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Étude sur l'appartenance à un gang et sur les jeunes au
sein de la population autochtone sous responsabilité fédérale

2002 No R-121


Étude sur l'appartenance à un gang et sur les jeunes au
sein de la population autochtone sous responsabilité fédérale

Mark Nafekh

Direction de la recherche

Service correctionnel du Canada

Juin 2002


REMERCIEMENTS

Je tiens à remercier Sarah Auger et Roger Boe pour l’aide qu’ils m’ont apporté dansce projet, ainsi que Jeff Latimer pour sa contribution dans les analyses préliminaireset son rôle dans le processus de gestion des données. Je veux aussi remercierKelley Blanchette pour son aide dans la rédaction du document.

RÉSUMÉ

La raison qui nous a incité à effectuer la présente étude est qu’on a laissé entendreque, parmi les plus jeunes délinquants sous responsabilité fédérale (25 ans oumoins), les Autochtones étaient plus susceptibles d’être affiliés à un gang que lesnon-Autochtones. Une étude sur l’appartenance aux gangs dans les établissementsfédéraux a déjà été faite dans le but d’élaborer des stratégies d’intervention ciblantles gangs et d’améliorer les stratégies existantes. Les résultats de cette étudejustifiaient une analyse plus poussée sur les délinquants autochtones affiliés à ungang, notamment l’Indian Posse, les Manitoba Warriors et le Native Syndicate.Notre étude se divise en deux parties, dans lesquelles nous comparons lesdélinquants autochtones de sexe masculin selon divers facteurs de risque statiques(p. ex. la gravité des infractions et les antécédents de délinquance sexuelle) etdynamiques (tels que les antécédents professionnels, les fréquentations et l’attitudegénérale). Dans la première partie, nous examinons la question de l’appartenance àun gang, en tenant compte de l’âge des délinquants, et dans la deuxième, nousexaminons les différences entre les plus jeunes délinquants autochtones et leursaînés.

Il est devenu manifeste, au cours des analyses préliminaires, qu’il fallait examinerséparément, chez les délinquants autochtones, les différences selon l’âge et selonl’appartenance à un gang. L’étude visant à déterminer si l’affiliation à un gang chezles délinquants autochtones est une caractéristique des jeunes a montré que 80 %de tous les délinquants (autochtones et non autochtones) affiliés à un gang dans larégion des Prairies avaient 25 ans ou moins au moment de leur admission dans unétablissement fédéral. Soixante-quinze pour cent des délinquants de ce groupeétaient de descendance autochtone. Compte tenu de la forte concentration de jeunesdélinquants autochtones dans les gangs, nous avons effectué des analysesindépendantes pour examiner la question de l’âge et celle de l’affiliation à un gang ausein de la population des délinquants autochtones sous responsabilité fédérale.L’affiliation des délinquants à un gang a été déterminée par la Division de la sécuritédu Service correctionnel du Canada (SCC)1. Nous avons ensuite eu recours auSystème de gestion des délinquants (SGD) du SCC pour en extraire toutes lesdonnées concernant le risque criminel et les besoins liés aux facteurs criminogènes.Le Système contenait des renseignements sur 2 792 délinquants autochtones desexe masculin qui avaient été ou étaient encore incarcérés dans un établissementfédéral. Environ 6,6 % de ces délinquants appartenaient à un gang.Dans la première partie de l’étude, nous avons apparié des délinquants autochtonesappartenant à un gang et d’autres délinquants autochtones, selon leur âge àl’admission, la durée de leur peine et la nature de l’infraction commise. Les analysespréliminaires n’ont pas permis de déceler des différences entre les deux groupes selon le type de gang. Par conséquent, toutes les analyses présentées ici concernent l’affiliation à un gang, quel qu’il soit.

Les méthodes et sources d’identification sont énoncées dans la Directive du commissaire no 576.

Les comparaisons entre les deux groupes ont révélé qu’il y avait peu de différencesentre eux sur le plan des facteurs de risque statiques et dynamiques, sauf en ce quiconcerne ce qu’on pourrait associer à des facteurs socio-économiques. Ainsi, uneplus grande proportion des membres de gangs habitaient un quartier à caractèrecriminogène et avaient surtout des amis délinquants ou fréquentaient beaucoup dedélinquants. Ils étaient également plus susceptibles que les délinquantsn’appartenant pas à un gang d’avoir de la difficulté à lire et à écrire ou d’avoir desdifficultés d’apprentissage, et de ne pas avoir d’antécédents professionnels. Demême, une plus grande proportion d’entre eux étaient agressifs et hostiles, avaientcommencé à consommer de la drogue très jeunes et avaient une attitude négative àl’égard de la police et des lois.

En ce qui concerne les facteurs de risque statiques, les délinquants appartenant à ungang étaient plus susceptibles que les autres d’avoir déjà été condamnés par untribunal pour adolescents à une période de garde en milieu ouvert ou fermé.L’examen des antécédents criminels dans le système fédéral a montré que, parrapport aux délinquants de l’autre groupe, ces délinquants étaient plus susceptiblesde purger une peine pour vol qualifié et voies de fait, mais moins susceptibles d’avoirété condamnés pour une infraction sexuelle. Il est intéressant de constater qu’il n’yavait pas de différences entre les deux groupes pour ce qui est de la possession etdu trafic de drogue, des activités criminelles fortement associées aux activités desgangs.

Les résultats de la première partie de l’étude donnent à penser que, lorsqu’on tientcompte de l’âge, les différences sur le plan des facteurs de risque statiques entre lesmembres de gangs et les non-membres au sein des délinquants autochtones sousresponsabilité fédérale s’atténuent. Toutefois, les différences qui existent corroborentla notion que l’appartenance à un gang chez les délinquants autochtones est unecaractéristique des jeunes et est attribuable à des facteurs socio-économiques.Même s’il y a eu une augmentation des comportements violents et de l’affiliation à ungang chez les délinquants autochtones2, les résultats de la première partie de l’étudedonnent à penser que la jeunesse constitue un facteur de risque atténuant. Lesstratégies d’intervention devraient donc être axées sur les besoins des jeunesAutochtones tout en permettant de gérer efficacement ceux qui sont affiliés à ungang.

Dans la deuxième partie de l’étude, nous avons examiné les différences entre lesdélinquants autochtones sous responsabilité fédérale selon leur âge. Nous avonsséparé les délinquants en deux groupes : 25 ans ou moins, et plus de 25 ans.Comme dans la première partie, nous avons établi des comparaisons selon lesfacteurs démographiques et les facteurs de risque statiques et dynamiques.

Services d’information de recherches, 10-2000

Les comparaisons du niveau global de risque ont donné des résultats statistiquementfiables. Il est intéressant de constater qu’une plus grande proportion des délinquantsautochtones plus âgés avaient été classés dans la catégorie «risque élevé» aumoment de l’admission. Toutefois, une étude plus approfondie des antécédentscriminels dans le système fédéral a révélé que ces délinquants étaient plussusceptibles que les plus jeunes d’avoir purgé ou de purger une peine pour uneinfraction sexuelle. Comme les délinquants ayant commis ce genre d’infraction ont deplus fortes chances d’être classés dans la catégorie «risque élevé» au moment del’admission, cette constatation peut être attribuée à la différence dans la nature desinfractions commises. La comparaison de la nature des infractions a aussi révélé queles plus jeunes délinquants autochtones étaient moins susceptibles d’avoir étécondamnés pour possession et trafic de drogue, des infractions associées auxactivités des gangs.

L’examen des facteurs de risque dynamiques a montré que les délinquantsautochtones ayant 25 ans ou moins au moment de l’admission avaient des besoinssensiblement plus élevés dans le domaine de l’emploi. Les résultats ont aussi permisde mettre en évidence des différences significatives dans d’autres catégories debesoins. Les plus jeunes délinquants avaient plus de difficultés dans les domainesde la consommation de drogue et des fréquentations, et des besoins moins élevéssur le plan des relations conjugales et familiales.

Les comparaisons de tous les indicateurs évalués au moment de l’admission ontpermis d’établir d’autres différences entre les deux groupes d’âge. Les différencesles plus évidentes se retrouvent dans le domaine des antécédents criminels avantl’âge adulte. Une plus grande proportion des plus jeunes délinquants avaient déjàcommis une infraction durant leur adolescence (84,1 % par rapport à 36,6 %),avaient fait l’objet d’une période de garde en milieu ouvert ou en milieu fermé, d’untransfèrement disciplinaire entre une garde en milieu ouvert et une garde en milieufermé (16,0 % par rapport à 2,2 %) et d’un transfèrement d’une garde en milieufermé à un établissement pour adultes.

Pour résumer, nous avons mis en lumière les principales différences entre lesdélinquants autochtones affiliés à un groupe du crime organisé et les autresdélinquants autochtones, en tenant compte de l’âge. Nous avons également examinéles distinctions entre les délinquants autochtones «plus jeunes» et les «plus âgés».Même si les stratégies d’intervention ciblant les gangs devraient s’attaquer au risqueassocié à l’appartenance à un gang, les résultats de notre étude laissent croirequ’elles devraient aussi être axées sur les jeunes Autochtones, et plus précisémentsur les besoins qu’on a identifiés chez les plus jeunes Autochtones qui consommentde la drogue et qui avaient déjà eu des démêlés avec le système judiciaire avantl’âge adulte au moment de leur admission dans un établissement fédéral.

TABLE DES MATIÈRES

LISTE DES TABLEAUX

ÉTUDE SUR L'APPARTENANCE À UN GANG ET SUR LES JEUNES AU SEIN DE LA POPULATION AUTOCHTONE SOUS RESPONSABILITÉ FÉDÉRALE

La sur représentation des Autochtones dans le système de justice pénale est un sujetqui préoccupe beaucoup les décideurs et les praticiens du domaine correctionnel.Une enquête a déjà montré que les détenus autochtones sont, en moyenne, plusjeunes que les détenus non autochtones, ont moins d’instruction et sont plussusceptibles d’avoir été sans emploi (Finn, Trevethan, Carrière et Kowalski, 1999).On a également observé que les délinquants autochtones ne constituent pas ungroupe homogène, puisqu’ils ont des cultures diverses et des statuts juridiques etconstitutionnels différents (Commission nationale des libérations conditionnelles,1988). Par conséquent, les analyses portant sur les tendances au sein de lapopulation des délinquants autochtones sont souvent difficiles et complexes.De récentes initiatives de prévention du crime axées sur les gangs de jeunesAutochtones donnent à penser que l’affiliation à un gang constitue un critère decomparaison au sein de la population autochtone3. Les gangs de jeunes Autochtonesont un effet négatif sur la stabilité des établissements correctionnels fédéraux, surtoutdans la région des Prairies (Rapport du groupe de travail sur la sécurité, SCC, 1999).On craint, à juste titre, que les problèmes liés à cette population persisteront, puisqueles jeunes Autochtones constituent l’un des groupes démographiques en fortecroissance au sein de la population carcérale du Service correctionnel du Canada(SCC) et que l’appartenance à un gang au sein de ce groupe ne cesse d’augmenter4.Cette double tendance a amené les intervenants à se demander si les stratégiesd’intervention devraient être axées sur l’affiliation aux gangs ou sur les besoins desjeunes Autochtones en matière de traitement.

L’établissement Stony Mountain, dans la région des Prairies, a élaboré des programmes pour lutter contre l’appartenance aux gangs.

Le Crossing Bridges: Bridge City Track Program, offert par les Saskatoon Tribal Council Urban

First Nations Services Incorporated, met l’accent sur l’enrichissement culturel et l’histoire des Autochtones pour promouvoir des valeurs qui constituent une solution de rechange à la vie dans la rue et aux activités associées aux gangs.

À Edmonton, la Beverly Towne Community Development Society a retenu les services d’un coordonnateur des solutions communautaires axées sur les jeunes (Youth Options Community Based Coordinator), qui travaillera auprès des jeunes qui risquent de s’impliquer dans des activités de gangs.

Le débat a porté sur la question suivante : les initiatives stratégiques qu’on a misesen place pour lutter contre le problème des gangs dans le système correctionnelfédéral facilitent-elles la gestion des gangs tout en favorisant la réinsertion sociale ausein de la population des délinquants autochtones? Selon la politique actuelle,l’affiliation à un gang est un facteur de risque important qu’il faut prendre enconsidération dans les décisions liées à l’attribution de la cote de sécurité au momentdu placement pénitentiaire initial, au déclassement du niveau de sécurité, et à lamise en liberté sous condition (Directives du commissaire nos 576 et 782). En vertude la politique actuelle, il est également possible de transférer dans un établissementfédéral ou un établissement communautaire situé dans une autre région, contre songré, un délinquant qui appartient à un gang. Bien que les membres de gangsconstituent un risque pour la sécurité, il se peut que les mesures qui leur sontdestinées touchent en fait une partie d’une population plus étendue, c’est-à-dire lesjeunes délinquants autochtones.

Plusieurs études montrent que les personnes appartenant à des gangs proviennentd’une sous-culture de jeunes de minorités raciales vivant dans des milieux pauvres(Brotherton, 1996; Laflin, 1996; Laidler et Hunt, 1996; Rosenbaum, 1996). Dans lapremière étude décrite dans le présent rapport, nous examinons si l’affiliation auxgangs parmi les délinquants autochtones est une caractéristique des jeunes et estattribuable à des facteurs socio-économiques. Nous avons analysé les différences,sur le plan des facteurs statiques et des facteurs dynamiques, entre les membres degangs et les non-membres, tout en tenant compte de l’âge.

Conformément à son énoncé de mission, le SCC doit équilibrer ses efforts pourcontribuer «à la protection de la société en incitant activement et en aidant les[jeunes] délinquants [autochtones] à devenir des citoyens respectueux des lois, touten exerçant sur eux un contrôle raisonnable, sûr, sécuritaire et humain» (Mission duService correctionnel du Canada, SCC 2000). Compte tenu que des mesures ont étémises en place pour gérer efficacement les délinquants affiliés à des gangs, nousexaminons dans la deuxième étude les besoins des jeunes délinquants autochtones.

Service d’information de recherches, SCC 10-2000

L’objectif corporatif no 4 du SCC est d’«édifier des partenariats et des stratégies àl’appui de la réinsertion sûre et opportune des délinquants autochtones»5. À l’appuide cet objectif et pour donner suite aux recommandations formulées dans le Rapportdu groupe de travail sur la sécurité (mars 2000), nous étudions le problème del’appartenance aux gangs et nous appuyons l’élaboration de programmes autochtones innovateurs.

Objectifs corporatifs 2000-2001, SCC

MÉTHODE

Notre étude porte sur les délinquants autochtones de sexe masculin et lesdifférences qui existent entre ce groupe et deux sous-groupes – ceux qui sont affiliésà un gang et ceux qui ont 25 ans ou moins. Les comparaisons entre chaquesous-groupe et les autres délinquants autochtones ont été faites séparément dans lapremière étude et la deuxième étude de ce rapport. Ces comparaisons portent surdivers critères, comme le risque global (antécédents criminels, caractéristiques desvictimes, etc.), les besoins liés aux facteurs criminogènes et le risque de suicide.Pour les fins de cette étude, toutes les données sur les délinquants autochtonessous responsabilité fédérale ont été extraites de la base de données automatiséedu SCC (Système de gestion des délinquants, SGD). En janvier 2000, il y avait del’information sur le risque et les besoins de 4 344 délinquants autochtones incarcérésdans des établissements fédéraux. Parmi ce nombre, 12,1 % (527) étaient affiliés àun gang, et 41,3 % (1 792) avaient 25 ans ou moins. Les délinquantes autochtonesn’ont pas été incluses dans l’échantillon en raison de leur faible nombre dans lesétablissements correctionnels fédéraux.

La principale source d’information était les données recueillies dans le cadre duprocessus d’Évaluation initiale des délinquants (EID). L’EID est une évaluationexhaustive et intégrée que l’on fait au moment où le délinquant est admis dans lesystème fédéral. Elle consiste à recueillir et à analyser divers renseignements sur ledélinquant : antécédents criminels, santé mentale, situation sociale, éducation, etautres facteurs pertinents à la détermination du risque criminel et des besoins dudélinquant. En bref, l’EID consiste en deux éléments principaux : évaluation durisque criminel (ERC), et identification et analyse des facteurs dynamiques (IAFD).En outre, le processus d’évaluation comprend l’évaluation du risque de suicide àl’aide de neuf indicateurs.

Le volet de l’évaluation du risque criminel (ERC) permet d’obtenir des renseignements précis sur les infractions antérieures et sur celles qui sont à l’origine de la peine actuelle. L’ERC est fondée principalement sur le casier judiciaire, maispeut aussi inclure tout autre détail pertinent sur les facteurs de risque. À partir de cesdonnées, on obtient une cote globale de risque pour chaque délinquant au momentde son admission dans un établissement fédéral.

L’Identification et l’analyse des facteurs dynamiques (IAFD) permet de définir lesbesoins du délinquant qui sont liés à ses facteurs criminogènes. Plus précisément,on examine plusieurs aspects de la personnalité et de la situation personnelle dudélinquant, et les données sont regroupées dans sept catégories comportantchacune de multiples indicateurs : emploi (35 indicateurs), relations conjugales etfamiliales (31 indicateurs), fréquentations et relations sociales (11 indicateurs),toxicomanie (29 indicateurs), adaptation à la collectivité (21 indicateurs), orientationpersonnelle et affective (46 indicateurs), et attitude générale (24 indicateurs)6.Dans le cadre du processus d’IAFD, les délinquants sont évalués pour chaquedomaine selon une échelle en quatre points. La cote attribuée équivaut aux besoins :«facteur considéré comme un atout en vue de la réinsertion sociale» (ne s’appliquepas à la toxicomanie et à l’orientation personnelle et affective), «aucun besoinimmédiat d’amélioration», «besoin modéré d’amélioration», «besoin manifested’amélioration». Après avoir examiné attentivement tous les indicateurs de chaquecatégorie de besoins, les agents de gestion des cas fournissent une évaluation duniveau global de besoins, et ceci pour chacune des sept catégories.

Voir les Instructions permanentes 700-04 du Service correctionnel du Canada pour une liste complète des indicateurs.

PREMIÈRE ÉTUDE

Résultats

Partie 1. Caractéristiques de l'échantillon

Dans l’échantillon utilisé pour la première étude, on a apparié les délinquantsautochtones appartenant à un gang (N = 527) à d’autres délinquants autochtones, entenant compte de l’âge à la première admission dans le système fédéral, de la duréede la peine et de la gravité de l’infraction. Il y avait des caractéristiques notables danscet échantillon, les trois quarts des délinquants ayant moins de 26 ans au moment del’admission et près des deux tiers purgeant une peine de moins de quatre ans. C’estdans la région des Prairies que se trouvaient la plus grande proportion desdélinquants autochtones (67,9 %) et presque tous les Autochtones appartenant à ungang (90,3 %).

Partie 2. Dossier des antécédents criminels
Nature des infractions

L’examen des infractions à une loi fédérale commises par les délinquants a révéléque, comparativement aux délinquants autochtones qui leur étaient appariés, lesmembres de gangs étaient plus susceptibles d’avoir été condamnés pour un volqualifié (42 % par rapport à 29 %, p<0,0001), des voies de fait (48 % par rapportà 39 %, p<0,01) ou une infraction relative aux armes (23 % par rapport à 17 %,p<0,05). Par ailleurs, ils étaient moins susceptibles d’avoir été condamnés pour uneagression sexuelle. Il est intéressant de constater qu’il n’y avait aucune différenceentre les deux groupes pour ce qui est des homicides, de la possession de drogue etdu trafic de drogue, des activités criminelles qui sont habituellement associées auxgangs. Les résultats sont présentés au Tableau 1.

Tableau 1. Nature des infractions, selon l’appartenance ou la non-appartenance à un gang
INFRACTIONS APPARTENANCE À UN GANG TOTAL
MEMBRES NON-MEMBRES
Homicide 4,3 % 4,0 % 4,2 %
Vol qualifié*** 42,2 % 29,4 % 36,0 %
Armes* 23,0 % 16,8 % 20,0 %
Voies de fait** 48,2 % 38,6 % 43,6 %
Agression sexuelle*** 5,3 % 20,8 % 12,8 %
Possession de drogue 12,2 % 9,6 % 11,0 %
Trafic de drogue 5,8 % 7,2 % 6,5 %

Remarque :*p<0,05; **p<0,01; ***p<0,001
Peines antérieures prononcées par un tribunal pour adolescents ou pour adultes

Dans le cadre du processus d’EID, on recueille de nombreux renseignements sur lesantécédents criminels (affaires entendues par des tribunaux pour adolescents etpour adultes) et les antécédents de délinquance sexuelle de chaque délinquant.Notons que plus de 80 % des délinquants de l’échantillon avaient déjà comparudevant un tribunal pour adolescents ou pour adultes. Cette constatation estparticulièrement intéressante lorsqu’on sait que l’âge moyen à l’admission n’était quede 23 ans. L’examen des antécédents en tant que jeunes contrevenants a révélé queles délinquants autochtones appartenant à un gang étaient plus susceptibles que lesautres d’avoir commis, durant leur adolescence, des infractions ayant entraîné unepériode de surveillance dans la collectivité, une garde en milieu ouvert ou une gardeen milieu fermé (voir le Tableau 2). Ils étaient également plus susceptibles que lesautres, en tant qu’adultes, d’avoir été placés en isolement pour des infractionsdisciplinaires et d’avoir tenté de s’évader. Il est intéressant de remarquer qu’il n’yavait pas de différence entre les groupes, selon l’EID, pour ce qui est de la fréquencedes activités criminelles (aucune période d’au moins un an sans perpétration decrime à l’âge adulte).

Tableau 2. Antécédents criminels, selon l'appartenance ou la non-appartenanceà un gang
INFRACTIONS APPARTENANCE À UN GANG TOTAL
MEMBRES NON-MEMBRES
Antécédents - tribunal pour adolescents
Infractions antérieures 83,1 % 78,5 % 81,0 %
Surveillance dans la collectivité* 73,6 % 66,6 % 70,4 %
Garde en milieu ouvert*** 60,7 % 45,2 % 53,5 %
Garde en milieu fermé** 57,9 % 47,6 % 53,1 %
Transfèrement disciplinaire** 20,0 % 10,6 % 15,7 %
Transfèrement à un établissement pour adultes** 13,6 % 7,0 % 10,6 %
Antécédents - tribunal pour adultes
Infractions antérieures 81,4 % 85,0 % 83,1 %
Isolement* 38,4 % 30,8 % 34,9 %
Évasion/illégalement en liberté* 35,4 % 27,9 % 31,9 %
Aucune période d’au moins un an sansperpétration de crime 37,1 % 32,1 % 34,8 %
Antécédents d’infractions avec violence
Infraction(s) antérieure(s) 60,2 % 56,5 % 58,5 %
Infraction à l'origine de la peine actuelle 51,5 % 50,9 % 51,2 %
Infraction sexuelle antérieure** 8,2 % 14,2 % 11,0 %
Infraction sexuelle à l’origine de la peine actuelle*** 5,4 % 19,8 % 12,1 %

Remarque :*p<0,05; **p<0,01; ***p<0,001
Gravité des infractions (condamnations antérieures et à l'origine de la peine actuelle)

On a comparé les délinquants autochtones appartenant à un gang et les délinquantsde l’autre groupe relativement aux caractéristiques de leurs victimes et aux blessuresinfligées. Les résultats indiquaient que l’ensemble des délinquants de l’échantillonavaient souvent eu recours à la violence contre leurs victimes (58,5 %), mais il n’yavait pas de différence entre les deux groupes. Cependant, les membres de gangsavaient eu plus souvent plusieurs victimes (46,5 % par rapport à 30,7 %, p<0,0001).

Partie 3. Évaluation initiale des délinquants autochtones

Niveau de risque

Pour déterminer un niveau global de risque au moment de l’admission, les agents degestion des cas effectuent un examen systématique des trois éléments del’évaluation du risque criminel (ERC) : dossier des antécédents criminels, gravité desinfractions et antécédents de délinquance sexuelle. Contrairement à nos attentes, iln’y avait pas de différences significatives entre les membres de gangs et lesdélinquants de l’autre groupe.

Tableau 3. Niveau global de risque, selon l’appartenance ou la non-appartenance à un gang
INFRACTIONS APPARTENANCE À UN GANG TOTAL
MEMBRES NON-MEMBRES
Faible 1,9 % 3,0 % 2,5 %
Moyen 34,5 % 35,6 % 35,0 %
Élevé 63,6 % 61,3 % 62,5 %
Niveau de besoins

Après une réflexion sur la nature et le niveau des besoins des délinquants dans les sept domaines couverts par le processus d’identification et d’analyse des facteurs dynamiques (IAFD), on a déterminé un niveau global de besoins. Ce niveau est fondé sur la cote accordée par l’agent de gestion des cas aux indicateurs des diversdomaines : faibles besoins, besoins moyens, besoins élevés. Comme le montre leTableau 4, il n’y avait pas de différence significative entre les groupes pour ce qui estdu niveau de besoins.

Tableau 4. Niveau global de besoins, selon l’appartenance ou la non-appartenance à un gang
INFRACTIONS NIVEAU DE BESOINS TOTAL
MEMBRES NON-MEMBRES
Faible 1,5 % 1,2 % 1,4 %
Moyen 30,9 % 27,3 % 29,2 %
Élevé 67,6 % 71,5 % 69,4 %
Besoins identifiés

En évaluant chaque catégorie de besoins (emploi, etc.), l’agent de gestion des casdétermine si le délinquant a un «besoin modéré d’amélioration» ou un «besoinmanifeste d’amélioration». Les délinquants dont on juge qu’ils ont un «besoinmodéré» ou un «besoin manifeste» dans une catégorie sont habituellement dirigésvers un traitement qui leur permettra de répondre à ces besoins. Le Tableau 5présente les résultats des comparaisons entre les deux groupes de délinquantsrelativement à la cote globale accordée aux besoins au moment de l’admission.Remarquons qu’il n’y avait pas de différence significative dans les domaines del’emploi, des fréquentations et de la toxicomanie. Par ailleurs, les délinquantsn’appartenant pas à un gang semblent avoir de plus nombreux besoins dans lesdomaines des relations conjugales et familiales, de l’adaptation à la collectivité, del’orientation personnelle et affective, et de l’attitude générale. Il se peut que lesmembres de gangs répondent aux besoins qu’ils ont dans les domaines des relationsfamiliales et de l’orientation personnelle et affective par leur affiliation au gang. Parailleurs, un examen plus attentif des indicateurs évalués dans le cadre de l’EID nous donne une répartition plus détaillée des différences entre les deux groupes danschaque catégorie de besoins.

Tableau 5. Pourcentage des délinquants autochtones chez qui on a identifié des besoins
CATÉGORIES DE BESOINS APPARTENANCE À UN GANG TOTAL
MEMBRES NON-MEMBRES
Emploi 75,5 % 80,4 % 77,9 %
Relations conjugales et familiales*** 36,5 % 63,8 % 49,8 %
Fréquentations 71,9 % 75,2 % 73,5 %
Toxicomanie 94,4 % 95,0 % 94,7 %
Adaptation à la collectivité*** 31,6 % 58,4 % 44,6 %
Orientation personnelle et affective* 90,2 % 94,0 % 92,1 %
Attitude générale*** 44,6 % 57,6 % 50,9 %

Remarque :*p<0,05; **p<0,01; ***p<0,001
Indicateurs des besoins liés aux facteurs dynamiques

Les analyses ont révélé qu’il y avait peu de différences entre les délinquantsautochtones appartenant à un gang et les délinquants de l’autre groupe quant auxindicateurs de l’EID, sauf en ce qui concerne les indicateurs qu’on peut associer àdes facteurs socio-économiques. Ainsi, les membres de gangs étaient plussusceptibles d’habiter un quartier à caractère criminogène, de fréquenter beaucoupde délinquants et d’avoir surtout des amis délinquants. Même s’ils étaient moinssusceptibles que l’autre groupe d’avoir de la difficulté à lire et à écrire ou desdifficultés d’apprentissage, ils étaient plus susceptibles de ne pas avoird’antécédents professionnels, d’être agressifs, d’avoir un problème d’hostilité, d’avoircommencé à consommer de la drogue très jeunes, et d’avoir une attitude négativeenvers la police et les lois (voir le Tableau 6). Notons que bien qu’il y ait unedifférence très marquée dans la catégorie des relations conjugales et familiales (voirle tableau 5), on ne trouve pas de différence entre les deux groupes au niveau desindicateurs. De même, les cotes globales montrent que les délinquants n’appartenantpas à un gang ont des besoins plus élevés que les membres de gangs dans les domaines de l’attitude générale et de l’orientation personnelle et affective, alorsqu’au niveau des indicateurs, ce sont les membres de gangs qui ont le plus debesoins dans ces domaines.

Tableau 6. Indicateurs évalués dans le cadre de l’EID, selon l’appartenance ou la non-appartenance à un gang
INDICATEURS APPARTENANCE À UN GANG TOTAL
MEMBRES NON-MEMBRES
Emploi
A des difficultés d'apprentissage** 12,4 % 19,2 % 15,5 %
A de la difficulté à lire** 22,8 % 31,6 % 26,8 %
A de la difficulté à écrire*** 25,1 % 36,8 % 30,5 %
N'a pas d'antécédents professionnels*** 37,2 % 20,4 % 29,4 %
Fréquentations et relations sociales
Est isolé socialement*** 12,8 % 22,3 % 17,4 %
Fréquente beaucoup de délinquants*** 90,4 % 77,6 % 84,5 %
A surtout des amis délinquants*** 74,4 % 54,7 % 65,3 %
Habite un quartier à caractère criminogène*** 66,0 % 50,1 % 58,7 %
Toxicomanie
A commencé à consommer de la drogue très jeune** 80,9 % 73,4 % 77,4 %
Orientation personnelle et affective
Agressif*** 71,3 % 60,2 % 66,1 %
A un problème d'hostilité*** 42,3 % 30,9 % 37,0 %
Prend des risques inconsidérés** 74,5 % 66,1 % 70,6 %
Amateur de sensations fortes** 49,7 % 40,5 % 45,4 %
Attitude sexuelle problématique*** 11,7 % 25,2 % 17,9 %
Attitude générale
Attitude négative face aux lois*** 61,5 % 48,1 % 55,3 %
Attitude négative envers la police*** 58,0 % 40,2 % 49,8 %
Attitude négative envers le système correctionnel** 31,6 % 21,9 % 27,1 %
Est en faveur de la violence instrumentale*** 56,7 % 41,5 % 49,7 %

Remarque :*p<0,05; **p<0,01; ***p<0,001

DEUXIÈME ÉTUDE

Résultats

Partie 1. Caractéristiques de l'échantillon

Pour la deuxième étude, nous avons divisé l’échantillon total des délinquantsautochtones en deux groupes : ceux qui avaient 25 ans ou moins à l’admission etceux qui avaient 26 ans ou plus. Le Tableau 7 présente une distribution descaractéristiques de l’échantillon. Fait à remarquer, un tiers des délinquants avaientmoins de 26 ans à l’admission. Il n’est pas étonnant de constater que c’est dans larégion des Prairies que la proportion des délinquants autochtones était la plusnombreuse (67,9 %).

Tableau 7. Caractéristiques de l'échantillon des délinquants autochtones
CARACTÉRISTIQUES DÉLINQUANTS AUTOCHTONES (%) TOTAL
25 ANS OU MOINS PLUS DE 25 ANS
Région
Atlantique 3,8 % 2,9 % 3,3 %
Québec 4,4 % 5,8 % 5,2 %
Ontario 9,6 % 11,2 % 10,5 %
Prairies 71,7 % 65,3 % 67,9 %
Pacifique 10,6 % 14,8 % 13,1 %
Peine
Moins de 4 ans 64,9 % 65,1 % 65,0 %
De 4 à 10 ans 26,6 % 27,2 % 27,0 %
10 ans ou plus 3,2 % 3,0 % 3,0 %
Perpétuité 5,3 % 4,7 % 5,0 %

Partie 2. Dossier des antécédents criminels

Nature des infractions

Le tableau 8 présente la répartition des infractions commises, selon le groupe d’âge.Il y a plusieurs différences entre les deux groupes. D’abord, les plus jeunesdélinquants autochtones7 avaient été condamnés plus souvent pour un vol qualifié(33,7 % par rapport à 24,4 %) ou pour introduction avec effraction (38,4 % parrapport à 29,7 %). Il est intéressant de constater que les plus jeunes délinquantsavaient moins souvent été condamnés pour trafic de drogue (6,2 % par rapportà 8,6 %). De même, les infractions d’agression sexuelle étaient plus caractéristiquesdu groupe des délinquants plus âgés : les analyses du khi carré ont révélé qu’uneproportion beaucoup plus faible de jeunes délinquants avaient été condamnés pourune agression sexuelle (14,6 % par rapport à 30,6 %).

Tableau 8. Nature des infractions des délinqunts autochtones
INFRACTIONS DÉLINQUANTS AUTOCHTONES (%) TOTAL
25 ANS OU MOINS PLUS DE 25 ANS
Homicide* 5,6 % 4,2 % 4,8 %
Tentative de meurtre 1,1 % 1,8 % 1,5 %
Homicide involontaire coupable 8,8 % 10,3 % 9,7 %
Vol qualifié*** 33,7 % 24,4 % 28,3 %
Agression sexuelle*** 14,6 % 30,6 % 24,0 %
Séquestration 3,8 % 4,8 % 4,3 %
Armes 18,0 % 16,6 % 17,1 %
Voies de fait 39,7 % 39,5 % 39,6 %
Enlèvement 0,9 % 1,1 % 1,0 %
Introduction par effraction*** 38,4 % 29,7 % 33,3 %
Vol** 27,5 % 24,0 % 25,4 %
Possession de drogue* 8,2 % 10,0 % 9,3 %
Trafic de drogue** 6,2 % 8,6 % 7,6 %
Évasion 14,4 % 13,7 % 14,0 %
Autre** 67,8 % 63,9 % 65,5 %

Remarque :*p<0,05; **p<0,01; ***p<0,001

L’expression «plus jeunes» désigne les délinquants autochtones qui avaient 25 ans ou moins aumoment de leur admission dans un établissement fédéral. De même, l’expression «plus âgés»désigne les délinquants autochtones qui avaient plus de 25 ans au moment de leur admission.

Comme nous l’avons mentionné, le processus d’EID permet de recueillir desrenseignements complets sur les antécédents criminels des délinquants (affairesentendues par des tribunaux pour adolescents et pour adultes) et sur lesantécédents de délinquance sexuelle. Le Tableau 9 présente diverses variables liéesaux antécédents criminels, par groupe d'âge. De façon générale, une très grandeproportion de délinquants autochtones avaient déjà eu des démêlés avec le systèmejudiciaire pour adultes ou pour adolescents (96 %). Une plus grande proportion desplus jeunes délinquants avaient eu des démêlés avec le système de justice pénaleavant l’âge adulte (84,1 % par rapport à 36,6 %). Comme on s’y attendait, lesdélinquants plus âgés avaient accumulé plus de condamnations à l’âge adulte. Enfin,le Tableau 9 révèle que les plus jeunes délinquants semblent avoir un comportementcriminel plus fréquent et continu que les plus âgés. Plus d’un tiers d’entre eux avaientrécidivé moins de six mois après leur dernière incarcération, par rapport à 25,7 %des plus âgés.

Tableau 9. Antécédents criminels des délinquants autochtones
INFRACTIONS DÉLINQUANTS AUTOCHTONES (%) TOTAL
25 ANS OU MOINS PLUS DE 25 ANS
VARIABLES
Antécédents - tribunal pour adolescents
Infractions antérieures*** 84,1 % 36,6 % 56,5 %
Surveillance dans la collectivité*** 75,8 % 24,9 % 46,5 %
Garde en milieu ouvert*** 55,2 % 17,2 % 33,3 %
Garde en milieu fermé*** 53,6 % 18,6 % 33,4 %
Transfèrement disciplinaire*** 16,0 % 2,2 % 8,0 %
Transfèrement à un établissement pour adultes*** 9,1 % 1,6 % 4,8 %
Antécédents - tribunal pour adultes
Infractions antérieures*** 79,8 % 95,4 % 88,9 %
Surveillance dans la collectivité*** 64,8 % 85,7 % 77,0 %
Peine dans un établissement provincial*** 70,4 % 86,2 % 79,6 %
Peine dans un établissement fédéral*** 18,2 % 33,4 % 27,1 %
Évasion/illégalement en liberté*** 27,2 % 34,1 % 31,2 %
Manquement aux conditions de la mise en iberté*** 31,3 % 45,8 % 39,8 %
Moins de 6 mois depuis la dernière incarcération*** 35,1 % 25,7 % 29,6 %
Aucune période d’au moins un an sans perpétration de crime*** 35,7 % 17,6 % 25,1 %
Antécédents d'infractions avec violence
Infraction(s) antérieure(s)*** 51,9 % 65,5 % 59,9 %
Infraction sexuelle antérieure*** 9,0 % 20,1 % 15,5 %
Infraction sexuelle à l’origine de la peine actuelle*** 14,6 % 31,1 % 24,2 %
Infraction antérieure avec utilisation d’une arme*** 21,6 % 28,1 % 25,4 %
Infraction antérieure avec lésions graves*** 15,3 % 22,5 % 19,5 %
Infraction antérieure grave*** 15,1 % 28,3 % 22,7 %
Infraction grave à l’origine de la peine actuelle*** 36,1 % 43,4 % 40,4 %
Infraction antérieure contre un enfant*** 7,9 % 12,1 % 10,4 %
Infraction à l’origine de la peine actuelle contre un enfant*** 9,8 % 20,1 % 15,8 %
Trois condamnations antérieures ou plus*** 32,3 % 44,9 % 39,7 %
Deux condamnations à l’origine de la peine actuelle** 19,0 % 14,9 % 16,7 %

Remarque :*p<0,05; **p<0,01; ***p<0,001
Gravité des infractions (condamnations antérieures et à l'origine de la peine actuelle)

Le Tableau 10 présente quelques indicateurs du dossier sur la gravité desinfractions. Compte tenu de la faible proportion des plus jeunes délinquants ayantcommis une infraction sexuelle, il n’est pas étonnant qu’une moins grande proportiond’entre eux aient eu des enfants comme victimes. Cependant, les plus jeunesdélinquants avaient eu plusieurs victimes et avaient utilisé une arme, dans une plusgrande proportion que les délinquants plus âgés.

Tableau 10. Dossier sur la gravité des infractions, selon le groupe d'âge
INFRACTIONS DÉLINQUANTS AUTOCHTONES (%) TOTAL
25 ANS OU MOINS PLUS DE 25 ANS
Victimes enfants*** 9,8 % 20,1 % 15,9 %
Plusieurs victimes (3 ou plus)*** 19,3 % 15,0 % 16,8 %
Violence contre la victime 51,6 % 50,8 % 51,1 %
Utilisation d'une arme** 28,7 % 24,5 % 26,3 %
Lésions graves 28,2 % 25,6 % 26,7 %
Tort psychologique grave*** 36.,1 % 43,4 % 40,4 %

Remarque :*p<0,05; **p<0,01; ***p<0,001

Partie 3. Évaluation initiale des délinquants autochtones

Niveau de risque

Le Tableau 11 montre comment les délinquants autochtones étaient répartis selon leniveau de risque criminel, par groupe d’âge. Globalement, 63,8 % des délinquantsavaient été classés comme présentant un risque élevé, lors de l’admission, etseulement 4,9% un risque faible. Contrairement aux attentes, une proportion un peuplus importante de délinquants plus âgés (65,6 %) avaient été classés dans lacatégorie «risque élevé», par rapport aux plus jeunes (61,2 %), peut-être parcequ’une plus grande proportion des premiers avaient été condamnés pour uneinfraction sexuelle. Les délinquants qui purgent une peine pour une infraction ayant causé un dommage grave doivent recevoir la cote «élevé». De même, la cote«élevé» doit être attribuée aux délinquants ayant commis de nombreuses infractionssexuelles (Instructions permanentes 700-04).

Tableau 11. Niveau global de risque, selon le groupe d'âge
INFRACTIONS DÉLINQUANTS AUTOCHTONES (%) TOTAL
25 ANS OU MOINS PLUS DE 25 ANS
Faible** 4,3 % 5,4 % 4,9 %
Moyen** 34,5 % 29,0 % 31,3 %
Élevé** 61,2 % 65,6 % 63,8 %

Remarque : **p<0,01;
Niveau de besoins

Le Tableau 12 montre comment les délinquants autochtones avaient été répartisselon la cote globale des besoins liés aux facteurs dynamiques, selon le grouped’âge. On n’a constaté aucune différence significative entre les deux groupes.

Tableau 12. Niveau global de besoins, selon le groupe d'âge
INFRACTIONS DÉLINQUANTS AUTOCHTONES (%) TOTAL
25 ANS OU MOINS PLUS DE 25 ANS
Faible 2,0 % 3,1 % 2,6 %
Moyen 27,9 % 28,1 % 28,0 %
Élevé 70,2 % 68,9 % 69,4 %
Besoins identifiés

Au Tableau 13, on voit que les sept catégories de besoins couvertes par leprocessus d’Identification et d’analyse des facteurs dynamiques sont représentéesdans l’échantillon des délinquants autochtones. Parmi les besoins les plus évidentschez les délinquants plus jeunes, il y avait les besoins liés à l’emploi (80,3 %), auxfréquentations (75,7 %), et à la toxicomanie (94,0 %). Quant aux délinquants plusâgés, ils semblent avoir des besoins plus élevés que les plus jeunes dans ledomaine des relations conjugales et familiales (68,4 %).

Tableau 13. Pourcentage des délinquants autochtones chez qui on a identifié des besoins
INFRACTIONS DÉLINQUANTS AUTOCHTONES (%) TOTAL
25 ANS OU MOINS PLUS DE 25 ANS
Emploi*** 80,3 % 68,3 % 73,2 %
Relations conjugales et familiales*** 56,0 % 68,4 % 63,3 %
Fréquentations*** 75,7 % 59,6 % 66,6 %
Toxicomanie** 94,0 % 91,8 % 92,7 %
Adaptation à la collectivité 50,4 % 48,1 % 49,1 %
Orientation personnelle et affective 93,3 % 93,9 % 93,6 %
Attitude générale 52,9 % 52,5 % 52,7 %

Remarque :*p<0,05; **p<0,01; ***p<0,001
Emploi

Les indicateurs du domaine de l’emploi pour lesquels il y avait des différencessignificatives entre les deux groupes (22 indicateurs sur 35) sont présentés auTableau 14. Même si la proportion de jeunes délinquants autochtones n’ayant pasterminé leurs études secondaires était plus élevée, une plus grande proportion desdélinquants plus âgés avaient un niveau de scolarité inférieur à une 8e année.Cependant, la différence la plus marquée entre les deux groupes concernait lesantécédents professionnels, 28,7 % des délinquants plus jeunes n’ayant pasd’antécédents professionnels, par rapport à un dixième des plus âgés. En outre, lesplus jeunes étaient plus susceptibles d’avoir été sans emploi au moment de leurarrestation, d’avoir des antécédents d’instabilité dans l’emploi, d’avoir été sansemploi à 90 % du temps ou plus avant leur incarcération, et de ne pas avoir despécialité, de métier ou de profession (84,2 % par rapport à 57,3 %). Les délinquantsplus âgés étaient plus susceptibles d’avoir été mis à pied ou congédiés; cependant,lorsqu’on a exclu de l’analyse ceux qui avaient déclaré avoir été sans emploi 90 %du temps (ou plus) avant leur incarcération, il n’y avait plus de différence significativeentre les deux groupes.

Tableau 14. Indicateurs liés à l'emploi (EID)
INFRACTIONS DÉLINQUANTS AUTOCHTONES (%) TOTAL
25 ANS OU MOINS PLUS DE 25 ANS
Niveau de scolarité inférieur à une 8e année*** 24,5 % 30,8 % 28,2 %
Niveau de scolarité inférieur à une 10e année* 67,0 % 62,0 % 64,1 %
Pas de diplôme d'études secondaires*** 91,9 % 85,1 % 87,9 %
A des difficultés d'apprentissage** 15,5 % 11,7 % 13,3 %
A des problèmes de santé physique qui constituent un obstacle à son apprentissage** 3,4 % 6,0 % 5,1 %
A des problèmes de concentration*** 37,1 % 29,7 % 32,8 %
Pas de spécialité, de métier ou de profession*** 84,2 % 57,3 % 68,5 %
Peu satisfait de sa spécialité, de son métier ou de sa profession*** 60,8 % 41,9 % 49,8 %
A des problèmes de santé physique qui constituent un obstacle au travail*** 6,1 % 15,2 % 11,4 %
Sans emploi à son arrestation*** 81,1 % 66,6 % 72,6 %
Sans emploi à 90 % ou plus*** 63,6 % 35,3 % 47,0 %
Sans emploi à 50 % ou plus*** 87,4 % 67,1 % 75,5 %
A des antécédents d'instabilité dans l'emploi*** 90,0 % 74,6 % 81,0 %
N'a pas d'antécédents professionnels*** 28,7 % 9,5 % 17,5 %
Manque d'initiative** 38,2 % 32,3 % 34,8 %
A quitté un emploi sans en avoir un autre*** 37,2 % 46,4 % 42,5 %
A été mis à pied*** 40,3 % 64,5 % 54,4 %
A été congédié*** 18,7 % 29,8 % 25,2 %
Manque d'avantages sociaux*** 57,1 % 63,8 % 61,0 %
Pas de sécurité d'emploi*** 56,4 % 65,2 % 61,5 %
A des problèmes avec ses collègues*** 3,0 % 5,9 % 4,7 %
Amené à terme un programme de formation professionnelle*** 9,0 % 14,5 % 12,2 %

Remarque :*p<0,05; **p<0,01; ***p<0,001
Relations conjugales et familiales

Les indicateurs liés aux relations conjugales et familiales sont présentés autableau 15. Dans ce domaine, 25 des 31 indicateurs permettaient d’établir unedistinction significative entre les deux groupes de l’échantillon. L’une des différencesles plus notables concernait les relations vécues durant l’enfance, les plus jeunesdélinquants autochtones ayant eu, dans une plus grande proportion que l’autregroupe, un père absent durant leur enfance. En outre, les plus jeunes délinquantsétaient plus susceptibles d’avoir été élevés dans un foyer caractérisé par desrelations dysfonctionnelles entre leurs parents et d’avoir des membres de leur familleimpliqués dans des activités criminelles. On a également constaté des différencessignificatives entre les deux groupes dans le domaine des relations conjugales : uneplus grande proportion des délinquants plus âgés étaient peu satisfaits de leurrelation de couple actuelle, avaient des problèmes financiers qui nuisaient à leurrelation de couple ou avaient nui à une relation antérieure, et avaient commis desactes de violence conjugale. Compte tenu de la nature des infractions commises, iln’a pas été étonnant de constater que les délinquants plus âgés étaient plussusceptibles que les plus jeunes d’avoir été arrêtés pour avoir maltraité un enfant oupour inceste.

Tableau 15. Indicateurs liés aux relations conjugales et familiales (EID)
INFRACTIONS DÉLINQUANTS AUTOCHTONES (%) TOTAL
25 ANS OU MOINS PLUS DE 25 ANS
Enfance dénuée de liens familiaux*** 44,5 % 37,3 % 40,3 %
Relations négatives avec sa mère durant son enfance*** 40,6 % 32,2 % 35,7 %
Père absent durant son enfance*** 58,0 % 45,0 % 50,4 %
Relations négatives avec son père durant son enfance** 55,2 % 49,3 % 51,8 %
Relations dysfonctionnelles entre ses parents durant son enfance*** 71,7 % 62,8 % 66,5 %
Membres de sa famille impliqués dans la criminalité*** 63,6 % 56,4 % 59,4 %
Actuellement célibataire*** 68,9 % 56,7 % 61,8 %
A déjà été marié/dans une union de fait*** 66,9 % 91,9 % 81,5 %
Insatisfait de sa relation de couple actuelle*** 13,2 % 18,3 % 16,1 %
Des problèmes financiers nuisent à sa relation actuelle ou ont nui à ses relations de couple dans le passé*** 27,6 % 39,3 % 34,4 %
Des problèmes d’ordre sexuel nuisent à sa relation actuelle ou ont nui à ses relations de couple dans le passé*** 7,0 % 19,1 % 14,0 %
Des problèmes de communication nuisent à sa relation de couple*** 39,7 % 61,2 % 52,2 %
A été victime de violence conjugale*** 16,0 % 26,9 % 22,3 %
A commis des actes de violence conjugale*** 26,7 % 54,5 % 42,9 %
N'a présentement aucune responsabilité parentale*** 54,8 % 34,4 % 42,9 %
Incapable de s’acquitter de ses responsabilités parentales*** 14,7 % 23,7 % 19,9 %
Incapable de discipliner son enfant comme il faut*** 5,5 % 11,7 % 9,1 %
Se croit incapable de discipliner son enfant** 2,4 % 4,6 % 3,7 %
Surveille l'enfant d'une façon inadéquate*** 6,4 % 15,5 % 11,7 %
Ne participe pas à des activités avec l'enfant*** 10,6 % 15,6 % 13,5 %
Ne comprend pas le développement de l'enfant*** 14,1 % 22,1 % 18,7 %
La famille ne forme pas une cellule*** 19,5 % 36,0 % 29,1 %
A été arrêté pour avoir maltraité un enfant*** 1,1 % 6,0 % 4,0 %
A été arrêté pour inceste*** 0,4 % 6,8 % 4,2 %
A participé à une thérapie familiale ou conjugale*** 5,6 % 9,6 % 7,9 %

Remarque :*p<0,05; **p<0,01; ***p<0,001
Fréquentations et relations sociales

Le Tableau 16 présente des indicateurs liés aux fréquentations et aux relationssociales. Parmi les 13 indicateurs de ce domaine, on a constaté des différencesentre les deux groupes pour huit indicateurs. Une plus grande proportion des plusjeunes délinquants autochtones fréquentaient beaucoup de délinquants et avaientsurtout des amis délinquants. Les plus jeunes délinquants étaient affiliés à un gangdans une proportion de près de quatre fois plus élevée que leurs aînés (23,1 % parrapport à 6,4 %). Par conséquent, ils étaient plus susceptibles d’avoir surtout desamis délinquants, de fréquenter beaucoup de délinquants et de fréquenter destoxicomanes (92,9 % par rapport à 85,1 %). En outre, une plus grande proportion dugroupe des plus jeunes habitaient un quartier à caractère criminogène et ne faisaientpartie d’aucun groupe communautaire.

Tableau 16. Indicateurs liés aux fréquentations et aux relations sociales (EID)
INFRACTIONS DÉLINQUANTS AUTOCHTONES (%) TOTAL
25 ANS OU MOINS PLUS DE 25 ANS
Est isolé socialement*** 16,9 % 23,5 % 20,8 %
Fréquente des toxicomanes*** 92,9 % 85,1 % 88,3 %
Fréquente beaucoup de délinquants*** 81,3 % 60,8 % 69,4 %
A surtout des amis délinquants*** 60,3 % 35,7 % 46,0 %
A été affilié à un gang*** 23,1 % 6,4 % 13,3 %
Habite un quartier à caractère criminogène*** 51,2 % 42,0 % 45,8 %
Ne fait partie d'aucun groupe communautaire*** 73,4 % 59,9 % 65,5 %
Facilement influençable*** 57,9 % 40,3 % 47,6 %

Remarque :*p<0,05; **p<0,01; ***p<0,001
Toxicomanie

Le Tableau 17 présente des indicateurs liés à la toxicomanie. Il est intéressant deconstater que les différences entre les deux groupes d’âge portent sur le type desubstance. Les plus jeunes délinquants étaient plus susceptibles de consommer dela drogue et d’en consommer régulièrement. Par opposition, les plus âgés étaientplus susceptibles que leurs cadets de boire pour se libérer du stress et d’avoir desdifficultés découlant de leur consommation d’alcool. Dans l’ensemble, une plusgrande proportion des plus jeunes délinquants avaient commencé à boire ou àconsommer de la drogue très jeunes.

Tableau 17. Indicateurs liés à la toxicomanie (EID)
INFRACTIONS DÉLINQUANTS AUTOCHTONES (%) TOTAL
25 ANS OU MOINS PLUS DE 25 ANS
A commencé à boire très jeune*** 80,2 % 74,0 % 76,5 %
A consommé de l’alcool et des drogues en même temps*** 75,3 % 63,8 % 68,5 %
Boit pour se libérer du stress*** 59,3 % 66,5 % 63,5 %
Sa consommation d'alcool nuit à son travail*** 42,6 % 49,3 % 46,5 %
Sa consommation d’alcool nuit à ses relations conjugales ou familiales*** 59,3 % 70,4 % 65,8 %
Sa consommation d’alcool nuit à ses relationssociales*** 49,5 % 58,7 % 54,9 %
Sa consommation d’alcool l’a amené à enfreindre laloi*** 77,7 % 83,1 % 80,8 %
Sa consommation d'alcool nuit à sa santé*** 22,2 % 31,2 % 27,5 %
Consomme de la drogue*** 85,9 % 70,5 % 76,9 %
A commencé à consommer de la drogue très jeune*** 75,9 % 51,0 % 61,4 %
Consomme de la drogue régulièrement*** 62,8 % 46,9 % 53,5 %
Consomme de la drogue de façon excessive àl’occasion*** 54,0 % 44,5 % 48,5 %
A consommé différentes drogues en même temps*** 53,3 % 41,6 % 46,5 %
Consomme de la drogue durant les loisirs*** 74,1 % 60,1 % 65,9 %
Consomme de la drogue lors d'activités sociales*** 77,4 % 61,3 % 68,0 %
Consomme de la drogue pour se libérer du stress*** 56,1 % 47,1 % 50,8 %
Sa consommation de drogue l’a amené à enfreindre la loi*** 58,3 % 49,7 % 53,2 %
Évaluation(s) antérieure(s) de la toxicomanie*** 49,4 % 59,1 % 55,1 %
A participé à un programme de traitement de la toxicomanie*** 57,1 % 65,9 % 62,3 %
A suivi au complet un traitement pour la toxicomanie*** 39,0 % 49,7 % 45,3 %

Remarque :*p<0,05; **p<0,01; ***p<0,001
Adaptation à la collectivité

Le Tableau 18 présente des indicateurs liés à l’adaptation à la collectivité. Il y avaitpeu d’indicateurs dans ce domaine qui permettaient d’établir une distinction entre lesdeux groupes de l’échantillon; toutefois, on a constaté des différences sur les plansde la présentation et des questions monétaires. Une plus grande proportion desdélinquants plus âgés avaient une mauvaise hygiène personnelle, des problèmes desanté physique et des problèmes dentaires. Pour ce qui concerne les questionsd’argent, 82,6 % des plus jeunes délinquants n’avaient pas de crédit, par rapportà 69,9 % des plus âgés, et 81,8 % des plus jeunes n’avaient pas de biens à remettreen nantissement, par rapport à 68,1 % de leurs aînés. Cependant, une plus grandeproportion des délinquants plus âgés avaient des dettes (38,1 % par rapportà 28,4 %) et avaient déjà eu recours aux services sociaux (91,0 % par rapportà 83,1 %). Plus de la moitié des plus jeunes délinquants (54,6 %) avaient changéfréquemment de logement, par rapport à 38,8 % des plus âgés.

Tableau 18. Indicateurs liés à l'adaptation à la collectivité (EID)
INFRACTIONS DÉLINQUANTS AUTOCHTONES (%) TOTAL
25 ANS OU MOINS PLUS DE 25 ANS
Changements fréquents de logement*** 54,6 % 38,8 % 45,4 %
A une mauvaise hygiène personnelle** 2,8 % 5,2 % 4,2 %
A des problèmes de santé physique*** 13,6 % 28,1 % 22,1 %
A des problèmes dentaires*** 16,9 % 25,8 % 22,1 %
A des dettes*** 28,4 % 38,1 % 34,1 %
N'a pas de compte de banque*** 66,5 % 56,9 % 60,9 %
N'a pas de crédit*** 82,6 % 69,9 % 75,2 %
N'a pas de biens à remettre en nantissement*** 81,8 % 68,1 % 73,8 %
N'a pas de passe-temps*** 30,6 % 24,4 % 26,9 %
Ne participe pas à des activités organisées** 57,6 % 51,7 % 54,2 %
A eu recours aux services sociaux*** 83,1 % 91,0 % 87,7 %

Remarque :*p<0,05; **p<0,01; ***p<0,001
Orientation personnelle et affective

Le Tableau 19 présente une répartition des indicateurs liés à l’orientation personnelleet affective. Vingt des 46 indicateurs de ce domaine permettaient d’établir unedifférence entre les deux groupes de l’échantillon. Le Tableau 19 révèle que lesfacultés cognitives, le comportement, la sexualité et la santé mentale sont leséléments principaux qui différencient les deux groupes. Plus précisément, une plusgrande proportion des plus jeunes délinquants étaient incapables de se donner deschoix, ne se rendaient pas compte des conséquences de leurs actes, étaientamateurs de sensations fortes, et irréfléchis. Sur le plan des facultés cognitives, uneplus grande proportion d’entre eux étaient impulsifs.

Comme on le voit au Tableau 19, les délinquants plus âgés avaient plus de difficultédans les domaines de la santé mentale et des questions liées aux interventions. Parexemple, une plus grande proportion d’entre eux avaient été traités par un service deconsultations externes dans le passé et avaient déjà consommé ou consommaientdes médicaments prescrits. En outre, une plus grande proportion avait des besoinsdans le domaine de la sexualité. Ainsi, ils étaient plus susceptibles que les plusjeunes d’avoir des difficultés de performance sexuelle, un problème d’identitésexuelle, une orientation sexuelle inappropriée et une attitude sexuelleproblématique. Ces résultats cadrent bien avec le fait que les délinquants plus âgés,dans une plus grande proportion que les plus jeunes, avaient commis une infractionde nature sexuelle.

Tableau 19. Indicateurs liés à l?orientation personnelle et affective (EID)
INFRACTIONS DÉLINQUANTS AUTOCHTONES (%) TOTAL
25 ANS OU MOINS PLUS DE 25 ANS
Affilié à un gang*** 16,6 % 2,8 % 8,5 %
Incapable de se donner des choix*** 71,6 % 65,0 % 67,7 %
Ne se rend pas compte des conséquences*** 52,3 % 45,7 % 48,5 %
Se fixe des objectifs irréalistes* 32,9 % 28,3 % 30,2 %
Impulsif*** 85,3 % 73,8 % 78,6 %
Gère mal son temps*** 59,9 % 47,9 % 52,9 %
Craintes irraisonnées* 21,0 % 25,3 % 23,5 %
Prend des risques inconsheadersérés*** 70,4 % 56,4 % 62,2 %
Amateur de sensations fortes*** 45,2 % 26,2 % 34,1 %
Irréfléchi** 56,8 % 51,2 % 53,6 %
Peu consciencieux*** 46,9 % 39,6 % 42,6 %
A des difficultés de performance sexuelle*** 2,6 % 5,4 % 4,2 %
Problème d'headersentité sexuelle*** 2,2 % 4,8 % 3,7 %
Orientation sexuelle inappropriée*** 10,2 % 23,5 % 18,0 %
Attitude sexuelle problématique*** 18,9 % 35,5 % 28,6 %
Médicaments prescrits dans le passé** 21,8 % 26,7 % 24,7 %
Médicaments prescrits en ce moment*** 7,6 % 12,6 % 10,5 %
Hospitalisé dans le passé*** 15,2 % 20,2 % 18,1 %
Traité par un service de consultations externes dans le passé* 11,6 % 15,2 % 13,7 %
Traité par un service de consultations externes avant son admission* 2,7 % 4,5 % 3,8 %

Remarque :*p<0,05; **p<0,01; ***p<0,001
Attitude générale

Le Tableau 20 présente des indicateurs liés à l’attitude générale. Les comparaisonsentre les groupes ont révélé des différences significatives pour 9 des 24 indicateurs.De façon générale, il semble que les plus jeunes délinquants autochtones perçoiventle système de justice pénale de façon plus négative que leurs aînés. Ainsi, une plusgrande proportion d’entre eux avaient une attitude négative à l’égard des lois, de lapolice, de la surveillance dans la collectivité et du système correctionnel. Les plusjeunes étaient également plus susceptibles de considérer que le travail n’a pas devaleur et de ne pas avoir de but dans la vie. Ces constatations cadrent bien avec cequ’on avait observé dans le domaine de l’«emploi». En outre, une plus grandeproportion des plus jeunes étaient susceptibles de manquer de respect à l’égard dela propriété privée et de la propriété publique, et d’être en faveur de la violenceinstrumentale.

Tableau 20. Indicateurs liés à l'attitude générale (EID)
INFRACTIONS DÉLINQUANTS AUTOCHTONES (%) TOTAL
25 ANS OU MOINS PLUS DE 25 ANS
Attitude négative face aux lois** 51,6 % 45,5 % 48,0 %
Attitude négative envers la police*** 44,7 % 35,5 % 39,3 %
Attitude négative envers le système correctionnel* 24,6 % 20,4 % 22,1 %
Attitude négative face à la surveillance dans la collectivité** 36,4 % 30,8 % 33,1 %
Le travail n'a pas de valeur*** 27,2 % 16,3 % 20,9 %
Les compétences psychosociales n’ont pas de valeur*** 14,1 % 9,2 % 11,2 %
Les personnes âgées n'ont pas de valeur*** 3,4 % 1,2 % 2,1 %
Le rôle des femmes et des hommes est inégal*** 18,3 % 28,4 % 24,2 %
Manque de respect à l’égard de la propriété privée*** 51,2 % 34,6 % 41,5 %
Manque de respect à l’égard de la propriété publique*** 40,0 % 25,2 % 31,3 %
Manque de respect à l’égard de la propriété commerciale*** 44,4 % 29,3 % 35,6 %
Est en faveur de la violence familiale*** 18,8 % 32,7 % 26,9 %
Est en faveur de la violence instrumentale*** 47,3 % 40,4 % 43,3 %
Pas de but dans la vie*** 81,6 % 66,9 % 73,0 %
Anticonformiste*** 62,0 % 55,0 % 57,9 %

Remarque :*p<0,05; **p<0,01; ***p<0,001
Risque de suicide

Parmi les neuf indicateurs utilisés pour évaluer le risque de suicide, un seulpermettait d’établir une distinction entre les deux groupes de l’échantillon. Une plusgrande proportion des délinquants plus âgés avaient subi la perte d’un ami ou la mortd’un proche parent. Un quart de l’échantillon des délinquants autochtones avait déjàfait une tentative de suicide. La répartition des proportions pour les indicateurs liésau risque de suicide est présentée au Tableau 21.

Tableau 21. Indicateurs liés au risque de suicide (EID)
INFRACTIONS DÉLINQUANTS AUTOCHTONES (%) TOTAL
25 ANS OU MOINS PLUS DE 25 ANS
A peut-être des tendances suicidaires 4,6 % 5,9 % 5,3 %
A déjà tenté de se suicider 24,2 % 26,1 % 25,3 %
A déjà bénéficié d'une intervention 11,4 % 13,6 % 12,7 %
Perte d'amitié, décès d'un parent proche*** 8,1 % 11,8 % 10,3 %
Connaît des problèmes graves* 6,7 % 8,7 % 7,9 %
Est sous l'empire de l'alcool ou de la drogue 6,1 % 7,7 % 7,0 %
Présente des signes de dépression 8,8 % 10,9 % 10,0 %
A exprimé l'intention de se suicider* 3,6 % 4,8 % 4,3 %
A dressé un plan pour se suicider 0,8 % 0,8 % 0,8 %

Remarque :*p<0,05; **p<0,01; ***p<0,001

CONCLUSIONS

Dans ce rapport, nous avons présenté les résultats d’une étude en deux parties danslaquelle nous avons examiné les questions de l’affiliation à un gang et de l’âge chezles délinquants autochtones incarcérés dans les établissements fédéraux. Nousavons d’abord comparé les délinquants autochtones affiliés à un groupe du crimeorganisé et les autres délinquants autochtones sous responsabilité fédérale, tout entenant compte de l’âge. Nous avons ensuite examiné les différences entre un groupede délinquants autochtones «plus jeunes» et un groupe de «plus âgés». Il s’avéraitnécessaire de mener cette étude à double volet en raison de l’existence de deuxtendances simultanées au Canada : l’augmentation de l’appartenance à un gangparmi les jeunes délinquants autochtones et la croissance du nombre de jeunesAutochtones dans les établissements fédéraux du Service correctionnel du Canada.Compte tenu de ces deux tendances, on se demandait si les stratégies d’interventiondevraient être axées sur l’appartenance aux gangs ou sur les besoins des jeunesAutochtones en matière de traitement.

Nous avons constaté que, si l’on tient compte de l’âge, les différences entre lesdélinquants qui sont membres d’un gang et les autres qui ne le sont pas, sur le plandu niveau global de risque, diminuent. De même, lorsqu’on compare deux groupesd’âge au sein de cette population, on n’observe pas de différences significativesentre les plus jeunes et les plus âgés sur le plan des infractions «habituellement»associées aux activités des gangs. Ainsi, une moins grande proportion des plusjeunes délinquants autochtones avaient été condamnés pour possession de drogueet trafic de drogue, des infractions associées aux gangs.

Même si l’on a déjà déterminé que l’appartenance des jeunes Autochtones à desgangs a un effet négatif sur la stabilité des établissements fédéraux dans la régiondes Prairies, notre étude a permis de montrer que la «jeunesse» est un facteur trèsimportant à prendre en considération dans les stratégies d’intervention. Nous avonsutilisé comme méthode une perspective historique plutôt qu’un profil instantané, etnous avons constaté que le risque s’atténuait avec l’âge chez les délinquantsautochtones sous responsabilité fédérale. Cela se manifeste dans les résultats, quiont permis d’établir, de façon significative, que les jeunes délinquants autochtonesétaient plus susceptibles que leurs aînés d’avoir déjà été condamnés par un tribunalpour adolescents.

En conclusion, notre étude montre que les politiques visant à la fois à gérer lesgangs et à favoriser la réinsertion sociale des délinquants autochtones doivent êtreaxées autant sur les besoins des plus jeunes délinquants que sur le risque associé àl’appartenance à un gang. Pour augmenter l’efficacité des interventions, il fautélaborer les stratégies de concert avec les Aînés et d’autres ressources autochtoneset les mettre en œuvre très tôt au cours du développement des jeunes afind’empêcher que ceux-ci aient des démêlés avec le système de justice pénale.

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