État de préparation aux traitements : modèle multifactoriel de l’état de préparation des délinquants

Mots clés

état de préparation des délinquants aux traitements, motivation, engagement

Ce que nous avons examiné

Au sein du système correctionnel, le non-achèvement des traitements constitue une source de préoccupations constante. L’attrition ne fait pas que compromettre la rentabilité des programmes correctionnels, mais elle a aussi des incidences négatives sur les résultats des traitements et la capacité à respecter les principes du risque, des besoins et de la réceptivité. De plus, des recherches indiquent que les délinquants qui abandonnent les programmes sont plus susceptibles de récidiver après leur libération (McMurran et Theodosi, 2007).

Puisque l’état de préparation et la motivation aux traitements peuvent jouer un rôle important dans l’engagement des délinquants et les taux d’achèvement des programmes, il est important de mieux comprendre ces questions dans le contexte de la population carcérale. L’objet de l’analyse actuelle est de fournir un bref aperçu des concepts essentiels d’un des principaux modèles théoriques ainsi qu’un résumé de celui-ci.

Ce que nous avons constaté

Les principaux concepts de l’état de préparation aux traitements sont entre autres : la réceptivité (présentation des programmes), la motivation (le désir de changer), l’état de préparation (facteurs internes/externes qui facilitent le changement) et l’engagement (aspects comportementaux du changement chez les délinquants). Certains font valoir que ces facteurs sont distincts, mais un manque de clarté existe sur le plan conceptuel, puisque les définitions se chevauchent souvent et que les termes sont utilisés de façon interchangeable.

Bien que d’autres théories aient été élaborées, comme le modèle transthéorique de changement comportemental (MTT, Prochaska et DiClimente, 1982) et le modèle conceptuel de la réceptivité au traitement (Serin et Kennedy, 1997), le modèle multifactoriel de l’état de préparation des délinquants (Multifactor Offender Readiness Model [MORM], Ward, Day, Howells et Birgden, 2004) est considéré comme l’une des théories les plus complètes et dynamiques relevant du domaine de l’état de préparation des délinquants aux traitements. Le MORM tient compte de la motivation et de la réceptivité, en plus de prendre en considération les facteurs individuels (p. ex., capacité cognitive, compétences et habiletés) et contextuels (p. ex. accès aux programmes, ressources et soutien). Contrairement à d’autres modèles théoriques, le MORM comprend aussi des aspects qui facilitent le changement au lieu de le freiner (c.‑à‑d. facteurs de protection). D’après ce modèle, tous ces aspects dynamiques interagissent entre eux pour influer sur la probabilité qu’un délinquant participe aux traitements et en tire profit.

Pourvu que les programmes traitent des facteurs criminogènes et respectent les principes du risque et des besoins, le MORM prétend que les délinquants prêts à prendre part aux traitements auront probablement un taux de participation plus élevé, feront preuve d’une présence plus assidue, dévoileront plus de renseignements dans le cadre des programmes et afficheront donc, par la suite, des niveaux de risque et de besoins moins élevés sur le plan des facteurs criminogènes.

Par conséquent, cette théorie met en lumière l’importance de s’assurer que les aspects concernant l’état de préparation aux traitements sont présents, d’un point de vue à la fois individuel et opérationnel, afin d’optimiser les efforts d’intervention et de faciliter la réadaptation des délinquants.

Ce que cela signifie

En ce qui a trait aux répercussions opérationnelles, même si la recherche dans ce domaine continue d’évoluer, un thème récurrent dans la documentation est l’influence possible que peuvent avoir le cadre, le programme et les caractéristiques du délinquant sur l’état de préparation global de celui-ci aux traitements. Afin de faire participer les délinquants aux programmes, le principe de la réceptivité devrait être respecté en s’assurant d’adapter les interventions au niveau de motivation, au style d’apprentissage et aux capacités cognitives de chacun. De plus, comme le soulignent K. Nunes et F. Cortoni (2006), des données préliminaires laissent entendre que les programmes ou les séances préparatoires, avant d’entreprendre les programmes, et les entrevues motivationnelles (voir McMurran, 2009) peuvent accroître la motivation des délinquants et améliorer leur engagement à l’égard des traitements, en plus de réduire ultérieurement la récidive.

Bibliographie

McMurran, M. & Theodosi, E. (2007). Is treatment non-completion associated with increased reconviction over no treatment? Psychology, Crime and Law, 13, 333-343.

McMurran, M. (2009) Motivational interviewing with offenders: A systematic review. Legal and criminological Pscyhology, 14, 83-100.

Nunes, K., & Cortoni, F. (2006). L’hétérogénéité des délinquants ayant abandonné leur traitement. Rapport de recherche R-176. Ottawa, ON : Service correctionnel du Canada..

Prochaska, J.O. & DiClemente, C.C. (1982) Transtheoretical therapy: Toward a more integrative model of change. Psychotherapy: Theory, Research and Practice, 19, 276-288.

Serin, R., & Kennedy, S. (1997). La disponibilité et la réceptivité face au traitement, et leur contribution à l’efficacité des programmes correctionnels. Rapport de recherche R-54. Ottawa, ON : Service correctionnel du Canada

Ward, T., Day, A. Howells, K., & Birgden, A. (2004). The multifactor offender readiness model. Aggression and Violent Behavior, 9, 645-673.

Préparé par : Aileen Harris et Dena Derkzen

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