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Étude documentaire sur la violence familiale:
Prévention et traitement

Table des Matières

Rédigé par :
Appleford Associates

Rédigé pour :
Direction de la recherche
Communications et développement
organisationnel
MARS 1989

1989, N°. R-03

Table des Matières

  1. Introduction
  2. Définitions et descriptions
    1. Définitions
    2. Taux
      1. Violence faite aux femmes
      2. Violence faite aux enfants
      3. Violence faite aux personnes âgées
    3. Description
      1. Violence faite aux femmes
      2. Violence faite aux enfants
      3. Violence faite aux personnes âgées
  3. Causes de la violence familiale
    1. Approche psychologique individuelle
    2. Consommation abusive d'alcool
    3. Théorie des interactions et des systèmes
    4. Approche sociologique
    5. Normes sociétales
    6. La violence familiale en tant d'élément de la violence en général
    7. Théorie de l'apprentissage social
    8. Transmission de la violence d'une génération à l'autre
    9. Théorie structurale/politique (violence faite aux femmes)
    10. Approche écologique
  4. Caractéristiques des auteurs de la violence familiale
    1. Conjoints violents
    2. Parents violents
    3. Liens entre la violence faite aux enfants, aux femmes et aux personnes âgées
    4. Genres d'auteurs de la violence
      1. Conjoints violents au foyer seulement par rapport à ceux dont la violence est générale
      2. Violence expressive par rapport à la violence instrumentale : conjoints et parents violents
  5. Traitement des auteurs de la violence familiale
    1. Counselling de groupe auprès des conjoints violents
      1. Description de l'approche
      2. Efficacité
      3. Tableau 1 Infractions postérieures à l'arrestation selon la forme de violence
      4. Tableau 2 Suivi comparatif des hommes ayant fait l'objet du traitement de groupe et des décrocheurs
    2. Thérapie conjugale pour les couples violents
      1. Description de l'approche
      2. Efficacité
    3. Thérapie individuelle pour les parents violents
      1. Description de l'approche
      2. Efficacité
    4. Développement des compétences parentales chez les parents violents
      1. Description de l'approche
      2. Efficacité
    5. Traitement de la violence faite aux personnes âgées
    6. Conclusions sur l'efficacité des traitements
      1. Conjoints violents
      2. Parents violents
  6. Applications au secteur correctionnel
    1. Caractéristiques des détenus
      1. Lacunes cognitives
      2. Antécédents familiaux
    2. Programmes correctionnels connexes
      1. Formation cognitive
      2. Remplacement de l'agression
      3. Modification des attitudes
    3. Efficacité du traitement correctionnel
      1. Différences individuelles
      2. Développement des capacités cognitives
      3. Durée du traitement
  7. Recommandations pour le secteur correctionnel
    1. Soutien des familles : traitement et prévention de la violence
    2. Programmes proposés
      1. Cibles
      2. Modules
    3. Les visites familiales, un atelier
    4. Identification et évaluation
      1. Facteurs de risque de la violence conjugale
      2. Tableau 3 Facteurs de risque de la violence conjugale
      3. Évaluation du détenu
      4. Tableau 4 Jumelage des programmes et des besoins
    5. Poursuite de la recherche dans le secteur correctionnel
      1. Victimes
      2. Autochtones
      3. Appréciation
      4. Évaluation des programmes
  8. Conclusions
  9. Bibliographie

I. Introduction

La seule conclusion tirée des milliers d'études menées sur la puériculture est qu'il est bénéfique d'être chéri et choyé dans son enfance. Cette conclusion ne devrait surprendre personne puisqu'elle est conforme à l'expérience universelle.

Sir Aubrey Lewis
cité par Greenland (1978)

Pendant des siècles, la violence familiale a été considérée comme une affaire privée qui ne risquait d'être cataloguée au rang des crimes que lorsqu'elle entraînait des blessures graves ou la mort. Ce n'est que récemment qu'elle a été reconnue comme un grave problème social exigeant l'intervention de la justice pénale et des organismes de bien-être social et de santé mentale. L'ampleur de la violence familiale et ses effets sur le bien-être et le développement des victimes ont fait surface pour la première fois dans les années 50 en ce qui concerne les enfants, dans les années 70 pour ce qui est des femmes et, enfin, dans les années 80 pour ce qui est des personnes âgées.

L'importance relative de divers facteurs dans la naissance du comportement violent soulève de nombreux débats. Il est cependant assez certain que l'un des effets les plus dévastateurs du stress familial, des conflits et des mauvais traitements subis pendant l'enfance est, chez un grand nombre de victimes, la reproduction de la violence et des mauvais traitements à l'adolescence et à l'âge adulte.

Ainsi, des études des populations générales ont montré qu'il y avait un lien entre, d'une part, le stress dans la vie familiale ou le rejet affectif pendant l'enfance et, d'autre part, la sévérité excessive imposée à titre de parent et les mauvais traitements infligés aux personnes âgées par leurs enfants adultes (Herrenkohl, Herrenkohl et Toedter, 1983). Moins l'enfant reçoit de soutien à la maison, plus il se montre sévère lorsqu'il devient parent. Les mauvais traitements infligés par le père ou la mère sont aussi étroitement liés à la violence à l'âge adulte. Si les mauvais traitements viennent des deux côtés, le risque est encore plus grand.

Les enfants qui subissent des mauvais traitements sont souvent ceux à qui l'on collera plus tard l'étiquette de délinquants juvéniles. Mann, Friedman et Friedman (1976) ont étudié 536 sujets qui se définissaient eux-mêmes comme des jeunes contrevenants violents ou que le tribunal identifiait comme tels. Ils ont découvert une prédominance de relations familiales perturbées chez ces jeunes, peu importe qu'ils aient été arrêtés ou non. Les mesures liées à la famille étaient les variables prédictives les plus fortes de la délinquance. Par exemple, le défi à l'égard des parents (l'agression ouverte des parents à la maison) était lié à la violence, tandis qu'un rôle positif au sein de la famille (participation à des activités familiales constructives et utiles) était lié à l'absence de violence.

De même, Loeber et Stouthammer-Loeber (1986) ont conclu, au cours d'une étude documentaire sur la délinquance, que les variables liées à la socialisation étaient au nombre de celles qui permettaient le plus de prévoir des problèmes de comportement et de la délinquance chez les jeunes. Les variables comprenaient notamment la surveillance parentale, le rejet parental, le rapport parent-enfant, les relations conjugales des parents et la criminalité parentale. McCord (1979) a découvert que les caractéristiques parentales et les pratiques d'éducation des enfants étaient les variables prédictives les plus fortes des condamnations pour crimes violents à l'âge adulte.

La violence est le produit d'une multitude de facteurs biologiques, financiers, démographiques, culturels et /psychologiques. Cette étude vise à définir les facteurs qui entrent en jeu dans la violence familiale et dans le traitement de ses auteurs et à appliquer cette information dans le contexte du système correctionnel. Elle porte avant tout sur les sévices infligés aux femmes et met donc moins l'accent sur la violence exercée à l'égard d'autres groupes (par exemple, les enfants, les personnes âgées et les maris) ou sur d'autres types de violence (affective ou psychologique et abus sexuel). Les hommes incestueux n'entrent pas dans le cadre de l'étude parce qu'ils forment un groupe dont la dynamique et les besoins en traitement sont particuliers.

Cette étude documentaire a été effectuée en vertu d'un contrat conclu avec la Direction de la recherche du Secteur des communications et du développement organisationnel et dans le cadre d'une initiative lancée par le ministère du Solliciteur général en matière de violence familiale.

II. Définitions et descriptions

A. Définitions

Tout comme dans bon nombre de sphères sociales, la question des définitions pose un problème. D'une part, les définitions varient selon l'hypothèse étiologique privilégiée. D'autre part, elles varient parce qu'il est difficile de tracer la ligne de démarcation entre les comportements tolérés et ceux qui sont considérés comme des mauvais traitements. La violence à l'égard des enfants en est un bon exemple.

Il est difficile de définir cette notion parce qu'il n'y a pas de normes de punition clairement définies. Bensel (1985) fait remarquer : (TRADUCTION) "Comment peut-on définir ce qui constitue, pour un parent ou toute personne qui a la charge d'un enfant, l'utilisation raisonnable de la force physique pour réprimer ou contrôler le comportement d'un enfant alors que la collectivité ferme les yeux sur les châtiments corporels infligés à l'école ou dans d'autres secteurs de la vie collective?" (p. 9). Doit-on considérer comme des mauvais traitements le fait d'adopter un rythme de marche trop rapide par rapport aux capacités de l'enfant ou celui de ne pas lui donner de soins médicaux?

Comme on l'a prouvé, les facteurs culturels jouent un rôle important lorsqu'on tente de définir la notion de mauvais traitements. Les définitions neutres données ci-après devraient recevoir l'assentiment général.

Sévices

Par sévices, on entend toute forme non accidentelle de blessures, de voies de fait ou de traitement brutal infligés par un gardien ou un conjoint et causant des blessures ou des malaises physiques.

Violence psychologique ou affective

Par violence psychologique ou affective, on entend les menaces, le rejet chronique, l'absence d'intérêt, la critique, le confinement, l'isolement, l'humiliation, l'intimidation, la privation de droits, l'infantilisation, la destruction de biens ou un traitement, de la part d'un gardien ou d'un conjoint, visant à diminuer le sentiment d'identité, de dignité ou de valeur personnelle.

Négligence

La négligence est un acte d'omission, et elle s'applique au fait de ne pas assurer les nécessités matérielles comme la nourriture, l'hébergement, les soins d'entretien et d'hygiène personnelle, les soins médicaux ou au fait de ne pas assumer ses responsabilités de pourvoyeur de soins, ce qui risque de faire subir à la personne maltraitée un tort physique ou psychologique ou de freiner son développement physique et intellectuel.

Exploitation financière

L'exploitation financière regroupe le fait de priver une personne d'argent ou des nécessités de la vie, les ruses, la fraude, le fait de s'approprier à tort ou de mal utiliser des fonds ou encore le fait de gérer des biens d'une façon qui profite à l'exploiteur et n'est pas dans l'intérêt de la victime.

Violence faite aux femmes

Ce terme désigne des agressions physiques ou sexuelles ou des mauvais traitements psychologiques infligés à une femme par un homme dans le cadre d'une relation sexuelle intime où les deux partenaires cohabitent généralement (adapté de Ganley, 1982). Aux fins de la présente étude, les termes violence, agression et mauvais traitements sont synonymes.

Violence faite aux enfants

La violence faite aux enfants comprend tous les actes qui sont posés par une personne chargée d'un enfant et qui peuvent causer un tort physique ou affectif à cet enfant ou nuire à son développement. Elle se distingue par son intensité et par le fait qu'elle est répétée et dirigée vers une cible précise (Purdy et Nickle, 1981).

Violence faite aux personnes âgées

Ce terme s'applique au tort causé à un adulte qui est vulnérable essentiellement ou en partie à cause de son âge. Elle ne se limite pas au tort physique, mais comprend également la négligence ainsi que la violence psychologique et l'exploitation financière.

B. Taux

1. Violence faite aux femmes

Au Canada, en 1985, 40,1% des homicides étaient le fruit de querelles familiales; dans 47% de ces cas, il s'agissait de l'homicide du conjoint. Le Sondage canadien sur la victimisation en milieu urbain (1982), mené par le ministère du Solliciteur général, révélait que 14% des agressions contre les hommes et 37% des agressions non sexuelles contre les femmes sont survenues chez la victime ou chez des amis et des connaissances de la victime. Selon le même sondage, les policiers ne sont au courant que de la moitié des agressions commises par des conjoints ou des ex-conjoints. Selon des données américaines, il y a, en fait, plus de risques d'être agressé, blessé ou tué par un membre de la famille que par n'importe qui d'autre (Straus, Gelles et Steinmetz, 1980).

Une enquête menée par Straus et ses collègues (1980) a révélé que près de la moitié des couples américains connaissent de la violence à un certain moment de leur mariage. Dans la majorité des agressions contre le conjoint, on considère que l'agresseur est l'homme. Les données tirées du Sondage canadien sur la victimisation en milieu urbain (Solliciteur général du Canada) indiquent que les victimes étaient des femmes dans 77% des agressions d'ordre familial, dans 90% des agressions entre conjoints et dans 80% des agressions entre ex-conjoints. Une étude effectuée en 1987 à Toronto a porté sur 604 femmes de 18 à 50 ans actuellement mariées ou vivant en union de fait. Plus de 14% d'entre elles ont affirmé avoir subi des sévices de la part de leur mari pendant l'année d'enquête, et 36,4% ont déclaré en avoir déjà subi à un certain moment de la part de leur mari ou de leur ami (Smith, 1987). Straus et ses collègues (1980) ont observé que le taux annuel de la violence conjugale (c'est-à-dire les cas où il y avait eu au moins un incident pendant l'année) était inférieur aux États-Unis, soit 12,1%.

2. Violence faite aux enfants

On observe que 73% des parents d'enfants de 3 à 17 ans ont signalé qu'au moins un incident violent était survenu au cours de l'éducation des enfants (Straus et coll., 1980). Cette étude a également montré que plus de 97% des enfants américains font l'expérience des punitions corporelles. Dans 1 cas sur 7, l'incident est suffisamment grave pour être considéré comme de la violence faite aux enfants (Straus, 1983).

D'autres données américaines indiquent qu'au moins 5,7 enfants sur 1 000 subissent des mauvais traitements au cours d'une année; dans 3,4 cas sur 1 000, ces mauvais traitements sont d'ordre physique et dans 2,2 cas sur 1 000, ils sont d'ordre affectif. (Le taux des abus sexuels est établi de façon plus sûre et est beaucoup plus élevée). On observe de la négligence dans 5,3 cas sur 1 000 (Bensel, 1985).

3. Violence faite aux personnes âgées

Comme la violence faite aux personnes âgées commence à peine à être reconnue, on n'a pas encore établi sa définition ni son taux. On estime tantôt ce taux à 3,2% des personnes âgées qui ne vivent pas en établissement (données américaines de Pillemer et Finkelhor, 1986), tantôt à 2,2% des personnes âgées vivant à la maison (données du Manitoba citées par Shell, 1982) ou encore à 10% des personnes âgées vivant avec leur famille (données américaines citées par le Senior Citizen's Secretariat de la Nouvelle-Écosse).

L'ampleur réelle de la violence familiale n'est pas connue. On estime que les policiers et les organismes de service social ne sont au courant que de 50% des agressions commises par des conjoints ou des ex-conjoints (Solliciteur général, 1982), de 20% de la violence faite aux enfants (Benson, 1985) et de 7% de la violence faite aux personnes âgées (Pillemer et Finkelhor, 1986).

C. Description

1. Violence faite aux femmes

Les cas de violence familiale qui sont portés à l'attention de la police suivent une tendance type. En général, les couples ne sont pas mariés, ils ont un niveau d'instruction faible et un taux de chômage élevé (de 20 à 60%) et le partenaire masculin a déjà été impliqué dans des incidents violents signalés à la police (Sherman et Berk, 1984). Une enquête menée dans les dossiers de la police de London (Ontario) a établi qu'environ un assaillant sur cinq avait des antécédents de violence conjugale (Jaffe, Wolfe, Telford et Austin, 1986). En général, les femmes avaient plus d'instruction que les hommes; 36% d'entre elles avaient été victimes de violence dans des relations antérieures.

Des interviews menées auprès de 105 femmes ayant séjourné dans une maison de transition de Regina (Regina Transition Women's Society, 1984) aboutissent à un ensemble de caractéristiques différent. Dans ce groupe, la plupart des couples étaient mariés et le taux de chômage des hommes n'était que de 12% (le niveau d'instruction et le taux des arrestations antérieures par la police étaient semblables).

Les interviews de Regina ont permis de brosser un tableau de la violence. Soixante-dix sept pour cent (77%) des femmes avaient surtout subi des sévices et 13% d'entre elles, de la violence affective. Plus de la moitié des femmes qui ont subi de la violence affective avaient également subi des sévices. Près de la moitié des femmes avaient été forcées d'avoir des relations sexuelles et 36% d'entre elles avaient subi des blessures à cette occasion.

En général, les agressions contre les femmes se produisent à répétition. On a observé que chez 95% des femmes de Regina qui avaient subi des sévices, l'incident n'était pas isolé. En effet, chez 20% d'entre elles, la violence survenait une fois par semaine ou plus, chez 20%, une fois par mois ou plus et chez 14% d'entre elles, 6 fois par année ou plus. La plupart des femmes maltraitées de l'étude de Regina ont tenté de mettre fin à cette violence ou d'y faire échec en évitant certains sujets, en s'enfermant à clé dans une pièce, en rendant les coups ou en menaçant d'appeler la police. Cependant, quelles que soient les tentatives de la femme, il y avait généralement escalade, tant en fréquence qu'en gravité, de la violence (Dobash et Dobash, 1984).

Contrairement aux agressions contre les hommes, celles qui visent les femmes entraînent souvent des blessures. A Edmonton (Solliciteur général, 1982), 61% des femmes agressées par leur conjoint ou leur ex-conjoint ont été blessées et 27% d'entre elles ont réclamé des traitements médicaux. Dans l'étude de Regina, 46% des femmes ont subi des blessures suffisamment graves pour réclamer des traitements médicaux.

La probabilité de la violence conjugale augmente avec le remariage. Cette violence est plus répandue dans les familles dont l'un des deux partenaires ou les deux sont divorcés, c'est-à-dire que les mêmes schémas de comportement sont reportés d'un mariage à l'autre (Kalmuss et Seltzer, 1986).

Étant donné que la plupart des rapports de recherche et des rapports cliniques dont il est question dans la présente étude portent sur la violence physique (par opposition à la violence affective ou à la négligence), les termes violence, agression ou mauvais traitements doivent être considérés, sauf indication contraire, comme désignant des formes physiques de violence.

2. Violence faite aux enfants

Bon nombre d'enfants maltraités sont très jeunes : 40% d'entre eux ont moins de six ans. Jusqu'à l'adolescence, ce sont les garçons qui sont le plus souvent victimes, et par la suite, se sont les filles (Gelardo, 1987).

Dans les cas les plus graves, des blessures découlent de coups violents, de brûlures et de morsures : contusions à la suite d'une raclée, os brisés, cicatrices et lésions internes graves. Peu importe qu'il y ait ou non des blessures physiques qui persistent, ce sont les cicatrices d'ordre affectif qui mettent le plus longtemps à guérir.

On a souvent cru que c'était les femmes qui violentaient le plus souvent les enfants. Des recherches récentes ont cependant montré que, dans au moins la moitié des cas, c'était les hommes (Gelardo et Sanford, 1987). Il semble aussi que les femmes sont plus susceptibles d'être les auteurs de la violence lorsque les enfants ont moins de deux ans, tandis que les hommes sont plus susceptibles de l'être lorsque les enfants ont de 13 à 15 ans (Bensel, 1986). Bensel signale que les mères seules sont suivies des pères et des pères par remariage dans la violence faite aux enfants.

En général, cette violence n'est pas un incident isolé. Il s'agit plus souvent d'un schéma de comportement qui persiste longtemps (Cohn, 1983). Les données dont il a été question plus haut montrent que c'est la négligence qui vient au premier rang, suivie des sévices et, enfin, de la violence affective.

3. Violence faite aux personnes âgées

Seulement 10% des gens âgés vivent en établissement; les autres vivent seuls ou avec des membres de leur famille. Par conséquent, 93% de la violence faite aux personnes âgées est le fait de membres de la famille. Les enquêtes menées auprès du personnel des services sociaux sur les cas de violence faite aux personnes âgées n'aboutissent pas toutes aux mêmes résultats quant aux membres de la famille qui se rendent le plus souvent coupables de cette violence (c'est-à-dire les fils, les filles ou les conjoints). Elles s'entendent cependant à dire que, dans la majorité des cas, les auteurs de la violence sont des hommes et les victimes, des femmes.

Pillemer et Finkelhor (1986) ont mené une enquête auprès de 2 020 personnes âgées de la région métropolitaine de Boston et ont découvert que, dans 58% des cas, les auteurs de la violence étaient les conjoints et, dans 24% des cas, les enfants adultes. Chez les personnes âgées mariées à l'heure actuelle, Straus et coll. (1980) et Pillemer et Finkelhor (1986) ont obtenu une estimation différente des taux de sévices infligés par le conjoint, soit 5,2% et 2,5% respectivement.

Les études ne s'entendent pas non plus sur les taux de l'exploitation financière, de la violence affective et des sévices infligés aux personnes âgées. Deux études canadiennes ont montré que l'exploitation financière venait au premier rang (Shell, 1982; Stevenson, 1985). Les genres les plus répandus de sévices étaient les raclées et les voies de fait causant des lésions corporelles, et le genre le plus courant de violence affective était la violence verbale.

Compte tenu des renseignements actuels sur le pourcentage des victimes de violence pendant une année, il semble que la violence faite aux femmes soit la forme la plus répandue de violence familiale, comparativement à celle qui est faite aux personnes âgées et aux enfants (mis à part les abus sexuels infligés aux enfants). Comme un fort pourcentage de la violence faite aux personnes âgées est commise par un conjoint, il semble y avoir un certain chevauchement entre ces deux catégories.

La violence faite aux femmes et aux enfants peut être considérée comme un abus de pouvoir commis par une personne qui joue un rôle dominant par sa force physique ou son rôle dans la famille (Finkelhor, 1986). La violence faite aux personnes âgées par un fils, une fille ou un conjoint peut également représenter un abus de pouvoir.

III. Causes de la violence familiale

A. Approche psychologique individuelle

Selon l'approche psychologique individuelle, la violence familiale prend sa source dans les troubles de la personnalité ou les désordres psychologiques de ses auteurs. Effectivement, dans bien des cas, les parents violents ont été privés sur le plan affectif et ont subi des sévices dans leur propre enfance. Comme ils n'ont pas reçu l'affection et les soins dont ils avaient besoin, sur le plan affectif, pour connaître un développement psychologique sain, ils ne peuvent, à titre de parents, assurer des soins affectueux et empathiques à leur progéniture. On estime que ces parents réclament de leurs enfants l'affection qui leur a manqué.

Bernard et Bernard (1984) ont dressé, à partir du MMPI, le profil de 46 hommes se désignant eux-mêmes comme des conjoints violents et ont établi les caractéristiques suivantes : colériques et irritables; capricieux et imprévisibles; méfiants; marqués par l'insécurité et l'aliénation. Ils ont conclu que les conjoints violents étaient des gens gravement aliénés atteints de troubles de la personnalité. En général, les recherches ne montrent pas que les conjoints violents sont plus susceptibles d'avoir des troubles de la personnalité que les autres (dans les populations cliniques), mais on a relevé certaines similitudes entre eux et les gens ayant des troubles de la personnalité. Ainsi, Hotaling et Sugarman (1986) ont montré que les deux groupes s'apparentent du point de vue de l'enfance (par exemple, avoir été témoins ou victimes de violence), des problèmes d'adaptation en tant qu'adultes (par exemple, avoir un comportement inconstant au travail) et de la difficulté à entretenir des relations interpersonnelles. Hamberger et Hastings (1986) ont fait une description complète des troubles de la personnalité des conjoints violents, mais comme ils n'ont pas fourni de groupe témoin d'hommes non violents, leurs constatations s'appliquent difficilement.

Peu de constatations sûres permettent de différencier les conjoints violents des autres d'après des catégories de diagnostic psychologique ou psychiatrique. Il y a cependant un certain nombre de caractéristiques psychologiques qui semblent les distinguer (par exemple, un grand besoin de pouvoir et de domination, un faible niveau d'affirmation de soi et la rigidité cognitive). On estime que ces caractéristiques ont une influence sur la violence, mais n'en sont pas la cause. Aucune preuve ne montre que les facteurs psychologiques expliquent à eux seuls la violence familiale.

B. Consommation abusive d'alcool

Le lien entre l'alcoolisme et les autres toxicomanies et la violence familiale a été bien étayé. Les recherches montrent que, au cours des voies de fait contre les femmes, le taux d'abus de l'alcool est de 60 à 70% et celui des autres toxicomanies, de 13 à 20% (Roberts, 1987). Shell (1982) établit que 25% des auteurs de la violence faite aux personnes âgées sont alcooliques. On estime en général que l'alcool facilite ou précipite l'agression plutôt que de la causer et qu'il sert souvent à légitimiser ou à excuser la violence (Powers et Kutash, 1982).

Peu importe qu'un grand nombre de conjoints violents exercent de la violence parce qu'ils sont ivres ou utilisent l'alcool comme alibi à leur violence, il n'en reste pas moins que l'abus de l'alcool et les autres toxicomanies dans les cas de violence familiale jouent un rôle important dans la détermination des besoins en traitement et des pronostics de non-récidive. De nombreux pourvoyeurs de services refusent de traiter les hommes qui font un usage incontrôlé de l'alcool ou des autres drogues (CSC Survey of Treatment Programs for Wife Abusers, 1988).

C. Théorie des interactions et des systèmes

La théorie des systèmes attribue la violence familiale à des difficultés dans les relations familiales. On aborde les problèmes comme la violence faite aux femmes comme des interactions, faisant du couple, et non de l'individu, l'unité d'analyse. Neidig (1985) soutient donc que la violence conjugale est, par définition, une relation interpersonnelle. C'est une violence qui survient dans le contexte d'une relation en cours. Le comportement de chacun des partenaires à l'intérieur d'un mariage dépend du comportement de l'autre, et chaque comportement peut être considéré à la fois comme une cause et un effet. Les deux parties participent à la violence conjugale, mais pas nécessairement dans des proportions égales. Les étiquettes d'agresseur et de victime sont donc considérées comme non pertinentes.

L'application de ce modèle à la violence conjugale a soulevé énormément de controverse. Les arguments invoqués sont présentés plus loin. Cependant, le modèle a été appliqué avec succès à d'autres problèmes familiaux. Le travail de Gérald Patterson et de ses collègues, en Oregon, en est l'un des exemples les plus connus. Ce travail met l'accent sur la communication parents-enfants où les attentes, les récompenses et les punitions sont confuses et montre comment les parents et les enfants peuvent s'engluer dans un schéma d'échanges antipathiques. Il montre aussi que le comportement agressif peut découler de systèmes d'interaction mal adaptés. Grâce notamment à cette recherche, on a établi qu'il convenait de chercher à modifier les modes d'interaction familiale lorsque l'on traitait l'agressivité et les autres troubles du comportement chez les enfants et que le travail intensif auprès des familles était un moyen important de travail intensif auprès des familles était un moyen important de prévention de la délinquance (Gendreau et Ross, 1987).

D. Approche sociologique

Selon une approche sociologique très en vue, la violence familiale est le résultat de l'action conjuguée de la classe sociale, de l'isolement social, de l'absence de soutien dans le milieu et du stress situationnel. Ses tenants affirment que les familles maltraitantes se caractérisent par un taux élevé d'instabilité familiale et conjugale, un chômage élevé, un faible revenu, un faible niveau d'instruction et l'isolement par rapport aux systèmes de soutien social. Tous ces facteurs sont des indicateurs de stress. On estime que les stress extérieurs contribuent à créer un stress à l'intérieur des individus et des familles et que la pression qui en découle au total entraîne de la violence. On a montré que la majorité des familles socio-économiquement faibles ne sont pas maltraitantes et que la violence familiale se retrouve dans toutes les classes de la société : ce sont là quelques-unes des nombreuses constatations contradictoires qui indiquent que l'approche sociologique ne peut expliquer à elle seule le phénomène de la violence familiale.

D'autres théories sociologiques mettent l'accent sur le stress inhérent à la vie familiale des personnes violentes au foyer. Ainsi, on estime que, pour comprendre la violence et la négligence dont certaines personnes âgées sont l'objet, il faut se pencher sur le stress que cause, tant sur le plan physique qu'affectif et financier, la dépendance soudaine et souhaitée d'un parent. Selon cet angle de vue, le stress financier, l'absence de services de soutien pour le soin des parents âgés, les ennuis de santé du pourvoyeur de soins et l'approche de son vieil âge peuvent faire en sorte que le couvercle de la marmite menace de sauter à tout moment.

E. Normes sociétales

Pendant des siècles, battre sa femme et ses enfants était considéré comme un élément essentiel et souhaitable du système patriarcal (Greenblat, 1983). Depuis le 19e siècle, ces idées ont été fortement contestées par des membres du mouvement féministe, des défenseurs des droits des enfants, etc.

Les règles de comportement ne sont pas immuables; elles varient non seulement selon les tendances historiques, mais aussi, à l'intérieur de la même période, selon le contexte. Ainsi, un meurtre n'est pas vu de la même façon selon qu'il est commis sur la personne d'un soldat ennemi ou celle d'un voisin. Les crimes touchant des personnes connues du délinquant sont considérés comme moins graves que ceux qui sont commis contre des étrangers. Comment la violence familiale est-elle interprétée de nos jours? Bon nombre de chercheurs et de praticiens, notamment Dobash et Dobash (1984), Straus et coll. (1980), prétendent que les normes culturelles excusent largement la violence familiale. L'extrait suivant du Code criminel du Canada étaye ce point de vue :

Tout instituteur, père ou mère, ou toute personne qui remplace le père ou la mère est fondé à employer la force pour corriger un élève ou un enfant, selon le cas, confié à ses soins, pourvu que la force ne dépasse pas la mesure raisonnable dans les circonstances

Code criminel du Canada,
article 43

Cette citation s'apparente à la règle pratique que l'on cite fréquemment et qui, jusqu'à récemment, régissait les sévices infligés aux femmes dans plusieurs états américains. Le taux des châtiments corporels dans les écoles s'est accru au cours des 29 dernières années (Santé et Bien-être social, 1985) et, dans l'ensemble, les punitions corporelles infligées aux enfants n'ont pas connu une diminution notable (Schene, 1987).

Des chercheurs qui étudient la violence faite aux personnes âgées estiment que les préjugés entretenus à l'égard des membres de ce groupe contribuent à leur victimisation. Les stéréotypes négatifs qui les présentent comme des êtres faibles physiquement, inutiles, déficients sur le plan mental et non productifs sont le produit d'une culture qui valorise la jeunesse et la productivité économique ( Senior Citizen's Secretariat, sans date). D'autres chercheurs prétendent que la violence faite tant aux personnes âgées qu'aux conjoints et aux enfants fait partie intégrante d'une vie familiale et d'une société caractérisées par la violence.

Straus et coll. (1980) ont observé que 77% des Américains estimaient normal de donner des fessées et des gifles à un enfant de 12 ans. Pour ce qui est de la violence conjugale, l'étude a montré qu'un peu moins d'une femme sur quatre et un mari sur trois étaient d'avis que gifler son partenaire était un comportement "normal".

Greenblat (1983) a interrogé un échantillon aléatoire de 30 hommes et 50 femmes. Il a observé que 41% des hommes et 16% des femmes avaient cité au moins une circonstance où, à leur avis, le mari serait fondé de frapper sa femme (38% des hommes et 20% des femmes estimaient que les femmes pouvaient en faire autant). Dans tous les cas, les circonstances étaient essentiellement liées à des caractéristiques précipitantes de la victime et bon nombre étaient de nature sexuelle. Plus loin dans l'enquête, on posait la question différemment. Plus de la moitié des membres de chaque sexe étaient tout à fait en désaccord avec l'énoncé selon lequel il était acceptable pour un mari de gifler sa femme dans certaines situations. Environ 16% des hommes et 10% des femmes appuyaient cet énoncé. Les répondants étaient plus nombreux (20% d'hommes et 16% de femmes) à dire qu'il était acceptable pour une femme de gifler son mari. Greenblat a attribué cette constatation à l'idée qui veut que les femmes agresseurs soient beaucoup moins à craindre que les hommes agresseurs.

On a mesuré la tolérance et la compréhension par les réactions à des situations hypothétiques. Même si bon nombre des répondants considéraient le comportement violent de l'homme comme inacceptable, ils le toléraient et le légitimaient implicitement dans plusieurs des raisons invoquées pour ce comportement. Ces excuses (par exemple, le comportement de la femme, le stress au travail, l'ivresse et la perte de contrôle) dégageaient effectivement l'homme de toute responsabilité.

Selon Greenblat, même si frapper son conjoint est un acte largement réprouvé (l'ampleur de cette réprobation variant selon la question et selon le mode de rassemblement des données), la tolérance implicite qui accompagne cette réprobation et qui repose sur des théories de la perte de contrôle et de la responsabilité restreinte augmente la probabilité de la violence (Greenblat, 1983).

On estime que le respect de normes culturelles sanctionnant la violence contribue à l'expansion de la violence familiale lorsqu'il s'ajoute à d'autres influences comme l'apprentissage social des rôles sexuels et la dynamique familiale.

F. La violence familiale en tant d'élément de la violence en général

Jusqu'à récemment, les crimes avec violence et la violence familiale avaient rarement fait l'objet d'une étude conjointe. On a cependant recueilli certaines données sur l'ampleur de la violence à l'extérieur du foyer chez les conjoints violents. Ainsi, Fagan, Stewart et Hansen (1983) ont interrogé 270 victimes de violence conjugale (de sexe féminin dans 97% des cas). Plus de la moitié des conjoints maltraitants avaient également été violents avec des personnes extérieures à leur famille. Quatre-vingt pour cent (80%) des membres de ce groupe avaient été arrêtés pour violence à l'extérieur de la famille (au moins quatre fois par année dans la moitié des cas). Hofeller (1982) a signalé que 36% des hommes agresseurs étaient violents à l'extérieur du foyer. Dans une étude qu'il a faite sur les programmes de traitement destinés aux hommes violents, Browning (1984) a noté que 20% des clients étaient violents à l'extérieur de la relation conjugale. Hotaling et Sugarman (1986) ont mentionné, à la suite d'une étude des caractéristiques des hommes violents, que la violence physique qu'exerçaient ces hommes à l'égard de leur femme dépassait souvent les cadres de la famille. En effet, il y avait plus de risques de violence non familiale dans ce groupe que dans celui des conjoints non violents. Les conjoints violents étaient plus susceptibles d'adopter d'autres formes de comportement antisocial.

Fagan et Wexler (1987) proposent que l'on considère la violence familiale et la violence dans la rue comme des points différents dans un même continuum. Il y a des éléments de preuve à l'appui de cette conclusion. Rappelons, par exemple, les rapports mentionnés plus haut entre les variables familiales et les crimes violents subséquents (par ex., McCord (1979)). Fagan et Wexler ont fait une étude documentaire des antécédents familiaux d'hommes qui n'étaient violents qu'envers leur femme et d'hommes qui l'étaient tant envers leur femme qu'envers des gens de l'extérieur. Ils ont conclu que le fait d'avoir connu la violence pendant l'enfance, comme victime ou comme témoin, augmentait de beaucoup la probabilité d'adopter un comportement violent en général et celle d'adopter un comportement violent envers le conjoint seulement.

Fagan et coll. (1983) ont découvert qu'il y avait un lien certain entre, d'une part, la gravité et la fréquence de la violence au foyer et la présence de mauvais traitements pendant la grossesse et, d'autre part, la violence générale. Plus la violence était grave, plus l'intéressé risquait d'être violent à l'extérieur de la maison. Les éléments de preuve susmentionnés ont été contrés par la mise au jour d'un certain nombre de différences marquées entre les hommes ayant un comportement violent en général et les hommes violents au foyer; ces différences touchaient notamment la dépression (Maiuro, Cahn et Vitaliano, 1986) et les antécédents criminels (Cadsky et Crawford, sous presse). Ces caractéristiques et d'autres moyens de différencier les hommes violents à la maison des hommes violents en général sont approfondis plus loin dans la présente étude. L'argument de la violence générale est important parce qu'il souligne l'existence possible de divers types d'hommes violents ayant des antécédents différents.

G. Théorie de l'apprentissage social

En fin de compte, la violence existe parce que les hommes trouvent en elle un moyen satisfaisant et efficace d'atteindre leurs buts personnels. A ce niveau, nous ne pouvons la combattre qu'en supprimant les éléments qui la favorisent et en modifiant les motifs qui lui donnent naissance.

Toch, 1984

La théorie de l'apprentissage social postule que tous les comportements s'apprennent par le truchement de renforcements et de modelages positifs et négatifs. Le mode d'apprentissage le plus fondamental découle de la récompense ou de la punition obtenue à la suite d'une action. Cet apprentissage est influencé par les connaissances et lié à elles. C'est donc dire qu'on fait des généralisations et on élabore des hypothèses en observant et en imaginant divers résultats dont on n'a pas fait vraiment l'expérience.

Toutefois, la plupart des comportements s'apprennent par le modelage du comportement d'autres personnes. Il y a plusieurs facteurs qui influent sur l'ampleur et le genre des apprentissages par observation; ce sont notamment les caractéristiques de l'observateur, les caractéristiques de la personne observée ou de l'activité qui fait l'objet du modelage (par ex., s'il y a des caractéristiques valorisées ou agréables), la récompense ou la punition qui, d'après l'observation ou l'expérience de l'intéressé, sont associées au comportement et, enfin, les schémas d'association (par ex., la possibilité d'observer un comportement agressif dépend des gens que l'on fréquente régulièrement).

Les constatations selon lesquelles bon nombre de conjoints violents ont été témoins de violence conjugale dans leur famille d'origine viennent étayer le rôle important du modelage dans l'éclosion de la violence familiale. Ce modelage et la récompense obtenue de l'agression (c'est-à-dire regagner le contrôle et la domination ou mettre fin à un état d'activation désagréable) seraient considérés comme des conditions suffisantes pour que l'intéressé agresse sa femme à maintes reprises (Dutton, 1988).

Des analyses de l'apprentissage social sont à la base d'autres théories sur les causes de la violence familiale exposées dans la présente étude (c'est-à-dire la transmission de la violence d'une génération à l'autre, les normes sociétales et l'approche structurale/politique). Même si l'on a soutenu que ces analyses ne permettaient pas d'expliquer tous les comportements, il n'en reste pas moins qu'elles figurent parmi les théories les plus convaincantes et qu'elles ont grandement contribué à l'élaboration de théories et de traitements de même qu'à la recherche empirique dans une foule de secteurs, y compris celui de la violence familiale.

H. Transmission de la violence d'une génération à l'autre

L'une des constatations les plus constantes et les plus marquantes qu'on retrouve dans les ouvrages sur la violence familiale est celle de la présence d'une bonne marge de violence physique et affective dans les antécédents familiaux des adultes maltraitants. On considère donc que des antécédents de violence pendant l'enfance constituent un facteur important dans l'émergence d'un comportement maltraitant plus tard.

Par exemple, Herrenkohl, Herrenkohl et Toedter (1983) ont interrogé 251 parents de sexe masculin et féminin accusés d'avoir violenté ou négligé leurs enfants. Ces parents étaient plus susceptibles que les parents non violents d'avoir fait l'objet d'une sévérité excessive pendant leur enfance. Straus et coll. (1980) ont découvert que les hommes étudiés qui avaient été exposés à la violence pendant l'enfance risquaient trois fois plus que les autres d'avoir agressé leur femme au cours d'une période d'un an.

Straus et coll. (1983) ont analysé les données d'interviews menées auprès de 2 143 familles américaines classées selon divers niveaux (en gravité) de violence afin de découvrir si le fait pour une personne, d'avoir connu de la "violence ordinaire" pendant l'enfance par rapport à de la violence grave diminuerait les risques d'infliger à son tour de la violence grave à l'âge adulte. On a inclus dans la définition de la violence ordinaire des actes mineurs comme gifler, bousculer, pousser et lancer des objets. Les sujets qui avaient connu la violence ordinaire la reproduisaient avec leurs propres enfants et risquaient davantage de commettre des actes de violence grave tant à l'égard de leur femme que de leurs enfants. Il est apparu que la distinction entre la violence ordinaire et la violence grave n'était pas si utile et que les sujets avaient retenu que la violence était un recours légitime en cas de frustration, de stress, de déception, de préjudice ou de peur.

Straus a observé que plus les frères et soeurs étaient violents les uns envers les autres, plus ils avaient connu de violence de la part de leurs parents. Cette remarque s'appliquait tant aux punitions corporelles ordinaires qu'aux mauvais traitements infligés aux enfants.

Au moyen d'une étude documentaire, Kaufman et Zigler (1987) ont contesté l'idée largement répandue selon laquelle les enfants maltraités deviennent des parents maltraitants. Ils ont trouvé les comparaisons difficiles en raison des variations dans la conception des expériences, dans les sources de données (par ex., les dossiers de cas, les auto-déclarations), dans les sujets et dans les mesures des résultats. Les estimations des taux de transmission de la violence d'une génération à l'autre allaient de 18% à 70%. Kaufman et Zigler ont conclu qu'une estimation prudente du taux de violence chez les personnes qui ont connu la violence pendant l'enfance se situerait entre 25% et 35%. C'était donc dire qu'environ un tiers de l'ensemble des personnes qui avaient subi des sévices, de l'abus sexuel ou une négligence extrême infligeraient l'une de ces formes de mauvais traitements à leurs enfants, tandis que les deux autres tiers leur à leurs enfants, tandis que les deux autres tiers leur assureraient des soins adéquats.

Les critiques de la théorie de la transmission de la violence d'une génération à l'autre (par ex., Kaufman et Zigler) soulignent que même si cette réalité est une composante importante de la violence familiale, elle ne saurait en aucun cas être conçue comme une explication suffisante du phénomène. Il importe de se rappeler que la plupart des adultes qui grandissent dans un foyer violent n'infligent pas à leur tour de mauvais traitements à leurs enfants ou à leur conjoint et que, par ailleurs, les adultes maltraitants ne proviennent pas tous de familles maltraitantes. De toute évidence, il y a d'autres facteurs qui contribuent à l'émergence (ou à la non-émergence) de la violence familiale (Herrenkohl et coll., 1983; Straus, 1983; Straus et coll. 1980).

Kaufman et Zigler ont fait la lumière sur un certain nombre de facteurs qui peuvent atténuer le risque. Les parents qui ne reproduisaient pas le cycle de la violence étaient plus susceptibles : 1. de n'avoir été violentés que par un seul parent et d'avoir reçu du soutien de l'autre; 2. d'avoir des bébés en meilleure santé; 3. d'être plus ouvertement en colère contre les mauvais traitements subis et de pouvoir en donner des détails; 4. de se dire moins stressés; et 5. d'entretenir une relation hétérosexuelle leur apportant du soutien sur le plan affectif.

I. Théorie structurale/politique (violence faite aux femmes)

Un homme sort de chez lui et se rend à l'arrêt d'autobus. Il se dispute avec un étranger et le frappe à plusieurs reprises. Lorsqu'on nous raconte l'incident, nous demandons : pourquoi a-t-il été si violent? L'homme retourne ensuite chez lui et se querelle avec sa femme. Il la frappe à plusieurs reprises. Nous demandons alors : pourquoi est-elle restée?

Fagan et Wexler, 1987

La citation qui précède donne une idée de l'approche structurale/politique selon laquelle la violence à l'égard des étrangers et la violence conjugale ne sont pas perçues du tout de la même manière. Le premier incident violent préoccupe tout le monde, mais le deuxième suscite une réaction ambivalente. Selon la théorie structurale/politique, les analyses psychologiques, interactionnelles ou situationnelles ne peuvent suffire à expliquer la violence faite aux femmes parce que la légitimisation de la domination patriarcale (c'est-à-dire l'octroi d'un rôle prépondérant et d'un pouvoir supérieur aux hommes) sous-tend tous les mécanismes proposés.

Dobash et Dobash (1984) ont découvert que, d'ordinaire, l'ordre séquentiel des comportements en matière de violence conjugale est typique des épisodes violents en général. Cependant, lorsque la victime est l'épouse, les motivations des partenaires sont différentes. Dobash et Dobash prétendent que la recherche sur la violence ne tient habituellement pas compte du sexe et qu'elle fonde donc ses conclusions sur l'hypothèse erronée que tous les incidents violents mettent en jeu deux hommes s'affrontant dans un genre de duel adolescent. Dans les analyses qu'ils ont faites de la violence conjugale, ils ont observé que la plupart des femmes n'étaient pas combatives, c'est-à-dire qu'elles ne cherchaient pas à se quereller avec leur mari et que, en fait, elles faisaient toutes sortes d'efforts pour réduire l'intensité du conflit ou y mettre un terme. La violence découlait donc plus d'une situation de pouvoir inégale que d'un conflit entre égaux.

Selon Dobash et Dobash, la plupart des maris violents ont l'intention de punir, de régir ou de contrôler leur femme par des moyens physiques, psychologiques ou autres; on ne peut dire qu'ils ont perdu le contrôle et qu'ils frappent aveuglément sur ce qui se trouve le plus à portée de la main. Ils considèrent que les facteurs situationnels jouent un rôle important dans le développement de l'action, mais non dans sa motivation ultime ou sous-jacente. Ils étayent leurs arguments en soulignant que de nombreux hommes qui ont des problèmes psychologiques de faible estime de soi et de peur de l'intimité ne violentent pas leur femme. La question de savoir laquelle de l'agression expressive (impulsive) ou de l'agression instrumentale (calculée) caractérise davantage la violence faite aux femmes est au coeur d'un débat central qui n'a pas encore été tranché (par ex., Berkowitz, 1983). L'approche structurale/politique, adoptée par les théoriciens, les chercheurs et les thérapeutes d'orientation féministe, a largement contribué à la naissance des services aux victimes, notamment les maisons de transition, et a joué aussi un rôle dans le choix d'autres méthodes de traitement des conjoints violents (voir le chapitre V à ce sujet).

J. Approche écologique

Des chercheurs (par ex., Dutton, 1988; Fagan et Wexler, 1987) ont proposé des modèles écologiques de violence familiale qui tiennent compte des contributions de bon nombre des théories causales énoncées précédemment. Étant donné que toutes ces théories jouissent de certains appuis bien qu'elles soient incapables d'expliquer complètement le phénomène de la violence familiale, l'approche écologique est extrêmement valable.

Fagan et Wexler proposent que les théories touchant les normes sociétales, l'apprentissage social des rôles sexuels (qui ne fait pas l'objet d'un examen précis dans la présente étude) et la transmission de la violence d'une génération à l'autre soient coordonnées pour expliquer différents objectifs de la violence. Selon ces auteurs, l'enfant qui fait l'apprentissage des rôles sexuels dans un climat qui légitimise la domination par l'homme et où il y a violence réelle ou appréhendée à l'égard des membres de la famille est susceptible de violenter à son tour les membres de sa famille une fois adulte. Des normes communautaires et comportementales qui confèrent une valeur fonctionnelle à la violence et un apprentissage traditionnel des rôles sexuels (domination masculine) augmentent les risques de violence tant envers les membres de la famille qu'envers les étrangers. Un apprentissage moins traditionnel des rôles sexuels réduit la probabilité de la violence à l'égard des membres de la famille.

Dutton (1988) propose une approche "écologique" ("nested ecological approach") pour expliquer la violence conjugale. Le modèle présuppose qu'il y a des facteurs écologiques importants à quatre niveaux d'analyse.

Le macrosystème

À ce niveau se situent les grands courants d'opinions et de valeurs, par exemple, l'idéologie partriarcale de la suprématie de l'homme sur la femme.

L'exosystème

Ce niveau renferme les facteurs sociétaux comme le stress familial, le chômage et la présence ou l'absence de soutien sur le plan social.

Le microsystème

Ce niveau renferme les schémas d'interaction qui influent sur la relation familiale ou conjugale, par exemple, les schémas fondés sur le pouvoir ou la démocratie.

Le niveau ontogénétique

C'est le niveau du développement de la personne (par exemple, sa victimisation pendant l'enfance) et de ses traits psychologiques (par exemple, son besoin de pouvoir et de domination).

Dutton (1988) donne l'exemple suivant :

On peut considérer qu'il y a probabilité de violence conjugale lorsqu'un homme qui ressent un besoin marqué de dominer les femmes (ontogénétique) et une anxiété exagérée à l'égard des relations intimes (ontogénétique) a eu des modèles de rôle violents (ontogénétique) et n'a pas beaucoup d'aptitude à résoudre les conflits (niveau ontogénétique), vit actuellement du stress au travail ou du chômage (exosystème), est isolé de ses groupes de soutien (exosystème), connaît dans sa relation une tension qui prend la forme de difficultés de communication (microsystème) et de conflits de pouvoir (microsystème) et appartient à une culture où la virilité se mesure à la capacité de réagir agressivement aux conflits (macrosystème).

p. 24 et 26

IV. Caractéristiques des auteurs de la violence familiale

A. Conjoints violents

On peut dresser une liste complète des caractéristiques des conjoints violents à partir des sources cliniques et des enquêtes (par ex., Currie, 1987; Star, 1983; Roy, 1982; et Browning, 1984) ainsi que des recherches (par ex., Dutton, 1988; Maiuro et coll., 1988; Bernard et Bernard, 1984; Shields et Hanneke, 1983; Henderson et Hewston, 1984; Howell et Pugliesi, 1988). Voici un résumé de ces caractéristiques :

  • Plan démographique : de sexe masculin; en chômage; sous-scolarisé; situation professionnelle peu enviable; au début de la trentaine ou plus jeune.

  • Plan psychologique : colère et hostilité; dépression, isolement, peu de confiance; impulsivité; immaturité; difficulté à exprimer ses émotions; difficulté à reconnaître ses émotions; alternance entre la passivité et l'explosion d'agression; troubles du caractère; grand besoin de contrôle et de domination; dépendance; humeur instable; manque d'affirmation de soi; victimisation pendant l'enfance; peur de l'abandon; besoin de posséder et de contrôler; peur de l'intimité; rigidité au niveau des connaissances.

  • Plan des attitudes : extériorisation du blâme, minimisation de la fréquence et de la gravité des agressions; définitions rigides de la masculinité et de la féminité ainsi que des rôles masculin et féminin; tendance à minimiser et à nier la réalité et à entretenir des illusions; refus du changement personnel.

  • Plan du comportement : alcoolisme et autres toxicomanies; violence à l'égard des enfants; menace de suicide et d'homicide.

Validation empirique des caractéristiques des conjoints violents

Combien de ces caractéristiques peuvent être considérées à toutes fins utiles comme des facteurs de risque, c'est-à-dire associées de façon assez sûre avec une probabilité accrue de violence conjugale? Hotaling et Sugarman (1986) ont passé en revue les résultats des recherches sur les caractéristiques des hommes violents physiquement et des femmes violentées. Ils ont signalé les lacunes suivantes dans la recherche actuelle sur la violence familiale : a) l'utilisation d'échantillons cliniques (c'est-à-dire présélectionnés), b) l'absence de groupes témoins, et c) l'absence de définitions exactes de certaines variables importantes. A l'aide de critères stricts, ils ont choisi 52 études parmi plus de 400 rapports empiriques effectués jusqu'en 1984.

Une seule des 42 caractéristiques des victimes femmes satisfaisait aux critères d'inclusion parmi les facteurs de risque : il s'agissait de la constatation que les femmes violentées sont plus susceptibles que les autres d'avoir été témoins de violence entre leurs parents. Selon Hotaling et Sugarman, la victimisation pendant l'enfance ne satisfaisait pas aux critères parce que sa fréquence est probablement la même chez les femmes qui ont des relations conflictuelles mais non violentes et chez les femmes violentées physiquement. Par conséquent, lorsque les premières servent de groupe témoin, on ne relève pas de différences.

Les facteurs de risque de violence conjugale définis par Hotaling et Sugarman se résument ainsi. Il semble que les hommes violents physiquement sont plus susceptibles d'être violents et agressifs dans la famille en général (c'est-à-dire avec les enfants aussi) et d'avoir été exposés (en tant que témoins) à la violence familiale pendant leur enfance. Ils sont moins capables de s'affirmer et ont moins d'instruction et de ressources financières que les hommes non violents. D'autres facteurs sont un peu moins étroitement liés à la violence conjugale; ce sont le fait d'avoir été victimes de violence pendant l'enfance, le chômage, le nombre d'arrestations au criminel, un faible niveau d'estime de soi et l'âge (le risque de violence est plus grand chez les hommes jeunes que chez les plus âgés).

Dans les paragraphes suivants se trouvent résumées quelques-unes des études plus récentes (effectuées depuis 1985) sur les caractéristiques des conjoints violents en ce qui concerne le contrôle, la domination, l'affirmation de soi et l'extériorisation du blâme. Dutton (1988) a indiqué que les hommes violents au foyer et ceux qui vivaient une relation conjugale conflictuelle (mais non violente) se distinguaient d'un groupe d'hommes heureux en ménage par leur besoin plus fort de pouvoir et de domination. Dutton a postulé que les hommes qui ont un tel besoin de pouvoir et de domination mais n'agressent pas leur partenaire trouvent d'autres moyens de la dominer (par ex., verbalement).

Une étude de Maiuro, Cahn et Vitaliano (1986) a jeté un éclairage sur la nature des lacunes du point de vue de l'affirmation de soi observées chez les hommes violents au foyer par rapport aux hommes non violents. Les premiers ressentent plus de colère et d'hostilité et, par ailleurs, font moins de demandes et prennent moins d'initiatives. Plus l'individu est hostile, moins il est capable de s'affirmer. Maiuro et ses collègues indiquent que les conjoints violents sont dépourvus des capacités plus adaptées de résoudre des conflits et recourent donc à des méthodes physiques plus concrètes. S'ils n'ont pas de difficulté à défendre leurs droits, ils n'ont pas acquis la capacité d'exprimer leurs besoins et leurs désirs d'une façon positive et non destructrice.

Dutton (1988) a observé que les conjoints violents ne se distinguaient pas des autres groupes dans le secteur de l'affirmation de soi en général, mais plutôt dans celui de l'affirmation par rapport à leur compagne, qui était beaucoup plus faible. Cette caractéristique, jointe à un besoin élevé de pouvoir et de domination, pourrait augmenter le risque de violence conjugale.

Dans l'étude de Dutton (1988), un tiers des hommes violents attribuaient l'agression à des actes ou à des provocations de la victime. Comme il a été largement observé que les hommes violents n'assumaient pas la responsabilité de leurs actes, c'est là une des priorités de l'évaluation et du traitement. Le client qui résiste le plus n'accepte pas cette responsabilité et c'est lui qui, en dernière analyse, a le moins de chances de tirer profit du traitement (CSC Survey of Group Treatment Programs, 1988). Toujours selon l'étude de Dutton, les hommes qui se soumettaient d'eux-mêmes au traitement étaient plus susceptibles de situer la cause de la violence en eux-mêmes que ceux qui étaient adressés par le tribunal, mais ils étaient aussi plus enclins à minimiser la gravité et la fréquence des agressions.

Shields et Hanneke (1983) ont établi une comparaison entre les hommes violents au foyer, les hommes violents à l'extérieur de la famille et les hommes violents en général dans une étude des modes d'attribution. Ils ont découvert que, dans tous les groupes, les hommes rejetaient beaucoup plus le blâme sur des facteurs extérieurs que sur eux-mêmes. C'est peut-être que l'extériorisation du blâme est typique de la violence ou de la criminalité en général et n'est pas restreinte aux conjoints violents.

B. Parents violents

Voici les caractéristiques démographiques des auteurs de la violence faite aux enfants : ils sont plus jeunes que les auteurs de la violence faite aux femmes (fin de l'adolescence et début de la vingtaine), de sexe féminin, parents uniques (40% à 50%), pauvres, d'orientation religieuse fondamentaliste et n'ont pas terminé leurs études secondaires. Ces caractéristiques sont essentiellement tirées des dossiers cliniques et sont donc orientées, au départ, vers des gens sous-scolarisés, à faible revenu et parents uniques (de sexe féminin pour la plupart) puisque les membres de ce groupe risquent davantage d'avoir affaire aux organismes de protection de la jeunesse et à d'autres agences de services sociaux (bien-être social). Les caractéristiques cliniques et psychologiques suivantes appartiennent plus aux femmes qu'aux hommes violents.

Le profil des auteurs de la violence faite aux enfants est le suivant : impulsivité; hostilité; faible niveau d'estime de soi, interactions familiales réduites et négatives; niveau de stress supérieur (Hamilton, Stiles, Melowsky et Beal, 1987); isolement; dépression; expérience des mauvais traitements ou de la négligence pendant l'enfance; absence d'aptitudes de base à la communication (difficulté à exprimer des besoins ou des sentiments); dépendance (Star, 1983) et recours fréquent à la projection et à l'extériorisation comme mécanismes de défense. On a observé souvent un lien entre la présence de troubles psychologiques moins graves et la violence faite aux enfants (Gelardo et Sanford, 1987). Cependant, on a soutenu aussi que les auteurs de la violence faite aux enfants présentent toute la gamme des troubles psychologiques que l'on retrouve dans la plupart des populations cliniques (Pressman, 1984).

Un certain nombre de caractéristiques de la façon d'éduquer les enfants sont considérées en général comme propres aux parents maltraitants :

  1. exigences élevées et inappropriées à l'égard des enfants;
  2. manque d'information sur le développement de l'enfant;
  3. manque de considération pour ses besoins et ses droits;
  4. valeurs autoritaires et rigides sur le plan de la discipline;
  5. plus grande utilisation des punitions corporelles que chez les parents non violents; et
  6. recours à l'enfant pour répondre à des besoins de dépendance non satisfaits.

Ces facteurs n'ont pas été soumis à la même vérification empirique que les caractéristiques des conjoints violents exposées plus haut.

C. Liens entre la violence faite aux enfants, aux femmes et aux personnes âgées

Les données sur les liens entre la violence faite aux femmes, aux enfants et aux personnes âgées proviennent d'interviews menées auprès de victimes et d'auteurs de mauvais traitements. Comme on l'a noté précédemment, la plupart des actes de violence à l'égard des personnes âgées sont commis par le conjoint. En outre, Schlesinger (1984) signale que les enfants maltraités courent un risque de l'ordre de 50% de maltraiter eux-mêmes leurs parents dépendants.

Il y a également une forte relation entre la violence faite aux femmes et la violence faite aux enfants. Selon Bensel, un mari qui frappe sa femme court un risque de l'ordre de 50% à 80% de frapper aussi ses enfants (1986). Selon des estimations plus prudentes, les maris violents courent 30% de risques d'infliger des punitions trop dures à leurs enfants (Fagan, 1983), 28% de risques de maltraiter leurs enfants (Hofeller, 1982) et 16% de risques de devenir des pères maltraitants chroniques (Hofeller, 1982). Selon Straus et ses collègues (1980), environ 43% des pères qui infligent souvent des mauvais traitements graves à leur femme maltraitent aussi un enfant au moins trois fais par année.

Les mères qui subissent des agressions graves violentent leurs enfants dans une proportion de 50%. Ce sont les femmes qui subissent la violence la plus grave qui l'infligent à leur tour à leurs enfants. Même celles qui subissent des agressions "plus légères" par comparaison (par exemple, des bousculades et des gifles) courent deux fois plus de risques d'infliger de mauvais traitements graves à leurs enfants que les femmes qui ne sont pas violentées physiquement par leur conjoint (Straus et coll., 1980).

D. Genres d'auteurs de la violence

Si bon nombre des caractéristiques généralement reconnues des auteurs de mauvais traitements n'ont pas été validées par des recherches, c'est peut-être notamment parce qu'il existe plusieurs genres différents de personnes violentes et que l'étiologie et les besoins en traitement ne sont pas les mêmes pour chacun. On commence à peine à étudier les questions qui se posent à cet égard; c'est donc dire que les résultats et les propositions présentés dans cette partie ne le sont qu'à titre d'hypothèse. On énonce ci-dessous deux catégories d'auteurs de mauvais traitements proposées par la documentation. Il y a nécessairement un chevauchement entre les deux, car aucune d'entre elles n'exclut l'autre.

1. Conjoints violents au foyer seulement par rapport à ceux dont la violence est générale

Cette typologie répartit les auteurs de la violence (particulièrement les conjoints violents) selon les cibles de cette violence. Nous soumettons que le conjoint violent au foyer (celui qui n'est violent qu'envers sa femme) est un homme qui souffre de toute une gamme de problèmes de personnalité intrapsychiques ou affectifs, par exemple, la peur de l'intimité, la peur de l'abandon, une faible estime de soi chronique et la dépression. Cet homme serait en mauvaise posture psychologique pour relever quelque défi interpersonnel que ce soit et la relation conjugale, qui est le plus stressant de ces défis, lui imposerait une pression supplémentaire. Par contre, l'homme violent en général (dont la violence s'exerce tant à l'égard de sa femme qu'à l'extérieur de la maison) a fait de la violence un style de vie; il la considère comme un moyen approprié et acceptable de régler les conflits.

Maiuro et coll. (1988) ont comparé des hommes qui agressaient des gens de l'extérieur de leur famille, des hommes qui n'agressaient que leur femme et des hommes qui faisaient des agressions tant à l'intérieur qu'à l'extérieur de la famille. Les membres de tous ces groupes avaient un niveau de colère et d'hostilité supérieur à ceux des groupes témoins, mais les hommes violents au foyer (violents envers leur femme seulement) avaient des résultats beaucoup plus élevés que les groupes témoins au chapitre de la dépression. Cette constatation offre une explication à l'observation selon laquelle les hommes qui agressent leur femme ne sont pas tous forts et hostiles. En fait, bon nombre d'entre eux ont été qualifiés de faibles et d'incapables (Maiuro et coll., 1988).

Dutton (1988) a établi une distinction entre, d'une part, des conjoints violents et, d'autre part, des hommes violents en général, des hommes ayant une relation conjugale conflictuelle mais non violente et des hommes heureux en ménage, du point de vue des réactions de colère à des scènes de conflit conjugal. Les conjoints violents avaient une réaction très différente des autres hommes aux scènes d'abandon par des femmes. Ils avaient tendance à percevoir plus d'abandon et à ressentir de la colère, et ils étaient plus susceptibles de dire qu'ils réagiraient par l'agression. Les résultats des études de Maiuro et coll. et Dutton viennent étayer l'hypothèse de la vulnérabilité psychologique des hommes violents au foyer.

Cadsky et Crawford (sous presse) ont comparé un groupe d'hommes qui n'avaient agressé que leur femme à un groupe d'hommes qui avaient agressé tant leur femme que d'autres personnes (dans une moindre mesure). Les membres du deuxième groupe : a) ont affirmé avoir quitté la maison plus jeunes; b) étaient plus susceptibles d'avoir eu un comportement antisocial pendant l'enfance; c) couraient plus de risques d'avoir été reconnus coupables d'un crime, d'avoir reçu leur première condamnation plus jeunes et d'avoir fait l'objet d'un plus grand nombre de condamnations pour crime contre la personne et crime avec violence; d) avaient un taux de violence plus élevé envers leurs partenaires antérieurs et une violence plus globale et plus grave dans leur relation actuelle; e) étaient plus hostiles; et f) étaient plus susceptibles de faire l'objet d'un diagnostic (DSM-111) de personnalité antisociale. Les auteurs estimaient que les membres de ce groupe avaient peu de chances de tirer profit des modes de traitement traditionnels (par ex., le traitement cognitif/ behavioral de groupe).

Toch (1984) donne de nombreux exemples des hommes violents en général. Il les décrit comme des êtres égocentriques qui ne s'intéressent, au plan social, qu'à eux-mêmes et à leurs besoins. Ces femmes considèrent les autres comme des objets et non comme des personnes dont les besoins doivent être pris en considération. Cadsky et Crawford (sous presse) décrivent les membres de ce groupe comme des êtres égocentriques qui ont des émotions superficielles, qui sont durs envers les autres et qui ne retirent rien de leur expérience. D'autres schémas les décrivent comme des psychopathes. Ross et Fabiano (1985) soulignent les lacunes sur le plan des capacités psychologiques et cognitives qui sont attribuables à la personnalité psychopathique : l'égocentricité, le manque d'empathie, l'incapacité de maintenir son sentiment d'identité dans des relations interpersonnelles et le manque de discernement.

On croit que le genre d'agression décrit ici (dite "égocentrique", selon Berkowitz) se développe au moyen des mécanismes d'apprentissage social que sont le renforcement social, le modelage et l'observation des comportements agressifs. Le comportement violent devient ainsi un élément important de l'identité personnelle et sociale positive de l'homme. La violence est souvent stimulée par ce que l'intéressé perçoit comme une humiliation, par exemple la bravade d'un enfant ou le comportement flirt de la compagne. L'agresseur peut chercher à retrouver son estime de lui-même en regagnant le "respect" de l'enfant ou de la femme (Berkowitz, 1983).

2. Violence expressive par rapport à la violence instrumentale : conjoints et parents violents

Cette typologie oppose les auteurs de violence selon la pulsion qui est censée les animer. Les auteurs de violence expressive ou de violence visant à supprimer la pression ont tendance à "exploser" dans des situations auxquelles ils ne peuvent faire face. On estime que les lacunes dans les capacités de communication et de contrôle et l'existence d'un répertoire limité de stratégies interpersonnelles influent sur ce genre de violence. Toch (1984) affirme qu'il s'agit du type d'agresseur qui est pris de panique lorsqu'il est acculé au pied du mur et dont la violence représente un effort de dernière minute pour effacer des situations auxquelles il ne peut répondre autrement. La violence peut être vue comme une réaction au stress situationnel, et elle a l'accent d'un emportement désespéré. Selon Berkowitz (1983), la personne qui vit de la violence expressive réagit violemment à des stimuli aversifs si elle a peu d'inhibitions envers l'agression et si elle a une cible appropriée.

L'absence relative de lacunes sur le plan des capacités distingue l'auteur de violence instrumentale de l'auteur de violence expressive. On postule que l'agression instrumentale est dirigée consciemment vers une victime précise et qu'elle vise à atteindre un résultat particulier (plutôt que de permettre simplement d'échapper à la pression). Cet énoncé décrit peut-être le genre d'homme violent dont il est souvent question dans les ouvrages proféministes (par ex., Dobash et Dobash, 1984) et qui a pour but de contrôler et de contraindre la femme. Kadushin et Martin (1981) ont interrogé des hommes et des femmes qui, selon les données, avaient violenté leurs enfants. Ces individus ont répondu, dans une proportion de 44%, qu'ils avaient pris l'initiative de la violence pour faire une leçon à l'enfant ou réaffirmer un contrôle chancelant.

Berkowitz signale toutefois que l'agression purement expressive est un phénomène rare. Même si l'agression peut souvent être, du moins en partie, une réaction involontaire à la situation, (TRADUCTION) "le père qui cause des contusions graves à son enfant en lui administrant la fessée et l'homme qui blesse sa femme gravement dans le feu d'une querelle voulait probablement obtenir ce résultat". Dans le cas de la violence faite aux femmes, le choix de la cible peut certainement être influencé par des facteurs liés aux rôles sexuels et aux inégalités de pouvoir.

La distinction entre la violence expressive et instrumentale dans ce cas porte sur l'influence relative des lacunes dans les capacités et non sur la question de savoir si le choix de la victime est un facteur.

Les constatations citées plus haut montrent clairement que la violence faite aux femmes et aux enfants n'est pas un phénomène homogène et qu'il y a divers types de personnes violentes dont les antécédents ne sont peut-être pas les mêmes. Elles expliquent peut-être pourquoi les caractéristiques des responsables de la violence faite aux femmes ne sont pas clairement établies dans les travaux de recherche et pourquoi les traitements donnent des résultats aussi variables. (Cette question est étudiée davantage au chapitre V.)

V. Traitement des auteurs de la violence familiale

Les modèles employés dans le traitement de la violence familiale s'apparentent aux approches théoriques des causes exposées plus tôt dans la présente étude. Ce sont le modèle psychologique individuel, le modèle des interactions et des systèmes, le modèle structural/politique et le modèle de l'apprentissage social. Une autre approche importante vient s'ajouter, soit l'approche cognitive/behaviorale (psychoéducative). Cette méthode regroupe des techniques fondées généralement sur des théories de l'apprentissage et sur le travail de certains auteurs dont Novaco (1975), Meichenbaum (1977), Goldstein (1973) et Ross et Fabiano (1985). Ces méthodes présupposent que l'auteur de la violence n'arrive pas à se contrôler et elles visent à lui enseigner des comportements plus adaptés.

A. Counselling de groupe auprès des conjoints violents

1. Description de l'approche

Le counselling de groupe est l'optique par excellence, surtout au début du traitement, parce qu'elle permet au client de nouer des liens avec des pairs, de bénéficier de leur aide et de leur soutien et de trouver des modèles de rôle parmi eux. Le travail de groupe tend à réduire l'isolement de l'homme violent et sa dépendance à l'égard de la victime (Pressman, 1984; Bernard et Bernard, 1984).

La plupart des traitements de groupe reposent sur l'hypothèse selon laquelle la violence est un comportement appris et suivent une approche cognitive/behaviorale faisant appel au modelage, au jeu de rôle, à l'introspection, à la discussion, à la confrontation, à la remise en question et à l'enseignement direct. Les techniques d'autocontrôle généralement utilisées sont désignées sous le nom de maîtrise de la colère et peuvent se résumer ainsi :

  1. Reconnaissance des signes avant-coureurs de la colère.
  2. Pause ("time-out") à titre de réponse d'urgence permettant de rétablir le calme.
  3. Soliloque (auto-éducation) : reconnaissance et contrôle du soliloque négatif qui fait en sorte que les sentiments sont étiquetés comme de la colère et s'expriment sous forme d'agression.
  4. Surveillance des situations conflictuelles, par exemple par la tenue du "journal de colère", qui permet de prendre conscience des antécédents physiques, affectifs et cognitifs de la violence.
  5. Relaxation : techniques qui réduisent la tension et l'anxiété et permettent de développer des réactions incompatibles avec la colère.

    La plupart des programmes visent au moins la cessation complète de la violence physique, la reconnaissance de la responsabilité entière de la violence (dépassement de la dénégation et de la minimisation) et l'apprentissage d'autres comportements non violents. Bon nombre de programmes englobent des techniques visant les autres buts suivants :

  6. Accroissement des capacités d'affirmation de soi et de communication : adoption de moyens d'expression non destructeurs et non manipulateurs
  7. Augmentation de l'empathie et de la compréhension des effets destructeurs de la violence sur la victime et sur la relation conjugale.
  8. Assouplissement des attitudes envers les femmes, c'est-à-dire restructuration des attentes rigides par rapport aux rôles sexuels.
  9. Développement d'une identité masculine plus large et plus souple.

Les programmes diffèrent entre eux sur certains points, à savoir le genre de violence dont il est question (par exemple, la plupart des programmes sont centrés sur la violence physique), les capacités particulières qu'on vise à développer, l'importance des questions liées aux rôles sexuels, le fait de débattre ou non du pouvoir et du contrôle et le moment où on le fait et l'importance accordée à la sécurité de la femme.

Pouvoir et contrôle

Dans une critique proféministe des modèles de traitement, Adams (1988) indique que la plupart des groupes pour hommes violents dont il a été question précédemment visent généralement à aider leurs clients à mieux gérer leur colère, à faire face au stress et à apprendre à mieux communiquer. Ces groupes considèrent donc la violence faite aux femmes comme le fruit d'une lacune sur le plan des capacités ou d'un problème de gestion du stress plutôt que comme un problème de contrôle sexiste. Cette orientation les amène à minimiser ou à laisser de côté les dimensions du pouvoir et du contrôle. Les programmes proféministes reconnaissent qu'il faut apprendre aux hommes violents des techniques et des comportements différents pour mettre un terme, au départ, à leur violence, mais ils insistent davantage sur la nécessité de les amener à remettre en question toutes les tentatives de contrôle de la femme par quelque violence que ce soit (sévices, violence verbale ou psychologique ou abus sexuel) et à y renoncer par la suite. Les groupes sont d'avis qu'il faut considérer la violence chez les hommes non pas comme le fruit d'une lacune sur le plan des capacités, mais comme l'usage sélectif de moyens de contrôle bien établis (viables).

Les féministes font valoir des arguments semblables contre l'utilisation des techniques de contrôle ou de gestion de la colère. Ces méthodes présupposent que la colère est une perte de contrôle ou de sang-froid et que le problème découle de l'impulsivité ou d'un manque de ressources. Elles sous-entendent au sens large que l'homme violent est assez désemparé et qu'il n'est donc pas pleinement responsable de ses actes. Ce raisonnement ne tient pas compte du fait que, selon le modèle, l'homme maltraitant utilise consciemment la violence pour renforcer son contrôle sur sa partenaire. L'efficacité du traitement est donc compromise.

D'autres expériences cliniques mettent l'accent sur l'importance de la violence non physique. Ainsi, Star (1983) cite un thérapeute dans le cadre de sa description du Domestic Abuse Project de Minneapolis : (TRADUCTION) : "La thérapie permet de mettre un terme assez rapidement à la violence physique. La violence affective, psychologique ou verbale persiste plus longtemps, mais même lorsqu'elle diminue, une bonne marge de contrôle et de manipulation lui survit longtemps." De même, MacLeod (1987) indique, dans une enquête sur les maisons de transition, que l'agression cède souvent la place à une intensification de la violence psychologique ou verbale ou de l'exploitation financière. Dans une évaluation des traitements de groupe destinés aux hommes violents, Hamberger et Hastings (1988) ont découvert que la violence psychologique survivait à la violence physique.

Sécurité de la femme

Les programmes proféministes insistent sur la nécessité d'assurer, dès le départ, la cessation non négociable de la violence et la sécurité de la femme. Même si la plupart des groupes visent à mettre fin à la violence, ils n'en font pas toujours un impératif aussi immédiat.

Motivation au traitement

Bon nombre de praticiens (par ex., Star, 1983) signalent que les hommes violents sont rarement motivés à subir un traitement. La plupart s'inscrivent parce qu'ils y ont été forcés par l'appareil judiciaire ou par leur femme. Ils ne considèrent pas la violence comme un problème. (TRADUCTION) "Ce n'est qu'après avoir participé au programme pendant plusieurs semaines et après avoir bénéficié du soutien d'autres hommes qu'ils en viennent à voir les choses de cette façon." (Star, 1983). De 33% à 50% des hommes dirigés vers des programmes de traitement ne donnent pas suite à la démarche et, selon une étude, le nombre d'hommes qui s'informaient du programme dépassait de plus de cinq fois le nombre de ceux qui s'y inscrivaient (Gondolf, 1987).

Grusznski et Carrillo (1988) ont comparé des hommes qui avaient fait le programme au complet à d'autres qui l'avaient abandonné et ont découvert que les premiers avaient fait moins de menaces indirectes de violence, étaient plus scolarisés, étaient plus susceptibles d'avoir un emploi à plein temps, avaient été plus souvent témoins (et non victimes) de violence dans leur famille d'origine et avaient plus d'enfants. Ces constatations et d'autres constatations semblables (par exemple, celles du CSC Survey of Group Treatment Programs for Wife Abusers, 1988) révèlent - et cela ne surprendra personne - que le client qui fonctionne mieux, c'est-à-dire celui qui bénéficie d'un meilleur soutien sur le plan personnel et social, a plus de chances de voir son traitement couronné de succès. (Ce point est discuté davantage dans la section intitulée "Efficacité".)

Même si l'on a observé peu de différences entre les hommes enjoints par les tribunaux de participer au traitement et ceux qui se présentaient d'eux-mêmes, bon nombre de responsables de programmes (par ex., Dutton, 1988; Wachtel et Levens, 1984) se sont, en fait, dits favorables à la motivation extérieure imputée au système de justice pénale parce qu'elle souligne le caractère illégal et inacceptable de la violence conjugale. L'effet dissuasif proprement dit de l'intervention du système de justice pénale est étudié plus loin.

Services offerts aux femmes

Même si on n'a recueilli jusqu'à maintenant aucune preuve des avantages ou des inconvénients que présente, pour le traitement des hommes, l'instauration de services parallèles pour les femmes, les auteurs s'entendent généralement à dire que ces services sont souhaitables pour des raisons à la fois morales et pratiques. A la suite d'entrevues menées auprès du personnel de certaines maisons de transition, MacLeod (1987) a recommandé qu'il y ait davantage de collaboration et de coordination entre les services offerts aux femmes et aux enfants et les programmes destinés aux hommes. Elle a indiqué que, selon les pourvoyeurs de services, l'homme a plus de chances de bénéficier du traitement si sa femme reçoit aussi du soutien et si on l'aide à comprendre les changements en cours et sa propre réaction à ces changements.

Techniques contre-indiquées:

Techniques de défoulement

Les techniques de défoulement incitent le sujet à laisser sortir physiquement la colère refoulée en frappant sur des sacs de sable et autres articles semblables. En fait, les preuves montrent que ces techniques réduisent les inhibitions à l'égard de l'expression physique de l'agressivité plutôt que de les augmenter (Browning, 1984).

Techniques de combat dans les règles

Ces techniques de conflits interpersonnels rendent trop ambiguë la ligne de démarcation entre les comportements violents et non violents (acceptables) (Browning, 1984).

Counselling conjugal

La plupart des praticiens de groupe soutiennent que le counselling conjugal est à déconseiller dans les relations très violentes parce qu'il sous-entend que la femme assume une partie de la responsabilité de la violence. Aucune communication ouverte ne peut s'établir entre les conjoints si la femme craint toujours des représailles et si le mari continue de croire qu'il doit exercer un contrôle physique pour maintenir l'équilibre. Selon la majorité des praticiens, une thérapie conjugale peut faire suite au traitement de groupe à la condition que la violence ait pris fin, que la femme n'ait plus peur et que les deux partenaires soient prêts à examiner leur relation. Une thérapie individuelle peut également être entreprise, selon le cas.

Thérapie individuelle axée sur le client

Cette forme non directive de thérapie est à déconseiller parce qu'elle ne permettrait pas de mettre fin rapidement à la violence et arriverait mal à modifier des habitudes bien ancrées en ce qui concerne le refus de la responsabilité (Browning, 1984). La thérapie doit plutôt être directive et très structurée (Dutton, 1988).

2. Efficacité
Enquêtes et estimations

L'efficacité des programmes de traitement de groupe a rarement été évaluée. Les constatations préliminaires de la CSC Survey (enquête du SCC) (1988) révèlent que seulement 25% de ces programmes intègrent à leur structure une forme quelconque d'évaluation ou de contrôle. D'autres chercheurs ont fait des observations semblables (par ex., Browning, 1984; Pirog-Good et Stets, 1985). Selon l'enquête de Browning, les estimations des taux de non-récidive établis à partir des interviews menées auprès des hommes violents et des victimes à divers points du traitement et par la suite variaient entre 75% et 100% pendant le traitement et entre 55% et 60% quatre mois après le traitement. Selon l'enquête du SCC, les taux de non-violence déclarés de trois mois à un an après le traitement se situaient entre 40% et 97% (moyenne de 70%). La poursuite de la violence affective ou verbale ou le retour à cette violence se situaient entre 33% et 80%, d'après les estimations.

Les réponses à l'enquête menée par le SCC indiquent qu'un bon nombre de programmes de groupe excluent certaines demandes en fonction de l'un ou de plusieurs des facteurs suivants : alcoolisme et autres toxicomanies, violence générale, personnalité psychopathique et problèmes psychiatriques.

Le SCC a également demandé aux répondants de décrire le client pour lequel leur programme connaissait le plus de succès et celui pour lequel il en connaissait le moins. Des profils globaux sont dressés ci-dessous. (Il est à noter que l'information est largement fondée sur des impressions.)

Client ayant réussi. Le client qui a réussi est jeune (entre 25 et 35 ans), il travaille, il a terminé ses études secondaires et il a une intelligence moyenne ou supérieure à la moyenne. Il s'est séparé récemment de sa femme et désire vivement la retrouver. Il est motivé et résolu à changer et il peut accepter la responsabilité de sa violence. Il est directement menacé de se voir imposer une peine au criminel ou d'assister à la rupture permanente de son mariage ou les deux. S'il souffre d'alcoolisme ou des autres toxicomanies, il contrôle la situation. Il est très peu violent à l'extérieur de la relation conjugale.

Client ayant échoué. Le client qui a échoué a moins de 25 ans ou plus de 40 ans, a une intelligence limitée et est en chômage. Il a une relation instable et éphémère avec sa femme ou sa partenaire et n'a aucun espoir de réconciliation. Il n'est pas motivé et n'accepte pas la responsabilité de la violence à l'intérieur de la relation. Il souffre chroniquement d'alcoolisme ou des autres toxicomanies, présente des traits de personnalité psychopathiques et est manipulateur. Il a des antécédents de violence générale et exerce actuellement cette violence à l'extérieur de la famille : c'est le genre d'homme qui est toujours prêt à la bagarre dans les bars ou qui a les nerfs à fleur de peau.

Si la description susmentionnée correspond aux clients du SCC - et les documents relatifs au secteur correctionnel indiquent que c'est le cas -, il peut s'avérer difficile de choisir ou d'obtenir des services communautaires. Même si la plupart des programmes refusent peu de demandes et si bon nombre d'entre eux se sont dits prêts à étudier la candidature de détenus sous responsabilité fédérale, il est clairement ressorti des renseignements recueillis dans le cadre de ce projet (et notamment des discussions avec les répondants aux enquêtes) que les détenus mis en liberté sous condition seraient considérés comme de mauvais candidats à ce genre ce traitement de groupe et risqueraient fort d'être refusés.

Effet dissuasif de l'arrestation

Quel serait le taux de récidive prévu si le délinquant était arrêté et surveillé (par ex., en probation) mais non traité? Sherman et Berk (1984) ont comparé les taux de récidive à divers points subséquents à une intervention de la justice pénale et ont découvert que les taux de récidive les plus bas, soit de 13% à 18%, valaient pour les arrestations (comparativement à la médiation et à l'avis) en ce qui concerne les nouvelles voies de fait, la destruction de biens ou les menaces de voies de fait (les cas de voies de fait graves ont été exclus).

Il est important d'examiner l'effet dissuasif de l'arrestation parce que les programmes de traitement des hommes violents en vigueur au Canada reçoivent une forte proportion de clients adressés par les tribunaux. Au moins 10%, et parfois même 100% (en moyenne 31,8%), des clients de la plupart (85%) des programmes canadiens sont passés par le système de justice pénale (Enquête du SCC, 1988).

Jaffe, Wolfe, Telford et Austin (1986) ont examiné les dossiers de la police de London (Ontario) et interrogé les femmes; ils ont ainsi consigné les divers actes de violence posés dans une période de 12 mois avant et après les accusations portées par la police. Les résultats de leur travail figurent ci-dessous.

Tableau 1 - Infractions postérieures à l'arrestation selon la forme de violence
Forme de violence Pourcentage de récidive (12 mois) (a) Pourcentage de réduction (a)
menacer de frapper ou de lancer quelque chose à l’autre 49,1 28,9
lancer, briser, frapper quelque chose ou pousser quelque chose du pied 47,5 30,5
lancer quelque chose à l’autre 14,8 40,0
pouser, bousculer ou empoigner 54,1 26,7
gifler 29,5 41,7
donner un coup de pied, mordre ou frapper du poing 22,9 34,3
frapper (ou tenter) avec un objet 18,0 27,2
battre 24,6 38,4
(a) Tiré et extrapolé de Jaffe, Wolfe, Telford et Austin (1986).

Les chiffres susmentionnés montrent que l'intervention du système de justice pénale a un effet marqué du point de vue du "traitement". Selon une étude de Dutton (1987), aucun membre du groupe des hommes traités à la suite d'une ordonnance du tribunal (N=50) n'a été violent entre le moment de son admission et celui de son traitement (période variant de deux semaines à trois mois). Non seulement cette constatation indique que l'arrestation a un effet dissuasif, mais elle vient étayer l'idée que les hommes maltraitants peuvent modifier leur comportement. Dans ce contexte, on considère que le traitement peut renforcer cet effet et le maintenir une fois que la menace de peine au criminel est dissipée (Dutton, 1987).

Rapports empiriques

Les quelques évaluations empiriques menées jusqu'à maintenant (c'est-à-dire des recherches comportant des groupes témoins et des mesures de résultats objectives) n'établissent pas de distinction claire entre les types d'hommes violents et mesurent un nombre limité de résultats. On retrouve généralement la Conflict Tactics Scale(échelle des tactiques de conflits) (CTS, Straus, 1979) parmi les mesures de résultats. Les résultats sont étudiés ci-dessous.

Dans son évaluation du traitement portant sur la maîtrise de la colère et l'affirmation de soi ( Assaultive Husband's Project, Vancouver), Dutton (1988) a observé une diminution importante de la violence grave au cours de l'année suivant le traitement. Trente-et-une (31) femmes sur 37 (84%) ont signalé qu'aucun acte de violence grave n'avait été posé. On a aussi signalé une réduction de la violence verbale dans l'ensemble (bien que huit femmes aient signalé une augmentation). Les déclarations des hommes et des femmes étaient semblables. Selon les données de la police, le taux de récidive était de 4% tant après six mois qu'après deux ans et demi dans le cas du groupe traité comparativement à 16% après six mois et 40% après deux ans et demi dans le cas du groupe non traité.

Hamberger et Hastings (1988) ont évalué un programme d'orientation behaviorale/cognitive sur la violence conjugale mis en oeuvre au Wisconsin. Ils ont comparé les caractéristiques psychologiques, les traits de personnalité et les données sur la violence autodéclarée entre un groupe de 32 hommes qui ont suivi le programme au complet et un groupe de 36 hommes qui l'ont abandonné. Les taux de récidive ont été établis à partir des données fournies par l'intéressé ou son conjoint (CTS) et des données de la police. Tout acte de violence récurrent, qu'il soit minime ou grave, signalé pendant l'année qui a suivi le traitement était compté. Ils ont observé que le taux de non-récidive était de 71,9% chez les hommes qui ont suivi le programme au complet et de 52,8% chez les décrocheurs.

Edelson et Grusznski (1988) ont obtenu des résultats semblables après un suivi de six mois (déclarations des femmes) sur le traitement de trois groupes d'hommes violents dans le cadre du Domestic Abuse Project de Minneapolis. En voici les résultats :

Tableau 2 - Suivi comparatif des hommes ayant fait l'objet du traitement de groupe et des décrocheurs
Groupe Hommes ayant fait l’objet du traitement Décrocheurs
1 67% non violents 54% non violents
2 67% non violents (comprend 43% d’hommes faisant des menaces sans passer à l’acte)
3 58% non violents (comprend 36% d’hommes faisant des menaces sans passer à l’acte) 56% non violents (comprend 34% d’hommes faisant des menaces sans passer à l’acte

Edelsen et Grusznski (1988) ont observé de larges écarts entre les déclarations des hommes et des femmes au sujet des menaces de violence (déclarations plus nombreuses du côté des femmes). Les mesures de résultats ont donc été fondées uniquement sur les déclarations des femmes.

Les résultats moins frappants d'Edelson et Grusznski, comparativement à ceux de Dutton (1988) et à d'autres données cliniques, témoignent peut-être, selon Dutton, de différences dans les variables dépendantes. Par exemple, Dutton n'a mesuré que la violence grave, tandis qu'Edelson a étudié d'autres formes de violence directe et indirecte (notamment pousser, contraindre et menacer). Il importe aussi de noter que le tableau était différent lorsqu'on a séparé les menaces sans passage à l'acte de la non-violence (c'est-à-dire l'absence de violence physique). On peut se demander si la situation des femmes et des familles s'était réellement améliorée.

Hamberger et Hastings (1988) ont comparé la violence autodéclarée avant et après le traitement et ont observé que celui-ci permettait de réaliser des gains importants toujours présents au cours du suivi mené après un an. Toutefois, les gains étaient surtout liés à la violence physique; la majeure partie de la violence psychologique se poursuivait. Les auteurs ont observé une diminution marquée de la dépression et de la colère, mais aucun changement dans les profils de personnalité. Ils ont conclu qu'une formation de durée limitée visant à contrer la violence réduisait les comportements situationnels sans toucher à la personnalité globale et qu'on peut donc s'attendre à ce que la manipulation interpersonnelle survive à la violence physique.

B. Thérapie conjugale pour les couples violents

1. Description de l'approche
Approche systémique

Il y a peu de documentation sur l'utilisation de la thérapie conjugale auprès des couples dans lesquels l'homme est violent (Neidig, 1985). Cet auteur prétend qu'en raison du silence relatif des conseillers matrimoniaux au sujet du traitement de la violence, les méthodes actuelles ne tiennent pas compte des variables liées à la relation, se fondent sur des comptes rendus unilatéraux et ne travaillent qu'avec la moitié de la relation. Les conclusions fondées uniquement sur les déclarations des femmes ne sont pas fiables parce que celles-ci ont naturellement tendance à orienter la présentation des événements, c'est-à-dire à faire ressortir vivement certains comportements tout en laissant d'autres dans l'ombre.

Weitzman et Dreen (1982), thérapeutes d'orientation systémique, ont un point de vue semblable. Ils estiment que, dans un premier temps, il faut séparer la femme battue de son conjoint et lui prêter secours pour assurer sa sécurité, mais que ces mesures à elles seules n'ont pas d'effet sur le cycle de la violence. En effet, elles ne tiennent pas compte de la nature bilatérale de la violence. Selon Weitzman et Dreen, la violence surgit à cause de conflits de pouvoir. Les couples violents se caractérisent par des rôles complémentaires rigides amenant l'un des partenaires à exercer, avec l'accord de l'autre, un contrôle unilatéral. La violence survient au moment où l'opprimé conteste ou renverse ce contrôle. Elle vise à restaurer la répartition complémentaire des rôles.

La thérapie vise à déterminer à quel moment la complémentarité bascule et à intervenir : en définissant le conflit thématique;

  1. en énonçant les caractéristiques du système après avoir demandé au couple de mettre ce système "en action"; et
  2. en donnant des directives, en formulant des contrats comportementaux et en proposant d'autres comportements.
  3. À leur avis, les gens qui optent pour la thérapie conjugale à titre de mode de traitement doivent avoir suffisamment de maîtrise d'eux-mêmes pour mettre fin à toute violence. Si la situation est explosive et si la femme craint la violence, il vaut mieux s'orienter vers des mesures d'urgence.

A leur avis, les gens qui optent pour la thérapie conjugale à titre de mode de traitement doivent avoir suffisamment de maîtrise d’eux-mêmes pour mettre fin à toute violence. Si la situation est explosive et si la femme craint le violence, il vaut mieux s’orienter vers des mesures d’urgence.

Thérapie conjugale non traditionnelle

Harris (1986) décrit une forme de thérapie conjugale qui fait appel à la fois à des séances individuelles et à des séances de couple et repose sur un modèle qui semble répondre, dans une certaine mesure, aux objections soulevées plus haut à l'égard de la thérapie conjugale. Ainsi, les objectifs primordiaux de cette thérapie sont : 1. de mettre fin à la violence, et 2. d'amener chacune des parties à reconnaître la responsabilité qui lui revient par rapport à son comportement lié à la violence. Il faut convaincre l'homme maltraitant que sa violence relève de son contrôle et n'est pas causée par sa partenaire. Par ailleurs, il faut amener la femme à cesser de se sentir responsable et à comprendre que la violence risque de se poursuivre tant qu'elle la tolérera.

Star (1983) expose l'élément du Domestic Abuse Project(projet d'étude de la violence familiale) axé sur la thérapie conjugale. Au besoin, ce traitement est donné une fois que l'homme a participé à de la thérapie de groupe et que la femme a fait partie d'un groupe d'entraide ou a reçu des services de counselling individuel. La thérapie vise à amener les intéressés à acquérir de bonnes capacités de communication, à vivre leurs sentiments actuels, en particulier ceux qui ont trait à la colère, à la peine ou à la peur, à discuter de la sexualité, à échanger sur les effets de la violence et à apprendre comment remplacer la dépendance excessive par l'interdépendance. C'est là un exemple de la façon dont la thérapie conjugale pourrait être intégrée à un effort global de traitement de la violence familiale.

2. Efficacité

Harris (1986) a choisi au hasard 40 couples violents qui sont venus en consultation au cours d'une période de cinq ans (pas de groupe témoin), Trente (30) couples ont pu se soumettre à une interview de suivi. On a mis en rapport les caractéristiques des couples et de la thérapie et un taux de succès (non défini) de 73% déclaré par les couples eux-mêmes. Les caractéristiques liées au succès étaient l'âge plus avancé de l'homme violent, un meilleur revenu, l'apparition plus tardive de la violence et le plus grand nombre de séances auxquelles le couple avait assisté.

C. Thérapie individuelle pour les parents violents

1. Description de l'approche

L'explication psychologique, selon laquelle la violence est causée par des difficultés psychologiques ou des troubles de la personnalité, a donné lieu à une tradition d'interventions thérapeutiques intensives, généralement individuelles. Ce traitement vise toute une gamme de résultats tantôt d'orientation psychodynamique (par ex., découvrir des conflits refoulés et modifier des mécanismes de défense), tantôt d'orientation cognitive (par ex., corriger des perceptions erronées, augmenter le contrôle des impulsions et améliorer la relation parent-enfant). La qualité de la relation psychothérapeutique est de toute première importance puisque le traitement vise avant tout à rejouer le rôle de parent à l'égard de la personne violente en lui donnant beaucoup d'affection, de soutien et d'acceptation. Le sujet a besoin de cette attention parce qu'il a peu d'estime de lui-même, qu'il se sent inadéquat et que ses besoins de dépendance n'ont pas été satisfaits (Pressman, 1984). Le counselling individuel peut également se centrer sur l'éducation de l'enfant proprement dite, c'est-à-dire sur la nécessité d'amener le parent maltraitant à mieux connaître le développement et le comportement normaux de l'enfant et à avoir des attentes plus réalistes à son endroit. C'est là un travail très exigeant tant du point de vue de l'intensité que du temps. Les thérapeutes principaux, les thérapeutes non professionnels (souvent bénévoles), qui travaillent à la maison avec le parent et sont disponibles selon les besoins, et les groupes d'entraide ou de soutien, qui viennent eux aussi aider le sujet à établir des rapports affectueux (Pressman, 1984), se partagent souvent la tâche.

2. Efficacité

Il n'y a pas de démonstrations empiriques valables de l'efficacité de la thérapie individuelle auprès des parents violents.

D. Développement des compétences parentales chez les parents violents

1. Description de l'approche

Plus récemment, on a commencé à traiter la violence parentale à l'aide de méthodes behaviorales. On amène les participants à développer, à titre individuel, en groupe ou en famille, des compétences précises liées aux rôles parentaux et à la maîtrise du stress. Les techniques employées sont d'orientation cognitive et s'apparentent, par leur origine et leur conception, aux techniques servant à l'heure actuelle au traitement des conjoints violents. Au nombre des compétences cognitives enseignées, on retrouve le contrôle de la colère, l'auto-éducation, la relaxation, l'interruption de la pensée, la surveillance de l'activation et le contrôle des impulsions (Gaudin et Kurtz, 1985). Bon nombre de programmes englobent aussi des méthodes didactiques (films, conférences, etc.) donnant de l'information sur le développement normal de l'enfant. On développe aussi des compétences précises en matière d'éducation des enfants, notamment le renforcement positif contingent, la pause ("time out") et l'uniformité dans les réactions.

Otto et Smith (1980) recommandent la thérapie de groupe parce que, à leur avis, la thérapie individuelle ne peut à elle seule assurer aux parents maltraitants la formation et le soutien continus dont ils ont besoin pour conserver un comportement non violent. Ils notent que les groupes d'entraide n'existent pas toujours et sont de qualité variable. Le traitement en famille exige la participation de tous les membres, chose que le parent maltraitant ne peut bien souvent obtenir. Le modèle de groupe présente notamment l'avantage d'offrir un système de soutien important.

Selon Otto et Smith, le succès du traitement dépend de la motivation initiale au changement et de la capacité d'abandonner le comportement violent à titre de première étape.

2. Efficacité

Des évaluations des programmes traditionnels d'intervention en situation d'urgence et de gestion des cas liés au bien-être des enfants en 1979 ont révélé que 30% des parents traités ont violenté gravement leurs enfants pendant la période de traitement. Quarante-deux pour cent (42%) couraient peu de risques de se montrer de nouveau violents envers leurs enfants après le traitement (Cohn, 1983). Ces études ont montré que les parents qui, en plus de bénéficier de services professionnels, avaient reçu de l'aide de conseillers non spécialistes et avaient participé à des programmes d'entraide avaient plus de chances d'améliorer leur situation.

Gaudin et Kurtz (1985) ont étudié précisément les programmes de développement des compétences parentales destinés aux parents violents et ont trouvé plus de preuves de l'efficacité de ces programmes; ils ont conclu que les preuves les plus fortes étaient du côté des méthodes de formation cognitives fondées sur l'acquisition de compétences. Ainsi, Dawson, de Armas, McGrath et Kelly (1986) ont comparé, dans le cadre d'une expérience, les niveaux de rendement de trois parents négligents à différents points du traitement. La formation behaviorale/cognitive, comportant du modelage, du façonnement, des exercices pratiques et de la rétroaction, a permis aux parents d'accroître leur capacité de résoudre des problèmes.

Gaudin et Kurtz ont conclu que les programmes de développement des compétences parentales avaient un maximum d'efficacité lorsqu'ils étaient joints à d'autres services, par exemple, l'intervention en situation d'urgence et les groupes de soutien.

E. Traitement de la violence faite aux personnes âgées

Comme il s'agit d'un problème qui n'a été reconnu que très récemment, il n'existe pas de méthode de traitement définissables tant pour les auteurs de la violence que pour les victimes. Là où il y a des connaissances spécialisées et de l'expérience, il n'y a pas encore de fonds. On trouvera ci-après une liste de traitements établie à partir de propositions faites dans la documentation et de contacts personnels avec des praticiens (par ex., Annette McCullogh, Kerby Centre, Calgary). La plupart de ces traitements n'existent pour ainsi dire pas au Canada.

  1. Counselling pour les auteurs de la violence et les personnes âgées qui en sont victimes.
  2. Groupes de soutien et de discussion pour les auteurs de violence ou ceux qui risquent de le devenir.
  3. Services d'aide aux pourvoyeurs de soins.
  4. Programmes de soins de jour pour les personnes âgées victimes de violence.
  5. Placement dans une maison de transition des femmes âgées violentées par leur conjoint.
  6. Programmes pour les conjoints violents

F. Conclusions sur l'efficacité des traitements

1. Conjoints violents

On a quelques preuves du succès du traitement en groupe après une période de six mois à un an, les taux de non-récidive se situant entre 24% et 71,9% pour tous les genres de violence physique et à 84% pour la violence physique grave. C'est là une amélioration (réductions en pourcentage) de l'ordre de 50,7% (violence grave) et de 13% à 19,1% (tous les genres de violence) comparativement aux taux de récidive des hommes violents qui ne sont pas traités au qui sont simplement arrêtés. Sans être concluants, les résultats sont tout de même prometteurs et incitent à poursuivre les efforts en vue d'offrir aux hommes des traitements de groupe bien conçus assortis de procédures d'évaluation importantes. Les résultats ouvrent aussi une foule d'avenues pour la recherche, qui pourrait porter notamment sur le jumelage des caractéristiques des clients et des résultats des traitements ainsi que sur l'évaluation de variables plus liées aux objectifs des traitements.

Par exemple, si l'objectif poursuivi est non seulement de mettre un terme à toute forme de violence, mais aussi d'amener l'homme à ne plus recourir à des méthodes violentes pour régler les conflits et contrôler les autres, il faudrait que l'évaluation englobe la gamme de comportements visés par ce deuxième objectif. Comme il a déjà été observé que la violence physique cédait parfois la place à d'autres formes d'intimidation physique et de contrôle psychologique moins publiques et moins visibles, il faudrait mesurer la violence verbale, psychologique et affective. Si l'objectif du traitement est d'amener le sujet à ressentir de l'empathie pour la victime et à se sentir responsable de la satisfaction conjugale, il faudrait introduire des variables dépendantes liées à ces facteurs.

Il conviendrait également de recueillir de l'information sur l'effet des traitements sur différents groupes, par exemple, celui des hommes violents en général par rapport aux hommes violents au foyer seulement. Les résultats de l'enquête menée par le SCC révèlent que les hommes violents en général sont plus difficiles à traiter et ne seraient pas considérés comme d'excellents candidats. Nous avons déjà souligné qu'il pouvait y avoir des différences dans les caractéristiques de ces deux groupes.

2. Parents violents

Tout comme dans le cas des conjoints violents, on ne peut tirer pour le moment de conclusions définitives fondées sur une démonstration claire de l'effet des traitements destinés aux parents violents. Les évaluations des programmes de groupe montrent que l'approche du développement des capacités cognitives est la plus fructueuse.

Il importe de noter que les traitements dont les conjoints et les parents violents ont besoin se ressemblent, bien que les caractéristiques des deux groupes diffèrent. En effet, les comportements violents diminuent dans les deux groupes lorsque le traitement est directif, autoritaire, didactique et fondé sur le développement des capacités cognitives et qu'il assure un réseau de soutien (en groupe ou par des services d'aide individuelle).

Il faut cependant signaler que d'autres traitements moins courants qui ne seraient pas donnés en groupe ou ne reposeraient pas sur l'approche cognitive-éducative pourraient aussi s'avérer efficaces s'ils étaient évalués. Ces conclusions sont fondées sur les renseignements dont nous disposons à l'heure actuelle.

Vl. Applications au secteur correctionnel

A. Caractéristiques des détenus

Aucune recherche n'a été faite sur les caractéristiques des détenus de sexe masculin sous responsabilité fédérale qui ont été violents au foyer et il n'y a pas non plus d'information sur l'ampleur réelle de ce crime au sein de la population carcérale. Vu cette lacune, il peut être instructif de décrire à tout le moins le contexte correctionnel en fonction des caractéristiques générales des détenus et des programmes qui leur sont offerts.

Andrews (1988) a résumé les constatations sur les traits qui distinguent les détenus des non-détenus :

... En moyenne, les détenus par rapport aux non-détenus a) sont de tempérament impulsif, agité et agressif, b) enfreignent, dès leur jeune âge, toute une gamme de règles et de procédures conventionnelles, c) ont une intelligence verbale inférieure à la moyenne, d) n'ont pas suffisamment de capacités cognitives et de maîtrise d'eux-mêmes, e) ont des liens faibles avec des cadres conventionnels comme l'école et le travail, f) sont susceptibles de se lier avec d'autres détenus, et g) sont explicitement favorables à la criminalité dans leurs attitudes, leurs opinions et leurs modes de pensée.

Zamble et Porporino (1988) ont indiqué que le niveau d'instruction moyen d'un échantillon représentatif de détenus de sexe masculin sous responsabilité fédérale était de 9,5 années de scolarité. Ils ont observé que 45% de ces détenus n'avaient pas terminé leur 10e année. La moitié des 34% de ceux qui étaient en chômage (taux quatre fois supérieur au taux national) n'avaient pas exercé un seul emploi depuis plus d'un an.

1. Lacunes cognitives

Zamble et Porporino (1988) ont mentionné que le détenu type était incapable de relever les défis ordinaires de la vie et avait des lacunes générales sur le plan de la capacité de résoudre des problèmes et de faire face aux difficultés. Dans une étude des caractéristiques des détenus, Ross et Fabiano (1985) ont eux aussi mis l'accent sur les constatations liées au développement des capacités cognitives. Ils ont établi que les caractéristiques suivantes distinguaient les détenus des non-détenus :

  1. axés sur l'action et non sur la réflexion, impulsifs;
  2. concrets, rigides, simplistes et illogiques dans leur façon de penser;
  3. égocentriques;
  4. dénués d'empathie.

Les auteurs ont conclu que les lacunes les plus grandes se situaient dans le domaine des capacités sociales et de l'aptitude à résoudre des problèmes interpersonnels. Ces lacunes sont directement liées à la capacité de faire face à des conflits interpersonnels d'une manière adaptée et conforme au fonctionnement social et font que le sujet risque d'adopter un mode de vie antisocial.

Peu de détenus présentent tous ces problèmes à la fois, et certains n'en présentent aucun. Selon Ross et Fabiano (1988), ceux qui courent le plus de risques d'avoir des lacunes sur le plan cognitif sont les contrevenants adolescents, les détenus chroniques, les détenus violents, les délinquants sexuels et les détenus qui abusent de l'alcool.

2. Antécédents familiaux

Une étude longitudinale de McCord (1979) a permis de suivre 201 hommes qui avaient été évalués et décrits dans le cadre d'un programme de prévention de la délinquance entre 1939 et 1945. On y a jumelé les dossiers initiaux et les dossiers des tribunaux en 1979. Les condamnations pour des crimes graves contre les biens et des crimes personnels graves (par ex., voies de fait, tentative de viol, viol, tentative de meurtre, meurtre et enlèvement) constituaient les mesures de résultats. On a établi un lien marqué entre six variables liées au climat familial pendant l'enfance et le comportement criminel à l'âge adulte : la déviance du père, la confiance en soi de la mère, l'agressivité des parents, les conflits parentaux, la surveillance et l'affection de la mère. Les hommes qui n'avaient pas reçu assez d'affection de leur mère, qui avaient manqué de surveillance et dont le père était déviant étaient plus susceptibles d'avoir commis des crimes contre les biens. Ceux qui n'avaient pas été assez surveillés, dont la mère n'avait pas confiance en elle-même et qui avaient été exposés à de l'agression et des conflits parentaux risquaient davantage d'avoir été condamnés pour des crimes personnels.

Plus récemment, Zamble et Porporino (1988) ont mentionné que, entre l'âge de 6 et 11 ans, 19% des détenus interrogés avaient vécu dans une famille monoparentale, 18% avec des membres de la famille autres que leurs parents et 19% dans des foyers d'accueil ou des établissements. Le dernier chiffre est largement supérieur à celui qui correspond à la population générale. Dans au moins 25% des cas, il y avait de toute évidence des problèmes familiaux.

Il a été montré que des relations familiales perturbées jouaient un rôle dans l'adoption d'un comportement criminel. Cependant, on dispose jusqu'à maintenant de peu d'information sur les antécédents familiaux des détenus adultes violents. Dans une étude portant sur les détenus, Lang, Holden, Langevin, Pugh et Wu (1987) ont découvert que les auteurs de voies de fait, comparativement aux groupes témoins des meurtriers, des auteurs de vol à main armée et des gens non violents, avaient le pourcentage le plus élevé de récidive et de membres de la famille immédiate ayant des démêlés avec la justice et faisant usage de drogues. Cependant, il n'y avait pas de différence entre les groupes en ce qui concerne les compétences sociales, les relations avec la famille ou les pairs ou une multitude d'autres variables englobant notamment des traits de personnalité ou des facteurs psychologiques.

Gendreau et Ross (1987) ont examiné les traitements offerts aux détenus violents et ont fait remarquer que les détenus réellement violents sont difficiles à cerner et que, s'ils existent, ils ne sont pas nombreux. On estime à seulement 4% de la population des détenus la proportion de ceux qui récidivent dans la perpétration de crimes avec violence (Gendreau et Ross, 1987).

B. Programmes correctionnels connexes

1. Formation cognitive

Ross, Fabiano et Ewes (1988) ont décrit un programme de formation cognitive en groupe mis sur pied par des agents de probation dans la région d'Oshawa-Pickering (Ontario) et visant à réduire le taux de récidive de 22 détenus présentant un risque élevé. Le programme faisait appel aux techniques suivantes : enseignement structuré; approche indirecte; pensée critique; initiation aux valeurs; affirmation de soi; formation des aptitudes à la négociation; résolution de problèmes interpersonnels par l'approche cognitive; développement de la perspective sociale et jeu de rôle; et modelage. Le programme avait pour objet de modifier le mode de pensée impulsif, égocentrique, illogique et rigide des détenus et de leur apprendre à réfléchir avant d'agir, à étudier les conséquences de leur comportement, à concevoir d'autres moyens de réagir aux difficultés interpersonnelles et à songer aux effets de leurs gestes sur les autres, en particulier leurs victimes.

Les taux de récidive, à l'intérieur d'une période de neuf mois, étaient beaucoup plus bas chez les membres du groupe de la formation cognitive que chez ceux des deux groupes auxquels ils avaient été jumelés, soit le groupe de la préparation à la vie active et le groupe de probation ordinaire (c'est-à-dire 18,1% contre 47,5% et 69,5% respectivement).

2. Remplacement de l'agression

Les programmes de groupe élaborés par Goldstein dans son travail auprès des adolescents violents (par ex., Goldstein, 1973; Goldstein et Glick, 1987) figurent parmi les programmes de traitement de l'agression les plus répandus. Goldstein et Glick divisent la formation en trois parties distinctes : l'enseignement structuré, le contrôle de la colère et l'éducation morale.

L'apprentissage structuré repose sur un modèle d'orientation cognitive axé sur les lacunes sociales qui vise à développer des capacités cognitives sur le plan personnel, interpersonnel et social dans le but global de renforcer les comportements prosociaux. Il comporte les éléments suivants : a) modelage (démonstration de capacités); b) jeu de rôle (répétition de capacités); c) exécution (félicitations et rétroaction); et d) développement du transfert (répétition de l'utilisation pratique des capacités dans diverses situations).

Le contrôle de la colère est basé sur la recherche relative à l'inoculation au stress de Novaco (1975) et vise à éliminer les comportements antisociaux par la maîtrise et le contrôle de la colère et de l'agression. Ces techniques sont très semblables à celles dont il a été question plus haut au chapitre du traitement de groupe des conjoints violents : a) agents déclencheurs (identification des événements intérieurs et extérieurs qui stimulent la colère, par ex., les soliloques); b) indices (reconnaissance et identification des sensations physiques qui correspondent à l'activation de la colère); c) rappels (soliloques visant à réduire l'activation de la colère); d) agents réducteurs (diverses techniques dont le compte à rebours, la respiration profonde, l'imagerie paisible et la réflexion sur les conséquences à long terme des actes); et e) auto-évaluation.

Le programme fait appel au modelage (démonstration du bon usage des techniques de contrôle de la colère) et aux exercices guidés (jeu de rôle et rétroaction). Le ou la stagiaire tient un "journal de colère" et y décrit comment il fait face aux situations conflictuelles de tous les jours. Le matériel sert aux exercices de jeu de rôle.

Même si les techniques ont été surtout associées à des groupes d'adolescents, les applications qui ont été faites récemment aux populations carcérales adultes ont donné des résultats prometteurs (Kennedy, en voie de préparation). Kennedy a traité 37 détenus adultes à l'aide des méthodes d'enseignement structuré et de contrôle de la colère mises au point par Goldstein et Glick. Tous les groupes traités avaient connu une amélioration marquée lorsqu'on a comparé leurs résultats à ceux des détenus dont le traitement a été remis à plus tard, aux notes autodéclarées obtenues dans les tests préalables au programme, aux notes obtenues sur une échelle de la colère et aux réactions par rapport aux scénarios de jeu de rôle. L'amélioration était proportionnelle à la durée de la participation au programme. Changer l'ordre des traitements, par exemple, commencer par le contrôle de la colère (méthode behaviorale) ou par l'enseignement structuré (méthode cognitive), n'avait aucun effet sur les résultats.

D'autres applications du contrôle de la colère et de l'enseignement structuré conçus par Goldstein et Glick et par d'autres auteurs de programme behavioraux se sont avérées aptes à augmenter les comportements prosociaux dans les établissements. Goldstein et Glick signalent aussi que les programmes mis sur pied dans les collectivités donnent des résultats prometteurs. Cependant, il n'a pas été prouvé que les comportements se généralisaient à l'extérieur des programmes. Goldstein et Glick ont apporté un certain nombre d'innovations visant à obtenir des résultats à long terme, mais aucune preuve en ce sens n'a été recueillie jusqu'à maintenant (Grendreau et Ross, 1987).

L'éducation morale repose sur l'application de la théorie des stades de développement moral mise au point par Lawrence Kohlberg. Elle consiste à discuter en classe de dilemmes correspondant à divers stades de développement moral. Les dilemmes visent à présenter des conflits cognitifs, à donner au sujet l'occasion de faire des jeux de rôle et à le faire passer au stade de développement supérieur. On demande aux membres du groupe d'étudier un dilemme moral, de proposer un point de vue sur le sujet, de l'examiner et d'y réfléchir.

Il a été prouvé que l'éducation morale permettait de modifier les valeurs, mais non les comportements correspondants. Il n'y a pas de preuve non plus que les modifications se maintiennent à long terme ou se généralisent (Ross et Fabiano, 1985).

3. Modification des attitudes

Le seul changement qui dure est le changement intérieur. Le criminel qui n'a pas changé ne possède pas les processus de réflexion nécessaires pour fonctionner de façon responsable.

Yochelson et Samenow (1977)

Les processus de réflexion dont il vient d'être question se rapportent aux caractéristiques suivantes du détenu : refus d'accepter des responsabilités ou de rendre des comptes; égocentricité (incapacité de se mettre à la place d'une autre personne); absence de liens; caractère mensonger; manque de probité; méfiance; poursuite générale du pouvoir et du contrôle; et besoin de récompenses immédiates. Yochelson et Samenow (1977) proposent un programme intensif de jour conçu pour des repris de justice. Le programme exige beaucoup de temps de la part du détenu et du thérapeute et consiste notamment, pour le détenu, à prendre des notes, à indiquer où il en est et à s'examiner et à se surveiller lui-même. Le but poursuivi est la responsabilité totale. D'autres méthodes de modification des attitudes sont énoncées ci-dessous.

Théorie de l'association différentielle

L'approche de l'association différentielle par rapport au changement des attitudes procriminelles repose sur l'hypothèse, en apprentissage social, selon laquelle la criminalité s'apprend par le modelage de schémas criminels (isolés des schémas anticriminels) et le renforcement des comportements criminels. L'un des aspects principaux de cette approche consiste à reconnaître et à utiliser des facteurs des relations interpersonnelles, notamment des caractéristiques du modèle, dans le processus d'apprentissage.

Dans le cadre d'une série d'expériences, Andrews (1980) et ses collègues ont fait varier les conditions des programmes communautaires destinés aux probationnaires. Ces programmes consistaient à réunir un nombre égal de citoyens bénévoles et de détenus dans des groupes de discussion portant sur les thèmes suivants : le rôle des règles, la validité et les limites des rationalisations courantes des infractions aux lois et l'autocontrôle vu sous l'angle de l'apprentissage social. Par rapport aux groupes des loisirs et aux groupes témoins en liste d'attente, les groupes dirigés par des agents de probation axés sur l'empathie (compétences interpersonnelles) et la socialisation (orientation conventionnelle) avaient a) les taux de récidive les plus bas, b) les augmentations les plus fortes pour ce qui est du respect de la loi, des tribunaux et de la police, et c) les baisses les plus marquées au niveau de la tolérance des infractions aux lois et de l'identification avec les détenus. L'ampleur des attitudes prosociales des bénévoles a également influé sur le succès obtenu.

En poussant plus loin l'examen des rapports entre la récidive et les modifications d'attitudes produites (selon Andrews, 1980), on a observé que les autres changements énumérés ci-après permettaient de prévoir la non-récidive : a) une intensification de la socialisation; b) une diminution de la psychopathologie; et c) une diminution du désir de contrôler les autres.

Dans le cadre d'une enquête consistant notamment à donner une formation à l'autogestion (observation de soi, auto-éducation et auto-anticipation), Wormith (1984) a fait varier la qualité de la formation visant à modifier les attitudes et a découvert que le groupe qui avait reçu la meilleure formation à cet égard, assortie d'une formation à l'autogestion, avait modifié son comportement dans le sens prosocial, mais que le groupe qui avait participé au programme de qualité inférieure, assorti aussi d'une formation à l'autogestion, avait pour sa part modifié son comportement dans le sens antisocial.

Ce n'est que dans le groupe qui avait reçu la formation de haute qualité, assortie de la formation à l'autogestion, que l'on ne retrouvait pas de récidive importante (peine de plus d'un an) au moment du suivi. On a découvert aussi que les changements dans les attitudes et la personnalité jouaient un grand rôle dans le succès du détenu au moment de la mise en liberté.

L'auteur de l'étude a conclu qu'il fallait influer sur les attitudes et les comportements pour obtenir les avantages désirés. Cependant, Kennedy (en cours de préparation) a constaté que les attitudes procriminelles des détenus prenaient une direction nettement prosociale pendant le traitement même si on ne faisait aucun effort direct pour les modifier.

Non seulement ce groupe d'études montre qu'il est possible de changer les attitudes, mais il souligne aussi que les liens entre divers types de programmes sont complexes et que les compétences et les qualités des agents de changement méritent un examen attentif.

Programmes cognitifs

Dans une critique de l'éducation morale proposée par Goldstein et Apter (1987), Ross et Fabiano (1985) ont mis en doute le lien entre le raisonnement moral et les valeurs morales. En effet, ils ont soutenu qu'une personne peut acquérir des capacités de raisonnement tout en conservant un système de valeurs antisocial au égocentrique. Ils proposent que l'on mette plutôt l'accent sur le développement de l'empathie (c'est-à-dire la capacité de comprendre le mode de pensée et les sentiments d'un autre et de se mettre à sa place) dans l'espoir que le comportement antisocial s'en trouve inhibé. Cette formation a comme but ultime de développer l'empathie affective qui amène le sujet à se soucier des autres et à comprendre leurs sentiments. Les auteurs recommandent d'opter pour la discussion sur les dilemmes moraux parce qu'elle permet de développer cette empathie et ce raisonnement interpersonnels.

À l'instar d'Andrews (1980) et de Yochelson et Samenow (1987), Ross et Fabiano soulignent que le moniteur de formation joue un rôle important à titre de modèle. Il doit démontrer consciemment son adhésion aux valeurs prosociales et renforcer positivement les attitudes et les sentiments qu'expriment les clients en ce sens.

C. Efficacité du traitement correctionnel

Les efforts déployés à l'appui de la réadaptation ont donné lieu à plusieurs descriptions complètes de ce qu'est un traitement efficace dans le secteur correctionnel (par ex., Ross et Gendreau, 1980; Gendreau et Ross, 1987; Ross et McKay, 1980; Ross et Fabiano, 1985). Les principales conclusions de ces études sont résumées ci-dessous.

1. Différences individuelles

Les programmes doivent être conçus en fonction des capacités et des modes d'apprentissages particuliers des détenus. Gendreau et Ross donnent l'exemple d'un programme où l'on enseignerait le raisonnement moral à des jeunes qui ne posséderaient pas les capacités cognitives nécessaires (par ex., la pensée abstraite ou une compréhension adéquate de la dynamique interpersonnelle). Comme Andrews et d'autres l'on souligné, il faut aussi contrôler étroitement les caractéristiques des moniteurs de formation ou des thérapeutes.

2. Développement des capacités cognitives

Les programmes correctionnels les plus fructueux sont ceux qui font appel à des techniques visant à modifier les processus de réflexion des détenus. Ces techniques comprennent notamment l'apprentissage du contrôle des impulsions, l'introspection, l'esprit critique et la résolution de problèmes interpersonnels par la méthode cognitive.

3. Durée du traitement

En général, les effets bénéfiques du traitement sont proportionnels à sa longueur et à son intensité.

Vll. Recommandations pour le secteur correctionnel

A. Soutien des familles : traitement et prévention de la violence

Le rôle que peut jouer la famille du détenu est l'un des instruments les plus précieux et les plus pratiques que nous ayons dans la réadaptation du détenu ou du criminel.

Homer (1979), p. 47

À maints égards, l'étude de la violence familiale soulève certainement plus de questions qu'elle n'offre de réponses. Toutefois, les constatations qui ont trait aux antécédents familiaux dysfonctionnels de bon nombre de responsables de la violence familiale, qu'ils aient été arrêtés ou non, sont claires et ont été soulignées tout au long de la présente étude. Poursuivant les arguments liés à l'importance des variables familiales dans le comportement violent et criminel, nous étudierons maintenant les effets des relations familiales sur la récidive.

Il a été prouvé que, dans les programmes où l'on utilisait les comportements des parents pour modifier l'interaction parent-enfant, on obtenait une diminution à court terme des comportements antisociaux. Même si les effets à long terme n'ont pas encore été établis, chercheurs et praticiens s'entendent à dire qu'il est bon d'intervenir tôt dans la famille pour prévenir l'émergence d'un comportement criminel (par ex., Gendreau et Ross, 1987; Loeber et Stouthammer-Loeber, 1986).

Il a également été prouvé que les programmes axés sur les relations familiales des détenus adultes avaient des répercussions sur la récidive. Le New York State Correctionnal Services Family Reunion Program(programme de réunion des familles du Service correctionnel de l'État de New York), qui prévoit des visites de la famille étendue dans des maisons mobiles installées sur place, a fait l'objet d'une étude approfondie à cet égard. Selon l'analyse la plus récente (Macdonald et Bala, 1986), une étude de suivi menée auprès de 204 détenus qui avaient participé au programme de réunion des familles en 1982 et étaient en liberté en décembre 1984 a établi que leur taux de réincarcération était de 19,6%. Ce taux est bien inférieur au taux prévu de 26,5%, calculé d'après le taux de réincarcération de l'ensemble des détenus.

Holt et Miller (1972, relatés dans Homer, 1979) ont observé que 70% des détenus qui avaient eu au moins trois visites de membres de leur famille n'ont pas été arrêtés pendant leur première année de liberté conditionnelle, comparativement à 50% des détenus qui n'avaient eu aucun contact. De plus, 12% des membres du deuxième groupe ont été renvoyés en détention, comparativement à seulement 2% du premier groupe.

Dans une étude documentaire, Homer (1979) a soutenu que le fait, pour un détenu, de retourner ou non dans sa famille était un facteur important de prévision de la récidive. Selon lui, ce sont les détenus qui vivent avec une femme, un mari ou des parents pendant qu'ils sont en liberté conditionnelle qui ont le moins de problèmes, comparativement à ceux qui vivent seuls, avec des frères et soeurs ou avec d'autres personnes. Plus le détenu a des liens familiaux ou sociaux étroits, moins il risque de connaître l'échec au moment de sa libération conditionnelle. Homer prétend que le rapport positif marqué entre la force des liens familiaux et sociaux et le succès de la libération conditionnelle s'est maintenu pendant plus de 50 ans dans des populations carcérales et des endroits tout à fait différents les uns des autres.

Les études susmentionnées prouvent que l'existence de liens familiaux étroits peut faciliter la réinsertion des détenus dans la collectivité et réduire la probabilité de la récidive criminelle.

Les auteurs de la présente étude recommandent donc que le souci de favoriser l'instauration de relations familiales harmonieuses par le soutien aux familles soit au coeur des nouvelles initiatives prises en matière de violence familiale dans le système correctionnel fédéral. Certains éléments de preuve nous permettent de croire que le soutien familial atténuerait la récidive criminelle des détenus d'aujourd'hui et le comportement criminel de ceux qui leur succéderont.

L'ensemble des programmes proposés ci-dessous devraient être regroupés sous la rubrique du soutien aux familles parce qu'ils visent à aider les détenus à acquérir et à développer des compétences d'ordre familial comme la capacité de bien jouer leur rôle parental, le contrôle de la colère et la communication. Il faudrait, dans toute la mesure du possible, aider les membres de la famille des détenus en leur donnant du counselling et en les dirigeant vers les sources appropriées (par ex., les groupes d'entraide pour femmes battues, l'aide dans les soins de jour).

Conformément aux conclusions de Zamble et Porporino (1988), il est recommandé qu'on instaure des programmes de soutien aux familles et qu'on les offre aux détenus tout au long de leur période d'incarcération et surtout au début, au moment où ils sont le plus réceptifs aux changements.

B. Programmes proposés

1. Cibles

Même s'il a été question des détenus violents tout au long de la présente étude, nous ne soutenons pour autant que les programmes de violence familiale ne doivent s'adresser qu'à eux. Dans les populations qui ont fait l'objet de cette étude, les hommes violents à l'extérieur du foyer ne l'étaient pas nécessairement envers leur famille, tout comme les hommes violents envers leur famille n'étaient pas nécessairement violents à l'extérieur.

Les statistiques établies en juin 1988 pour l'ensemble du secteur correctionnel canadien indiquent que l'état matrimonial des détenus sous responsabilité fédérale se répartissait ainsi : célibataires, 49,9%; mariés et vivant en union de fait, 38,5%; séparés et divorcés, 9,8%; et veufs, 1,3%.

Ces statistiques permettent de déterminer dès le départ qu'il s'agit d'un groupe qui a connu des conflits conjugaux. De plus, il peut être indiqué, pour une bonne partie des détenus (38,5%), de renforcer les liens familiaux et d'empêcher de futurs épisodes de violence familiale. A cet égard, Zamble et Porporino (1988) ont indiqué que les conflits (querelles, disputes) avec leur femme ou leur amie figuraient parmi les problèmes les plus fréquemment cités par les détenus de sexe masculin. En général, les détenus entretenaient des relations accidentelles, superficielles et ténues avec leur famille et avaient de la difficulté à conserver des relations avec les femmes.

Dans l'étude de Zamble et Porporino, 52% des détenus de sexe masculin déclaraient être pères. Avant leur incarcération, 20% vivaient avec leurs propres enfants. Pour ce qui est des détenues, MacLeod (1986) a regroupé des données du Canada, de la Grande-Bretagne et de l'Australie et a estimé que de 50% à 70% des détenues canadiennes avaient eu des enfants et que de 30% à 40% en prenaient soin au moment de leur incarcération. Planned Parenthood of New York Inc. (1987) a mentionné que 80% des détenues du Bayview Correctional Facility de New York étaient mères et que, à leur sortie, la plupart d'entre elles continueraient à avoir la charge principale de leurs enfants.

2. Modules

Il est proposé d'adopter une approche par modules parce que le traitement doit être individualisé (Ross et Gendreau, 1980). Conformément aux suggestions qui ont été faites tout au long du présent rapport au sujet de l'efficacité des traitements, il est recommandé aussi que les programmes soient directifs et structurés tout en faisant appel au renforcement et au soutien positifs par les pairs. Les détenus doivent participer, dans toute la mesure du possible, aux aspects organisationnels des programmes. Ceux-ci doivent être fondés sur l'apprentissage et compter parmi leurs éléments essentiels le modelage et le jeu de rôle. Le traitement doit viser à améliorer les capacités cognitives et à inculquer des comportements prosociaux.

La participation aux programmes doit être soumise à des paramètres rigoureux. Par exemple, on peut exiger que les détenus aient manqué au maximum deux séances pour être considérés comme participants. Le fait qu'ils aient terminé avec succès les divers modules ou qu'ils aient obtenu leur diplôme serait consigné.

Lorsque c'est possible, il faut établir rapidement des liens avec des programmes communautaires. Il faut faire tous les efforts nécessaires pour que la formation acquise puisse être transférée et généralisée à toute une gamme de situations et de conflits éventuels.

S'il s'agit de problèmes psychologiques d'ordre plus psychodynamique, par exemple, la dépression, il faut offrir aux détenus des services de thérapie individuelle.

Nous reconnaissons que des programmes semblables à ceux qui sont proposés ci-dessous existent déjà dans un certain nombre d'établissements fédéraux, notamment la maîtrise de la colère et les visites familiales. Cependant, ces programmes sont spécialement conçus en fonction de la violence familiale.

a) Éducation à la vie familiale

Il est recommandé d'offrir d'abord un programme général d'éducation à la vie familiale qui pourrait donner suite à des activités plus précises ultérieurement. Ce programme pourrait comporter une série de "soirées d'information" non menaçantes portant chacune sur un aspect de la vie familiale. Il y aurait des conférences données par des gens de la collectivité, des films ou des dramatiques, puis une discussion ouverte guidée par un animateur. On pourrait y aborder les rôles parentaux, la violence dans la famille et la communication. A la fin de la soirée, on présenterait les modules appropriés.

L'expérience de l'Arthur Kill Correctional Facility de Staten Island, New York, relatée par Garnet et Lubell (1982), vient étayer l'importance de se fonder sur une introduction générale. En 1982, un groupe communautaire d'aide aux conjoints violents ( Women's Aid in Crisis, Inc.) a tenu des séances exploratoires sur la violence familiale. Il s'agissait de réunions ouvertes auxquelles on conviait simplement les détenus sans leur demander s'ils avaient des antécédents de violence familiale. Les auteurs ont noté que les hommes (50 à 70 détenus par séance) se rendaient d'abord à la réunion par curiosité, puis y restaient parce que le sujet les intéressait vivement. A peu près la moitié du groupe quittait la salle une fois la partie de l'information et du film terminée. La discussion qui s'ensuivait était généralement spontanée et dynamique; les détenus y exprimaient de la solitude et de la colère envers leur femme et y posaient des questions sur le soutien financier et la garde des enfants. Certains se disaient inquiets de retrouver leur partenaire et voulaient des conseils sur la façon de faire face aux conflits affectifs intenses qu'ils prévoyaient. Quelques détenus se sentaient trop menacés par l'expression en groupe; on leur offrait alors des séances individuelles à la suite de la rencontre de groupe. Les auteurs étaient d'avis que la réunion soulevait chez bon nombre de participants le désir de s'inscrire par la suite à un programme destiné aux conjoints violents. Malheureusement, il n'y a pas d'information sur les résultats à plus long terme ou le succès du programme.

b) Maîtrise de la colère

Les programmes de maîtrise de la colère devraient faire appel à toute la gamme des techniques cognitives en usage dans la collectivité puisque rien ne prouve que l'une soit plus efficace que l'autre. Les groupes destinés aux conjoints violents devraient être distincts de ceux qui s'adressent aux parents violents parce que les sujets ne présentent pas les mêmes caractéristiques et ne sont pas du même sexe. Les programmes de maîtrise de la colère ne doivent pas être isolés des autres modules, et en particulier de ceux qui visent à mieux faire comprendre la dynamique de la violence, à modifier les attitudes sous-jacentes et à développer d'autres comportements à partir de changements d'orientation, c'est-à-dire les modules portant sur la violence dans les relations, les rôles sexuels et l'éducation morale. Il est bon d'évaluer en détail le rôle de la colère, de l'agression et du contrôle à l'intérieur de la violence du sujet (par exemple, violence instrumentale ou expressive) pour déterminer s'il y a lieu de mettre l'accent sur la maîtrise de la colère ou sur la modification des attitudes.

Comme bon nombre de collectivités offrent des programmes sur la violence faite aux femmes et les compétences parentales qui visent notamment à réduire la colère, il faut, au besoin, permettre aux libérés conditionnels d'y participer. Le modelage prosocial par les pairs est l'un des avantages évidents d'une telle disposition.

c) Communication

Dans ce module, on enseignerait notamment l'affirmation de soi et la communication non violente dans les relations hétérosexuelles. On s'y exercerait à développer des comportements d'initiative-demande et de réponse.

d) Violence dans les relations

On enseignerait ici des solutions de rechange à la violence comme moyen de contrôle dans les relations conjugales. On insisterait sur l'importance du compromis, de la négociation et d'autres stratégies non violentes.

e) Rôles sexuels

On chercherait à amener les sujets à prendre conscience des aspects négatifs et restrictifs des attentes et des mythes qui entourent les rôles masculins et féminins de même que les rôles du mari et de la femme, du père et de la mère et du parent et de l'enfant.

f) Développement des compétences parentales

Cettes formation ferait appel à la fois à des techniques didactiques et à des discussions et viserait à donner de l'information sur le développement normal de l'enfant, à enseigner des techniques non violentes d'éducation et à renforcer les attitudes de protection et d'affection envers les enfants.

On pourrait discuter des actes dont les détenus ont eux-mêmes été victimes pendant leur enfance afin de faire naître chez eux de l'empathie. A cet égard, l'information sur les effets de la violence sur les enfants et sur la transmission de la violence d'une génération à l'autre pourrait amener les détenus à saisir les répercussions de leur comportement sur leur entourage et à vouloir changer. Les discussions sur les relations avec les parents pourraient s'étendre aux besoins des personnes âgées.

Selon le modèle de New York ( Planned Parenthood of New York, 1987), les groupes portant sur les compétences parentales pourraient, dans les établissements de détention pour hommes, être plutôt appelés groupes sur le rôle de père, afin de souligner que les pères sont des parents (et sont responsables) tout autant que les mères.

g) Groupes de discussion sur les valeurs

Il faudrait concevoir et établir, à titre de projet pilote, des groupes de discussion sur les valeurs fondés sur divers modèles énoncés dans le présent document. Il faudrait, en outre, considérer comme primordiales dans la conception de chacun des modules les tentatives de modification des attitudes procriminelles; des agents de changement et des bénévoles de la collectivité se chargeraient d'obtenir cette modification par le modelage d'attitudes et de comportements prosociaux.

h) Problèmes des détenus libérés depuis peu

Il se peut que les détenus se préoccupent des rapports qu'ils, devront rétablir avec leur femme, leur mari ou leur ami(e). Ils craignent peut-être d'être accueillis par des enfants qui ne les reconnaîtront plus comme mère ou comme père ou qui leur en voudront d'être partis. Ce module leur permettrait de discuter de ces difficultés et de s'y préparer.

Un programme semblable a été offert dans le système correctionnel de New York (Planned Parenthood of New York, 1987). Les participants de sexe masculin ont énuméré les problèmes qu'ils jugeaient importants. En tête de liste venaient le remariage et le rôle de parent à jouer envers les enfants de la partenaire, l'adaptation sexuelle et la nécessité de faire comprendre à la partenaire qu'on n'est peut-être pas prêt à répondre à ses besoins, le rétablissement des liens avec les enfants qui sont partis, le besoin d'obtenir le soutien et la compréhension de la partenaire et de la collectivité et l'emploi.

C. Les visites familiales, un atelier

Le soutien assuré par les contacts familiaux est essentiel au succès des programmes exposés précédemment. Les visites ou les contacts familiaux, selon l'acception de la présente étude, constitueraient l'atelier ou le laboratoire permettant de mettre à l'essai et d'appliquer, dans un milieu favorable, les compétences et les connaissances acquises. Le détenu se verrait assigner des "travaux pratiques" à faire pendant la visite.

Si l'on veut que la visite familiale devienne un atelier de "vie familiale", il faut la gérer de la même façon que n'importe quel autre programme de réadaptation. L'observation de la dynamique de la visite familiale permettrait peut-être de déceler les points forts et les lacunes des détenus et des membres de leur famille et de préparer des programmes. Les détenus peuvent également être amenés à prendre davantage conscience de leurs responsabilités conjugales et familiales et à s'exercer dans les compétences acquises au niveau des rôles parentaux et de la communication.

On observe souvent que les détenus sont désorientés pendant les visites familiales et ne savent pas quoi dire à leur femme ou comment se comporter avec leurs enfants. Les pères indiquent qu'ils se sentent frustrés de ne pouvoir contribuer à l'éducation de leurs enfants ou de ne pouvoir aider leur femme à résoudre les difficultés familiales.

Le contact avec les enfants revêt une importance particulière pour les mères qui sont incarcérées. Selon MacLeod, le rôle de mère est souvent le seul lien positif qui unit les détenues à un avenir réaliste et constructif. Ætre séparées des enfants est l'un des problèmes les plus graves des femmes incarcérées (Baunach, 1985). Les détenues autochtones ont des besoins particuliers à l'intérieur de ce groupe puisque leurs enfants sont plus susceptibles d'être confiés au réseau de l'aide à l'enfance et d'être placés dans des familles d'accueil non autochtones.

Les contacts familiaux ont de l'importance aussi pour la famille du détenu.

L'incarcération d'un parent, surtout s'il s'agit du pourvoyeur, entraîne des difficultés financières et affectives et contribue à l'éclatement de la famille (Homer, 1979). Fishman (1988) fait remarquer que la communication régulière avec leur mari détenu améliore grandement la vie sociale et familiale de la plupart des femmes.

Les programmes décrits ci-dessus, assortis d'un "atelier" de visite ou de contact familial, permettraient aux détenus de jouer un rôle positif dans leur famille et de prendre part aux décisions; en outre, ils prépareraient mieux les détenus et leur famille à la réinsertion.

D. Identification et évaluation

1. Facteurs de risque de la violence conjugale

Il faut, pour prévoir la violence familiale, prendre en considération un certain nombre de facteurs situationnels et psychologiques. Les facteurs suivants sont associés, à divers degrés, à un risque de violence conjugale. On verra que les facteurs sont peu nombreux et qu'ils sont donc d'une utilité limitée pour ce qui est d'identifier les conjoints qui ont déjà été violents ou qui le sont maintenant.

Tableau 3 - Facteurs de risque de la violence conjugale
&nbps; *Lien marqué *Lien moins marqué *Lien non clairement établi pour le moment
Facteurs liés aux antécédents situation professionnelle peu enviable
faible revenu
faible niveau d'instruction
chômage
arrestations au criminel
âge : 25 à 35 ans
Facteurs comportementaux agression sexuelle de la femme
violence envers les enfants
abus de l'alcool et des autres drogues
menaces de suicide ou d'homicide
Facteurs psychologiques faible niveau d'affirmation de soi
témoin de violence pendant l'enfance
faible niveau d'estime de soi
victime de violence pendent l'enface
grand besoin de pouvoir et de domination
extériorisation de blâme pour la violence
attitudes rigides face aux rôles sexuels
peur de l'abandon
peur de l'intimité
impulsivité
rigidité cognitive
*Le contenu de ces deux colonnes est tiré de Hotaling et Sugarman, 1986.
2. Évaluation du détenu

Les agents de gestion des cas et le personnel chargé des traitements devraient évaluer en profondeur les antécédents et les besoins des détenus pour pouvoir les aider à choisir les modules qui leur conviennent. Ils étudieraient notamment les processus de réflexion, les points forts et les lacunes sur le plan cognitif, le mode de vie, les motivations, les valeurs, les liens d'affection et les besoins des détenus.

Au tableau 4 figure un jumelage des programmes proposés et des besoins et caractéristiques évalués. Il s'agit d'une ébauche de ligne directrice, qui ne devrait empêcher aucun détenu de se présenter de lui-même à l'issue du programme d'éducation à la vie familiale.

Tableau 4 - Jumelage des programmes et des besoins
Programme Cibles Besoins et Catactéristiques
Maîtrise ou contrôle de la colère conjoints et parents violents impulsivité (violence expressive)
Communication conjoints et parents violents faible niveau d'affirmation de soi
difficulté à exprimer ses sentiments
Violence dans les relations conjoints violents grands besoin de pouvoir et de domination
violence instrumentale
mode de vie violent
Rôles sexuels conjoints et parents violents apprentissage rigide des rôles sexuels
Développement des compétences parentales conjoints et paents violents
parents
Discussion sur les valeurs conjoints et parents violents violence instrumentale
mode de vie violent
absence d'empathie
égocentrisme

E. Poursuite de la recherche dans le secteur correctionnel

1. Victimes

Les praticiens du secteur de la justice pénale ont estimé qu'entre 70% et 80% des femmes incarcérées ont été victimes, pendant leur enfance ou leur vie adulte, d'au moins un genre de violence familiale. Le genre le plus souvent mentionné est l'inceste, mais on ne connaît pas l'ampleur des divers types de violence. Il faut étayer et étudier davantage ces questions si l'on veut proposer, avec preuves à l'appui, des traitements appropriés. Tout programme de soutien portant sur la violence familiale doit prendre en considération la victime et l'auteur de la violence, non seulement dans le contexte de l'aide thérapeutique immédiate à apporter à la détenue-victime, mais aussi dans celui de la prévention, puisque victime et auteur de violence ne sont souvent qu'une seule et même personne.

2. Autochtones

Dans le cadre de la Révision du droit correctionnel (1988), on signale que les familles des détenus autochtones vivent davantage d'instabilité et de problèmes que celles des détenus non autochtones. De plus, les autochtones courent plus de risques d'être envoyés dans des établissements correctionnels pour avoir commis des crimes avec violence. Malheureusement, ils participent moins aux programmes de réadaptation offerts dans les prisons. Leur taux de participation aux programmes qui s'adressent précisément à eux est plus élevé, mais il demeure faible. Bon nombre de détenus autochtones ont des besoins culturels particuliers qu'ils ne partagent pas avec les non-autochtones. Dans les recherches qui seront menées ultérieurement sur la violence familiale et les programmes de soutien familial dans les prisons, il faudrait examiner les besoins particuliers des détenus autochtones et les prendre en considération dans la conception de programmes.

3. Appréciation

Une appréciation approfondie des caractéristiques liées aux antécédents, du comportement, des connaissances, de la personnalité, des valeurs et des attitudes ainsi qu'une description complète de l'expérience du détenu par rapport à la violence sont des préalables fondamentaux à la recherche sur la violence familiale dans le secteur correctionnel. Cette information permettrait de jeter les bases d'une définition des types d'auteurs de violence et de les jumeler ensuite avec les résultats des programmes.

Il faut faire de la recherche pour découvrir et étudier des instruments et des méthodes d'évaluation dans le secteur de la violence familiale et recommander des applications dans le cadre correctionnel.

4. Évaluation des programmes

Les évaluations des programmes de traitement doivent comparer des types de traitement (par ex., le traitement cognitif/behavioral de groupe par rapport à la psychothérapie de groupe), des durées de traitement, des éléments de traitement (par ex., modification des opinions et des attitudes avec ou sans formation behaviorale) et des résultats (par ex., sévices, menaces et violence affective).

Étant donné la confusion et l'insatisfaction qui règnent quant aux méthodes actuelles d'évaluation des résultats des traitements, il importe d'explorer et d'évaluer d'autres mesures de résultats. Il faut également concevoir des méthodes plus pratiques de suivi à long terme et en faire l'essai.

Vlll. Conclusions

Si l'on veut combattre sérieusement la violence familiale dans le secteur correctionnel, il faut, dès le départ, considérer le détenu comme un être social ayant des liens familiaux importants. A partir de l'admission, il faut orienter les services offerts vers l'identification, la préservation et le renforcement des relations importantes du détenu. Il faut lui donner la possibilité de comprendre les relations qui peuplent sa vie et de s'exercer à prendre des décisions à leur sujet. Il peut être précieux d'intégrer à une stratégie de réadaptation globale l'influence et les aspects positifs des relations familiales importantes.

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