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Rapports de recherche

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Évaluation du Programme prélibératoire pour délinquants toxicomanes de l'établissement de Drumheller

1992, N° R-26

Rapport de recherche No. 26

Préparé par :

Bart Millson
David Robinson

Direction de la recherche et statistiques
Service correctionnel du Canada
novembre, 1992

Résumé

Le Programme prélibératoire pour délinquants toxicomanes est un programme de traitement conçu pour aider à résoudre divers problèmes d'alcool et de drogue chez les délinquants. Le programme comprend vingt-six séances d'une demi-journée, représentant en tout quatre-vingt-cinq heures de cours environ. On enseigne aux délinquants les conséquences de l'abus d'intoxicants, et on leur montre comment leur intoxication influe sur d'importants aspects de leur vie.

Trente délinquants ont participé au Programme prélibératoire pour délinquants toxicomanes à l'établissement de Drumheller. Ils ont rempli huit questionnaires d'évaluation au préalable. Ces évaluations ont révélé qu'ils étaient toxicomanes à divers degrés. Le Test de dépistage de l'abus de drogues (TDAD) et la Grille d'évaluation de la dépendance à l'alcool (GEDA) leur ont aussi été administrés pour évaluer leurs problèmes en matière de drogue et d'alcool respectivement. Les problèmes de la majorité des délinquants ont été cotés «graves» au premier test, et «légers» ou «modérés» au second, signe que l'usage d'intoxicants causait de nombreux méfaits.

Une fois que les délinquants eurent suivi le programme au complet, les mêmes tests leur ont été administrés. Les résultats ont permis de constater des améliorations sous tous les aspects évalués. Le programme s'est donc révélé profitable pour renseigner les délinquants au sujet de l'usage d'alcool et de drogues.

Les résultats obtenus après le programme auprès des délinquants dont les problèmes avaient été cotés «graves» d'après le TDAD ou la GEDA ont été comparés à ceux des délinquants dont les problèmes n'étaient pas «graves» selon ces deux tests. La différence constatée entre le début et la fin du programme était plus marquée chez le groupe dont les problèmes étaient «moins graves» que chez celui dont les problèmes étaient «graves», ce qui est normal puisque le programme s'adresse aux délinquants qui commencent seulement à éprouver des problèmes d'alcool et de drogue plutôt qu'à ceux qui ont des antécédents graves à cet égard.

Un sous-échantillon de dix délinquants a aussi été comparé à un groupe témoin de dix autres délinquants qui ont rempli les questionnaires d'évaluation avant et après le programme, mais qui n'ont pas participé à celui-ci. Les résultats ont révélé que les participants ont obtenu à la fin du programme des scores supérieurs à ceux des membres du groupe témoin pour cinq des huit aspects évalués. Quoique ces conclusions appellent la prudence vu la petitesse de l'échantillon, il est stimulant de constater que le programme a certains effets bénéfiques.

Les délinquants et le moniteur ont rempli des questionnaires sur le contenu et les méthodes du programme. Les délinquants ont accordé une bonne cote à la plupart des aspects du programme, mais ont réservé la meilleure au moniteur, et la pire, à la durée du programme (trop court selon eux). Il est encourageant de constater que les délinquants auraient préféré que le Programme prélibératoire pour les toxicomanes dure plus longtemps.

Le moniteur a indiqué que les buts et les objectifs du programme étaient «très clairs» pour toutes les séances. Le guide des animateurs de groupe a aussi été jugé «efficace» pour stimuler les échanges pro-sociaux au sujet de l'abus d'intoxicants.

Introduction

Le Programme prélibératoire pour délinquants toxicomanes est un programme de traitement de l'alcoolisme et de la toxicomanie qui s'adresse aux délinquants dont la dépendance psychologique ou physique à l'égard de l'alcool ou des drogues était déjà importante avant d'être incarcérés. C'est la Division de l'éducation et du développement personnel, du SCC, qui a mis ce programme sur pied, dans le cadre de la Stratégie nationale antidrogue, en 1987. Le but du programme est de sensibiliser les délinquants aux méfaits de l'alcool et des drogues, et d'encourager la prise de décision responsable en ce domaine. On a émis l'hypothèse que le programme conviendrait mieux à ceux chez qui l'usage d'intoxicants est en voie de devenir un problème grave qu'à ceux dont les antécédents remontent loin et dont la dépendance est déjà très marquée (Lightfoot et Barker, 1989).

Le Programme prélibératoire pour délinquants toxicomanes a été mis en application à l'établissement de Drumheller en 1990, où 30 délinquants au total Vont suivi : 10 en octobre 1990, 10 en décembre de la même année, et 10 encore en juillet 1991.

Le programme comprend neuf volets différents : introduction, sensibilisation à l'alcool et aux drogues, acquisition d'aptitudes conduisant à la prise en charge personnelle, acquisition d'aptitudes cognitives et comportementales conduisant à la résolution de problèmes, acquisition de compétences sociales, recyclage professionnel, planification des loisirs et du mode de vie, planification prélibératoire, et remise des diplômes (Lightfoot, 1989). Trois séances de counseling individuel ont également lieu au début, au milieu et à la fin du programme. Des groupes assistent à vingt-six séances d'une demi- journée, soit à environ quatre-vingt-cinq heures de cours en tout.

Les participants ont été soumis à un certain nombre de tests avant et après le programme. Une entrevue structurée a également été réalisée pour déterminer la nature et l'étendue de la dépendance à l'égard de l'alcool et des drogues, ainsi que des problèmes connexes, au cours des six mois précédant l'incarcération.

Ce rapport porte sur les résultats des évaluations auxquelles ont été soumis les délinquants. Une analyse de l'efficacité du programme du point de vue tant des délinquants que du moniteur est aussi présentée.

Évaluation initiale des délinquants

Les délinquants ont répondu à huit questionnaires, en guise d'évaluation initiale, avant de participer au programme. Ils y ont à nouveau répondu, aux fins d'une évaluation finale, après leur participation au programme. Questionnaires

Les questionnaires étaient Consequences of Alcohol Use (conséquences de l'abus d'alcool) (Gunn et Orenstein, 1983) et Consequences of Drug Use (conséquences de l'abus de drogues) (Gunn et Orenstein, 1983), qui visent à évaluer les connaissances des délinquants au sujet de l'alcool et des drogues; l'échelle How Much do they Matter (jusqu'à quel point comptent-ils?) (Gunn et Orenstein, 1983), qui sert à mesurer les attitudes vis-à-vis de la consommation d'alcool et de drogue; les échelles Communicating About Drinking (parler de l'alcool) (Gunn et Orenstein, 1983), Drinking and Assertiveness (alcool et assurance) (Gunn et Orenstein, 1983), Using Alcohol Responsibly (boire de façon responsable) (Gunn et Orenstein, 1983) et Decision Making (prise de décision) (Gunn et Orenstein, 1983), qui sont utilisées pour déterminer respectivement l'aptitude à communiquer, l'assurance, la responsabilité, et la capacité de résolution de problèmes des délinquants; et l'Employment Questionnaire (questionnaire sur l'emploi) (Barker, 1989), qui permet d'évaluer la perception d'emplois éventuels par les délinquants.

L'échelle Consequences of Alcohol Use consiste en 20 énoncés vrais ou faux sur les conséquences de la consommation d'alcool. Le score maximum est de 20 (c'est-à-dire 100% exact). La moyenne pour l'échantillon a été de 11,5 (é.-t = 1,83) ou 57,5%.

L'échelle Consequences of Drug Use consiste en 30 énoncés vrais ou faux sur les conséquences de l'usage de drogues. Le score maximum est de 30, et la moyenne pour l'échantillon a été de 20,7 (é.-t. = 2,79) ou 69%.

Le questionnaire How Much do they Matter comprend 20 énoncés de type Likert au sujet de façons dont on peut subir les conséquences de la consommation d'alcool ou de drogues. Les délinquants devaient indiquer dans quelle mesure ils étaient d'accord ou en désaccord avec les énoncés. Sur un score possible de 100, la moyenne a été de 80,9 (é.-t. = 12,39) ou 80,9% pour les 30 participants.

L'échelle Drinking and Assertiveness présente des personnes mises mal à l'aise parce que d'autres personnes boivent ou leur offrent de l'alcool. Les délinquants devaient choisir la bonne action parmi quatre choix correspondant à des manières d'agir avec assurance dans la situation proposée. Sur un score possible de 15, la moyenne a été de 9,4 (é.-t. = 2,50) ou 62,7%.

Le questionnaire Communicating About Drinking consiste en des descriptions de personnes qui veulent limiter ou arrêter leur consommation d'alcool. Les délinquants devaient choisir le bon message au sujet de la consommation d'alcool qu'ils voulaient communiquer à d'autres personnes. Quatre choix de réponse étaient possibles pour chaque question. Sur 15 bonnes réponses possibles, le score moyen des 30 participants a été de 8,2 (é.-t. = 2,87) ou 54,7%.

Dans Using Alcohol Responsibly, 15 situations étaient présentées, et les délinquants devaient choisir le comportement à adopter de préférence pour faire usage d'alcool de manière responsable. Chaque question était assortie de quatre réponses différentes. Le score moyen a été de 7,3 (é.-t. = 2,67) ou 48,7%.

Le questionnaire Decision-Making présentait aux délinquants des descriptions fictives de personnes essayant de prendre des décisions en matière de santé. Les répondants devaient choisir parmi quatre options la prochaine étape à suivre selon une approche systématique de la prise de décision. Sur 15 exercices différents de prise de décision, le score moyen a été de 5,8 (é.-t. = 2,69) ou 38,7%.

Le dernier test utilisé aux fins de l'évaluation initiale était l'Employment Questionnaire. Celui-ci comprend 47 énoncés de type Likert sur l'usage d'intoxicants, l'emploi et les situations favorisant la rechute. Les délinquants devaient indiquer dans quelle mesure ils étaient d'accord ou en désaccord avec les énoncés. Le score moyen pour les 30 délinquants a été de 184,6 (é.-t. = 14,63), sur un score maximum de 235.

Des analyses de variance ont révélé que certains scores pour les trois groupes de délinquants variaient de façon significative selon les échelles Communicating About Drinking et Decision-Making1.

1 Le score moyen chez le premier groupe de participants a été significativement plus élevé que chez le troisième groupe selon l'échelle Communicating About Drinking. Selon l'échelle Decision- Making, le score moyen chez le premier groupe a été significativement plus élevé que les scores moyens chez les deux autres groupes de détenus.

Données d'entrevue

Les délinquants ont été soumis à une série distincte d'évaluations dans le cadre de l'entrevue structurée en vue du Programme prélibératoire pour délinquants toxicomanes. Entre autres, les tests suivants ont été administrés : l'ASIST-I (Lightfoot et Hodgins, 1988), qui porte sur les aspects sociaux et démographiques et sur le fonctionnement dans la vie en général; la Grille d'évaluation de la dépendance à l'alcool (Skinner et Horn, 1984), qui, comme son nom l'indique, sert à déterminer le niveau de dépendance à l'égard de l'alcool; le Test de dépistage de l'abus de drogues (Skinner, 1982), qui vise à mesurer la dépendance à l'égard des drogues; le General Health Questionnaire (Questionnaire général sur la santé) (Goldberg et Hillier, 1979), qui offre un inventaire de facteurs de détresse psychologique; le Shipley Institute of Living (Institut de vie de Shipley) (Shipley, 1940), qui permet de déterminer le fonctionnement intellectuel; et les Trails A and B (Pistes A et B) (Reitan, 1958), qui portent essentiellement sur le fonctionnement neuro-psychologique. Niveau d'instruction et emploi

Les majorité des délinquants (66,7%) avait au moins entrepris des études secondaires, et 26,7% avaient un diplôme d'études secondaires. Quand on leur a demandé s'ils étaient satisfaits de leur niveau d'instruction, 43,3% ont indiqué qu'ils étaient «relativement à très insatisfaits», en comparaison de 40% qui ont répondu qu'ils en étaient «relativement à très satisfaits».

Soixante pour cent occupaient généralement un emploi non spécialisé, tandis que 30% pouvaient en temps normal obtenir un emploi exigeant une main-d'oeuvre spécialisée. Avant leur arrestation, 36,7% étaient en chômage, alors que 20% travaillaient à temps partiel, et 40%, à plein temps. Quand on leur a demandé s'ils étaient satisfaits de leur emploi, 30% ont répondu qu'ils étaient «relativement à très insatisfaits», comparativement à 46,6% qui se sont dits «relativement à très satisfaits». Un fort pourcentage des participants (66,7%) ont indiqué que leur consommation d'intoxicants avait globalement pour effet d'empirer (46,7%) ou de beaucoup empirer (20%) leur situation sur le plan professionnel ou scolaire. Enfin, 46,6% des délinquants ont indiqué que ce serait «modérément à extrêmement important» qu'ils reçoivent après leur libération de l'aide pour leurs problèmes à l'école ou au travail. Ressources financières

Les activités illégales représentaient la principale source de revenu de 53,3% des délinquants au cours des six mois précédant leur arrestation. Presque 47% d'entre eux éprouvaient des ennuis financiers quelconques au cours de cette période. Interrogés au sujet de l'effet de l'usage d'alcool ou de drogues sur leur situation financière, 56,5% ont répondu qu'il l'«empirait». Quand on leur a demandé s'il serait important pour eux de recevoir de l'aide pour résoudre leurs difficultés financières une fois en liberté, 43,4% ont répondu que ce serait «modérément à extrêmement important». Loisirs

Environ 57% des délinquants avaient au moins cinq sortes de loisirs au cours des six mois précédant leur arrestation. Par exemple, ils pouvaient avoir divers passe-temps, pratiquer des sports, lire, écouter de la musique ou rencontrer des amis. Environ 63% des participants ont révélé que l'usage d'intoxicants rendait leurs activités de loisirs «moins intéressantes» ou «beaucoup moins intéressantes». Logement, relations conjugales et familiales

Le tiers des délinquants vivaient en chambre ou n'avaient pas d'adresse fixe avant de commettre le crime pour lequel ils purgeaient une peine. Les autres habitaient avec un conjoint, d'autres membres de leur famille, ou des amis. Une proportion considérable, 40%, étaient mariés, et 33,3% étaient célibataires et n'avaient jamais été mariés.

Plus de 26% étaient insatisfaits de leurs conditions de vie avant d'être incarcérés. Un peu plus de 63% vivaient avec des personnes qui avaient eu ou qui continuaient d'avoir un problème d'alcool ou de drogue. Une forte proportion de ces personnes (40%) avaient aussi des activités criminelles et avaient déjà été incarcérées. Quand on leur a demandé quel était, selon elles, l'effet général de l'alcool et de la drogue sur leurs relations, 63,3% ont répondu qu'ils les «empiraient», en plus de 26,7% qui ont indiqué qu'ils les «empiraient considérablement». Seulement 16,6%, pourcentage surprenant, estimaient qu'il serait «modérément à très important» qu'on les aide à résoudre leurs problèmes sur le plan des relations après leur mise en liberté. Usage d'alcool

Presque 54% des 30 participants avaient 14 ans ou moins lorsqu'ils ont commencé à boire régulièrement (une fois par semaine ou plus). Au cours des six mois qui ont précédé leur arrestation, 43,3% des répondants se sont décrits comme des buveurs moyens, en comparaison de 23,3% qui ont dit être alors de grands buveurs et de 6,7% de plus qui ont déclaré être alcooliques.

Un fort pourcentage (83,3%) des délinquants ont indiqué avoir eu des ennuis à cause de la boisson. Parmi eux, 60% avaient eu des problèmes familiaux, 80% avaient éprouvé des ennuis avec la justice, et 36,7% avaient eu au travail ou à l'école des difficultés causées par l'alcool. Soixante pour cent des délinquants ont affirmé avoir commencé à éprouver ces ennuis à l'âge de 16 ans ou moins.

Plus de 66% des participants ont indiqué qu'ils étaient portés à se disputer (c'est-à-dire enclins à la violence verbale), lorsqu'ils avaient bu, au cours des six mois précédant leur arrestation. Leur violence verbale était habituellement dirigée contre la famille (26,7%), les amis (23,3%) ou les étrangers (16,7%).

Une importante proportion (46,7%) devenaient physiquement agressifs après avoir bu. Les amis (13,3%) ou les étrangers (13,3%) subissaient le plus souvent cette agressivité.

On a demandé aux délinquants si, d'après leur expérience, ils auraient eu besoin d'aide pour arrêter de boire au cours des six mois qui ont précédé leur arrestation. Plus de 41% ont indiqué qu'il leur aurait fallu une aide quelconque. Quand on leur a demandé quelle sorte d'aide ils auraient souhaité obtenir, 10,3% ont répondu qu'ils auraient eu besoin d'une cure de désintoxication, et 20,7% de plus ont exprimé l'avis qu'ils auraient eu besoin de counseling.

Au sujet de l'effet global de l'alcool sur leur mode de vie, 24,1% ont indiqué qu'il l'avait «empiré», et un fort pourcentage, 44,8%, ont dit qu'il l'avait «considérablement empiré». Vingt pour cent ont dit qu'il serait «modérément important» ou «très important» pour eux de recevoir de laide pour leur problème d'alcool après leur libération, en plus de 16,7% pour qu'il serait «extrêmement important» de recevoir pareille aide. Grille d'évaluation de la dépendance à l'alcoolLa Grille d'évaluation de la dépendance à l'alcool (GEDA) (Skinner et Horn, 1984) est une échelle de 25 questions qui sert à mesurer la gravité de la dépendance à l'égard de l'alcool. Les délinquants devaient dire jusqu'à quel point ils dépendaient de l'alcool au cours des six mois précédant leur arrestation. La majorité des questions revêt une forme binaire (oui ou non), mais des échelles de type Likert sont aussi utilisées pour quelques- unes. Les scores correspondent à cinq catégories de dépendance alcoolique : nulle (score de 0), légère (1-13), moyenne (14-21), importante (22-30), ou grave (31-47).

Le groupe de 30 délinquants a obtenu un score moyen de 12,9 (é.-t. = 9,43), reflet d'une dépendance allant de modérée à moyenne par rapport à l'alcool. Le graphique 1 montre que la majorité des délinquants (60%) était faiblement dépendante de l'alcool, et que seuls deux participants en dépendaient gravement. Les résultats indiquent que la plupart des délinquants ne dépendaient pas beaucoup de l'alcool au cours des six mois précédant leur arrestation.

Graphique 1 -- Niveaux GEDA

Usage de drogues

Le tableau 1 montre les sortes de drogues consommées par les 30 participants au programme pendant les six mois qui ont précédé leur arrestation. Il est intéressant de noter le fort pourcentage (56,7%) de ceux qui ont admis avoir fait usage de cocaïne. Comme il fallait s'y attendre, une forte proportion avait fait l'expérience du cannabis et de drogues licites telles que la nicotine.

Cinquante pour cent des répondants ont indiqué avoir été portés à se disputer (c'est-à-dire à avoir recours à la violence verbale) lorsqu'ils prenaient de la drogue au cours des six mois conduisant à leur arrestation. C'est généralement contre les amis (16,7%) et la famille (16,7%) que cette violence verbale était dirigée.

Une proportion importante, 36,7%, devenaient physiquement agressifs lorsqu'ils faisaient usage de drogues. Quand on leur a demandé qui subissait habituellement cette agressivité, 16,7% ont répondu les amis, et 13,3%, les étrangers.

On a également demandé aux participants s'ils auraient eu besoin d'aide pour arrêter de s'adonner à la drogue. Une forte proportion (56,7%) des délinquants ont indiqué qu'ils auraient effectivement eu besoin d'aide. Appelés à préciser quelle sorte d'aide ils auraient souhaitée, 10% ont mentionné l'hospitalisation, 13,3% ont répondu une cure de désintoxication, et 30% ont dit que le counseling aurait suffi.

Les délinquants ont été invités à dire comment la drogue avait modifié leur vie. Vingt-cinq pour cent ont répondu qu'elle l'avait rendue «pire», et 55% ont exprimé l'avis qu'elle l'avait rendue «bien pire». Quand on leur a demandé s'il serait important qu'ils reçoivent de l'aide relativement à leur toxicomanie une fois libérés, 20% ont dit que ce serait «très important» et 25%, que ce serait «extrêmement important». Test de dépistage de l'abus de drogues

Le Test de dépistage de l'abus de drogues (TDAD) (Skinner, 1982) est une série de 20 questions servant à mesurer la gravité des problèmes qui découlent de l'usage de drogues par une personne. Les délinquants devaient répondre aux questions par oui ou non. Les scores correspondent à cinq catégories d'abus de drogues : nul (score de 0), léger (1-5), moyen (6-10), important (11-15), ou grave (16-20).

Les participants ont obtenu un score moyen de 11,6 (é.-t. = 5,93), signe d'un important nombre de problèmes liés à l'usage de drogues. Le graphique 2 montre que les problèmes de drogue n'étaient pas très graves (niveau léger) chez trois délinquants seulement, alors qu'ils l'étaient chez 11 d'entre eux. Les résultats semblent indiquer qu'un grand nombre de délinquants ont éprouvé de nombreux ennuis à cause de leur usage de drogues au cours des six mois menant à leur arrestation.

Tableau 1 : Sortes de drogues consommées au cours des six mois précédant l'arrestation

Sortes de drogues
%
Drogues illicites
   
Cannabis
86,7%
Amphétamines
20,0%
Barbituriques
10,0%
Benzodiazépines
63,3%
Analgésiques narcotiques
60,0%
Hallucinogènes
53,3%
Cocaïne
56,7%
Tranquillisants
3,3%
Antidépresseurs
3,3%
Nitrates volatils
6,7%
Inhalants/solvants
3,3%
Drogues licites
 
Caféine
86,7%
Nicotine
93,3%

Graphique 2 -- Niveaux TDAD

Condition juridique

Tous les délinquants sauf un avaient déjà été condamnés au moins une fois en tant qu'adultes. Les deux tiers d'entre eux étaient incarcérés pour deux infractions différentes au moment de leur participation au programme, en plus de 20% qui avaient été impliqués dans au moins trois crimes. Le crime le plus fréquemment commis avait été le vol qualifié (53,3%), suivi de l'introduction par effraction (36,7%), des voies de fait (13,3%), et des infractions armées (13,3%). Interrogés sur la violence dont ils avaient fait usage lorsqu'ils, avaient commis leur crime le plus grave, 33,3% ont répondu que la victime avait subi un traumatisme physique réel, en comparaison de 20% qui ont dit qu'aucun contact n'avait eu lieu avec la victime.

Un fort pourcentage des délinquants (90%) avaient pris ou de la drogue ou de l'alcool le jour de leur crime. Plus précisément, 30% avaient pris de l'alcool, 20% avaient fait usage de drogues, et 40% étaient sous l'influence de l'alcool et de la drogue.

On a demandé aux délinquants combien d'alcool ou de drogues ils avaient consommés. Fait intéressant, 40% ont indiqué qu'ils en avaient pris plus que d'habitude. Quand on leur a demandé dans quelle mesure l'alcool ou la drogue, ou les deux, avaient influencé leur jugement le jour de leur crime, 20% ont répondu qu'ils avaient les facultés «légèrement affaiblies» à «modérément affaiblies», tandis que 53,3% ont affirmé qu'ils les avaient «gravement affaiblies». Interrogés à propos de l'effet global de l'usage d'intoxicants sur leur condition juridique, tous les répondants ont indiqué qu'il l'avait rendue «pire» ou «bien pire». Traitement

Plus de 93% des participants avaient reçu une forme quelconque de traitement contre l'abus d'intoxicants au cours des six mois précédant leur arrestation. On a demandé aux délinquants d'indiquer le genre de programme de traitement qui, à leur avis, serait le plus profitable pour eux pendant leur incarcération. Les réponses sont présentées au tableau 2.

Il est intéressant de constater que le genre de traitement jugé le moins souhaitable est celui qui est le plus couramment offert dans les établissements, l'aide des Alcooliques anonymes. Les délinquants avaient en général une opinion favorable des autres modes de traitement offerts. Quand on leur a demandé quel programme thérapeutique serait le plus profitable, 50% des délinquants ont indiqué une thérapie individuelle, suivis de 21,4% qui ont répondu une thérapie de groupe générale (à condition qu'une attention soit portée aux problèmes d'alcool et de drogue). Questionnés au sujet de leur motivation, pas moins de 96,6% ont répondu qu'ils participeraient à un programme où on les aiderait à cesser de faire usage de drogues. Cinquante pour cent ont aussi indiqué qu'ils aimeraient apprendre à limiter leur consommation d'alcool. Enfin, 66,7% ont ajouté qu'ils participeraient à un programme qui leur permettrait d'en apprendre plus sur les effets de l'alcool et des drogues.

Tableau 2 : Pourcentage de délinquants préférant telle ou telle forme de traitement

Mode de traitement
%
Thérapie de groupe (portant seulement sur les problèmes d'alcool et
de drogue)
79,2%
Thérapie de groupe (plus générale, mais portant aussi sur les
problèmes d'alcool et de drogue)
78,5%
Groupe de sensibilisation aux effets de l'alcool et des drogues
86,3%
Groupe d'Alcooliques anonymes
41,4%
Groupe d'entraide (autre que les A,A,)
69,0%
Compétences psychosociales (accent mis sur l'information en
matière d'alcool et de drogue)
89,3%
Thérapie individuelle
89,7%

Dans la dernière section de l'entrevue structurée, l'interviewer cotait les besoins des participants à divers égards. Le tableau 3 montre les cotes assignées. Il est intéressant de constater que l'interviewer a estimé de peu de gravité la dépendance des délinquants vis-à-vis de l'alcool, mais qu'il a jugé grave leur dépendance à l'égard de la drogue. Ces cotes sont conformes aux scores obtenus au TDAD et selon la GEDA, qui donnaient à penser que les problèmes de drogue des délinquants étaient plus graves que leurs problèmes d'alcool.

Tableau 3 : Pourcentage des cotes de gravité assignées par l'interviewer

 

Problèmes

Gravité des problèmes
Nulle
Faible
Grande
École/emploi
17,2%
69,0%
13,8%
Situation financière
14,3%
71,4%
14,3%
Loisirs
25,0%
46,4%
28,6%
Couple/famille
35,8%
46,4%
17,9%
Alcool
10,7%
53,5%
35,8%
Drogue
14,3%
25,0%
60,7%

Évaluation finale des délinquants

Après avoir suivi le programme au complet, les délinquants devaient remplir les huit mêmes questionnaires qu'au début. Les scores obtenus au moment de l'évaluation initiale et au moment de l'évaluation finale ont été comparés afin de déterminer si la participation au programme s'accompagnait d'un changement pour le mieux. Le tableau 4 montre, côte à côte, les scores aux huit tests administrés avant et après le programme2.

2 Les tests répétés ont fait l'objet, pour chaque comparaison, d'analyse de variance devant révéler les effets internes, afin de vérifier s'il existant un changement signifiant entre les scores obtenus avant et après le programme.

Le tableau 4 montre une amélioration significative aux tests Consequences of Alcohol Use, How Much do they Matter, Communicating About Drinking, Using Alcohol Responsibly, et Employment Questionnaire. Des différences observables entre les scores obtenus avant et après le programme ont également été notées aux échelles Consequences of Drug Use, Drinking and Assertiveness, et Decision Making. Même si la signification statistique de ces différences a été impossible à établir, les changements étaient dans le sens attendu (c'est-à-dire amélioration après le programme par rapport à avant).

Des analyses ont également été effectuées afin de chercher des différences significatives entre les trois groupes pour les diverses mesures de changement (c'est-à-dire les différences entre les scores obtenus à l'évaluation initiale et à l'évaluation finale)3.

3 Le score de changement chez le deuxième groupe de détenus était significativement plus élevé que chez les premier et troisième groupes selon l'échelle Communicating About Drinking. Ce score était significativement plus élevé chez le premier groupe que chez le deuxième selon l'échelle Drinking and Assertiveness. Enfin, il était significativement plus élevé chez le deuxième groupe que chez le premier pour Using Alcohol Responsibly.

Tableau 4 : Résultats obtenus par les participants avant et après le programme

Échelle
Moyenne
F
Avant
Après
 
Consequences of Alcohol Use
(Gunn et Orenstein, 1983)
11,5
(sd=1,83)
12,4
(1,33)
6,51**
Consequences of Drug Use
(Gunn et Orenstein, 1983)
20,7
(2,79)
21,7
(3,30)
2,71
How Much Do They Matter
(Gunn et Orenstein, 1983)
80,9
(12,39)
88,4
(8,96)
24,19**
Communicating about Drinking
(Gunn et Orenstein, 1983)
8,2
(2,87)
9,1
(2,92)
5,60*
Drinking and Assertiveness
(Gunn et Orenstein, 1983)
9,4
(2,50)
9,7
(2,59)
0,36
Using Alcohol Responsibly
(Gunn et Orenstein, 1983)
7,3
(2,67)
8,6
(2,53)
4,27*
Decision-Making
(Gunn et Orenstein, 1983)
5,8
(2,69)
6,1
(2,32)
0,69
Employment Questionnaire
(Lightfoot et Barker, 1989)
184,6
(14,63)
195,7
(16,59)
18,30 **

* p<0,05
** p<0,01

Effet du programme chez les délinquants dont les problèmes n'étaient pas graves selon le TDAD et la GEDA vs ceux qui étaient graves

Graphique 3 -- Scores de changement par niveau de sévérite selon TDAD et GEDA

Un aspect important de l'efficacité de tout programme de traitement correctionnel est la mesure dans laquelle il permet de venir en aide aux délinquants chez qui l'abus d'intoxicants constitue, à divers degrés, un problème. Pour permettre l'étude des effets différentiels du traitement, 29 délinquants ont été répartis dans deux groupes selon la gravité de leurs problèmes d'après le TDAD et la GEDA4.

4 Un participant au programme n'a pas été soumis au TDAD.

Le groupe dont les problèmes étaient jugés «graves» comprenait 12 sujets qui avaient obtenu cette cote au TDAD ou selon la GEDA. Le groupe dont les problèmes étaient considérés comme «non graves» était formé de 17 délinquants qui n'avaient jamais obtenu cette cote selon l'un ou l'autre de ces instruments de mesure. Les différences entre les scores au moment de l'évaluation initiale et au moment de l'évaluation finale (c'est-à-dire les scores de changement) pour chacun des huit tests ont été comparées afin de permettre de déceler toutes différences significatives entre le groupe dont les problèmes étaient «non graves» et celui dont les problèmes étaient «graves».

Le graphique 3 montre les scores de changement chez les deux groupes pour chacun des huit tests. Selon toutes les échelles d'évaluation sauf une (Communicating About Drinking), le groupe dont les problèmes étaient considérés comme «non graves» a affiché une plus grande amélioration que le groupe dont les problèmes étaient considérés comme «graves». Des différences indiquant un changement pour le mieux ont pu être observées selon les échelles Employment Questionnaire, How Much do they Matter, et Using Alcohol Responsibly. Il importe de savoir, cependant, qu'aucune de ces différences entre les deux groupes n'était statistiquement significative.

Les conclusions précédentes ne sont pas surprenantes, le programme étant jugé mieux convenir (on l'a dit déjà) aux personnes qui commencent à éprouver de sérieux ennuis plutôt qu'à celles dont les problèmes d'alcool ou de drogue sont plus anciens. Le groupe des délinquants dont les problèmes sont considérés comme «non graves» correspond bien aux participants dont les ennuis ne sont pas encore ou commencent à peine à être sérieux, tandis que le groupe des délinquants dont les problèmes sont jugés «graves» est représentatif de ceux dont les problèmes d'alcool ou de drogue sont critiques d'après le TDAD et la GEDA. Ces conclusions préliminaires peuvent être une indication que le programme permet de traiter le plus efficacement le groupe à qui il s'adresse d'abord.

Évaluation du groupe témoin par rapport au groupe de participants

Le plan de recherche prévoyait également un groupe expérimental et un groupe témoin. Le groupe témoin devait servir à vérifier si les changements relatifs aux connaissances et aux attitudes des participants pouvaient être attribués au programme. On a procédé au hasard pour répartir les participants dans le groupe expérimental et le groupe témoin. Les sujets du groupe expérimental ont suivi le Programme prélibératoire pour délinquants toxicomanes, contrairement à ceux du groupe témoin.

Malgré la taille limitée de l'échantillon du fait que des données complètes de groupe témoin n'étaient pas disponibles pour les trois groupes, une comparaison préliminaire des résultats du groupe expérimental et du groupe témoin a quand même été effectuée. Un groupe témoin de délinquants a été soumis à la batterie de tests ayant servi aux évaluations qui ont précédé et suivi le programme.

Des données comparatives des deux évaluations n'étaient disponibles que pour le groupe de délinquants qui ont suivi le programme en juillet 1991. Des analyses des scores obtenus à la première évaluation ont révélé que les deux groupes différaient initialement, de façon significative, d'après l'échelle Communicating About Drinking. Le score moyen du groupe témoin était significativement plus élevé que celui du groupe participant au programme. Des différences appréciables sont également apparues aux échelles Using Alcohol Responsibly et Decision-Making. Même si les différences n'étaient pas statistiquement significatives, les moyennes chez le groupe témoin étaient également plus élevées pour ces deux tests.

Les changements dans les mesures obtenues avant et après le programme ont été comparés après ajustement statistique des différences mesurées avant le programme entre les deux groupes5. Les résultats ont indiqué que les délinquants qui ont suivi le programme au complet ont obtenu des scores de changement significativement plus élevés aux échelles How Much do they Matter et Employment Questionnaire. Des améliorations ont également été constatées aux échelles Drinking and Assertiveness, Using Alcohol Responsibly et Decision- Making. Les trois dernières différences n'étaient pas statistiquement significatives, mais les différences dans les scores de changement au sein du groupe expérimental étaient plus marquées que dans le groupe témoin. Fait surprenant, les changements pour le mieux ont été plus accentués dans le groupe témoin que parmi les participants au programme d'après les échelles Consequences of Alcohol Use, Consequences of Drug Use, et Communicating About Drinking. Toutefois, des analyses subséquentes ont révélé que ces changements n'étaient pas statistiquement significatifs.

5 Une analyse de covariance a été effectuée.

Les résultats ci-dessus doivent être interprétés avec prudence en raison de la taille limitée de l'échantillon. Néanmoins, les résultats des comparaisons entre les groupes expérimental et témoin semblent des plus prometteurs.

Formulaires de commentaires remplis par les délinquants après chaque séance

Les délinquants devaient remplir des formulaires à la fin de chaque séance pour en évaluer le contenu et donner leur avis sur la méthode utilisée. Ils devaient indiquer leurs préférences, leurs perceptions, ainsi que leurs idées pour améliorer les séances. Ils remplissaient aussi un court questionnaire après chaque séance.

De façon générale, les délinquants ont indiqué avoir aimé et apprécié la matière présentée et les discussions qui s'ensuivaient. Ils ont aussi trouvé certains films intéressants et informatifs.

Les délinquants ont rarement indiqué ce qui pourrait être fait pour améliorer les séances. Quand ils ont fait des commentaires, c'était, la plupart du temps, pour dire que tel ou tel film avait été «moche» ou «trop aride».

Le tableau 5 donne un aperçu des cotes attribuées sur le formulaire de commentaires. Sept choix de réponse tirés d'une échelle de Likert étaient offerts. Une cote basse ou haute indique une certaine insatisfaction relativement à toutes les questions sauf la dernière. Par exemple, dans le cas de la discussion, la cote «faible» indiquerait qu'il y en a eu «trop peu», tandis que la cote «élevé» signifierait qu'il y en a eu «trop». Une cote «normal» correspondrait à un niveau optimal de discussion.

La dernière question avait trait au niveau d'intérêt, un score peu élevé indiquant une séance «ennuyeuse», et un score élevé, une séance «intéressante». Il semble que les participants aient jugé les séances suffisamment intéressantes. Toutefois, seulement 52% des délinquants ont fait état d'un intérêt «élevé».

À la fin du programme, les participants ont été invités à remplir un formulaire d'évaluation afin de livrer leurs impressions sur divers aspects du programme. Trois choix de réponse étaient offerts (trop, juste assez, trop peu). Les résultats sont présentés sous forme sommaire au tableau 6.

Il semble que la plupart des aspects du programme aient été jugés favorablement. C'est à l'égard des moniteurs que la satisfaction a été la plus grande. Par contre, la durée du programme a suscité le plus d'insatisfaction. Les résultats semblent indiquer qu'on souhaite un programme plus long dont la quantité de matière serait équivalente.

Tableau 5 : Cotes attribuées par les délinquants sur les formulaires d'évaluation des séances

 
Faible
Normal
Élevé
Niveau d'information
3,8%
91,1%
5,1%
Nombre d'aides audio-visuelles
3,7%
80,2%
16,1%
Clarté des idées présentées
32,1%
60,7%
7,2%
Niveau de discussion
6,6%
87,9%
5,5%
Nieau de compréhension
4,7%
93,4%
1,9%
 
Faible ----- >Élevé
Niveau d'intérêt
5,1%
 
52,0%

Nota :

  1. «Faible» dénote le caractère trop limité ou confus d'un aspect donné du programme.
  2. «Normal» indique que les aspects en question du programme ont été bien présentés et généralement bien reçus.
  3. «Élevé» dénote le caractère exagéré ou confus d'un aspect donné du programme.

Tableau 6 : Sommaire des évaluations du programme par les délinquants

Aspect
Trop
Juste assez
Trop peu
Durée du programme
30,0%
56,7%
13,3%
Information sur l'alcool et les drogues
6,6%
76,7%
16,7%
Acquisition d'aptitudes servant à la
résolution de problèmes
3,4%
83,3%
13,3%
Acquisition d'aptitudes conférant de
l'assurance
3,3%
76,7%
20,0%
Maîtrise de soi (modèle ABC)
0,0%
83,3%
16,7%
Prévention des rechutes
0,0%
76,7%
23,3%
Fixation de buts
3,3%
90,0%
6,7%
Planification des rechutes
0,0%
73,3%
26,7%
Entrevues individuelles
0,0%
76,7%
23,3%
Moniteurs
0,0%
93,3%
6,7%
Documentation remise
6,6%
76,7%
16,7%

Formulaires de commentaires remplis par le moniteur après chaque séance

Le moniteur a rempli des formulaires de commentaires après chaque séance. Il devait évaluer, sur une échelle continue, divers aspects du programme du point de vue de leur clarté, de leur pertinence ou de leur efficacité.

La méthode ainsi que les buts et les objectifs ont été jugés «très clairs» pour toutes les séances. Le contenu du manuel et des documents de travail ainsi que la documentation remise ont généralement été considérés comme «très clairs» et «très pertinente» respectivement. Dans quelques séances, les cotes ont été plus basses, indication que les évaluations ont fluctué d'une séance à l'autre.

Le guide des animateurs de groupe a été jugé «passablement efficace» ou «très efficace» pour stimuler la discussion. Cependant, on l'a trouvé moins efficace au cours des premières séances qu'au cours des dernières. Cette tendance peut être le résultat d'une hésitation normale de la part des délinquants et du moniteur au début du programme.

Les moniteurs devaient également indiquer les points forts et les points faibles de chaque séance du programme, et formuler des recommandations à cet égard. Les discussions auxquelles donnait lieu la matière ont été un point fort fréquemment mentionné. Les points faibles n'ont pas souvent fait l'objet de commentaires, quoique la piètre qualité des vidéos ait quelquefois été signalée. Les rares recommandations avaient trait à des aspects administratifs, par exemple du matériel qui convenait mal ou qui n'était pas disponible.

Conclusion

Ce rapport présente les résultats de tests auxquels a été soumis un groupe de délinquants participant au Programme prélibératoire pour délinquants toxicomanes. Une évaluation du programme du point de vue tant des participants que des moniteurs est aussi fournie.

Les résultats indiquent que les délinquants ont obtenu de meilleurs scores à tous les tests après avoir participé au programme. Quoique toutes les différences n'aient pas été significatives du point de vue statistique, elles correspondaient toutes à des améliorations entre le début et la fin du programme. L'analyse des scores obtenus après le programme par les délinquants dont les problèmes d'alcool ou de drogue n'étaient pas graves et ceux dont les problèmes étaient graves a montré que le programme a un effet positif sur les délinquants auxquels il s'adresse. L'évaluation des scores des participants et des membres d'un groupe témoin a révélé que les participants au programme obtenaient de meilleurs scores pour la majorité des tests. Ces résultats préliminaires semblent indiquer que le programme permet effectivement de changer pour le mieux les attitudes et les connaissances des participants au sujet de l'abus d'intoxicants.

Les évaluations du programme par les délinquants et les moniteurs ont aussi été positives dans l'ensemble. Selon plusieurs mesures de la satisfaction, les participants se sont dits très satisfaits tant de la méthode que du contenu du programme. Les moniteurs se sont en outre déclarés amplement satisfaits du manuel des méthodes du programme.

Références

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Skinner, H.A. & Horn, J.L. (1984). Guidelines-for Using the Alcohol Dependence Scale (ADS). Toronto : Addiction Research Foundation.