussi des groupes sur la sexualité, les toxicomanies, l'importance du jeu et la spiritualité. Les sujets des groupes psycho-éducatifs (qui seraient d'une durée limitée, par exemple une heure et demie par semaine pendant huit semaines) seront déterminés en fonction des choix et des buts des participantes.

Si des Autochtones choisissent de participer au programme, leur plan de ressourcement inclura les éléments culturels et spirituels voulus. On devrait accorder un contrat à  un(e) Aîné(e) pour participer à  la planification des programmes à  la Maison de ressourcement et inclure une conseillère autochtone parmi les membres du personnel.

Les programmes quotidiens devraient aussi inclure les éléments importants suivants :

  • Exercice
  • Loisirs
  • Thérapies expressives (art, musique, mouvement, poésie, rédaction de journal)
  • Formation éducative, professionnelle et en dynamique de la vie.

Conditions de logement

Pour créer la Maison de ressourcement, on pourrait transformer la maison Isabel McNeill, o๠se trouvent actuellement des femmes sous responsabilité fédérale classées au niveau de sécurité minimale. Cet immeuble pourrait facilement servir d'établissement de ressourcement pour un maximum de huit femmes à  condition qu'on y apporte quelques changements intérieurs; il s'agirait par exemple de transformer les grandes chambres à  coucher o๠sont actuellement logées deux ou trois femmes en de petites chambres à  coucher pour une personne, d'installer une clôture périmétrique et de faire quelques autres modifications pour assurer la sécurité voulue. En aménageant un vivoir, une cuisine, une salle à  manger et une blanchisserie, on permettrait aux délinquantes logées à  la Maison de ressourcement de participer à  la planification et à  la préparation des repas, de faire leur propre lavage, et de contribuer à  l'entretien des aires communes.

Il faudrait également aménager une salle o๠il serait permis de fumer de façon à  respecter les droits des non-fumeuses dans les aires communes.

Le bâtiment inclut aussi quelques bureaux qui pourraient être utilisés pour les séances de counseling, une salle de classe ou de séance de groupe, une salle réservée aux arts d'expression, une salle de visite et un bureau administratif. Il y aurait de l'espace pour des loisirs à  l'intérieur et à  l'extérieur étant donné qu'on trouve à  cet endroit une grande cour et un garage qui servent déjà  pour les loisirs et l'exercice. En ce qui concerne les loisirs intérieurs, il faudrait prévoir une table de ping-pong et une table de billard. On pourrait également aménager une hutte à  suer dans un coin de la grande cour si l'endroit est jugé approprié.

Personnel

Tous les membres du personnel feront partie, à  part entière, de l'équipe thérapeutique. Malgré leur formation et leur expérience différentes, leur spécialisation dans diverses disciplines et leur exercice de tâches spécialisées, tous les membres du personnel devront être choisis en raison de leur capacité de nouer des relations fondées sur la coopération et le respect, avec les participantes et les autres membres du personnel, de leur compréhension des principes du programme et de leur capacité manifeste de travailler dans un milieu thérapeutique o๠l'on insiste sur la prise en charge de chaque personne par elle-même, la réciprocité, la créativité et un profond respect à  l'égard de tout être vivant. Les membres du personnel doivent aussi pouvoir résister à  la tentation (interne et de la part des femmes elles-mêmes) d'exercer un contrôle opprimant sur les participantes et pouvoir créer une ambiance dans laquelle les femmes se sentent motivées et aptes à  se reprendre en main.

Un(e) directeur(trice) du programme assumera la responsabilité ultime en ce qui concerne l'application de celui-ci. Cette personne peut également exercer le rôle de directeur(trice) clinique, à  moins qu'on engage un(e) autre directeur(trice) clinique à  temps plein ou à  temps partiel. Au moins deux thérapeutes à  temps plein très expérimentés (et d'autres thérapeutes à  temps partiel de la collectivité et chargés d'assurer un counseling adapté sur le plan culturel et dans la langue des participantes, ou encore d'animer des groupes ou d'autres programmes dans des domaines spécialisés) animeraient des groupes et assureraient des services de thérapie individuelle aux participantes. Un(e) thérapeute expérimenté(e) en expression devrait être disponible à  temps plein dans la salle d'art (ou l'on pourrait avoir plusieurs thérapeutes spécialisés dans différents domaines, chacun(e) à  temps partiel). Un(e) conseiller(ère) autochtone, un(e) Aîné(e) et, compte tenu de l'intérêt manifesté, un(e) artisan(e) autochtone pourraient aussi participer à  temps partiel au programme.

Un(e) adjoint(e) administratif(ve) à  temps plein devra assurer une gamme de services de soutien pour le programme, et notamment s'occuper des tâches de bureau, de l'administration des tests, des tâches administratives et de la collecte des données. Il est aussi important que cette personne possède toutes les qualités personnelles exigées des autres membres du personnel. On aura également besoin d'un psychiatre et d'un médecin de famille à  temps partiel, compte tenu des besoins des participantes. Il serait probablement utile qu'une ou plusieurs des intervenantes de première ligne soient des infirmières; autrement, il faudrait probablement prévoir l'accès à  des services infirmiers, encore une fois, compte tenu des besoins du groupe de femmes visé.

Les intervenantes de première ligne constituent l'âme du programme et assurent les services de base. La dotation n'étant pas mon domaine de compétence, je ne puis estimer le nombre d'intervenantes de première ligne à  prévoir pour assurer le service 24 heures sur 24, y compris les congés et les jours fériés. Les intervenantes de première ligne auraient une formation dans un domaine de la santé ou dans les services sociaux et manifesteraient la capacité d'assurer un soutien efficace et opportun à  des femmes perturbées et parfois agitées et explosives. Il faudrait que le SCC leur donne une formation quant aux aspects de leurs fonctions qui sont liés à  la sécurité et aux méthodes correctionnelles. Les intervenantes de première ligne assureraient un soutien, une surveillance et l'administration des programmes auprès des femmes, individuellement et en groupe. Chaque participante se verra assigner une intervenante de première ligne qui l'aidera à  élaborer et à  suivre son plan correctionnel, lui offrira un soutien affectif et pratique pour l'aider à  suivre son programme et s'occupera de tous les documents à  son sujet. Cette façon de procéder est indispensable pour assurer le fonctionnement harmonieux du système correctionnel.

En plus d'être responsables des femmes qui leur sont assignées, de façon pratique et bien précise, les intervenantes de première ligne participeront à  l'application du programme et contribueront aux activités de celui-ci en fonction de leurs intérêts et talents. Au cours d'une journée, par exemple, une intervenante de première ligne pourrait jouer au volley-ball, puis au ping-pong, avec un groupe de femmes pendant deux heures, préparer le dîner avec trois personnes en leur donnant sa recette spéciale de vinaigrette, puis passer une heure à  mettre à  jour le plan correctionnel d'une autre femme en compagnie de cette dernière, et ensuite, être à  l'écoute d'une femme qui refuse de s'endormir parce qu'elle est constamment éveillée par des cauchemars. Après cela, elle sortira peut-être sa guitare pour jouer doucement lorsqu'elle pense que tout est calme; deux femmes qui ont également de la difficulté à  s'endormir viendront se joindre à  elle et elles chanteront ensemble des chansons comme celles qu'on chante autour d'un feu de camp jusqu'à  ce que l'intervenante rentre chez elle pour la nuit.

Les intervenantes de première ligne sont au coeur du programme de ressourcement. Bien que, sans un processus thérapeutique spécialisé et complexe, les aspects courants et quotidiens du programme ne fassent que créer un milieu carcéral humanitaire, ce milieu de vie quotidien enrichissant permet d'ancrer et de nourrir le processus thérapeutique. La guérison la plus profonde que suscitera un programme de ce genre se déroulera dans des situations à  la fois identiques à  celles du passé (partager un repas avec un groupe de personnes) et radicalement différentes de celles-ci (partager un repas qu'on a préparé calmement avec des personnes qui luttent pour se tailler une vie meilleure et pour aider chacune de leurs compagnes à  en faire autant). Chaque geste accompli dans un contexte de travail ou de jeu au cours de la journée constitue un élément important et sacré du processus de guérison, et les intervenantes de première ligne jouent un rôle essentiel dans le fonctionnement efficace de cet élément central du programme.

Le niveau élevé de dotation qui serait nécessaire pour assurer l'application d'un programme efficace représente un engagement considérable de ressources pour un groupe relativement petit de femmes. Mais il ne faut pas oublier le volume considérable de ressources que certaines de ces mêmes femmes utilisent actuellement, étant donné le personnel supplémentaire et la surveillance intensive qu'elles exigent, dans un milieu qui, comme le reconnaissent toutes les personnes chargées de leurs soins et de leur garde, non seulement ne favorise pas un changement pour le mieux, mais parfois intensifie les problèmes, rendant ces femmes encore plus perturbées et destructives. Ces ressources, qui seraient bien utilisées dans le contexte d'un programme de guérison intensif, rapporteraient au centuple. Quoi qu'il en soit, elles permettraient enfin d'offrir un environnement de ressourcement humanitaire à  un groupe de femmes que le système correctionnel et de nombreux autres éléments de notre société ont bien souvent négligé au cours des ans .

Évaluation

Le fonctionnement courant de la Maison de ressourcement doit inclure, dès le démarrage du processus de planification, un protocole d'évaluation approfondi. Il s'agirait initialement de bien consigner la création et la mise en oeuvre du programme et d'établir un régime d'administration de tests psychologiques fournissant des mesures de base par rapport auxquelles on pourrait suivre les transformations. Il pourrait être rentable, au cours de la période de planification, de visiter un ou plusieurs endroits, en Amérique du Nord, o๠l'on a mis en place des programmes de ressourcement novateurs dans un milieu carcéral. En effet, cela permettrait de faire fond sur les expériences de ces endroits et d'éviter de commettre les mêmes erreurs.

Au cours de la première année d'application du programme, les données d'évaluation porteront surtout sur le degré de satisfaction des participantes et des membres du personnel quant à  l'efficacité des différents aspects du programme. On mettra plus de temps à  accumuler et à  analyser des données sur les résultats, mais il faudrait recueillir le plus d'information possible et créer une base de données exhaustive et bien organisée dans le cadre du processus de planification. Comme il s'agit d'un programme novateur, il est important de déterminer son efficacité.

La Maison de ressourcement servira également de modèle aux bungalows de ressourcement qu'inclura éventuellement chaque établissement régional. C'est pourquoi il faut systématiquement suivre les différents éléments pour déterminer ceux qui sont efficaces et ceux qu'il y aurait lieu de modifier. De cette manière, le groupe de travail chargé d'élaborer la stratégie d'intégration, aux programmes régionaux, de moyens de ressourcement efficaces pourra tirer le meilleur parti possible de l'expérience d'établissement et d'application du programme.

Deuxième recommandation

Que le SCC prenne les mesures nécessaires pour renforcer la sécurité dans certaines parties du Pavillon de ressourcement. Celui-ci pourrait alors constituer un choix véritable pour les femmes autochtones connaissant des difficultés affectives et sociales dont il faudrait idéalement s'occuper dans le contexte d'un programme de ressourcement autochtone, mais qui sont actuellement exclues de cet établissement à  cause de leur cote de sécurité élevée.

Une des Aînées m'a fait part de ses craintes au sujet de la pratique actuelle qui consiste à  exclure du Pavillon de ressourcement certaines des femmes autochtones les plus troublées. Voici comment elle a résumé son opinion à  ce sujet : « Quand on exclut quelqu'un, on brise le cercle ».

Il faudrait que la directrice, les membres du personnel et les femmes sous responsabilité fédérale au Pavillon de ressourcement, de concert avec les membres du « cercle des gardiennes de la vision », déterminent les améliorations pratiques et relatives à  apporter aux programmes pour permettre aux femmes autochtones les plus troublées et les plus instables de participer en toute sécurité au programme du Pavillon de ressourcement.

Même dans un milieu à  encadrement renforcé (ne supposant peut-être que la capacité de verrouiller un des bungalows la nuit et d'armer l'alarme), certaines Autochtones ont un comportement tel que leur présence, au Pavillon de ressourcement, risque de miner la sécurité et les progrès des autres participantes. Il faudrait prévoir pour ces femmes, pendant qu'elles sont à  l'EFE, un lien structuré avec le programme offert au Pavillon de ressourcement pour les inciter constamment à  opérer les transformations nécessaires qui leur permettront de participer de façon constructive au Pavillon de ressourcement.

Je recommande par conséquent que le SCC mette sur pied, à  l'établissement pour femmes d'Edmonton, à  l'intention de toutes les femmes autochtones désireuses d'être acceptées au Pavillon de ressourcement, un programme préparatoire hebdomadaire comprenant une séance de groupe animée par un membre du personne du Pavillon de ressourcement et un membre du personnel de l'EFE, ainsi qu'une séance de soutien individuel avec un membre du personnel du Pavillon de ressourcement. Ce programme permettrait aux Autochtones désireuses d'être acceptées au Pavillon de ressourcement, mais qui ne sont pas encore prêtes à  y entrer, de se fixer des buts clairs, avec l'encadrement et l'encouragement constants du personnel du Pavillon de ressourcement et de l'EFE, et des autres femmes qui veulent aussi être admises au Pavillon de ressourcement.

Troisième recommandation

Que le SCC négocie la prestation des services de santé mentale spécialisés pour malades hospitalisées dans un établissement situé à  proximité de chaque établissement régional. Les lits d'hôpitaux ainsi réservés ne seraient qu'occasionnellement utilisés par les femmes dont la stabilité est menacée à  cause d'une psychose et qui ont besoin d'un traitement médical pendant une période limitée durant laquelle on dosera leurs médicaments et on leur permettra de se stabiliser.

Il semble que très peu de femmes sous responsabilité fédérale souffrent de maladies mentales graves, comme la schizophrénie, la dépression psychotique, un trouble bipolaire ou un syndrome organique. Mais le fait que ces femmes sont peu nombreuses ne signifie pas qu'on peut s'en remettre au hasard pour répondre à  leur besoin de soins psychiatriques particuliers ou ne satisfaire ceux-ci que par des interventions d'urgence, en procédant cas par cas. Il faut faire des plans, dans chaque région, pour assurer l'égalité d'accès aux services de santé mentale dont ont besoin les femmes souffrant de maladies mentales graves.

Quatrième recommandation

Que le SCC veille à  ce que soient immédiatement disponibles, dans chaque établissement, des services de counseling individuel et de groupe de base, adaptés à  la réalité culturelle des femmes. Les délinquantes devraient avoir facilement accès à  des femmes thérapeutes, qui devraient avoir reçu la formation requise et posséder l'expérience voulue, en services thérapeutiques intensifs à  long terme et en intervention d'urgence et de résolution de problèmes à  court terme, auprès de femmes toxicomanes et de femmes ayant subi une vaste gamme de traumatismes personnels, y compris des actes de violence physique et sexuelle.

La communication entre les principaux prestataires de services de ressourcement dans les six nouveaux établissements devrait être organisée immédiatement en vue de favoriser une mise en commun d'idées et l'élaboration, à  l'échelle du pays, de programmes de counseling à  traits communs. Il faudrait organiser, au cours des deux prochaines années, au moins six réunions (à  chacun des cinq établissements régionaux et au Pavillon de ressourcement), auxquelles participeraient les principaux membres du personnel de counseling de chaque établissement. Bien qu'il faille prévoir un certain temps pour concevoir et mettre en oeuvre un plan bien défini d'intégration des services psychologiques aux activités fondamentales des établissements, il est important de cerner certains éléments communs fondamentaux pour faire en sorte que les femmes sous responsabilité fédérale, dans toutes les régions du pays, jouissent, aussitôt que possible, de l'égalité d'accès aux services de counseling requis.

Les recherches ont systématiquement révélé que les femmes commettaient en général des infractions liées à  leurs problèmes personnels et sociaux découlant de leurs expériences de l'inégalité socio-économique, comme la pauvreté, la violence et le racisme. Cette observation vaut certes pour les femmes sous responsabilité fédérale que j'ai interviewées à  Kingston, Edmonton, Saskatoon et Truro.

Il est donc évident que toute stratégie visant à  aider ces femmes à  trouver d'autres moyens de faire face que de commettre des actes criminels doit faire entrer en ligne de compte l'origine de ces comportements, c'est-à -dire les expériences personnelles et sociales qui ont abouti à  l'incarcération dans un établissement fédéral. Presque toutes les expériences opprimantes que les femmes incarcérées ont vécues comprennent une vaste gamme de traumatismes et un sentiment d'impuissance face aux circonstances de leur vie. Les auteurs de recherche sur le traumatisme psychologique ont bien décrit l'éventail des réactions à  ce sentiment généralisé et parfois aigu d'impuissance, c'est-à -dire la prise de conscience du fait que la femme ne peut rien faire pour se protéger contre une violation de sa personne.

Souvent appelé un stress posttraumatique, cet éventail de réactions peut aller d'une passivité profonde à  une tendance à  réagir violemment. Certaines femmes oscillent constamment entre ces deux pôles; elles ont recours aux drogues et à  l'alcool tantôt pour se calmer et se plonger dans un état de passivité et tantôt pour réduire leur niveau de peur et accroître leur capacité de réagir de façon agressive à  une menace. Ces réactions émotives se manifestent dans les relations que ces femmes entretiennent et dans de nombreux autres aspects de leur fonctionnement courant. Les actes criminels sont souvent un résultat de ces comportements compulsifs constants; par exemple, les femmes commettront des crimes liés au proxénétisme ou la vente de drogues, ou encore des crimes liés à  des réactions explosives dans des relations personnelles.

Pour aider ces femmes à  se tailler une vie prosociale nouvelle, il est important de créer à  leur intention un cadre esthétiquement agréable et de les traiter avec le respect auquel a droit tout être humain. Sans ces changements structurels qui traduisent leur valeur en tant qu'individus, le traitement psychologique ne peut avoir que des répercussions restreintes. Mais, la reconnaissance des droits fondamentaux liés à  la création d'un milieu de vie humanitaire et à  l'encouragement de relations fondées sur le respect ne suffisent pas à  guérir les blessures profondes qui, dans bien des cas, sont le résultat d'un vécu de violation et de privation sur le plan interpersonnel.

Dans ce rapport, j'ai employé le mot ressourcement pour désigner l'ensemble des ressources servant expressément à  guérir ces blessures, à  les ouvrir avec doigté et compassion, à  les nettoyer et à  favoriser une cicatrisation pour permettre une vie nouvelle, moins endommagée. Pour un grand nombre des femmes purgeant une peine dans un pénitencier fédéral, cela est aussi essentiel que l'air frais, le soleil, une alimentation saine, des programmes d'instruction, une formation professionnelle et l'établissement de relations respectueuses avec des symboles d'autorité.

Les établissements régionaux pour femmes sous responsabilité fédérale devraient en définitive tous offrir des services de ressourcement intégrés à  leur programme. Les femmes logées dans ces établissements devraient pouvoir participer à  un programme thérapeutique comme celui offert à  la Maison de ressourcement si elles le veulent. Certaines femmes en ont plus besoin que d'autres; quelques-unes peuvent probablement se débrouiller avec un minimum de ressources thérapeutiques. Mais la plupart de ces femmes, et non pas uniquement celles qu'on m'a invitée à  interviewer parce qu'elles présentaient des problèmes évidents, doivent avoir accès à  un programme thérapeutique courant, soit uniquement dans des cas d'urgence soit régulièrement et de façon plus intensive une ou deux fois par semaine.

Il est important de ne pas procéder trop vite pour créer ce genre de programme (comprenant un bungalow de ressourcement et des services d'évaluation et de thérapie parfaitement intégrés au programme fondamental des établissements). Comme je le signale à  la cinquième recommandation, une planification réfléchie est indispensable pour assurer des services uniformément de qualité et l'égalité d'accès partout au Canada. Il faudrait toutefois offrir immédiatement à  chaque établissement des services de counseling de base.

Pour l'instant, il faudrait probablement engager un grand nombre des thérapeutes à  contrat, pour ne pas se cantonner dans des modes de dotation et des mécanismes de travail particuliers avant d'avoir créé et mis en oeuvre un programme intégré. Pour comprendre l'importance de réaliser la vision du pouvoir de contrôler sa vie et de la capacité de faire des choix valables présentée dans La création de choix, les thérapeutes doivent être résolues à  appliquer un modèle féministe de prestation de services qui fasse entrer en ligne de compte les facteurs sociaux déterminants de l'expérience personnelle et qui mette l'accent sur des relations thérapeutiques fondées sur le respect et la collaboration mutuels dans le contexte d'un écart de pouvoirs reconnu.

L'effectif doit correspondre, autant que possible, à  la composition raciale, ethnique et culturelle de la population de chaque établissement de façon à  ce que les femmes se sentent respectées comme personnes et par rapport à  leurs antécédents culturels. Les services de counseling devraient être offerts dans les langues dans lesquelles ces femmes s'expriment le plus facilement. Ainsi, une femme dont la langue maternelle ou la langue la plus aisément parlée est le français ne serait pas obligée de chercher ses mots en anglais tout en essayant de parler librement de questions personnelles et douloureuses. On pourrait avoir recours à  des conseillères à  temps partiel pour répondre aux besoins des femmes qui ne parlent pas une langue très courante ou utiliser des programmes communautaires pour offrir des services adaptés sur le plan culturel dans la langue de certaines délinquantes.

Cinquième recommandation

Que le SCC mette sur pied un groupe de travail, composé de représentants de la Maison de ressourcement et de tous les établissements, y compris du Pavillon de ressourcement, qui sera chargé d'assurer l'intégration de toutes les ressources de ressourcement dans les activités des établissements pour femmes sous responsabilité fédérale.

Ce groupe de travail s'occuperait notamment d'établir, dans chaque établissement, des bungalows réservés aux femmes souffrant de toxicomanies, aux femmes ayant besoin d'un programme de ressourcement intensif à  long terme (semblable à  celui qui sera créé dans l'avenir immédiat à  la Maison de ressourcement) et aux femmes ayant besoin d'une intervention de ressourcement intensive à  court terme.

Le groupe aurait également pour mandat d'élaborer une stratégie en vue d'intégrer, une évaluation approfondie et un plan de ressourcement dans le plan correctionnel de chaque femme sous responsabilité fédérale, de manière que la délinquante se sente habilitée à  contrôler sa vie dès son arrivée à  l'établissement.

En plus d'élaborer une stratégie pour intégrer les interventions de ressourcement aux programmes de base de chaque établissement, le groupe s'occuperait de créer des modules de formation pour permettre aux établissements d'intégrer la stratégie à  leur fonctionnement de base. En outre, il créerait une structure de surveillance servant à  assurer l'égalité d'accès, partout au Canada, à  des services psychologiques tous de haut calibre.

Sixième recommandation

Que le SCC rédige un énoncé de principe précisant les objectifs qui orienteront le fonctionnement des établissements régionaux pour femmes sous responsabilité fédérale, et définissant clairement les politiques relatives au maintien de la sécurité et à  l'élaboration de programmes correspondant à  ces ces objectifs.

Il faudrait mettre sur pied un groupe de travail composé de représentantes de chaque établissement et chargé de surveiller la mise en oeuvre de ces politiques de manière que chaque établissement au Canada respecte des normes clairement définies d'excellence dans tous les aspects de la prestation de services, tout en favorisant la créativité et la diversité à  l'échelon régional quant à  l'élaboration de programmes à  l'intention de femmes sous responsabilité fédérale.