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Le traitement des délinquants violents : Examen des pratiques actuelles

N° R-38
Ralph C. Serin
1994

Table des matières

Remerciements

Sommaire

Introduction

Hétérogénéité du groupe des délinquants violents

Apport des études sur le développement

Diagnostic et comorbidité

Gestion du comportement violent

Programmes de traitement

Stratégies d'autocontrôle

Stratégies de traitement cognitif

Le traitement des psychopathes

Évaluation des progrès et des résultats postérieurs à un traitement

Caractéristiques du milieu

Questions liées à la formation du personnel

Caractéristiques des thérapeutes

Initiatives du SCC

Choix du programme indiqué pour différents délinquants (traitement différentiel)

Résumé

Bibliographie

Remerciements

Les opinions exprimées n'engagent que l'auteur et ne traduisent pas nécessairement les vues du Service correctionnel du Canada. Ce travail a été mené pendant que l'auteur était en détachement auprès de la Direction générale de la recherche et des statistiques. Je remercie Mike Bettman et Sharon Kennedy de leurs observations au sujet d'une ébauche antérieure de ce document.

Sommaire

     Les progrès réalisés dans l'évaluation des délinquants violents et à risque élevé n'ont pas encore eu d'incidence considérable sur les stratégies d'intervention. Malgré l'inquiétude accrue que suscitent les criminels violents, peu d'études ont été publiées au sujet de leur traitement. Des recherches récentes, fondées sur des méthodes améliorées, confirment que l'on constate des progrès chez les délinquants à la suite de leur participation à des programmes de traitement basés sur les aptitudes cognitives et comportant des composantes d'application pratique. On n'a toutefois pas encore prouvé que ces progrès exercent une influence appréciable sur les taux de récidive. De plus, les études sur la question présentent certaines lacunes : absence d'un modèle théorique cohérent, difficulté à définir le délinquant violent et importance excessive attachée aux indices d'auto-évaluation des progrès accomplis grâce au traitement. Les programmes actuels semblent assez à jour pour répondre aux besoins d'un grand nombre de délinquants violents, bien qu'une amélioration des méthodes employées et une validation empirique s'imposent. Toutefois, ils ne répondent pas expressément aux besoins des délinquants au comportement violent persistant.

     Les progrès accomplis dans les domaines du traitement des délinquants sexuels et des toxicomanes ont des applications directes pour le traitement des délinquants violents. Les études montrent clairement l'importance de choisir le bon type d'intervention et d'assurer un continuum d'intervention depuis le moment de l'évaluation initiale jusqu'à l'étape du suivi et de la surveillance dans la collectivité. La recherche sur les personnes à l'agressivité invétérée révèle que leur mode de cognition ou la valeur qu'elles attachent à l'agressivité contribuent largement à leur comportement violent et constituent un objectif important du traitement. Pour élaborer un programme de traitement à l'intention des délinquants au comportement violent persistant, il semble d'abord nécessaire d'innover quant aux stratégies d'évaluation des lacunes cognitives et de la réaction aux interventions. Il s'agit ensuite, dans l'élaboration même du programme, de tenir compte des faits susmentionnés.

Introduction

     Même si les stratégies d'évaluation permettant de repérer les délinquants violents et à risque élevé ont pris de l'importance et se sont perfectionnées (Harris, Rice et Quinsey, 1993; Steadman, Monahan, Robbins, Appelbaum, Grisso, Klassen, Mulvey et Roth, 1993), les spécialistes ne réussissent pas à s'entendre sur ce qui constitue une intervention efficace en raison de problèmes de définition et de méthode (Blackburn, 1993). Pour déconcertante qu'elle soit, cette situation n'est toutefois pas unique (Quinsey, Rice, Harris et Lalumière, 1993) et ne doit pas porter à croire que les programmes de traitement à l'intention des délinquants violents sont inefficaces. Dans les pages qui suivent, nous passerons en revue les importants travaux de recherche qui nous ont amenés à notre niveau de compréhension actuel et nous nous efforcerons de cerner les questions susceptibles de nous aider à progresser dans ce domaine.

     Il faut signaler plusieurs analyses clés qui permettent de bien comprendre les questions liées au traitement des délinquants. Rice, Harris, Quinsey et Cyr (1990) font par exemple une analyse exhaustive des objectifs pertinents dans le cas des programmes de traitement à l'intention des délinquants atteints de troubles mentaux, et leurs travaux influent directement sur la question du traitement des délinquants violents. De plus, l'importance qu'ils attachent à la définition du problème (Rice et Harris, 1993; Rice, Harris, Quinsey, Harris et Lang, sous presse) plutôt qu'au diagnostic intéresse directement la question du traitement des délinquants violents, étant donné que le comportement violent peut être observé au sein de nombreux groupes distingués en fonction du diagnostic (Reid et Balis, 1987). Blackburn (1993) fait aussi une analyse détaillée de l'évaluation et du traitement des délinquants violents et développe les thèmes présentés par Howells et Hollin (1989) et Roth (1987).

     Pour situer la question en vue d'enquêtes futures et grouper les écrits, nous explorerons dans ce document les questions suivantes : la diversité des délinquants; les programmes axés sur le développement; les questions de comorbidité; la gestion des délinquants; les stratégies d'autorégulation; le mode d'apprentissage; l'évaluation des progrès accomplis grâce au traitement et les mesures des résultats obtenus; les caractéristiques du milieu; la formation du personnel et les caractéristiques des thérapeutes. Dans le résumé, nous tenterons enfin de tirer des écrits certaines conclusions au sujet du traitement des délinquants violents et des orientations futures.

Hétérogénéité du groupe des délinquants violents

     Ce qui ressort d'une analyse des recherches sur le traitement des délinquants violents, c'est l'hétérogénéité de ce groupe (Blackburn, 1993; Rice, Harris, Quinsey et Cyr, 1990). Malgré les tentatives de créer une typologie basée sur les infractions (Dietz, 1987) et des analyses cliniques détaillées (Toch, 1969), les hypothèses récentes semblent indiquer que le mode d'apprentissage peut être plus utile pour distinguer les différentes catégories de délinquants violents (Novaco et Welsh, 1989). Même si, dans une tentative d'homogénéisation, l'on exclut les délinquants sexuels et les auteurs de violence conjugale, considérés comme des groupes relativement distincts, on constate que les autres délinquants violents sont dissemblables quant à leurs déficiences sur le plan des habiletés, les facteurs qui les incitent à la violence, leur niveau de stimulation, leur capacité de maîtriser leurs émotions et leur impulsivité1. Il faut examiner ces distinctions sur le plan théorique, lorsqu'il s'agit d'élaborer des stratégies d'intervention, et sur le plan opérationnel, quand il faut appliquer des critères d'admission aux programmes de traitement. De plus, une bonne part des études rendent comptent de travaux menés auprès d'adolescents et de patients atteints de troubles mentaux. Bien que les constatations relatives à ces groupes soient clairement pertinentes, il se peut que les populations carcérales présentent des problèmes de traitement additionnels (Andrews, Zinger, Hoge, Bonta, Gendreau et Cullen, 1990) ou exigent une intervention adaptée aux aspects correctionnels, c'est-à-dire qu'il faille recourir à des interventions adaptées au niveau de risque et aux besoins pour que les programmes soient en accord avec les facteurs de sensibilité connus (Andrews et Bonta, 1993). Autrement dit, les délinquants à faible risque ont besoin d'une intervention moins intensive que les délinquants à risque élevé (Andrews, Bonta et Hoge, 1990).

1Cela ne signifie pas que les délinquants sexuels ou les hommes agresseurs ne présentent pas aussi ces déficiences.

     Le problème de la diversité des délinquants est lié à la définition même de la violence. Pour les besoins de la présente analyse, on entend par comportement violent le fait de blesser physiquement, de façon délibérée et par malice une autre personne sans justification sociale suffisante (Blackburn, 1993). Signalons que cette définition exclut l'automutilation, comportement répandu parmi les délinquants (Farrell et Mainprize, 1990); toutefois, l'intervention auprès de ceux qui ont un tel comportement dépasse le cadre de la présente étude. Les menaces et la violence psychologique en sont également exclues, mais cela ne signifie aucunement que nous minimisions leurs conséquences nuisibles sur la victime. La définition adoptée permet d'inclure aussi bien les agresseurs qui sont motivés par la colère que ceux qui visent un but précis (Buss, 1961; Zillman, 1979). La colère n'est donc pas obligatoirement un préalable à la violence chez les délinquants (Novaco et Welsh, 1989), mais elle en constitue une cause commune.

     D'après un résumé des enquêtes sur la fréquence des problèmes (Rice et coll., 1990), les délinquants atteints de troubles mentaux signalent la colère comme un problème fréquent, tant en établissement (47%) que dans la collectivité (75%). De plus, des analyses rétrospectives des facteurs qui ont incité des délinquants à récidiver font souvent apparaître des sentiments de colère, dans 52% des cas (Zamble et Quinsey, 1991). Pithers (1988) présente des données analogues pour les auteurs de viol. Bien que ces constatations suggèrent tout au plus que la colère est un facteur important à l'origine de la criminalité, il est clair que les délinquants signalent fréquemment la colère comme problème.

     L'hostilité, considérée comme le fait de se méfier des autres ou d'avoir des opinions négatives à leur sujet, peut aussi être à l'origine d'un comportement violent, mais elle n'est toutefois pas synonyme de violence. Megargee (1976) soutient que les délinquants se distinguent les uns des autres par le degré de contrôle qu'ils exercent sur leur recours à l'agression, ce qui explique que certains délinquants violents ne soient pas agressifs. La violence ou l'agression sont considérées comme stables dans le temps (Olweus, 1979) et, selon un nombre croissant de preuves, leur manifestation précoce constitue un signe avant-coureur important (Moffit, 1993). Des variables déterminantes ont également été avancées : la toxicomanie (Goldstein, 1989; Pihl et Peterson, 1993), les troubles mentaux (Monahan, 1992, 1993; Steadman et coll., 1993), la psychopathie (Hart, Hare et Forth, 1994) et les aptitudes intellectuelles (Heilbrun, 1982), ce qui pointe vers la nécessité d'interventions multidimensionnelles (Kazdin, 1987).

     Ces problèmes de définition se traduisent aussi dans les différences qu'on constate entre les chercheurs quant à l'examen des résultats. Dans beaucoup d'études, par exemple, le vol qualifié est considéré comme une infraction avec violence; c'est pourquoi, dans les études de suivi, les vols qualifiés commis après un traitement apparaissent comme l'indice d'un échec du traitement. Or, si le programme de traitement était axé uniquement sur l'agression motivée par la colère, cette façon de voir pourrait ne pas être tout à fait exacte. En effet, le vol qualifié pourrait avoir été commis pour des raisons financières et non à cause d'un conflit interpersonnel. En confondant l'agression et des antécédents en apparence différents, on risque de ne pas reconnaître les progrès accomplis par chacun grâce au traitement.

     Bien qu'on comprenne mieux les différences entre les délinquants violents (Henderson, 1986; Prisgrove, 1993), il n'est pas certain que les évaluations individuelles ou les différentes formes de traitement reflètent ce fait (Biaggio, 1987; Blackburn, 1993). Il s'agit là d'une question empirique, mais il semble possible que les délinquants violents, qui se distinguent sur les plans de la motivation, de la fréquence et de l'intensité de la violence, de certaines caractéristiques comme la disposition à participer à un traitement et l'intention de mal faire, les aptitudes intellectuelles et la toxicomanie, puissent avoir besoin de formes d'intervention dont l'intensité, le mode de prestation et les objectifs de traitement sont adaptés à leur situation particulière. Heureusement, certains travaux de base effectués dans le domaine général du traitement des délinquants (Andrews, Zinger, Hoge, Bonta, Gendreau et Cullen, 1990; Rice et coll., 1990) et des adolescents antisociaux (Kazdin, 1987) peuvent nous orienter.

Apport des études sur le développement

     Les considérations d'ordre conceptuel et les programmes de traitement concernant les jeunes souffrant de troubles du comportement s'appliquent aussi directement, jusqu'à un certain point, à la conception de programmes à l'intention des délinquants violents. Premièrement, les études dans ce domaine témoignent d'une réflexion poussée et constituent un bon modèle. Deuxièmement, un diagnostic de troubles du comportement a sans doute été établi, dans l'enfance, pour un grand nombre de délinquants au comportement violent persistant, même si cette information n'est pas incluse dans les études rétrospectives ou prospectives des délinquants. On peut toutefois déduire qu'il en est ainsi des expériences cliniques et des études de suivi sur les jeunes (Robins, 1978). Troisièmement, les auteurs de recherches sur le développement recommandent une approche multidimensionnelle axée sur l'acquisition d'habiletés (Kazdin, 1993), tout en étant conscients des déficiences qui existent sur le plan neuropsychologique ou du traitement des connaissances (Moffit, 1993; Quay, 1993). Les programmes de traitement sont axés sur les problèmes immédiats ou de démarche, mais chacun sait que les progrès s'estompent avec le temps, ce qui semble indiquer la nécessité de prévoir des mesures de maintien plutôt que d'espérer une guérison complète grâce au traitement (Dodge, 1993; Kazdin, 1993).

     Kazdin (1993) formule des recommandations précises au sujet de l'élaboration de programmes de traitement. Ces recommandations, adaptées au contexte correctionnel, sont notamment les suivantes : distinguer des sous-types de délinquants afin de préciser les objectifs du traitement; élaborer des manuels contenant des lignes directrices explicites et concrètes permettant de mieux évaluer l'intégrité des programmes et de faciliter leur répétition; envisager des modèles d'intervention individuelle et de groupe afin de mettre au point des techniques efficaces; envisager des mesures multiples des résultats du traitement; examiner des aspects comme la durée du traitement et l'efficacité relative et commune de combinaisons de programmes de traitement.

Diagnostic et comorbidité

     Bien que la relation entre les troubles mentaux constatés au sein des populations carcérales et le potentiel de violence ait fait l'objet d'un débat suivi (Monahan, 1992), on s'entend pour dire que diverses décisions socio-politiques ont fait qu'un nombre appréciable de personnes souffrant de troubles mentaux ont été détournées des établissements psychiatriques vers des prisons (Roesch et Golding, 1985; Steadman, McCarty et Morrissey, 1989; Steadman et Cocozza, 1993). Selon des enquêtes basées sur le Diagnostic Interview Schedule (protocole d'interview diagnostique), qui sert à mener des interviews psycho- diagnostiques structurées dans le cadre d'études épidémiologiques de grande envergure, entre 50% et 90% des délinquants canadiens répondraient aux critères de troubles attribuables à la toxicomanie ou du trouble de la personnalité antisociale (Hodgins et Côté, 1990; Motiuk et Porporino, 1991; Wormith et Borzecki, 1985). Entre 10% et 30% de ces délinquants répondent aux critères d'un trouble mental grave comme la dépression, la bipolarité, la schizophrénie ou un trouble organique. On peut aussi couramment diagnostiquer chez les délinquants plusieurs troubles à la fois (comorbidité), bien qu'on ne sache pas très clairement dans quelle mesure cela influe sur le résultat du traitement. Intuitivement, face à la comorbidité, on se pose des questions en ce qui a trait à la priorité des besoins de traitement.

     Il ne faut toutefois pas confondre un diagnostic de trouble mental chez un délinquant avec ses besoins sur le plan des facteurs criminogènes (Quinsey, 1988; Shapiro, 1991). Il est clair que, pour certains délinquants, la présence de troubles mentaux est accessoire par rapport à des facteurs plus étroitement liés à leur incitation à commettre des crimes. Il faut absolument distinguer ces questions pour offrir l'intervention indiquée. Autrement dit, il ne suffit peut-être pas de s'attaquer aux symptômes de troubles mentaux pour réduire la probabilité d'un comportement criminel futur. S'occuper des troubles mentaux des délinquants est toutefois un impératif pour le personnel de correction; il serait jugé immoral de ne pas se préoccuper de la détresse des délinquants atteints de tels troubles (Ogloff, Roesch et Hart, sous presse) étant donné leur risque de victimisation (Cooley, 1992). Plusieurs auteurs ont exprimé des préoccupations au sujet des désavantages que connaissent les délinquants atteints de troubles mentaux en ce qui a trait notamment à leur accès à des programmes et à leurs possibilités de mise en liberté (Freeman et Roesch, 1989; Porporino et Motiuk, sous presse).

     Bien qu'on hésite à considérer les maladies mentales comme un facteur de risque de violence future (Monahan et Steadman, 1983; Teplin, Abram et McClelland, 1994), les preuves que certaines formes de maladie mentale sont liées à la violence s'accumulent (Monahan, 1993). Toutefois, le risque associé au fait d'être jeune, du sexe masculin et de statut socio-économique relativement faible est plus grand que celui que présentent les troubles mentaux. De même, l'alcoolisme et la toxicomanie constituent un facteur de risque plus inquiétant que les principaux troubles mentaux comme la schizophrénie et les troubles affectifs. Les taux de prévalence du trouble de la personnalité antisociale et de la toxicomanie au sein des populations carcérales (Motiuk et Porporino, 1991) sont particulièrement pertinents étant donné que ces facteurs sont liés au risque de récidive avec violence. Il importe également de signaler que les symptômes de psychose actuelle constituent un facteur de risque spécifique, mais non pas les admissions antérieures dans un établissement en raison de symptômes de psychose (Link, Andrews et Cullen, 1992). Cette distinction n'a peut-être pas été incluse dans les échelles statistiques de prévision du risque applicables aux délinquants atteints de troubles mentaux, selon lesquelles la schizophrénie constitue un facteur de protection et semblerait donc indiquer un niveau de risque inférieur (Harris, Rice et Quinsey, 1993). L'absorption de médicaments prescrits peut aussi être liée au niveau de risque (Steadman et coll., 1993).

     La question de la maladie mentale soulève également le problème de la gestion du comportement d'un délinquant. La pharmacothérapie peut à tout le moins compléter des interventions psychologiques, dans les cas où il existe des preuves de maladie mentale aigu‰ ou grave. Il se peut donc que les équipes de traitement multidisciplinaires soient plus efficaces auprès des délinquants souffrant de maladie mentale.

Gestion du comportement violent

     Nous traiterons dans cette partie de la gestion du comportement agressif au moyen de la pharmacothérapie. Les auteurs font une distinction entre la gestion à court terme et la gestion à long terme du comportement violent chez les délinquants atteints de troubles mentaux et parlent de programmes de traitement des patients hospitalisés et de traitements ambulatoires. Il existe plusieurs études sur l'utilisation des médicaments pour combattre l'agressivité (Bond, 1993; Conacher, 1988; Eichelman, 1988; Rice, Harris, Varney et Quinsey, 1989; Tupin, 1987). Nous nous contenterons de les résumer étant donné que le présent document porte principalement sur les interventions psychologiques.

     L'utilisation à court terme d'agents psychopharmacologiques se produit dans des situations où le délinquant adopte un comportement très menaçant envers lui-même ou d'autres personnes. Il s'agit en pareil cas de contrôler le comportement, et les médicaments doivent agir rapidement. Les délinquants en situation de crise sont peu susceptibles d'accepter des médicaments par voie buccale, indépendamment de la rapidité d'action de ceux-ci; il peut aussi y avoir des contre-indications médicales (Tupin, 1987). L'injection intramusculaire semble donc être la méthode privilégiée. On peut choisir entre des sédatifs, des neuroleptiques et des anxiolytiques, chacune de ces catégories de médicaments présentant des avantages et des inconvénients. Le personnel doit impérativement surveiller la personne après l'administration de ces médicaments afin de juger de l'effet de ceux-ci sur la respiration, la pression artérielle, le pouls et le niveau de conscience. Il faudra peut-être aussi surveiller les effets secondaires et effectuer des tests de toxicité.

     Lorsqu'on envisage de faire un usage prolongé de médicaments pour contrôler un comportement agressif, il importe d'établir de façon détaillée les antécédents et le diagnostic (Tupin, 1987). Les traitements antérieurs, les antécédents de toxicomanie et un profil diagnostique peuvent renseigner les médecins au sujet des médicaments recommandés. Dans ce cas, il ne s'agit pas simplement de combattre les symptômes, comme lorsqu'on administre des médicaments à court terme. L'usage prolongé de médicaments signifie également qu'il faudra surveiller les personnes pour détecter tout effet secondaire nuisible et établir le dosage thérapeutique requis.

     L'administration de médicaments sera manifestement envisagée pour un grand nombre de délinquants atteints de troubles mentaux, mais rien ne garantit qu'ils se conformeront aux ordonnances. Il est prouvé que les neuroleptiques permettent de combattre les symptômes de la schizophrénie, comme l'agitation, les hallucinations et les délires, tandis que le lithium permet de contrôler les troubles bipolaires (Bond, 1993). Toutefois, il est moins certain que les médicaments permettent de contrôler la violence chez les délinquants souffrant de troubles de la personnalité (Conacher et Flemming, sous presse), bien que le personnel puisse recourir à une stratégie de ce genre en cas d'urgence (Rice et coll., 1989).

     Riche et Harris (1993) rappellent toutefois que l'utilisation des médicaments n'est pas une panacée lorsqu'il s'agit de contrôler le comportement violent. De plus, cette forme d'intervention peut être contestée par les groupes de défense des droits. Les délinquants ne se conforment pas tous aux ordonnances des médecins et ils ont le droit de refuser le traitement. Harris (1989) a fait observer que les neuroleptiques ne sont pas efficaces pour tous les symptômes de psychose ni pour tous les patients. Les personnes chez qui on ne constate aucun effet, ou seulement des effets partiels, semblent relativement insensibles aux médicaments ou aux changements de dosage. Les effets secondaires de ces médicaments incitent les patients à ne pas les prendre, tout comme l'idée qu'ils se font des raisons pour lesquelles le personnel les leur administre. On peut amener les patients à se conformer davantage à leurs ordonnances en intervenant sur le plan du comportement (Michenbaum et Turk, 1987), mais les médicaments ne constituent peut-être pas le meilleur traitement pour tous les délinquants au comportement violent. Il se peut que l'administration de médicaments facilite une intervention cognitivo- comportementale auprès des délinquants dont le comportement agressif ne relève pas de l'étiologie médicale, en réduisant par exemple leur niveau de stimulation pour leur permettre de porter attention au contenu du programme. Dans ce cas, on pourrait envisager de discontinuer dès que possible l'administration des médicaments.

Programmes de traitement

     Les programmes de traitement à l'intention des délinquants violents les plus courants visent la gestion ou la maîtrise de la colère. Malgré le nombre assez considérable d'études sur l'évaluation de la violence au sein des populations carcérales, on constate que peu d'auteurs se sont penchés sur le traitement des délinquants violents.

     Bien que les composantes particulières du traitement varient quelque peu selon les programmes et les milieux, il y en a ordinairement certaines qui sont axées sur les niveaux de stimulation, tandis que d'autres visent à revoir ou à répéter d'autres façons de penser. Novaco (1975) prône l'inoculation du stress, tandis que les programmes axés plutôt sur les habiletés cognitives sont souvent liés à la notion des pensées irrationnelles d'Ellis (1977). On semble depuis peu incorporer les deux composantes dans les programmes, bien qu'il soit difficile de dire laquelle des deux contribue le plus au progrès ou de préciser l'action de l'une sur l'autre.

     Les composantes d'un programme d'inoculation du stress portent ordinairement sur les aspects suivants : prise de conscience de la hiérarchie des signaux individuels qui déclenchent une réaction de colère; relation entre les déclarations sur soi et le niveau de colère; modèle de la colère et mesure des paramètres (intensité, durée, fréquence, manifestation dans la conduite); réévaluation des situations de colère; moyens autodidactiques pour faire face à ces situations; technique de relaxation pour réduire le niveau de stimulation et faciliter la maîtrise de soi; mise en pratique des habiletés acquises. De plus en plus, cette approche décrite par Novaco (1978) inclut des techniques de communication et d'affirmation de soi, bien que les éléments fondamentaux demeurent la préparation cognitive, l'acquisition d'habiletés et la mise en pratique.

     Dans son approche, Ellis (1977) met plus particulièrement en évidence le rôle de la cognition, et notamment des croyances irrationnelles, dans la naissance et le maintien de la colère. Les délinquants apprennent à reconnaître les facteurs suscitant selon eux un niveau de stimulation accru, appelé colère, qui déclenche un comportement agressif. Selon ce modèle ABC, les pensées irrationnelles (par exemple, l'autre me rabaisse délibérément) produisent de vifs sentiments, de colère et de frustration notamment. L'objet de l'intervention est la relation entre la pensée et le sentiment, les délinquants étant amenés à lutter contre leurs croyances irrationnelles, ce qui diminue la probabilité de réactions agressives.

     La prolifération des programmes de maîtrise de la colère repose sur l'hypothèse implicite que les délinquants violents sont des personnes en colère et que leur niveau de colère dépasse celui des délinquants non violents (Hunter, 1993). Une baisse du niveau de colère se traduirait donc par une moindre fréquence, et, idéalement, une moins grande intensité, du comportement violent. Il s'agit là d'une notion étrange étant donné que la violence est un comportement relativement peu fréquent, qu'elle n'est pas mesurée de façon fiable et que la violence de nombreux délinquants semble attribuable à des causes autres que la colère (Henderson, 1984). C'est peut-être pour cette dernière raison que les programmes les plus récents ont inclus la mise en pratique d'habiletés dans les domaines des compétences sociales, de l'empathie, de l'affirmation de soi et de la résolution de problèmes. D'après ce qu'on sait des besoins en traitement des délinquants en général, il s'agirait là de buts convenables (Ross et Fabiano, 1985). Il nous manque malheureusement un modèle théorique cohérent pouvant guider l'évaluation et l'intervention (Steadman et coll., 1993). Le fait d'organiser l'intervention en sections liées aux aspects d'autocontrôle et de déficiences cognitives peut nous aider à élaborer des modèles de travail pour des enquêtes futures.

Stratégies d'autocontrôle

     Les divers objectifs de traitement décrits dans les programmes destinés aux délinquants violents semblent liés à des techniques de réduction de la stimulation (Levey et Howells, 1990), à l'acquisition de compétences interpersonnelles, par exemple des compétences sociales, l'habileté à s'affirmer et des techniques de résolution de problèmes (Guerra et Slaby, 1990; Henderson, 1989) et aux distorsions cognitives (Ellis, 1977; Rokach, 1987). Certains auteurs ont inclus plusieurs de ces composantes dans un programme plus complet (Goldstein et Keller, 1987). Il a également été dit que les programmes de traitement variaient selon l'importance attachée aux déficiences cognitives ou aux déficiences sur le plan du comportement (Kennedy, 1990), ce qui peut être lié aux méthodes employées pour mesurer les progrès réalisés grâce au traitement. Signalons encore une fois que beaucoup d'études prévoient une évaluation multidimensionnelle des progrès accomplis (Kennedy, 1990; Kolko, Loar et Sturnick, 1990).

     Il suffit d'examiner les descriptions des programmes de traitement destinés aux délinquants violents pour conclure que les cliniciens ne désignent pas tous de la même manière des interventions somme toute analogues. Ainsi, certains programmes dits d'acquisition de compétences sociales visent plusieurs objectifs différents comme l'affirmation de soi, l'autocontrôle (baisse du niveau de stimulation) et la maîtrise de l'anxiété sociale (Henderson, 1989). Par contre, d'autres programmes axés sur les compétences sociales visent des aspects précis comme le retrait social (Quinsey et Varney, 1977), les techniques de conversation (Rice, 1983) et l'affirmation de soi (Marshall, Keltner et Marshall, 1981). Ces études sont basées sur des hypothèses selon lesquelles il existe une relation entre les déficiences constatées chez les patients quant aux compétences sociales et le comportement violent. Bien que ces objectifs de traitement appartiennent vraisemblablement tous à la même grappe de déficiences sur le plan des compétences interpersonnelles, il n'est pas certain que tous les délinquants violents soient également déficients sur ces plans (Henderson, 1989).

     Nous verrons dans cette partie les stratégies visant à réduire le niveau de stimulation et à favoriser l'acquisition d'habiletés. Il s'agit des activités auxquelles le délinquant participe, dans un contexte éducatif, et qui lui permettent de mieux contrôler son comportement. Le mode d'apprentissage sera examiné séparément étant donné qu'il existe de nombreux écrits sur la cognition et le comportement agressif (Novaco et Welsh, 1989). Dans la mesure du possible, nous décrirons les études portant sur des populations carcérales.

     D'après les observations faites au sein de diverses populations carcérales et dans divers milieux pénitentiaires, les techniques de relaxation et d'inoculation du stress peuvent être employées comme mécanismes de maîtrise de la colère (Hughes, 1993; Hunter, 1992; Kennedy, 1990; Rokach, 1987; Schlichter et Horan, 1981; Stermac, 1987). Les constatations de ces études correspondent à celles qui ont été obtenues à partir d'échantillons composés de personnes autres que des délinquants (Deffenbacher, Story, Stark, Hogg et Brandon, 1987; Deffenbacker, 1992), à savoir qu'un niveau accru de stimulation constitue une composante de la colère, ce qui signifie qu'une personne plus détendue sera davantage en mesure de maîtriser sa colère. Il n'est toutefois pas évident que les stratégies visant à réduire le niveau de stimulation soient nécessairement plus efficaces que les simples techniques d'acquisition d'habiletés dans le domaine des interactions sociales ou de la résolution de problèmes (Kennedy, 1990; Moon et Eisler, 1983) ou celui des habiletés cognitives à faire face à une situation (Deffenbacher, Stoey, Brandon, Hogg et Hazaleus, 1988). Il faudra poursuivre les recherches avant de pouvoir tirer des conclusions quant aux effets différentiels sur le plan du traitement des composantes des programmes typiques de maîtrise de la colère. Il faudra, pour ces travaux de recherche, veiller à ce que les délinquants présentant des déficiences avant le traitement soient dirigés vers le secteur pertinent et prévoir des contrôles de l'attention (Guerra et Slaby, 1990; Henderson, 1989; Kolko et coll., 1990).

     Certains programmes sont axés sur l'impulsivité mais semblent refléter une stratégie de résolution de problèmes à laquelle on aurait ajouté une fonction de retard ou de pause, semblable à celle qu'on trouve dans les programmes de formation autodidactique (Camp, Blom, Herbert et VanDoornick, 1977). On a également avancé la notion d'une analyse de rentabilité (Dorn, 1987). Une application novatrice a été l'utilisation par Rokach (1987) d'une fonction de retardement forcé dans le cadre d'un processus d'examen de situations sociales simulées. Elle est en accord avec la recherche qui souligne le rôle fondamental que la latence (impulsivité) joue dans l'expression des schèmes cognitifs (Dodge et Newman, 1985). Autrement dit, le fait de marquer une pause peut empêcher l'expression de pensées négatives et faciliter la manifestation de réactions de recha

Stratégies axés sur le traitement cognitif

     Novaco et Welsh (1989) décrivent le rôle important que jouent les évaluations et les attentes dans la façon dont sont perçus des événements potentiellement provocateurs et dans le déclenchement d'une réaction agressive. Ils expliquent comment les croyances ou schèmes de pensée antérieurs facilitent le traitement automatique de l'information, qui constitue seulement une forme de traitement cognitif. Les recherches effectuées sur le comportement agressif au cours du développement ont mis en évidence le rôle fondamental que jouent les déficiences sur le plan du traitement de l'information dans le déclenchement et le maintien d'un comportement agressif chez les adolescents (Crick et Dodge, 1994; Dodge et Frame, 1982; Dodge, Price, Bachorowski et Newman, 1990; Slaby et Guerra, 1988). Ces travaux ont suscité des recherches sur l'efficacité des interventions ayant pour but d'améliorer les capacités de traitement de l'information des sujets (Lochman et Lenhart, 1993). Une initiative ambitieuse entreprise auprès de jeunes contrevenants a permis de montrer l'utilité d'une stratégie de résolution de problèmes axée sur des distorsions cognitives (Guerra et Slaby, 1990), bien qu'on trouve des exemples dans d'autres études sur le développement des jeunes délinquants agressifs (Feindler, Marriot et Iwata, 1984; Hains, 1989; Kolko et coll., 1990). De même, les recherches effectuées auprès de délinquants adultes ont montré le rôle que jouent les croyances irrationnelles (Ford, 1991) et les préjugés d'imputation (Serin, 1991) chez les délinquants violents.

     Dans une étude antérieure, Kirchner, Kennedy et Draguns (1979) ont soutenu qu'un programme d'affirmation de soi pouvait être une composante importante d'un programme de traitement destiné aux délinquants agressifs, étant donné les déficiences de ces derniers par rapport aux délinquants non agressifs. Toutefois, on ne dispose pas, pour cette étude, de données de suivi ou sur le traitement. Plusieurs études récentes menées auprès des délinquants représentent un élargissement de ces travaux. Hunter (1993) semble avoir réalisé la «meilleure» étude auprès des délinquants adultes; en effet, cette chercheuse a utilisé un groupe témoin (dont les membres n'ont pas été choisis au hasard), a visé expressément des croyances agressives, a évalué les participants avant et après le traitement au moyen d'auto-évaluations et de mesures basées sur le comportement (infractions en établissement) et a examiné la désirabilité sociale. Toutefois, on ne dispose pas encore de données de suivi; de plus, l'échantillon total ne comprenait que 55 délinquants. L'auteur conclut que, par rapport à ceux qui n'ont pas été traités, les délinquants traités ont fait des progrès considérables, tant d'après leurs auto- évaluations que d'après les mesures comportementales. L'étude de Hughes (1993) mérite également d'être signalée, parce qu'elle inclut des évaluations du comportement de participants à des jeux de rôles avant et après le traitement, des évaluations par le personnel (après le traitement seulement) et les taux de récidive de ceux qui ont achevé le programme (n = 52) et d'un groupe témoin composé de personnes figurant sur une liste d'attente (n = 27, personnes qui n'ont pas été choisies au hasard). Les délinquants traités ont signalé des progrès postérieurs au traitement quant à leur cote de colère et leurs croyances irrationnelles, ainsi que dans les jeux de rôles. On n'a toutefois pas constaté de différence entre le groupe traité et le groupe non traité quant aux taux de récidive. Enfin, Kennedy (1990) a comparé sur le plan de leur efficacité relative un programme de traitement par inoculation du stress et un programme de traitement axé sur les habiletés comportementales (Goldstein et Keller, 1987) au sein d'un échantillon composé de 37 délinquants. L'ordre de présentation du traitement n'avait aucun effet, les progrès les plus considérables se produisant à la phase initiale du traitement, indépendamment de la nature de celui-ci, d'après une évaluation provisoire. Les progrès accomplis grâce au traitement ont été mesurés au moyen d'une auto-évaluation, d'une évaluation du comportement dans le cadre de scénarios structurés (jeux de rôles) et de rapports d'incidents.

     La méthode du traitement cognitif met en évidence le rôle des croyances ou des schèmes de pensée dans la motivation et le contrôle des comportements sociaux (Bandura, 1986). L'utilisation de cette méthode pour traiter le comportement agressif chez les adolescents délinquants (Guerra et Slaby, 1990; Slaby et Guerra, 1988) et plus généralement chez les enfants agressifs (Lochman et Lenhart, 1993) a permis de fixer des objectifs d'intervention précis, qui devraient s'appliquer également aux délinquants adultes. On a constaté que les jeunes délinquants agressifs présentaient des déficiences dans leurs habiletés sociales à régler des problèmes et du point de vue des croyances poussant à l'agression. Plus précisément, ils tendaient à définir les problèmes d'une manière hostile, adoptaient des objectifs hostiles, recueillaient moins de renseignements pour confirmer leur opinion, cernaient moins de solutions de rechange, voyaient moins de conséquences à leurs comportements agressifs et étaient moins efficaces dans leur choix des solutions «optimales». Les lecteurs qui sont familiarisés avec la psychologie du comportement criminel (Andrews et Bonta, 1993) noteront qu'il s'agit là d'une application précise de l'exploration des pensées qui entretiennent un comportement criminel violent.

     L'intervention a porté sur 120 adolescents agressifs, soit autant de garçons que de filles, répartis au hasard entre un groupe qui devait suivre un programme de formation de 12 semaines axé sur la médiation cognitive et un groupe témoin ne recevant aucun traitement. L'intervention visait explicitement les déficiences déjà notées par Slaby et Guerra (1988). Les évaluations préalable et postérieure ont inclus des mesures de la cognition sociale (croyances au sujet de l'agression), des évaluations du comportement, des auto- évaluations et un examen du taux de récidive (24 mois). On a observé, chez le groupe traité, des progrès postérieurs au traitement, notamment une capacité, accrue de régler des problèmes sociaux, une moins grande tendance à défendre des croyances agressives et une baisse du comportement agressif (d'après les cotes d'évaluateurs impartiaux). On peut en déduire que ces facteurs socio-cognitifs contrôlent le comportement agressif; les taux de récidive parmi les sujets traités ont diminué, mais ils n'étaient pas sensiblement inférieurs à ceux observés dans le groupe témoin. Le suivi semble important pour maintenir les progrès accomplis grâce au traitement, dans la mesure où l'on veut exercer une influence sensible sur les taux de mise en liberté, mais il ne s'agit pas là d'un concept nouveau pour les spécialistes des milieux correctionnel et médico-légal (Motiuk et Porporino, 1989; Quinsey et Walker, 1992). Cela met plutôt en évidence les limites d'une intervention basée uniquement sur le milieu carcéral, aussi rigoureuse et assise sur un fondement théorique qu'elle soit. On se penche d'ailleurs sur cet aspect en ce qui a trait aux programmes destinés aux délinquants sexuels et aux délinquants souffrant de toxicomanie (Pithers, 1990; Lightfoot et Boland, 1994).

Le traitement des psychopathes

     Bien que la question du traitement des psychopathes fasse l'objet de controverses, il faut l'explorer si l'on veut examiner les interventions destinées à des groupes précis de délinquants. Les premiers travaux réalisés dans ce domaine présentaient les lacunes dont nous avons déjà fait état, comme un désaccord au sujet des définitions, l'absence de groupes témoins et un fondement théorique douteux. Après avoir analysé 295 études, Levine et Bomstein (1972) n'en ont trouvé que quelques-unes (10) qui répondaient un tant soit peu aux exigences méthodologiques (homogénéité des échantillons, utilisation de groupes témoins ne recevant aucun traitement, suivi et application de critères précis aux résultats). Étant donné l'hétérogénéité des échantillons, il est impossible de tirer des conclusions raisonnables au sujet du traitement. Dans leur analyse des études menées jusqu'en 1975, Suedfeld et Landon's (1978) rappellent les problèmes liés à l'imprécision des définitions de la psychopathie. C'est ce qui explique que leurs conclusions au sujet de la nécessité d'adopter des règles fermes et de fournir un soutien sans être dupe, ainsi que du recours aux communautés thérapeutiques et à une pharmacothérapie judicieuse, soient peut-être discutables.

     Plus récemment, Wong et Elek (1990) ont proposé des critères spécifiques pour examiner l'efficacité des programmes de traitement des psychopathes. Ils ont notamment suggéré les suivants : une définition de la psychopathie basée sur Cleckley (1976); une évaluation de la fiabilité du diagnostic; une description détaillée du programme de traitement; l'utilisation de mesures objectives et fiables des résultats du traitement; l'existence d'un groupe témoin convenable. Ces critères semblent raisonnables. Deux études de publication récente reflètent l'attitude nouvelle quant au traitement des psychopathes. Elles fournissent toutes deux des indices importants en ce qui a trait aux objectifs de traitement et aux questions opérationnelles. La première, d'Ogloff, Wong et Greenwood (1990), consiste en la description d'un programme de traitement mené dans une communauté thérapeutique (Jones, 1982) auprès de 80 délinquants. Il s'agissait pour ces derniers d'accroître leur sens de la responsabilité personnelle, leur socialisation et leur affirmation de soi. Les auteurs ont examiné le taux d'attrition, l'amélioration clinique, la motivation et le comportement en établissement. Les délinquants reconnus psychopathes selon la liste de contrôle de la psychopathie révisée (PCL-R, Hare, 1990) ont manifesté une moins grande amélioration clinique, étaient moins motivés, et leur taux d'attrition a été plus élevé. En moyenne, les psychopathes ont participé aux programmes de traitement 43% moins longtemps que les non-psychopathes. Un objectif des programmes de traitement futurs devrait manifestement être d'élaborer des stratégies pour amener les participants à suivre davantage les programmes afin d'accroître les chances de réussite des interventions (voir Miller et Rollnick, 1990).

     La seconde étude, celle de Rice, Harris et Cormier (1992), consistait en une enquête rétrospective sur une communauté thérapeutique; elle incluait une étude de suivi sur 10 ans et l'utilisation d'un groupe témoin apparié pour un échantillon de 176 patients atteints de troubles mentaux. Il est déconcertant de constater que les psychopathes ont obtenu, après le traitement, des résultats moins favorables que les membres du groupe témoin. Récemment, ces auteurs (Harris, Rice et Cormier, sous presse) ont fait observer que le caractère non structuré de la communauté thérapeutique, qui représentait pourtant à l'époque une innovation, était incompatible avec les vues contemporaines au sujet des méthodes optimales de traitement des délinquants (Andrews, Zinger, Hoge, Bonta, Gendreau et Cullen, 1990). La question n'est pas de savoir si les conclusions de cette étude peuvent s'appliquer à des populations carcérales mais plutôt de reconnaître que les programmes de traitement à l'intention des psychopathes doivent être basés sur un principe fondamental, à savoir que l'intervention doit satisfaire aux critères distinguant les bons programmes correctionnels. Il peut être utile d'avoir des applications précises en accord avec le mode d'apprentissage des psychopathes, mais les travaux dans ce domaine commencent à peine à avancer.

Évaluation des progrès et des résultats postérieurs à un traitement

     Une des principales lacunes des travaux sur le traitement des délinquants violents est le fait qu'on se base excessivement sur l'auto-évaluation des progrès accomplis. D'autres auteurs ont déjà exprimé des préoccupations au sujet de la véracité des auto- évaluations non corroborées au sein d'échantillons de délinquants (Rogers, 1988; Shapiro, 1991), et il semble justifié de tenir compte des facteurs de la désirabilité sociale et (ou) de l'intelligence. Certes importante parce qu'elle traduit la perception que les délinquants ont d'eux-mêmes (Blackburn, 1993), l'information basée sur des auto-évaluations constitue peut-être une mesure insuffisante des progrès accomplis grâce à un traitement vu les caractéristiques de la clientèle, le fait que l'intervention est souvent acceptée sous contrainte et les conséquences négatives considérables que peuvent entraîner des rapports postérieurs au traitement défavorables. Par ailleurs, la plupart des instruments d'auto-évaluation ont été élaborés pour des populations non délinquantes (Novaco, 1994) et ne comportent pas d'échelle de validité; en outre, leurs éléments sont si transparents que l'interprétation des améliorations après traitement ne peut être que conjecture si l'on ne dispose pas d'autres indices de progrès (Bellemare et McKay, 1992; Hughes, 1993). Un autre problème est que les délinquants violents ne parviennent pas régulièrement à des cotes plus élevées, traduisant des problèmes plus graves, dans leurs auto-évaluations de la colère, de l'agressivité et de l'hostilité (Novaco, 1993; Selby, 1984; Serin et Kuriychuk, sous presse). Il semble aussi nécessaire de disposer de mesures de base ou de comparaisons pour chaque délinquant, de façon à pouvoir évaluer les progrès qu'il a accomplis.

     On a couramment recours, dans les programmes axés sur les compétences sociales, à des mesures du rendement comme celles que permet un jeu de rôle (Henderson and Hollin, 1986), et ces formes de mesures constituent un modèle pour les programmes plus généralement axés sur les délinquants violents. Il est aussi recommandé d'utiliser des évaluations du comportement indépendantes pour valider les indices d'auto-évaluation et démontrer la convergence des progrès accomplis grâce au traitement. Tant les mesures du rendement que l'évaluation du comportement exigent une formation rigoureuse des employés et des efforts pour garantir l'objectivité. Mis à part les centres de traitement spécialisés et les projets de recherche, ces mesures ne sembleraient pas utilisées en milieu correctionnel. Les recherches sur le traitement semblent toutefois indiquer qu'elles sont importantes pour démontrer que les progrès accomplis grâce au traitement sont passés du niveau de la connaissance à celui de l'exécution, c'est-à-dire du comportement (Goldstein et Keller, 1987).

     On a exploré l'utilisation des taux de récidive comme mesure des progrès accomplis grâce au traitement (voir Blackburn, 1993) mais, dans le cas des populations carcérales, l'objectif de l'amélioration de la sécurité de la collectivité et de la baisse de la récidive avec violence constitue souvent la raison d'être des programmes. Andrews (1983) a fait état de la distinction entre les progrès accomplis grâce au traitement (objectifs intermédiaires dans le contexte du programme) et la généralisation (effets à long terme). On recommande aussi fortement de mesurer les résultats de plusieurs façons afin de détecter des résultats partiels que peuvent laisser de côté des définitions dichotomiques de réussite ou d'échec. Comme le principe de la prévention des rechutes s'applique aux délinquants violents (Prisgrove, 1993), cela présente un autre champ d'enquête, à savoir la détermination des situations de risque, leur relation avec les résultats et la continuité des soins dans la collectivité.

Caractéristiques du milieu

     Bien qu'on ait proposé le recours à la communauté thérapeutique (CT) pour faciliter le traitement des délinquants violents (Suedfeld et Landon, 1978), les recherches récentes sont plutôt décevantes (Harris, Rice et Cormier, sous presse). Il peut être utile de passer en revue les vues antérieures au sujet de l'application du principe de la communauté thérapeutique au milieu correctionnel (Toch, 1982). Jones (1982) a décrit les principes fondamentaux à observer pour assurer la réussite d'une CT en milieu correctionnel. Les plus difficiles à respecter sont les suivants : l'obligation pour les clients et les employés d'être motivés et de vouloir travailler ensemble; la nécessité de respecter le caractère confidentiel de l'information; la modification indispensable des règles traditionnelles du milieu pénitentiaire; l'obligation pour les autorités carcérales de déléguer des pouvoirs et responsabilités à la CT; le fait que, vu la nature existentielle de la notion de «traitement», la personne et le groupe doivent éprouver un sentiment de résolution par rapport à la société. Fait intéressant, les administrateurs correctionnels ont à l'époque reconnu que ce genre de programme répondait peut-être parfaitement aux besoins de certains délinquants mais qu'il ne constituait pas une panacée (Levinson, 1982). Plus récemment, Cooke (1989) et Agee (1990) ont retenu certains aspects de la CT en tant que milieu pouvant faciliter le traitement, bien qu'il ne s'agisse pas du traitement comme tel.

     Il est clair que seule une installation spécialisée ou une partie réservée d'une rangée pourrait répondre aux critères d'un milieu recommandé pour être une CT. Il semble en outre que les employés réagissent plutôt mal aux délinquants qui sont davantage en mesure de s'affirmer (Rice et coll., 1989), dans la mesure où il est sans doute plus facile pour eux d'entretenir avec les délinquants des rapports de style autoritaire et arbitraire. La technique de l'économie de jetons a aussi été recommandée, comme élément des programmes menés en établissement, pour produire et maintenir des changements dans le comportement (Paul et Lentz, 1977). Rice, Harris, Quinsey et Cyr (1990) prônent vigoureusement l'utilisation de systèmes de jetons pour favoriser l'acquisition d'une gamme de comportements d'autonomie, le respect des règles et l'amélioration du comportement interpersonnel. Laws (1974) fait toutefois une mise en garde contre l'utilisation par le personnel correctionnel d'un système de jetons car celui-ci risque de perturber l'application de mesures appropriées.

Questions liées à la formation du personnel

     L'interaction des employés avec les personnes placées sous leur responsabilité exerce une influence déterminante sur la fréquence des actes d'agression en établissement (Rice et coll., 1989; Thackrey, 1987). On peut accroître leur confiance en soi et réduire la fréquence des voies de fait commises contre eux ou contre des patients en apprenant aux employés à reconnaître les situations de conflit éventuel et à intervenir de la manière indiquée, tant verbalement que physiquement (Rice et coll., 1989).

     Les employés les plus susceptibles d'être efficaces auprès des délinquants font preuve d'autorité dans l'application des règles, en évitant toutefois l'affrontement, c'est-à-dire qu'ils se montrent fermes mais justes. Ils donnent l'exemple d'attitudes prosociales et anticriminelles, peuvent faire preuve d'empathie et ont de l'entregent (Andrews, Bonta et Hoge, 1990). Ce comportement est en accord avec l'approche prônée par Miller et Rollnick (1991), qui parlent d'«interviews motivantes». Bien qu'ils les aient élaborés explicitement pour le traitement des toxicomanies, leurs principes semblent s'appliquer à d'autres populations qui manifestent une grande résistance, comme les délinquants.

     Au cours des 10 dernières années, les psychologues oeuvrant en milieu correctionnel ont constaté une transformation de leur rôle, qui est passé de l'intervention à l'évaluation (Watkins, 1990). Il semblerait donc important, pour améliorer l'intervention, d'assurer une formation sur la façon de faire face aux conflits éventuels quant aux rôles et d'assurer une certaine orientation quant à l'établissement de l'ordre de priorité des besoins en matière d'évaluation et de traitement. Il faudra peut-être restructurer les services psychologiques avant de pouvoir élaborer et offrir aux délinquants chroniquement violents des programmes spécialisés. En outre, bien que le traitement soit de plus en plus envisagé dans le contexte de programmes standard, il se peut que certains délinquants aient besoin d'une intervention plus longue et plus intensive (Kazdin, 1987).

Caractéristiques des thérapeutes

     Madden (1987) décrit le défi auquel sont confrontés les cliniciens qui fournissent des services de traitement aux délinquants violents. Outre les problèmes liés aux dilemmes moraux et aux litiges, se pose la question très réelle de l'épuisement professionnel. Il est difficile pour les employés de manifester les habiletés et caractéristiques auxquelles nous avons fait allusion, c'est-à-dire l'empathie et la capacité de se montrer justes mais fermes, lorsqu'ils ont affaire à des patients plutôt insubordonnés (Roth, 1987). Le problème est encore plus grave pour ceux qui traitent avec des délinquants pendant une période prolongée. Blackburn (1993), entre autres, a fait observer que le traitement exige souvent un engagement à long terme et qu'il faut par conséquent veiller à ce que les employés puissent s'épauler, prendre du recul, rire et se défouler.

     Miller et Rollnick (1990) analysent les recherches au sujet de l'effet que les thérapeutes ont sur l'efficacité du traitement et ils concluent qu'un thérapeute peut exercer une influence considérable sur la motivation des patients à participer à un traitement, y compris sur les aspects d'observation des règles et de maintien de la participation. Les auteurs ajoutent que la relation thérapeutique exige une orientation stimulante mais excluant l'affrontement. Or, cela n'est pas toujours facile à réaliser lorsqu'on a affaire à des délinquants violents (Novaco, 1983).

Intiatives du SCC

     Il ressort clairement d'une analyse de la recherche sur le traitement des délinquants violents que la violence non sexuelle et non familiale suscite relativement peu d'attention. C'est le cas notamment au SCC, où une part proportionnellement plus grande des ressources a été consacrée au traitement des délinquants sexuels et des auteurs de violence conjugale.

     Même si le SCC a publié peu d'études, cela ne signifie pas qu'il n'a pas entrepris d'initiatives axées sur les délinquants violents «en général». Gordon (1993) et Serin (1993) ont mené des enquêtes informelles et conclu que beaucoup de services de psychologie offraient une forme quelconque de programme de maîtrise de la colère, à orientation ordinairement cognitivo-comportementale et faisant appel à des évaluations préalable et postérieure au traitement pour mesurer les progrès accomplis. Malheureusement, ces programmes varient quant aux ressources disponibles, ils ne comportent pas de critères d'admission ni de protocoles d'évaluation uniformisés et ils ne visent pas tous les mêmes objectifs de traitement. Certains font partie d'une intervention de plus vaste envergure destinée par exemple aux délinquants sexuels ou toxicomanes.

     Chaque région, chaque établissement a mis sur pied des comités multidisciplinaires chargés d'étudier la violence au sein des établissements. Ces démarches ont amélioré la communication entre les employés et permis de mieux comprendre l'influence des facteurs physiques et environnementaux de même que l'impact des drogues sur la stabilité des établissements. Il s'est agi là d'initiatives majeures, mais le traitement de la violence demeure une importante condition préalable aux examens de mise en liberté sous condition.

     L'an dernier, le secteur des Programmes de l'AC a mis au point un Programme de maîtrise de la colère et des émotions pour compléter le Programme de développement des aptitudes cognitives. Le contenu du programme concorde avec les recherches au sujet des programmes de maîtrise de la colère que nous avons déjà décrites. Les cours sont animés par un formateur, comme toute autre initiative des Programmes correctionnels. Plusieurs régions ont commencé à faire l'essai du programme mais, en raison de la méthode actuellement employée, les conclusions que l'on pourra en tirer quant à l'efficacité des différentes composantes seront plutôt limitées. En outre, il n'a jamais été prévu que ce programme s'appliquerait à tous les délinquants violents. Enfin, des programmes spécialisés ont été créés au CPR des Prairies et du Pacifique pour répondre aux besoins des délinquants les plus violents (Presse, 1993; Smiley, 1993), mais, à l'heure actuelle, on dispose uniquement de données d'évaluation préliminaires ou anecdotiques.

Choix du programme indiqué pour différents délinquants (traitement différentiel)

     Les spécialistes s'entendent jusqu'à un certain point sur les éléments que doit comporter un programme de traitement, mais l'on est loin de savoir exactement quelle composante permet à des groupes de délinquants particuliers d'accomplir des progrès (Blackburn, 1993). De plus, la question de l'intensité des programmes (Kazdin, 1987) n'a pas été explorée au cours des discussions sur les programmes à l'intention des délinquants violents. On ne connaît pas non plus la durée optimale d'un programme de traitement, étant donné que tant les programmes de courte durée que ceux de durée moyenne ont produit des résultats relativement positifs (Stermac, 1986; Lochman, 1985). Une leçon qu'on peut tirer du traitement des toxicomanies est que les délinquants n'ont pas tous besoin du même degré ou de la même intensité d'intervention (Fabiano, 1993).

     Il devrait être plus facile de déterminer le niveau d'intervention indiqué pour les différents groupes de délinquants une fois éliminés les problèmes de définition et de classement des délinquants violents. Cette stratégie exigera toutefois une certaine uniformisation des méthodes d'évaluation. Les programmes devront être compatibles sur le plan théorique. Un programme comme celui de maîtrise de la colère et des émotions pourrait fort bien répondre aux besoins de traitement des délinquants rarement violents et à faible risque, mais les délinquants au comportement violent persistant auraient besoin d'une intervention plus intensive faisant entrer en ligne de compte l'uniformité de leur réaction d'agression à une vaste gamme de situations. Ce groupe de délinquants présentera vraisemblablement les distorsions cognitives que nous avons déjà décrites (Serin et Kuriychuk, sous presse; Slaby et Guerra, 1988).

     Un autre aspect lié à l'accord entre les besoins des délinquants et les objectifs de traitement est celui de la traitabilité. Il s'agit manifestement d'une notion difficile à faire passer dans la pratique (Heilbrun, Bennett, Evans, Offult, Reiff et White, 1988), et les cliniciens sont loin de s'entendre sur les personnes jugées traitables (Quinsey et Maguire, 1984). Il est aussi évident que l'établissement du degré de résistance au traitement a des répercussions à diverses étapes du système de justice pénale (Quinsey, 1988; Rogers et Webster, 1989). De plus, l'atténuation de cette résistance semble être un important objectif de traitement initial (Miller et Rollnick, 1991), d'autant plus qu'elle permet de pronostiquer le résultat (Ogloff et coll., 1990). Il semblerait donc important de développer cet aspect d'un programme de traitement destiné aux délinquants chroniquement violents.

     Faisons une dernière observation au sujet de la prévention des rechutes. Celle-ci est de plus en plus présentée comme un cadre intégrant de gestion des délinquants. Vu le succès remporté sur ce plan dans le traitement des délinquants sexuels et toxicomanes (Brownell, Marlatt, Lichenstein et Wilson, 1986; Pithers, 1990), on a décidé d'appliquer cette approche aux délinquants violents (Prisgrove, 1993). Cela pourrait aboutir à une personnalisation accrue des objectifs de traitement, mais il est trop tôt pour conclure que la détermination des situations à risque élevé influera sur les résultats. Cela pourrait toutefois faciliter les activités de surveillance et de suivi, lesquelles pourraient avoir une incidence sur les résultats. Il s'agit là de questions empiriques qu'il faudra explorer.

Résumé

État des connaissances

     Malgré toute l'inquiétude que suscitent les délinquants violents, la documentation sur les initiatives de traitement et leur efficacité est étonnamment réduite. Les études récentes sont basées sur des méthodes améliorées, mais nous sommes loin de savoir quelle intervention donne les meilleurs résultats pour des groupes précis de délinquants violents. Même s'il est prouvé que certains programmes de traitement permettent d'accomplir des progrès, on ne constate pas de baisse des taux de récidive, mais cet aspect n'a pas encore été bien exploré. Malgré ces perspectives relativement sombres, les cliniciens et les chercheurs s'entendent jusqu'à un certain point sur les sortes d'interventions qu'il faut envisager pour les délinquants violents.

     D'après les recherches sur le traitement des délinquants violents, la baisse du niveau de stimulation, l'amélioration des capacités de résolution de problèmes et la mise en question des croyances agressives constituent des objectifs de traitement prometteurs. Trois facteurs ont empêché d'évaluer rigoureusement l'efficacité des programmes de traitement employés auprès de populations carcérales : une dépendance excessive à l'égard des questionnaires d'auto-évaluation, l'absence de groupes témoins et des problèmes de définition des délinquants violents. Toutefois, il y a peu d'indications que des programmes de ce genre soient efficaces pour réduire la récidive avec violence.

     Les modèles théoriques établis pour les délinquants au comportement violent persistant, et auxquels sont intégrés le niveau de stimulation, l'impulsivité et le mode d'apprentissage dans les manifestations régulières de violence en différentes situations, peuvent donner une idée de l'orientation que devraient prendre les stratégies d'évaluation et les objectifs de traitement (Serin et Kuriychuk, sous presse; voir Zillman, 1988). Il faudrait aussi examiner la mesure dans laquelle les déficiences sur le plan de la maîtrise de soi, le développement et la motivation peuvent influer sur le mode d'apprentissage de ces délinquants (Newman, 1990). Étant donné les limites inhérentes à l'auto-évaluation des bénéfices tirés d'un programme de traitement, il faut envisager de recourir à diverses méthodes d'évaluation pour établir la validité concourante. La colère est considérée comme une cible importante du traitement, mais il se peut que le comportement violent de beaucoup de détenus ait d'autres causes dont on n'a pas tenu compte auparavant dans les programmes de traitement (Henderson, 1989).

Orientations futures

     Il est recommandé que la Direction générale de la recherche, à l'AC, coordonne la mise en place d'un programme de traitement des délinquants au comportement violent persistant serait offert dans de nombreux établissements. Cette coordination permettrait de respecter les principes fondamentaux suivants : uniformité des critères d'admission; constitution de plusieurs groupes témoins, de préférence appariés aux groupes traités sur les plans de la gravité des antécédents criminels ou de l'infraction à l'origine de l'incarcération; affectation au hasard des sujets aux groupes de traitement et aux groupes témoins; élaboration de stratégies d'évaluation basées sur diverses méthodes; évaluation du processus et mesure des progrès accomplis grâce au traitement.

     Pour atteindre ce but, il faut élaborer un modèle conceptuel de travail; mettre au point une méthode de recherche pour explorer les questions relatives à l'efficacité du traitement; fixer les objectifs de traitement et élaborer diverses méthodes pour évaluer les besoins et les progrès accomplis (évaluation du comportement, auto-évaluation et tâches servant à mesurer le rendement); déterminer les critères d'admission par rapport aux programmes en place afin de procéder suivant une approche hiérarchique; rédiger un manuel de traitement; élaborer des lignes directrices en vue du maintien des progrès accomplis; assurer un suivi, en mettant l'accent sur les causes des réussites et des échecs. Il importe de signaler que le fait qu'une personne renonce à un comportement de violence ne signifie pas nécessairement que le traitement a réussi.

     Il y a aussi d'autres aspects à considérer. Si le Service offre un programme de ce genre dans plusieurs établissements au Canada, le nombre de délinquants traités sera élevé, ce qui facilitera l'analyse des constatations. Dans certains établissements, comme les CPR, il y a déjà sur place des employés qualifiés; il faudra toutefois offrir une formation spéciale aux employés des établissements ordinaires pour leur apprendre à utiliser les échelles d'évaluation du comportement les plus prometteuses (Agee, 1990). Certains établissements pourraient également avoir besoin de ressources additionnelles pour offrir un nouveau programme présentant le degré d'intégrité voulu. Il se peut en outre que certains milieux offrent un cadre plus «thérapeutique» que d'autres, peut-être en raison du niveau de sécurité de l'établissement. Certaines autorités décideront peut-être d'affecter au traitement une rangée donnée. Toutes ces questions devront toutefois être examinées de plus près.

     Nous possédons manifestement les connaissances et les compétences voulues pour offrir aux délinquants violents un programme de traitement pertinent sur le plan théorique et perfectionné sur le plan méthodologique qui se compare aux programmes actuellement destinés aux délinquants sexuels (Marquis, 1993). Il faudra toutefois attendre plusieurs années pour savoir dans quelle mesure ce programme peut contribuer à réduire le taux de récidive avec violence.

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