Service correctionnel du Canada
Symbole du gouvernement du Canada

Liens de la barre de menu commune

Rapports de recherche

Avertissement Cette page Web a été archivée dans le Web.

Le Programme prélibératoire pour toxicomanes : Analyse des résultats intermédiaires et postlibératoires

N° R-40
William A. Millson, John R. Weekes,
et Lynn O. Lightfoot
Division de la recherche
Service correctionnel du Canada
Université Queen's
Août 1995

Table des matières

REMERCIEMENTS

RÉSUMÉ

INTRODUCTION

MÉTHODE

Participants

INTRUMENTS DE MESURE

Évaluation des problèmes de toxicomanie
Tests administrés avant et après le programme
Activité criminelle
La toxicomanie chez les délinquants réincarcérés

RÉSULTATS

Gravité des problèmes de toxicomanie
Analyse du rendement des délinquants durant le programme
Rendement des délinquants après leur mise en liberté
Relation entre le rendement dans le programme et la réussite postlibératoire

ANALYSE

BIBLIOGRAPHIE

REMERCIEMENTS

Nous tenons à exprimer notre sincère gratitude aux personnes suivantes, qui nous ont offert leur appui et qui ont apporté une précieuse contribution à la présente recherche sur la toxicomanie (en ordre alphabétique) : Diane Black, John Eno, Elizabeth Fabiano, Greg Graves, Lee Marchildon, Nancy Morin, Larry Motiuk, Frank Porporino, David Robinson, Lois Rosine et Catherine Wenek.

RÉSUMÉ

Près de 70% des délinquants sous responsabilité fédérale présentent des problèmes de toxicomanie suffisamment graves pour justifier un traitement structuré. On peut même faire valoir qu'aucun autre problème ne touche une plus forte proportion de la population carcérale que les problèmes d'alcool ou de drogue. Mais les délinquants n'ont pas tous besoin de programmes du même genre ou de la même intensité. Un examen de la répartition des problèmes de toxicomanie révèle en effet que près de 30% des délinquants ont des problèmes légers, environ 17%, des problèmes modérés, 13%, des problèmes importants et 10%, des problèmes graves.

Ces dernières années, le Service correctionnel du Canada (SCC) a élaboré un modèle intégré de prestation de programmes de lutte contre la toxicomanie, modèle qui est axé sur l'établissement et la mise en oeuvre d'une gamme d'interventions adaptées à la gravité des problèmes d'alcool et de drogue des délinquants. Le Programme prélibératoire pour toxicomanes (PPT) est un programme d'intervention multidimensionnelle en matière de toxicomanie axé sur le comportement et les aptitudes cognitives. Il a été mis sur pied pour répondre aux besoins des délinquants ayant des problèmes de toxicomanie modérés ou importants. Bien qu'il n'ait pas été conçu expressément à l'intention des délinquants qui connaissent des problèmes graves de drogue et d'alcool, ces délinquants sont actuellement acceptés dans le programme étant donné l'absence de mesures de traitement de forte intensité. On estime par conséquent qu'entre 30% et 40% des délinquants sous responsabilité fédérale pourraient sans doute participer au programme.

Nous avons entrepris cette étude pour déterminer dans quelle mesure le PPT contribue à accroître les chances de réussite postlibératoire des délinquants et à changer leur tendance à la toxicomanie. Nous avons examiné les résultats intermédiaires et postlibératoires obtenus pour 317 délinquants qui ont achevé le programme entre janvier 1990 et août 1992, Ce rapport constitue essentiellement une évaluation du programme pilote. Le PPT a depuis été mis en oeuvre à l'échelle nationale et est désormais offert aux délinquants dans presque tous les établissements du SCC.

Un examen des caractéristiques sur le plan de la toxicomanie a révélé que 16,6% des délinquants inclus dans l'échantillon avaient de légers problèmes de toxicomanie, 20,5%, des problèmes modérés, 39,6%, des problèmes importants et 20,1%, des problèmes graves. Il est intéressant de noter que nous n'avons pas dépisté de problème d'alcool ou de drogue chez 3,2% de ces délinquants. Au total, environ 80% des participants présentaient des problèmes d'alcool, de drogue ou de drogue et d'alcool suffisamment sérieux pour justifier leur participation au PPT.

Pour mesurer les résultats intermédiaires, nous avons administré une batterie de tests aux délinquants immédiatement avant et après leur participation au programme. Ces tests servaient à déterminer les connaissances au sujet des drogues et de l'alcool et la présence de diverses compétences qui aident les délinquants à s'abstenir de consommer de l'alcool ou des drogues ou à modérer leur consommation. Nos résultats révèlent qu'après avoir achevé le programme, les délinquants :

  • connaissaient davantage les conséquences de la consommation d'alcool et de drogues,
  • comprenaient mieux les effets de l'usage de l'alcool et des drogues sur les êtres humains,
  • savaient mieux comment refuser fermement mais d'une manière socialement acceptable des invitations à consommer de l'alcool ou des drogues,
  • étaient plus aptes à faire part aux autres de leur désir de cesser ou de réduire leur consommation de drogues ou d'alcool,
  • comprenaient mieux l'incidence que la consommation de drogues et d'alcool peut avoir sur l'emploi.

Ces résultats semblent indiquer que le programme a contribué à accroître les connaissances des délinquants au sujet des effets et des conséquences de l'alcool et des drogues, et qu'il les a aidés à acquérir les compétences indispensables pour s'abstenir de consommer de l'alcool et des drogues ou modérer leur consommation de ces substances.

Nous avons examiné le rendement postlibératoire des délinquants en suivant ces derniers pendant une période moyenne de près de 15 mois (gamme: de 1,6 mois à 34,6 mois) après leur mise en liberté. Au cours de la période de suivi, 31,4% des délinquants ayant achevé le programme ont été réincarcérés sous responsabilité fédérale: 19,9% (57 délinquants) pour manquement à une condition de leur mise en liberté et 13,6% (39 délinquants) pour avoir commis une nouvelle infraction. Des analyses plus approfondies ont révélé que des caractéristiques qui étaient évidentes avant la participation au programme, comme la gravité des problèmes de toxicomanie, le niveau de risque et de besoins, et le type d'infraction, ont continué à influer sur le comportement des délinquants après cette participation (ce que traduit le taux de réincarcération). Ainsi, seulement 14% des délinquants à faible risque ont été réincarcérés, contre 39,4% des délinquants à risque élevé. De même, le taux de réincarcération était sensiblement plus élevé chez les délinquants présentant de grands besoins (41,1%) que chez les délinquants aux besoins faibles ou moyens (17,2%).

Bien que ces résultats intermédiaires et postlibératoires fournissent une information fort utile, les constatations s'appliquent à l'ensemble de l'échantillon et ne nous apprennent presque rien au sujet du rendement individuel des délinquants qui ont participé au PPT. Il est fort probable que certains délinquants ont un meilleur rendement et tirent un meilleur profit que d'autres des programmes correctionnels. Pour tenter d'établir une relation entre le rendement dans le programme et les résultats postlibératoires, nous avons analysé les mesures préalables et postérieures à la participation en fonction des taux de réincarcération. Une série d'analyses a abouti à l'établissement d'un «indice de rendement» à cinq niveaux traduisant les quatre mesures obtenues au moyen des tests suivants administrés avant et après la participation au programme Conséquences de la consommation de drogue, Conséquences de la consommation d'alcool, Quelle importance ont l'alcool et la drogue? et Boire de manière responsable.

Chez les délinquants dont le niveau de rendement était supérieur à la moyenne, le taux de réincarcération pour de nouvelles infractions ainsi que le taux global de réincarcération pour manquements aux conditions de la mise en liberté étaient sensiblement plus faibles. En effet, le taux global de réincarcération des délinquants ayant obtenu un score égal ou supérieur à 2 selon l'indice de rendement était de seulement 11%, les délinquants ayant obtenu un score de 0 avaient un taux de réincarcération de 28 %, tandis que ceux dont le score était égal ou inférieur à -2 avaient un taux de réincarcération de 46%. Nous avons constaté des résultats semblables chez les délinquants ayant de sérieux problèmes de toxicomanie (c.à-d. ceux ayant de grands besoins et des problèmes d'un degré modéré à grave), les délinquants à risque élevé et les délinquants à risque élevé ayant de sérieux problèmes de toxicomanie.

Nous avons également dépouillé les dossiers de la Commission nationale des libérations conditionnelles (CNLC) au sujet des délinquants réincarcérés. Presque tous (93,3%) s'étaient vu imposer comme condition spéciale de s'abstenir de consommer des substances intoxicantes. La proportion des délinquants ayant de sérieux problèmes de toxicomanie qui ont consommé de l'alcool et des drogues après leur mise en liberté était sensiblement plus élevée que celle des délinquants ayant des problèmes relativement peu graves (77,5% contre 44,4% respectivement). Ce résultat n'était pas étonnant. Le pourcentage des délinquants ayant des problèmes sérieux que la CNLC a obligés à participer à un programme de traitement additionnel de la toxicomanie dans la collectivité était plus élevé que celui des délinquants ayant des problèmes moins graves (74,3% contre 63,6%).

Les résultats de cette étude s'ajoutent au volume croissant de recherches qui confirment l'efficacité des programmes axés sur le comportement et les aptitudes cognitives pour traiter les délinquants ayant des problèmes de toxicomanie. Un examen des résultats intermédiaires et postlibératoires semble indiquer que le PPT est un moyen d'intervention efficace qui permet aux délinquants d'acquérir les compétences et les habiletés cognitives indispensables pour réduire la probabilité d'avoir des problèmes d'alcool et de drogue, et réduire le risque d'être réincarcérés pour manquement aux conditions de la mise en liberté ou pour avoir commis de nouvelles infractions criminelles. À notre avis, le résultat le plus important de cette étude a été de constater que le rendement obtenu dans le cadre du PPT permet de prévoir la probabilité de réincarcération des délinquants. Ce résultat met en évidence le fait qu'il ne suffit pas qu'un délinquant toxicomane achève un programme de traitement de la toxicomanie pour qu'on puisse automatiquement en conclure qu'il se comportera bien après sa mise en liberté. Il faut qu'il y ait amélioration véritable au cours du programme pour qu'on puisse s'attendre à une baisse significative de la récidive. Il s'agira, dans les recherches futures, de réexaminer et de préciser la relation entre le rendement du délinquant durant le traitement, le taux de réincarcération et une toxicomanie subséquente.

INTRODUCTION

On sait que la toxicomanie constitue un grave problème au sein de la population carcérale. En effet, d'après les résultats globaux de l'évaluation de la toxicomanie à laquelle sont soumis tous les délinquants à leur admission dans le système correctionnel fédéral (évaluation par le Questionnaire informatisé sur le mode de vie (QIMV), voir Robinson, Fabiano, Porporino, Millson et Graves, 1992), 67% des délinquants, soit près de sept sur 10, ont besoin d'une intervention en ce domaine (Robinson, Porporino et Millson, 1991, Weekes, Fabiano, Porporino, Robinson et Millson, 1993). De plus, la répartition des problèmes de toxicomanie (c.à-d. problèmes d'alcool, de drogue, ou problèmes combinés d'alcool et de drogue) révèle que près de 30% des délinquants ont des problèmes légers, environ 17%, des problèmes modérés, 13% des problèmes importants et 10%, des problèmes graves. Des proportions semblables ont été signalées dans d'autres études sur les délinquants sous responsabilité fédérale au Canada et aux États-Unis (Lightfoot et Hodgins, 1988; U.S. Bureau of Justice Statistics, 1983a; 1983b).

La fréquence des problèmes de toxicomanie dans les populations carcérales n'est pas étonnante : de nombreuses études ont montré l'existence d'une relation entre les problèmes d'alcool et de drogue et le comportement criminel (Anglin et Speckart, 1988; Ball, Shaffer et Nurco, 1983; Collins, 1986; Collins et Schlenger, 1988, Goldstein, 1989). Une fois de plus, les résultats du QIMV ont révélé qu'environ 55% des délinquants étaient sous l'influence de l'alcool, des drogues ou des deux sortes de substances lorsqu'ils ont commis le ou les crimes à l'origine de leur peine actuelle (Weekes et coll., 1993).

Programme prélibératoire pour toxicomanes (PPT). L'étendue des problèmes de toxicomanie chez les délinquants et l'existence d'une relation étroite entre la toxicomanie et le comportement criminel ont incité le Service correctionnel du Canada (SCC) à élaborer un modèle pour les programmes d'intervention en matière de toxicomanie (voir Fabiano, 1993). Cette démarche a comporté l'élaboration et la mise en oeuvre d'une gamme d'interventions adaptées à la gravité des problèmes de toxicomanie des délinquants. Le PPT est un programme d'intervention multidimensionnelle en matière de toxicomanie qui a été mis sur pied pour répondre aux besoins des délinquants ayant des problèmes modérés ou importants (Lightfoot et Hodgins, 1993). Bien qu'il n'ait pas été conçu expressément à l'intention des délinquants ayant des problèmes graves d'alcool et de drogue, ces délinquants sont actuellement acceptés dans le programme étant donné l'absence de méthodes de traitement intensif. Le programme fait appel à diverses méthodes axées sur le comportement et les aptitudes cognitives; il consiste en des modules de traitement qui portent sur la sensibilisation aux dangers des drogues et de l'alcool, la maîtrise de soi, les techniques de résolution de problèmes, l'acquisition d'aptitudes cognitives et comportementales, les habiletés sociales, le recyclage professionnel, la planification des loisirs et du mode de vie, et la planification prélibératoire. Le PPT comprend 26 séances de groupe de trois heures chacune et trois séances individuelles conduites par un animateur. Le lecteur trouvera dans une autre publication (Lightfoot, 1993) une description détaillée du contenu du programme, des critères de sélection et des méthodes d'évaluation.

Le principe de l'apprentissage social sur lequel est fondé le PPT. Par son fondement théorique, le PPT se distingue radicalement des approches traditionnellement adoptées face aux délinquants toxicomanes. En mettant l'accent sur le rôle de l'apprentissage social dans l'apparition et la persistance des problèmes de toxicomanie (voir Bandura, 1986), il s'écarte en effet des programmes plus traditionnels basés sur le modèle de la toxicomanie comme «maladie», selon lequel les problèmes d'alcool et de drogue constituent un phénomène essentiellement physiologique, progressif et incurable. Un recensement des programmes d'intervention offerts aux délinquants par le SCC a révélé que la plupart continuaient à être basés sur le modèle de la toxicomanie comme maladie (Gendreau et Goggin, 1991), malgré l'absence de preuves quant à l'efficacité de ce modèle.

Or, un nombre croissant de recherches (Brochu et Forget, 1990; Fogg, 1992, Husband et Platt, 1993, Lightfoot et Hodgins, 1993) mettent en évidence l'efficacité des programmes basés sur la théorie de l'apprentissage social et comprenant des méthodes d'intervention axées sur le comportement. Ainsi, Fogg (1992) a souligné l'importance de la formation axée sur le comportement et les aptitudes cognitives que comprend le programme d'intervention auprès des délinquants toxicomanes élaboré par le Department of Justice du Colorado. Lightfoot et Hodgins (1993) ont quant à eux décrit des stratégies d'intervention auprès des délinquants toxicomanes et fait valoir qu'une formation axée sur le comportement et les aptitudes cognitives et soulignant l'importance d'acquérir des habiletés particulières constituait un élément essentiel de toute intervention efficace. Brochu et Forget (1990) ont analysé les recherches sur les interventions auprès des délinquants toxicomanes et conclu qu'il fallait offrir des programmes axés sur le comportement et les aptitudes cognitives dans les établissements correctionnels pour aider cette catégorie de délinquants. Enfin, Husband et Platt (1993), après avoir examiné l'efficacité des programmes de traitement de la toxicomanie basés sur les aptitudes cognitives et offerts dans des milieux correctionnels, ont conclu que les interventions mettant l'accent sur les facteurs cognitifs produisaient de meilleurs résultats.

Au total, les recherches pertinentes confirment l'efficacité des programmes d'intervention qui sont basés sur le modèle de l'apprentissage social et qui soulignent l'importance des facteurs comportementaux et cognitifs pour acquérir les habiletés permettant soit de s'abstenir de consommer de l'alcool et des drogues, soit de modérer sa consommation de ces substances.

Objet de la présente étude. Notre étude avait pour but d'évaluer l'efficacité du PPT quant à la réduction de la récidive et à la modification du comportement des toxicomanes. Ce rapport constitue la dernière évaluation avant la mise en oeuvre nationale du programme. Nous avons étudié un échantillon de délinquants qui ont participé au PPT offert dans un établissement fédéral à sécurité minimale (l'établissement de Bath) situé dans la région de l'Ontario. Plus précisément, nous avons examiné : 1) la gravité des problèmes de toxicomanie des participants; 2) les changements constatés après la participation au programme par rapport à la période précédant cette participation, mesurés au moyen d'une batterie de tests d'évaluation; 3) les résultats obtenus après le programme et après la mise en liberté par les délinquants qui ont achevé le programme; 4) la relation entre les résultats et la gravité du problème de toxicomanie, le risque et les besoins, le type de mise en liberté, le genre d'infraction, le rendement avant et après le programme et la consommation d'alcool ou de drogues après la mise en liberté des délinquants qui ont été réincarcérés.

Participants

Trois cent vingt-quatre délinquants adultes (315 hommes, 9 femmes) âgés de 18 à 66 ans (M = 33,5 ans, ET= 9,28 ans) ont participé au PPT à l'établissement de Bath entre janvier 1990 et août 1992. Cet établissement administré par le SCC, était, au moment de l'étude, un établissement à sécurité minimale accueillant des délinquants qui, d'après leur évaluation, présentaient un risque minimal tant du point de vue de l'évasion que pour le public. Étant donné le nombre réduit de femmes qui ont participé au programme, il a été impossible de faire des comparaisons entre les sexes. L'échantillon était composé de 317 délinquants qui ont achevé le programme et de sept autres qui ne l'ont pas achevé, soit parce qu'ils l'ont abandonné, soit parce qu'on leur a demandé de le quitter en raison de leur comportement perturbateur ou de leur refus de respecter les règles. La durée moyenne des peines était de 40,5 mois (3,4 ans; ET= 22,8 mois); 2,5% des délinquants inclus dans l'échantillon purgeaient des peines à perpétuité. Près de 82% des participants purgeaient leur première peine d'emprisonnement sous responsabilité fédérale (c.à-d. une peine de deux ans ou plus). Un peu plus de 37% avaient été condamnés pour crimes de violence, 28,4% pour crimes sans violence et 34,1%, pour infractions relatives aux drogues ou à l'alcool.

INTRUMENTS DE MESURE

Évaluation des problèmes de toxicomanie
Tests administrés avant et après le programme
Activité criminelle
La toxicomanie chez les délinquants réincarcérés

Évaluation des problèmes de toxicomanie

Nous avons déterminé la gravité des problèmes d'alcool et de drogue des délinquants avant le début du programme au moyen de trois instruments conçus initialement pour des populations cliniques et non cliniques non formées de délinquants et qui ont été standardisés auprès de ces populations. On a récemment recueilli un volume considérable de preuves au sujet de la validité et de la pertinence de ces mesures lorsqu'elles sont employées auprès de délinquants en général ainsi qu'auprès de délinquants de différents milieux culturels et linguistiques (Hodgins et Lightfoot, 1988; Robinson et coll., 1992; Robinson, Porporino et Millson, 1991; Vanderburg, Weekes et Millson, 1994; Weekes, Vanderburg et Millson, 1995). De plus, le SCC utilise couramment ces instruments, qui font partie intégrante du QIMV.

Test de dépendance envers l'alcool. Le TDEA (Skinner et Allen, 1982) consiste en 25 questions servant à déterminer la gravité de la dépendance à l'égard de l'alcool. L'accent est mis sur le dépistage des symptômes physiologiques associés à la consommation d'alcool. Les scores obtenus sont répartis entre cinq degrés de gravité : aucun problème réel d'alcool (cote de 0), problème léger (1-13), problème modéré (13-21), problème important (22-30) et problème grave (31-47).

Test de dépistage d'alcoolo-dépendance du Michigan. Le TDAM (Cannell et Favazza, 1978) est un instrument à 10 questions servant à mesurer divers problèmes liés à l'alcool. Les scores obtenus selon le TDAM sont répartis en cinq niveaux: aucun problème réel d'alcool (score de 0), problème léger (1-2), problème modéré (3-5), problème important (6-8) ou problème grave (9- 10).

Test de dépistage de l'abus de drogue. Le TDAD (Skinner, 1982) est un instrument à 20 questions servant à déterminer la gravité des problèmes de drogue d'une personne. Les scores sont répartis en cinq catégories : aucun problème réel de drogue (score de 0), problème léger 1-5), problème modéré (6-10), problème important (11- 15) et problème grave (16-20).

Fiabilité des tests d'évaluation des problèmes de toxicomanie. Nous avons initialement examiné les tests de dépistage de problèmes d'alcool et de drogue pour déterminer la cohérence des réponses aux questions qui sont combinées pour déterminer le score total. Les indices de fiabilité (indice alpha de Cronbach) pour le TDEA, le TDAM et le TDAD étaient respectivement de 0,92, 0,48 et 0,81, ce qui indique une excellente cohérence interne pour le TDEA et le TDAD et une cohérence relativement faible pour le TDAM.

Tests administrés avant et après le programme

Les délinquants ont été soumis à une série de huit tests avant et après le programme (adapté de Gunn, Orenstein, Iverson et Mullen, 1983), Quatre portaient expressément sur l'usage de l'alcool. Le test Conséquences de la consommation d'alcool (Consequences of Alcohol Use Scale) consiste en 20 énoncés au sujet des conséquences néfastes de l'alcool auxquels il faut répondre par vrai ou faux. Consommation d'alcool et affirmation de soi (Drinking and Assertiveness Scale) présente aux répondants 15 descriptions de personnes qui se sentent mal à l'aise parce que d'autres personnes boivent ou leur offrent de l'alcool. Les délinquants doivent choisir, parmi quatre solutions possibles, celle qui traduit une réaction basée sur l'affirmation de soi à la situation présentée dans la vignette. Communication au sujet de l'alcoolisme (Communicating About Drinking Questionnaire) consiste en 15 descriptions de personnes qui veulent cesser de boire ou modérer leur consommation d'alcool. Les répondants doivent choisir le message qu'ils voudraient communiquer à d'autres. Pour chaque question, il faut choisir entre quatre solutions, Boire de manière responsable (Using Alcohol Responsibily) comprend 15 vignettes. Le délinquant doit choisir le comportement qui traduit un usage responsable de l'alcool. Pour chaque question, il faut choisir entre quatre solutions.

Un test portait exclusivement sur l'usage de drogues: Conséquences de la consommation de drogue (Consequences of Drug Use Scale) est un instrument axé sur les connaissances renfermant 30 énoncés auxquels il faut répondre par vrai ou faux au sujet des conséquences néfastes de l'usage de drogues.

Les trois autres instruments renfermaient des questions concernant aussi bien la consommation d'alcool que celle de drogue. Le questionnaire Quelle importance ont l'alcool et la drogue? (How Much Do They Matter?) comprend 20 énoncés sur les effets que peuvent entraîner l'alcool ou les drogues. Les délinquants doivent indiquer leur degré d'accord ou de désaccord par rapport à chaque énoncé à l'aide d'une échelle à cinq points. L'Échelle de prise de décisions (Decision-Making Scale) présente aux répondants 15 vignettes au sujet de personnes qui tentent de prendre des décisions en matière de santé. Les répondants doivent choisir entre quatre réponses. Le dernier instrument était le Questionnaire sur l'emploi (Employment Questionnaire), comprenant 47 énoncés au sujet de la consommation d'alcool ou de drogues, l'emploi et les rechutes. Les répondants doivent indiquer leur degré d'accord ou de désaccord par rapport aux énoncés au moyen d'échelles de Likert à cinq points.

Fiabilité des tests administrés avant et après le programme. Nous avons examiné la fiabilité des instruments de mesure composant la série de questionnaires utilisés avant et après le programme, comme nous l'avions fait pour les tests d'évaluation des problèmes de toxicomanie. On peut voir, dans la première colonne du tableau 1, les coefficients alpha de Cronbach pour chacun des instruments originaux utilisés avant le programme. Un examen du tableau 1 révèle que quatre de ceux-ci ont un coefficient inférieur au niveau minimum acceptable de 0,60.

Nous avons examiné chaque instrument pour déterminer quelles questions faisaient baisser la valeur globale du coefficient. Selon une procédure itérative, nous avons éliminé des questions jusqu'à ce que la valeur du coefficient de l'instrument soit maximisée. Nous avons procédé de cette façon afin d'accroître la cohérence des réponses données par les délinquants. Comme le révèle la deuxième colonne du tableau 1, pour tous les instruments ainsi modifiés sauf deux (La consommation d'alcool et l'affirmation de soi et Boire de manière responsable), le coefficient était plus élevé qu'initialement.

Activité criminelle

Les renseignements au sujet du comportement postlibératoire des délinquants ont été fournis par le Système d'information sur les détenus (SID) de la Division de la recherche du Service correctionnel du Canada. Celui-ci contient une foule de données quantitatives sur les mises en liberté, les révocations, les nouvelles condamnations et les sortes d'infractions.

La toxicomanie chez les délinquants réincarcérés

Nous avons dépouillé les dossiers de la Commission nationale des libérations conditionnelles (CNLC) pour trouver des renseignements sur l'usage de drogues ou d'alcool par les délinquants après leur mise en liberté ainsi que d'autres renseignements pertinents (par exemple, participation à d'autres programmes de traitement de la toxicomanie dans la collectivité) relatifs à la période de suivi. Nous avons aussi dépouillé les dossiers des participants qui ont été mis en liberté après avoir achevé le programme et qui ont été réincarcérés par la suite. Le deuxième auteur de ce document peut fournir aux personnes intéressées la formule d'examen des dossiers.

Tableau 1

Coefficients de fiabilité des instruments utilisés avant et après la participation au programme

 
Coefficients de fiabilité
Instruments utilisés avant et après le programme Instrument initial Instrument modifié
 
Conséquences de la consommation d’alcool
,41
,54
Conséquences de la consommation de drogue
,39
,49
Importance de l’alcool et de la drogue
,30
,62
Communication au sujet de l’alcoolisme
,65
,66
Consommation d’alcool et affirmation de soi
,64
,64
Boire de manière responable
,76
,76
Prise de décisions
,18
,48
Questionnaire sur l’emploi
,67
,74

RÉSULTATS

Gravité des problèmes de toxicomanie
Analyse du rendement des délinquants durant le programme
Rendement des délinquants après leur mise en liberté
Relation entre le rendement dans le programme et la réussite postlibératoire

Gravité des problèmes de toxicomanie

Nous disposions de renseignements sur la gravité des problèmes de toxicomanie pour 283 (90,7%) des 317 délinquants ayant achevé le PPT. Un examen de la répartition des scores de gravité des problèmes d'alcool produits par le TDEA a révélé que 6% des délinquants faisant partie de l'échantillon n'ont signalé aucun problème d'alcool, 50% ont dit avoir de légers problèmes d'alcool, 25,3% ont indiqué des problèmes modérés, 14% des problèmes importants et 4,7% des problèmes graves. Les réponses des délinquants au TDAM ont produit la répartition suivante : 15,3% aucun problème d'alcool, 20,1%, problèmes légers, 23,0%, problèmes modérés, 32,5% problèmes importants et 9,1%, problèmes graves. Enfin, la répartition des scores de gravité des problèmes de drogue obtenus au moyen du TDAD était la suivante: 3,4% aucun problème de drogue, 16,8%, problèmes légers, 19,7%, problèmes modérés, 37,5% problèmes importants et 22,6%, problèmes graves.

Nous avons créé un indice composite à cinq niveaux de la gravité des problèmes de toxicomanie afin de classer les délinquants en fonction du «problème de toxicomanie» (c.à-d. alcool, drogue ou les deux) dont le degré de gravité était le plus élevé selon l'un ou l'autre des trois instruments de mesure. Tel qu'indiqué dans le graphique 1, 16,6% des délinquants souffraient de légers problèmes de toxicomanie, 20,5% avaient des problèmes modérés, 39,6%, des problèmes importants et 20,1%, des problèmes graves. Signalons que 3,2% des délinquants inclus dans l'échantillon ne semblaient pas avoir, d'après les évaluations, de problèmes d'alcool ou de drogue.

Au total, on constate qu'environ 80% des participants avaient des problèmes d'alcool, de drogue ou de drogue et d'alcool suffisamment sérieux pour justifier leur participation au PPT. Les autres 20% ont probablement été acceptés dans le programme (il s'agissait de délinquants appartenant aux catégories «aucun problème» et «problèmes légers») à cause de renseignements supplémentaires obtenus d'autres sources (par exemple, dossiers de cas, entrevues) d'après lesquels ils semblaient être de bons candidats pour le programme.

Graphique 1

Degrés de gravité de la toxicomanie

Graphique 1

Analyse du rendement des délinquants durant le programme

Nous avons examiné le rendement des délinquants durant le PPT en mesurant leur amélioration, comme groupe, au moyen d'une série de questionnaires remplis immédiatement avant et après la participation au programme. Nous avons découvert que certains participants avaient négligé de répondre à certains ou à l'ensemble de ces questionnaires. Nous avons également constaté que certains d'entre eux n'avaient pas répondu aux questionnaires de dépistage des problèmes d'alcool et de drogue (le TDEA, le TDAM et le TDAD). C'est pourquoi nous avons dû examiner la possibilité d'un biais ou d'une différence importante chez les délinquants ayant répondu à tous les questionnaires inclus dans les batteries de tests par rapport à ceux qui n'ont pas rempli tous les questionnaires, puisque cela pouvait influer sur la représentativité des données.

Non-réponse aux questionnaires remis avant et après le programme. Suivant la pratique habituelle, les participants pouvaient refuser de répondre aux questionnaires qui leur étaient remis avant et après le programme. Les délinquants qui refusaient de répondre aux questionnaires ne s'exposaient à aucune conséquence fâcheuse, mais il se peut que leur non-réponse ait eu des répercussions importantes quant à l'interprétation des résultats, ceux-ci étant basés uniquement sur les données obtenues des délinquants ayant répondu à tous les questionnaires.

Une méthode couramment employée pour neutraliser l'effet de la non-réponse consiste à mener entre les deux groupes (répondants et non-répondants) des comparaisons portant sur un certain nombre de facteurs clés pouvant influer sur le rendement durant le programme et sur les résultats postlibératoires. Si l'on ne constate aucune différence, on peut en déduire que, même si les délinquants avaient répondu aux questionnaires avant et après le programme, les résultats auraient été les mêmes. Inversement, si des différences systématiques apparaissent, il faut déterminer si ces différences ont influé sur les réponses recueillies avant et après le programme pour l'ensemble de l'échantillon.

Nous avons donc fait un certain nombre de comparaisons entre les 246 délinquants (78% de l'échantillon) qui ont répondu aux questionnaires avant et après le programme et les 71 (22%) qui n'y ont pas répondu. Ces différences importantes n'ont été constatées que pour deux facteurs. Premièrement, le pourcentage d'infractions avec violence était plus faible chez les délinquants n'ayant pas répondu aux questionnaires (25,4%) que chez ceux qui y avaient répondu (41,1%), tandis que le pourcentage d'infractions sans violence était plus élevé chez les premiers (38,0% que chez les seconds (25,6%). Deuxièmement, 90% des délinquants n'ayant pas répondu aux questionnaires avaient des problèmes de toxicomanie allant de modérés à graves, contre 77,6% de ceux qui avaient répondu aux questionnaires. Il n'y avait aucune différence entre les deux groupes sur les autres plans (voir le tableau 2).

Tableau 2

Comparaison entre les délinquants qui ont répondu aux questionnaires avant et après le programme et ceux qui n'y ont pas répondu

 
Données sur les
répondants
(n=246)
Données sur les
non répondants
(n=71)
Niveau de
signification
 
Données démographique
 
Âge moyen (en années)
Peines antérieures
Durée de la peine (en années)
Peine d’emprisonnement à
perpétuite
33,6
18,3
3,4
2,4
33,4
19,7
3,2
2,8
ns
ns
ns
ns
Type d’infraction
p < ,05
Avec violence
Sans violence
Drogues/alcool
41,1
25,6
33,3
25,4
38,0
36,6
Degré de gravité de la toxicomanie
p > ,05
Problème nul à léger
Problème modéré à grave
22,4
77,6
10,0
90,0
Renseignements sur la mise en
liberté
,18
,48
Mis en liberté après avoir achevé le
programme
90,2
91,6
ns
Type de mise en liberté
ns
Semi-liberté
Libération conditionnelle totale
Liberté surveillée
72,1
7,7
20,3
72,3
7,7
20,0
Période jusqu’à la mise en liberté
(en mois)
7,1
7,2
ns
Période de suivi (en mois)
14,6
15,5
ns
Niveau de risque au moment de
la mise en liberté
ns
Faible
Élevé
40,0
60,0
31,4
68,6
Taux de réincarcération
Manquement aux conditions
Nouvelle infraction
Toute réincarcération
17,6
14,4
30,2
27,7
10,7
35,4
ns
ns
ns
Remarque : ns = non significatif

Pour déterminer si ces différences ont eu une incidence sur les réponses des délinquants aux tests préalables et postérieurs au programme, nous avons effectué un certain nombre d'analyses sur les scores préliminaires et les scores de changement brut, correspondant à la différence entre les scores obtenus pour les tests préalables et pour les tests postérieurs. Les résultats ont révélé que les scores pour les tests préalables et les scores de changement brut ne différaient pas en fonction du degré de gravité de la toxicomanie ou du type d'infraction.

Ces constatations semblent indiquer que les délinquants qui diffèrent sur ces deux plans donnent des réponses semblables aux questionnaires préalables et postérieurs. On peut donc en conclure, avec passablement de certitude, que même si les délinquants qui n'ont pas répondu aux questionnaires avaient fourni les données demandées, les scores auraient été les mêmes. Cela signifie que les analyses menées sur toutes les données préalables et postérieures au programme (décrites ci-après) sont peu susceptibles de refléter des biais systématiques.

Changements constatés après la participation au programme. Le tableau 3 résume les changements constatés dans le rendement des participants après la participation au programme par rapport aux aspects mesurés au moyen de la batteries de tests. Les résultats présentés au tableau 3 révèlent que les délinquants se sont améliorés de façon statistiquement significative par rapport à chacune des mesures incluses dans la batterie de tests, à l'exception de l'Échelle de prise de décisions. Bien que les changements survenus soient relativement minimes, un examen attentif des scores obtenus aux tests préalables et aux tests postérieurs au programme révèle que, après avoir achevé celui-ci, les délinquants : 1) avaient accru leur connaissance des conséquences de l'usage de l'alcool et des drogues, 2) comprenaient mieux l'influence que l'alcool et les drogues peuvent avoir sur les êtres humains, 3) savaient mieux comment refuser de façon ferme mais socialement acceptable des offres de consommer de l'alcool et des drogues, 4) étaient plus aptes à communiquer aux autres leur désir de cesser de consommer ces substances ou de modérer leur usage de celles-ci, 5) comprenaient mieux les conséquences que l'usage d'alcool et de drogues peut avoir sur l'emploi. Bref, ces résultats semblent indiquer que le programme a réussi à faire mieux comprendre aux délinquants les effets et les conséquences de la consommation d'alcool et de drogues et qu'il leur a aussi permis d'acquérir un certain nombre de compétences indispensables pour s'abstenir de consommer de l'alcool et des drogues ou pour modérer leur usage de ces substances.

Tableau 3

Changements dans les scores obtenus aux tests avant et après le programme

  Tests Avant le
programme
Après le
programme
Niveau de
signification
 
Conséquences de la
consommation d’alcool
4,93
(ET = 1,51)
5,73
(1,76)
p<,001
Conséquences de la
consommation de drogue
8,24
(1,46)
8,56
(1,55)
p<,01
Importance de l’alcool
et de la drogue
4,35
(0,47)
4,43
(0,43)
p<,01
Communication au
sujet de l’alcoolisme
6,88
(2,43)
7,33
(2,63)
p<,01
Consommation d’alcool
et affirmation de soi
7,93
(2,19)
8,57
(2,52)
p<,001
Boire de manière responsable
7,28
(2,26)
8,36
(2,37)
p<,001
Prise de décisions
2,55
(1,13)
2,48
(1,16)
ns
Questionnaire sur l’emploi
4,03
(0,35)
4,13
(0,36)
p<,001
Remarque : ns = non significatif

Rendement des délinquants après leur mise en liberté

Un peu plus de 90% des délinquants (287 sur 317) ayant achevé le programme ont subséquemment été mis en liberté : 72,1% ont obtenu la semi-liberté et 7,7% la libération conditionnelle totale, tandis que 20,2% ont été mis en liberté à la date prévue pour la libération d'office. Les délinquants ont été suivis pendant une période moyenne de 14,9 mois (ET= 7,9).

Au cours de la période de suivi, 31,4% des délinquants (90 sur 287) ont été réincarcérés. On a distingué les réincarcérations pour manquement aux conditions de la mise en liberté des réincarcérations attribuables à une nouvelle condamnation. En tout, 19,9% ont été réincarcérés pour manquement aux conditions, 13,6%, à cause d'une nouvelle condamnation et 2,1% à la fois pour avoir manqué aux conditions de leur mise en liberté et pour avoir été trouvés coupables d'une nouvelle infraction. Sauf indication contraire, les analyses décrites ci-après portent sur le taux de réincarcération global.

Gravité des problèmes de toxicomanie. Nous disposions des évaluations de la gravité des problèmes de toxicomanie (c,à-d. alcool, drogue ou drogue et alcool) pour 259 des 287 délinquants (90,2%) qui ont achevé le programme et été mis en liberté. La répartition était la suivante: 3,4%, aucun problème de toxicomanie; 16,%, problèmes légers; 19,7%, problèmes modérés; 40,5% problèmes importants et 20,1%, problèmes graves. On peut voir au graphique 2 que le taux de réincarcération augmente de façon marquée selon la gravité des problèmes de toxicomanie des délinquants. Ainsi, les délinquants classés dans les catégories aucun problème, problèmes légers et problèmes modérés ont été réincarcérés à des taux variant entre 21% et 23,5%. Par contre, 37,1% et 44,2% respectivement des délinquants ayant des problèmes importants et des problèmes graves de toxicomanie ont été réincarcérés. Ces différences étaient statistiquement significatives (phi = 0, 19; p<0,05).

Niveaux de risque et de besoins. Ces niveaux ont été déterminés au moment de la mise en liberté à l'aide de l'Échelle d'évaluation du risque et des besoins dans la collectivité (Motiuk et Porporino, 1989). Nous disposions d'une mesure du risque et des besoins pour 251 (87,5%) des 287 délinquants mis en liberté : 38,2% des délinquants qui ont été mis en liberté étaient considérés comme présentant un faible risque et 61,8%, comme présentant un risque élevé de récidive. En ce qui concerne les besoins, près de 49% des délinquants étaient classés dans la catégorie des besoins faibles à moyens, tandis que 51,4% présentaient un niveau élevé de besoins.

Le taux de réincarcération différait sensiblement en fonction du niveau de risque (phi = 0,28, p<0,0001). Alors que seulement 14% des délinquants à faible risque ont été réincarcérés, 39,4% des délinquants à risque élevé l'ont été. De même, le taux de réincarcération des délinquants ayant de grands besoins, soit 41,1%, était sensiblement plus élevé que celui des délinquants à besoins faibles et moyens, soit 17,2% (phi = 0,26; p<0,000 1).

Graphique 2

Taux de réincarcération selon les degrés de gravité de la toxicomanie

Graphique 2

Type de mise en liberté. Les délinquants ayant obtenu la semi-liberté ou la libération conditionnelle totale ont été groupés dans une seule catégorie dite «mise en liberté sous condition», Le taux de réincarcération de ce groupe a ensuite été comparé à celui des délinquants qui ont été mis en liberté à la date de leur libération d'office. Les résultats ont révélé que les premiers avaient un taux de réincarcération (28,8%) inférieur à celui du deuxième groupe (41,4%). Il importe de signaler que, bien que la différence quant au taux de réincarcération entre les deux groupes distingués selon le type de mise en liberté paraisse importante, elle n'est pas statistiquement significative (p = 0,07).

Type d'infraction. Nous avons également classé les délinquants mis en liberté selon qu'ils avaient été condamnés pour avoir commis des infractions avec violence (34,1%), des infractions sans violence (30,0%) ou des infractions relatives à l'alcool et aux drogues (35,9%). Nous avons constaté des différences significatives quant au taux de réincarcération selon le type d'infraction (phi = 0,21; p<0,0001). En effet, le taux de réincarcération des délinquants qui avaient été incarcérés pour avoir commis une infraction avec violence était de 35,7%, contre 41,9% chez ceux ayant commis un crime sans violence. Seulement 18,5% des délinquants qui avaient été incarcérés pour avoir commis une infraction relative à l'alcool et aux drogues ont été réincarcérés.

Taille du groupe. La question de la taille optimale du groupe et de son incidence éventuelle sur le rendement des participants est l'une de celles qui se posent le plus souvent lorsqu'on offre des programmes en établissement aux délinquants. Les vues divergent beaucoup à cet égard. Ainsi, les administrateurs d'établissement et les agents de gestion des cas qui s'occupent de nombres considérables de délinquants ayant besoin de programmes d'intervention soulignent l'importance d'avoir des groupes nombreux, c'est-à-dire composés de 15 à 20 participants. Par contre, les spécialistes de la psychothérapie de groupe recommandent fortement de ne pas dépasser 8 à 10 participants afin de maximiser les gains découlant du traitement (voir Yalom, 1985). C'est pourquoi les animateurs de programmes qui reçoivent leur formation au SCC sont invités à ne pas inclure plus de 10 délinquants dans un groupe.

Nous avons trouvé une seule étude appuyant l'argument selon lequel les résultats obtenus sont supérieurs lorsque le programme est donné en petits groupes (voir McCaughrin et Price, 1992). Nous avons toutefois pu utiliser les données obtenues dans cette étude pour examiner l'incidence éventuelle de la taille du groupe sur les résultats constatés après la mise en liberté. Pour cette étude, le PPT a été offert à 20 groupes consécutifs composés de 9 à 20 délinquants. Quatre catégories de groupes ont été créées :

  • groupes comprenant en moyenne 12 participants (gamme = de 9 à 14);
  • groupes comprenant en moyenne 16 participants (gamme = de 15 à 17);
  • groupes comprenant 18 participants;
  • groupes comprenant en moyenne 20 participants (gamme = 19 et 20).

Nous avons ensuite examiné les taux de réincarcération pour chacune des catégories. Le graphique 3 révèle que le taux de réincarcération augmentait en fonction de la taille moyenne du groupe. En effet, les groupes comptant en moyenne 18 et 20 délinquants avaient des taux de réincarcération de 34% et 33% respectivement, alors que le taux de réincarcération des délinquants des groupes comptant en moyenne 12 participants était de 27%. Ces différences ne sont pas statistiquement significatives (p = 0,79), mais les résultats révèlent une tendance à l'accroissement du taux de réincarcération en fonction de l'augmentation de la taille du groupe. Ces constatations semblent indiquer que tout accroissement du nombre de participants dans un groupe compromettra les chances de réussite des délinquants après leur mise en liberté. Nous espérons que les résultats de la mise en oeuvre nationale du PPT fourniront des preuves confirmant l'incidence de la taille du groupe sur le rendement dans le programme et sur le comportement des délinquants après leur mise en liberté.

Limitations en ce qui concerne l'interprétation des données relatives à la réincarcération. Les résultats examinés dans les sections précédentes montrent qu'il y avait des différences appréciables quant au taux de réincarcération selon la gravité du problème de toxicomanie des délinquants, le niveau de risque et de besoins, et le type d'infraction. Il en ressort que certaines caractéristiques des délinquants, n'ayant rien à voir avec la participation au programme, ont influé sur les résultats postlibératoires. Malheureusement, nous ne pouvons pas en tirer de conclusions définitives au sujet de l'incidence de ces caractéristiques par rapport à la participation des délinquants au programme, étant donné que le plan de recherche n'incluait pas l'utilisation d'un groupe témoin (c.à-d. un groupe de délinquants présentant des caractéristiques semblables mais n'ayant pas participé à un programme de traitement de la toxicomanie). Des données empiriques sur le taux de réincarcération des membres d'un groupe témoin nous auraient par exemple permis de faire des comparaisons directes avec le taux de réincarcération des délinquants ayant participé au programme. Toute différence quant au taux de réincarcération entre le groupe expérimental et le groupe témoin aurait pu être attribuée à la participation au PTT. Néanmoins, nous croyons avoir obtenu une information importante en examinant l'incidence de variables critiques comme la gravité du problème de toxicomanie, le niveau de risque et de besoins et le type d'infraction sur le taux de réincarcération des délinquants qui ont achevé le programme.

Graphique 3

Taux de réincarcération selon la taille moyenne des groupes

Graphique 3

Relation entre le rendement dans le programme et la réussite postlibératoire

Il est très probable que certains délinquants ont un meilleur rendement lorsqu'ils participent à des programmes correctionnels et qu'ils en tirent davantage profit que d'autres, L'amélioration constatée après la participation à un programme par rapport à la période préalable est donc un moyen important de déterminer les délinquants pour lesquels le programme a eu des effets salutaires. Toutefois, il est encore plus important de démontrer que le rendement d'un délinquant au cours du traitement permet de prévoir son comportement après l'achèvement du programme et après sa mise en liberté.

Nous avons effectué une série d'analyses pour tenter de démontrer l'existence d'une relation directe entre le rendement des délinquants dans le programme, révélé par une amélioration des scores entre les tests préalables et les tests postérieurs à la participation, et leur rendement après la mise en liberté (durant la période de suivi). Pour cela, nous avons examiné séparément chacun des huit instruments constituant la batterie de tests administrés avant et après le programme pour tenter de déterminer si ceux-ci permettaient de prévoir une amélioration du rendement entre la période préalable et la période postérieure au programme. Toutefois, comme nous voulions en définitive établir une relation entre le rendement constaté avant et après le programme et le rendement après la mise en liberté, il nous a fallu procéder différemment pour examiner le rendement dans le programme d'une manière plus précise en ne nous contentant pas d'observer le changement survenu entre la période antérieure et la période postérieure au programme. Dans les paragraphes suivants, nous expliquons et justifions la méthode que nous avons employée pour examiner cette relation.

Tout d'abord, nous avons transformé les scores bruts des délinquants en «scores en Z» normalisés. Étant donné que les tests différaient quant au nombre total de questions et au domaine visé, il a fallu les normaliser à l'aide d'une unité commune. Cette façon de procéder ne change en rien les scores mais elle permet de comparer les scores qu'ont produits les différents tests.

Nous avons ensuite créé des indices de rendement à trois niveaux pour chacun des tests en nous basant sur la répartition ou le continuum des scores de changement brut normalisés. Ainsi, les délinquants ayant obtenu des résultats médiocres pour un test donné auraient des scores de changement brut peu élevés, situés au bas de la répartition. Inversement, les délinquants ayant obtenu un bon résultat auraient des scores de changement brut situés en haut de la répartition. Les scores de changement brut normalisés pour chaque test ont été groupés de la même manière de sorte que ceux qui forment les derniers 30% de chaque répartition correspondent à un rendement inférieur à la moyenne, ceux qui sont situés dans la tranche intermédiaire de 40% de chaque répartition, à un rendement moyen et ceux qui sont situés dans les 30% supérieurs de chaque répartition, à un rendement supérieur à la moyenne.

Nous avons ensuite examiné la relation entre le rendement dans le programme et les résultats après la mise en liberté en comparant le taux de réincarcération selon les trois catégories de rendement (c'est-à-dire, rendement inférieur à la moyenne, moyen ou supérieur à la moyenne) pour chacun des huit tests. On peut voir au tableau 4 le résultat de ces analyses. L'instrument Conséquences de la consommation de drogue était le seul pour lequel l'amélioration des résultats selon les trois catégories de rendement était associée à une baisse significative du taux de réincarcération. Toutefois, pour quatre autres tests, nous avons pu constater des tendances prometteuses. En effet, bien que les résultats n'aient pas été statistiquement significatifs, nous avons constaté des tendances importantes pour les questionnaires Conséquences de la consommation d'alcool, Quelle importance ont l'alcool et la drogue?, Communication au sujet de l'alcoolisme et Boire de manière responsable. Ainsi, nous avons constaté des taux de réincarcération inférieurs pour les délinquants dont le rendement était moyen ou supérieur à la moyenne pour ce qui est des scores à ces tests avant et après le programme.

Bien que nous ayons constaté une baisse significative du taux de réincarcération pour un seul des tests administrés avant et après le programme, nous avons posé comme hypothèse qu'une combinaison des résultats obtenus aux différents tests était peut-être un meilleur indicateur du rendement global dans le programme. Nous nous attendions également à ce qu'une telle combinaison révèle une relation plus solide avec les résultats postlibératoires.

Pour chacun des cinq tests, nous avons attribué un score de -1 à un rendement inférieur à la moyenne, un score de 0 à un rendement moyen et un score de 1 à un rendement supérieur à la moyenne. Puis nous avons totalisé ces scores pour produire un score de rendement net pour chaque délinquant. Ainsi, si un délinquant avait un rendement supérieur à la moyenne pour deux tests (score 1 x 2 = 2), un rendement moyen pour deux autres tests (score de 0) et un rendement inférieur à la moyenne pour le cinquième test (score de -1), son score de rendement net était de 1 (c.à-d., 2+0-1 = 1). Nous avons ensuite comparé la répartition des scores de rendement net au taux de réincarcération global afin de déterminer la solidité et l'importance de la relation.

Nous avons employé une procédure itérative pour maximiser la solidité de la relation entre le score de rendement et le taux de réincarcération. Autrement dit, nous avons systématiquement ajouté ou enlevé chaque test afin de mettre en évidence la relation la plus solide entre le rendement et le taux de réincarcération. Cette façon de procéder a abouti à un indice de rendement final composé des quatre tests suivants: Conséquences de la consommation de drogue, Conséquences de la consommation d'alcool, Importance de l'alcool et de la drogue et Boire de manière responsable. L'échelle Communication au sujet de l'alcoolisme a été éliminée puisque son ajout affaiblissait la relation entre l'indice de rendement et le taux de réincarcération.

Tableau 4

Relation entre le rendement d'après les scores obtenus avant et après le programme et le taux de réincarcération

  Tests Rendement inférieur
à la moyenne (%)
Rendement
moyene (%)
Rendement supérieur
àla moyenne (%)
Signif.
 
Conséquences de la
consommation d’alcool
30,5
33,3
26,5
ns
Conséquences de la
consommation de drogue
38,9
30,3
17,8
p < ,05
Importance de l’alcool
et de la drogue
31,1
31,7
27,6
ns
Communication au sujet
de l’alcoolisme
32,9
29,7
29,1
ns
Consommation d’alcool et
affirmation de soi
28,6
31,8
30,2
ns
Boire de manière responable
39,1
29,1
23,1
ns
Prise de décisions
26,8
25,9
38,8
ns
Questionnaire sur l’emploi
29,4
27,2
38,3
ns
Remarque : ns = non significatif

Nous avons appliqué cette méthode aux mesures initiales et après la procédure d'élimination afin de maximiser la valeur des coefficients. Nous nous attendions à ce que ce dernier ensemble de mesures révèle la relation la plus solide avec les résultats postlibératoires étant donné la cohérence accrue des réponses. Nous avons toutefois constaté une relation plus solide entre l'indice de rendement initial comprenant les questions originales et le taux de réincarcération. Un examen plus approfondi a révélé que les questions qui réduisaient la valeur des coefficients de chaque mesure étaient aussi indispensables pour différencier le rendement au moyen des instruments administrés avant et après le programme.

Les scores, pour l'indice de rendement final, pouvaient varier entre -4 (c.-à-d. rendement inférieur à la moyenne pour les quatre tests) et 4 (c.-à-d. rendement supérieur à la moyenne pour les quatre tests). On constate au graphique 4 que 3,5% (8 sur 226) de l'échantillon ont obtenu un score de -3; 11,1% (25 sur 226), un score de -2; 23% (52 sur 226), un score de -1; 28,8% (65 sur 226), un score de 0; 21,7%(49 sur 226), un score de 1; 9,3%(21 sur 226), un score de 2 et 2,7%(6 sur 226), un score de 3. Aucun des délinquants n'a obtenu un score supérieur ou inférieur à la moyenne pour les quatre tests (c.-à-d. des scores de 4 ou de -4). De plus, étant donné le petit nombre de délinquants qui ont obtenu des scores de 3 ou de -3, nous avons inclus ces cas dans les groupes de délinquants ayant obtenu des scores de 2 et de -2 respectivement, pour ainsi créer un indice de rendement à cinq niveaux comportant des scores allant de -2 à 2.

Nous avons ensuite tenté de prévoir le taux de réincarcération en fonction des scores obtenus par les délinquants d'après l'indice à cinq niveaux. Comme le révèlent les graphiques 5 et 6, il n'y avait pas de relation entre ces scores et le taux de réincarcération pour manquement aux conditions de la mise en liberté (p = 0,49), mais les scores permettaient de prévoir la réincarcération pour infractions nouvelles (p<0,05) ainsi que le taux global de réincarcération (manquement aux conditions de la mise en liberté et infractions nouvelles- p<0,05). Nous avons ainsi constaté que le taux de réincarcération global des délinquants ayant obtenu une cote de 2 ou plus à l'indice de rendement était de seulement 11% (3 sur 27), alors que les délinquants qui ont obtenu un score de 0 avaient un taux de réincarcération de 28% (18 sur 65) et les délinquants ayant obtenu un score de -2 ou moins, un taux de réincarcération de 46% (15 sur 33).

Analyse de la «survie» des délinquants après la mise en liberté. Nous avons examiné les taux «de survie» des délinquants après leur mise en liberté en fonction des scores qu'ils ont obtenus à l'indice de rendement. L'analyse de survie est une technique statistique perfectionnée qui, dans le présent contexte, a permis de suivre les délinquants après leur mise en liberté et de déterminer leur taux de réussite au cours de la période de suivi. Le graphique 7 révèle que le taux de survie était sensiblement plus élevé pour les délinquants qui avaient eu un bon rendement dans le programme (c.à-d. des scores de 2 ou plus à l'indice de rendement). Pour les autres groupes, aucune différence perceptible ne s'est manifestée durant les sept à huit mois suivant la mise en liberté. Toutefois, après environ huit mois, les délinquants dont le rendement d'après l'indice de rendement était le plus faible avaient le taux de survie le plus bas (c.à-d. que leur taux de réincarcération était plus élevé que celui de tous les autres groupes; voir le graphique 7). Ces différences étaient statistiquement significatives (p < 0,05).

Taux de réincarnation des délinquants à risque élevé ayant de sérieux problèmes de toxicomanie. Nous n'avons malheureusement pas pu, à cause de la taille réduite de l'échantillon, examiner les interactions possibles entre la gravité du problème de toxicomanie, le risque criminel et le rendement dans le programme. Nous avons toutefois pu mener des analyses additionnelles sur trois sous-groupes de délinquants qui manifestaient des problèmes de toxicomanie de modérés à graves (c.à-d. des délinquants qui avaient de sérieux problèmes), qui présentaient un Risque de récidive élevé, ou qui avaient un sérieux problème de toxicomanie et présentaient aussi un risque élevé. Les résultats sont présentés aux graphiques 8 et 9.

Le taux de réincarcération des délinquants ayant de sérieux problèmes de toxicomanie et dont le rendement dans le programme était inférieur à la moyenne était plus élevé (54,2%; 13 sur 24) que celui des délinquants qui ont eu un rendement moyen (37,8 %; 17 sur 45) ou supérieur à la moyenne (15,0 %; 3 sur 20). Les délinquants à risque élevé dont l'amélioration était inférieure à la moyenne ont été réincarcérés dans une plus forte proportion (52,6 %; 10 sur 19) que ceux dont l'amélioration était moyenne (43,8%; 14 sur 32) ou supérieure à la moyenne (11,8%; 2 sur 17). Ces différences nous apparaissent importantes, mais elles ne sont pas statistiquement significatives (ps = 0,09 - 0,11).

Enfin, nous avons analysé un échantillon composé de 90 délinquants qui avaient de sérieux problèmes de toxicomanie et dont le risque de récidive avait également été jugé élevé. Le taux de réincarcération de ceux dont le rendement était inférieur à la moyenne atteignait 64,3%(9 sur 14), contre 52%(13 sur 25) chez les délinquants au rendement moyen et de 18,2%(2 sur 11) chez les délinquants au rendement supérieur à la moyenne.

Graphique 4

Répartition des scores à l'indice de rendement

Graphique 4

Graphique 5

Réincarcération pour manquement aux conditions selon les scores à l'indice de rendement

Graphique 5a

Réincarcération pour une nouvelle infraction selon les scores à l'indice de rendement Graphique 5b

Graphique 6

Taux de réincarcération selon les scores à l'indice de rendement

Graphique 6

Graphique 7

Taux de survie

Graphique 7

Graphique 8

Taux de réincarcération selon les scores à l'indice de rendement -Délinquants ayant un problème de modéré à grave

Graphique 8a

Taux de réincarcération selon les scores à l'indice de rendement - Délinquants à risque élevé

Graphique 8b

Graphique 9

Taux de réincarcération selon les scores à l'indice de rendement - Délinquants à risque élevé ayant un problème de modéré à grave

Graphique 9

Caractéristiques des délinquants et scores à l'indice de rendement. Les résultats présentés jusqu'à maintenant ont uniformément montré que les délinquants dont le rendement était supérieur à la moyenne, d'après leurs scores positifs à l'indice de rendement, avaient des taux de réincarcération inférieurs. Nous voulions savoir si ces délinquants présentaient des caractéristiques particulières qui avaient une incidence sur leur réussite après la mise en liberté. Autrement dit, si tous les délinquants ayant un rendement supérieur à la moyenne présentaient un faible risque de récidive au moment de leur mise en liberté, on ne saurait pas à quel facteur attribuer leur faible taux de réincarcération, c'est-à-dire à leur rendement, d'après les mesures prises avant et après le programme, ou au fait que leur risque de récidive avait été jugé faible,

Pour explorer cet aspect, nous avons comparé les scores obtenus par les délinquants à l'indice de rendement à d'autres facteurs qui sembleraient avoir une incidence sur le taux de réincarcération, soit la gravité des problèmes de toxicomanie, les niveaux de risque et de besoins, le régime de mise en liberté et le type d'infractions. Le tableau 5 révèle l'absence de différences significatives sur ces plans. Les résultats semblent donc indiquer que, comparativement aux délinquants qui ont obtenu un rendement moyen ou inférieur à la moyenne dans le PPT, ceux qui ont obtenu un rendement supérieur à la moyenne présentaient des caractéristiques similaires permettant de prévoir le risque de récidive.

La toxicomanie chez les délinquants réincarcérés. Nous disposions des dossiers de la CNLC pour les 90 délinquants réincarcérés. Nous avons constaté que 93,3% (84 sur 90) d'entre eux se sont vu imposer une condition spéciale par la Commission, à savoir de s'abstenir de consommer des substances intoxicantes. Nous avons toutefois noté que trois des six délinquants qui ne se sont pas vu imposer cette condition avaient de sérieux problèmes de toxicomanie. En outre, 71,1% (64 sur 90) des délinquants réincarcérés devaient participer à un programme quelconque de traitement de la toxicomanie après leur mise en liberté.

Nous avons examiné le rôle joué par les substances intoxicantes (consommation d'alcool ou de drogues ou trafic de drogues) chez les délinquants auxquels la CNLC avait interdit de consommer ces substances. Les résultats ont révélé que la plupart des délinquants réincarcérés (76,2 %, 64 sur 84) étaient revenus à l'alcool ou aux drogues. Plus précisément, 71,4% (60 sur 84) ont consommé de l'alcool ou des drogues après leur mise en liberté tandis que seulement 4,8%(4 sur 84) se sont livrés au trafic de drogues.

Tableau 5

Relation entre les caractéristiques des délinquants et les scores à l'indice de rendement

 
Scores à l’indice de rendement
 
 
-2
-1
0
1
2
Niveau de
signification
 
Gravité du probléme de toxicomanie          
ns
Aucun - Léger
Modéré - Grave
17,2
82,8
21,7
78,3
25,0
75,0
23,4
76,6
20,0
80,0
 
Niveau de risque au moment de la mise au liberté          
ns
Faible
Élevé
34,5
65,5
38,6
61,4
46,7
53,3
38,6
61,4
34,6
65,4
 
Besoins au moment de la mise en liberté          
ns
Faibles ou modérés
Élevés
37,9
62,1
61,4
38,6
53,3
46,7
43,2
56,8
50,0
50,0
 
Régime de mise en liberté          
ns
Semi-liberté/Libération conditionnelle totale
Liberté surveillée
75,8
24,2
80,8
19,2
80,0
20,0
81,6
18,4
74,1
25,9
 
Type d’infraction          
ns
Avec viiolence
Sans violence
Relatives aux drogues
ou à l’alcool
48,5
24,2
27,3
23,1
30,8
46,1
32,3
36,9
30,8
51,0
20,4
28,6
37,1
22,2
40,7
 
Remarque : ns = non significatif

Nous avons ensuite comparé l'usage de substances intoxicantes par les délinquants à la gravité de leur problème de toxicomanie. Nous disposions des cotes de gravité pour tous les délinquants auxquels on avait interdit d'utiliser des substances intoxicantes sauf quatre. L'analyse a révélé que 77,5% (55 sur 7 1) des délinquants ayant des problèmes de modérés à graves ont à nouveau utilisé l'alcool ou les drogues, Par contre, seulement 44,4%(4 sur 9) des délinquants ayant de faibles problèmes ont à nouveau utilisé ces substances (p<0,05).

Puis nous avons examiné la participation des délinquants à un programme de traitement de la toxicomanie imposé comme condition de la mise en liberté par rapport à la gravité du problème de toxicomanie. Nous ne disposions pas des cotes de gravité de cinq délinquants. Les résultats ont révélé que la proportion des délinquants ayant des problèmes de modérés à graves qui ont été obligés par la CNLC à participer à un programme de traitement était plus élevée (74,3 %, 55 sur 74) que celle des délinquants (63,6%(7 sur 11) ayant de légers problèmes. Mais, ces différences ne sont pas significatives.

Seulement 37,5% (24 sur 64) des délinquants que la CNLC a obligé à participer à un programme ont effectivement achevé celui-ci. Il est intéressant de noter que, parmi les 8 délinquants qui n'étaient pas tenus de participer à un programme de traitement mais qui l'ont fait, 75% (6 sur 8) ont achevé le programme. Nous n'avons pas vérifié la signification statistique des résultats étant donné la taille réduite de ce groupe.

ANALYSE

Avant d'analyser les résultats, il importe de signaler que l'étude n'était pas basée sur un plan expérimental véritable supposant une répartition au hasard des délinquants entre un groupe expérimental et un groupe témoin. Il faut par conséquent tempérer les constatations en rappelant que le changement observé au moyen des tests préalables et postérieurs au programme peut avoir été attribuable à la répétition des tests plutôt qu'à la participation au programme. Mais à notre avis, cela est peu probable étant donné la relation que nous avons constatée entre l'amélioration qui s'est produite entre la période préalable et la période postérieure au programme et les résultats postlibératoires. Une autre étude du PPT basée sur un véritable plan expérimental a été entamée, elle permettra d'explorer en profondeur la relation entre les résultats obtenus avant et après le programme et la réussite postlibératoire.

Il y a aussi lieu de signaler que 71 délinquants n'ont pas rempli tous les questionnaires faisant partie des tests administrés avant et après le programme. Bien que nous n'ayons pas constaté de biais systématique dans cet échantillon, le fait est que les constatations au sujet des résultats préalables et postérieurs au programme et les résultats selon l'indice de rendement sont basés sur 78% de l'échantillon qui ont achevé le programme. Les résultats auraient peut-être été différents si tous les 317 délinquants de l'échantillon avaient répondu à tous les questionnaires.

Cela dit, les résultats de cette étude viennent confirmer les recherches qui, en nombre croissant, démontrent l'efficacité, dans le cas des délinquants, des programmes de traitement de la toxicomanie axés sur le comportement et les aptitudes cognitives. Un examen des changements survenus entre la période préalable et la période postérieure au programme semble indiquer qu'un traitement de ce genre favorise l'acquisition des compétences et des aptitudes cognitives nécessaires pour réduire la réincarcération et combattre la consommation d'alcool et de drogues. Nous avons constaté des différences statistiquement significatives pour tous les tests préalables et postérieures au programme sauf une, ce qui semble indiquer que les délinquants se sont généralement améliorés sur tous les plans (compétences et aptitudes cognitives) visés par ces tests.

Nous avons examiné le rendement des délinquants après leur mise en liberté par rapport à un certain nombre de facteurs pour lesquels on constate une relation significative avec la réussite globale après la mise en liberté. Les résultats nous ont appris que, même si tous les délinquants avaient achevé le PPT, des facteurs comme la gravité des problèmes de toxicomanie, le risque de récidive, le niveau de besoins et le fait que l'infraction à l'origine de l'incarcération était sans violence ou relative aux drogues ou à l'alcool étaient liés au taux de réincarcération. Autrement dit, même si l'échantillon de délinquants a achevé le programme, un certain nombre de facteurs individuels, non liés au rendement dans le programme, ont exercé une influence déterminante sur la probabilité de réussite ou d'échec des délinquants après leur mise en liberté.

Nous avons déterminé le rendement des délinquants dans le programme (à l'aide de l'indice de rendement) en nous basant sur quatre tests précis (Conséquences de la consommation d'alcool, Conséquences de la consommation de drogue, Quelle importance ont l'alcool et la drogue? et Boire de manière responsable). Trois de ces tests visaient les connaissances ou compétences liées à l'usage d'alcool tandis qu'un seul était axé sur les connaissances liées à l'usage de drogue. Aucun des trois tests qui, ensemble, servaient à mesurer les compétences, les connaissances ou les habiletés relatives à l'usage de drogue et d'alcool ne permettait à lui seul de déterminer le taux de réincarcération.

La répartition résultante des mesures relatives à l'alcool et aux drogues peut être attribuable à un certain nombre de facteurs, à savoir que le programme ait été axé sur les compétences et connaissances liées à la consommation d'alcool plutôt qu'à l'usage de drogues, qu'il est peut-être plus facile pour les délinquants d'assimiler dans leur répertoire comportemental les compétences liées à l'usage de l'alcool sur lesquelles porte le PPT que les compétences liées à l'usage de drogues- ou que des échelles unidimensionnelles (mesurant l'usage uniquement de l'alcool ou des drogues) soient plus utiles pour détecter des changements liés aux résultats que des échelles multidimensionnelles (échelles qui mesurent l'usage tant des drogues que de l'alcool). Enfin, nous aurions peut-être obtenu des résultats semblables à ceux des trois instruments axés sur l'usage de l'alcool si nous avions utilisé plus de mesures axées uniquement sur l'usage de drogues.

La constatation la plus encourageante de cette étude a été que le rendement des délinquants dans le programme, mesuré au moyen de l'indice de rendement, permettait de prévoir la réussite après la mise en liberté. Ainsi, les délinquants dont le rendement a été jugé supérieur à la moyenne ont eu un taux de réincarcération sensiblement plus bas que ceux dont le rendement était moyen ou inférieur à la moyenne. Nous avons également constaté une relation entre le taux de «survie» des délinquants dans la collectivité et leur rendement dans le programme. Ces résultats révèlent que le simple achèvement d'un programme en établissement est un bon moyen de déterminer si un délinquant a tiré profit de l'intervention, et qu'il est possible de créer des indices plus précis pour déterminer les délinquants qui tirent parti d'un traitement. L'amélioration doit être appréciable pour qu'on puisse s'attendre à une baisse significative du taux de réincarcération.

La réussite après la mise en liberté en tant que fonction du rendement dans le programme différait également selon certains sous-groupes de délinquants. Ainsi, ceux dont les problèmes de toxicomanie avaient été jugés sérieux (de modérés à graves) et dont le rendement mesuré après le programme était supérieur à la moyenne ont affiché un taux de réincarcération plus faible que ceux dont le rendement était moyen ou inférieur à la moyenne. Ce résultat est encourageant, étant donné que le PPT a été élaboré pour répondre aux besoins des délinquants manifestant des problèmes relativement sérieux d'alcool et de drogue. De plus, les résultats soulignent l'importance de recourir à un traitement différentiel pour répondre aux besoins des délinquants, d'assurer la correspondance entre les caractéristiques d'un délinquant et certaines formes précises d'intervention (Andrews, Bonta et Hoge, 1990 - Andrews, Zinger, Hoge, Bonta, Gendreau et Cullen, 1990, Annis, 1990; Gendreau et Goggin, 1991, Lightfoot et Hodgins, 1993) et de recourir à des interventions plus intensives pour les délinquants dont le risque et les besoins sont plus élevés (Andrews et coll., 1990).

Nous avons constaté que l'amélioration mesurée à l'aide des tests administrés avant et après le programme n'avait aucun rapport avec les autres facteurs liés à la récidive. Cela voudrait dire que le rendement dans le programme pourrait être un moyen nouveau et dynamique de prévoir la réussite après la mise en liberté. Les recherches futures devront être axées sur les caractéristiques des délinquants qui ont un bon rendement d'après les tests préalables et postérieurs au programme. Elles feront peut-être ressortir d'autres facteurs pertinents (comme le niveau d'alphabétisation ou les difficultés d'apprentissage) qui entravent le rendement et qui augmentent par conséquent le risque d'échec après la mise en liberté.

Nous avons constaté que l'usage de l'alcool ou des drogues après la mise en liberté était sensiblement plus élevé parmi les délinquants réincarcérés dont les problèmes étaient plus sérieux, Cela confirme des résultats antérieurs (U.S. Bureau of Justice Statistics, 1983; Weekes et coll., 1993) qui ont établi que l'aggravation de la toxicomanie créait des problèmes pour les délinquants (elle entraînait la réincarcération dans le cas de cet échantillon). En outre, la gravité des problèmes de toxicomanie manifestés par les délinquants réincarcérés variait selon qu'ils avaient été tenus de participer à un programme de traitement dans la collectivité. La différence n'était pas statistiquement significative, mais les résultats semblaient indiquer que les délinquants dont les problèmes d'alcool et de drogue étaient plus sérieux étaient plus susceptibles d'être tenus de participer à des programmes après leur mise en liberté que les délinquants dont les problèmes étaient moins prononcés.

Ainsi, cette étude fournit des preuves que le rendement des délinquants dans un programme de traitement de la toxicomanie axé sur le comportement et les aptitudes cognitives est un facteur déterminant dans la baisse de la récidive. De plus, les résultats montrent que des caractéristiques importantes des délinquants, comme la gravité du problème de toxicomanie, le risque de récidive, le niveau de besoins et le type d'infraction, continuent à avoir une incidence importante sur le comportement postlibératoire, même si les délinquants avaient achevé un programme de traitement. Il faudra, dans des recherches futures, réexaminer et préciser la relation entre le rendement des délinquants dans un programme de traitement, le taux de réincarcération et un problème de toxicomanie subséquent.

BIBLIOGRAPHIE

Andrews, D.A., Bonta, J. et Hoge, R.D. Classification for effective réhabilitation: Rediscovering psychology, Criminal Justice and Behavior, vol. 17, 1990, p. 19-52.

Andrews, D.A., Zinger, I., Hoge, R.D,, Bonta, J., Gendreau, P. et Cullen, F.T. Does correctional treatment work? A clinically relevant and psychologically informed meta-analysis, Criminology, vol. 28, 1990, p, 369-404.

Anglin, M.D. et Speckart, G. Narcotics use and crime: A multisample, multimethod analysis, Criminology, vol. 26, n°2, 1988, p. 197-233.

Annis, H. M. Le traitement efficace des problèmes reliés à la drogue et à l'alcool: L'état de nos connaissances, Forum - Recherche sur l'actualité correctioinnelle, vol. 2, n° 4, 1990, p. 18-23.

Ball, J.C., Shaffer, J.W. et Nurco, D.N. The day-to-day criminality of heroin addicts in Baltimore: A study in the continuity of offense rates, Drug and Alcohol Dependence, vol. 12, 1983, p. 119-142.

Bandura, A. Social foundations of thought and action: A social cognitive theory. Englewood Cliffs, NJ, Prentice Hall, 1986.

Brochu, S. et Forget, C. Survey of literature on substance abuse intervention for inmates, Service correctionnel du Canada, 1990.

Cannell, M.B. et Favazza, A.R. Screening for drug abuse among college students: Modifications of the Michigan Alcoholism Screening Test, Journal of Drug Education, vol. 8, 1978, p. 119-123.

Collins, J.J. The relationship of problem drinking to individual offending sequences. In: Blumstein, A., Cohen, J., Roth, J. et Visher, J.A. (dir.), Criminal careers and career criminals, Washington, D.C., National Academy Press, 1986, p. 89-120.

Collins, J.J. et Schlenger, W. Acute and chronic effects of alcohol use on violence, Journal of Studies on Alcohol, vol. 46, 1988, p. 161-171.

Fabiano, E. Élaboration d'un modèle pour la prestation d'un traitement en toxicomanie, Ottawa, Service correctionnel du Canada, 1993.

Fogg, V. Implementation of a cognitive skills development program, Perspectives, 1992, p. 24-26.

Gendreau, P. et Goggin, C. Évaluation des programmes de lutte contre la toxicomanie du Service correctionnel dit Canada, Direction générale de la recherche et des statistiques, Service correctionnel du Canada, 1991.

Goldstein, P.J. Drugs and violent crime, In: Weiner, N.A. et Wolfgang, M.E. (dir.), Pathways to criminal violence, Newbury Park, CA, Sage Publications, 1989, p. 16-48.

Gunn, W. J., Orenstein, D., Iverson, D.C. et Mullen, P. D. An evaluation handbook for health education programs in alcohol and substance abuse, Atlanta, GA, Centers for Disease Control, 1983.

Hodgins, D.C. et Lightfoot, L.O. Types of male alcohol- and drug-abusing incarcerated offenders, British Journal of Addiction, vol, 83, 1988, p. 1201-1213.

Husband, S.D. et Platt, J.J. The cognitive skills compontent in substance abuse treatment in correctional settings: A brief review, Journal of Drug Issues, vol. 23, 1993, p. 31-42.

Lightfoot, L.O. The offender substance abuse pre-release program: An empirically-based model of treatment for offenders. In: Baer, J.S., Marlatt, G.A. et McMahon, R.J.M. (dir.), Addictive behaviors across the lifespan: Prevention, treatment and policy, Newbury Park, CA, Sage Publications, 1993.

Lightfoot, L.O. et Hodgins, D. A survey of alcohol and drug problems in incarcerated offenders, The International Journal of the Addictions, vol. 23, n° 7, 1988, p. 687-706.

Lightfoot, L.O. et Hodgins, D. Characteristics of substance abusing offenders: Implications for treatment programming, International Journal of Offender therapy and Comparative Criminology, vol. 37, 1993, p. 239-250.

McCaughrin, W.C. et Price, R.P. Effective outpatient drug treatment organisations Program features and selection effects, The International Journal of the Addictions, vol. 27, n° 11, 1992, p. 1335-1358.

Motiuk, L. L. et Porporino, F. J. Essai pratique de l'échelle d'évaluation du risque et des besoins dans la collectivité - Étude des libérés sous condition, Direction générale de la recherche et des statistiques, Service correctionnel du Canada, 1989.

Robinson, D., Fabiano, E., Porporino, F., Millson, B. et Graves, G. A Guide to the Use of the Computerized Lifestyle Assessment Instrument for Substance Abuse, Direction générale de la recherche et des statistiques et Direction générale des programmes correctionnels, Ottawa, Gilmore Reproductions, 1992.

Robinson, D., Porporino, F. et Millson, B. Profils de consommation de drogues et d'alcool chez les détenus sous responsabilité fédérale : Évaluation faite à l'aide du Questionnaire informatisé sur le mode de vie, Direction générale de la recherche et des statistiques, Service correctionnel du Canada, 1991.

Skinner, H.A. Drug abuse screening test, Addictive Behaviors, vol. 7, 1982, p. 363-371.

Skinner, H.A. et Allen, B.A. Alcohol dependence syndrome: Measurement and validation, Journal of Abnormal Psychology, vol. 91, 1982, p. 199-209.

United States Bureau of Justice. (1983a). Prisoners and alcohol. Bureau of Justice Statistics Bulletin, Washington, DC, United States Bureau of Justice.

United States Bureau of Justice. (1983b). Prisoners and drugs. Bureau of Justice Statistics Bulletin, Washington, DC, United States Bureau of Justice.

Vanderburg, S., Weekes, J.R. et Millson, B. Évaluation de la toxicomanie chez les détenus autochtones : Le Questionnaire informatique sur le mode de vie, Direction générale de la recherche et des statistiques, Service correctionnel du Canada, 1994.

Weekes, J. R., Fabiano, E., Porporino, F. J., Robinson, D. et Millson, B. Assessment of substance abuse in offenders: The computerized lifestyle assessment instrument, Communication présentée au Congrès annuel de 1993 de la Société canadienne de psychologie, Montréal (Québec), 1993.

Weekes, J.R., Vanderburg, S.A. et Millson, B. A comparison of the French and English versions of the Computerized Lifestyle Assessment Instrument, Direction générale de la recherche et des statistiques, Service correctionnel du Canada, 1995.

Yalom, I.D. The theory and practice of group psychotherapy, New York, Basic Books, Inc., 1985.