Incidents d'automutilation survenus dans les établissements du SCC sur une période de trente mois

Remerciements

L'auteur tient à remercier sincèrement Debra Coradazzo et Linda Fulton qui l'ont aidé à formuler les interrogations soumises au SGD. Un grand merci également à Sarah Wootten et à Nicholas McAlister pour leur aide dans l'examen des incidents et à Lynn Stewart qui a été d'une aide précieuse pour la révision et les analyses.

Résumé

Entre le 1er avril 2006 et le 30 septembre 2008, 1 230 incidents ont été signalés dans le Système de gestion des délinquant(e)s (SGD), base de données nationale qui contient des renseignements sur tous les délinquants sous responsabilité fédérale, ou dans les RAPSIT (rapports de situations), rapports quotidiens qui visent à informer les cadres supérieurs des importants incidents qui se produisent au sein du Service correctionnel du Canada (SCC). Les descriptions des incidents tirées de ces sources ont été examinées. En voici les principales constatations :

  • Le nombre d'incidents d'automutilation à l'échelle du SCC qui ont été déclarés a augmenté de 73 % au cours de la période de 30 mois de l'étude, passant de 197 incidents (d'avril à septembre 2006) à 341 incidents (d'avril à septembre 2008). Les données tirées uniquement des RAPSIT et celles tirées du SGD-RAPSIT (ensemble de données plus complètes utilisées dans le cadre de l'étude) confirment toutes deux ce changement. Toutefois, les données ne permettent pas de déterminer quels sont les facteurs à l'origine de cette augmentation. Le nombre d'incidents d'automutilation peut être attribuable à une augmentation réelle du nombre de comportements automutilatoires, qui serait liée à un changement du profil des délinquants, au fait que les employés sont plus sensibilisés à ce type d'incidents, à un changement des normes d'établissement des rapports au SCC au cours de cette période ou encore à d'autres facteurs.
  • De façon proportionnelle, les délinquantes sont plus susceptibles que les délinquants de recourir à l'automutilation, et elles sont plus portées que les hommes à se mutiler à plus d'une reprise.
  • Le nombre d'incidents d'automutilation chez les détenus autochtones était plus élevé que ce à quoi l'on pourrait s'attendre, compte tenu de leur nombre dans les établissements.
  • Les cinq centres de traitement, les établissements à sécurité maximale et les établissements à niveaux de sécurité multiples sont les endroits où on comptait le plus d'incidents d'automutilation, le plus grand nombre de détenus qui s'infligent eux-mêmes des blessures et le plus grand nombre de détenus qui le font à répétition.
  • Les hommes ont tendance à se taillader ou à faire des surdoses, tandis que les femmes ont davantage tendance à utiliser des liens ou à se frapper la tête contre une surface dure.
  • Dans 90 % des incidents d'automutilation, les détenus ne se sont pas blessés ou ne se sont blessés que légèrement.
  • Au cours de la période visée par l'étude, 67 % des détenus ne se sont livrés à l'automutilation qu'une seule fois. Bien que les pourcentages des personnes qui se sont mutilées plus d'une fois soient semblables chez les deux sexes, les femmes se sont mutilées plus souvent que les hommes.
  • Les 1 230 incidents d'automutilation ont entraîné le décès de 26 personnes. Toutefois, pour 77 % des détenus qui sont morts, aucun incident d'automutilation n'avait été signalé auparavant au cours de leur incarcération, ce qui donne à penser que l'automutilation semble être un phénomène distinct de celui des tentatives de suicide et qu'il devrait, pour cette raison, être étudié séparément.
  • Selon les résultats du rapport, il est possible de conclure que l'extraction de données du SGD ne permet pas à elle seule de fournir une mesure exacte des incidents d'automutilation, à cause notamment des nombreuses façons de coder de tels incidents dans le SGD. Si le SGD comportait un champ indiquant s'il s'agit d'un incident d'automutilation, nous disposerions d'une mesure plus efficiente et fiable de ce type d'incident. En outre, les projets de recherche à venir devraient mettre l'accent sur les caractéristiques psychologiques et comportementales des individus qui s'infligent eux-mêmes des blessures pour mieux soutenir la prévention, la gestion de ces détenus et les options de traitement.

Introduction

Depuis plusieurs années, le Service correctionnel du Canada (SCC) a pour priorité de mieux répondre aux besoins en santé mentale des détenus afin d'accroître la sécurité dans les établissements et améliorer les possibilités de réinsertion sociale, ce qui contribue à la sécurité publique. le SCC doit fournir des services de santé directement aux personnes dont il a la charge et est tenu de le faire en vertu de la Loi sur le système correctionnel et la mise en liberté sous condition (LSCMLC 1992, chap.20; version révisée en 1996), qui précise ce qui suit :

  • 86. (1) Le Service veille à ce que chaque détenu reçoive les soins de santé essentiels et qu'il ait accès, dans la mesure du possible, aux soins qui peuvent faciliter sa réadaptation et sa réinsertion sociale.

Récemment, le SCC a pu renforcer de façon considérable les soins de santé mentale offerts aux détenus en mettant en place un processus de dépistage plus complet des problèmes de santé mentale, en renforçant la capacité des établissements ordinaires de répondre aux besoins en santé mentale et en améliorant la formation en santé mentale du personnel de correction et des spécialistes de la santé mentale travaillant en établissement et dans la collectivité. Toutefois, malgré tous ces progrès, le SCC doit continuer d'améliorer la gestion et le traitement des détenus se livrant à des actes autodestructeurs, phénomène qui pose toujours problème au sein de l'organisation.

La sécurité et le bien-être des détenus dont il a la charge sont au cœur des préoccupations du SCC. Qui plus est, les interventions dans les cas d'automutilation peuvent être extrêmement stressantes pour les employés, et ce type de comportement entraîne aussi des répercussions psychologiques sur les détenus qui en sont témoins ou qui en entendent parler. Ces problèmes sont beaucoup plus graves dans le cas des détenus qui se mutilent à répétition, puisque les employés doivent rester vigilants et s'assurer de pouvoir intervenir à temps et de façon sécuritaire.

Une étude (Gordon et Laishes, 2009) a déjà présenté une analyse des incidents d'automutilation signalés dans Les RAPSIT (rapports de situation) sur une période de 30 mois. Les auteurs ont constaté que l'automutilation est un problème croissant au sein du SCC, que les femmes sont relativement plus portées à se mutiler que les hommes, que les hommes et les femmes adoptent des types différents de comportement automutilatoire et que l'automutilation, même chez les détenus qui s'y livrent de façon répétée, ne semble pas liée aux tentatives de suicide. Cependant, cette étude comporte d'importantes limites, puisqu'elle n'a examiné que les cas mentionnés dans Les RAPSIT. Ces rapports sont produits tous les jours et visent à informer les cadres supérieurs des incidents importants qui se produisent au SCC. À cette fin, les responsables à l'Administration centrale examinent tous les rapports quotidiens fournis par les agents régionaux et préparent et diffusent un résumé de ces incidents. Compte tenu du fait que plus de 17 000 incidents sont déclarés chaque année au SCC, Les RAPSIT ne réussissent à faire état que d'un échantillon des événements les plus importants. On a donc reconnu que les données tirées uniquement des RAPSIT concernant les incidents d'automutilation ne peuvent à elles seules fournir des renseignements tout à fait exacts sur la situation au SCC.

Le Système de gestion des délinquant(e)s (SGD), base de données qui recueille tous les renseignements pertinents sur les délinquants tout au long de leur peine, pourrait donc constituer une meilleure source de données. Tous les incidents devant être déclarés doivent faire l'objet d'un rapport de situation, qui est consigné dans le SGD. Ces rapports de situation fournissent plus de détails sur les incidents que les résumés des RAPSIT. En outre, il est plus facile de faire des recherches dans le SGD pour repérer des incidents pertinents. Bref, le SGD est une source d'information plus fiable et plus complète concernant chaque délinquant et chaque incident.

Selon la définition de plus en plus répandue dans les travaux de recherche sur la question, nous entendons ici par « comportement automutilatoire » tout acte qui entraîne ou peut entraîner des blessures physiques immédiates. Cette définition comprend donc les cas d'entailles qui causent des blessures immédiates ainsi que les cas d'utilisation de liens qui, si on intervient rapidement, n'entraînent pas de blessures immédiates, mais qui pourraient assurément le faire. Les comportements nocifs, mais seulement sur une longue période (p. ex., toxicomanie et alcoolisme) ne sont pas considérés comme des comportements automutilatoires. Ceux qui adoptent de tels comportements ne veulent pas nécessairement mettre fin à leurs jours (c.-à-d se suicider), mais la définition de comportement automutilatoire n'exclut pas cette possibilité (pour de plus amples renseignements sur la question, voir l'étude de Power et Brown (2010), qui présente un excellent résumé de la littérature et aborde les problèmes liés à la définition).

Il importe cependant d'apporter des précisions sur le cas des surdoses, qui est une forme courante de comportement automulitatoire ou autodestructeur. Malgré les efforts concertés du SCC pour éliminer les drogues illicites de ses établissements, certains détenus réussissent à en obtenir et à en consommer. D'autres peuvent obtenir certaines quantités de médicaments d'ordonnance auprès d'autres détenus ou accumuler des doses de leurs propres médicaments d'ordonnance. Même si les surdoses, dans ce genre de situation, peuvent entraîner des blessures immédiates, il ne fait pas de doute que bon nombre de détenus consomment de la drogue pour se trouver dans un état « high » plutôt que pour se blesser, et que les dommages qui en découlent peuvent être accidentels. Certains soutiennent que des actes motivés par des intérêts hédonistes ne devraient pas être considérés comme des actes qui visent clairement à s'infliger des blessures (p. ex., s'entailler la peau). Malheureusement, la présente étude ne portait pas sur les causes sous-jacentes des incidents liés aux drogues. D'ailleurs, notre définition d'automutilation renvoie à la possibilité de blessures (ce qui est le cas pour les surdoses) plutôt qu'à l'intention. Nous considérons donc, dans présente étude, tout cas de surdose comme un comportement d'automutilation, tout en reconnaissant que bon nombre de ces actes peuvent être motivés par la recherche du plaisir, plutôt que de l'autodestruction.

Nous avons tenté de reprendre l'étude effectuée par Gordon et Laishes (2009) pour en accroître la portée en utilisant les données tirées du SGD concernant les incidents d'automutilation. En conservant la même période de 30 mois que celle visée par l'étude précédente, il nous est possible d'effectuer des comparaisons directes entre les résultats fournis par les deux sources de données. Le présent rapport examine les incidents d'automutilation consignés dans les dossiers du SGD et fournit des détails sur les actes automutilatoires, la gravité des blessures causées et les réactions du personnel.

Méthode

Façon de procéder

Il a fallu procéder par étapes pour faire l'extraction des données utilisées dans la présente étude, lorsque nous avons constaté qu'une simple recherche sur les incidents d'automutilation dans le Système de gestion des délinquant(e)s (SGD) ne permettait pas de repérer de façon exacte tous les incidents pertinents. L'annexe A présente une description complète de ces étapes.

Tous les incidents se produisant au SCC sont consignés dans le SGD et sont classés en fonction de la nature de l'incident. En premier lieu, nous avons interrogé le SGD, pour la période du 1er avril 2006 au 30 septembre 2008, en utilisant des mots clés associés à l'automutilation : automutilation, interruption de surdose, suicide, décès (surdose, cause inconnue, autresNote de bas de page 1) et urgence médicale. De plus, nous avons utilisé des chaînes de deux mots clés (self-harm*, automutilation) pour effectuer des recherches dans les résumés d'incidents. Cette recherche a révélé 1 184 incidents.

Nous avons examiné manuellement chaque résultat de l'interrogation pour nous assurer qu'il s'agissait bel et bien d'un cas d'automutilation. Comme l'annexe A l'indique, 113 incidents ont été éliminés de la base de données pour les raisons suivantes : a) il s'agissait deux fois du même incident (n = 37), b) il s'agissait de cas d'urgences médicales qui n'étaient pas liées à l'automutilation (n = 32), c) il s'agissait de cas de « décès », mais qui n'avaient absolument aucun lien avec l'automutilation; certains incidents ne concernaient même pas des cas de décèsNote de bas de page 2 (n = 15) et d) la catégorie d'incidents était pertinente (p. ex., automutilation), mais le rapport de situation ne comprenait aucun élément montrant qu'il s'agissait d'automutilation (n = 29). La gravité des blessures a été évaluée en fonction des déclarations des employés ayant rédigé les rapports. Le code « renseignement non mentionné » a été attribué aux incidents pour lesquels les employés n'ont pas précisé clairement la gravité des blessures.

Afin de tirer de l'analyse précédente des données des RAPSIT des renseignements relatifs aux incidents, nous avons tenté de fusionner les cas provenant des deux sources (c. à-d. RAPSIT et SGD). Par conséquent, 159 incidents qui avaient été décrits dans Les RAPSIT, mais que les recherches dans le SGD n'avaient pas permis de retrouver, ont été ajoutés à la base de données finale. Grâce aux comparaisons entre les incidents signalés dans le SGD et dans Les RAPSIT, nous avons pu repérer dans Les RAPSIT 139 cas manifestement d'automutilation, qui avaient été placés dans des catégories non reconnues lors de l'interrogation du SGD. Par exemple, dans le SGD, ces incidents étaient considérés comme des cas d'incidents disciplinaires (n = 30), d'extraction des cellules (n = 21), de voies de fait contre un membre du personnel ou contre un détenu (n = 14) ou comme un « autre » incident (n = 62). Parmi les autres catégories du SGD, mentionnons des cas de troubles mineurs, de possession d'objets interdits ou d'intoxication. En outre, d'autres incidents signalés dans Les RAPSIT qui ont été ajoutés à la base de données ne se retrouvaient pas dans le SGD, mais concernaient clairement des cas d'automutilation.

En tout, les cas tirés des RAPSIT et du SGD ont permis de constituer une base de données finale regroupant 1 230 incidents d'automutilation, qui ont été déclarés entre le 1er avril 2006 et le 30 septembre 2008. Comme la base de données finale a été constituée à partir des deux sources de données, on précisera dans le présent rapport qu'il s'agit de résultats liés à la base de données du SGD-RAPSIT, pour les distinguer des résultats tirés uniquement des RAPSIT.

Par la suite, un code a été attribué à chaque incident en fonction d'un certain nombre de variables. En interrogeant le SGD, il a été possible d'obtenir directement certains renseignements (p. ex., date et lieu de l'incident et race), tandis qu'il a fallu consulter l'ensemble du dossier du SGD pour recueillir d'autres types de renseignements (p. ex., actes d'automutilation et gravité des blessures). Le tableau 1 présente les variables codées, y compris une définition et une description des codes.

Tableau 1
Variables codées tirées du SGD, y compris la définition et la description des codes
Variables Définition Description des codes
Race du détenu Ces données se fondent sur les renseignements déclarés par les détenus, qui figurent dans le SGD
  • Blanc
  • Autochtone (y compris les détenus nord-américains, métis et inuits)
  • Autres (y compris les détenus noirs, hispaniques, arabes, latino-américains et asiatiques du Sud-Est)
Acte d'automutilation Jusqu'à deux actes principaux d'automutilation ont été codés pour chaque incident. La première entrée reflète l'acte qui semble le plus grave.
  • Entailles (toute lacération qu'une personne s'est infligée délibérément)
  • Étranglement/liens (toute chose passée autour du cou pour empêcher l'entrée d'air)
  • Surdose (consommation non autorisée de médicaments, sur ordonnance ou en vente libre)
  • Se frapper (se frapper délibérément une partie du corps, habituellement la tête, contre une surface dure)
  • Ouverture des plaies (ouvrir ou tenter d'ouvrir une plaie existante – p. ex., enlever des points de suture – habituellement infligée au cours d'un incident antérieur d'automutilation)
  • Menace d'automutilation (le détenu a clairement menacé de se mutiler, mais n'a pas réussi à le faire – habituellement en raison d'une intervention du personnel)
  • Ingestion de substances non alimentaire (p. ex., eau de Javel) ou d'objets (p. ex., lames, piles ou cintres)
  • Insertion d'objets (s'insérer un objet – p. ex., trombones, morceaux de verre ou piles – dans le corps, pas nécessairement dans une ancienne plaie)
Découverte de l'incident Façon dont le personnel a découvert l'incident d'automutilation
  • Incident déclaré par le détenu qui s'est mutilé
  • Incident déclaré par un autre détenu
  • Incident découvert par un employé (habituellement au cours de rondes)
  • Renseignement non précisé dans les documents accessibles
Gravité de la blessure Gravité déclarée des blessures découlant de l'incidentNote de bas de page 3
  • Aucune blessure (aucun signe de blessure)
  • Blessure mineure (le rapport mentionne précisément que la blessure était mineure ou qu'elle n'était pas grave)
  • Blessure grave (le rapport précise la gravité de la blessure)
  • Décès
  • Renseignement non indiqué (les renseignements accessibles ne mentionnent pas la gravité de la blessure)
Mesure prise Principales mesures qui ont été prises en raison de l'incidentNote de bas de page 4
  • Transport à un hôpital de l'extérieur
  • Placement dans une cellule d'observation
  • Application de moyens de contention
  • Admission à un centre régional de traitement
  • Aiguillage vers un psychologue (ou vers un autre spécialiste de la santé mentale)
  • Renvoi du détenu dans sa cellule

Résultats

Nombre total d'incidents d'automutilation

Au cours de la période de 30 mois visée par l'étude, 1 230 incidents d'automutilation ont été signalés dans le SGD-RAPSIT. Au cours de la même période, 510 incidents d'automutilation en établissement avaient été déclarés uniquement dans Les RAPSIT, soit 41 % des incidents signalés dans le SGD-RAPSIT.

Le tableau 2 présente un résumé des données du SGD-RAPSIT pour chaque région du SCC ainsi que la population carcérale totale du SCC dans chaque région. Le nombre d'incidents par région est pratiquement le même. Ce résultat est surprenant, puisque la population carcérale de chacune des régions est considérablement différente. En fait, par rapport au pourcentage de la population carcérale en établissement de chaque région, un nombre beaucoup plus grand d'incidents d'automutilation se sont produits dans la région de l'Atlantique (χ2(1) = 87,64, p < 0,0001) et dans la région du Pacifique (χ2(1) = 18,44, p < 0,0001), tandis que dans la région de l'Ontario (χ2(1) = 17,99, p < 0,0001) et dans la région des Prairies (χ2(1) = 10,02, p < 0,0015) le nombre d'incidents déclarés est moins élevé que ce à quoi on aurait pu s'attendre.

Tableau 2
Incidents d'automutilation déclarés dans le SGD-RAPSIT
Région Nombre d'incidents Taux d'incidents Pourcentage de la population du SCCNote de bas de page 5
Atlantique 249 20,2 % 10 %
Québec 254 20,7 % 24 %
Ontario 249 20,2 % 27 %
Prairies 238 19,3 % 24 %
Pacifique 240 19,5 % 15 %
Total 1 230 - -

Nombre d'incidents d'automutilation, selon le sexe

Le tableau 3 présente la répartition des incidents d'automutilation par région et par sexe. Même si les femmes ne représentent que 3,7 % de la population carcérale totale du SCCNote de bas de page 6, elles sont responsables de 16,9 % des incidents d'automutilation déclarés (χ2(1) = 354, p < 0,0001). Cette surreprésentation est la plus apparente dans la région de l'Atlantique, qui compte 12 % des femmes incarcérées, mais où se sont produits 22,1 % des incidents d'automutilation impliquant des détenues (χ2(1) = 7,65, p = 0,0057). Par ailleurs, le nombre d'incidents d'automutilation impliquant des femmes dans la région des Prairies (14 %) est moins élevé que ce à quoi on aurait pu s'attendre, compte tenu du fait que la région compte 27,1 % des femmes incarcérées (χ2(1) = 12,55, p = 0,0004). Dans les autres régions, le nombre d'incidents d'automutilation où des femmes étaient en cause correspondait à la population de détenues de la région.

La surreprésentation des femmes est observable à la fois en ce qui a trait au nombre de détenus qui ont eu ce genre de comportement ainsi qu'au nombre d'incidents d'automutilation impliquant des femmes. Les 519 détenus de sexe masculin qui se sont mutilés à au moins une occasion au cours de la période visée par l'étude représentent un faible pourcentage du nombre de délinquants incarcérés pendant au moins un jour au cours d'une année dans les établissements du SCC. Par exemple, en 2008-2009, quelque 19 000 hommes ont été incarcérés pendant au moins un jour dans un établissement fédéral, alors qu'il y a eu quelque 900 femmes qui se sont trouvées dans la même situation au cours de cette période. Le ratio hommes-femmes est de 20:1. Le ratio détenus-détenues qui se sont mutilés au cours de la période visée par l'étude est de 519:54, soit environ 10:1. Manifestement, les femmes sont surreprésentées parmi les personnes qui affichent des comportements automutilatoires.

Tableau 3
Répartition des incidents d'automutilation par région et par sexe
En raison d'erreurs d'arrondissement, la somme des pourcentages ne correspond pas à 100 %.
Région Hommes Femmes
N %* n %
Atlantique 203 19,9 46 22,1
Québec 201 19,7 53 25,5
Ontario 206 20,2 43 20,7
Prairies 208 20,4 30 14,4
Pacifique 204 20,0 36 17,3
Total 1022 - 208 -

Nombre d'incidents d'automutilation, selon la race

En tout, 19,7 % des personnes incarcérées dans un établissement du SCC déclarent être des AutochtonesNote de bas de page 7, et 25,3 % des détenus qui se sont mutilés étaient d'origine autochtone. De plus, les délinquants autochtones sont à l'origine de 26,5 % des incidents d'automutilation. Il semble que, par rapport à leur représentation au sein de la population carcérale (χ2(1) = 6,66, p = 0,0098), les détenus autochtones se sont livrés, au cours de la période visée par l'étude, à un nombre d'actes d'automutilation plus grand que celui auquel on aurait pu s'attendre. Toutefois, à la suite d'une analyse par région de la situation, on constate que la surreprésentation du nombre de délinquants autochtones s'étant mutilés n'a été observée qu'en Ontario (χ2(1) = 7,31, p = 0,0068) et, dans une moindre mesure, au Québec (χ2(1) = 3,29, p = 0,069). Fait intéressant, les délinquants issus de minorités visibles (p. ex., les détenus noirs, hispaniques et asiatiques), qui composent 14,9 % de la population carcérale du SCC, étaient relativement moins susceptibles de se livrer à des actes d'automutilation (χ2(1) = 35,49, p < 0,0001); ils ne représentent que 5,2 % des détenus s'étant mutilés.

Tableau 4
Incidents d'automutilation s'étant produits en établissement, selon la race
Race Incidents Détenus qui se mutilent % de la population carcérale
n % n %
Blancs 853 69,3 398 69,5 65,4
Autochtones 326 26,5 145 25,3 19,7
Autres 51 4,1 30 5,2 14,9
Total 1 230 - 573 - -

Nombre d'incidents d'automutilation par établissement

Le tableau 5 présente un résumé de l'ensemble des incidents d'automutilation qui ont eu lieu au cours de la période visée par l'étude en fonction du type d'établissement. Le nombre d'incidents d'automutilation varie énormément d'un type d'établissement à un autre (F (4,52) = 17,22; p < 0,0001). Des analyses a posteriori révèlent que le nombre d'incidents d'automutilation dans les centres de traitement, les établissements à sécurité maximale, les établissements à niveaux de sécurité multiples et les établissements pour femmes est pratiquement le même sur le plan statistique. Toutefois, le nombre d'incidents dans ces établissements est beaucoup plus élevé que celui observé dans les établissements à sécurité moyenne ou minimaleNote de bas de page 8. En effet, plusieurs établissements à sécurité minimale n'ont déclaré aucun incident de ce genre au cours de la période visée par l'étude.

Le nombre de détenus qui se mutilent (F (4,52) = 17,93, p < 0,0001) et le nombre de ceux qui se sont mutilés plus d'une fois (F (4,52) = 13,56, p < 0,0001) varient aussi en fonction du type d'établissement. Des analyses a posteriori indiquent que, par rapport aux établissements à sécurité moyenne, aux établissements à sécurité minimale et aux établissements pour femmes, les centres de traitement, les établissements à sécurité maximale et les établissements à niveaux de sécurité multiples comptent beaucoup plus de détenus qui se mutilent et comptent plus de détenus qui se sont mutilés à plus d'une occasion.

Le fait qu'un nombre beaucoup plus élevé d'incidents d'automutilation se sont produits dans des centres de traitement, des établissements pour femmes et des établissements à sécurité maximale est très révélateur, puisque ces établissements comptent pour une part relativement petite de la population du SCC. Le tableau 5 présente aussi des renseignements sur le nombre moyen de places dans chaque type d'établissement. Les résultats indiquent que, même s'ils accueillent un nombre relativement moins élevé de détenus, il y a eu, en moyenne, plus d'incidents dans les établissements à sécurité maximale, les centres de traitement et les établissements pour femmes que dans les établissements à sécurité moyenne.

Même si le nombre moyen d'incidents d'automutilation diffère en fonction du type d'établissement, il convient de souligner qu'au moins un cas de ce type d'incident s'est produit dans tous les établissements à sécurité moyenne et dans tous les établissements dont le niveau de sécurité est plus élevé (sauf au Pavillon de ressourcement Okimaw Ochi). L'annexe B présente le nombre d'incidents déclarés pour chaque établissement du SCC. Le Pénitencier de Dorchester constitue un cas particulier, puisque 73 incidents y ont été déclarés, soit plus de quatre fois le nombre moyen d'incidents déclarés dans tous les autres établissements à sécurité moyenne. En tout, 155 incidents, soit 12,6 % de l'ensemble des incidents s'étant produits dans tous les établissements au pays, ont eu lieu dans le complexe du Pénitencier de Dorchester, qui comprend aussi le Centre de rétablissement Shepody.

Tableau 5
Incidents d'automutilation par type d'établissement sur une période de 30 mois
Type d'établissement Nombre moyen d'incidents d'automutilation

Nombre moyen de détenus s'étant mutilés

Nombre moyen de détenus s'étant mutilés à plus d'une occasion Nombre moyen de places par type d'établissement
Sécurité max./ niv. de séc. multiples Note de bas de page a 42,6 26,3 7,0 336
Sécurité moyenne Note de bas de page b 16,5 12,6 2,3 389
Sécurité minimale Note de bas de page c 0,5 0,5 0,0 205
CRT Note de bas de page d 55,4 24,0 9,8 140
Établ. pour femmes Note de bas de page e 37,2 12,2 4,8 94

Notes de bas de page

Note de bas de page a

n=10

Retour à la référence de la note de bas de page a

Note de bas de page b

n=20

Retour à la référence de la note de bas de page b

Note de bas de page c

n=17

Retour à la référence de la note de bas de page c

Note de bas de page d

n=5

Retour à la référence de la note de bas de page d

Note de bas de page e

n=5

Retour à la référence de la note de bas de page e

Note de bas de page f

n=57

Retour à la référence de la note de bas de page f

Nombre d'incidents à l'échelle nationale

La figure 1 montre la fréquence des incidents d'automutilation signalés dans Les RAPSIT et dans le SGD-RAPSIT par tranche de six mois au cours de la période visée par l'étude (30 mois). Les deux sources de données font état d'une augmentation prononcée du nombre d'incidents déclarés au cours de cette période. Alors que le nombre d'incidents signalés dans Les RAPSIT est passé de 55 (avril-septembre 2006) à 169 (avril-septembre 2008), soit une augmentation de 207 %, les données tirées du SGD-RAPSIT montrent que le nombre d'incidents est passé de 197 à 341 (augmentation de 73 %) au cours de la même période. Toutefois, les tendances qui se dégagent des deux sources de données sont très semblables, et les données tirées des RAPSIT et du SGD-RAPSIT ont évolué de façon très semblable au cours de la période de 30 mois (r = 0,96, p = 0,009)Note de bas de page 9.

Figure 1. Nombre d'incidents d'automutilation déclarés sur une période de 30 mois.

Nombre d'incidents d'automutilation déclarés sur une période de 30 mois.

Figure 1. Nombre d'incidents d'automutilation déclarés sur une période de 30 mois.

Le graphique présente le nombre d'incidents d'automutilation survenus dans les établissements du SCC en fonction des données tirées du SGD-RAPSIT et des données tirées des RAPSIT. Selon les données tirées du SGD-RAPSIT, d'avril à septembre 2006, le nombre d'incidents se situait à environ 200 et est passé à près de 350, d'avril à septembre 2008. Selon les données des RAPSIT, le nombre d'incidents se situait à environ 70, d'avril à septembre 2006, et est passé à près de 200, d'avril à septembre 2008.

La figure 2 illustre de façon différente l'évolution du nombre de cas d'automutilation au fil du temps. Ces résultats indiquent que, même si le nombre de détenus qui se sont mutilés au SCC a connu une hausse marquée au cours des six derniers mois de la période visée par l'étude, cette augmentation est entièrement attribuable aux détenus de sexe masculin. Le nombre de femmes qui se sont mutilées a augmenté au cours de la troisième période de six mois, mais est resté le même au cours des deux périodes suivantes.

Figure 2. Nombre de détenus ayant eu un comportement automutilatoire sur une période de 30 mois.

Nombre de détenus ayant eu un comportement automutilatoire sur une période de 30 mois.

Figure 2. Nombre de délinquants impliqués dans un comportement d'automutilation sur une période de 30 mois.

Le graphique montre le nombre de délinquants impliqués dans des comportements d'automutilation dans les établissements du SCC. D'avril à septembre 2006, environ 125 hommes avaient eu ce genre de comportements, et ce nombre a chuté pour s'établir à environ 110, d'avril à septembre 2007 et est remonté, d'avril à septembre 2008, pour atteindre environ 175. Le nombre de délinquantes impliquées dans des incidents, d'avril à septembre 2006, est environ de 15. Ce nombre est passé à environ 20, d'avril à septembre 2007, et est resté inchangé jusqu'à la période d'avril à septembre 2008. Si l'on regroupe les hommes et les femmes, le nombre de délinquants impliqués dans de tels comportements était d'environ 140, d'avril à septembre 2006, a chuté à environ 130, d'avril à septembre 2007, et est passé à près de 200, d'avril à septembre 2008.

Incidents dans les régions du SCC

Le nombre d'incidents déclarés a augmenté dans toutes les régions. Toutefois, le nombre d'incidents dans les régions du Québec, du Pacifique et de l'Ontario semble avoir enregistré une croissance beaucoup plus rapide que dans les régions de l'Atlantique et des Prairies. Le tableau 6 illustre cette tendance.

Tableau 6
Évolution du nombre d'incidents d'automutilation, par région (données du SGD-RAPSIT)
Région Nombre d'incidents déclarés % de variation
n
Sept-Mar 2006
n
Sept-Mar 2008
Atlantique 47 63 34
Québec 35 88 151
Ontario 34 62 82
Prairies 48 56 17
Pacifique 33 72 118
Total 197 341 73

Nombre d'incidents selon le sexe

La figure 3 montre le nombre d'incidents d'automutilation impliquant des femmes et qui ont fait l'objet de rapports dans Les RAPSIT et dans le SGD-RAPSIT pour la période de 30 mois visée par l'étude. Comme dans le cas des hommes, le nombre d'incidents impliquant des femmes a augmenté au cours de la période visée par l'étude. Selon les données du SGD-RAPSIT, le nombre d'incidents d'automutilation impliquant des femmes a augmenté de 138 % au cours de la période, passant de 21 incidents, de septembre à mars 2006, à 50 incidents pour la même période en 2008. Tout comme pour les hommes, la corrélation entre le nombre d'incidents impliquant des femmes déclarés dans le SGD-RAPSIT et Les RAPSIT était très étroite (r = 0,90; p = 0,035); les deux sources de données présentent des taux d'augmentation semblables.

Figure 3. Nombre d'incidents d'automutilation signalés dans les établissements pour femmes

Nombre d'incidents d'automutilation signalés dans les établissements pour femmes

Figure 3. Nombre d'incidents d'automutilation signalés dans les établissements pour femme.

Le graphique présente le nombre d'incidents d'automutilation survenus dans les établissements pour femme en fonction des données du SGD-RAPSIT et des données des RAPSIT. Les données du SGD-RAPSIT indiquent que, d'avril à septembre 2006, il y avait eu un peu plus de 20 incidents; ce nombre est passé à environ 60, d'avril à septembre 2007, et s'est établi à environ 50, pour avril à septembre 2008. Les données tirées des RAPSIT indiquent que, d'avril à septembre 2006, il y a eu environ 10 incidents et que, d'avril à septembre 2007, près de 40 incidents se sont produits. Le nombre d'incidents n'a presque pas changé d'avril à septembre 2008.

Nature des actes d'automutilation

Comportements automutilatoires

Le tableau 7 résume les méthodes d'automutilation ayant fait l'objet de rapports dans Les RAPSIT et le SGD-RAPSIT. Tandis que plus de la moitié des incidents déclarés dans le SGD-RAPSIT concernaient des cas d'entailles, seulement 38 % des incidents signalés dans Les RAPSIT concernaient des blessures de ce genre. Par ailleurs, une proportion significativement plus grande d'incidents signalés dans Les RAPSIT avaient trait à des cas d'utilisation de liens ou de surdoses. Comme les incidents de ce genre peuvent être perçus comme présentant un risque plus imminent de dommages, les résultats montrent que Les RAPSIT accordent effectivement une plus grande importance au signalement des incidents et des comportements présentant un risque élevé.

Les données du SGD-RAPSIT montrent que les hommes et les femmes utilisent des méthodes d'automutilation différentes (voir tableau 8). Les femmes sont plus susceptibles que les hommes d'utiliser des liens et de « se frapper » (habituellement de se frapper la tête), tandis que chez les hommes, on relève un plus grand nombre de cas d'entailles et de surdoses. Ces différences de méthodes d'automutilation selon le sexe ont aussi été constatées dans les incidents déclarés dans Les RAPSIT.

Tableau 7
Méthodes d'automutilation déclarées dans Les RAPSIT et dans le SGD-RAPSIT
Acte d'automutilation RAPSIT SGD-RAPSIT p
n % n %
Entailles 195 38,2 640 52,0 0,001
Étranglement/utilisation de liens 138 27,1 187 15,2 0,000
Surdose 78 15,3 137 11,1 0,043
Menace de blessures 25 4,9 91 7,4 ns
Le fait de se frapper 32 6,3 55 4,5 ns
Ouverture de plaie 13 2,5 43 3,5 ns
Autres 29 5,7 77 6,3 ns
Total 510 - 1230 - -
Tableau 8
Méthodes d'automutilation des hommes et des femmes, déclarées dans le SGD-RAPSIT
Acte d'automutilation Hommes Femmes p
n % n %
Entailles 573 56 67 32 0,000
Utilisation de liens 111 11 76 37 0,000
Surdose 126 12 11 5 0,010
Le fait de se frapper 29 3 26 13 0,000
Menaces 78 8 13 6 ns
Ouverture de plaie 38 4 5 2 ns
Insertion d'objets 16 2 2 1 ns
Ingestion d'objets 24 2 2 1 ns
Autres 27 3 6 3 ns
Total 1022 - 208 -  

Découverte de l'incident

Un examen des incidents déclarés dans Les RAPSIT a révélé que, dans 20 % des cas, c'est le détenu qui s'est mutilé qui a lui-même signalé l'incident au personnel, tandis que 60 % des incidents ont été constatés par le personnel. Les données du SGD-RAPSIT brossent un tableau plus complet de cette dynamique. Selon cette source de données, les détenus s'étant mutilés ont eux-mêmes signalé l'incident dans 34 % des cas, tandis que dans 6 % des cas, c'est un autre détenu (p. ex., compagnon de cellule, voisin) qui a informé le personnel (voir tableau 9). Toutefois, à cet égard, les données concernant les hommes et les femmes sont bien différentes. En effet, les hommes ont davantage tendance que les femmes à déclarer eux-mêmes l'incident (χ2(1) = 9,08, p = 0,0026), tandis que dans le cas des femmes c'est le personnel qui, le plus souvent, constatait les cas d'automutilation (χ2(1) = 9,71, p = 0,0018).

Table 9
Façon dont l'incident d'automutilation a été déclaré
Incident déclaré par Hommes Femmes Total
n % n % N %
Le détenu 378 37 45 22 423 34
D'autres détenus 65 6 6 3 71 6
Le personnel 440 43 133 64 573 47
Renseignement non précisé 139 14 24 12 163 13
Total 1022 - 208 - 1230 -

Gravité des blessures subies

Puisque Les RAPSIT sont habituellement préparés avant que le rapport de situation complet ne soit consigné dans le SGD, les détails de l'incident dans Les RAPSIT sont souvent limités ou incomplets. En outre, les renseignements concernant la gravité des blessures subies par le détenu ne sont pas toujours accessibles immédiatement. En effet, 54 % des RAPSIT ne contiennent aucun renseignement ayant trait aux blessures. Au cours de l'extraction de données du SGD-RAPSIT, nous avons examiné chacun des dossiers des détenus dans le SGD pour estimer l'ampleur des blessures en nous appuyant sur les commentaires des employés qui ont signalé l'incident. Toutefois, comme il a déjà été mentionné dans la section portant sur la méthode, l'évaluation des blessures ne reflète pas toujours l'avis d'un professionnel médical. Le tableau 10 présente un résumé du nombre d'incidents signalés dans le SGD-RAPSIT en fonction du sexe et de la gravité des blessures.

Tableau 10
Gravité des blessures qu'un détenu s'est lui-même infligées
Gravité des blessures Hommes Femmes
n % n %
Aucune 228 22 78 38
Mineure 683 67 114 55
Grave 63 6 6 3
Décès 25 3 1 0
Renseignement non mentionné 22 2 9 4
Total 1022 - 208 -

Environ 90 % des incidents impliquant tant des hommes que des femmes n'ont causé aucune blessure ou seulement des blessures mineures. Seulement 6 % des incidents ont été considérés comme ayant entraîné des dommages corporels graves (c.-à-d. une blessure permanente ou qui aurait pu entraîner le décès sans l'intervention d'un médecin). Même si pratiquement tous les détenus ont eu immédiatement accès à des soins en établissement, le détenu a aussi été envoyé dans un hôpital de la collectivité dans 31 % des cas, d'après le rapport de situation, par mesure préventive. Quarante et un pour cent ont été placés en observation ou en isolement, et 13 % ont été envoyés dans un centre de traitement, généralement à leur retour d'un hôpital externe. L'utilisation de matériel de contrainte a été signalée dans seulement 7 % des cas.

Détenus s'étant livrés à de multiples comportements automutilatoires

En tout, 573 détenus ont été responsables des 1 230 incidents d'automutilation. En moyenne, les femmes (M incidents = 3,85; Médiane = 1) ont été impliquées dans plus d'incidents que les hommes (M incidents = 1,97; Médiane = 1) (U = 1,96, p = 0,026). En tout, 67 % des détenus (n = 385) ne se sont mutilés qu'une fois au cours de la période visée par l'étude, tandis que 188 sont responsables de 845 incidents, soit en moyenne, 4,5 incidents chacun. La proportion des hommes (32 %) et des femmes (43 %) susceptibles d'avoir plus d'un comportement automutilatoire est la même (χ2(1) = 0,939, ns), mais les femmes qui se sont mutilées plus d'une fois l'ont fait plus souvent (Médiane = 4,5 incidents) que les hommes (Médiane = 3 incidents) (U = 2,86, p = 0,002). Par exemple, six femmes sont responsables de plus de la moitié des incidents impliquant des femmes signalés au cours de la période de 30 mois. Le tableau 11 présente la fréquence des incidents d'automutilation par sexe.

Tableau 11
Répartition des incidents – Données tirées du SGD-RAPSIT
Nombre d'incidents Femmes Hommes
n % de femmes qui se sont mutilées % d'incidents d'automutilation n % d'hommes qui se sont mutilés % d'incidents d'automutilation
1 31 57,4 14,9 354 68,2 34,6
2 2 3,7 1,9 69 13,3 13,5
3 8 14,8 11,5 36 6,9 10,6
4 2 3,7 3,8 21 4,0 8,2
5 2 3,7 4,8 12 2,3 5,9
6 1 1,9 2,9 7 1,3 4,1
7 1 1,9 3,4 8 1,5 5,5
8 0 0,0 0,0 2 0,4 1,6
9 1 1,9 4,3 0 0,0 0,0
10 3 5,6 14,4 2 0,4 2,0
>10 3 5,6 38,0 8 1,5 14,1
Total 54 - - 519 - -

Plusieurs caractéristiques de ces données sont intéressantes, tout particulièrement du fait que les deux sources de données (RAPSIT et SGD-RAPSIT) révèlent des tendances quelque peu différentes. Selon les données du SGD-RAPSIT, Les 188 détenus qui se sont mutilés plus d'une fois ont été responsables de 845 incidents (soit 69 % de l'ensemble des incidents). Selon les données des RAPSIT, les détenus s'étant mutilés à plus d'une reprise n'étaient responsables que de 47 % des incidents. Alors que les données des RAPSIT révélaient que 16 % des hommes s'étaient mutilés plus d'une fois, les données du SGD-RAPSIT indiquaient que ce taux était deux fois plus élevé (32 %) pour la période visée par l'étude (χ2(1) = 14,99, p = 0,0001). Toutefois, pour ce qui est des femmes qui se sont mutilées plus d'une fois, les taux signalés dans les deux sources de données sont semblables (RAPSIT = 38 %; SGD-RAPSIT = 43 %). Les neuf femmes qui se sont mutilées le plus fréquemment (c.-à-d. six fois ou plus) sont responsables de 63 % de l'ensemble des incidents impliquant des femmes. Les 27 hommes qui se sont mutilés six fois ou plus ont été responsables d'une proportion beaucoup plus petite (27 %) des incidents impliquant des hommes (χ2(1) = 41,85, p < 0,0001). Les données tirées des RAPSIT révèlent des tendances semblables.

Nous avons cherché à savoir si les détenus qui se mutilent fréquemment utilisent des méthodes différentes. Ceux qui l'ont fait plus d'une fois ont eu recours aux entailles (55 % des incidents) ou à l'utilisation de liens (16 %) dans les mêmes proportions que dans l'ensemble des cas déclarés. Qui plus est, nous avons constaté que les différences entre les sexes s'appliquent également aux personnes qui se mutilent fréquemment. Par exemple, les hommes qui se mutilent fréquemment le font le plus souvent par des entailles (62 % par rapport à 30 %) ou des surdoses (7 % par rapport à 1 %) que les femmes, tandis que les femmes avaient plus tendance que les hommes à utiliser des liens (41 % par rapport à 9 %) ou à « se frapper » (14 % par rapport à 3 %). À ce sujet, une analyse des données tirées des RAPSIT révèle les mêmes tendances.

Incidents causant le décès

En tout, 26 des 1 230 incidents d'automutilation (2 %) ont causé la mort du détenu. De plus, 54 % des décès (n = 14) concernent des cas d'utilisation de liens, 19 % (n = 5), des cas de surdose et 12 % (n = 3), des cas d'entailles. Dans les quatre autres cas, la cause du décès n'a pas été déterminée.

Au terme de notre première analyse des données tirées des RAPSIT, nous avons constaté que 24 des 26 détenus décédés n'avaient été impliqués dans aucun autre incident d'automutilation ayant fait l'objet d'un rapport au cours de la période visée par l'étude. Nous avons prolongé cette analyse pour déterminer le nombre d'actes d'automutilation qu'un détenu a commis à n'importe quel moment de son incarcération (c.-à-d. même avant la période de la présente étude).

Au terme de cette dernière analyse, nous avons constaté que 20 des 26 (77 %) détenus décédés n'avaient été impliqués dans aucun incident d'automutilation ayant fait l'objet d'un rapport au cours de leur incarcération. Trois des 26 détenus décédés s'étaient déjà mutilés au cours de la période visée par l'étude, et trois autres l'avaient aussi fait plus tôt au cours de leur incarcération. En outre, même si un des détenus s'était mutilé sept jours avant l'incident ayant causé sa mort, pour les cinq autres détenus, l'intervalle entre le dernier incident d'automutilation et celui ayant causé le décès variait de 298 à 1 975 jours (M = 826 jours; Médiane = 354 jours).

Conformément à l'analyse antérieure des données des RAPSIT, il ne semble pas y avoir un véritable lien entre les incidents d'automutilation observés dans les établissements et les tentatives de suicide. Cependant, le personnel ne doit pas oublier que la mort peut survenir même si le détenu n'avait pas d'intention suicidaire. Le risque semble être le plus élevé quand l'incident concerne un cas d'étranglement (d'utilisation de liens) ou de surdose, ce qui était le cas dans 73 % des décès.

Analyse

La présente étude est une reprise et un prolongement de l'analyse que Gordon et Laishes (2009) ont faite des incidents d'automutilation et porte tout particulièrement sur les incidents signalés dans le SGD. Les résultats des deux études sont en grande partie très semblables. Les deux sources de données montrent que la fréquence des incidents d'automutilation a augmenté de façon marquée pendant la période d'étude de 30 mois. Fait à signaler, les données des RAPSIT à cet égard correspondent très étroitement aux données du SGD-RAPSIT, ce qui porte à croire que les deux sources de données établissent et décrivent des tendances semblables.

Les données tirées des RAPSIT et celles tirées du SGD-RAPSIT permettent essentiellement de tirer les mêmes conclusions quant à la nature des actes d'automutilation. Les analyses des deux ensembles de données montrent que, proportionnellement, les femmes ont été impliquées dans un nombre d'incidents plus grand que les hommes et que les méthodes d'automutilation de prédilection des hommes et des femmes ne sont pas les mêmes : les hommes utilisant davantage les entailles, et les femmes, les liens/l'étranglement. De plus, les deux analyses ont permis de faire ressortir qu'un petit groupe de détenus, tant hommes que femmes, a été responsable d'un nombre très élevé d'incidents d'automutilation.

Les deux sources de données ont mené à des résultats quelque peu différents sur certains aspects. En tenant compte d'un éventail beaucoup plus grand d'incidents, les données du SGD-RAPSIT semblent indiquer que le nombre d'incidents d'automutilation augmente plus rapidement dans certaines régions du SCC (c.-à-d. Québec et Pacifique), que les entailles constituent une méthode d'automutilation plus courante que ce qu'on croyait et qu'un nombre relativement plus élevé d'incidents a été signalé au personnel par le détenu qui s'était mutilé. le SGD s'est aussi avéré une source beaucoup plus riche de données pour évaluer les questions entourant la découverte des incidents et la gravité des blessures. En bref, même si Les RAPSIT peuvent constituer une source fiable de renseignements au sujet des tendances globales, l'abondance des données que contient le SGD peut permettre d'obtenir davantage de détails au sujet des incidents d'automutilation à proprement parler. Cependant, il convient de mentionner que certaines des données les plus pertinentes proviennent d'un examen manuel de chaque dossier du SGD plutôt que des recherches dans le SGD.

Le SGD permet-il à lui seul de repérer les cas d'automutilation?

Même si les données du SGD-RAPSIT ont clairement permis de cerner un nombre beaucoup plus grand d'incidents d'automutilation que Les RAPSIT à eux seuls, il semble que les recherches dans le SGD ne fournissent pas des données totalement fiables, exactes et complètes. Près de 10 % des cas cernés comme étant pertinents par les recherches dans le SGD ont dû être éliminés, principalement parce qu'un examen approfondi de chaque incident a révélé qu'il ne s'agissait pas de cas d'automutilation. Grâce aux RAPSIT, on a cerné 159 autres incidents pertinents qu'une recherche dans le SGD n'avait pas permis de trouver. Tel qu'il est exposé en détail dans l'annexe A, le principal inconvénient lorsqu'on se fie aux recherches dans le SGD, c'est qu'un grand nombre d'incidents d'automutilation sont classés dans des catégories qui ne seraient normalement pas associées à de l'automutilation (p. ex., problème disciplinaire, extraction de la cellule, agression d'un employé). Même si ce classement est généralement compréhensible et correct dans le contexte de l'incident, il est peu probable que ces catégories soient incluses dans une recherche visant à trouver des incidents d'automutilation. On pourrait inclure ces catégories, qui n'ont apparemment aucun lien avec le sujet dans une recherche, puis effacer manuellement les cas qui ne sont pas pertinents, mais un tel processus serait extrêmement inefficace. Une meilleure solution serait d'ajouter au SGD un champ de données pour l'automutilation grâce auquel on pourrait indiquer chaque incident qui présente (ou non) une forme d'automutilation ou une autre. Cette variable supplémentaire augmenterait la probabilité que tous les incidents pertinents puissent être trouvés au moyen d'une seule interrogation, quelle que soit la façon dont l'incident a été classé. Même si nous comprenons très bien qu'il n'est pas simple d'ajouter des champs à une base de données aussi complexe que le SGD, cela en vaut peut-être la peine si on peut, de cette façon, faire un suivi étroit d'incidents aussi importants que les cas d'automutilation.

Endroits où ont eu lieu les incidents

Même s'il y a eu des incidents d'automutilation dans la plupart des principaux établissements pour hommes et pour femmes, ce type d'événement se produit le plus souvent dans les centres de traitement, les établissements à sécurité maximale et les établissements à niveaux de sécurité multiples. De plus, certains établissements ayant le même niveau de sécurité ont enregistré un nombre plus grand d'incidents que d'autres. Ainsi, il y a eu deux fois plus de cas d'automutilation au Pénitencier de Kingston (93 incidents) et à l'Établissement de Kent (83 incidents) que la moyenne du nombre d'incidents dans les établissements à sécurité maximale (M = 42,6). De même, le Centre de rétablissement Shepody (82 incidents) et le Centre psychiatrique régional de la région des Prairies (72 incidents) ont enregistré le nombre d'incidents le plus élevé des centres de traitement (M globale = 55,4 incidents). Parmi les établissements à sécurité moyenne, Dorchester fait bande à part : il compte beaucoup plus d'incidents que les autres établissements du même genre (73 incidents, la moyenne pour tous les établissements à sécurité moyenne étant de 18,2). En outre, il a été remarqué que ces mêmes établissements hébergent un nombre plus élevé de détenus qui se mutilaient fréquemment (voir l'annexe B pour obtenir des renseignements concernant tous les établissements).

Il est impossible de déterminer clairement pourquoi certains établissements enregistrent un nombre relativement plus élevé d'incidents d'automutilation. L'explication la plus logique tient peut-être au fait que chaque région a pour pratique de transférer les détenus qui se mutilent dans un ou deux établissements qui semblent plus aptes à les prendre en charge, ne serait-ce qu'en raison de leur plus grande expérience de ce type de comportement. La région de l'Atlantique semble avoir adopté cette pratique, puisque la plupart de ces détenus semblent être transférés au Centre de rétablissement Shepody ou au Pénitencier de Dorchester, qui partagent les mêmes installations. Les établissements à sécurité minimale sont beaucoup moins susceptibles d'accueillir des détenus présentant des antécédents d'automutilation, probablement en raison du processus d'aiguillage vers ces établissements. Quoi qu'il en soit, les présentes données permettent de cerner les établissements qui profiteraient le plus, à l'heure actuelle, des ressources nécessaires pour gérer ces cas difficiles.

De plus, il est impossible de déterminer clairement pourquoi bon nombre de détenus qui se mutilent se font attribuer la cote de sécurité maximale. Il va sans dire que les établissements à sécurité maximale permettent une surveillance plus rigoureuse, souvent nécessaire dans les cas de ces individus. La question est de savoir si l'attribution de cette cote est aussi motivée par d'autres aspects du comportement de ces détenus (p. ex., violence à l'égard des autres, risque élevé et grands besoins). Encore une fois, la région de l'Atlantique est différente des autres, puisque bon nombre des détenus qui se mutilent se trouvent au Pénitencier de Dorchester, établissement à sécurité moyenne, plutôt qu'à l'Établissement de l'Atlantique (l'établissement à sécurité maximale de la région).

On pourrait avancer que l'environnement d'isolement accru et de contacts sociaux réduits dans les établissements à sécurité maximale ne convient pas aux détenus portés à se mutiler (Konrad et coll., 2007). En fait, l'isolement général auquel sont soumis bon nombre de ces détenus (et le fait qu'ils soient souvent placés en isolement) peut accroître chez eux le risque d'automutilation (Dear, 2006). Il serait utile de pousser les recherches et d'étudier les répercussions de tels facteurs environnementaux sur l'incidence de l'automutilation, en vue d'élaborer des stratégies permettant une meilleure prise en charge des détenus qui se mutilent.

Gravité de blessures

Les données de la présente étude semblent indiquer que la grande majorité (90 %) des incidents d'automutilation entraînent, dans le pire des cas, des blessures mineures. Même si ces données permettent de penser que les détenus ayant ce genre de comportement n'ont pas d'intentions suicidaires, il ne faudrait pas pour autant leur accorder une moins grande attention. Certains incidents (p. ex., les cas d'utilisation de liens) n'entraînent aucun dommage physique si on intervient rapidement, mais pourraient avoir des conséquences désastreuses pour le détenu si l'intervention est légèrement différée. Par exemple, parmi Les 172 incidents d'étranglement qui ont été interrompus, les détenus n'ont subi aucune blessure, ou des blessures mineures, dans 159 cas (85 %). Par ailleurs, dans 54 % des cas d'automutilation ayant causé la mort du détenu, il s'agissait d'actes où des liens ont été utilisés. Par conséquent, le fait qu'un nombre relativement peu élevé de détenus se blessent au cours d'incidents comme l'utilisation de liens ou d'autres types d'automutilation (p. ex., surdose et entailles) peut être davantage attribuable à la vigilance et à l'intervention rapide du personnel plutôt qu'aux risques inhérents à l'acte à proprement parler. Malheureusement, même si 34 % des incidents sont signalés au personnel par le détenu lui-même, ce qui permet au personnel d'intervenir rapidement, ceux qui ont tenté de s'étrangler n'ont déclaré leur comportement que dans 7 % des cas — le personnel doit donc constamment redoubler de vigilance.

Automutilation et suicide

Les résultats de la présente étude appuient et étayent la conclusion de Gordon et Laishes (2009) selon laquelle la plupart des actes d'automutilation ne semblent pas être des tentatives de suicide. Une autre étude (Suyemoto, 1998) a permis de tirer des conclusions semblables pour ce qui est des comportements d'automutilation dans la collectivité. Dans la présente étude, 77 % des détenus qui ont perdu la vie au cours d'un incident d'automutilation n'avaient eu aucun comportement de ce genre au cours de la peine qu'ils étaient en train de purger. Parmi les six détenus qui s'étaient déjà mutilés, deux ne l'avaient fait qu'une seule fois, et un avait été impliqué dans deux incidents; dans cinq des six cas, l'incident le plus récent remontait à au moins un an avant l'incident mortel. Encore une fois, malgré ces données, il ne faudrait pas minimiser la gravité de l'automutilation. Les données indiquent plutôt que la dynamique, les facteurs de prédiction et les interventions potentielles dans les cas d'automutilation pourraient être bien différents de ceux liés aux comportements suicidaires.

Répercussions des incidents d'automutilation sur le personnel

L'augmentation du nombre d'incidents d'automutilation peut aussi avoir une incidence plus grande sur le personnel intervenant dans la gestion de ces détenus, tout particulièrement ceux qui se mutilent à répétition. Très peu de recherches semblent avoir été faites sur les répercussions de l'automutilation sur le personnel, mais une étude récente indique que les répercussions psychologiques pourraient être importantes (Marzano et Adler, 2007). Comme nous l'avons mentionné précédemment, si le personnel n'intervient pas rapidement, certaines formes d'automutilation peuvent être particulièrement destructrices. En l'absence d'outils efficaces permettant de prévenir de tels incidents, le personnel de première ligne doit constamment faire preuve de vigilance et espérer qu'il pourra intervenir à temps la prochaine fois.

Le SCC s'est doté d'un programme efficace de Gestion du stress lié aux incidents critiques (GSIC) qui aide le personnel à faire face à une multitude d'incidents stressants. Au cours de la présente étude, nous avons examiné 593 incidents d'automutilation pour déterminer si les services du programme de GSIC avaient été offerts au personnel. La participation d'un employé à ce programme n'a été confirmée que dans 4 % des cas. Toutefois, il ne faudrait pas conclure que les services du programme de GSIC n'ont pas été offerts dans 96 % des cas. Il se pourrait plutôt que le programme n'a tout simplement pas été mentionné dans le rapport de situation, même si les employés y ont eu recours. Cependant, il se peut que, comme des incidents d'automutilation se produisent fréquemment, le personnel ne considère pas qu'il s'agit d'incidents critiques et décide de ne pas avoir recours au programme de GSIC. Qui plus est, le GSIC n'est peut-être pas l'intervention qui convient le mieux; d'autres approches pourraient peut-être aider davantage le personnel à faire face à ce genre de situations extrêmement stressantes. La Direction de la santé mentale du SCC élabore actuellement des stratégies pour s'assurer que des traitements interdisciplinaires sont offerts aux détenus qui se mutilent et qui présentent un risque élevé et qu'un plan de prise en charge a été établi pour eux. L'adoption de méthodes uniformes de gestion de ces détenus et le soutien que procure le fait de travailler en équipe auprès de ce genre d'individus pourraient atténuer les répercussions de ces incidents sur le personnel. Compte tenu du rôle important que jouent les employés de première ligne pour limiter les blessures découlant de l'automutilation, il est essentiel qu'ils disposent du soutien et des compétences nécessaires pour intervenir de la façon la plus efficace qui soit. En outre, d'autres recherches sur ce sujet pourraient aider le SCC à trouver des façons de réagir à cet important problème.

Prochaines étapes

La présente étude démontre, comme l'a fait celle de Gordon et Laishes (2009), qu'un nombre accru d'incidents d'automutilation ont eu lieu dans tout le SCC au cours d'une période récente de 30 mois. Ces études n'ont pas traité des raisons possibles de cette augmentation. Il pourrait s'agir simplement d'une augmentation ou d'une amélioration du signalement de ces incidents au fil du temps. Or, c'est un fait connu que la nature de la population du SCC a changé ces dernières années; aujourd'hui, les détenus sont plus jeunes et ils purgent des peines plus courtes. Il est possible que certaines des caractéristiques de cette nouvelle population soient liées à une augmentation de la probabilité de l'automutilation. En fait, l'automutilation est généralement associée aux jeunes (Cutter, Jaffe et Segal, 2008). Il est aussi possible qu'il y ait davantage de tension dans les établissements et que les détenus plus vulnérables se mutilent pour gérer le stress ou y échapper. Une telle dynamique a été décrite dans les documents de référence (Dear, 2006), mais on n'a pas établi avec certitude la source possible de cette tension systémique. Malheureusement, la présente étude ne dispose pas de données qui traitent de cela ou d'autres raisons possibles qui pourraient expliquer l'augmentation du nombre de cas d'automutilation. Il serait important que d'autres projets de recherche abordent la question, car les résultats de cette recherche permettraient de trouver des méthodes globales pour atténuer le problème.

Il y a aussi de nombreuses questions que des projets de recherche pourraient aborder dans le but de comprendre les détenus qui se mutilent et la dynamique de ces actes en établissement. Déterminer ce qui motive les actes d'automutilation devrait contribuer à définir des stratégies d'intervention appropriées. Rien n'indique que les détenus qui se sont mutilés pendant la période de la présente étude forment un groupe homogène. Est-ce que ceux qui se mutilent de façon peu fréquente le font pour des raisons différentes de celles des détenus qui se mutilent à répétition? Les interventions actuelles du SCC (p. ex., les services psychologiques) auprès des détenus qui ne se mutilent pas souvent contribuent-elles au maintien de leur faible taux d'automutilation? Les projets de recherche devraient aussi tenter de déterminer l'état cognitif et l'état de santé mentale du détenu. L'expérience clinique semble indiquer que beaucoup des hommes qui se sont mutilés à plusieurs reprises ont une déficience cognitive, ce qui amène à penser que le traitement devrait peut-être aborder certains obstacles précis à l'apprentissage. Malheureusement, il y a relativement peu de projets de recherche sur les détenus adultes qui se mutilent (Power et Brown, 2010), mais les chercheurs du SCC mènent actuellement plusieurs études pertinentes.

Le Service correctionnel du Canada, comme un grand nombre d'administrations correctionnelles, fait face à un défi de taille puisqu'il doit s'attaquer à l'automutilation dans ses établissements. Même si de la recherche est nécessaire pour mieux documenter les stratégies de prise en charge et de traitement, la réalité des établissements fait qu'il n'est pas toujours possible d'attendre les résultats d'une étude pour intervenir. À cette fin, la Direction de la santé mentale du SCC est en train d'élaborer une stratégie polyvalente qui inclura : 1) la mise au point d'une méthode systématique d'intervention à l'égard de chacun des cas d'automutilation, ce qui peut inclure l'élaboration de plans de prise en charge clinique pour les détenus qui présentent probablement un risque élevé de continuer de se mutiler; 2) le perfectionnement des ressources régionales dans le but d'aider les établissements à mettre en place des plans de traitement et des stratégies de prise en charge; 3) l'élaboration d'un programme de traitement officiel visant les détenus qui se mutilent le plus souvent; 4) l'étude des répercussions de l'intervention dans les cas d'automutilation, tant sur le personnel clinique que sur le personnel opérationnel, et l'élaboration de stratégies appropriées permettant d'atténuer le plus possible les répercussions; 5) l'encouragement continu des activités de recherche pertinentes dans le but de mieux documenter les étapes susmentionnées.

Bibliographie

Cutter, D., Jaffe, J. et Segal, J. (2008). Self-Injury: Types, Causes and Treatment. Consulté à l'adresse : http://www.helpguide.org/mental/self_injury.html.

Dear, G. E. (éd.) (2006). Preventing Suicide and Other Self-Harm in Prison. New York : Palgrave Macmillan.

Gordon, A. et Laishes, J. (2009). Étude des incidents d'automutilation signalés au SCC. Consulté sur le site Web du Service correctionnel du Canada: http://infonet/Corporate/National/Resources/publications1117.htm?lang=en#R

Konrad, N., Daigle, M., Daniel, A., Dear, G., Frottier, P., Hayes, L., Kerkhof, A., Liebling, A. et Sarchiapone, M. (2007). Preventing suicide in prisons, Part I: Recommendations from the International Association for Suicide Prevention Task Force on Suicide in Prisons. Crisis: The Journal of Crisis Intervention and Suicide Prevention, 28(3), 113-121.

Loi sur le système correctionnel et la mise en liberté sous condition, L.S.C.M.L.C. 1992, ch.20 (révisée en 1996).

Marzano, L. et Adler, J. R. (2007). Supporting staff working with prisoners who self-harm: A survey of support services for staff dealing with self-harm in prisons in England and Wales. International Journal of Prisoner Health, 3(4), 268-282.

Ministre des Travaux publics et des Services gouvernementaux Canada (2007). Rapport annuel du Bureau de l'enquêteur correctionnel 2006-2007. Ottawa, ON.

Power, J. et Brown, S. L. (2010). L'automutilation : analyse documentaire et répercussions sur les services correctionnels. Ottawa, Ontario: Service correctionnel du Canada.

Suyemoto, K. L. (1998). The functions of self-mutilation. Clinical Psychology Review, 18(5), 531–554.

Annexes

Annexe A : Méthode de signalement des incidents d'automutilation survenus au sein du SCC

Afin de pouvoir établir une stratégie globale de gestion des cas d'automutilation dans les établissements, il est essentiel de disposer de moyens efficaces et fiables de repérer les incidents de ce type. Ces données permettent de décrire le problème, de proposer des pistes d'intervention et de mesurer les répercussions de ces interventions au fil du temps. En effet, dans son rapport annuel 2007-2008, l'enquêteur correctionnel a recommandé au SCC « d'établir un cadre uniforme de consignation et de signalement des tentatives de suicide, des blessures causées par automutilation et des surdosesNote de bas de page 10 ». Un système de signalement des incidents d'automutilation doit permettre de fournir rapidement des données fiables et exactes. La plupart des intervenants semblent s'entendre sur le fait que l'ajout d'un champ permettant de faire des recherches sur l'automutilation dans le SGD pourrait remplir cette fonction. Dans le cadre de la présente étude, nous avons évalué cette hypothèse en tentant de repérer tous les incidents d'automutilation survenus dans les établissements du SCC entre le 1er avril 2006 et le 30 septembre 2008.

Recherche dans le SGD par type d'incident

Nous avons effectué des recherches dans le SGD sur la période allant du 1er avril 2006 au 30 septembre 2008 pour repérer les incidents qui sont le plus souvent associés à l'automutilation. Nous avons inclus les catégories suivantes dans nos recherchesNote de bas de page 11

  • Blessure causée par automutilation
  • Interruption de surdose
  • Suicide
  • Décès (surdose, causes inconnues, autres)
  • Urgence médicale

Ces recherches ont fait ressortir 1 127 incidents. Toutefois, après avoir consulté les données tirées des RAPSIT, nous nous sommes rendu compte que certains incidents d'automutilation sont classés dans des catégories qui ne sont pas étroitement associées à l'automutilation (p. ex., extraction de cellule, autres incidents). Pour tenter de repérer ce genre d'incident, nous avons inclus les mots clés « self harm* » et « automutilation » pour les recherches dans le SGD. Cet ajout devait permettre de faire ressortir les incidents dont le résumé fait mention de l'automutilation, quel qu'en soit le classement.

Cette stratégie nous a effectivement permis de repérer 57 autres incidents d'automutilationNote de bas de page 12. Ces incidents supplémentaires avaient été classés dans les catégories suivantes du SGD : « problème disciplinaire » (n = 26) « autres incidents » (n = 20), « extraction de cellule » (n = 4), « voies de fait contre un membre du personnel » (n = 3), « possession d'objet interdit » (n = 2) et « menace proférée contre le personnel » et « incendie » (n = 1, dans chaque cas). Par conséquent, les recherches dans le SGD nous ont permis de repérer 1 184 incidents d'automutilation.

Le « tri » des données du SGD

Par la suite, nous avons dû examiner chacun des 1 184 incidents signalés pour nous assurer qu'ils étaient valides (c.-à-d. qu'il s'agissait d'actes d'automutilation). Nous avons donc examiné le résumé de chaque incident et, lorsque cela a été nécessaire, le document résumant l'incident dans le SGD pour nous assurer que l'incident était bel et bien lié à un acte d'automutilation. Par conséquent, nous avons éliminé 113 incidents (9,5 % du total) de l'ensemble des données pour les raisons suivantes :

a) Incidents comptés en double : Quand plus d'un détenu est impliqué dans un incident, l'information est saisie dans le dossier du SGD de tous les individus en cause. Par conséquent, si un détenu s'est mutilé et que deux autres détenus ont participé à l'incident (p. ex., en tant que témoins), l'incident d'automutilation sera inscrit dans les dossiers du SGD des trois détenusNote de bas de page 13. En outre, la recherche fournira trois fois le même incident. Nous avons effacé 37 incidents parce qu'il s'agissait de doublons qui ne concernaient pas un détenu qui s'était mutilé.

b) Urgence médicale : Même si certains incidents classés dans la catégorie « urgence médicale » étaient manifestement liés à l'automutilation, d'autres urgences médicales ne l'étaient pas. Nous avons éliminé 32 incidents qui n'étaient pas liés à l'automutilation et avons conservé huit incidents pertinents.

c) Décès : Même si certains détenus ont perdu la vie dans des incidents d'automutilation, certains incidents du SGD classés dans la catégorie « décès » ne concernaient pas des cas d'automutilation. Nous avons éliminé quatre cas qui reproduisaient des incidents déjà signalés, six cas dont le décès était manifestement attribuable à un problème de santé existant ou à des causes naturelles et cinq incidents qui n'avaient aucun lien avec des cas d'automutilation ou des cas de blessuresNote de bas de page 14.

d) Incidents classés dans la mauvaise catégorie : Au moment d'examiner les incidents, il est devenu évident que même si la catégorie d'incident était très pertinente (p. ex., blessure que le détenu s'est infligée lui-même, suicide), il est possible que l'incident lui-même ne soit pas lié à l'automutilation. Par exemple, voici ce qui était écrit dans le résumé d'un incident classé comme étant une interruption de surdose : « Faible quantité de cocaïne décelée par le détecteur ionique chez le visiteur du détenu XX. La visite-contact a été permise ». Dans un autre incident concernant une blessure qu'un détenu s'est infligée lui-même, il était écrit : le « détenu a pris une chaise de plastique et l'a lancée en direction d'un détenu qui se trouvait dans la cour ». Au total, 29 incidents de ce genre ont été éliminés parce qu'ils ne concernaient pas des actes d'automutilation.

Après cet examen, la base de données d'incidents d'automutilation a été réduite de 113 cas, pour s'établir à 1 071 incidents. C'est-à-dire que 9,5 % des incidents signalés dans le SGD n'ont pas été jugés pertinents. En outre, compte tenu du temps qu'il a fallu consacrer à l'examen des 1 184 incidents, les recherches effectuées dans le SGD ne constituent pas une méthode efficiente permettant de repérer seulement les incidents qui concernent réellement des cas d'automutilation.

Correspondance entre les données du SGD et celles des RAPSIT

Gordon et Laishes (2009) ont répertorié 510 incidents d'automutilation en établissement qui ont été signalés dans Les RAPSIT et ont recueilli d'importantes données concernant ces événements. Comme nous devions utiliser les mêmes données pour analyser les cas que les recherches dans le SGD ont permis de repérer, nous avons tenté de faire correspondre les cas des RAPSIT aux 1 071 incidents signalés dans le SGD en tenant pour acquis que les recherches dans le SGD auraient fait ressortir tous les cas signalés dans Les RAPSIT. En fait, seuls 328 cas signalés dans Les RAPSIT avaient aussi été repérés dans le SGD. En tout, 182 incidents d'automutilation décrits dans Les RAPSIT n'avaient pas été repérés dans le cadre des recherches effectuées dans le SGD.

Pour comprendre cet écart, nous avons examiné chacun de ces incidents pour déterminer pourquoi les recherches effectuées dans le SGD n'avaient pas permis de repérer l'incident. Voici les résultats que nous avons obtenus :

a) Dates qui ne correspondent pas : dans 12 cas, la date de l'incident indiquée dans le SGD et celle des RAPSIT n'était pas la même, mais il semble bien s'agir du même incidentNote de bas de page 15. Nous avons rajusté la base de données finale pour nous assurer que chacun de ces incidents n'a été utilisé qu'une seule fois.

b) Aucune trace d'un incident dans le SGD : pour 13 cas, le SGD ne contenait aucun dossier sur l'incident aux alentours des dates indiquées dans Les RAPSIT. D'emblée, ces écarts s'expliquent difficilement. Dans trois cas, le détenu se trouvait à l'Institut Philippe-Pinel, et il se peut que ces incidents n'aient pas été consignés dans le SGD. Par ailleurs, il est possible que l'agent de service régional ait signalé ces incidents aux responsables des RAPSIT, mais que l'établissement n'ait jamais rempli les rapports du SGD.

c) Mauvais classement : Les recherches dans le SGD n'ont pas permis de retrouver 139 des cas mentionnés dans Les RAPSIT parce que, dans le SGD, l'incident était classé dans une catégorie qui n'était pas incluse dans la recherche. Le plus souvent, ces incidents étaient classés dans les catégories suivantes : « autre incident » (n = 62), « incident disciplinaire » (n = 30), « extraction de la cellule » (n = 21) ou « voies de fait sur un employé » ou « un détenu » (n = 14). Parmi les autres catégories, mentionnons les suivantes : « trouble mineur », « possession d'objets interdits » ou « en état d'ébriété ou drogué ».

Peu importe la catégorie du SGD dans laquelle l'incident a été classé, les comportements décrits dans ces 139 incidents concernaient tous des cas avérés d'automutilation, comportant notamment les actes suivants : entailles, se frapper la tête, utilisation de liens et surdose. Il va sans dire qu'il serait extrêmement peu efficient de rechercher tous les incidents classés dans la catégorie « incidents disciplinaires » ou « autres » dans le SGD pour éliminer par la suite les résultats non pertinents un à un.

Après le rapprochement des incidents des RAPSIT et ceux du SGD, nous avons ajouté 159 incidents signalés dans Les RAPSIT à ceux que nous avions repérés dans le SGD et nous avons obtenu ainsi une base de données finale de 1 230 incidents d'automutilation pour la période allant du 1er avril 2006 au 30 septembre 2008.

La base de données finale est-elle complète?

Une question importante reste sans réponse : pouvons-nous présumer que Les 1 230 incidents trouvés en combinant les incidents valides signalés dans le SGD avec ceux signalés dans Les RAPSIT représentent un compte exact et complet des cas d'automutilation? Même s'il est évident que le regroupement des données du SGD et celles des RAPSIT donne une mesure plus exacte que l'une ou l'autre de ces sources seules, nous ne pouvons présumer qu'en regroupant les données des deux sources nous avons réussi à cerner tous les incidents pertinents. Il est manifestement plus facile de repérer ce type d'incidents dans Les RAPSIT puisque le SGD ne permet pas de les classer dans des catégories ayant trait à l'automutilation (p. ex., « autres » incidents, « incidents disciplinaires »). Toutefois, seuls certains incidents sont signalés dans Les RAPSIT. Selon les données de l'étude, seulement 41 % de l'ensemble des 1 230 incidents avaient été déclarés dans Les RAPSIT. Il est possible que nous n'ayons pas repéré les incidents d'automutilation dans les cas suivants : a) la consignation de l'incident dans un RAPSIT n'a pas été jugée pertinente; b) l'incident a été classé dans une catégorie qui n'a pas été visée par les recherches effectuées dans le SGD. Même si nous n'avons pas examiné manuellement tous les incidents classés dans toutes les catégories du SGD (plus de 17 000 en 2008-2009), les données de l'étude fournissent une bonne estimation conservatrice du nombre d'incidents d'automutilation.

Sommaire

Nous avons commencé l'étude en tentant de repérer tous les incidents d'automutilation s'étant produits dans les établissements du SCC sur une période de 30 mois. Le tableau A 1 résume les techniques utilisées et leurs répercussions sur le nombre d'incidents repérés. Selon la technique adoptée, le nombre d'incidents d'automutilation au cours de la période visée peut varier de 1 071 à 1 230. En outre, nous avons ajouté ou supprimé 329 incidents à diverses étapes. Même si chaque étape du processus a semblé nécessaire pour produire une estimation exacte et valide du nombre d'incidents d'automutilation, l'obtention des résultats a été tout sauf rapide. Malheureusement, les données semblent aussi indiquer que, même si les recherches dans le SGD constituent une façon efficace d'extraire des données, on ne peut présumer que les données sont tout à fait exactes ou valides. Une solution idéale consisterait à allier efficience (recherche dans le SGD) à exactitude (examen de chaque incident), peu importe la façon dont l'incident a été classé.

Le principal obstacle à la mise au point d'un outil de suivi approprié des actes d'automutilation semble être les catégories dans lesquelles ces incidents sont classés, en particulier dans le SGD. Ce problème compte au moins trois facettes. D'abord, le personnel peut choisir une catégorie qui correspond effectivement à l'automutilation (p. ex., blessure que le détenu s'est infligée lui-même), sans que l'incident à proprement parler en soit un d'automutilation. La formation peut permettre de régler ce problème. Cependant, vu la fréquence de ce genre de consignation (plus de 30 cas dans le cadre de la présente étude), on ne peut pas se fier à une extraction de données du SGD fondée uniquement sur le type d'incident sans examiner chaque incident manuellement pour confirmer qu'il s'agit effectivement d'actes d'automutilation.

Tableau A 1
Création d'une base de données sur l'automutilation
Mesures prises pour identifier les incidents d'auto-mutilation Incidents ajoutés/ (supprimés) Total – incidents valides
Recherches initiales dans le SGD – catégories probables 1127 1127
Mots clés pertinents 57 1184
Élimination des incidents redondants et d'incidents non liés à l'automutilation (113) 1 071
Ajout des incidents signalés dans Les RAPSIT non cernés par les recherches dans le SGD 159 1,230

Ensuite, il se peut que l'incident d'automutilation ait été classé dans la bonne catégorie du SGD, mais que cette catégorie soit trop large et contienne des incidents qui ne sont pas liés à l'automutilation. La catégorie des « urgences médicaLes » en est un bon exemple. Par « urgence médicale » on entend « Événement qui nécessite une intervention médicale, qui n'est pas attribuable à un comportement violent et qui exige habituellement un traitement à l'extérieur, avec ou sans hospitalisationNote de bas de page 16. » Selon cette définition, bon nombre d'incidents d'automutilation pourraient dûment être classés dans la catégorie « urgence médicale ». Toutefois, beaucoup d'autres incidents qui n'ont absolument rien à voir avec l'automutilation (p. ex., crise cardiaque, crise d'épilepsie) pourraient aussi être classés dans la catégorie des urgences médicales. Par conséquent, il faudrait examiner un à un chacun des incidents obtenus par des recherches dans le SGD pour déterminer s'il s'agit bel et bien d'automutilation.

Le principal obstacle à la mise en place d'un outil de suivi efficient tient aux catégories d'incidents qui semblent n'avoir aucun lien avec l'automutilation. Dans la présente étude, nous avons trouvé de nombreux incidents d'automutilation qui avaient été classés dans les catégories « infraction disciplinaire », « extraction de cellule », « voies de fait » ou « autres »Note de bas de page 17. Dans la plupart des cas, l'incident a été classé dans la bonne catégorie. Par exemple, il a peut-être fallu extraire de sa cellule un détenu qui s'était mutilé, ou un détenu a peut-être agressé des employés qui tentaient d'intervenir. Toutefois, l'idée ne vient pas spontanément d'inclure ces catégories au moment de faire des recherches dans le SGD pour repérer les incidents d'automutilation. Qui plus est, très peu de cas d'automutilation sont associés à des incidents d'extraction de cellule ou de voies de fait contre un membre du personnel.

La nouvelle version de la DC 568-1 qui a été publiée récemment (juillet 2008) qui définit les catégories d'incidents n'est pas susceptible de répondre aux préoccupations soulevées par l'étude et pourrait en fait exacerber le problème. Ainsi, la DC définit l'« automutilation » de la façon suivante : « Blessure qu'une personne s'inflige elle-même délibérément sans avoir l'intention de se suicider, selon l'évaluation d'un professionnel de la santé mentale (soit un psychologue ou un psychiatre). » De même, dans la catégorie « tentative de suicide », l'évaluation d'un professionnel de la santé mentale est aussi requise. Les employés pourraient être tentés de classer l'incident dans une autre catégorie, tout particulièrement dans le cas de détenus qui se mutilent souvent, étant donné qu'il faut obtenir l'évaluation d'un professionnel de la santé mentale. S'il n'est pas commode d'utiliser ces catégories, les employés pourraient être tentés de choisir des catégories qui ne sont pas nécessairement liées à l'automutilation (p. ex., blessure mineure). Par conséquent, il semble que des problèmes liés à la catégorisation des incidents puissent continuer à freiner la mise en place d'une méthode rapide et fiable pour faire le suivi du nombre d'incidents d'automutilation.

Solution possible

Le SCC pourrait répondre aux préoccupations mentionnées ci-dessus en ajoutant dans le SGD un champ de recherche posant la question suivante : « Est-ce qu'une certaine forme d'automutilation est associée à l'incident? » Il serait ainsi possible de repérer tous les incidents d'automutilation, peu importe la catégorie que le personnel a choisie pour décrire l'incident. Par exemple, grâce à ce champ, il serait facile de distinguer les incidents pertinents des « urgences médicaLes » ou d'« extraction de cellule » des cas non pertinents. En plus, cela supposerait très peu de travail supplémentaire pour les employés responsables de la saisie des données (ils auraient à indiquer « non » pour la plupart des incidents). Mais avant tout, ce champ permettrait d'obtenir le nombre total d'incidents d'automutilation au moyen d'une seule recherche. Nous disposerions ainsi d'un système de suivi efficient, fiable et valide. Toutefois, reste à savoir s'il est possible de créer un tel champ dans le SGD. Toutefois, la base de données du SGD n'offre manifestement pas au SCC un système de suivi efficient, fiable et efficace de l'automutilation.

Annexe B : Nombre d'incidents d'automutilation, par établissement

Tableau B 1
Nombre d'incidents d'automutilation, par établissement (1er avril 2006 – 30 septembre 2008)
Établissement Région Niveau de sécurité n
incidents
n
détenus
Détenus impliqués dans plus d'un incident
Atlantique Atl Max 24 19 4
Donnaconna Que Max 37 29 7
Port-Cartier Que Max 49 26 10
Centre rég. de réception – USD Que Max 22 16 2
Pénitencier de Kingston Ont Max 93 60 16
Millhaven (et unité d'évaluation) Ont Max 27 23 2
Edmonton Pra Max 56 32 11
Pén. de la Saskatchewan Pra Multi 19 12 3
Kent Pac Max 83 34 11
Pacifique/CRRE Pac Multi 16 12 4
En moyenne – sécurité max/ multi     42,6 26,3 7,0
Springhill Atl Med 23 22 1
Dorchester Atl Med 73 35 15
Cowansville Que Med 18 16 2
Drummond Que Med 8 8 0
LaMacaza Que Med 4 4 0
Leclerc Que Med 13 12 1
Bath Ont Med 5 5 0
Beaver Creek Ont Med 3 1 1
Collins Bay Ont Med 2 2 0
Fenbrook Ont Med 6 5 1
Joyceville Ont Med 13 13 0
Warkworth Ont Med 27 19 5
Bowden Pra Med 18 14 2
Drumheller Pra Med 20 17 2
Grand Cache Pra Med 2 2 2
Pav. de ressourcement Okimaw Ohci Pra Med 0 0 0
Stony Mtn Pra Med 36 26 6
Mastqui Pac Med 22 20 2
Mission Pac Med 16 14 2
Mountain Pac Med 21 16 5
En moyenne – sécurité moyenne     16,5 12,6 2,3
Westmorland Atl Min 1 1 0
Centre fédéral de formation Que Min 4 4 0
Montée St Francois Que Min 0 0 0
Sainte-Anne-des-Plaines Que Min 0 0 0
Beaver Creek Ont Min 0 0 0
Frontenac Ont Min 1 1 0
Pittsburg Ont Min 0 0 0
Annexe - Bowden Pra Min 0 0 0
Annexe - Drumheller Pra Min 0 0 0
Centre Grierson Pra Min 0 0 0
Centre Pê Sâkâstêw Pra Min 0 0 0
Riverbend Pra Min 1 1 0
Rockwood Pra Min 0 0 0
Pav. de ressourc. Willow Cree Pra Min 1 1 0
Ferndale Pac Min 0 0 0
Kwikwèxwelhp Pac Min 0 0 0
William Head Pac Min 0 0 0
En moyenne – sécurité minimale     0,5 0,5 0,0
Centre de rétabl. Shepody Atl Multi 82 22 13
CRSM et ArchambaultNote de bas de page 18 Que Multi 45 24 8
CRT (Ont.) Ont Multi 30 16 6
CPR (Pra) Pra Multi 73 33 15
CRT (Pac) Pac Multi 47 25 7
Institut Philippe-Pinel Que   3 2 1
En moyenne – centres de traitement     55,4 24,0 9,8
Nova Atl Multi 46 11 3
Joliette Que Multi 50 13 9
Grand Valley Ont Multi 43 15 4
Établ. d'Edmonton pour femmes Pra Multi 11 9 1
Fraser Valley Pac Multi 36 13 7
En moyenne – établissement pour femmes     37,2 12,2 4,8

Notes de bas de page

Note de bas de page 1

Les décès de causes naturelles n'ont pas été retenus.

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Note de bas de page 2

L'annexe A présente de plus amples renseignements et des exemples.

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Note de bas de page 3

Même si cette variable a été codée après une recherche exhaustive des renseignements contenus dans le SGD, nous reconnaissons que c'est habituellement l'agent du renseignement de sécurité qui prépare le rapport d'incident et que l'évaluation des blessures ne s'appuie pas toujours sur un avis médical.

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Note de bas de page 4

Comme il faut procéder à une évaluation ou offrir des soins en établissement pour presque tous les incidents, ces interventions ont été exclues des mesures prises.

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Note de bas de page 5

Les données relatives aux populations sont tirées du Système intégré de rapports du SCC (1er décembre 2008).

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Note de bas de page 6

Les données nationales sont tirées du Système intégré de rapports du SCC (août 2008).

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Note de bas de page 7

Données tirées du Système intégré de rapports du SCC, avril 2009.

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Note de bas de page 8

Les centres correctionnels communautaires et l'Institut Philippe-Pinel ont été exclus de ces analyses.

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Note de bas de page 9

Les analyses fondées sur les données mensuelles (qui entraînent des écarts beaucoup plus grands) ont confirmé une étroite corrélation entre les données du SGD-RAPSIT et les données des RAPSIT (r = 0,82, p < 0,0001).

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Note de bas de page 10

Voir http://www.oci-bec.gc.ca/rpt/annrpt/annrpt20072008-fra.aspx, Recommandation 4.

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Note de bas de page 11

Nous tenons à remercier Debra Coradazzo et Linda Fulton de nous avoir aidés à rédiger les requêtes soumises au SGD ainsi que Sarah Wootten et Nicholas McAlister qui nous ont aidés à examiner et à trier les incidents.

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Note de bas de page 12

Bien entendu, il est très possible que des incidents d'automutilation classés dans des catégories « non conventionnelLes » et dont le résumé ne comportait pas les mots clés que nous avons utilisés nous aient échappé.

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Note de bas de page 13

À titre d'exemple, voici le résumé d'un incident classé comme étant un « comportement autodestructeur » pour trois détenus : « Le détenu voulait voir le psychologue et s'est entaillé le bras après avoir été malmené dans la rangée ». Après un examen plus poussé, il a été déterminé qu'un des détenus s'était effectivement mutilé (et cet incident a été retenu), mais que les deux autres ne s'étaient pas mutilés, et les données du SGD les concernant ont été effacées de notre base de données.

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Note de bas de page 14

Par exemple, voici le résumé d'un incident classé dans la catégorie « décès-autre » : « le détenu a fait un commentaire spontané à l'employé au moment où une recommandation sérieuse lui était faite. Le détenu a déclaré ce qui suit : "Je n'aime pas ça ici. Je n'ai pas encore décidé si je veux retourner à l'unité J ou pas". Il n'a pas manqué de respect à l'employé, mais plutôt aux autres détenus ». Rien ne prouve que cet incident soit lié d'une quelconque façon à un décès ou à de l'automutilation.

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Note de bas de page 15

Comme Les RAPSIT ne donnent pas le numéro de l'incident dans le SGD, il n'était pas possible d'établir une correspondance directe entre les incidents. Dans la plupart des cas, l'écart entre les dates du SGD et du RAPSIT n'était que de un ou deux jours, et aucun autre incident n'était signalé dans le SGD vers cette date.

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Note de bas de page 16

Voir la DC 568-1, Annexe A.

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Note de bas de page 17

Selon la dernière version (juillet 2008) de la DC 568-1, il n'existe aucune catégorie d'incidents « autres » (voir Annexe A), mais cette catégorie est toujours utilisée.

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Note de bas de page 18

Nous avons déterminé que la plupart des incidents d'automutilation qui se sont produits dans le CRSM étaient liés à l'Établissement Archambault. Ces incidents ont été attribués ici au CRSM, et aucune donnée concernant l'Établissement Archambault n'est fournie. Par ailleurs, il semble que les incidents s'étant produits dans le complexe regroupant le Centre de rétablissement Shepody et le Pénitencier de Dorchester ont été déclarés de façon distincte, comme ils le sont dans la présente étude.

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